Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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The Handler

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Messages : 691
Date d'inscription : 26/11/2014
Dim 13 Sep - 10:13

But now, you are my handler and I, I will execute your demands
And you are empowered to do as you please. My mind was lost in translation and my heart has become a cold and impassive machine ••• Tout est blanc. Tout est silencieux. Je ne sais pas ce que j'observe, je ne sais pas où je suis. Je ne comprends pas et je ne suis pas sûr d'être en mesure de comprendre cela un jour. Tout ce que je sais, c'est que c'est éblouissant et douloureux. Je ferme les yeux et prie pour qu'en les rouvrant… Je saurais où je suis. À la maison peut-être. Dans l'appartement que je partageais avec ma mère et mes frangins. Peut-être que je me serais simplement assoupis sur le canapé, et que ma mère aura posé une couverture sur mes épaules, histoire que je sois mieux… Et que je n'attrape pas froid… Quelque chose vient piquer ma peau et je rouvre les yeux, comprenant pourquoi tout est si blanc. Il neige. Et je regarde le ciel. Les flocons viennent me recouvrir et je cligne plusieurs fois des yeux, tentant de les chasser de mes cils. La neige s'accumule sur mon uniforme et je gémis en tentant de bouger, sentant une violente nausée me saisir. Je me sens vomir et m'évanouir. Quand je rouvre les yeux… Tout est plus sombre, plus froid. Ma peau me brûle et je sens que je commence à avoir du mal à respirer. Une odeur immonde me parvient et me donne une fois de plus la nausée. Le silence m'entoure et je finis par comprendre que… Que personne ne viendra. Que je resterais ici jusqu'à la fin, au milieu des sapins, de la neige… Et pour assister à ma mort… Il n'y aura guère que les étoiles et le ciel. Un sanglot s'étouffe sur mes lèvres alors que je tente de ravaler la boule que j'ai dans la gorge. Y'a pire comme mort… Je pourrais être entre les mains de ces foutus allemands et je pourrais être torturé pendant des jours et des jours… Jusqu'à ce que je finisse par craquer et par vendre mes compagnons d'armes… Là au moins, je pourrais y passer presque dignement. Y'aura ni hurlements, ni larmes. Y'aura rien. Juste le silence de la neige qui lentement recouvre mon corps. Y'aura rien pas un son, pas un bruit, pas un cri. J'aurais une de ces morts propres et silencieuses. La seule chose qui me serre le coeur… C'est de savoir qu'il y aura très certainement personne pour pleurer sur mes restes. J'aurais pas de tombes, pas d'amis qui viendront y déposer des fleurs… Rien… Mon corps va pourrir ici et personne ne saura que c'est là que je gis. Mes os se perdront dans la neige, puis dans la terre et personne ne viendra se recueillir ici en se disant que c'est là que j'ai regardé le ciel pour la dernière fois… Ici y'aura personne pour me regretter et pour me pleurer. Personne ne saura jamais que c'est ici que je suis mort… Je continue d'observer les étoiles, les quelques volutes de buées qui s'échappent d'entre mes lèvres au rythme de ma respiration compliquée. Au moins je n'ai pas mal. L'avantage c'est que là, je n'aurais qu'à fermer les yeux et simplement m'endormir. Le froid, la neige… Tout ça me tuera avant le reste… Je suis conscient de saigner, à en juger par les tâches brunes sur mon uniforme, par la neige souillée à mes pieds… J'entends les sapins s'agiter sous le vent qui balaye doucement le fond du ravin, je ferme les yeux alors que la neige vient me recouvrir un peu plus, et plutôt que de frissonner, de paniquer, je préfère m'imaginer que je suis à la maison et que c'est juste ma mère qui avec un sourire vient m'enrouler dans une couverture. Un peu de neige vient se perdre sur ma joue et au lieu du baiser glacé des flocons, je préfère me dire que c'est une simple caresse. Un soupir m'échappe et je me dis que… C'est le moment. C'est ce soir. Je vais mourir. Et alors que je devrais être en train d'hurler, de pleurer en me disant que ce n'est pas juste, que je suis trop jeune pour y passer… J'accepte plutôt étrangement bien l'idée que c'est la fin. Parce qu'il y a de pire façon de mourir. Et si mon nom n'est pas sur une tombe ? Ce n'est pas grave. Mes os reposeront au milieu de nul part et pas avec ce de mes ancêtres ? Tant pis. Tant que l'on me regrette… Ce n'est pas grave si mes os ne sont pas sous une plaque de marbre… Je me console en me disant que contrairement aux autres, je ne passerais pas l'éternité six pieds sous terre mais face au ciel. Ça pourrait presque être une belle façon de mourir.

Je pensais mourir. Je pensais que c'était la fin. Je pensais que cette nuit, sous les étoiles, sous la neige, j'allais finir par arrêter de survivre… Pourtant j'ouvre les yeux le lendemains. J'ouvre les yeux pour découvrir une silhouette penchée au-dessus de moi. Pendant une seconde je me demande si c'est ce que l'on est sensé voir le jour de sa mort, comme un ange de la mort qui viendrait chercher ceux qui sont tombés au combat. Mais non. Quand je vois mon reflet dans ses lunettes de protection… Je comprends qu'on est venus me chercher mais pas pour abréger mes souffrances, non, pour les prolonger. On va tenter de me sauver, de me soigner. Je cligne des yeux et tente d'entrouvrir les lèvres, simplement pour dire que ce n'est pas la peine, que j'ai accepté mon destin, qu'il se fatigue pour rien. Seulement sa radio crachote et dévore peut-être le moindre son qui aurait pu s'échapper d'entre mes lèvres. Il parle et j'ai l'impression de reconnaître quelque chose qui ressemble à de l'allemand. Quant à ce qu'il dit… Aucune putain d'idée. L'homme attrape quelque chose dans son sac, y tirant une gourde qu'il vient porter à mes lèvres. Je tourne légèrement la tête sur le côté, pinçant les lèvres pour lui faire comprendre que je n'y toucherais pas. J'ai soif, mais je préfère manger de la neige que d'accepter de l'eau de sa part. Il insiste un peu plus, arrivant même à prononcer quelque chose que je peux vaguement comprendre.

"Boire."

Je comprends qu'il tente de me forcer à boire mais je m'y refuse. Hors de question. Seulement il lui suffit de m'attraper par le menton et de forcer pour que je me retrouve obligé de desserrer les dents. Lentement je me retrouve à boire, veillant surtout à ne pas m'étouffer entre deux gorgées. Il retire la gourde de mes lèvres et essuie mes lèvres de son gant. Il prend bien trop soin de moi, il veut que j'évite d'avoir des engelures… Il ne veut pas que me sauver, il veut me préserver. Je tente de me racler la gorge mais tout ce que ça m'arrache c'est une vive douleur. Il attrape autre chose dans son sac et commence à le nouer autour de mon bras. Et c'est là que je commence à hurler, car si jusqu'ici je ne ressentais rien, là mon bras gauche me fait souffrir. Un son ressemblant à un cri m'échappe et je sens sa main se poser sur mon épaule, ne cessant de prononcer des mots que je ne comprends pas. La neige s'agite autour de moi alors qu'il me me maîtrise, haussant le ton pour me faire taire. D'autres pas se font entendre dans la neige et bien rapidement, une autre silhouette encapuchonnée s'approche, se penchant à mon tour sur moi. Tout les deux commencent à communiquer et je sens que je commence à décrocher. Ma vision se trouble, l'envie de vomir revient et la dernière chose que je vois avant de retomber dans l'inconscience, c'est mon reflet dans leurs lunettes de protection aux verres sombres. J'y croise mon propre regard paniqué et je me rends compte que pour quelqu'un qui voulait mourir… J'ai l'air étrangement effrayé d'y passer maintenant. Peut-être parce que mon envie d'y passer proprement et sans souffrir vient de s'envoler. Parce que maintenant que j'ai conscience de ça… Je me rends compte qu'on va très certainement me maintenir en vie pendant des jours, avant que je ne finisse par claquer à cause de la douleur, d'une infection ou je ne sais trop quoi. J'ai envie qu'on me laisse au milieu de la neige et des sapins… J'ai pas envie de mourir dans une base allemande, au milieu de soldats qui jetteront mon corps aux chiens ou dans une fosse commune… Je veux pas d'une mort à peine digne d'un être humain… Le froid, la neige, les sapins, le fond de ce ravin… Ça m'allait, je ne demandais pas plus. Mais c'est trop tard. D'autres personnes arrivent et avant que je n'ai le temps de tenter de penser à me débattre, voilà qu'on m'arrache au sol. Un violent vertige me saisit et cette fois-ci, je m'évanouie pour de bon.

Ma peau me semble brûlante. Mon corps entier me semble brûlant. Pour être franc, j'ai l'impression de brûler de l'intérieur, que chaque cellules de mon corps se consument. Je ne ressens plus rien à part cette brûlure qui me dévore. Je ne suis plus vivant, ni inconscient, je suis juste coincé dans un état entre la douleur et l'inconscience. Vivant, mort ? Je ne sais pas. On nous disait à l'armée que tant qu'on souffrait c'est qu'on était encore suffisamment en vie pour se bouger le cul et rendre les coups… Seulement là, j'aimerais juste que ça s'arrête. Je donnerais n'importe quoi pour que cela cesse. Je rendrais tout les coups qu'ils veulent si on fait cesser ça. J'en viens à regretter la neige. De l'eau glacée se met à courir autant sur ma peau que dans mes veines, m'arrachant un gémissement pathétique. Lentement le monde semble se recomposer autour de moi et le brasier semble s'éteindre. J'entends des voix, des murmures obscures. Je sens des mains se poser sur ma peau encore frissonnante. L'odeur du désinfectant tente de masquer celles du sang et de la sueur, alors qu'une vive lumière m'éblouit. Un sourire se dessine sur mes lèvres. Le ciel. Je ferme les yeux et je me dis que c'est juste le ciel. Jusqu'au moment où j'entends encore des voix qui babillent encore un langage que je ne comprends pas. Tout ce que je sens… C'est qu'on bande mon épaule. Une main vient se perdre dans mon cou et je rouvre quelque peu les yeux. Je croise le regard d'un médecin qui me sourit et qui commence lentement à me parler. Je fronce les sourcils et marmonnent difficilement.

"Je… Je comprends rien…"

Ça ne l'empêche pas de continuer de parler, comme si il pensait qu'à force de l'écouter, j'allais miraculeusement le comprendre. Je remue la tête, geignant presque comme un enfant fiévreux. Tais-toi. Tais-toi… Je ne comprends rien et tu ne m'écoutes pas. Je ne veux pas être là, je ne devrais pas être là. Je devrais être dans la neige… Au fond de ce ravin, à pleurer mes camarades que je ne verrais plus, de cette vie qui va se terminer alors que je n'ai pas encore trente ans… Je ne devrais pas être là. Ce n'est pas ma place. Deux mains se posent sur mes épaules pour me maintenir allongé alors que le médecin ne cesse de parler. Un autre gémissement m'échappe alors que je tente de rassembler le peu d'allemand que j'ai réussis à apprendre.

"Ich… Ich verstehe nicht…"

Un ange passe avant que l'homme ne donne de nouveaux ordres. Quelques secondes plus tard je sens une légère douleur dans mon bras droit et bien trop rapidement à mon goût, je sens ma vision se brouiller et à nouveau, je sombre.

Quand je rouvre les yeux, j'ai l'impression que deux années complètes sont passées. Je pousse un soupir en ouvrant les yeux, presque surpris de me sentir… Propre. L'odeur du sang et de la sueur ont disparus. Tout semble neutre… Et même là où je m'attendais à avoir un affreux goût dans la bouche, j'ai l'impression… Qu'on m'a lavé les dents. Je passe ma langue sur mes dents et reste presque con en constatant que ouais, elles sont propres. Je fronce les sourcils quelque peu… Surpris par les soins qu'ils m'apportent. Je tente de bouger, d'au moins contracter mes muscles et je constate que c'est possible. Mes deux épaules répondent, mes deux jambes aussi et si le bras droit répond… J'arrive pas à bouger la main gauche.  Et c'est seulement quand je tourne légèrement la tête que je comprends pourquoi. Pour arriver à le bouger, faudrait qu'il soit encore là. Tout ce que j'ai sous les yeux… C'est un tas de bandage qui tentent d'éponger le surplus de désinfectant orangé. Mon souffle se coince dans ma gorge alors que je recommence à paniquer. Putain, putain, putain… C'est pas possible. J'ai pas pu… Dans la chute…  Je commence à me débattre sur la table, comme si je cherchais à fuir mon propre bras amputé. Je peux pas… Je peux pas… C'est eux… Ils m'ont fait ça. Et à force de remuer, voilà que les médecins reviennent. Quelques mots leur échappe et je m'immobilise les voyant approcher. Ils vont recommencer. Mon souffle s'accélère tandis que je commence à balbutier quelques paroles qui même à mes oreilles sonnent comme des plaintes pathétiques.

"Je… Je veux pas être là… Je ne devrais pas être là… Me touchez plus…"

Un des médecins pose sa main sur mon bandage et l'air siffle entre mes dents. Merde, merde… C'est douloureux au point que j'en suis à deux doigts d'en voir des étoiles. Je veux partir d'ici. Je veux retourner à Brooklyn, ou au fond de ce ravin… Je ne veux pas être un prisonnier de guerre qu'on va maintenir en vie pour ensuite lui coller une balle parce qu'il aura perdu tout intérêt. Je ne veux pas finir ainsi. Pas ici, pas au milieu d'inconnus qui n'auront aucun respect pour mes restes et ma personne. Une boule se forme dans ma gorge et c'est une simple plainte qui s'échappe d'entre mes lèvres quand son regard croise le mien. Je ne veux pas mourir putain. Pas comme ça. Un simple mot lui échappe alors que les autres s'affairent autour de moi, me sanglant les chevilles et le poignet.

"Calme."

Quelque chose ressemblant à un sanglot sec se meurt sur mes lèvres et je sens qu'on m'injecte à nouveau de quoi me garder calme. Je ferme les yeux, sentant simplement qu'on défait lentement le bandage autour des restes de ce qui était mon corps. Puis je sombre, ne cessant de repenser à l'entendue glacée dans laquelle on aurait dû me laisser.

Et c'est comme ça à chaque fois. Je me réveille saisit par l'odeur puissante du désinfectant et du savon, seul dans cette pièce. A chaque fois je ne peux que regarder le plafond et me demander pourquoi ils me gardent ainsi ? Pourquoi est-ce que je mérite d'être là, sur cette table, à être soigné et pansé ? Pourquoi moi ? Qu'est-ce que j'ai de si important ? Pourquoi moi et pas un autre ? A chaque fois je tente de parler mais ma gorge reste trop sèche pour qu'un seul mot s'en échappe. Je passe ma langue sur mes dents et je découvre un jour qu'ils m'en ont arraché une. Dans le fond de la mâchoire. Ma langue passe sur la gencive et je commence à paniquer, me demandant si ils m'ont retirés autre chose. Je tente de bouger la tête sans grand succès. De toute façon… Faut se rendre à l'évidence. Mon corps ne m'appartient plus. Tant que je suis sur cette table, je suis leur chose. Ils peuvent me mutiler autant qu'ils le souhaitent. Je ne suis plus James Barnes, sniper de la 107ème. Non maintenant je suis sûrement le prisonnier américain qu'ils découpe au gré de leurs envies. D'être humain je suis passé au statut de vulgaire masse de chair qu'on peut blesser et mutiler jusqu'à le tuer. Je ferme les yeux et pousse un soupir résigné. Au moins l'avantage… C'est que je ne souffre pas. Je ferme à nouveau les yeux et je prie pour que la prochaine fois que je les rouvre, tout ceci soit terminé.

Cette fois-ci je rouvre les yeux de force. On me secoue doucement, on m'appelle et quand j'arrive à m'habituer à la lumière, je vois qu'ils sont plusieurs autour de moi. Sauf qu'au milieu des médecins, je peux apercevoir des gardes armés. Je déglutis difficilement et me concentre sur le médecin qui continue de m'expliquer des choses que je ne comprends toujours pas. Et face à mon silence, il commence à mimer. Je fronce les sourcils et finalement, après un soupir de sa part, il fait signe aux gardes de s'approcher. Les deux m'attrapent par le bras et par la nuque et c'est là que je comprends qu'on tente de me faire me lever. Je tente de les aider mais tout mon corps semble rouiller, un grognement m'échappe alors que je me retrouve subitement assis. Et c'est quand je me vomis sur les cuisses que je rends compte de ma nudité. La bile traverse mes lèvres et le monde semble tanguer autour de moi alors que je regarde ma peau pale et souillée. Pathétique. Mon souffle se fait plus lourd, plus hach alors qu'on commence déjà à me laver, passant une éponge glacée sur ma peau. Je frisonne et les laisse faire, me faisant méticuleusement savonner. Ils prennent bien trop soins de moi… C'est pas normal. Avec l'aide des gardes je finis par me retrouver assis sur le bord de la table et après avoir été séché, on m'aide à enfiler un pull miteux et un treillis. Puis on me fait descendre de la table. Je chancèle sur mes jambes qui n'ont plus l'habitude de me porter, soutenu par les deux gardes. Quelques ordre sont donnés et on me force à marcher pour aller je ne sais trop où. Je peine à suivre leur rythme, n'arrivant pus à mettre un pied devant l'autre. Putain… Mais j'ai passé combien de temps sur cette table ? Des années ? Mes muscles ne répondent plus et c'est comme si… Comme si je devais réapprendre à marcher. Alors les gardes me traînent, ne s'arrêtant que lorsque qu'on arrive dans ce qui semble être une prison. Fallait bien que ça arrive. Je tente de remuer mais ils n'ont qu'à vaguement me secouer pour que je me tienne tranquille. L'un des deux ouvre la porte et me laissent tomber sur le sol. Comme un pantin désarticulé je m'écroule, me réceptionnant douloureusement sur mon bras droit. Un grognement m'échappe ainsi qu'un juron.

"Putain de merde."

La porte se referme et je me retrouve dans une quasi obscurité. Les murs sont froids sous ma main, tout comme le sol. Aucun bruit ne parvient et le seul rayon de lumière qui arrive à me parvenir, c'est par la petite trappe sous la porte. L'écho de leurs pas disparait au loin et en quelques secondes, je me rends compte que je suis seul et que finalement, la table d'opération n'était pas si désagréable. Je me relève comme je peux avant de parvenir à m'adosser contre la porte, me recroquevillant sur moi-même pour tenter de conserver un peu de chaleur. Je ferme les yeux et j'en viens à regretter la neige et le froid. J'aurais pu mourir dignement. Maintenant… Je vais devoir accepter le fait que je vais crever comme un chien. Je pense que je ne pouvais pas espérer pire façon de mourir.

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Lun 12 Oct - 10:04

The Handler
Steve is Bucky's handler
Alors que je suis là, planqué derrière un tronc d'arbre déraciné, les mains autour de mes oreilles, je me dis qu'à cette seconde, je donnerais tout pour être à la maison. Pour être à la maison à Brooklyn, dans le petit appartement de ma mère, avec son tourne-disques qui crachote "Moonlight Serenade", ses napperons et ses meubles cirés. Pour m'asseoir à la vieille table de la cuisine, et sentir l'odeur de son pain de viande qui s'échappe du four, et des légumes au beurre qui cuisent sagement dans la vieille casserole en fonte. Pour le calme, la paix, la chaleur... Je sursaute quand des éclats de bois touchent mon visage et me recroqueville encore plus derrière mon tronc alors que les balles sifflent près de mes oreilles.

Et ensuite c'est le calme. Le silence absolu après de longues minutes de furie. Un silence aussi dense qu'on pourrait presque le couper au couteau. Est-ce qu'ils sont partis? Est-ce qu'ils ont compris qu'il y avait plus personne dans ce foutu coin de forêt à part moi? Que par un sale coup du sort on avait tous été séparés et que pour multiplier nos chances de survie on s'était éparpillés dans cette foutue forêt allemande, en se disant qu'on se retrouverait au campement. J'ai entendu aboyer des ordres, rugir les chenilles d'un tank et les moteurs d'au moins deux motos. Ensuite des pas. Des pas tout près. Je me recroqueville encore plus, arrêtant même de respirer, mais mon coeur tambourine si fort dans ma poitrine que j'ai peur qu'ils l'entendent. Non, rien. Pourtant les moteurs ont pas redémarré. Merde. Il se passe quoi. Il faut que je sache. J'attends quelques secondes, avant de tenter de jeter un oeil par-dessus ma forteresse de bois. Lentement. Très lentement je me hisse, sans faire aucun bruit. Sauf qu'au moment où je lève les yeux, je vois un canon de mitraillette braqué sur moi, à quelques centimètres de mon front. Putain.

Quand je me réveille, j'ai un horrible mal de crâne. Vraiment horrible, au point d'en avoir presque la nausée. Ensuite, je remarque que ça bouge. On roule. Merde, je suis où. J'ouvre un peu les yeux en grimaçant et je remarque que je suis à l'arrière d'un camion. Un camion nazi. Et qu'on m'a attaché. Putain. Un soldat assis dans un coin me tient en joue, et il a pas besoin d'ouvrir la bouche pour que je me tienne tranquille. Merde. Putain de merde. Je suis un prisonnier. Je suis un prisonnier et personne ne sait qu'on m'a trouvé, et on m'emmène je sais pas où.

Le type ne me parle pas, et se contente juste de me tenir en joue, son flingue posé sur la cuisse pour qu'il se fatigue moins, ce qui lui permet aussi d'avoir son canon directement braqué sur moi. Il a un visage impassible, ni dur, ni méchant, juste... blasé, fatigué. Et... il ressemble à mon cousin Scott, resté à Brooklyn parce qu'il a déjà deux gamins. On dirait que lui aussi ne fait pas cette guerre par plaisir. Mais les ordres sont les ordres. Alors je reste là. De toute façon, je suis ficelé comme un rôti de Thanksgiving, et même si j'arrivais par miracle à rouler hors du camion, je tomberais comme une merde sur le chemin défoncé, incapable de faire un pas, et ils m'achèveraient d'une balle dans la tête pour avoir tenté de m'enfuir. Là... tant que je me tiens tranquille... j'ai encore une chance. Parce que s'ils avaient voulu me flinguer, ils auraient pu le faire plus tôt, dans la forêt. S'ils me gardent, c'est qu'il y a une raison. Mais laquelle? J'en sais rien...

Je me revois encore, arpentant les rues de Brooklyn, passant devant ces dizaines d'affiches placardées partout. L'Europe avait besoin de nous pour aller mater ces enfoirés de nazis. De jeunes américains qui voulaient défendre la liberté contre Hitler. Et en plus, quand on allait au ciné avec les copains, on voyait sans arrêt les films publicitaires du gouvernement, qui montraient ces pauvres gens dans les camps, ceux qui entraient dans la résistance. On était plusieurs dans le quartier à avoir envie d'y aller, de nous rendre utiles, et le soir, on en discutait longtemps autour d'une pinte au O'Sullivan. Alors, un soir où on était un peu plus faits que d'habitude, on a fait le serment qu'on irait, tous. Je suis rentré, pas frais, et j'ai vu que maman était encore réveillée quand j'ai poussé la porte. Comme d'habitude elle était sur le seuil de sa chambre, avec son peignoir, et m'a regardé en fronçant les sourcils.

Steve Rogers, je peux savoir ce que tu fais ici et dans cet état? Au cas où tu l'aurais oublié, tu as ta chambre à l'école. Alors si tu penses pouvoir venir décuver ici, tu peux oublier de suite.
- Non M'man. Juste que... Je suis venu t'annoncer une grande nouvelle.
- Oh dieu du ciel ne me dis pas que t'as mis Peggy enceinte.
- Quoi? Non! On s'est juste embrassés, rien d'autre!
- Alors tu m'expliques ce qui pouvait pas attendre dimanche midi?
- Je... je veux aller en Europe. Faire la guerre.


Je l'ai vue chanceler, et pâlir, avant de soupirer.

Je savais que ça arriverait. Pour ça aussi tu ressembles à ton père.
- Comment ça?
- Lui aussi a hésité pendant des semaines, et avait peur que je prenne mal sa décision de partir. Mais... je savais qu'il serait malheureux si je le retenais ici...
- Alors tu... tu me laisses partir?
- Steve, tu as vingt ans maintenant, tu es un homme. Alors bien sûr je vais me ronger les sangs de te savoir là-bas mais... si c'est ce que tu veux... si tu sens que c'est la bonne chose à faire...
- Merci M'man...


Je l'ai serrée contre moi, et je l'ai gardée longtemps. Elle était si petite et fragile entre mes bras... pendant quelques secondes j'ai essayé de garder le maximum de choses en mémoire, comme si je les rangeais dans un tiroir pour pouvoir les sortir plus tard, quand j'en aurai besoin. Son parfum, la couleur particulière de ses cheveux blonds, les légers rides au coin des yeux... Tout ça, toutes ces choses que je voulais emmener avec moi.

La semaine suivante, je montais sur le bateau qui m'emmenait en Europe. Et maintenant je me retrouve embarqué je ne sais où. Après de longues heures de route, le camion s'est arrêté dans une sorte de base et on m'a forcé à descendre. Barbelés, miradors... une vraie forteresse. On m'a détaché les pieds, vu qu'au moins deux militaires armés me tenaient en joue alors qu'ils m'emmenaient à l'intérieur. Ensuite j'ai perdu le compte des jours. On m'a collé dans une cellule avec un matelas de paille et des murs humides, et on m'a laissé pourrir là. A part quand on venait me chercher. On me trainait dans une salle froide, au carrelage sale, et on me roustait dès que je ne répondais pas. Sauf que ces salauds me parlaient allemands et je pigeais rien. Je répétais sans cesse "Nicht deutsch'', les seuls mots ou presque que je connaissais dans leur langue, mais ça avait pas l'air de leur suffire.

Ils m'ont tabassé, brûlé, arraché les ongles, trempé d'eau froide, mis la tête dans des baignoires d'eau croupie où flottait de la glace. Et encore et encore les mêmes questions auxquelles je comprenais rien. Rien du tout. Et je leur hurlais tout ce que je pouvais, que je comprenais rien, mais ça leur suffisait pas. Parfois, j'avais juste envie qu'ils me fliguent, que tout s'arrête, que je puisse enfin avoir ma paix... mais alors je pensais aux copains, qui étaient peut-être là dehors, à me chercher, et à ma mère, qui devait être morte d'inquiétude à l'idée d'avoir perdu les deux hommes de sa vie. Que je devais tenir. Pour eux.

Ce jour-là, nouvelle série de questions, toujours les mêmes réponses. Et ils m'ont refoutu dans mon trou après une petite séance d'électrodes. Une récréation. J'étais dans mon coin, en train de me rappeler des cours de...maths je crois, du professeur Sanders, quand la porte du couloir s'est ouverte. J'ai sursauté, tendant l'oreille. Un autre prisonnier. Oh enfin de la compagnie, après toutes ces... semaines? Et je souris quand je l'entends jurer en anglais, rampant jusqu'à la porte.

Mec? Mec t'es... t'es américain? Je... moi c'est Steve...

Je glisse ma main sous la trappe qui sert à passer les repas et la tend vers la porte d'à côté. Je tapote un peu sur sa porte.

Tu... ça va toi?


© groggy soul
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Mar 27 Oct - 12:40

But now, you are my handler and I, I will execute your demands
And you are empowered to do as you please. My mind was lost in translation and my heart has become a cold and impassive machine ••• Les murs sont humides, au moins, je sais que si j'ai soif, je n'aurais qu'à lécher les murs. C'est déjà une bonne chose. Pour ce qui est de manger par contre… Je compte sur eux et si l'idée ne me plait pas, je ne vois pas vraiment comment faire… Je frissonne alors que recroquevillé sur moi-même, j'écoute surtout ma propre respiration faire échos sur les murs sombres. Mes yeux s'habituent difficilement à l'obscurité de la cellule et malgré le rai de lumière qui arrive à venir jusqu'à moi, j'ai l'impression d'être aveugle. Sous ma main je sens le sol en terre battue et mes ongles qui s'y enfoncent. Dans mon dos je sens le métal froid de la porte. Et pour le reste… Je ne sais pas. Je ne comprends pas. Je suis perdu, mutilé et effrayé. A tel point que j'en viens à regretter ma crevasse, mes sapins, la neige et le reste. Là-bas au moins je savais ce qui allait m'arriver, je savais ce qui allait se passer et comment… Je savais, j'avais presque un certain contrôle sur la façon dont j'allais mourir… Ici… Ici, je ne suis rien de plus qu'un chient qu'ils abattront quand l'envie leur prendra. Je me recroqueville un peu plus sur moi-même alors que je tente de me réchauffer, sursautant quand j'entends une voix. Une voix qui parle en anglais. Une voix qui me redonne presque espoir. Une voix qui se nomme Steve. Quelque chose tapote à la porte et je m'allonge sur le sol, ouvrant de ma seule main la trappe. Je souris presque en voyant sa main et timidement je laisse mes doigts effleurer les siens. Je pourrais pleurer je crois. Depuis que je suis là… C'est la première personne avec qui je peux parler, que je peux toucher sans être attaché à une table ou drogué. La première personne que je peux comprendre et à qui je vais peut-être pouvoir parler. Mes doigts se mêlent au sien alors que je sens des larmes perler au coin de mes yeux. Je ne suis pas seul. Il y a quelqu'un dans cet enfer, quelqu'un auquel je peux me raccrocher, même si ça ne consiste qu'en cette poignée de main un peu étrange.

"Putain… Putain… J'y crois pas… Y'a quelqu'un…"

Un léger rire se mélange à un sanglot alors que je me raccroche à ses doigts.

"Ouais… Ouais je suis américain… Moi c'est James… Mais… Mes amis m'appellent Buck."

Je ne sais pas pourquoi je raconte tout ça à Steve, dont tout ce que je connais c'est sa voix et ses doigts plus forts que les miens. Mais ce n'est pas grave. Là tout de suite… Il est comme un sauveur, comme un phare dans l'obscurité, comme un ami que j'avais besoin de retrouver. C'est comme si avec lui, j'avais besoin de m'assurer qu'une dernière personne saurait qui je suis… Qu'un dernier être humain puisse avoir en souvenir la personne que je suis. C'est terriblement égoïste mais j'ai besoin de ça depuis que je sais que je n'ai même plus le choix de ma fin.

"J'arrive pas à y croire… Si tu savais Steve comme ça fait du bien de… De parler avec quelqu'un…"

Je serre un peu plus ses doigts dans les miens avant de reprendre.

"Je… Je vais bien. Je suis vivant. Pas entier mais vivant."

La vérité semble me frapper tout d'un coup, comme si on me la mettais au visage, comme si j'avais eu besoin de le dire pour que ça devienne vrai. Je suis en vie. Moi. En vie. Mais sans un bras. C'est seulement maintenant je remarque son absence. Que je ne sens plus que le moignon d'épaule sous la masse de bandages. J'aimerais remuer mon bras gauche, plier mes doigts… Mais il n'y a rien. Il n'y a plus rien. Il n'y aura jamais plus rien. Une boule se forme dans ma gorge à cette simple idée et je me dis que de toute façon… C'est mort. Pleurer sur mon bras perdu ne servira à rien. Maintenant… Faut que je survive avec un seul bras. C'est tout ce qui compte. Survivre. Prouver qu'en plus d'avoir la rage de vaincre, il est hors de question que je les laisse choisir de ma fin. Si je dois y passer, c'est parce que je l'aurais choisis. Pas parce qu'ils décideront de se débarrasser d'un américain estropié.

"Et toi ? Tu… T'es là depuis longtemps ? Tu sais où on est ? Qui ils sont ? "

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Sam 21 Nov - 11:49

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Enfin. Enfin quelqu'un. Quelqu'un qui est pas un ennemi, quelqu'un qui va pas me faire du mal, quelqu'un qui va pas me cogner, quelqu'un qui va pas me plonger la tête dans de l'eau glacée, qui va pas me rouster, qui va pas m'arracher les ongles. Quelqu'un qui parle ma langue, quelqu'un qui, même s'il vient pas du même continent, devient tout de suite un frère. Parce qu'à deux on est toujours plus fort. Parce qu'à deux on s'en sortira, on se débrouillera, on se serrera les coudes. Et même, rien que d'avoir quelqu'un à qui parler, quelqu'un avec qui... échanger, c'est déjà... c'est déjà tellement énorme. Tellement génial. Parce que je devenais dingue seul toute la journée, à juste attendre quand on allait revenir pour me rouster. Quand on allait revenir pour me faire du mal, pour me torturer, pour me beugler dessus dans une langue que je comprends même pas. Encore et encore. Non. Là... là c'est un ami. Un camarade. Et j'ai presque envie de pleurer quand je reconnais son accent. Un américain. Un américain comme moi. Franchement j'aurais été tout aussi content d'un anglais mais savoir... savoir qu'on vient du même pays c'est encore... c'est encore plus fort.

Je m'allonge près de la porte et tends la main pour tenter d'attraper la sienne et je sens mes épaules être doucement secouées de sanglots quand j'attrape ses doigts. Un contact. Un premier contact ami depuis des semaines. Je suis comme un foutu naufragé et lui c'est ma planche de bois.

Merde, me retrouver avec un américain dans le trou du cul de l'Allemagne... Foutue coïncidence! Mais je vais pas me plaindre. Au contraire. Si tu savais comme je suis content... Comme je suis content d'avoir quelqu'un...

Je sens les larmes brûlantes rouler sur mes joues sales, et même si ça me fait un peu mal quand il serre les quelques doigts dont on a arraché les ongles et que j'ai enveloppés tant bien que mal dans une manque de mon tshirt, je m'en fous. Je m'en fous parce que maintenant on est deux. On est deux.

Je souris entre mes larmes, le souffle court, à moitié vautré sur le sol poussiéreux, mais je m'en fous. Je m'en fous parce que là, maintenant qu'il est là, c'est comme si la prison s'était agrandie. Comme si elle allait être moins dure à supporter. Parce que j'ai quelqu'un de mon côté. Maintenant on est deux contre le monde. Et là, si on le laisse avec moi, savoir que je le retrouverai après les séances de jeu, je me dis que je pourrai les supporter, encore mieux. M'en sortir. Je renifle un peu et essuie mes larmes du revers de ma main libre avant de froncer les sourcils quand il me dit qu'il est pas entier.

Oh... Qu'est-ce qu'ils t'ont fait les salauds? Moi c'est les ongles qu'ils m'ont arraché...Ca fait un mal de chien mais je me dis que ça va repousser...

Si on me laisse le temps que ça repousse. Si je meurs pas avant. Parce que ouais, à chaque fois que j'entends les portes métalliques s'ouvrir, à chaque fois que j'entends les pas lourds des bottes ennemies, qui avancent dans le couloir, je me dis que c'est peut-être la dernière fois. La dernière fois qu'on me sort de là et que la séance qui va suivre va être la dernière. Qu'ils vont en avoir marre de rien pouvoir tirer de moi et qu'ils vont me coller une balle dans la tête bien gentiment. Et je repense à tout le monde, à Brooklyn, à ma mère, à mes potes... Tous les gens que je vais laisser derrière moi, et qui ne sauront jamais comment et quand je suis mort. Eux auront seulement droit à un "Disparu au front", maman aura peut-être un peu d'argent tous les mois, ce qui l'aidera un peu, et c'est tout. Y'aura des photos. Mes plaques. Les affaires que j'aurais laissées derrière moi et voilà. Ma vie se résumera à ça. Et quand les gens qui m'ont connu seront morts je serai plus qu'un nom sur un monument et un dossier dans les fichiers de l'armée.

Steve, arrête. Maintenant tu as quelqu'un avec qui parler alors arrête de tout voir en noir. Profite plutôt de cette compagnie. De lui. Avec lui oublie un peu ce qui se passe ici, oublie la peur, oublie la douleur, oublie la guerre. Parle. Evade-toi. Pense à autre chose.

J'ai aucune idée de là où on est. Encore en Allemagne je suppose mais le reste... On m'a chopé avec mon unité. On s'est dispersés dans les bois, et je me suis planqué pour échapper au canardage. Sauf qu'on m'a trouvé et ils m'ont collé au tapis. Quand je me suis réveillé j'étais attaché comme un rôti à l'arrière d'un camion plein de soldats, et je voyais rien du paysage. Quand à la durée je suis là depuis...

Je me tourne et compte les traits que j'ai faits dans le mur chaque matin.

Vingt et un jours. Et chaque jour ces salauds trouvent de nouveaux moyens pour qu'on s'amuse tous les deux... L'éclate. Et toi, t'étais où avant?

Je l'écoute parler et je fronce un sourcil. Plus il parle, et plus j'ai l'impression que...

Buck... On dirait... T'es de Brooklyn toi aussi non? T'as... T'as l'accent de là-bas...

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Mer 25 Nov - 20:42

But now, you are my handler and I, I will execute your demands
And you are empowered to do as you please. My mind was lost in translation and my heart has become a cold and impassive machine •••Je serre un peu plus ses doigts entre les miens alors que je te tente de ravaler la boule qui obstrue ma gorge. Je ne pensais pas que je trouverais quelqu'un ici, je pensais que je passerais le peu de temps qu'il me reste seul, à regarder l'humidité rouler sur les murs de la cellule alors que mes geôliers auraient fait de moi ce qu'ils voulaient. Peut-être aurais-je perdu plus qu'un bras, peut-être m'auraient-ils tué… Mais maintenant ce n'est plus important. Maintenant j'ai quelqu'un. Quelqu'un à qui me raccrocher, avec qui me dire que, putain on va s'en sortir. Que nous ne sommes pas de simples prisonniers ou des créatures qui ont peur de crever. Non. On est pas comme ça. On va résister. Encore et toujours. Et le jour où ils décideront de nous abattre, on ne baissera pas les yeux et on ne demandera pas pitié. Parce que ce serait leur donner ce qu'ils veulent… Et j'ai déjà perdu un bras. Je veux garder mon droit de rester digne dans ma façon d'y passer. Enfin, je dis ça… C'est parce que pour l'instant je suis seul avec Steve que je prétends que tout va bien. C'est parce que je tiens sa main entre mes doigts que je fais le fier… Quand je serais de nouveau devant la table, ce sera différent. Mais pour le moment, j'apprécie juste de sentir un peu de chaleur humaine. D'avoir un contact autre qu'hostile.

Je pince les lèvres quand il me demande ce que j'ai pu perdre, lui a qui on a arraché les ongles. J'aurais aimé ne perdre que ça… J'aimerais sentir le bout de mes doigts être douloureux, sentir ma chair hurler alors que le sang y sécherait… J'aimerais avoir cette sensation là, et pas l'odeur du désinfectant et des bandages. Je ne veux pas sentir les points tirer sur ma plaie mais sentir mon bras se plier. Je voudrais être entier, avoir eu les ongles arrachés… Mais je ne dis rien, je me contente de conserver sa main dans la mienne, écoutant simplement le silence qu'il m'offre. Non je t'en prie. Parle-moi. De n'importe quoi, de tout, de rien. Je veux juste entendre ta voix… Juste pour tromper la solitude et la mort. Juste pour ne pas être seul et avoir l'impression que ça va aller. Et doucement, il reprend, me racontant qu'il pense que nous sommes encore en Allemagne, mais que pour le reste… C'est le grand flou. Je déglutis difficilement, l'écoutant me raconter comment les allemands lui sont tomber dessus     avec son unité et la façon dont il a été séparé d'eux, puis capturé. Au fil de son récit, je serre doucement ses doigts entre les miens, me sentant étrangement proche de lui. Et je sais que c'est con… Mais de savoir que je ne suis pas le seul à avoir perdu ses camarades, que je ne suis pas le seul enfermé ici, ça me rassure. Je me dis qu'au moins, je ne mourrais pas seul. J'aurais quelqu'un. Un américain. Steve. Il a un léger silence avant de m'avouer que ça fait bien une vingtaine de jours qu'il est là. Si peu. Tant. Je ne sais pas. Moi-même je suis perdu. Je ne sais pas combien de temps j'ai passé sur cette table, entre conscience et inconscience à laisser les médecins panser mes plaies et éponger la bave ou le vomis au coin de mes lèvres. Plus ou moins… Je n'en sais rien. Et même si ma blessure reste relativement fraîche… Je ne pourrais pas dire depuis combien temps je suis là. Mes cheveux ne sont pas plus longs, ma barbe a été rasé… Même ça ils me l'ont retirés. Ma notion du temps.

"Avant ?… J'étais dans une drôle de pièce… Quelque chose qui ressemblait à une salle d'opération… Mais je ne sais pas depuis combien de jours je suis là… Ils m'ont récupérés après que j'ai été blessé en mission… Je suis incapable de te dire depuis combien de temps je suis là…"

Sauf que je n'ai pas le temps de lui dire quoi que ce soit de plus qu'il me demande si je suis de Brooklyn à cause de mon accent.

"Ouais… Je suis né là-bas… Oh… Me dis pas que… Tu viens aussi de là-bas ?"

J'ai un léger sourire à cette idée. Impossible. Presque improbable. Quelles étaient les chances pour que la seule personne avec qui je parle alors que je suis enfermé ici soit un mec de Brooklyn… ? Presque nulle. Mais je ne vais pas m'en plaindre. Non… Parce que là, en plus d'un compagnon, j'ai l'impression d'avoir un bout de la maison avec moi. Ma gorge se noue et j'ai presque du mal à reprendre la parole, sentant une larme rouler sur une de mes joues sales.

"Putain j'y crois pas… T'es aussi de Brooklyn… Si ça ce trouve… On s'est déjà croisé… C'est dingue. J'habitais à l'angle de la 42ème, pas loin du pub, le O'Callaghan… Ça te dit un truc ? Bonne musique, filles jolies ? Tout le quartier s'y pressait les vendredis soirs, juste pour boire une brune et espérer emballer une belle demoiselle… Ou la douce Lola…"

J'ai presque un rire en repensant à Lola, à ses lèvres outrageusement rouges, ses yeux de braises et sa crinière aussi sombre que la nuit. Je me souviens que je n'avais eu qu'à lui payer un verre, lui offrir une danse et voilà que j'avais le droit à ses lèvres puis plus tard, elle m'avait offert son corps. C'était la fille de mauvais genre du coin, elle disait non à aucun gars, tant qu'il lui plaisait, il avait le droit à son morceau d'elle. Je me souviens de la cigarette que j'ai fumé avec elle, du sourire qu'on s'est échangés et du rire qui m'avait échappé quand j'avais vu un de mes potes lui faire du rentre-dedans la semaine suivante. Ouais… La douce Lola. Elle et ses lèvres rouges qui dessinaient si bien mon prénom. J'ai un pincement au coeur, réalisant soudainement que peut-être… Je n'aurais que des souvenirs de tout ça. Je ne reverrais peut-être jamais le pub, mes amis, mes parents… Peut-être que la voix de Steve sera la dernière chose que j'entendrais.

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Jeu 24 Déc - 12:07

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Une ancre. J'ai enfin une ancre. Quelqu'un avec moi. De mon côté. Un allié. Un frère. Alors que maintenant, je sais vraiment pas si dans la vraie vie on se serait appréciés, si on aurait été au moins camarades, mais là, au beau milieu de tout ce merdier, il vient officiellement de devenir la personne la plus importante du monde à mes yeux. Parce qu'il n'y a que lui. Que lui. Parce que c'est lui qui va m'aider à traverser tout ça. Parce que c'est lui qui va m'aider à tenir le coup. Parce que juste en ayant une main à tenir, quelqu'un à qui parler, de tout, de rien, de la maison, je vais m'en sortir. On va s'en sortir. Enfin j'espère. On va pas se laisser abattre parce qu'on sera tous les deux. On se laissera pas faire parce qu'on se retrouvera quand on nous ramènera dans nos cellules. Enfin c'est ce que j'espère. Vraiment. Je préfère pas penser au pire, juste au meilleur. Au fait que grâce à lui, parce qu'on est tous les deux ça ira. On s'en sortira. On fera avec. Oui. On peut. On doit le faire. On doit tenir le coup pour tous ceux qui sont tombés. Pour tous ceux qui se battent encore dehors. On doit tenir. Rien lâcher. Rien avouer.

J'écoute Buck qui me parle de ce qu'il a subi, mais il répond quand même pas à la question : qu'est-ce qui t'es arrivé? Il a été blessé. On l'a opéré, mais pourtant il a dit qu'il était pas entier. Pas entier à cause de quoi? J'aimerais en savoir plus mais il a pas l'air de vouloir en parler. Tant pis... je veux pas le forcer et on a le temps. Tout notre temps... On a nos vies entières à se raconter... et ça occupera pas mal d'heures. De foutues heures à passer ici jusqu'à... j'en sais rien. On sera plus seuls et c'est tout ce qui compte. Tout ce qui compte.

Ouais... c'est moche. Par chance j'étais juste crevé et sale quand ils m'ont attrapé... Maintenant je suis toujours crevé et sale, tu parles d'un changement!

J'ai un léger rire, mais alors que je serre sa main dans la mienne, encore, je doute. Et si c'était une ruse? Et si c'était un truc bien tordu des boches? De me balancer une taupe, un des leurs pour gagner ma confiance et me faire parler? Et si c'était un foutu mensonge? Un truc bien salaud pour me faire cracher le morceau? Ils iraient jusque là? Le pire c'est que je me dis que ouais. Ils hésiteraient pas. Je me mords la joue, et remarque qu'ils lui ont même fait prendre l'accent de Brooklyn... merde...il faut que je sache. Je lui pose la question, et dès que je l'entends répondre, c'est comme si on ôtait un poids de ma poitrine. Surtout quand il parle de Lola. Je me mets à rire, pour la première fois depuis des semaines, rire entre mes larmes salées.

Putain mais oui j'y allais souvent! La meilleure bière de Brooklyn! Et... me dis pas que toi aussi, avec la belle Lola t'as... enfin elle t'as aussi... tu sais...

En quelques mots je lui raconte ma nuit, sans en revenir qu'on ait vécu toutes ces années si près l'un de l'autre, sans jamais se croiser, aller dans le même pub, passer...une nuit avec la même fille. La belle Lola... on espérait tous être un jour les heureux élus, celui qu'elle aurait choisi pour monter dans sa petite chambre au-dessus du tailleur où elle travaillait, et passer quelques heures ou une nuit entre ses bras. Ca m'était arrivé une fois ou deux, et je garde un chouette souvenir de ces nuits, à la faire gémir, à caresser ses longs cheveux noirs, et à avoir les traces de son rouge à lèvres sur mon torse et mon cou au petit matin. Me dire que lui aussi il l'a connue, qu'on a été jusque là... c'est juste... wow...

Mais brutalement la porte s'ouvre et on vient me chercher. Je me débats, lâchant la main de Buck et je suis obligé de les suivre. Je hurle à Buck avant de franchir la porte.

Je reviens mon frère! T'en fais pas je reviens! Et on va parler de Brooklyn! Et de Lola!

C'est seulement de longues heures plus tard que je reviens, trempé, glacé, la bouche en sang et le torse couvert de marques des tiges électriques qu'ils utilisent pour nous blesser. Je m'écroule sur le sol, agrippant la vieille couverture mitée qui s'y trouve avant de passer la main par la trappe.

Buck... Buck t'es toujours là? Réponds moi... s'il te plait...

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Lun 28 Déc - 15:43

But now, you are my handler and I, I will execute your demands
And you are empowered to do as you please. My mind was lost in translation and my heart has become a cold and impassive machine •••Mes doigts me font mal, j'ai un mal de chien à respirer et j'ai une foutue trouille qui me remue les entrailles, et pourtant, j'arrive à sourire quand je l'entends rire. C'est con. Hyper con, mais ça me rassure. Mes doigts ne lâchent pas les sien et dans l'obscurité, je me mets imaginer à quoi il doit ressembler. Est-ce qu'il a un de ses sourires parfaits qu'on ne voit que dans les publicités ou les magazines ? Ou un qui ressemble à celui de ma mère, chaleureux à souhait ? Je ne sais pas, et là, je me dis qu'il doit être simplement parfait à regarder. Il doit avoir le sourire que t'as envie de voir une fois dans ta vie, un sourire qui te dit que t'es la personne la plus exceptionnelle de cet univers… Ouais… Steve doit être ce genre de personne… Ça se sent rien qu'à son rire… Qui même si il est teinté de quelques larmes sonne si bien à mes oreilles. Seul, dans ma cellule je continue de sourire, serrant un peu plus sa main dans la mienne. Parce que oui, il y allait dans ce foutu pub. Il y allait. Comme nous tous, il allait écluser quelques verres avant de faire danser quelques jolies demoiselles et lui aussi… Il a eu le plaisir de connaître cette charmante Lola.

"Ouais… La meilleure de tout Brooklyn… Et si… Une fois. Enfin… Je crois que tout les mecs de notre âge ont eu le plaisir de finir entre ses bras…"


À mon tour j'ai un léger rire et je l'écoute me parler de cette nuit avec elle. De la façon dont il avait aimé caresser ses longs cheveux noirs, à l'avoir fait gémir contre sa peau, à avoir eu le droit à son rouge à lèvres sur la peau. Je souris à chacun de ses mots, me disant qu'on a tous eu le droit à la même chose… À notre prénom doucement murmuré au creux de l'épaule, à une trace carmin sur la peau et le dos griffé… Ma vue se brouille et dans un réflexe idiot je tente de m'essuyer les yeux du revers de la main, remuant mon moignon de bras comme un crétin. Alors impuissant, je cligne des yeux et je laisse les larmes rouler sur mes joues, parce que l'avoir lui… Je me sens presque à la maison. Je pourrais fermer les yeux, écouter sa voix et prétendre que je suis à nouveau à la maison… Que tout ceci n'est qu'un putain de cauchemar et qu'en fait… Je suis sagement dans ma chambre, chez ma mère… Une larme termine de dévaler ma joue et s'écrase au sol. Je dois avoir l'air pathétique, et au fond, je me rassure en me disant que Steve ne peut pas me voir… Même si… Ça se trouve… Il est dans le même état que moi… J'écoute sa voix et comme un gamin, je m'imagine qu'il est un de ses héros dont je lisais les aventures dans les romans. Lui doit aller bien… Être fort et tout… Hein ? J'ai un sourire presque amer. Nous sommes des prisonniers… Rien de plus… Il n'est pas un sauveur ou quoi et jamais on ne pourra quitter ce putain de trou… Faut se faire à l'idée qu'on va y passer. Peut-être pas aujourd'hui mais demain… Ou… Un sanglot se meurt sur le bout de mes lèvres alors que la peur, la terreur reviennent me bouffer, faisant trembler chaque muscles de mon être. Mon souffle se fait plus court et je peine à ne pas broyer ses phalanges. J'ai peur putain. J'ai affreusement peur. Parce que si jusque là je ne cessais de dire qu'on allait s'en sortir dignement et y passer la tête haute… Là je suis comme un enfant qui prend conscience du caractère éphémère de son existence… On va mourir. On va très certainement mourir et personne ne saura jamais ce qui est arrivé de nous. Nous n'aurons que l'autre pour nous rassurer, pour assister à nos derniers instants. Je prends une grande inspiration et alors que je tente de ravaler mes larmes, je sens les doigts de Steve quitter les mains et un hurlement m'échappe quand un des gardes me file un coup dans le bras, me criant sûrement de rentrer dans ma cellule.

"Steve ! Steve !"

Non, il ne peut pas partir… Il faut qu'il reste ! Je ne peux pas, je ne veux pas être à nouveau seul ! Me laisse pas.. Je t'en prie, me laisse pas… Je me recroqueville contre un des murs de ma cellule, l'écoutant se débattre, me hurlant qu'il reviendra, juste pour qu'on puisse parler de Brooklyn, de Lola… De la maison. Un autre sanglot m'échappe et alors qu'une porte se ferme brutalement au loin, je craque. Je ne retiens pas mes larmes et comme un gamin, je gémis et pleure, seul dans mon coin. Ne pouvant quantifier le temps qui coule, je sais juste que je reste ainsi jusqu'à en voir mal au crâne, jusqu'à être incapable de verser une larme de plus et avoir besoin de m'allonger. Je m'enroule difficilement dans la couverture puante et trouée qui jonche le sol de ma cellule et dans l'obscurité je l'attends. Mon frère, mon Steve… J'ai besoin de lui… Il faut qu'il revienne… Il le doit. Je… Je ne veux pas être seul… J'ai besoin de lui…

"Steve ?"

Faiblement, et régulièrement, je l'appelle, la tête posée contre un des murs humides de ce trou, n'ayant à chaque fois que le silence pour seule réponse. Mes yeux le cherchent dans le noir et je frissonne, me disant que peut-être, il ne reviendra jamais… Peut-être qu'ils vont nous isoler, jusqu'à ce que l'on en devienne dingue… Et là… Là il nous feront parler avant de nous tuer.

"Steve ?"

Toujours rien. J'ai envie de recommencer à sangloter, mais mes yeux restent secs. Il va revenir. Il faut qu'il revienne. Je ferme les yeux et remonte ma couverture sur mon nez, tentant de faire taire les tremblements qui secouent mon être. Il va revenir, il doit revenir…

"Steve…"


Son prénom ressemble plus à une prière que je me répète, encore et encore, espérant simplement qu'à un moment il va me répondre "eh… Je suis là…" Le temps file sans moi et je me recroqueville un peu plus, attendant que les gardes décident de mon sort. Peut-être que lorsque la porte va se rouvrir, je serais celui qu'on viendra chercher… Peut-être qu'on me ramènera dans cette pièce… Peut-être qu'on me tuera, tout simplement.

"Steve…"

Je murmure doucement une dernière fois avant de sursauter quand j'entends la porte se rouvrir en grand. Je recommence à trembler, me disant que ça y est… C'est la fin. Je fixe la porte dans le noir et quand j'entends la cellule d'à-côté s'ouvrir, je commence déjà à geindre, suppliant qu'on me laisse. J'entends des pas qui s'éloignent et finalement, un semblant de silence retombe dans ma cellule. Un frisson dévale mon échine et je retiens mon souffle quand il prend à nouveau la parole. Il est là. À nouveau. Mon Steve. Combien de temps est-il partit ? Des jours ? Des heures ? Quelques minutes ? Je n'en sais rien. Lentement, je reviens m'allonger par terre, me tordant difficilement pour passer mon bras dans la trappe. Nos doigts se cherchent quelques instants et quand ils se retrouvent, je claque des dents, autant transis par le froid que par la peur.

"J'ai eu peur… J'ai eu tellement peur… J'ai cru que tu ne reviendrais pas… J'ai eu peur de retourner dans cette pièce et qu'ils recommencent à me charcuter… Je ne veux pas y retourner Steve… Je ne veux pas… Je veux rentrer… Je veux qu'on vienne nous chercher… Je ne veux pas mourir… Je ne veux pas mourir…"


Mes doigts s'accrochent désespérément aux siens, et dans un effort pathétique, je me retrouve à pleurer comme un enfant qui a besoin d'être rassuré.

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Mar 16 Fév - 12:59

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Plus on parle et plus je me dis que c'était totalement dingue. Dingue d'avoir tout vécu quasiment ensemble, et qu'au final on se soit jamais vus. Enfin si ça se trouve si, si ça se trouve quand ces salauds nous laisseront enfin nous voir, et pas cachés derrière deux portes, peut-être qu'on se dira "Putain mais ouais, je te connais!". Si ça se trouve on s'est croisés pendant des années, au déli Schwartzman, au pub, ou simplement dans la rue. Si ça se trouve on était parfois dans la même salle de ciné, dans la même école, le même collège. Si ça se trouve... si ça se trouve... Ca me fait bizarre de me dire que finalement, je connais pas son visage, mais j'ai plus en commun avec lui que certains membres de ma propre famille, comme les cousins de Floride qu'on voit jamais. Avec lui, on a déjà plein de trucs en commun et tellement de choses à se dire. Forcément il doit connaître la moitié du quartier, voire plus, et et se dire qu'il y a des gens qui savent qui on est tous les deux, à qui on a parlé tous les deux...

J'éclate de rire quand il parle de Lola et de ses réflexions sur elle.

Oh attends, elle était quand même exigeante! Et elle avait ses favoris. Mon pote Gavin, qui, faut se le dire est pas vraiment joli garçon et pas des plus futés non plus, ben il lui a couru après pendant des semaines mais rien. Jamais; Tout comme Russel le fils de la blanchisseuse. Elle prenait pas n'importe qui dans sa sous-pente la belle Lola... et si toi et moi on a eu droit à ça, c'est qu'on a dû être à son goût... Elle, en tout cas, elle était au mien...

Même ça aussi, on le partage. Nos deux nuits passées avec elle se ressemblent. Et en le racontant, ou en l'écoutant je rentre à la maison, un peu. Je suis pas dans une cellule puante et glacée au fin fond de l'Allemagne nazie en guerre. Non. Je suis dans mon lit à Brooklyn. Je suis au pub avec les copains. Je suis avec Lola. Loin. Avant toute cette merde. Je l'entends renifler et je serre un peu plus ses doigts.

Eh...Buck ça va aller. Ca va aller. On est plus tout seuls. On est tous les deux, alors à partir de maintenant ça ira forcément mieux. Promis. Ok?

Sauf que notre moment est brisé par ces porcs qui viennent me chercher. Et alors que des mains me trainent hors de ma cellule, j'arrête pas de me demander si je vais revenir. S'ils vont me laisser être encore prisonnier, ou si je vais mériter le statut de cadavre qu'on fera disparaître. Mon coeur hurle comme à chaque fois alors que je me débats, et intérieurement j'ai envie de vomir. Frappez-moi. Brûlez-moi. Arrachez moi les ongles. Je m'en fous de vous servir de jouet mais... mais je veux pas mourir. Je veux pas. Je veux pas que ma vie s'arrête là. Je veux pas être juste un nom sur une plaque de marbre, sans que personne sache ce qui m'est arrivé et où on m'a tué. Je voulais... mourir au front, avec les copains autour de moi, qu'on ramène mes affaires à ma mère. Pas être juste un point d'interrogation qui aura jamais de réponse. D'obliger ma mère à vivre avec l'espoir qu'un jour je reviendrai, vu qu'on a jamais retrouvé mon cadavre. Pas de cadavre, pas mort hein? Bien sûr qu'elle pensera ça. C'est une mère. C'est ma mère.

Mais ces salauds sont forts, bien entraînés et bien nourris, contrairement à moi qui bouge à peine et qui mange qu'une fois par jour quelque chose qui s'apparenterait à de la bouffe mais dont les chiens ne voudraient même pas. Je peux pas leur résister et ça me rend dingue. Si je les avais eus face à moi juste après qu'on m'aie capturé, je leur aurait fait cracher leurs quenottes. J'étais le plus grand et le plus fort du régiment en plus. Alors là je me sens... ridicule. Et je me tourne une dernière fois vers Buck alors qu'ils me traînent hors du couloir des cellules.

Si je reviens pas, va voir ma mère. Raconte lui ce qui s'est passé et... et dis-lui que je l'aime ok? Tu peux faire ça pour moi? Tu serais chic!

La porte se referme et on me colle sur une chaise, encore. Des coups de poing. Des décharges électriques. L'eau glacée. Le goût du sang dans ma bouche. La douleur, qui à force est devenue une vieille copine. J'ai appris à l'attendre, à la gérer, à vivre avec. Je sais ce qui m'attend, j'y suis préparé, et je m'en fous. Mieux, tant que je morfle, c'est que je suis encore en vie. Je sais pas combien de temps ils me prennent pour leur punching ball mais je dis toujours rien. Je veux toujours rien dire. J'ai rien à dire. Depuis le temps que je suis là, de toute façon, mon régiment a dû bouger, alors ce que je pourrais leur dire vaudra plus rien, de toute façon. Pourquoi est-ce qu'ils me gardent alors? Je saisis vraiment pas. Je suis perdu. Je leur hurle encore et encore que je sais rien, que je comprends rien, mais ils s'acharnent, ces salauds, avant d'en avoir assez. Et ils me recollent dans ma cellule comme un chien dans sa niche, me traînant avant de me laisser retomber sur la terre froide et dure. Je grogne, attrapant la couverture dégueulasse pour me tenir un peu chaud, au moins le temps que je sèche, et je reprends juste mon souffle.

C'est là que j'entends la trappe de Bucky s'ouvrir, et je me traîne près de la porte, attrapant ses doigts que je serre.

C'est bon, c'est bon... on dirait qu'ils ont encore envie de s'amuser avec moi. Je suis là c'est bon...c'est bon... Et moi aussi je veux rentrer. Je veux me tirer de ce trou à rats, je veux revoir Brooklyn, je veux revoir ma mère, mes copains, retourner au pub... On irait au pub ensemble hein, et puis on se raconterait tout ça en se marrant et en se disant qu'on est pas passés loin hein? Allez, c'est le plan. On s'en tient au plan. On...on va s'en sortir. On va s'en tirer. Ils ont une raison de nous garder parce que sinon ils nous auraient même pas ramenés ici. Ils nous auraient juste butés avec une balle dans le crâne et c'est tout. On...on doit avoir de la valeur pour eux. Et c'est grâce à ça qu'on va se tirer de là.

Il sanglote comme un gosse et j'enrage de rester coincé derrière cette porte alors que j'aimerais juste le serrer contre moi et lui tapoter le dos.

Allez... chiale. C'est normal d'avoir peur. J'ai peur aussi. Mais ça va aller. On va s'en sortir. On va se tirer de là. On va se tirer de là...

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But now, you are my handler and I, I will execute your demands
And you are empowered to do as you please. My mind was lost in translation and my heart has become a cold and impassive machine •••Je n'ai que son nom et pourtant, alors qu'il serre ma main avec force… J'ai l'impression d'être avec mon frère. Avec quelqu'un qui sera toujours là pour poser une main sur mon épaule, me rassurer, me dire que ça va aller… Quelqu'un qui me portera jusqu'à la fin. Quelqu'un auprès de qui je pourrais mourir en paix. Pleurer est douloureux et l'idée de lâcher sa main l'est encore plus. J'ai peur Steve… J'ai tellement peur. On m'a dit que j'avais  l'âge d'aller me battre mais on ne m'a pas prévenu que je n'avais pas encore l'âge pour accepter l'idée que j'allais vraiment y passer. Mon corps tremble, secoué par les larmes douloureuses qui roulent le long de mes joues crasseuses. J'ai juste peur… J'ai peur que ce soit la fin, que je rentre jamais chez moi, que je puisse jamais serrer ma mère dans mes bras une dernière fois… Et si dans le ravin, j'avais finis par accepter cette idée… Dans cette cellule je la refuse. Je refuse qu'on me retire une vie que je n'ai pas eu le temps de vivre pleinement. Je veux me voir vieillir, je veux avoir le temps d'être aigris…  Mes sanglots se font plus sonores et mes phalanges hurlent tant je serre sa main.

"Me lâche pas… Me lâche pas…."

Je geins, gémis alors qu'il tente de me rassurer, essayant de nous convaincre qu'on va s'en sortir. Et si au début je peine à l'écouter, ses mots finissent par lentement faire leurs chemins dans mon esprit, agissant comme une drogue qui doucement vient faire taire mes angoisses et raconte de beaux mensonges à mon esprit paniqué. Oui… Peut-être que nous avons une chance, peut-être qu'ils… Qu'ils vont tenter de nous garder pour nous échanger ou quoi… Peut-être qu'on de la valeur… Je rouvre les yeux et hoquette entre deux sanglots, cherchant à  reprendre mon souffle. Ils auraient pu me tuer, ou me laisser au fond de son ravin et pourtant… Ils m'ont sauvés et soignés. Un frisson parcourt mon échine alors que je renifle, me recroquevillant simplement sur le sol de ma cellule, essayant en vain de réprimer les tremblements qui secouent mon être. On a une chance… On va peut-être y arriver… Si Steve le dit… C'est que c'est possible… Hein ? Mon souffle se calme et la gorge toujours nouée, je tente de chercher en lui une vérité qui me dira que oui, nous ne sommes pas condamnés.

"Ils doivent… Ils doivent nous trouver un intérêt… Hein ? On doit être précieux ou je sais pas quoi… Sinon… Sinon on serait déjà morts. On doit avoir de la valeur… Sinon ils m'auraient pas soignés…. Ils veulent nous garder en vie… Ils veulent nous garder en vie… On va s'en sortir, on va s'en sortir…"

Tout ne devient qu'un murmure qui glisse d'entre mes lèvres, une prière que je ne cesse de répéter, espérant ainsi me rassurer. Mes doigts refusent de lâcher ceux de Steve alors que je me blottis contre la porte, comme si j'espérais être capable à un moment de me glisser par la trappe pour le rejoindre et ainsi être contre lui. Ses doigts caressent les miens et doucement, je me rassure de ses paroles. Bien sûr qu'on va s'en sortir… Pas vrai ? C'est toujours aux autres que ça arrive ce genre de truc, d'être fauché avant l'heure ou de mourir… Nous on est immortels… Nous on va venir nous sauver et on pourra rentrer à Brooklyn, se prendre une bière tout les deux et parler de Lola… C'est les autres qui meurent… Nous…. Nous on va vivre. Nos doigts s'entrelacent et au fil de ses paroles, je sombre simplement, glissant dans une inconscience lourder, emporté par une fatigue nerveuse.

Ce qui me réveille le lendemain, c'est la botte qui vient écraser ma main. Un hurlement m'échappe alors qu'encore engourdi par le sommeil, je tente de me reculer, observant avec crainte la porte qui doucement s'ouvre. Mon souffle se fait plus court tandis que je fuis, me recroquevillant dans un coin de ma cellule en gémissant.

"Non… Laissez-moi… Pitié…"

Les deux gardes m'ignorent et m'attrapent, me relevant de force pour me conduire je ne sais trop où. Mon coeur semble sur le point d'imploser dans ma poitrine alors que je me laisse traîner je ne sais trop où et bien trop loin de Steve à mon goût. Je tourne la tête pour observer sa porte alors, cherchant à l'appeler.

"Steve… ! Steve… Je…"

Je recommence à trembler face aux gardes qui me secouent, me hurlant sûrement de la fermer. Je hurle quand je sens que l'un d'eux appuie fortement sur mon moignon, au point qu'une douleur presque aveuglante foudroie mon être.

"Je veux pas… Pas la salle… Pas la salle… Pitié…."

Encore des hurlements et d'autres hurlements de ma part. Et finalement, ils me rattachent à la table d'opération, sous le regard des nombreux médecins qui à mes yeux se ressemblent tous. Je sens de lourdes larmes couler sur mes joues au fil des attaches qui entravent désormais mon poignet, mes chevilles et ma tête. Je recommence à trembler alors que les médecins s'approchent, commençant à raconter je ne sais trop quoi.

"S'il-vous-plait… S'il-vous-plait…"

Je recommence à sangloter mais aucun ne semble me prendre en pitié, c'est à peine si ils me regardent… Tout ce qui les intéresse, c'est mon bras manquant dont ils défont le bandage, observant la plaie avec attention. Je ferme les yeux sentant une puissante envie de vomir me saisir face à l'odeur de la chair qui cicatrise, du désinfectant et du sang. J'ai un premier haut le coeur alors que des doigts commencent à courir sur mon moignon. Je vais être malade… Je… Je halète avant de sentir mon estomac se retourner, me faisant ainsi vomir un peu de bile qui se perd surtout sur mon menton et mon torse. Quelqu'un vient essuyer le coin de mes lèvres, m'injectant ensuite quelque chose. C'est rien… Sûrement un calmant… C'est rien. Les médecins nettoient ma plaie et ensuite… Au lieu de me faire un nouveau bandage… Ils semblent discuter de je ne sais trop quoi, désignant le reste de mon épaule gauche, puis mon pectoral. Je frissonne, comprenant alors qu'ils tiennent entre leurs mains des radiographie de ce qui reste de mon bras gauche… Putain… Qu'est-ce qu'ils foutent ? Qu'est-ce qu'ils essayent de faire de moi ? Est-ce qu'ils son en train de discuter d'une autre amputation ? Ils veulent encore me raccourcir. Je me cambre sur la table, recommençant à me débattre face à l'indifférence des médecins. Je veux pas… Je ne veux pas être un rat de laboratoire… Je veux m'en sortir, je dois m'en sortir. À l'aide d'un marqueur ils tracent quelque chose sur ma peau et là… Ils enroulent mon moignon dans des pansements et autres bandages. Je croise le regard de l'un d'entre eux et celui-ci me glisse un sourire que je ne comprends pas. Pourquoi… ? On recommence à me laver soigneusement, savonnant ma peau, rasant ma barbe naissante et ensuite… On m'apporte de quoi manger. Je regarde l'homme qui me tend un morceau de pain, détournant la tête.

"Mange." articule-t-il dans un anglais difficile.

Je fais non de la tête et il insiste, pressant le morceau de pain contre mes lèvres jusqu'à ce que je finisse par céder. Je le mâchonne lentement et accepte ensuite l'eau qu'il m'offre. Nos regards se croisent et alors qu'il me file à manger du bout des doigts, je lui demande entre deux bouchées.

"Pourquoi ?"

Il ne dit rien, continuant simplement de me faire manger et une fois que j'ai terminé, il vient soigneusement me brosser les dents, appelant ensuite les gardes qui me ramènent dans ma cellule. Je ne tente pas de me débattre cette fois-ci, étouffant un simple grondement quand ils me jettent sur le sol avant de refermer la porte. J'attends qu'ils s'éloignent et revient chercher la main de Steve à travers la trappe. Un sourire se glisse sur mes lèvres quand je sens ses doigts trouver les miens et un frisson court sur ma peau quand j'entends sa voix.

"Je vais bien…. Je vais bien… Enfin je crois… Ils m'ont rien fait…. Au contraire. Je… Je comprends pas Steve…."

Je reste silencieux quelques secondes, ne pouvant m'empêcher de regarder les traces de feutre sur ma peau.

"J'étais dans la salle… Avec les médecins… Ils ont changés mes pansements, ils m'ont lavés… Et ensuite j'ai même eu le droit de manger… Je comprends pas ce qu'ils font Steve… J'ai l'impression d'être un cobaye… Je comprends pas… Ils ont examinés mon bras, enfin ce qu'il en reste… Et… Et ensuite ils ont commencés à tracer des trucs sur ma peau… Je…. J'ai peur de ce qu'ils veulent me faire… J'ai peur qu'ils me mutilent un peu plus…."

Je prends une grande inspiration, osant un léger sourire.

"Mais c'est sûrement rien, hein ? Ils vont pas nous faire de mal… On a de la valeur… Pas vrai ? Faut qu'on s'en sorte Steve… Faut qu'on s'en sorte…."

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Ven 25 Mar - 22:16

The Handler
Steve is Bucky's handler
Je les hais. Je les hais de plus en plus, ces sales bâtards. Comment est-ce qu'ils peuvent faire ça? Comment ils peuvent venir envahir des pays tranquilles et leur dire que maintenant, ils appartiendraient à l'Allemagne nazie? Comment ils peuvent prendre des braves types comme nous et s'amuser avec, à les transformer en punching balls. A les torturer pendant des jours simplement parce qu'ils le peuvent. Je veux dire ces types, là, ils ont aussi une famille. Des parents, des frères, des amis. Ils aimeraient pas qu'on leur face ça. Alors pourquoi? Pourquoi infliger ça? Ils gagnent quoi? Je suis plein de rage, et même pas à cause de ce qu'ils m'ont fait à moi. Non, ce qui me rend dingue, c'est de voir dans quel état ils ont mis Buck. Bucky, le type dont je tiens la main pendant qu'il sanglote comme un gamin, le gamin qui en quelques jours est devenu plus proche de moi que mes plus vieux potes. Je voudrais les affronter à la loyale, et leur faire payer pour tous les gars qu'ils ont mis dans le même état que lui. Les enfoirés. Mais comme je peux pas, je caresse juste sa main de mon pouce en répétant sans cesse.

C'est bon...c'est bon je suis là. Je suis là. Je suis revenu. Tout va bien. Tout va bien... Je suis là...

Petit à petit il se calme, et s'il serre toujours ma main, il s'y raccroche avec moins de force. Ses sanglots se calment, sa respiration aussi, et petit à petit ce que je dis a l'air de trouver son chemin. J'ai un sourire fatigué quand il a l'air d'avoir été convaincu et je l'encourage. Je suis franchement pas sûr de ce que je dis, si c'est vrai, mais j'ai pas le choix. Je dois être fort pour deux. Moi je peux encaisser. Moi ils peuvent me faire mal, je m'en fous. Si c'est que de la douleur physique, j'ai déjà vu que je pouvais survivre. Qu'elle venait et qu'elle repartait.Je pouvais prévoir comment et combien j'aurai mal. La sentir monter petit à petit avant de repartir, comme une vague. Ou alors de frapper vite et fort. Tout ça en fonction de leur jeu du moment. Mais lui ils l'ont cassé et si je peux alléger un peu tout ça en me prenant quelques roustes en plus, ça me va.

Je me réveille en entendant un hurlement, et je me suis même pas rendu compte que je m'étais endormi collé contre cette foutue porte, et ma main toujours au travers de cette foutue trappe. Je me mets à genoux, tambourinant contre la porte quand j'entends Bucky m'appeler. Les salauds, je les ai même pas entendus arriver... Ma rage remonte d'un coup alors je comprends qu'ils vont l'emmener.

Lâchez le! Lâchez-le! Vous avez pas le droit, espèce de bâtards! Vous avez pas le droit! Lâchez le où je vous fais chier vos dents!

Sauf que je suis qu'un bouffon derrière une porte de métal, et que mes menaces doivent les faire rire, surtout qu'ils les comprennent pas. Putain mais je déteste être impuissant comme ça! Je déteste être bloqué ici, et rien pouvoir faire alors qu'ils emmènent Buck. Qu'est-ce qu'ils vont lui faire? Comment ses salauds vont s'amuser avec lui aujourd'hui? Et puis la trouille qui vient me frapper au ventre comme une droite de Kenny : c'est peut-être la dernière fois que je l'entends. La dernière fois qu'il sera dans la cellule à côté de moi. Peut-être qu'aujourd'hui c'est la fin de ce qu'ils ont prévu pour lui. Non. Non. C'est pas possible. C'est pas possible! Petit à petit j'entends ses hurlements s'éloigner, avant qu'ils referment la porte des geôles, et le silence. Pendant des heures il y a rien à part l'horrible silence de la prison. Les gouttes de la canalisation. Quelques bruits de moteur au loin, et d'ordres braillés. Les rats. Je deviens fou, m'imaginant les pires scénarios, la boule au ventre à l'idée que je puisse rester seul ici, tout seul, sans Bucky dont j'aurais jamais vu le visage.

Et enfin je l'entends. Ils reviennent. S'ils reviennent, c'est qu'il y a quelque chose à ramener. S'ils l'avaient tué, ils l'auraient balancé je sais où et c'est tout. Mon coeur s'emballe alors que je me lève en grimaçant, mes mains bandées contre la porte en métal. Le bruit mou de quelqu'un qu'ils relâchent. La porte des geôles qui se referme. Puis la voix de Buck, plaintive et en même temps pas trop amochée. Je m'attendais à pire. On dirait qu'il a pas trop l'air en mauvais état... Comme d'habitude je me laisse retomber sur le sol et je glisse ma main sous la trappe, jusqu'à attraper la sienne.Je serre ses doigts avec force, rassuré de voir que ça va, qu'il est revenu et qu'il peut parler.

Hey! Alors mon grand, raconte moi! Qu'est-ce qui s'est passé? Ca va? Pas trop secoué?

Je suis suspendu à ses lèvres, au son de sa voix qui m'avait tellement manqué, et je fronce les sourcils en l'entendant.

Co...comment ça ils t'ont rien fait? Mais...pourquoi ils t'ont fait sortir alors?

Il reprend, éclaircissant un peu la situation, et je hoche lentement la tête.

Ouais...C'est bizarre. Vraiment bizarre. Mais si on est encore là, c'est qu'on doit avoir de la valeur, un intérêt pour eux...

C'est ce que je me dis, même si mon système d'alarme interne commence déjà à s'affoler et que j'envisage le pire. Et si ils comptaient nous utiliser vraiment? Et si ce qui est arrivé à Buck était... était un test. Une sorte de préparation. Non... non ça peut pas être possible. Non. Ils oseraient pas. Ils oseraient pas lui faire ça? Surtout que maintenant, il a perdu son bras, alors je vois pas ce qu'ils pourraient tirer d'un estropié? Et puis mes tripes se nouent : putain. Et si moi aussi ils voulaient m'utiliser. Et si moi aussi ils allaient me transformer en souris de laboratoire? En cobaye? J'ai eu des gars qui racontaient des sortes de légendes urbaines. Que dans les camps il y avait un médecin fou, un allemand, qui faisait les expériences les plus folles sur des être humains. Le genre de choses qu'on voit juste dans les cauchemars. Non... non Steve. Ils veulent des informations. Ils veulent une monnaie d'échange. Oui, c'est ça... ça peut-être que ça...

Finalement je reste près de lui et on s'endort, osant pas lâcher nos doigts de peur que quelque chose de terrible puisse arriver si c'était le cas. On s'accroche l'un à l'autre parce qu'on a rien d'autre justement. On a que nous. Nous et nous seuls, contre tous les foutus nazis de cette base! Puis, une fois qu'on a un peu dormi, on parle encore, on se raconte Brooklyn, nos souvenirs, on essaie aussi de s'imaginer ce qu'on fera quand on sortira d'ici. Parce que oui, on sortira d'ici. Enfin c'est ce que je me force à croire. Parce que j'ai que ça. L'espoir de sortir. De recommencer ma vie là où elle s'était arrêtée. On nous sert nos rations de midi et finalement, à ma grande surprise, on me tire de ma cellule. D'habitude, c'est soit Buck, soit moi qui sort, mais jamais les deux dans la même journée. Ils me trainent jusqu'à une autre salle que celle habituelle. C'est... une sorte de hangar, avec quelques jeep et un camion dans un coin. Des caisses de stockage en bois avec la croix gammée. Et Herr Obermaier, le seul qui parle anglais dans la base. Il s'approche de moi en souriant, et me montre le hangar dont le centre est une zone vide.

Steve Rogers... Aujourd'hui j'aimerais avoir une preuve. Une démonstration.
De quoi?
De votre force.
Et pourquoi je ferai ça?
Parce que sinon la torture va reprendre. Et encore plus douloureuse.


Je soupire et continue de le défier du regard.

Et vous voulez que je fasse quoi?
Affrontez Gunther, ici présent.


Un colosse blond s'approche. Il n'est pas armé, et se tient sagement face à moi, derrière Obermaier.

Prouvez moi que vous pouvez le battre et peut-être que vous verrez vos conditions de détention...comment dites-vous...améliorées?

Puis il laisse retomber une lourde clé à mollette sur le sol avant de se reculer, nous laissant le champ libre.

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Dim 24 Avr - 13:12

But now, you are my handler and I, I will execute your demands
And you are empowered to do as you please. My mind was lost in translation and my heart has become a cold and impassive machine •••Plus je pense à ce qu'ils m'ont fait, plus j'ai envie de vomir. Je sais que je devrais me réjouir de ne pas être torturé ou laissé dans un coin à pourrir, mais au moins, j'aurais une idée de ce qu'ils veulent, là… Je ne sais pas, je ne comprends pas. Pourquoi faire aussi attention à moi ? Pourquoi prendre le temps de me soigner et de me laver si c'est pour ensuite me jeter à nouveau dans cette cellule puante et crasseuse ? Pourquoi ne pas simplement me laisser attaché à cette putain de table d'opération ? Pourquoi faire des annotations sur mon moignon ? Pourquoi ne pas m'avoir laissé dans ce putain de ravin, au milieu de la neige qui formait déjà mon linceul ?

"Pourquoi Steve… ? Pourquoi… ? Pourquoi on a pas eu la même chose que nos frères d'armes ? Pourquoi on a pas eu un mort propre et digne… ?"

Steve a beau dire que nous sommes là pour une raison, je peine à comprendre laquelle… Je peine à saisir la valeur que nous avons… Lui est peut-être entier mais moi… Je ne suis plus qu'un estropié… Je ne peux plus me battre, ni même tirer. Je ne suis plus un soldat mais une carcasse vide qui aurait dû reposer au fond d'un ravin en Allemagne. Je ne devrais pas être là. Je ne devrais pas pouvoir sentir les doigts de Steve entre les miens et je ne devrais pas pouvoir entendre sa voix. Je ne devrais plus être en vie. Un soupir glisse d'entre mes lèvres et un sourire bien las se glisse sur celle-ci quand il commence à détourner mon attention, essayant de me remonter le moral en me parlant de Brooklyn. Une fois de plus nous parlons de nos souvenirs, cherchant à apporter ici un peu de la maison, mais bien rapidement, je ne l'écoute que pour le plaisir d'être bercé par sa voix qui me semble être aussi chaude que les caresses des rayons du soleil. Je ferme les yeux et somnole, refusant de lâcher sa main. Je n'ai plus que lui, mon Steve qui en très peu de temps est devenu mon frère. Celui qui est là pour me rassurer, là pour me dire qu'on va s'en sortir et surtout, lui qui est fort pour nous deux. Lui n'est pas encore brisé. Lui a encore l'envie de se battre et de survivre… Ma respiration se fait plus calme et lentement, je me dis qu'il est comme un soleil de ce trou. Un présence rassurante auprès de laquelle je dois me rassurer et puiser l'énergie nécessaire pour s'en sortir. C'est ça… Avec lui à mes côtés, je ne peux que s'en sortir… Nous ne sommes peut-être que deux, mais ce n'est pas grave… À nous deux on peut tuer cette bande de fils de pute et rentrer à Brooklyn. Nous sommes invincibles.

Quand j'ouvre les yeux, on nous sert une ration de midi, un peu de pain sec et de l'eau histoire qu'on claque pas dans ce trou à rats. Et plutôt que de lâcher la main de Steve pour manger, je préfère sauter le repas et discuter avec lui. Le lâcher est trop compliqué… C'est prendre le risque qu'il va filer, me laisser et m'abandonner. Lâcher sa main, c'est accepter de le perdre. Et pour rien au monde je ne veux ça. Alors je parle avec lui, jusqu'à sente qu'à nouveau, on nous force à nous lâcher. À la manière d'un animal blessé, je me recroqueville contre la porte, craignant que l'on me fasse sortir à nouveau… Mais non, c'est la porte de Steve qui s'ouvre et c'est lui qu'on traîne je ne sais où. Mon souffle se meurt sur mes lèvres et un premier cri m'échappe.

"Steve ! Steve… !"

Vain. Inutile. Des coups dans l'eau, voilà ce que valent mes hurlements. Steve ne va pas revenir simplement parce que je l'appelle. Je perds mon temps. Et pourtant, je continue, même après que les gardes l'aient emmenés loin.

"Ça va aller Steve ! Tu vas t'en sortir, on va s'en sortir ! On vaut mieux que ça ! On va les avoir ces fils de pute ! On va s'en sortir…. On va s'en sortir…"

Tout ne devient que murmure quand je réalise que je n'ai plus que le silence comme compagnon. Je suis seul. Steve est bien loin, les gardes aussi. Assis contre la porte, j'écoute les échos d'une vie qui se déroule au-delà des murs humides qui m'entourent. J'écoute l'eau goutter au loin, les cris étouffés par les pavés, les rats qui passent non loin de là… Je me berce de tout ça, priant simplement pour que Steve revienne. Car si il ne revient pas… Je ne pourrais pas m'en sortir. J'ai besoin de lui. Si lui n'est pas là, je suis condamné à mourir ici. Sans lui, je ne suis qu'une carcasse, un bout de viande qui attend la mort. Je ferme les yeux, essayant de ne pas imaginer le pire. Steve reviendra… Steve sera là… Fort, heureux, rassurant et à deux, on tuera tout les affreux. Mon bras vient entourer ma taille et doucement, je commence à chanter, cherchant à me bercer pour oublier.

"How much do I love you…?
I'll tell you no lie
How deep is the ocean ?
How high is the sky… ?"


Ma voix a des ratés, mais ce n'est pas grave, là je n'essaye pas de forcer Judith à me laisser grimper dans sa chambre, ou je ne tente pas de faire chavirer le coeur de la belle Nancy… J'essaye juste de me rassurer. Ma voix n'est peut-être pas de velours comme elle pouvait l'être pour les belles filles, mais elle est suffisamment douce pour me faire sourire. J'aurais de nouveau le droit à tout ça… Grâce à Steve, je vais sortir d'ici, on va s'en sortir, on rentrera à Brooklyn, on ira boire une bière et tout sera comme avant. J'entends les pas d'un garde au loin, mais je ne m'arrête pas, chantonnant toujours avec ma voix lourde de sanglots et rauque.

"How many times a day do I think of you… ?
How many roses are sprinkled with dew ?
How far would I travel to be where you are ?
How far is the journey from here to a star… ?"


Le garde donne un coup sur la porte, me faisant sursauter alors qu'il me hurle je ne sais trop quoi en allemand. Je déglutis difficilement et reste silencieux, attendant simplement qu'il s'éloigne pour reprendre.

"And if I ever lost you… How much would I cry… ?"

Tout n'est qu'un murmure, qui glisse comme une caresse sur mes lèvres. Un aveu du coeur, de l'âme sous la forme d'un soupir craintif. Steve reviendra. Il revient toujours. Je reviens toujours. Personne ne pourra jamais nous séparer, et même si quelqu'un essayait… Ce ne serait rien, lui ou moi trouverons un moyen de retrouver l'autre. Parce qu'on doit s'en sortir.

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Sam 7 Mai - 22:54

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Là j'ai peur. J'ai vraiment peur. Dans ce hangar où ne se trouvent que trois soldats armés qui me tiennent en joue, Herr Obermayer qui me regarde comme on regarderait un spectacle de cirque, et Gunther. Le fameux Gunther qui mesure facilement une tête de plus que moi, frôlant quasiment les deux mètres, avec des épaules carrées et des bras qui font la taille de mes cuisses. L'incarnation du délire aryen voulu par ce foutu Hitler que j'ai en face de moi. Son cou de taureau dépasse d'un marcel blanc serré sur son torse immense, et il regarde la clé à mollette avec un sourire de celui qui sait qu'il va gagner. C'est sûr que moi... moi je dois faire salement pitié. Ca fait des jours, des semaines même que j'ai pas pu me laver. Des semaines que j'ai même pas pu me voir. Je me demande même si je me reconnaîtrais, moi qui me rasais soigneusement tous les matins, et qui avais toujours un peigne dans la poche de ma veste pour être sûr d'être toujours bien coiffé. Là... là sous mes doigts j'ai senti mon menton se couvrir de poils hirsutes et épais, et mes cheveux ont aussi poussé de plusieurs centimètres. Est-ce que si je me voyais maintenant, tout de suite, alors que je me tiens debout dans cette espèce d'arène improvisée, je me reconnaitrais? Est-ce que ma mère saurait voir en moi son fringuant fils qu'elle a laissé partir faire la guerre, sous cette couche de crasse et de poux? De voir que ma carrure à moi avait fondue. Que mes muscles s'étaient affinés, que mon ventre s'était creusé, à cause du seul et mauvais repas qu'on nous donnait par jour.

Et après tout ça, après des semaines où mon corps a été battu, affamé, torturé, malmené, je tiens à peine sur mes pieds et on me demande de me battre avec ce monstre qui doit manger double ration de nourriture fraîche, dormir dans un lit de camp au chaud, et pouvoir se laver autant qu'il veut. J'ai presque envie de rire tellement la situation est désespérée et pathétique. Envie de rire et de pleurer en même temps en me disant que ma vie va se finir là. Que je serais réduit en bouillie par ce monstre et qu'on me jettera dans la fosse comme un chien crevé. Que je serais comme ces foutus martyrs face aux lions. Que je serais un spectacle. Putain je veux pas. Je veux pas finir comme ça. Je veux pas que ma mort soit une putain de distraction! Je serre les poings et je regarde cette montagne qui a toujours ce sourire aux lèvres. Méprisant. Humiliant. Sûr de sa victoire. Et là, malgré le fait que j'ai à peine mangé, que je dors en pointillés à cause du froid et des bêtes, je veux lui montrer. Je veux lui montrer que je vais pas claquer sans me battre. Que je vais pas juste attendre de me faire arracher la tête à mains nues et qu'on balaie mes restes ensuite. Non. Je prends une profonde inspiration, et après une première hésitation, je plonge pour attraper cette foutue clef à mollette. Le seul truc qui va me permettre de vaincre, et d'avoir le dessus. Sans ça, je peux pas.

Sauf qu'il me voit venir. Bien sûr qu'il m'a vu. Je suis lent et rouillé, pas comme à l'époque, où j'allais m'entraîner à la salle de boxe du vieux Paddy et où mon crochet du droit m'avait permis de gagner plusieurs combats. Là y'a pas de gants et pas d'arbitres. Pas de cordes et de coup de cloche pour dire que le combat était fini si l'un a gagné ou si l'autre est trop amoché. Là y'aura qu'un seul gagnant. Et pas de perdant. Juste un mort. Mon coeur tambourine alors qu'il me repousse d'un coup de pied qui me fait reculer de plusieurs pas, me coupant le souffle. Bordel. Il cogne comme une enclume. Toujours avec un sourire il recule, baragouinant un truc dans sa sale langue de boche, laissant la clé encore en évidence sur le sol, entre nous. Il se croit tellement bon qu'il se donne même pas la peine de la prendre. Il sait qu'il peut me battre sans, et moi aussi, je sais qu'il le peut. Je me remets et reviens face à lui, serrant les poings et commençant à sautiller.

Qu'est-ce que le vieux Paddy te disait? Qu'est-ce qu'il te dirait? Observe et apprends. Regarde comment il se tient et comment il bouge. Trouve ses failles. S'il est bon pour une chose, il est forcément mauvais pour d'autres. Je tourne lentement autour de lui, essayant de juste me concentrer sur ses mouvements et sa démarche. Sur ses mouvements. Comment il répartit son poids. Comment il réagit. Une fois ou deux il a l'air d'en avoir marre et m'attaque, mais je le vois venir cette fois, et l'esquive. Il est lent. Il est très lourd et lent. Ses coups ne pardonnent pas, et il faut que j'évite avant toute chose qu'il me blesse. Qu'il me touche. Je suis moins fort que lui? Ok mais du coup ça me rend plus léger. Plus léger donc plus rapide. Enfin, il va falloir. Avec d'autres, je les aurais fatigués un peu, mais là je peux pas. Je peux pas parce que c'est moi qui vais pas tenir longtemps. Il faut que je m'économise et que je sois précis. C'est ma seule chance.

Et je me rappelle aussi les feintes. Il me faisait tester ça sur de vieux sacs en forme de poire qu'il pendait au plafond et que je devais frapper. Je tente de faire comme il me l'a appris. J'essaie d'oublier que je vais claquer si je merde, et que c'est un combat comme un autre. Il le faut. J'ai pas le choix. Je me prépare, et quand je sens le bon moment, je fais mine de l'attaquer d'un côté, et je hurle de joie intérieurement quand je le vois bouger son poids sur le mauvais côté. Il bouge, pile là où je voulais l'emmener, et à la dernière seconde je bascule et plonge pour la rattraper, avant de faire un pas pour me redresser et lui refaire face, appréciant le poids de mon arme en main. J'aurais presque envie de chialer de joie à sentir le métal sous mes doigts, comme si je tenais de l'espoir solide, enfin un peu. Maintenant j'ai peut-être une chance.

Pendant de longues minutes on se tourne autour, et j'essaie de trouver l'ouverture. De trouver les bons moments. Sauf que tout réussit pas. Je me prends un ou deux beaux coups qui me font siffler l'oreille et exploser des feux d'artifice de douleur dans mon crâne. Mais surtout, surtout, ne pas lâcher ma clé. Jamais. C'est la clé de ma survie. J'ai le goût du sang dans la bouche et mal aux jointures à force de serrer mon morceau de métal dans mes mains. Je veux en finir. Je dois y aller maintenant sinon je serai trop faible pour continuer. Allez. Allez. Une ouverture. Donne moi une ouverture. Je le mène un peu en bateau, le souffle court, et enfin cette montagne donne une prodigieux poing dans le vent. Son élan l'emporte, et je me glisse sous son bras. Enfin il me tourne le dos. Je peux y aller. Je serre les dents et donne un coup de pied dans le creux de son genou, pour le faire céder, et surpris, je le vois chanceler. D'une détente du bras, je cogne l'arrière de son crâne que je peux enfin toucher. Le métal s'y enfonce en un bruit sourd avant qu'un hurlement de douleur ne résonne dans tout le hangar. Il met un genou à terre, puis deux, et je recule encore une fois le bras. Nouveau coup, et je le vois pencher vers l'avant, puis s'écraser, face contre le béton.

C'est trop beau. Il faut que je sois sûr qu'il se relèvera pas. Alors je frappe. Je frappe en hurlant, en l'insultant. J'oublie comment il s'appelle, j'oublie pourquoi je fais ça. Je cogne et je hurle. Je hurle pour tout ce qu'on m'a fait subir. Je hurle parce que j'ai pas mérité ça. Je cogne pour les mêmes raisons. Je me venge. Je me venge de la guerre, de l'armée, des nazis, de ma prison, et même de Buck. Je veux juste lui faire payer pour tous les autres. Je veux juste gagner. Décider. Choisir pour une fois. Je frappe encore et encore même si des éclaboussures rouges me giclent dans les yeux et sur le visage, même si mes mains deviennent poisseuses et que ma clé en mollette me glisse petit à petit des doigts. Jusqu'à un ordre. Des mains me saisissent et me font lâcher mon arme qui retombe sur le sol, avant de m'éloigner de lui.

Eh bien monsieur Rogers, il semblerait que nous ayons fait le bon choix en vous gardant. Vous avez la rage de vaincre et vous êtes intelligent. Comme promis, nous allons mieux vous traiter, jusqu'au prochain test. Emmenez le à la douche.

Hébété, je me laisse promener, et je me réveille que quand la porte se referme derrière moi. Devant, une grande pièce avec des tubes métalliques fixés au mur, du carrelage blanc. Des pains de savon. Des brosses. De l'eau chaude. Brutalement mes fringues me semblent la pire chose du monde et je m'en débarrasse comme si ma vie en dépendait, comme si elles étaient empoisonnées ou couvertes d'araignées. Je les repousse avec dégoût et titube jusqu'à l'eau, les mains encore rougies de sang et engourdies d'avoir tellement serré. Quand le jet s'allume, et que je sens l'eau chaude, très chaude voire brûlante, je me laisse retomber sur le sol en pleurant, alors que le sang de mes mains s'efface doucement dans le siphon.

Pendant un long moment je reste juste comme ça, assis par terre sous le jet brûlant, avant de réussir à tendre la main vers le savon. Et je me décrasse. je vire tout, la boue, la sueur, tout ce qui me donnait envie de vomir rien qu'en baissant les yeux sur moi. Et dans un sens, je me sens un peu plus humain. Un peu plus moi-même. Il y a des vêtements propres sur une chaise et je les enfile. Un treillis et un pull kaki. Des chaussettes en laine. Un caleçon propre. J'aurais envie de les brûler, pour m'avoir été données par ces foutus nazis, mais je peux pas remettre mes trucs dégueulasses. Pas possible. Alors je les enfile, repasse mes vieilles grolles et sors de la salle de bains. Deux gardes m'attendent toujours et me ramènent jusqu'à ma cellule. On a mis un lit de camp et une couverture propre. J'ai presque envie de pleurer à nouveau, mais je glisse juste la main sous la porte, cherchant celle de Buck.

Buck! Buck je suis là! Je suis là! Je... on... on m'a fait passer un test débile mais... mais je suis là. J'ai survécu. Je... je...ça va et toi? Tu vas bien Buck? Dis moi que ça va...

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Mar 10 Mai - 1:30

But now, you are my handler and I, I will execute your demands
And you are empowered to do as you please. My mind was lost in translation and my heart has become a cold and impassive machine ••• La tête contre la porte métallique, je continue de chanter pour lui, espérant presque le faire revenir par cette diversion pathétique. Mais peut-être suis-je simplement en train de faire son deuil ? Ou est-ce que je trompe l'ennui ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ferme simplement les yeux, me berçant à l'aide de mon bras restant comme un enfant qui aurait besoin que sa mère vienne le rassurer. Pathétique. C'est le mot que je cherche. Celui que je refuse de trouver aussi. Je ne veux pas l'être. Je veux prouver à mes geôliers que j'ai la rage de vaincre… Mais pour l'instant, je suis comme un rat. Je rampe par terre, j'accepte de vivre dans la poussière et de bouffer des quignons de pains. Je ne suis plus qu'un animal. Une pauvre chose que l'on enferme et qu'on laisse crever dans un coin. Un frisson secoue mes épaules et j'ai mal. J'ai mal au bras que je n'ai plus, chacun de mes os me fait mal et même le sang qui coule dans mes veines est douloureux. Je voudrais être comme Steve. Je voudrais ne rien craindre, avoir envie de me battre et ne pas avoir peur… Mais Brooklyn me manque bien trop. Ma vie avant ce bordel me manque. Tout me manque. Tout était mieux avant… Tout était plus simple. Puis la porte de la cellule de Steve s'entrouvre. Il est de retour, mon soleil, mon Steve est revenu, et il est en vie. Déjà je m'allonge sur le sol crasseux pour passer ma main par la trappe. Mais au lieu de ses doigts et de sa voix rassurante, je ne trouve que la botte d'un garde. Un léger gémissement m'échappe quand de sa semelle il écrase mes phalanges, hurlant je ne sais trop quoi en allemand. Je tente de reculer mais ce dernier me retient.

"Non… ! Pitié ! Pitié !"

Je ne sais pas si il me comprend, mais tant pis. De toute façon ce n'est pas tant la douleur qui me fait supplier mais plus la peur de perdre la seule main qu'il me reste. Comme un enfant, je continue de pleurer, de sangloter et enfin, quand il accepte de me lâcher, je me recroqueville dans ma cellule, ignorant simplement les rires qui fusent derrière la porte. C'est ça. Riez. Riez tant que vous pouvez. Riez pendant que nous sommes enfermés et faibles. Mais à deux… À deux on s'enfuira. Avec Steve, tout est possible. Je n'ai qu'à l'attendre et ignorer ses chiens. Je ferme les yeux et reste allongé par terre, recommençant simplement à chantonner pour lui. J'ai l'air d'un enfant. D'un gamin qui ne sait pas quoi faire et qui peut-être n'aurait jamais dû s'engager… J'aurais dû écouter ma mère et rester à la maison… Elle avait raison quand elle disait que c'était l'affaire des autres… Que je n'avais pas à prouver que j'étais brave… Elle avait raison. Je ne le suis pas. Je ne fais pas parti des courageux et des héros. Je ne suis pas comme Steve. Je suis de ceux qu'on doit sauver et qui sont des poids. Je ne suis pas un brave. Je ne suis rien. Je suis un rat. Un rat avec un bras en moins. Lentement, je commence à somnoler et je ne me réveille quand à nouveau, j'entends la voix de Steve. En un sursaut, je me relève difficilement pour ramper jusqu'à la trappe pour y passer la main. Nos doigts se retrouvent, s'entrelacent et sur mes lèvres se dessine un sourire. Mon Steve. Mon jour d'été. Ma lueur dans l'obscurité. Cette fois-ci je ferme les yeux mais c'est parce que je suis rassuré. Parce que je sais qu'avec lui… Je ne crains rien. Si je ne suis pas assez valeureux pour deux, lui le sera. Lui sera capable de nous sortir de là. Lui sera brave. Seulement, je sens qu'aujourd'hui… C'est différent. Je sens dans sa voix la même crainte qui m'étreint. Non. Ils ne peuvent pas te briser. Tu n'es pas censé casser.

"J'ai encore eu peur… C'est débile hein ? Mais j'ai peur à chaque fois qu'ils t'emmènent… J'ai peur que tu ne reviennes pas. J'ai toujours peur… Même si c'est juste pour un test que tu as réussis… J'ai toujours peur que ce soit la dernière fois qu'on se voit."

Un sourire se glisse sur mes lèvres alors que je me confie à lui. Il va finir par me trouver pathétique… Mais qui ne le serait pas avec un bras en moins ? Personne. J'ai le droit de pleurer, d'avoir peur et d'angoisser. J'ai pas envie de mourir. Et je n'ai que lui avec qui me rassurer et espérer. J'aimerais être comme lui. Une fois de plus il me rassure et je le laisse faire, murmurant avec lui que tout va bien se passer. Parce que ça va être le cas… Pas vrai ? Voilà l'illusion dont je me berce alors que ses doigts caressent les miens. C'est bien. J'aimerais que ce soit aussi simple tout le temps.

Seulement le lendemain ça ne l'est plus. Pas que je sens qu'une fois de plus, on nous sépare violemment et que la porte de ma cellule s'entrouvre. J'essaye de fuir, de ramper au loin, de les repousser d'une main… En vain. Le garde me soulève par le bras, me forçant à me remettre sur mes deux pieds. Et si j'ai envie de crier, je m'en abstiens quand il pointe le canon de son arme sur ma gorge. Le nom de Steve me reste sur le bout de la langue. Je voudrais hurler ton prénom mon frère. J'aimerais me rassurer au son de son prénom, j'aimerais me dire que même si nous ne voyons pas… Il est là, à me pleurer comme je le pleure. J'espère que ce n'est pas la dernière fois qu'on se voit. Voilà ce que je pense alors que le garde m'entraîne au loin. La porte de ma cellule claque au loin et j'ai peur que ce soit la dernière fois que je l'entends. En fait, j'ai peur que ce soit ma dernière fois, car le couloir que je remonte ne ressemble pas à celui que je prends d'habitude. Celui-ci ne mène pas à la salle d'opération. Mon coeur s'emballe. Au bout de ce couloir, c'est le peloton d'exécution qui m'attend. La Faucheuse et son escadron de la mort. Les cavaliers de l'apocalypse. Ma tombe. Le garde me fait passer une porte et je me retrouve face à d'autres gardes et l'un des médecins qui s'est occupé de moi. Un sourire se glisse sur ses lèvres là où un frisson dévale mon échine. Un homme attend à terre et quand je reconnais son uniforme, mon coeur se brise. Il est de mon côté. Pas de mon régiment mais de mon côté. Il est un frère d'arme et moi, que suis-je ? Un estropié. Le garde me lâche mais reste derrière-moi. C'est ça, veille sur le chien malade… Veille et regarde si tu ne vas pas devoir me coller une balle. Le hangar me semble étouffant et au loin, sur le sol, y'a une tache de sang. Le coeur au bord des lèvres, je me contente de déglutir, frissonnant de dégoût quand l'homme commence à me parler dans un anglais fluide.

"Soldat. Je vais faire simple. C'est lui ou vous."

Pas d'introduction, de discussions. Rien. Il insère dans mon coeur l'idée de la peur. Celle d'être celui qui ne s'en sort pas. Pourtant je ne dis rien. Je refuse de céder. Je veux être comme Steve.

"Comprenez que nous ne pouvons pas nous paye le luxe de garder autant de chiens de votre genre… Et vous deux… Vous êtes les moins utiles. Lui refuse de parler, de se battre et vous… Regardez-vous… Il vous manque un bras. Alors je vais vous laisser choisir. Lui ou vous."

Je croise son regard alors qu'on me tend une arme. Je n'en reviens pas. Non. On me donne une chance de m'en sortir, ou tout du moins d'emporter un de ses salauds avec moi, mais je ne lève pas la main. Je ne fais rien. Un silence pesant tombe et c'est lui qui le rompt.

"C'est comme vous voulez Barnes. Vous le tuez et vous avez le droit de garder le trou puant qui vous sert de cellule et en plus, on accepte de continuer de vous soigner… Sinon… Eh bien, on vous retire vos soins et votre cher Rogers.
- Non…"

Le murmure m'échappe. C'est trop tard. Maintenant ils savent où appuyer. Steve sera mon point faible. L'articulation sur laquelle appuyer pour que je mette un genou à terre. On m'offre à nouveau le pistolet. J'hésite mais le saisis.

"Bien. Il n'a qu'une balle. Et elle est pour lui. Essaye de faire quoi que ce soit d'autre… Et vous serez deux à en payer le prix."


L'arme semble lourde entre mes doigts. Une balle et pourtant elle semble peser le poids d'une vie dans le chargeur. Une balle et je ne perds pas ma cellule puante, mon droit à être soigné et Steve. Un mort et j'ai le droit à tout ça. Le flingue devient de plus en plus lourd dans ma main. J'étais sniper. C'était mon rôle d'abattre les autres. Tuer ne me dérange pas. Tuer ne devrait pas me déranger. Et pourtant. J'ai la bouche sèche. Je ne veux pas faire ça. Je ne veux pas avoir à le faire. Je ne veux pas obéir. Je ne veux pas devenir un chien. Je ne veux pas être leur chien. Les minutes passent et je reste sans rien faire, l'arme en main, à regarder l'homme qui est à genoux face à moi. Ça devrait être simple. Je devrais tirer et assurer notre survie. Mais je me refuse à tuer une partie de mon humanité en abattant un frère d'arme. Seulement les allemands commencent à remuer, n'appréciant pas le temps que je mets à me décider. Déjà un garde fait mine de s'approcher de moi et pour l'arrêter, je le tiens en joue.

"Non… Je vais le faire."

Un sourire échappe à l'homme et d'un signe de la main, il me fait comprendre que c'est à mon tour. Je lève l'arme vers le prisonnier et si celui-ci pouvait hurler et supplier, il le ferait. Je détourne les yeux, les ferme et appuie sur la détente. Il y a une détonation, un bruit mou, puis le silence. C'est marrant, je pensais que le son de l'humanité perdue serait différent. L'arme glisse entre mes doigts et dans un cliquetis termine au sol. Me voilà leur chien. Le bon James, chien des allemands. L'homme applaudit.

"Bien, bien Soldat. Tu auras le droit à ce que tu avais jusque-là…"


Je ne veux pas regarder le cadavre, ni même croiser son regard. Je veux ma cellule. Je veux mon Steve. On m'entraîne à nouveau et une fois de plus, la même routine se répète. On m'attache, on me lave, on change mes pansements, on me nourrit, on me brosse les dents et ensuite, j'ai le droit de retrouver Steve. Mais cette fois-ci, alors qu'on me jette dans ma cellule, je ne cherche pas à retrouver sa main. Non. Je ne peux plus. Pas après ce que j'ai fais. Il ne voudra jamais plus me toucher. J'ai tué pour nous… Te rends-tu compte ? J'aimerais être désolé. Mais je n'y arrive pas. Je devais nous protéger. Un sanglot m'échappe et lentement, je commence à répéter en boucle.

"Je suis désolé Steve, je devais le faire… Ils m'ont pas laissé le choix… Je suis désolé."

Je suis un enfant. Un gamin recroquevillé dans un coin de sa cellule. Tu n'es pas fait pour ça…

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Sam 28 Mai - 8:42

The Handler
Steve is Bucky's handler


Bien sûr j'ai tué des types avant. Evidemment même. C'est la guerre! Je me rappelle la première fois, on venait d'arriver en France, dans ce pays si lointain pour nous, yankees. De la France, jusqu'à présent, on connaissait que ce qu'on avait vu dans les films : qu'on y mangeait bien, qu'il y avait de jolies filles, et la tour Eiffel. Ouais, la France se résumait à ça. Et puis on est arrivés. On a vu des villages vides, dont les gens avaient été envoyés dans le Sud, sous la ligne de démarcation. Des champs ravagés par les tirs d'obus, des forêts rasées, des survivants qui mouraient à moitié de faim. Plus d'une fois on s'est arrêtés en route pour leur filer toutes nos rations. L'armée s'occupe bien de ses hommes, mais pas de civils sur un territoire étranger. On nous en redonnait d'autres. Ca et les lettres. C'est seulement plusieurs jours plus tard que j'ai vu le front. Le combat. J'ai senti l'odeur de la poudre et du sang. Ou j'ai pataugé dans la boue alors qu'il gelait. Ou j'ai tué pour la première fois. Je me rappelle, un allemand brun, aux yeux noisette, qui était plus petit que moi, mais à peine plus vieux. Il allait poignarder un copain dans le dos alors j'ai tiré, sans réfléchir. Un coup et le type s'est effondré sur mon pote qui l'a repoussé, avant de retomber mollement sur le sol, comme une marionnette dont on aurait coupé les fils. Je suis arrivé mais il était déjà mort. On a dû se remettre à marcher, mais je lui ai fermé les yeux, et tout au long du trajet, j'y repensais sans cesse, alors que mes mains n'arrivaient pas à s'arrêter de trembler. Je me demandais s'il allait manquer à des gens. D'où il venait. Si lui aussi il s'était engagé parce qu'il pensait que c'était la bonne chose à faire. Tout ça tournait en boucle. Et puis il y en a eu un deuxième, puis un troisième, puis... j'ai arrêté de compter. Ils étaient devenus des silhouettes vagues, comme les mannequins des boutiques de vêtements. J'ai perdu le compte et c'était peut-être tant mieux, dans un sens, je pense.

Et là... là c'était un peu pareil. Lui ou moi. Lui ou moi, et c'était tellement injuste. Lui aurait pas hésité à me faire du mal, à me tuer, et moi... moi j'ai juste sauvé ma peau. Et j'ai amélioré mon ordinaire aussi. Maintenant je suis un peu mieux traité qu'un animal. J'ai un vrai repas, des vêtements propres et une couverture chaude. Tuer pour ça. Jusqu'à présent, j'avais jamais pensé qu'on puisse tuer pour quelque chose d'aussi débile. Enfin, c'était jusqu'à aujourd'hui. De prendre une vie pour un bout de tissu, de l'eau chaude et des vêtements qui ne sont pas raides de crasse, de transpiration et de sang. Là ils apparaissent comme des trésors pour lesquels on pourrait vendre des foutus pays entiers. Je repense à ça mais tout s'efface quand je sens la main de Buck qui se glisse sous sa porte et ses doigts qui viennent chercher les miens. Je les serre fort, et ça va mieux. Comme s'il était une ancre vers l'humain que j'essaie d'être encore, malgré tout ça. Que quelqu'un peut encore m'apprécier, avoir besoin de moi, me trouver une bonne personne malgré le fait que j'ai défiguré un type à coups de clé à mollette au milieu d'une bande de nazis. Que je peux encore être Steve de Brooklyn, le bon pote, le gentil garçon qui veille sur sa mère malade... Et j'essaie de pas renifler trop fort quand une foutue larme roule quand même sur ma joue maintenant propre, en entendant ce qu'il me dit.

Chuuuut. Chuuuut. Respire et détends-toi. Ces salauds ont une bonne raison de nous garder en vie. Je sais pas pourquoi, mais ils en ont une. Sinon crois-moi ils nous auraient déjà collé une balle entre les deux yeux. C'est eux qui ont besoin de nous t'entends? Mais ouais... Je te cacherai pas qu'à chaque fois qu'ils m'emmènent j'ai peur aussi. Comme quand toi tu pars. Que ce soit la dernière fois qu'on se voie. Même si c'est pas vrai. Ils nous auront pas t'entends? On va survivre juste pour les faire chier. Foutus nazis.

Je ris doucement, essuyant mes joues de ma main libre, et on recommence à parler de tout et de rien. Des magasins qu'on fréquente, des meilleures gaufres de Coney Island et de nos attractions préférées. On ferme les yeux et on est à la maison, à sentir le vent du large souffler sur nos joues et décoiffer nos cheveux, à entendre le cris des mouettes voleuses, nos pas sur le bois du ponton et les hurlements des gens sur les montagnes russes. L'odeur des pommes d'amour et des gaufres sur les stands. La chaleur du soleil sur nos joues. Un jour on ira. On ira tous les deux, quand on sera rentrés à la maison. On ira aussi boire des bières et au cinéma ensemble. Avec mon nouveau frère. Quand je pourrais enfin voir son visage, et connaître de lui autre chose que le son de sa voix et ses doigts entre les miens. On s'endort comme ça, comme tous les soirs maintenant, et le lendemain c'est le bruit des lourdes portes métalliques qu'on ouvre qui me font sursauter. Par réflexe on rentre nos mains, et je m'attends à ce que ce soit moi qu'on cherche encore, pour je sais quel nouveau truc tordu. Mais non. C'est sa porte qu'on ouvre et ce sont ses hurlements qui résonnent dans le couloir sombre et humide. Je me redresse et attrape les barreaux de la lucarne en haut de la porte.

Lâchez le! Lâchez le bâtards! Lâchez-le! Buck ça va aller! Ca va aller tu vas revenir! J'en suis sûr! Sûr et certain! On se revoit vite mon frère! Très vite!

Le bruit disparaît, et plus rien. Plus rien pendant une heure, et comme j'ai rien d'autre à faire, je m'écroule sur mon lit de camp, enroulé dans ma couverture, et vole un peu de sommeil, jusqu'à ce que j'entende revenir. Je saute sur mes pieds et me glisse contre la porte, passant ma main à travers la trappe. Mais rien. Je l'entends s'excuser, répéter en boucle des trucs que je comprends pas, mais il est pas là, pas près de moi.

Buck! Buck tu dois pas te sentir mal! Tu sais ce qu'ils m'ont fait faire hier? Pour avoir une douche, une meilleure ration et des fringues propres, ils m'ont demandé de tabasser un type. Un foutu colosse bien entraîné et bien nourri. Contre moi qui suis qu'une merde maintenant. Avec... avec juste une clé à mollette entre nous deux. Je sais pas comment j'ai fait mais j'y suis arrivé. Ok? T'entends? Je l'ai rousté, je l'ai mis salement KO. Alors c'est pas ta faute. Ils t'ont obligé. Pour moi aussi, c'était soit je me battais soit j'y passais. Et je veux foutrement rentrer à la maison. On va rentrer à la maison ok? Alors viens... viens prends ma main. T'es pas tout seul. T'es pas tout seul mon frère. On va y arriver ensemble. Allez viens. Viens...

Je secoue un peu la main et gratte contre le mur de sa cellule.

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Ven 2 Déc - 22:42

But now, you are my handler and I, I will execute your demands
And you are empowered to do as you please. My mind was lost in translation and my heart has become a cold and impassive machine ••• Je peux encore entendre ma mère qui accrochée à ma chemise, me disait sans cesse que je ne pouvais pas partir au front. Je peux la revoir, elle et son mascara dégoulinant, à sangloter, le front contre mon torse, à hurler que son fils chéri, la prunelle de ses yeux ne pouvait pas s'en aller au front. Je me souviens avoir doucement caressé son dos et avoir passé une voir deux heures à la rassurer, à lui dire qu'il ne pouvait rien m'arriver et que je reviendrais, parce que je n'étais pas le genre à prendre des risques inconsidérés. Elle avait dit que c'était dangereux, que je n'étais pas fait pour ça et que Dieu m'avait donné des mains pour créer et aider, pas pour tuer. Je me souviens avoir pleuré avec elle, avant de partir et maintenant que je suis ici, dans cette cellule puante, à sangloter comme le gamin que je suis, je regrette amèrement de ne pas l'avoir écouté et de ne pas être resté à ses côtés. Dans ma lèvre je plante mes dents jusqu'à m'en faire saigner, tandis que recroquevillé dans un coin, je tente d'étouffer les hurlements qui rêveraient de quitter ma cage thoracique. Au loin, derrière mes sanglots, j'entends Steve tenter de me rassurer. Je l'entends me dire que c'est pas grave, que lui aussi a dû se battre pour garder ce qu'il a. Je fais non de la tête en poussant un cri. Il ne sait pas. Il n'était pas là....

"J'suis désolé... Je suis désolé ! Je ne voulais pas !"


Les tremblements me font claquer des dents et réveille en moi la douleur fraîche de ce moignon de bras qui cicatrise à peine. Le bout de ses doigts tapotent contre le mur de ma cellule et c'est en l'entendant m'appeler "mon frère". Un long hurlement m'échappe alors que je m'allonge au sol. Durant de longues minutes, je suis incapable de faire autre chose que produire des sons digne d'une bête blessée alors que roule sur mes joues des larmes brûlantes de la culpabilité qui me ronge. Steve pense que je suis encore son frère, alors qu'en un heure à peine, je suis devenu un traître à la patrie qui m'a vu naître. Il pense que j'ai dû sauver ma peau contre un autre prisonnier. Il pense que j'ai dû lutter, me battre pour conserver mon humanité et ma rage de vaincre... Mais il n'était pas là. Il n'a pas vu. Il n'a pas contemplé mon humanité s'écrouler au moment même où j'ai appuyé sur la détente. Il n'a pas vu avec quelle simplicité je ne suis devenu qu'une marionnette des allemands. Il n'a pas été témoin de ma docilité navrante et du peu de temps que j'ai mis avant d'abattre l'un des miens. Il n'a pas idée de ce que j'ai fais, ni de la rapidité avec laquelle je me suis exécuté.

"Je ne voulais pas ! Je te jure ! Mais j'avais tellement peur ! Je ne voulais pas te perdre... ! C'était lui ou moi ! J'avais pas le choix !"

Mais j'aurais dû résister. J'aurais dû me rebeller, me refuser de m'abaisser à tuer l'un des miens. Cette balle, j'aurais dû la garder pour l'allemand que j'aurais fait tomber avec moi. On aurait peut-être été deux ou trois à trouver les enfer mais au moins, je serais descendu la conscience tranquille et un sourire aux lèvres... Là... Là je n'arrive pas à oublier le regard de cet homme, de ce frère qui jamais ne retrouvera son foyer et qui sera pleuré par sa mère, sa femme, son père... Un autre hurlement m'échappe. Steve ne peut pas vouloir tenir la main de l'assassin que je suis devenu.

"J'ai essayé ! Je te jure que j'ai essayé Steve ! Mais je voulais pas mourir ! J'avais peur ! J'veux pas mourir ! J'veux rentrer ! J'veux juste rentrer !"


Un autre sanglot déchirant traverse mes lèvres.

"J'veux sortir d'ici Steve...  Je voulais juste m'en sortir."


Et pour ça il me faut survivre. Si je veux un jour revoir ma Brooklyn natale, me faut survivre... Mais est-ce que Steve peut le comprendre... ? Il est un soldat et des vies il a dû en prendre avant de terminer dans ce putain de trou. Il devrait comprendre et entendre que je n'avais pas le choix. Lui... Lui il est censé attraper ma main, me rassurer et m'aider à supporter la captivité.... Vers la porte je rampe et par la trappe, je passe ma main pour enfin trouver la sienne. Je sèche mes larmes comme je le peux avant de murmurer doucement, la gorge encore nouée.

"Tu aurais dû le voir... Ils m'ont donnés une arme... Ils m'ont dit que je n'avais pas le choix. C'était lui ou moins et si je ne le faisais pas... On me retirait le peu que j'ai... Je pouvais pas... J'te jure, j'ai essayé de dire non... Mais c'est comme si mon corps avait décidé tout seul...."

Mes doigts serrent les siens avec force tandis que roule à nouveau sur ma joue, d'autres larmes salées.

"Il s'est même pas défendu, il était juste... Allongé par terre... J'ai hésité... Mais... Si ils arrêtent de s'occuper de moi, je vais mourir... Et ils voulaient aussi nous séparer, mon frère... Mais t'es tout ce que j'ai... J'ai eu peur.... Si peur..."


Tout se meurt entre mes lèvres et ne devient que murmures et sanglots. Je m'accroche à sa main et pleure pour lui, le laissant me rassurer jusqu'à ce qu'épuisé, je sombre dans un lourd sommeil. Je me réveille quelques heures plus tard, sa main toujours dans la mienne sans être vraiment sûr d'avoir rêvé ou cauchemarder. Je relève légèrement la tête, sentant ma bouche être pâteuse tandis que colle à mes joues quelques mèches de mes cheveux emmêlés. Difficilement je me relève, avec au bord des lèvres mon coeur, là où nos doigts se séparent et glissent bien loin les uns des autres. Du fond du couloir me parvient le bruit des bottes d'un garde décidé à venir tirer l'un de nous deux de sa cellule puante. Enfin assis devant ma porte, j'attends et écoute avec crainte l'homme en uniforme qui va sûrement s'arrêter devant l'une de nos portes.

"Steve... Steve..."

Je murmure, incapable d'hausser le ton face à ces pas qui se rapprochent et de cet homme qui va sûrement emmener l'un d'entre nous.

"Il arrive."

Et j'ai peur. Peur qu'il soit la Faucheuse. Peur qu'il t'emmène loin de moi. Peur qu'il m'abatte. M'entends-tu geindre, mon frère, depuis ta cellule ? Sûrement, car sur mes joues roule une première larme, tel le prélude aux sanglots et aux cris qui viendront.

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Ven 23 Juin - 19:46

The Handler
Steve is Bucky's handler


La guerre a ce foutu talent pour nous transformer, pour nous rendre totalement différents de celui qu'on était au départ. Des milliers, des centaines de milliers de jeunes hommes partis la fleur au fusil et des étoiles dans les yeux, persuadés à coups d'affiches, de spots radio, de campagnes et de chansons que de s'engager, et prendre les armes était la meilleure chose à faire. Qu'on était des gens bien à faire ça, qu'on faisait notre devoir de citoyen libre que d'aider les opprimés en Europe, de là d'où on venait tous, nos ancêtres quoi. la figure de Hitler qu'on voyait partout, au cinéma pendant les informations, même sur les premières pages des comics, avec ce fameux Captain America qui le cognait joyeusement et qui nous donnait envie de faire pareil. Qu'est-ce qu'on a pu être cons. On est partis en sachant qu'on allait faire la guerre, mais pas qu'on tuerait des gens. Enfin on s'en doutait, mais on n'avait aucune idée du froid qu'il allait y avoir, de la désolation et de la boue. On n'imaginait pas les villages fantômes aux maisons effondrées et aux murs criblés de balles. On n'imaginait pas les quelques survivants ou téméraires qui n'étaient pas partis, transis de froid et de faim, dans leurs intérieurs où on leur avait tout pris. On n'imaginait pas les cris de douleur et la mort des copains juste à côté de nous, accompagnée de cette pensée horrible qu'on était content que ce soit lui et pas nous. On n'imaginait pas les ordres débiles des généraux qui restaient loin du front, les manoeuvres stupides qui allaient contre la logique, les rations insuffisantes, l'équipement manquant... Toutes ces choses qu'on aurait jamais soupçonné et qui ont été encore plus violentes que la plus grosse gifle qu'on aurait pu nous filer.

Et voilà qu'on en fait les frais, qu'on se révèle faibles et lâches, prêts à tout pour sauver notre peau et sortir de cet enfer. Y'a que Captain America qui malgré tout ça peut encore y croire et garder se idées intactes. Moi tout ça je l'ai perdu. J'en ai marre d'être ici, j'en ai marre de la fatigue, du froid et de la faim. J'en ai marre d'avoir peur pour ma vie à longueur de temps, de ne dormir que d'une oreille et de voir mourir les copains. Je veux rentrer, je veux retrouver ma mère et ma vie, loin de tout ça... et je sens que c'est pareil pour Buck, qui est totalement bouleversé. Même les meilleurs peuvent craquer et c'est ce qui se passe. Il répète sans cesse, encore et encore, qu'il voulait pas faire ça, qu'il avait pas le choix. Mais de quoi est-ce qu'il parle? Qu'est-ce qu'il a fait? Je le rassure comme je peux, agrippé à ses doigts, à sa main, répétant malgré ses hurlements que je suis là, que tout va bien, que c'est pas sa faute.

Les minutes passent, longues, angoissantes, où j'attends qu'il m'explique, entre deux sanglots et deux hurlements. Et enfin il parle, enfin c'est seulement petit à petit que je commence à comprendre ce qui lui est arrivé pour le mettre dans cet état.

Co...comment ça? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait faire? Raconte moi...

Il continue de parler mais tout est confus, décousu, passant d'une idée à l'autre bien trop vite pour que je suive le fil, mais je crois comprendre qu'il a subi la même chose que moi, qu'il a dû faire quelque chose de terrible... mais il tient le coup beaucoup moins bien que moi.

Je suis là et t'as fait ce qu'il faut pour t'en sortir. C'est la guerre Buck et c'est le jeu. Chacun essaie de nous faire céder, de nous faire du mal, de nous faire craquer. C'est normal qu'ils nous testent, ces salauds... Je suis toujours là, et je vais pas arrêter de te considérer comme mon frère parce que tu as voulu sauver ta vie... Tu as sauvé ta vie, t'as gagné du temps... C'est tout ce qui compte mon frère. C'est tout ce qui compte...

Je reste près de la porte, attendant qu'il se calme, serrant toujours ses doigts. Puis on dirait qu'il s'est endormi, vu que le silence retombe et ses sanglots se calment. Bien...dors mon frère...dors... calme toi et remets toi car on n'est pas au bout de nos peines... Et en effet ma prédiction se réalise, et le bruit des portes métalliques qui s'ouvrent à la suite dans le couloir menant au reste de la base. On a juste le temps de nous reculer que la dernière, celle qui ouvre la pièce où on est retenus. On se recule comme des lapins retournant au terrier et on attend. Le temps s'arrête pendant que les lourdes bottes s'arrêtent devant nous, et ça dure des siècles jusqu'à ce qu'une des deux portes s'ouvre. Pas la mienne. Mais étrangement, sur ce coup là je ne suis pas soulagé que ce ne soit pas moi. J'aurais aimé, parce que de nous deux je suis le plus fort, je peux mieux encaisser...

Je me recroqueville sur le lit de camp alors que le silence retombe, et me réveille quand on distribue nos repas. Des patates pas assez cuites et un bout de viande qui ressemble à rien de ce que je connais... mais par rapport à ce que j'ai expérimenté jusqu'à présent, c'est digne du Ritz... Je vais ensuite faire quelques pompes et un autres exercices pour garder la forme et me rendors, sursautant à chaque bruit et espérant qu'on me ramène enfin mon frère.

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Sam 24 Juin - 15:36

But now, you are my handler and I, I will execute your demands
And you are empowered to do as you please. My mind was lost in translation and my heart has become a cold and impassive machine •••Les larmes qui roulent sur mes joues lavent et chassent la crasse qui depuis un moment s'accroche à ma peau alors que le souffle court et le cœur affolé, j'écoute les pas de celui qui vient pour l'un d'entre nous. D'une démarche lente et pourtant assurée, celui-ci s'approche, couvrant sans peine du bruit de ses bottes les geignements apeurés qui s'échappent d'entre mes lèvres abimés. Entre deux pas, c'est un gémissement qui m'échappe à cette simple idée de retrouver la table d'opération. Au fond de ma cellule je me recroqueville, en une tentative désespéré dictée par mon instinct de survie, pressant ainsi douloureusement mon dos encore blessé contre la paroi humide. Et si une part de moi espèce ainsi disparaître dans la brique et la poussière, celle-ci meurt à l'instant même où la porte de ma cellule s'ouvre, dévoilant ainsi sur son pas la silhouette lugubre de l'homme qui une fois de plus va faire de moi ce qu'il veut. Un sanglot proche d'un hurlement m'échappe alors qu'il fait son premier pas sans s'embarrasser de mots ou de syllabes, préférant simplement me saisir par le bras pour mieux me traîner hors de ce trou dans lequel je pourri depuis des jours, des semaines peut-être, voir des mois.

À l'instant même où ses doigts se referment sur mon bras valide, je commence à me débattre avec le peu de force qui animent encore ma carcasse fatiguée. En vain, très certainement, je montre les dents au milieu des larmes qui rendent mes joues luisantes, et tente de mes ongles, que j'ai trop longuement dévorés par peur et par faim, de griffer sa peau au travers de son uniforme, me débattant ainsi avec le désespoir d'un être qui se sait condamné si il est emmené au bout de ce long couloir. Et si j'ai le temps de pousser un long hurlement je suis bien rapidement calmé par la puissante gifle qu'il m'assène et qui en plus d'éclater ma lèvre et de faire couler un long filet de sang le long de celle-ci, fait bourdonner à mes oreilles l'appel même de l'inconscience. Du monde qui m'entoure il ne reste plus qu'un étrangement sifflement et trop abruti par le choc de ses phalanges contre ma mâchoire, je me fais plus docile alors que sans mal, il me fait quitter ma cellule pour me mener tout droit vers la salle qui à mon arrivé, était le sanctuaire dans lequel médecins et chirurgiens s'amusaient à mutiler mon corps tout juste tiré des griffes de la neige. Ainsi, c'est le museau poisseux de sang et de salive que j'arrive à nouveau dans la salle d'opération, qui cette fois-ci, au lieu d'être composé d'une table d'opération et de nombreux outils chirurgicaux, est parée d'une immense machine qui émet un sifflement aussi strident que menaçant. Faiblement, je passe ma langue sur ma lèvre désormais enflée alors que l'homme vient m'installer au cœur même de cette machine, me sanglant sans peine à la chaise, qui loin d'être confortable, me scie la chair de ses sangles de cuir toutes neuves. Les pupilles folles, je tente d'accrocher le regard d'un des hommes qui en allemand s'échangent des instructions tout en ignorant les balbutiements et autres gargouillements que j'émets faiblement, préférant à la place s'occuper de planter dans mon bras encore valide une aiguille, qui pernicieusement, autorise au contenue de cette perfusion qui me nargue, de se répandre dans mes veines. Je tente de me débattre mais j'ai juste le droit à une autre gifle, qui si elle est moins violente, vient tout de même réveiller la douleur qui sur ma bouche s'était calmée. La tête me tourne et sans que je n'ai le temps de mordre ou tout du moins de montrer les dents, je me retrouve avec entre les lèvres et contre le palais, un morceau de caoutchouc usagé sur lequel je peux sentir un léger goût métallique qui me fait plisser le nez. Tout le monde s'agite autour de moi et personne ne prend le temps de sécher mes larmes. Tous s'occupe de cette foutue machine à laquelle on m'a sanglé et relié, mais personne ne s'inquiète de m'entendre ainsi geindre et sangloter ainsi. Personne ne s'inquiète de sentir que je viens à moitié de me faire dessus et encore moins que je m'étouffe à moitié avec mon propre souffle. Non, tout ce qui compte pour eux, c'est de jouer avec les boutons de cette machine et de vérifier que tout passe bien dans le tuyau de  ma perfusion. Tout ce qui semble leur importer... C'est que le sujet de test que je suis en cet instant à toutes les chances de leur apporter ce qu'ils veulent, pas que je sois à l'aise et conscient de ce qui va se passer. Ils s'en foutent de savoir que je suis persuadé que je vais y passer. Ils en ont rien à faire de mes craintes, de mes peurs, de mon angoisse et de mon dessous que je viens de mouiller. Ils en ont rien à faire de mon cœur qui semble être sur le point de lâcher ou de mon moignon de bras qui se fait de plus en plus douloureux. Tout ça ne compte pas pour eux. Ce que je suis n'a pas d'importance. C'est ce que je vais être, ce que je vais leur apporter qui compte. Je ne suis qu'un sujet de plus qu'ils observent avec lequel il joue. Je n'ai jamais été rien de plus. Une sueur froide se met à glisser le long de mon échine et enfin, après de longues minutes à me laisser souffrir en silence avec mes propres peurs, ils se décident à bouger. L'un arrache l'aiguille de mon bras et se contente de plaquer sur la petite plaie qu'il a crée un morceau de coton alors que d'autres font cracher à a machine des bruits assourdissants qui sans peine couvre mes propres hurlements de terreur. Mes dent se serrent douloureusement autour de morceau de caoutchouc que j'ai encore dans la bouche alors qu'autour de moi commence la danse des panneaux métalliques et de cette machine, qui sans mal et sans peine vient complètement m'entourer et me couper du reste du monde. Un autre hurlement m'échappe mais personne n'entend rien. C'est à peine si moi-même je perçois ce qui se passe à l'extérieur. Ma cage thoracique se soulève bien plus vite et avant que je ne puisse craindre la douleur à venir, celle-ci arrive et déferle sans prévenir dans tout mon organisme. Pour elle, je me cambre douloureusement et souille à nouveau mes dessous pendant que les secondes se font des heures et que ma bouche se remplit de mon propre sang que je manque d'avaler de travers. Je sens l'un de mes tympans éclater, permettant qu'à la sueur qui coule déjà le long de mon échine se mêle un peu de mon hémoglobine. Mon cœur se contracte douloureusement et à l'instant même où je me sens sur le point de tourner de l’œil, tout s'arrête. Le sifflement se calme et la douleur avec. Difficilement je reprends mon souffle et m'accorde le droit de rouvrir les yeux avant que le sifflement ne revienne.

"Non, non, non, non, non...."

Mais trop tard. A nouveau tout devient flou. Mon corps se contracte à nouveau, mes pensées s'affolent et s'étiolent au profit de cette douleur qui devient ma réalité. Tout mon corps subit et ne se concentre que là-dessus. Il n'y a plus qu'elle. Il n'a jamais eu qu'elle. Elle est une constante. La constante qui indique je suis encore envie. La machine se tait à nouveau et cette fois-ci respirer est plus simple. J'inspire, expire et le sifflement revient. Ce n'est pas grave, la douleur n'était pas complètement partie. Elle revient. Je hurle et ma gorge me fait mal. La douleur est là. Tout se désintègre pour elle. Tout disparaît pour lui laisser la place. J'oublie tout le reste et ne me concentre que sur son impact sur chaque fibres de mon être. Je la sens couler dans mes veines, ramper le long de mes nerfs, gratter mes os et s'infiltrer dans la moelle de ceux-ci. Elle est celle qui force mes poumons à accepter l'air que j'inspire, celle qui fait se contracter mon cœur. Elle est celle qui me maintient en vie. Elle est là, jusqu'à ce que la machine cesse enfin. Le menton contre mon torse, je recrache ce que j'ai en bouche, posant alors mes prunelles sur une tâche sombre qui gît sur une autre. Je plisse les yeux mais n'arrive à rien voir. Tout est trop douloureux, comme la lumière qui se fait devant moi. J'ai un gémissement alors que la douleur revient sous la forme de ce trop plein d'informations sonores et lumineuses que je dois traiter. J'entends des voix, perçois des gestes mais tout est trop flou. Je ne comprends rien, alors je montre les dents et grogne, ou tout du moins émets un son rauque. On tente de me parler mais je me fais sauvage. Je tente de mordre, de repousser les silhouettes qui s'approchent et qui tentent d'effleurer mon être. Faiblement, je me débat et agite comment je peux mon membre mutilé dans l'air alors que l'on tente encore de libérer mon poignet entravé. Et si une fois libre, je  me pense être capable de me défendre, c'était sans compter l'anneau de métal qui se referme autour de ma gorge et qui me force à rester sage. Soudain angoissé à l'idée que les silhouettes puissent me tuer, je me raidis et me fait docile, attendant simplement, les pupilles perdues dans le lointain qu'ils se décident de ce qu'ils vont faire de moi. Au loin, je les entends produire des sons et enfin, je sens sur ma peau encore sensible leurs mains et doigts, qui aisément, sans patience ou douceur viennent défaire sans mal le tissus qui recouvrait mes jambes. Un frisson me fait légèrement claquer des dents alors que je suis enfin nu et sous l'impulsion de la silhouette qui tient mon cou et l'anneau au bout d'une perche, je fais mes premiers pas, le suivant en chancelant là où il veut. Le souffle encore rauque et profond, j'accepte de me perdre avec lui dans un dédale de formes qui progressivement deviennent nettes et se font autant de portes et de couloirs qu'il me fait franchir sous le regard d'autres silhouettes. Des sons me parviennent mais je ne comprends rien. Je vois juste que nous arrivons dans une autre pièce blanche. Une pièce dans laquelle on me force à attendre et à subir un jet d'eau glacé qui fait siffler l'air entre mes dents. A nouveau je me raidis et gémis alors qu'ils frottent ma peau, y décollant la crasse pour la remplacer par une odeur déplaisante. Je grogne mais ils n'arrêtent que trop longtemps après, me séchant ensuite sommairement avant de me faire m'allonger sur une table où à nouveau ils me sanglent. Je reste plus calme, malgré la douleur d'une aiguille qui trouve mon bras et qui apporte avec elle un liquide frais qui calme la douleur dans mes veines et dans mes os, me permettant alors que le monde redevient flou de profiter de quelques instants d'inconscience. Je ferme les yeux et cesse de me débattre, trouvant un semblant de paix dans le noir.

Les silhouettes m'éveillent. Elles sont là quand j'ouvre les yeux et elles me parlent. Elles veulent quelque chose de moi mais je ne comprends pas. Je lève simplement les yeux vers les tâches plus ou moins sombres sans comprendre. Tout se dissipe encore et le monde n'a pas pris forme qu'elles insistent. Elles me forcent à me lever, à quitter la chaise dans laquelle j'étais pour me jeter dans une cage. Je manque de tomber mais me rattrape de ce bras que je ne pensais plus avoir. Surpris, j'observe et découvre du bout de mes doigts l'assemblage complexe et pourtant rudimentaire de métal, qui forme ce membre qui me faisait défaut. Lentement, je le découvre et l'observe, apprenant la façon dont il ferme les doigts et fonctionne. J'en apprends aussi son poids et sa souplesse alors que s'ouvre une porte vers une silhouette qui s'avance. Je montre les dents et tente de la repousser en me faisant menaçant mais elle vient, m'assénant ainsi un coup qui me fait voir des étoiles. Je tente de me défendre, mais je suis faible. Aisément, la silhouette me plaque au sol. Je tente de me débattre mais rien, elle me frappe à nouveau, n'arrêtant que lorsque je cesse de bouger. Elle se recule et me laisse seul. Dans le noir je me retrouve et je commence à hurler, car désorienté et incapable de savoir où je suis. Des heures durant je hurle et personne ne vient. Je me recroqueville dans un coin pour attendre sans jamais cesser de produire du bruit afin de me rassurer que j'existe dans ce néant. Je bouge et hurle afin de prouver que je suis là. Les silhouettes reviennent bien plus tard et à nouveau, une autre vient me rejoindre. Cette fois-ci, je l'attaque, sachant pertinemment qu'à nouveau, elle va tenter de me battre. J'arrive à lui donner un coup, puis deux, avant de terminer une fois de plus au sol. Je ne me débats pas, attendant qu'elle parte. La lumière disparaît à nouveau et les cris reprennent. Un cycle s'installe. Plus je hurle, plus elles viennent. Je me bats, je perds, elles partent et je recommence à hurler. Le temps prends forme ainsi. J'apprends. Je sais que la silhouette aime me frapper à la mâchoire alors je fais attention. J'apprends à lui donner une forme et des points faibles. Elle devient ennemi. Pour elle je grogne et pour les autres je deviens un animal qu'on observe et dont on s'amuse. Je deviens sauvage et mauvais. Je montre les dents, pousse des grognements et ne pense plus qu'à la tuer. Je me jette sur elle et je finis par y arriver. Je la cogne, je fracasse ses os et crée d'autres tâche à partir d'elle, sentant alors sur mes phalanges du sang. La tête me tourne quand je me recule alors que le silence se fait autour de moi. Des murmures s'élèvent enfin et à nouveau, on réclame mon attention. On veut que je dise ou fasse quelque chose. Le souffle court, je me contente de pousser un hurlement. J'ai vaincu. Fier de moi je hurle à nouveau et défis les autre de venir se battre à nouveau. D'autres silhouettes entrent et sur elles je me jettent, les cognant et les mordants alors qu'elles tentent de me maîtriser, en vain. Le bras métallique m'aide à les repousser. Elles abandonnent, reculent et me laissent seul un long moment. Elles me retirent le cadavre et me laisse que les tâches de sons sang. Je me sens seul. J'ai peur. Je hurle à nouveau et blesse ma chair pour vérifier que je suis toujours bien là et enfin, un autre me rejoint. Une silhouette différente qui au lieu de m'attaquer tente de me fuir. Son odeur me fait plisser le nez et froncer les sourcils. Pour celle-ci j'hésite et attends, méfiant.


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