Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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Paint it black

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Date d'inscription : 03/04/2014
Dim 6 Sep - 21:10


Paint It Black


Un dernier regard dans la glace alors que je réajuste mes boutons de manchette, et j'enfile ma veste avant de claquer la porte. Un regard à mon portable pendant que je descends les escaliers pour vérifier l'adresse de l'exposition, et je me mets en route. Quelques jeunes artistes vont montrer leurs oeuvres dans un atelier de Brooklyn et j'aime aller fureter dans ce genre d'endroits, pour dénicher de nouveaux talents. Et j'aime ça. J'aime déambuler dans ce genre de hangars, voir des oeuvres à l'aube d'une carrière exposées contre des murs de béton décrépis, sur des grilles bancales ou à moitié défoncées, boire du mauvais jus de fruit dans des gobelets en plastique sur fond de musique pourrie et faire tache au milieu de types qui souvent ont l'air de sortir soit d'un Starbucks soit de Woodstock. Ce que j'aime le plus, c'est qu'au milieu d'un amas d'oeuvres médiocres, pour ne pas dire minables, ou tout du moins sans intérêt, je trouve LA toile. En général, c'est du coin de l'oeil que je la repère d'abord. Trois fois rien, mais ça commence par une forme, un aplat de couleurs, un petit quelque chose qui me fait tourner la tête. Parfois, en la sortant de l'amas des autres croutes, je me rends compte que seul le coin était intéressant. Et parfois... parfois une perle dans une huitre. Un rayon de soleil au milieu de gros nuages noirs de médiocrité.

Et encore. Le plus souvent, il n'y a qu'une toile que j'arrive à sauver dans toute l'exposition d'un artiste, et tout ce qu'ils viendront me montrer à la suite ne sera jamais aussi bon, aussi intéressant, et aussi... attractif pour ma clientèle. Et parfois, parfois il y a du génie et du talent dans tout. Certaines oeuvres sont moins abouties que d'autres, moins travaillées, moins originales, mais on sent la même patte, la même base, encore timide, balbutiant, ou vraiment affirmé. On a trouvé un filon. Un vrai artiste et pas un coup de chance. J'aime ça. J'aime la chasse, j'aime l'errance, j'aime trouver des pépites dans les endroits les plus improbables, et chaque trouvaille est une petite victoire personnelle.

Ce soir-là ne change pas à la règle. Je sors mes écouteurs une fois dans la rue, et entre l'adresse dans le GPS. Quinze minutes de marche. Parfait, ça me fera une petite balade. La voix des Bluebelles résonne dans mes oreilles alors que je marche en rythme, marquant le tempo de la tête ou du bout de mes doigts tout en suivant les instructions. Et quelques chansons plus tard, je suis arrivé. Enfin arrivé... Aucune indication. Rien. Le quartier semble désert, je ne vois ni agitation, ni lumière, j'entends aucune musique. Sérieusement... est-ce que mon tuyau aurait été pourri? Je soupire, rien qu'à l'idée de me dire que j'ai bloqué ma soirée pour des prunes, avant de déceler enfin l'espèce de pancarte sur le trottoir d'en face. C'est à l'arrière de l'immeuble, et il faut traverser la cour intérieure. Bon, on dirait que tout n'est pas aussi pourri que ça! Je range les écouteurs dans ma poche, et me faufile dans le couloir à peine éclairé qui mène à l'arrière. Et là je vois enfin de l'animation. Du bruit. Merci.

Une fois entré, je débarque dans ce qui devait être un ancien garage auto, à moitié vidé, où les toiles et les sculptures sont installées à moitié sur des établis, avec de loin en loin un capot ou une jante le long du mur. Dans un sens ça a son charme, et si un gallériste de Manhattan présenterait une installation identique on crierait au génie. Là, ils font juste avec les moyens du bord. Je croise le mélange habituel Starbucks/Woodstock et je sens quelques regards intrigués sur mon costume à carreaux mais bon, j'ai l'habitude, et après tout, je ne vais pas m'excuser d'avoir du style. Je m'approche du buffet, attrape un gobelet de coca et commence ma petite inspection. Sans intérêt. Sans intérêt. Hmmm la petite toile là-bas pourrait être intéressante, mais le reste, non. Oh dieu mais qui pourrait avoir l'idée de créer des horreurs pareilles? Sans intérêt...

J'arrive au bout du garage, terminant un premier côté de l'expo, avant d'entamer le retour. Sans intérêt. Hmmm il y a quelques sculptures bien intéressantes... lui est à surveiller... J'examine les compositions avec intérêt et discute un peu avec l'artiste avant de lui glisser ma carte, lui proposant de venir voir le reste de ses oeuvres. Sans intérêt. Mon verre de coca est vide. Sans intérêt. J'ai envie de vomir. Ce stand est un crime contre l'humanité et le monde de l'art. Sans intérêt. Wow.

Je m'approche, l'air de rien. Sam... on dirait que tu as gagné ta journée. Alors oui la patte est un peu lourde, le style encore un peu approximatif mais je sens une patte, une empreinte... Et une toile en particulier attire mon attention. Vraiment intéressante, dans le choix des couleurs, le dynamisme, le souffle qui l'anime. Je m'approche, venant apprécier le mouvement des coups de pinceaux, le travail sur la matière, avant de reculer à nouveau pour avoir une vue d'ensemble. Les autres sont plutôt bonnes mais celle-là... celle-là est de toute beauté. Je reste planté face à l'oeuvre, tendant d'en saisir l'essence, quand une petite voix s'élève près de moi. Je sursaute légèrement avant de sourire au jeune homme blond, les cheveux un peu en bataille, et aux beaux yeux bleus derrière ses lunettes de hipster.

Ça vous inspire quelque chose de particulier ? Parce que vous êtes la seule personne ce soir à rester devant cette toile sans bouger, sans rien dire...
Eh bien je la trouve vraiment excellente, cette toile. Et j'aimerais bien pouvoir en discuter avec l'artiste.

Au sourire qu'il m'accorde, je comprends que c'est lui qui l'a réalisée, et je lui tends la main.

Bonsoir. Sam Wilson. Je tiens une galerie d'art dans l'Upper East Side et j'aime beaucoup ce que vous faites...

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Dim 6 Sep - 22:17


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"Buck ? Je vais à l'expo, tu veux venir ?"

Question stupide. Il ne veut jamais venir, enfin, avant il voulait, avant il aimait bien m'accompagner, simplement pour observer ce que mes amis avaient pu faire, ou pour me glisser de léger baisers dans le cou en me disant que c'est juste superbe et que tout le monde va vouloir s'arracher une de mes oeuvres. Maintenant… Maintenant il me dit qu'il est bien heureux que je fasse sortir de notre appartement les toiles sur lesquels je travaille, parce qu'il ne les aime pas, parce qu'il dit qu'elles sont déprimantes au possible. Avant qu'il ne revienne de l'armée et qu'il ne perde son bras, Buck était si différent… L'ancien Buck serait déjà prêt, une main sur ma hanche à m'offrir un sourire magnifique avant de me chuchoter "Allons voir à quel point tu es le plus talentueux mon amour." Aujourd'hui, il est à la fenêtre de la cuisine, fumant en regardant la rue.

"Non. Surtout pas. Je suis bien content de ne plus voir les toiles que t'as décidés d'exposer à l'appartement, alors je vais pas aller me faire chier à devoir les contempler à ton expo. Vas-y seul, mais ne rentre pas trop tard."

Comme à chaque fois, ses mots me font l'effet d'une gifle et mes doigts se resserrent nerveusement sur mes clés. Il pense pas ça, il ne peut pas penser ça… C'est juste parce qu'il n'est pas bien, parce qu'il n'arrive pas encore à se faire qu'a vingt huit ans, il est déjà un vétéran de l'armée, amputé d'un bras… Ça va prendre du temps pour qu'il aille mieux, pour qu'il redevienne celui qu'il était avant… Le tout c'était d'être là pour lui jusqu'à ce que ça aille mieux… Alors parce que je l'aime et que je ne veux que son bien-être, j'accepte de me bouffer ce genre de remarque, j'accepte de passer des soirées avec lui plutôt que d'aller voir des amis, j'accepte de subir tout ses accès de rage…. Simplement parce que je l'aime et que je ne peux pas l'abandonner. Je passe rapidement ma langue sur mes lèvres et hoche la tête, soufflant d'une petite voix.

"D'accord Buck… A ce soir alors."

Un silence m'accompagne jusqu'à la porte et c'est enroulé dans ma longue écharpe malgré le soleil que je me dirige jusqu'à l'ancien garage dans lequel on expose. Je descends la rue, casque sur les oreilles alors que je sens mon estomac se nouer face à l'angoisse. Certes ce n'est pas ma première expo, mais je ne sais pas, j'angoisse toujours à l'idée que des curieux ou d'autre artistes se décident à passer, puissent poser les yeux sur mon travail et se disent que franchement, c'est pas si bon que ça… Surtout quand j'ai passé des heures, à me tuer autant les yeux que les mains sur une toile que je trouvais vraiment bien pour une fois. Mais bon, c'est le fardeau de chaque artistes, cette peur d'être incompétent et que le reste du monde n'hésite pas à dire qu'effectivement c'est mauvais. Et à force de ressasser cela pendant tout le trajet, j'arrive terriblement angoissé à l'expo. Je passe au milieu des quelques visiteurs qui sont là, cherchant du regard mes potes qui finissent par me faire signe. Un léger soupir m'échappe alors que je les rejoins.

"Eh Steve ! On commençait à désespérer ! A tel point qu'on s'attendait à recevoir un message de ta part nous disant que t'étais encore malade…."

Un sourire gêné m'échappe. C'est vrai que c'est un peu l'excuse que je sors à chaque fois que j'ai un problème avec Buck. Je dis que je suis malade, et étrangement, le fait que je débarque avec de grosses écharpes à chaque fois, cela à tendance à rendre encore plus crédible ce qui au début n'était qu'une mauvaise excuse. Sans compter les attèles qui aident.

"Non, non… Désolé les gars, mais je suis là… Alors l'expo se passe bien ?
- Bah écoute, pas trop mal, on a du monde, bon ok c'est pas plein comme ça peut l'être au Met lors de grosses expo mais eh y'a déjà plus de monde que la dernière fois !
- Eh mais c'est génial alors !
- M'en parle pas… Surtout qu'on pense que le gars là, avec le costume à carreaux… C'est pas un simple curieux."

Je fronce les sourcils et l'observe. Et ouais, je comprends ce qu'ils veulent dire rien qu'en voyant son costume. Classe, élégant et très certainement bien plus cher que l'ensemble des fringues que je peux avoir. Et contrairement aux restes des curieux, il reste impassible. Pas un mot ne lui échappe, pas une expression. Il se contente simplement d'observer les toiles, comme si il cherchait quelque chose. Oh mon dieu. Je me retourne vers mes amis, attrapant la manche de Gavin.

"Mec ! Et si c'est un chercheur de talent ?!
- Putain, tu penses ? Mais qu'est-qu'il foutrait là ? A part les affiches dans le quartier et la pub sur Facebook… Comment un mec de ce genre aurait trouvé notre expo ?
- Aucune idée !"

Je me mords la lèvre, observant l'homme qui semble ne pas vouloir quitter du regard une de mes toiles. Pendant une seconde, je me dis qu'il va se contenter de passer son chemin, ne regardant même pas les trois autres toiles qui attendent qu'on leur offre un peu d'attention. Mais non. Il reste. Comme si il avait vu quelque chose qui lui plaisait. Je prends une grande inspiration avant de me lancer.

"Tenez moi ça les gars.
- Steve ?"

Je leur confie mon sac, mon casque et que je commence à m'avancer vers l'homme, prenant de grandes inspirations pour tenter de me calmer, glissant une main dans mes cheveux pour les discipliner et après avoir remonté mes lunettes sur mon nez, je m'avance à ses côtés, regardant la toile alors que je lui glisse d'une voix douce et étrangement calme.

"Ça vous inspire quelque chose de particulier ? Parce que vous êtes la seule personne ce soir à rester devant cette toile sans bouger, sans rien dire…"

Je croise les bras sur ma poitrine, quelque peu anxieux de sa réaction. Peut-être que comme Buck, le commun des mortels n'aime simplement pas mon travail, le trouvant trop déprimant. Pourtant lui, reste. Lui observe comme si il tentait de comprendre chacun de mes coups de pinceaux. Alors quand il me répond qu'il trouve la toile excellent et qu'il aimerait simplement parler avec l'artiste. Oh merde. Pincez-moi, je rêve. Le temps d'une seconde je reste silencieux avant de me tourner vers lui, croisant son regard alors qu'un large sourire se dessine sur mes lèvres. Et sans que je n'ai besoin d'ajouter quoi que ce soit, il me tend la main se présentant comme Sam Wilson, propriétaire d'une galerie d'art de l'Upper. Oh putain. Mais c'est un rêve. C'est pas vrai là. C'est pas possible. J'y crois pas. Mon sourire disparait pour laisser place à une surprise sans nom. Je lui tends ma main et commence à serrer la sienne, entrouvrant quelque les lèvres alors que je cherche mes mots, ne les trouvant qu'au bout de quelques secondes.

"Steve Rogers, artiste de Brooklyn à plein temps du coup…"

Un léger sourire m'échappe alors que mes doigts glissent hors de sa main qui me semble immense. Ok t'es ridicule Rogers. Ce mec va se foutre de toi. Il va te trouver ridicule et se dire que t'es bien un de ces gamins qui se prennent pour des artistes mais qui sont à peine capable de mettre un mot derrière l'autre. Je suis peut-être en train de griller ma seule chance avec un mec qui tient sûrement une galerie florissante. J'ai un rire presque nerveux alors que j'ai l'impression que mon écharpe tente de m'étrangler.

"La toile vous plait donc ? Je suis heureux de vous entendre le dire… C'est toujours plaisant… Et ce serait avec plaisir que je vous en parlerais… Vous… Vous voulez que je vous explique ma démarche ou…. Enfin dîtes-moi…"

Putain je suis ridicule. Parfaitement ridicule et pathétique.
AVENGEDINCHAINS
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Mar 8 Sep - 14:55


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Franchement, pour un truc aussi confidentiel, je suis plutôt agréablement surpris par l’ensemble des choses que je vois. Alors bien sûr ce sont des tout jeunes artistes, mais si un artiste est bon, on décèle dès le début la patte, le germe de ce que continuera à être leur art, avec des variations plus ou moins importantes. L’installation dans ce garage ne manque pas de charme, ça a un côté un peu brut pas désagréable, et ils ont bien su jouer avec l’espace disponible et l’aspect industriel de ce vieux hangar. Comme dit, dans d’autres circonstances, avoir monté quelque chose comme ça dans une grande fête d’art contemporain et on aurait poussé des hauts cris, on se serait vénéré devant je ne sais quel aspect totalement de l’urbanisation grandissante et de l’industrialisation galopante qui est vouée à tous nous engloutir. Ou une connerie pompeuse du même genre qui est juste là pour que ceux qui en parlent aient l’illusion de se sentir importants et de dire des choses tellement importantes et profondes. Et puis quoi encore ?

L’art c’est du travail, mais c’est aussi quelque chose de viscéral. Une pulsion qui vient des tripes, une vision, une expression. Parce qu’il n’y aura qu’un Picasso, qu’un Klimt, et que personne ne pourra voir le monde à leur place. L’art c’est une rencontre, quelque chose qui fait vibrer une corde à l’intérieur. Tout le monde ne vibre pas aux mêmes cordes, évidemment, mais tout l’intérêt est de trouver l’œuvre qui nous correspond. Et c’est pas forcément une question de prix. J’ai des tableaux et des sculptures à la maison qui n’ont pas forcément coûté cher, mais que j’aime, sans pouvoir l’expliquer. Parce que les avoir près de moi me fait du bien, me satisfait.

Evidemment, dans mon métier, ce n’est pas toujours ça qui rentre en ligne de compte. Bien sûr, j’ai mes clients qui sont de fins connaisseurs, qui savent apprécier et reconnaître une patte, un style, une façon de voir le monde. Mais il y a aussi ceux qui achètent des tableaux comme certains misent sur un poulain prometteur et qui vont le faire courir. Ils spéculent sur la cote des artistes en espérant doubler, ou tripler la  mise. Et enfin il y a ceux, ou plutôt celles, qui achètent des tableaux comme des sacs à mains ou des escarpins de luxe, pour aller avec les nouveaux rideaux, la nouvelle tapisserie ou le nouveau meuble design. Pire encore, qui veulent une toile du même artiste que celle qu’elles ont vu sur le mur de leur meilleure copine. Enfin, un client est un client et un chèque est un chèque.

Alors que je suis perdu dans la contemplation d’une des seules œuvres vraiment intéressante de la soirée, une petite voix s’élève près de moi et je me tourne, me retrouvant nez à nez avec ce qui semble être le mignon petit artiste. Il est un peu l’incarnation du cliché de l’artiste type Starbucks, mais il est charmant dans son genre, enroulé dans sa grande écharpe alors qu’il ne fait pas si froid que ça, et son petit regard timide derrière ses lunettes à lourde monture. Visiblement, je lui fais de l’effet, mais dans un sens purement professionnel cette fois. Il tente de se la jouer à l’aise, alors qu’il bredouille et est tout perdu. C’est vraiment mignon, et j’aime voir la tête de l’heureux élu quand je me présente et quand ils comprennent pourquoi je suis là. Et je le rassure rapidement d’un sourire.

Eh, respirez un peu… Je tiens une galerie, je suis pas de la CIA vous savez… Et si la toile ne me plaisait pas, je ne vous donnerai pas ceci…

Je sors une carte de ma poche et la lui tends.

Bien, maintenant que c’est fait, vous êtes rassuré ? Alors, on peut discuter. Je disais donc, oui, j’aime beaucoup ce que vous faites. Celle-là me semble la plus intéressante. Les autres sont bien hein, c’est certain mais… quelque chose me laisse à croire que c’est la dernière que vous avez terminée… Je me trompe ?

Je souris toujours, désignant la toile qu’il a le plus mise en valeur au milieu de son affichage.

Par contre… je trouve que l’atmosphère est vraiment très sombre et oppressante. Est-ce que c’est une démarche délibérée, un choix conscient ou est-ce que c’est ça qui apparaît sur la toile quand vous vous laissez vous exprimer ?

Je passe ma langue sur mes lèvres avant de reprendre.

Mais ne vous sentez pas du tout obligé de me répondre hein, si c’est trop douloureux ou personnel. Je suis galiériste, pas un psy. J’aime juste tenter de comprendre la démarche de l’artiste mais si vous gardez ça pour vous, je pourrais quand même vous trouver des acheteurs. Est-ce que vous seriez d’accord pour me laisser m’occuper de ces deux toiles-là ? J’ai peut être quelques clients qui pourraient être intéressés, car c’est un style qu’ils affectionnent. On est vendredi, la galerie est ouverte demain ou mardi. Vous pourriez passer me les apporter ? Ainsi que votre book ? Je suis venu à pied de chez moi, sinon j’aurais pu les prendre directement… On s’occupera aussi de la paperasserie sur place. Je vous vois donc bientôt ?

Je le regarde, attendant sa réponse. J’espère qu’il va dire oui car je ne compte pas laisser filer une telle trouvaille…

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Mar 8 Sep - 17:20


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Respirer. J'aimerais tellement. Vraiment. J'adorais, mais malgré son sourire, ses mots et sa carte que je tiens entre mes doigts tremblants, j'ai toujours l'impression que je vais tourner de l'oeil sous peu. Chose que j'aimerais éviter. Y'aurai rien de pire comme première impression que de tomber dans les pommes devant le mec qui trouve que mes toiles sont pas mal et qui en plus me donne sa carte pour me faire comprendre gentiment qu'il aimerait avoir de mes nouvelles. Je lui glisse un sourire toujours aussi gêné quand il me demande si je suis rassuré. La vérité c'est que j'ai toujours autant la trouille, malgré les compliments qu'il fait sur mon tableau. Je passe une main dans ma nuque quand il désigne ma toile, me demandant si c'est bien la dernière que j'ai terminé.

"Touché. J'ai dû la terminer il y a une petite semaine… Les autres ont été faites au début du mois et la bleue là-bas date du mois dernier…"

Et la sauver de Buck qui était prêt à donner un grand coup de cutter dedans lors d'une de ses crises. A la place, j'ai préféré lui offrir mon dos, sanglotant sur le fait que cette toile… Je devais l'exposer. Un frisson m'échappe à cette simple idée alors qu'instinctivement je glisse une main dans mon dos, vérifiant que le pansement tient toujours. Ça doit se voir parce que c'est celle que j'ai le plus mise en valeur, comme si j'avais voulu dire "eh, regardez celle-ci… Celle-là elle mérite encore plus votre attention." Mais en même temps… Je ne sais pas… Celle-ci, j'ai envie que tout le monde la regarde… J'ai envie qu'on l'observe et qu'on se dise que ça remue quelque chose, quelque chose qui était profondément enterré en soit. J'aimerais que d'autres l'observent et ne se contentent pas du simple commentaire désagréable de Buck qui la trouve "affreusement déprimante." Elle l'est d'une certaine façon… Mais quand je la regarde, je me dis qu'il y a quelque chose à sauver dedans… Alors c'est presque surpris que je le regarde me dire qu'il la trouve oppressante, bien plus que les autres, enchaînant ensuite sur une question qui me donne envie de m'enterrer dans un trou. Est-ce que c'est volontaire ? Ou est-ce que je me laisse simplement emporté par mes émotions quand je peins ? Mes lèvres s'entrouvrent et aucun mots, aucune réponse ne me vient. Parce que je ne saurais dire exactement. Peut-être un peu des deux. Je ne sais pas… Et je ne suis pas sûr d'avoir envie de répondre à cette question. Heureusement il ne m'y contraint pas, reprenant la parole pour m'empêcher de lui offrir un silence gênant. Dieu merci. Seulement je reste encore plus con face à ce qui suit. Il veut… Deux de mes toiles, pour tenter de les vendre… Plus mon book… Et le pire dans tout ça, c'est qu'il est parfaitement sérieux. Mortellement sérieux même. Il veut vraiment que je passe le voir, que je lui montre ce que je peux faire d'autre… Ok je crois que c'est là que je vais tourner de l'oeil, que je vais m'évanouir et me réveiller de ce rêve bien trop beau pour être réel. Et pourtant. Je joue nerveusement avec sa carte avant de lui adresser un immense sourire. C'est le moment Rogers, saisit ta chance de prouver au monde que t'es pas mauvais. Que t'es capable du meilleur. Que t'es qu'un jeune artiste, certes, mais que tu mérites qu'on regarde ce que tu fais. Je prends une grande inspiration pour me donner du courage et lui réponds enfin.

"Je peux venir dès demain avec les deux toiles et mon book. Je serais là… Disons dans l'après-midi, je suis malheureusement pris demain matin…"

Autant lui donner les toiles au plus vite, avant qu'il ne leur arrive un malheur à l'appartement. Il me sourit une dernière fois avant de filer, m'arrachant une fois de plus la promesse de venir le voir demain avec les toiles. Mon coeur rate un battement alors qu'il quitte l'expo. Putain j'en reviens pas. On va essayer de vendre deux de mes toiles. Pour de vrai. C'est… C'est juste merveilleux.

*
Je pousse difficilement la porte de l'appartement, mes toiles sous le bras, soigneusement couvertes de kraft. Je referme la porte du pied et vais directement jusqu'à la pièce qui me sert d'atelier, les déposant dans un coin où j'espère elles ne craindront rien pour la nuit… Je pousse un soupir et sursaute quand j'entends sa voix.

"Tu rentres tard Steve…."

Je me retourne, tentant un sourire, ma main posé sur ma poitrine, comme si j'essayais de faire taire les battement affolés de mon coeur.

"Buck… Je ne t'avais pas entendu…
- Pourquoi tu as mis autant de temps ?
- Oh… Tu vas pas le croire ! J'ai parlé avec un type à l'expo… Il a une galerie dans l'Upper East Side… Et il est intéressé par certaines de mes toiles…
- Vraiment ? Il est intéressé par ça ? Je ne vois pas ce qu'il leur trouve."

Nouvelle gifle. Dire qu'avant… Il était le premier à me dire que ce que je faisais était super. Que j'avais du talent et qu'un jour le monde entier serait obligé de le reconnaître. Il était celui qui était à toute mes expositions, qui venait m'embrasser dans le cou pendant que je peignais pour me dire que c'était superbe… Il a été le premier à me soutenir, alors pourquoi, d'un coup… Être le premier à me descendre. Parce qu'il ne va pas bien ? Sûrement. Je baisse la tête, tentant de masquer ma déception.

"Lui trouve qu'elles méritent d'être vus… Il veut même tenter de les vendre."

Je le sens s'approcher et un frisson dévale mon échine. J'aurais dû me taire, j'aurais dû lui dire "oui Buck, c'est toi qui a raison, ses trucs n'ont aucune valeur et elles n'en n'auront jamais…" Il se plante face à moi et reprend d'une voix dure.

"Je sais ce que tu vaux Steve. Et même si je t'aime, je pense que personne n'en voudra… Elles sont déprimantes. Personne n'aime les choses tristes. Regarde-moi."

Je m'exécute, le coeur au bord des lèvres.

"Personne n'aime les petites choses pathétiques et déprimantes que tu peux faire en ce moment. Il fait ça pour de mauvaises raisons, et quand il se rendra compte que tu ne lui rapporteras rien… Tu retomberas dans l'oublie, comme tout tes potes qui seront des anonymes jusqu'à la fin de leurs jours."

Son pouce vient caresser mes lèvres alors que je soutiens son regard, qui se brouille et se fait floue au fur et à mesure que les larmes s'accumulent devant mes yeux. Je hais d'être ainsi face à lui. Parce que je sais que ça l'énerve… Qu'il ne supporte pas de me voir ainsi. Je tente de ravaler tout ça, mais bien rapidement, une première larme roule sur ma joue, puis une seconde… Sa voix me parvient… Et j'ai presque l'impression qu'elle est douce.

"Arrêtes. Tu sais bien que je te dis ça parce que je t'aime… Et que je ne veux que ton bien… Alors… Tu ferais mieux d'oublier cette histoire de galerie… Tu vas juste être déçu…"

Je renifle comme un gosse et le laisse sécher mes larmes, reprenant d'une voix tremblante.

"Mais Buck… Je… J'ai promis de passer le voir demain… Avec mon book et tout… Je dois… Je dois y aller… C'est peut-être ma seule chance… Et je m'en voudrais si je n'essaye pas…"

Il fronce les sourcils.

"Qu'est-ce que j'ai dis ? Tu vas juste perdre ton temps. N'y va pas. Ça vaut mieux. Tu seras moins déçu.
- Non, non ! Je… Je veux y aller ! Il semblait vraiment aimer… Il parlait même de clients qui….
- Tais-toi !"

Son ton grimpe soudainement et ses doigts se referment autour de la gorge, la serrant juste comme il faut pour me faire taire.

"Depuis quand tu me tiens tête Steve ?! Depuis quand tu penses savoir mieux que moi ce qui est bien pour toi ? Qu'est-ce qui t'arrives ?! T'as tant envie que ça d'aller le voir ? Pourquoi ?! T'es plus heureux avec moi ?! Alors tu vas voir ailleurs ?! Tu vas trouver quelqu'un d'autre hein ?! Quelqu'un qui te diras que t'es un génie et qui sera pas un estropié c'est ça ?!"

Je tente de me reculer, posant une main sur sa prothèse qui serre toujours ma gorge. J'aurais dû me taire, je sais que… Je sais qu'il a peur que je le laisse à cause de sa blessure, je… J'aurais dû lui dire que non, je n'irais pas… C'est encore de ma faute.

"Buck… Je…
- Ta gueule !"

D'un geste violent il me repousse contre mon bureau que je rencontre presque brutalement. Un gémissement m'échappe alors qu'il s'avance vers moi, défaisant déjà sa ceinture. Il va me punir. Il va me punir pour lui avoir tenu tête… Je ferme les yeux et tremble. C'est mieux ainsi. Il vaut mieux qu'il me fasse du mal ainsi plutôt qu'il tente de détruire mon travail? Les blessures ça se soigne… Les toiles éventrées… Non.

"Retourne-toi.
- Buck… Je t'en prie, je ne voulais pas…
- J'ai dis… Retourne-toi."

Un sanglot m'échappe alors qu'il m'attrape par la nuque, me laissant docilement faire. C'est finis. Ce sera vite finis. Je n'ai qu'à compter les coups. Vingt. C'est ce qu'il lui faut généralement pour se calmer… Après il fera comme à son habitude… Les minutes passent, les coups tombent et au bout de vingt… Tout s'arrête. Comme prédit. Je me laisse tomber à genoux, le souffle court alors qu'il se penche vers moi, venant prendre mon visage entre ses mains. Les larmes roulent toujours le long de mes joues alors qu'il souffle doucement contre mes lèvres, tentant d'une manière qui n'appartient qu'à lui de me calmer.

"Chut… Chut… Je suis désolé Steve… C'est juste… L'idée même de te voir avec un autre… De savoir que tu ne seras pas prêt de moi mais avec un autre homme, ça me rend dingue… Mais c'est parce que je t'aime…. Parce que je t'aime tant que je te fais ça… Je suis désolé mon amour… Je suis désolé… Je t'aime. Je t'aime tant… Dis-moi que tu m'aimes Steve… Dis-le…"

Un sanglot m'échappe alors qu'il vient me ravir un baiser. Je tente de détourner la tête, mais il me retient, ses lèvres écrasants les miennes.

"Steve… Dis-le… Je t'aime moi…"

Un autre baiser et cette fois je me laisse faire. Je le lui rends, alors qu'une de ses mains glisse dans ma nuque.

"Je t'aime aussi… Je t'aime Buck…"

Les mots s'entendent à peine au travers de mes sanglots. Il m'attire doucement à lui, posant ses mains dans mon dos encore douloureux. Un gémissement m'échappe alors qu'il recommence à me dire qu'il m'aime, qu'il est désolé mais que maintenant ça va aller mieux, qu'il va me soigner… Je pose ma tête sur son épaule et sèche mes larmes. Au moins il est désolé, il s'en veut de ce qu'il me fait… C'est tout ce qui compte. Ses doigts se perdent dans mes cheveux et un soupir m'échappe. Il m'aime, c'est pour ça qu'il fait ça, parce qu'il m'aime et qu'il tient à moi. Quand il sera guérit… Tout redeviendra comme avant.

*
Malgré l'eau froide, le désinfectant, la pommade et le bandage de Buck… Avoir le dos adossé contre la porte du métro me donne envie de hurler. La moindre pression me donne envie de pleurer. Comme si ma chair était à vif… Je pousse un soupir et quitte la rame, remontant comme je peux à la surface, mes deux toiles sous le bras. J'aurais bien demandé à Buck de m'accompagner… Mais vu son état ce matin, je me suis dis qu'il valait mieux que je me débrouille seul. Je fais une pause une fois dans la rue, reprenant mon souffle, non sans grimacer quand un mec me rentre dedans. La douleur est telle que j'ai l'impression que je vais m'évanouir… Bon sang… J'espère que ce n'est pas grave… Que je ne vais pas être obligé d'aller à l'hôpital. Sinon on va encore me poser des questions, me demander comment j'ai réussis à me faire ça… Et si je dis que c'est Buck… J'en entendrais plus parler. Je soulève à nouveau mes toiles et me remet en chemin, finissant par trouver la fameuse galerie. Je m'y engouffre tant bien que mal, restant con quand je vois ce qu'il y a d'exposé. Wow c'est… Clairement pas de mon niveau. A côté de ça… Je me sens nul. Mauvais au point que je suis à deux doigts de partir en courant lorsque sa voix me parvient et que je croise son sourire. Eh merde. Allez. Souris Rogers.

"Bonjour ! Désolé du retard, je pensais être là plus tôt mais j'ai eu des soucis dans le métro… Mais me voilà ! J'ai les deux toiles, comme promis et…"

Je fouille rapidement dans mon sac, lui tendant l'immense carnet qui me sert de book.

"Voilà mon book. Y'a un peu de tout : des illustrations que j'ai pu faire, des photos de quelques toiles qui me restent à la maison… Bref. C'est un bon éventail de tout ce que je peux faire… J'espère sincèrement que c'est ce vous vouliez."
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Mer 9 Sep - 11:32


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Alors oui, je ne dirais pas que je n'aime pas voir la surprise dans les yeux des petits artistes à qui je distribue ma carte. Avoir l'impression d'être le père Noël pour grandes personnes, qui ne s'annonce pas à coups de "Ho Ho Ho" mais avec une carte de visite au nom de la galerie que je gère avec ma mère. Et puis je porte beaucoup mieux le costume anglais que la houppelande et la fausse fourrure. Une faute de goût impardonnable. J'aime voir leur regard changer, l'émotion qui se lit sur leur visage quand je leur parle, que je leur explique que je veux travailler avec eux. Alors bien sûr, à chaque fois je tiens le même discours, en précisant bien que je suis pas Dieu le père, et que mon boulot c'est d'exposer leurs toiles, les mettre en valeur, trouver quelqu'un pour les acheter. Je ne promets pas de les vendre, et pour ça, je le martèle presque histoire que ce soit sûr. Ce n'est pas parce que j'emmène une de leurs toiles qu'ils vont obligatoirement devenir riches. Ce n'est pas parce qu'ils seront exposés dans une galerie qu'ils vont devenir célèbres. Mon boulot à moi, c'est simplement de créer l'occasion. Même si ça m'est aussi arrivé d'acheter mes coups de coeur pour les exposer chez moi, ou dans mon bureau à la galerie, tout comme ma mère. Et elle a même tellement de toiles, pas forcément de grande valeur, qu'elle fait des rotations par saisons, histoire que toutes aient le privilège d'être suspendues, au moins un temps, et ne pas prendre la poussière dans un entrepôt.

Là j'observe le fameux artiste, Steve, moineau ébouriffé caché derrière une écharpe immense et de trop grandes lunettes, qui bégaie, sourit, et se met à trembler. En voilà un qui est sacrément émotif!

On le sent dans votre patte. Sur les deux dernières, c'est plus affirmé et plus précis. Vous apprenez à vous cerner vous-même. Enfin, à ce que j'en vois...

J'essaie de le faire parler un petit peu, de s'exprimer sur ses toiles. En général les artistes aiment ça, et j'aime les écouter. J'aime apprendre ce qui les motive, ce qui les passionne, ce qui excite leur créativité, ce qui les a poussés à prendre un pinceau, un crayon ou à mettre les mains dans la glaise. Souvent, c'est les faire taire qui est le plus dur, alors que Steve reste étonnamment silencieux et hésitant. Alors, en sentant qu'il n'est pas d'humeur locace, je préfère changer de sujet et en revenir à la galerie, et au moment où il pourrait passer déposer ses toiles. Là je sens qu'il va mieux, sourit à nouveau tremblant comme une feuille sous le coup de l'émotion.

Eh Steve, faut respirer un peu. Alors je suis d'accord que la cote d'un artiste augmente souvent après sa mort, mais c'est peut-être pas une raison de précipiter les choses hein?

Je lui souris, le taquinant un peu pour le mettre à l'aise avant de jeter un oeil à ma montre. Ca fait une heure que je suis là et j'ai fait le tour de tous les stands. Je vais rentrer, me mettre dans un bain ou trainer un peu sur Netflix. Oh tiens, je pourrais passer chez le thaï pour ce soir. Hmmm oui ça sera parfait. En tout cas, l'heure est au repli. Je pose gentiment ma main sur l'épaule de Steve et prends congé.

Bien, maintenant que tout est dit je vous laisse profiter de votre expo et de vos copains. Je vous dis à demain alors!

Je disparais alors et rentre chez moi. Gloria m'attend, et me fixe de ses yeux d'or jusqu'à ce que je la prenne dans mes bras et la caresse quelques minutes. Et une fois les hommages rendus, je peux enfin ôter mes chaussures, déposer le thaï sur la table basse du salon avant de filer prendre une douche rapide. Et c'est en pyjama, propre, que je vais m'attraper une bière et que je me lance un épisode, dînant en tête à tête avec mon chat. Je ne me couche pas trop tard, parce que le samedi est une grosse journée : c'est là où tout le monde a le temps donc... c'est là où ça se bouscule.

Un peu avant l'heure d'ouverture je prends un café avec ma mère, dans notre bureau, discutant des trucs à faire pour la journée et se répartissant les tâches.
- Il faut rappeler les Fleishman à propos des trois toiles de Sanders.
- Ok je prends.
- Je m'occupe de la liste des oeuvres à donner pour le gala de charité.
- Entendu.
- J'ai une nouvelle recrue qui doit arriver tout à l'heure. Ses oeuvres devraient te plaire. Très intéressantes, un peu dans la veine de ce mexicain que Swanson adorait. D'ailleurs je vais l'appeler pour lui annoncer que j'ai du nouveau.
- Parfait. Bon eh bien mon chéri, il est l'heure d'ouvrir.
- Maman...
- Oui pardon trésor. Sam. Allez!


Je m'exécute et vais déverrouiller la porte et allumer la lumière dans la salle d'exposition, avant de repasser à mon bureau  pour régler la paperasse. Je fais livrer une pizza pour le déjeuner, car ma mère est à un déjeuner d'affaires et il faut que quelqu'un reste pour tenir le navire. Puis, en début d'après-midi, je vois deux toiles qui marchent, passer devant la vitre. Avant de comprendre que c'est Steve, qui est caché derrière, quand son museau s'élève de derrière les cadres. Je m'approche et lui prends les toiles des mains pour le libérer.

Eh, ne vous ne faites pas. On a dit samedi, et on est encore samedi!

Je souris et dépose ses oeuvres contre le mur, avant de retourner vers lui. Wow. Il a vraiment une mine affreuse. Déjà qu'hier soir il ne transpirait pas la santé, là... il a le teint gris et de grosses cernes.

Est-ce que ça va Steve? Vous avez une petite mine. Venez, on va s'installer tranquillement!

Je lui désigne un coin de la galerie où se trouve une table ronde avec trois fauteuils, et attrape son book que je pose sur la table.

Je vous fais un café? Un thé? Si vous avez faim on a encore quelques viennoiseries de ce matin... ou de la pizza, si ça vous branche!

Peu protocolaire, c'est évident, mais bon. Je reviens avec les deux tasses et m'installe face à lui, lui faisant glisser la sienne.

Voilà! Bon alors comme vous n'avez jamais travaillé avec une galerie je vais vous expliquer. Je vais garder vos toiles pendant trois mois et pendant ce temps là elles seront exposées, et je vais en parler à mes clients qui recherchent des oeuvres de ce style. Je vous tiendrai au courant du prix que je leur propose, et si ça vous va, on fait l'affaire. Bien sûr, on prend une commission de vingt pour cent. Est-ce que tout est clair jusqu'à présent? Hésitez pas si vous avez des questions surtout, c'est important!

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Ven 11 Sep - 0:22


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C'est avec plaisir que je le laisse attraper les toiles, me déchargeant de ce fait d'un pois qui faisait hurler mon dos meurtris. Un léger soupir m'échappe alors que je réajuste mon écharpe autour de mon cou, lui adressant un léger sourire quand son regard croise le mien. Sourire qui s'efface bien rapidement quand il me demande si je vais bien. Réponds que oui. Tout va bien. Pourquoi ça n'irait pas ? Parce que je n'ai quasiment par fermé l'oeil de la nuit à cause de la douleur ? De Buck qui me tenait tout contre lui et qui pressait son corps contre ma peau qui me semblait en feu ? Que malgré tout ses "je suis désolé mon Steve, je t'aime tu sais et je ne veux que ton bien" je n'ai pas réussis à fermer l'oeil de la nuit ? Tu m'étonnes que je dois avoir une petite mine. Même lui trouvait que j'avais une sale gueule ce matin. Je me force à sourire en croisant son regard, remontant mon sac en bandoulière sur mon épaule,  non sans légèrement grimacer face à la douleur que ce simple mouvement déclenche.

"Oui, oui ne vous inquiétez pas, je vais bien."

Ses mots ressemblent presque à un vieux refrain que je répète encore et encore à tout ceux qui me demande si je vais bien. A tel point que j'ai l'impression que rien de tout ceci n'a vraiment de sens… Je dis ça plus par réflexe qu'autre chose. Est-ce que je vais vraiment bien ? Non. Est-ce que je vais le dire à tout le monde ? Sûrement pas. C'est juste un mauvais moment à passer, c'est juste le temps que Buck aille mieux, que ses médicaments le calment et l'aident à retrouver le sommeil… Une fois qu'il ira mieux… Tout s'arrangera. Tout redeviendra comme avant… Et j'aurais le droit de retrouver mon Buck. Celui qui m'aimait. Celui qui me gardait pendant des heures entre ses bras, à déposer de légers baisers dans ma nuque en me disant qu'il m'aime. Ce n'est qu'une question de temps avant que tout ne s'arrange. Le pire est sûrement derrière nous. En ce moment il me frappe moins fort, en ce moment il est plus calme… En ce moment il est presque vivable. Je hoche docilement de la tête et le suis jusqu'à la table qu'il me désigne, me laissant tomber dans un des fauteuils. Je grimace doucement quand mon dos touche le dossier de celui-ci. Ça va aller, respire. Contente-toi de respirer Steve. Tu vas finir par t'habituer à la douleur.

"Oh ne vous embêtez pas… Un café c'est largement suffisant."

Je le laisse s'éclipser quelques secondes revenant avec deux tasses. Je le remercie alors que j'attrape la tasse, soufflant doucement sur le café encore chaud. Bien sagement je l'écoute me parler du fonctionnement de la galerie et de temps à autre, j'hoche la tête pour lui faire comprendre que je le suis toujours et que je comprends les termes du contrat. L'idée me donne encore l'impression que j'ai avalé une nuée de papillons. Pendant trois mois, mes toiles vont être exposées ici, au milieu des autres et il va les montrer à ses clients qui vont peut-être tomber sous leur charme si étrange. Peut-être qu'elles arriveront à séduire d'autre que lui… Pour la première fois depuis longtemps, je commence à me dire que oui, je vais peut-être enfin être capable de montrer à d'autre ce dont je suis capable et peut-être… Que je vais toucher d'autres personnes que des artistes ou des amis. Peut-être que de parfaits étrangers vont regarder mes toiles et ce dire que ça les touche, que ça fait écho à quelque chose en eux et qu'ils aiment ça… Qu'ils aimeraient posséder mon travail et l'avoir sous les yeux tout les jours… Je trempe mes lèvres dans mon café. étrangement excité et rassuré par cette idée.

"Eh bien… Pour le moment ça me semble clair… Après, si jamais au bout des trois mois vous n'arrivez pas à les vendre, je les récupère ou vous considérez qu'elles vous appartiennent désormais ?"

Autant de questions que je lui pose alors que pendant deux bonnes heures, on discute de ce que cela va être de travailler ensemble. Il regarde mon book, je lui parle un peu de ma façon de travailler et on conclu cet entretien en se disant que oui, je n'hésiterais pas à lui montrer mes nouvelles toiles si il arrive à vendre mon travail et qu'au moindre achat, il m'appellera. Je lui glisse un dernier sourire et je finis par quitter sa galerie le coeur étrangement léger. Ça y est. Je vais peut-être vendre mes premières toiles. Si ça ce trouve, dans moins de trois mois, j'aurais déjà vendu une toile ou deux… Qui sait ? C'est avec une certaine allégresse que je redescends la rue, sentiment qui me quitte rapidement quand je constate que Buck a tenter de me joindre une bonne dizaine de fois depuis que je suis parti. Mon sourire s'efface et tout sentiment de joie ou de liberté me fuit, ne laissant place qu'à une certaine angoisse. Je compose rapidement le numéro de son portable et commence à marcher plus vite vers le métro. Je compte les secondes et je n'ai pas le temps d'arriver à dix qu'il décroche.

"Steve… ?
- Buck ?! Qu'est-ce qui se passe ? J'ai vu que t'as essayé de me joindre… Quelque chose ne va pas ?
- Tu rentres bientôt ?"

Il une petite voix, comme si il était triste ou apeuré. Il a ce ton qu'il ne possède que lorsqu'il se réveille d'un de ses cauchemars. Je me mords la lèvres, descendant le plus vite possible la volée de marche qui me permet de m'engouffrer dans le métro.

"Oui, oui… Je suis dans le métro, j'arrive…
- Rentre vite… Steve.
- Promis, promis…"

J'ai le souffle court alors que je m'engouffre dans la rame, mon téléphone toujours collé à mon oreille, écoutant la respiration paniqué de Buck.

"J'arrive, j'arrive… Calme-toi…"

Pendant tout le trajet, je reste pendu à sa respiration, à ses questions, le rassurant alors que j'ai un pincement au coeur à l'entendre aussi vulnérable. Je ne cesse de le rassurer, courant presque pour rejoindre l'appartement. C'est dans ces moments-là que je me rends compte à quel point il a besoin de moi. Je raccroche au moment où je passe la porte, abandonne mon sac dans l'entrée et me jette dans ses bras alors qu'il vient à ma rencontre, la voix nouée par un sanglot.

"Stevie…"


Je le laisse me serrer, tentant d'ignorer la douleur qui se dégage de cette étreinte. Buck vient cacher son visage dans mon cou alors qu'il me serre avec force, tremblant quelque peu. Je ferme les yeux et soupire doucement, glissant une main dans ses cheveux.

"Je suis là, je suis là… Je ne pars plus….
- J'ai eu peur Steve… J'ai eu peur que tu ne reviennes pas…
- Je reviendrais toujours Buck, toujours…"

Il caresse doucement ma nuque et se recule quelque peu, venant poser son front contre le mien, soufflant doucement contre mes lèvres.

"Tu le promets ?
- Bien sûr… Je t'aime Buck…"

Ses doigts viennent doucement caresser ma joue et il vient m'embrasser, souriant quelque peu.

"Je t'aime aussi."


C'est lors de ses rares moments que j'ai l'impression qu'on revient à ce que nous étions avant. C'est quand je le vois ainsi, à me sourire, à me caresser tendrement que je me dis que ça va s'arranger, que bientôt… Ce sera toujours ainsi entre nous. Il n'y aura plus de cris, plus de crises, plus de coups… Juste lui qui caresse ma joue, qui m'embrasse et qui me répète sans cesse qu'il m'aime. Je lui souris avec tendresse et vient déposer un autre baiser sur ses lèvres. Ça finira par s'arranger… Avec le temps, tout ira mieux.

*
Deux semaines. Ça fait deux semaine que j'ai vu Sam et de puis, rien. Pas un coup de fil pour me dire qu'une de mes toiles avaient intéressés quelqu'un… A tel point que je me demande si c'était une bonne idée de les lui confier, non pas qu'il ne soit pas compétent, mais plutôt parce que je pense qu'elles n'auraient peut-être pas dû quitter mon atelier. Peut-être que Buck avait raison, peut-être qu'elles n'ont aucune valeur. Alors oui, je me doutais bien qu'elles n'allaient pas se vendre dans l'instant mais… Je ne sais pas…  J'ai peur que je ne mérite pas de vendre.. . Et Buck n'est pas vraiment là pour me rassurer. Il ne cesse de me dire qu'en même temps, les toiles n'étant pas joyeuses, ce ne soit pas étonnant que personne n'en veuille. Et pour une fois, je n'arrive pas à le contredire, à lui dire qu'il se trompe. À la place je me contente de baisser les yeux et de murmurer qu'au fond… Il a peut-être raison.

"Bien sûr que j'ai raison… Mais ce n'est pas grave… Tu finiras par faire mieux."

Je pousse un soupir alors que je continue de le dessiner dans mon carnet tandis qu'il termine de s'attacher les cheveux, son livre négligemment posé sur son genou. Un sourire lui échappe alors qu'il désigne mon carnet du menton.

"Encore en train de me prendre comme modèle ?
- Yep.
- Je peux voir… ?"

Je hausse un sourcil, osant un léger sourire.

"T'es sûr ?
- Hmm oui… Tu me rends toujours beau… Fais-voir…"

Je viens me glisser à ses côtés sur le canapé et lui tends timidement mon carnet, le laissant regarder mon croquis avec une certaine appréhension. Pendant de longues secondes je l'observe qui reste silencieux avant qu'il ne referme mon carnet, se penchant doucement vers moi pour venir me ravir un baiser. Je le lui rends avec un sourire, frissonnant légèrement quand il vient caresser ma joue de sa prothèse. Le temps d'une seconde il rompt notre baiser et alors que je tente de prononcer le moindre mot, voilà qu'il me fait taire d'un autre baiser. Un léger soupir m'échappe et je le laisse faire, sentant que ce n'est pas le moment pour le moindre commentaire. Bien rapidement, j'entends son livre et mon carnet finir par terre alors qu'il m'allonge déjà sur le canapé, glissant déjà ses mains sous mon t-shirt. Un léger gémissement m'échappe alors que je pose mes mains sur son torse. Je  le sens s'immobiliser et je regrette presque mon geste au moment même où son regard croise le mien.

"Quoi ? Tu ne veux pas ?"

Je n'ose pas lui dire non. Rien qu'au ton qu'il emploie, rien qu'à sa manière de froncer les sourcils, je n'ose lui dire que je n'ai pas vraiment envie, qu'il précipite un peu les choses… A la place, je lui souris et caresse doucement sa joue, lui sortant un affreux mensonge.

"C'est juste… Mon dos me fait encore mal…
- Je ferais attention alors.."

Il dépose un baiser dans mon cou et je ferme les yeux, tentant simplement de me détendre et d'apprécier ce qu'il me fait… Et c'est là que je suis plus ou moins sauvé par mon téléphone qui commence à vibrer dans ma poche. Buck tente de l'ignorer quelques secondes avant de grommeler contre ma peau, continuant de remonter mon t-shirt afin de découvrir mon torse encore couvert de bleus. Je l'attrape et décroche sous son regard mécontentent. Je déglutis difficilement alors qu'il commence  à embrasser ma peau, me faisant comprendre qu'il écoute avec grande attention ce que je vais pouvoir dire.

"A-Allô ? Steve Rogers… "
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Ven 11 Sep - 11:43


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Je m'en veux de penser ça, mais j'y peux rien : il a un physique vendeur. Je veux dire, il faut pas se leurrer, quand un artiste commence à être connu, on doit le montrer, il se doit de se montrer, et ça aide franchement quand la personne qui va se trouver sous les feux de la rampe, qui va parler aux journaliste ou aux clients est mignon. Voir débarquer un sosie de Raspoutine, barbe crade et mal taillée, même avec le meilleur talent du monde, peut fermer certaines portes. Et au contraire... Steve est tout juste adorable. Le genre de petit minois timide qui s'étalera divinement bien sur une plaquette de présentation, un sourire gêné qui fera tomber les rombières richissimes de l'Upper ou Manhattan lors de ses vernissages. On est à une époque où l'image compte beaucoup, la preuve, certains arrivent même à devenir célèbres sans rien faire. Alors on est loin d'un mannequin pour slip de Calvin Klein mais son petit côté oisillon tombé du nid est absolument adorable. Et j'avoue que si j'étais pas intéressé par ses toiles, je lui aurais peut-être proposé un café. Bien que j'applique la règle sacrée du "on ne mélange pas le travail et le plaisir". Pourquoi? Parce que je m'en suis déjà mordu les doigts. Une fois ou deux, quand les artistes auxquels je m'étais intéressé ont compris que j'étais gay, ils ont tenté de me mettre le grappin dessus. Pour être sûr que je me défonce vraiment pour eux. Que je m'occupe plus "spécialement" d'eux, jusqu'à ce que je les perce à jour. D'ailleurs, entre Ted, Andy et Thomas, y'en avait même un qui était même pas gay, et qui avait joué le jeu, allant jusqu'à coucher avec moi, pour accéder à mon carnet d'adresses. Depuis... les artistes, c'est chasse interdite.

Je le fais s'installer, et l'observe alors que je lui explique comment on fonctionne ici, à Wilson's. Sauf qu'il se dandine sur sa chaise, et a l'air d'avoir vraiment mal quand il bouge de trop, pâlissant encore plus, alors que je pensais pas que ça pourrait être possible. Et intérieurement, je me dis qu'il y en a au moins un de nous deux qui s'est bien amusé la nuit dernière, et qu'on a tenu éveillé bien longtemps... Enfin bon, il m'écoute sagement, et je réponds à toutes ses questions.

Les toiles seront toujours à vous. Notre boulot est juste de servir d'intermédiaires. Après, pour certains de nos artistes les plus prometteurs on s'occupe également de leur organiser des expositions, ou de leur assurer un peu plus de couverture. Mais on en reparlera plus longuement si l'occasion se présente. Ok?

Finalement il signe les deux exemplaires du contrat qui va nous lier, lui et nous, et lui tends une copie.

Voilà, ça c'est pour vous. Si vous avez des questions, ou une nouvelle toile à me soumettre, surtout, n'hésitez pas. Je vis avec mon portable et je suis joignable tout le temps, à part quand je dors. Et même là, je pourrais encore faire une exception si c'est la toile du siècle!

Je le raccompagne, le regardant s'éloigner, enfoncé dans sa grande écharpe et son blouson un peu large, disparaissant bientôt dans le flot de passants. Ma mère revient peu après, et je lui montre mes deux trouvailles. Je la vois s'enfoncer dans leur contemplation, silencieuse pendant quelques secondes. Puis une minute. Bon, si ça avait été totalement pourri, elle me l'aurait fait comprendre tout de suite. Finalement, elle ouvre la bouche, et me regarde.

C'est très bon. Vraiment. Mais il doit être sacrément torturé ce pauvre garçon.
- Pourtant à le voir on dirait Bambi, je t'assure. Un petit blond aux yeux bleus, un peu gringalet.
- Toi, il te plaît.
- Maman, tu sais qu'après le coup de Thomas, je m'approche plus des artistes qu'on expose.
- Tu fais bien. Les affaires c'est les affaires, et tu t'amuseras en dehors.


La journée s'achève, on fait le bilan de ce qu'on a fait/devait faire/pourrait faire, et elle dépose deux baisers sonores sur mes joues avant qu'on se sépare sur le pas de la porte. Je prends le métro et pendant le trajet je feuillette le book de Steve, que j'ai emmené avec moi. C'est drôle, au fur et à mesure des pages, on voit son art changer. Le style s'affirme, se précise, et... se noircit. Tout était beaucoup plus coloré et lumineux au début, et plus les pages se remplissent, plus ça devient sombre, comme les toiles qu'il m'a ramenées. Et on ne dirait pas que c'est une évolution de son style mais plutôt... quelque chose qui l'aurait affecté. Comme certains peintres à périodes... dont la vie personnelle marque les toiles. Enfin, je ne suis pas payé pour fouiller sa vie privée, ni jouer les psys. Mon job est de vendre ses toiles, et c'est ce que je vais essayer de faire...

Une semaine et demie a passé depuis la visite de Steve et j'ai enfin une réponse de Greg Kinnear. Riche financier de Wall Street, il aime l'art, et l'aime vraiment. Il achète parce que ça lui plait et pas parce qu'on lui dit d'acheter, ou parce que ça fera un bon placement. Et il a un goût précis et sûr, au point que plusieurs artistes qu'il a découvert chez moi sont devenus des noms assez importants. Je le charrie souvent en lui disant que s'il décide de quitter les affaires, il pourrait nous rejoindre et ferait un excellent chasseur de tête. Je lui ai envoyé un mail dès le départ de Steve avec une photo des toiles et il m'a répondu qu'il était en voyage au Japon pour un gros contrat, mais que je devais lui mettre mes trouvailles de côté et qu'il viendrait y jeter un oeil dès qu'il aurait deux minutes. Et le voilà enfin dans la galerie, alors que comme convenu, je sors les toiles de la réserve et les pose sur un chevalet pour qu'il les contemple, me tenant sagement près de lui, bras croisés.

A la seconde où je les ai vues, je me suis dit "Elles sont pour Gregory". Est-ce que votre galiériste préféré se serait trompé? Ne brisez pas mon coeur.
- Non Sam vous avez eu raison. Dites-m'en plus sur lui.
- Oh un petit mec de Brooklyn. J'ai eu la chance de le trouver pendant une petite exposition confidentielle mais j'ai eu vent qu'il a été approché par Hardmann et aussi par Reynolds pour l'exposer. Je me suis battu bec et ongles pour que personne ne voie ces toiles avant vous.
- Vous avez bien fait... Il a un style original mais très intéressant. Je pense même que la noire va figurer dans mon salon dès ce soir. A la place de celui de Gabriel. Je m'en lasse un peu.
- Ce n'est pas moi qui vais vous dire de ne pas vous faire plaisir.
- Allez, parlons franchement. Combien?
- Je pensais partir sur huit cent... mais comme c'est vous... et que vous êtes mon meilleur client... je vais voir ce que je peux faire. Je vais contacter l'artiste sur le champ.


Je le laisse admirer la toile et attrape mon téléphone, contactant Steve. Allez décroche. Décroche. C'est maintenant que ça doit se faire, parce que s'il change d'avis, ou s'il laisse passer la nuit, c'est pas sûr qu'il soit aussi emballé. Enfin on répond. Il a le souffle court, comme s'il était en plein jogging.

- Steve? C'est Sam de la galerie. Maintenant laissez-moi juste parler et je vous rappelle plus tard pour vous expliquer.

Je reviens dans la salle d'exposition, reprenant mon numéro.

J'ai un de mes meilleurs clients qui serait intéressé par une toile. Et... oui je sais bien qu'on s'était mis d'accord sur huit cent mais... oui je comprends... Non mais je vous assure... Bien bien... Parfait. Il va être ravi. Sept cent dollars donc. Je vous rappelle pour la paperasse. A bientôt!

Tout sourire, je glisse le portable dans ma poche avant de revenir ronronner près de Greg.

Il est d'accord pour baisser le prix à sept cent. Je vous accorde que pour l'instant il n'est pas très connu mais il est prometteur. Et vous pourrez vous vanter d'avoir été un des premiers à acheter une de ses toiles...
- Vous êtes un foutu requin Wilson.
- Je prends ça pour un compliment.
- Vous pouvez.


Il me sourit et sort son chéquier de sa poche pendant que j'emballe la toile, avant de remplir le certificat de vente et le lui tendre. Son chauffeur vient prendre la toile pour l'installer dans sa limousine. Et après une poignée de main chaleureuse et une bouffée de cigare cubain hors de prix, il disparaît, me laissant seul dans la boutique. Je suis content de la vente, et surtout, je suis content que ce soit pour Steve. Tous n'ont pas la chance de plaire au grand Gregory Kinnear. Je reprends mon téléphone et le rappelle.

Oui Steve! Je suis désolé pour tout à l'heure, mais c'était... une petite manoeuvre pour faire mordre le poisson. J'ai réussi à faire partir une des deux toiles à sept cent dollars. Plutôt pas mal non? Je l'ai annoncée à huit cent pour pouvoir baisser et lui donner l'impression de lui faire une fleur... Alors vous pouvez venir chercher votre chèque quand vous voulez, à moins que vous ne préfèreriez que je vous l'envoie par la poste? Les deux me vont!

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Ven 11 Sep - 21:08


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J'ai le coeur sur le point d'exploser alors que je tente de discipliner mon souffle qui se fait de plus en plus court face aux baisers que Buck dépose sur mon torse. Je déglutis difficilement, attendant simplement que la personne au bout du fil se décide à parler. Et un léger soupir m'échappe quand j'entends la voix de Sam. Quelque chose comme un simple "ah-hun" traverse mes lèvres alors qu'il m'explique quelque chose que je peine à entendre, me concentrant plus sur le fait de retenir un gémissement lorsque Buck vient mordre un peu trop sèchement ma peau. Son regard croise le mien et un sourire se dessine sur ses lèvres. Pendant une seconde je soutiens son regard avant de simplement cambrer le dos quand il dépose de longs baisers sur mon ventre. Un autre soupir m'échappe alors que mon téléphone glisse d'entre mes doigts et tombe au sol. L'appel prend fin et un autre gémissement traverse mes lèvres quand il me mord presque jusqu'au sang. Sa main vient caresser ma gorge dans un geste qui se veut tendre et rassurant.

"Doucement Buck….
- Pardon… C'est juste… Tu sais à quel point j'aime te marquer mon amour…"

Oh je sais… Déjà à nos débuts… Je ne pouvais quitter son appartement sans me retrouver avec quelques suçons dans le cou que je devais cacher sous une écharpe… Jusqu'à finalement ne plus en avoir rien à foutre… Au bout d'un mois avec lui, je n'avais plus aucune honte à les exposer… On couchait ensemble… C'était évident qu'on se laissait ce genre de marques d'affections… Pour ma part je préférais lui griffer le dos ou le torse pendant nos ébats et si marques je laissais, je préférais fleurir sa hanche ou son épaule… Alors oui, il a toujours aimé me laisser ce genre de petites marques d'affections, me disant à chaque fois en souriant que c'était simplement pour montrer au reste du monde que j'avais déjà trouvé la personne qui me rendrait heureux pour le reste de mon existence, que c'était sa façon à lui de me dire qu'il m'aimait… Maintenant… Je ne sais plus… J'ai plus l'impression que c'est une façon de s'assurer que je raterais avec à lui et à lui. Par moment j'ai plus l'impression que c'est une façon de me réclamer, de dire que je suis sa propriété, son Steve, la seule chose qu'on ne pourra jamais lui retirer. Il vient se faire pardonner d'un léger baiser, son regard se posant le temps d'une seconde sur mon portable qui traîne désormais par terre.

"Rien d'important ?
- Faux numéro…"

Je préfère lui répondre ça plutôt que de lui avouer que c'est Sam qui voulait je ne sais trop quoi. Il serait capable de mal le prendre et ça pourrait ruiner le seul moment calme qu'on a depuis un moment. Un moment de tendresse où il est bien, où il n'est pas fâché ou en train de paniquer. Où tout ce qu'il veut, c'est moi. Je tends une main vers lui et glisse une main dans ses cheveux, caressant doucement sa nuque. Il me sourit et remonte vers moi, venant me voler un long baiser. C'est comme ça que ça devrait être entre nous. Tendre et aimant. On ne devrait pas avoir de crises, pas de coups, pas de larmes, juste ça… On mérite de revenir à ce qu'on était avant… A cette époque où tout était plus simple, où on était heureux… Notre baiser s'approfondit et je soupire doucement contre ses lèvres quand je sens Bucky se presser tout contre moi, me faisant sentir à quel point il a envie de moi. Ses lèvres se perdent dans mon cou et lentement il commence à onduler des hanches contre moi, m'arrachant quelques gémissements au milieu de mes soupirs. Un sourire se cale au coin de ses lèvres alors qu'il vient mordiller les miennes, susurrant avec douceur.

"Je t'aime mon Stevie…"

Ses doigts glissent jusqu'à ma ceinture qu'il défait, les glissant ensuite dans mon caleçon, entamant de longues caresses qui m'arrachent d'autres gémissements. Il mord ma lèvre et sa voix se fait plus grave qu'il recommence.

"J'ai envie de toi mon amour… Et toi ? Dis-moi que t'as envie… Dis-moi, supplie-moi que je te prenne."

Il ponctue chacun de ses mots d'une coup de reins, d'une caresse qui me fait cambrer le dos, basculant la tête en arrière. Mon coeur s'affole et les mots restent bloqués dans ma gorge, mourant au milieu des légers gémissements qui traversent mes lèvres.

"J'ai envie de toi…."

Son regard croise le miens alors qu'il continue de me caresser.

"Supplie-moi."

Je rouvre les yeux et croise son regard, commençant à lentement rouler des hanches contre sa main.

"Je t'en prie Buck…
- Tu veux que je te prenne ? Tu veux que je te prenne jusqu'à ce que tu en oublies ton propre nom ? Tu veux que je te fasse crier, que tu me supplie de ne jamais arrêter, au point que demain tu seras incapable de t'assoir sans penser à moi en train de te prendre sauvagement sur ce canapé ?"

Ce n'est même pas un mot qui m'échappe comme réponse, mais un long gémissement d'envie et de frustration. Un son qui traduit mon envie alors qu'il rit, venant embrasser ma gorge alors qu'il fait glisser mon pantalon le long de mes jambes. Sans m'en rendre compte et sous ses baisers, je me retrouve complètement nu contre lui subissant ses caresses qui me rendent dingue. Je sens deux de ses doigts caresser mes lèvres avant qu'il ne me murmure doucement.

"Ouvre la bouche."

Je m'exécute et croise son regard alors que mes lèvres se referment autour de ses doigts que je commence lentement à les caresser de ma langue, chose qui lui arrache un sourire et un :

"Bon garçon."

Seulement mon portable se remet à vibrer au sol, et si au début on se décide à l'ignorer, Buck finit par se pencher pour le récupérer, haussant un sourcil en voyant le numéro s'afficher sur l'écran. Pendant une seconde je le sens hésiter avant qu'il ne me tende le téléphone, un sourire aux lèvres.

"Tu ferais mieux de décrocher… C'est peut-être important ce que coup-ci…"

J'attrape le portable et décroche, ouvrant quelque peu la bouche pour qu'il retire ses doigts. Ça ne lui ressemble pas… D'habitude… Il se serait contenté d'ignorer l'appel ou de raccrocher… Alors pourquoi là, il tient tant à ce que je décroche ? Et je comprends quand sa main retourne entre mes fesses et que ses lèvres viennent se poser dans mon cou. Oh… Oh…

"… O… Oui ?"


Je tente de discipliner une fois de plus mon souffle alors que la voix de Sam me parvient une fois de plus. Je prends une grande inspiration alors qu'il commence à me parler d'une manoeuvre que je ne saisis pas ou plutôt que je n'écoute pas. Sam ne récupère mon attention que lorsqu'il me parle d'un de mes tableaux qu'il aurait réussi à vendre. J'en reviens pas. Il a réussis à vendre une de mes toiles… Il y est arrivé. Mon travail a plu et il a finalement trouvé quelqu'un à qui le vendre… Quelqu'un qui en voulait réellement. Je cesse presque de respirer alors que Buck continue ses caresses, mordillant toujours mon cou alors que ses mains s'affairent à me faire cambrer le dos. Ma respiration se fait de plus en plus lourde et je dois presque me mordre l'intérieur de la joue pour retenir un gémissement alors que je tente de lui répondre.

"C'est vrai… ? Vous… Vous avez trouvé… Un acheteur ? C'est… Ah… Super… J'en reviens pas…"

J'aimerais être plus loquace, mais avec Buck qui s'occupe de moi de la sorte… C'est complexe. Je peine à aligner deux pensées cohérentes alors qu'il retire ses doigts, défaisant lentement son propre pantalon, venant mordiller mon oreille. Putain il va me tuer. Il va… Non faut que je me concentre sur Sam. Sur ses mots. Pas sur les caresses de Buck. Tout ce que mon esprit arrive à retenir, c'est l'histoire d'un chèque à passer prendre ou à envoyer. Je retiens un gémissement de justesse.

"Je passerais… De..  Demain ! Demain…"

Je n'entends pas vraiment sa réponse, tout se perdant dans un long gémissement quand je sens Buck me prendre. J'ai juste le temps de terminer l'appel alors qu'il donne un premier coup de reins qui m'arrache un autre gémissement. Le téléphone glisse d'entre mes doigts et je viens nouer mes bras autour de son cou, m'abandonnant simplement à lui.

*

"Tu sais, il fait peut-être un peu trop beau pour une écharpe Steve….
- Oui mais sans… Tout le monde va voir les immenses bleus sur mon cou…
- Et… ?"

Il vient se glisser derrière moi, venant caresser les marques qu'il m'a laissé hier du bout des doigts. Je frissonne doucement et croise son regard dans le miroir, lui glissant un léger sourire. Il se penche doucement vers moi et vient doucement murmurer à mon oreille.

"Tu as honte de montrer que tu as un amant qui t'aimes et qui te satisfait ? Hm ?
- Non c'est juste que je n'ai pas envie d'être dévisagé dans la rue parce que mon amant m'aime et adore me le montrer…"

Il rit doucement et dépose un baiser sur ma joue avant de prendre l'écharpe que je m'apprêtais à nouer autour de mon cou. Je le laisse faire sans comprendre, un peu anxieux, me détendant quand il la noue simplement autour de mon cou.

"Tu fais vite mon amour ? Promis ?"

Je me retourne pour lui faire face et me met sur la pointe des pieds pour l'embrasser.

"Promis."

Je le quitte, mon sac sur l'épaule, me dirigeant vers le métro avec une seule angoisse. Que Sam ne soit pas vraiment heureux de me revoir, surtout après ce qui s'est passé hier au téléphone. Une fois notre affaire terminé, je n'ai pas vraiment osé le rappeler, de peur de me manger je ne sais quelle remarque un peu trop acide. Parce que je sais et je suis conscient que j'aurais mieux fait de refuser l'appel plutôt que de le prendre alors que Buck et moi étions en pleins préliminaires. C'est donc avec une certaine angoisse que je pousse la porte de la galerie, cherchant Sam du regard… Et quand je le vois… J'ose à peine lui sourire. Au lieu de m'avancer vers lui, tout heureux et le coeur en liesse, je me recroqueville sur moi-même, passant une main dans ma nuque.

"Euh… Bonjour… Sam… Je… Euh…"

Je sens que je rougis alors que je bafouille comme un idiot, n'osant croiser son regard.

"Je… Je suis tellement désolé pour hier… Je ne voulais pas et…."
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Sam 12 Sep - 11:10


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Mon don pour l'art, je l'ai hérité de ma mère. Elle a un talent pour sentir, percevoir les auras des artistes, saisir le talent encore à l'état brut. Et ses connaissances sont juste... ahurissantes. Je crois bien qu'elle pourrait bosser comme experte dans une musée, et être bien meilleure que certains. Mon sens des affaires... c'est différent. J'avoue qu'on mène nos ventes différemment. Je fais jouer la concurrence, indique l'air de rien que quelqu'un d'autre est intéressé, mais que j'ai mis l'oeuvre de côté parce que je sais que... bla bla bla. Ma mère fait plutôt un numéro de charme discret, qui fonctionne tellement bien que ça en est effrayant. Donner l'impression au client qu'il est rare et exceptionnel, c'est un peu la clef.

Et là, je suis fier de moi. Enfin, fier parce que la vente a été conclue, mais pas de ma performance. Gregory me connaît, à force, et il sait pertinemment comment je fonctionne. Du coup, entre lui et moi, c'est vraiment devenu un jeu, le côté "Mon client préféré", et ça nous amuse. Parce qu'il sait que je ne lui dis pas ça pour lui vendre n'importe quelle croûte à un prix ahurissant et que je lui réserve vraiment des toiles. Au final, on est tous les deux contents de notre affaire, et à peine la galerie est vide que je rappelle Steve.

Il a le souffle court et semble avoir du mal à trouver ses mots.

Steve? Vous faites votre jogging? Non parce que je peux vous rappeler hein, y'a pas de problème.

Pourtant il continue de me parler, même si on dirait qu'il ne percute pas tout ce que je dis. Qu'il a l'air... occupé. Enfin, j'explique quand même pourquoi je l'ai appelé, et pourquoi ce petit numéro bizarre tout à l'heure... sauf que la seule chose que j'ai comme réponse c'est son souffle court et quelques vagues syllabes. Attends attends, j'entends quoi là... c'est un... un gémissement? Je hausse un sourcil, tentant de faire court et terminant mon discours en lui proposant de venir chercher son chèque demain. Et entre deux bégaiements, là j'en entends un vrai, de gémissement. Et pas le genre qu'on pousse quand on croque dans une tablette de chocolat... Non... non il serait quand même pas... Il serait quand même pas en train de... Merde! Alors le petit Steve adorable, fluet et gracile est du genre à décrocher son portable pendant qu'il est en pleine partie de jambes en l'air? Eh bien eh bien... Je reste à moitié amusé et à moitié... gêné alors que je glisse le téléphone dans ma poche et m'installe à mon bureau pour finir de remplir les papiers de la transaction, ranger le chèque de Gregory dans ce qui est à emmener à la banque, et émettre un chèque au nom de Steve après avoir déduit la commission. Ensuite la routine, j'appelle deux autres artistes pour les tenir au courant de l'évolution de leur affichage, contacte des clients pour leur parler de mes trouvailles... Et l'après-midi s'achève. Je ferme la boutique, comme ma mère est partie plus tôt pour rejoindre mon père à l'opéra, puis file à la maison pour me changer et rejoindre Clint et Natasha au match de baseball au Yankee Stadium.

Une fois sur place, je leur parle de ma dernière trouvaille, et surtout du fait qu'on a quasiment fait un plan à trois téléphonique, ce qui les fait hurler de rire entre deux bouchées de hot-dog et deux gorgées de bière. Après le match je les prends dans mes bras et rentre. Mes meilleurs amis. Ce qui est bien avec eux, c'est que même s'ils sont ensemble, j'ai jamais l'impression de tenir la chandelle quand on est ensemble. On est trois amis qui sortons, et pas 2+1...

Le lendemain je suis au beau milieu de mes livres de comptes quand j'entends la porte s'ouvrir. Je relève le nez et aperçois Steve qui vient d'entrer. Eh bien eh bien... on dirait que le coup de l'écharpe s'explique beaucoup mieux, vu ce qu'ils avaient l'air de faire hier soir... Je m'approche et croise les bras, avec un léger sourire en coin quand je le vois devenir pivoine.

Steve... Je suis pas comme Dieu, c'est pas parce que je suis en charge de vendre vos peintures que ça vous oblige à répondre à n'importe lequel de mes coups de fil. Ca... disons que ça aurait pu attendre que vous ayez... terminé... Je sais me servir d'un répondeur...

Je le laisse mariner quelques secondes, rouge de confusion et de honte, avant de le tirer de là. Je desserre les bras et lui fais signe de me suivre dans le bureau.

Venez, je vais vous donner votre chèque.

Je tire une enveloppe d'un tiroir et la lui tends. Elle n'est pas scellée et porte son nom.

Voilà, je l'ai vendue à sept cent dollars, moins la commission de la galerie. Ce qui vous fait 540 dollars pour vous. Il est à votre nom donc vous pourrez l'encaisser quand vous voulez. Et je me permets de revenir sur ce que j'ai dit l'autre jour, au cas où vous étiez un peu... distrait, mais mon acheteur serait peut-être aussi intéressé par la deuxième toile. S'il refuse je l'exposerai et je verrais avec d'autres clients si ça les intéresse. Tout vous va toujours?

A cet instant ma mère apparaît dans le bureau, et je lui présente mon artiste.
- Maman, voilà Steve, ce sont ses toiles que tu as vues l'autre jour, et Gregory en a acheté une des deux.
- Ah oui je vois. Du beau travail mon garçon! Confiez-en nous d'autres comme ça et notre partenariat sera profitable!


Elle lui sourit et lui tend la main avant de se tourner vers moi.
- Sam, trésor, il faudrait que quelqu'un aille au vernissage de l'expo Kendal, pour représenter la galerie. Tu voudrais t'en charger? Je dois accompagner ton père à son stupide dîner...
- Pas de problème, je m'en charge.
- Parfait, tu es le fils dont toutes les mères rêvent.
- Ouais ouais, tu dis juste ça quand ça t'arrange.
- Tu oserais dire ça de ta mère? Bon je vous laisse il faut que j'aille voir Gabriel à propos d'une installation qu'il veut mettre en place, et définir avec lui comment la transférer ici...
- D'accord, à tout à l'heure!


Elle file et je jette un oeil aux deux cartons d'invitation qu'elle a posés sur le bureau devant nous. Je lève ensuite les yeux vers Steve, qui les regarde comme s'il s'agissait du saint Graal en personne, des étoiles dans les yeux. Et je souris en coin avant de les désigner d'un petit geste du menton.

Vous voulez venir? Mes potes ne sont pas vraiment art contemporain...


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Je crois que je vais mourir. De quoi ? Sûrement de honte ou foudroyé par son regard. Honnêtement, j'hésite. Ou alors c'est ma propre angoisse qui va me tuer. J'aurais pas dû décrocher hier, il a raison, j'aurais dû le laisser se débrouiller avec mon répondeur et le rappeler une fois mon affaire terminé avec Buck. J'aurais pas dû l'écouter et décrocher. Parce que maintenant, c'est à peine si j'arrive à croiser le regard de Sam. J'ai honte, et son silence n'arrange pas vraiment les choses. Pour être franc, je préférais sincèrement qu'il me hurle dessus ou qu'il me dise que je suis ridicule… Au moins, je saurais ce qu'il en est… Là… Son silence me donne l'impression d'être jugé sans qu'un seul mot ne soit prononcé. Je sais que je n'aurais pas dû… Je sais que c'est parfaitement idiot, puéril et complètement stupide d'avoir décroché alors que j'étais en train de faire l'amour avec Buck… Mais bon sang, qu'il dise quelque chose plutôt que de me juger silencieusement. Heureusement, au bout de secondes qui me semblent être plusieurs éternités à elles toutes seules, il finit par décroiser les bras, me faisant signe de le suivre. Ok. Si ça ce trouve, je vais avoir le droit à l'engueulade du siècle. Je l'aurais mérité après tout… Buck dit que c'est toujours parce que je l'ai cherché que je me prends des coups. Parce que je suis un sale gosse, une personne qu'il faut punir. Peut-être que Sam fera de même. Je déglutis difficilement et le suis dans son bureau, sursautant presque lorsque j'entends la porte se refermer derrière moi. Et le temps d'un instant j'ai l'impression d'être dans ma petite anti-chambre de l'enfer. Je fixe le sol et je m'apprête à recevoir mon châtiment quand tout ce que j'entends, c'est lui qui me reparle de cette histoire de chèque. Merde. J'oubliais presque que j'étais là pour ça et pas pour me faire engueuler pour une histoire de… Bref, passons. Je relève les yeux vers lui, n'osant pas tellement attraper l'enveloppe qu'il me tend. Pourtant mes doigts se referment dessus et je contemple son écriture qui calligraphie agréablement mon prénom. Mes doigts jouent nerveusement avec l'enveloppe alors qu'il commence à me donner le montant du chèque.

Et putain. J'en reviens pas. Cinq cent quarante dollars.

Avec ça je vais pouvoir le loyer qu'on nous demande depuis deux semaines, je vais pouvoir payer internet et l'électricité. Avec tout ça, je vais pouvoir rembourser nos dettes que la pension d'ancien combattant de Buck n'arrivait pas à couvrir. Pour une fois, si on va pouvoir se faire des courses digne de ce nom, si on va pouvoir payer les factures, ce sera grâce à moi. Grâce à mon travail. Je n'ose sortir le chèque de l'enveloppe me contentant d'écarquiller les yeux quand Sam m'annonce que son client serait intéressé par la deuxième toile. Et après il me demande si tout va bien ? Honnêtement ? Je pense que je pourrais mourir tant je suis heureux là.

"Euh… Bien sûr ! Franchement… C'est parfait pour moi."

Je lui glisse un sourire alors qu'une femme entre dans le bureau. Je me fais plus discret et tente un pas en arrière alors que Sam m'introduit à ce qui doit être son associée… Ou sa patronne… Ou j'en sais rien du tout en fait. Oh. Sa mère. Il travaille avec sa mère. D'accord. Non mais finalement, c'est encore plus bizarre que ce que je pensais.   Il travaille avec elle ou pour elle ? Bonne question… Que je ne suis pas sûr de vouloir poser. Je souris du coup à sa mère et serre sa main, quelque peu intimidé, rougissant quelque peu quand elle me félicite pour mon travail. Wow. Trop d'honneurs. Seulement, alors que je m'apprête à filer discrètement en m'excusant… Je ne peux m'empêcher d'écouter leur conversation et de simplement halluciner quand elle lui tend les invitations pour le vernissage du moment. Celui que tout le monde attend et pour lequel, tout les artistes que je connais tueraient père et mère pour une invitation. L'expo Kendal. Oh mon dieu. Et lui en a deux. Parce que sa mère ne peut venir avec lui. Pour être franc, je pense que là, je serais capable de lui rendre son chèque simplement pour avoir une de ses invitations. Le reste de leur conversation me passe au-dessus de la tête. Quelle importance après tout ? Mes doigts se referment un peu plus sur le chèque alors qu'il se tourne vers moi, me demandant avec un sourire presque moqueur si ça m'intéresse de l'accompagner.

"Vous êtes sérieux ? Vous… Vous me laisseriez vraiment venir avec vous ? Vous avez vraiment envie de laisser un jeune artiste de Brooklyn vous accompagner à cet événement ? Vraiment ?"

Et le pire c'est qu'il est sérieux. Qu'il me dit que oui, ce serait avec plaisir. Que de toute façon, personne ne viendrait avec lui et que ce serait une invitation perdue. Il m'en tend une et c'est du bout des doigts que je l'attrape, n'y croyant toujours pas. Le vernissage a lieu demain soir et… Et j'y suis convié. J'arrive pas à y croire. J'en suis.

"Je… Merci… Vraiment… C'est tellement… C'est une telle chance pour moi… Merci Sam, vraiment. Je… Je ne sais vraiment pas quoi dire de plus… A part que j'ai presque envie de vous prendre dans mes bras."

Il a un rire et alors que je tente de me calmer, il me dit que nous n'avons qu'à nous retrouver un peu avant, histoire qu'on puisse arriver tout le deux. Je hoche simplement la tête, lui disant que si jamais, il peut toujours me joindre. On se salue une dernière fois et je rentre le coeur en liesse, mon chèque et mon invitation en poche. Seulement quand je pousse la porte de l'appartement, je me rends compte que je vais devoir annoncer à Buck que demain soir je ne serais pas là. Que je vais sortir avec quelqu'un d'autre. Et je sais qu'il n'aime pas ça. Je pince les lèvres et me dis qu'avec le chèque… Peut-être qu'il m'autorisera une sortie ? Je dépose mon sac dans l'entrée et le cherche du regard, le trouvant finalement dans la cuisine, à faire chauffer de l'eau.

"Eh Stevie… Content de te voir…"

Il m'adresse un sourire et docilement je viens l'embrasser, me mordillant déjà les lèvres alors que je me recule quelque peu.

"Tu as faim que tu fais chauffer de l'eau à cette heure ?
- Non idiot, je me fais du thé… Alors ? Qu'est-ce que ça a donné ?"

Je ne peux retenir un sourire alors que je viens m'assoir sur le plan de travail de la cuisine, lui jetant un regard des plus adorable.

"J'ai eu ma première paye ! Il a réussit à vendre une de mes toiles et avec ce qu'il m'a donné, on va pouvoir payer toutes nos factures en retard… Sans compter qu'un autre de ses clients est peut-être intéressé par ma seconde toile… Tu te rends compte ? C'est génial, non ?"

Sa main vient caresser ma joue et à voir son sourire, je me doute que je ne vais pas aimer ce qui va suivre.

"Steve… Ne t'emballe pas… Peut-être que tu ne vendras pas l'autre… Ne te fais pas trop d'espoir… La première a peut-être été vendu, mais c'était sûrement qu'un coup de chance… Je veux pas que tu sois déçu mon amour ou que tu penses que ça y est, tu vas gagner ta vie avec tes toiles déprimantes…"

Ses doigts viennent se glisser dans mes cheveux et je reste sans voix. Avant il n'aurait pas dit ça… Avant il m'aurait embrassé jusqu'à ce que j'en perde mon souffle en me disant qu'il est fier de moi et qu'il savait que j'allais conquérir le monde entier. Aujourd'hui… Il est là à briser mes espoirs. Je baisse les yeux et je le sens déposer un baiser dans mes cheveux. Faut pas lui en vouloir, ce n'est pas sa faute si il est dans cet état… C'est pas sa faute. Il est malade. Il lui fait le temps de s'en remettre. Je passe ma langue sur mes lèvres et tente de récupérer mon sourire alors que je reprends.

"Ouais… T'as raison… Mais par contre… Je vais à un vernissage demain."

Il se tend. Ok. On va y aller doucement. Ça ne lui plait pas.

"Un vernissage ? Ah ouais. Et tu y vas avec qui ?
- Des amis.
- Et je ne peux pas venir ?
- Tu veux venir ?
- La question n'est pas là, Steve. Tu ne me veux pas avec toi et tes amis, c'est ça ?
- Non Buck ce n'est pas ça… Je…"

Son poing frappe violemment le plan de travail et je sursaute. Je n'aurais pas dû en parler. Je n'aurais pas dû dire à Sam que j'avais envie de venir. J'aurais dû dire que je ne voulais pas. J'aurais dû me douter que Buck n'aimerait pas ça. Buck n'aime pas que je sorte. Il préfère que je sois avec lui à l'appartement. Le souffle court, je tente de rattraper les choses.

"Buck… Je… Au pire je peux annuler et rester avec toi…
- Ta gueule."

En vain. Il se tourne vers moi, la mâchoire serrée et le regard sombre.

"Tu voulais me laisser c'est ça ?! Parce que t'as envie de voir ailleurs ? C'est ça ?! Tu m'aimes plus ?! Hein ? Tu penses que parce que tu vends tes toiles immondes t'as plus besoin de moi ?! Alors tu te barres ?!
- Buck… Non… Je…
- Ferme-là !"

Il m'attrape par l'épaule et me jette au sol. Je lève les yeux vers lui, complètement apeuré. Je n'aurais pas dû parler d'y aller. Je n'aurais même pas dû y penser. Encore une fois… J'ai tout fais merdé.

"Buck je t'en prie… Je…
- Arrête. Tu me dégoûtes déjà. Je te connais Steve… Tu vas gémir et pleurnicher devant moi, me jurant que tu m'aimes et que tu ne voulais pas… Tu me fais le coup à chaque fois. Seulement, cette fois… Je vais te faire comprendre que tu n'es rien sans moi. Que tu ne sais pas quoi faire sans moi."

Sa prothèse se referme sur mon poignet et un gémissement m'échappe.

"Tu me fais mal… Buck….
- J'en ai rien à foutre. Demain je serais seul et je souffrirais parce que tu seras loin… Tu m'aurais abandonné sale égoïste. Alors ce soir… Je m'en fous de te faire mal."

*
Assis dans le métro, mon attèle serrant mon poignet droit, je me sens au trente-sixième dessous. Je me laisse bercer par le mouvement régulier de la rame,  ne cessant de me dire que j'aurais mieux fais de rester à l'appartement. Hier soir il m'a déjà tordu le poignet avant de démettre à moitié de l'épaule en me prenant sur le sol de la cuisine. Et même si ce soir il m'a dit que je n'avais qu'à y aller… J'ai presque envie de rentrer et de me jeter dans ses bras en lui disant que je l'aime et que je ne voulais pas. Seulement le métro s'immobilise et je descends, le coeur de plus en plus lourd. J'ai honte d'être là. Au milieu de la foule je quitte les entrailles du métro et finis par retrouver la surface. L'air frais vient caresser mon visage et je soupire une fois de plus. Je ne devrais pas être là. Je devrais être avec Buck. Je me mords la lèvres et me décide à bouger, arrivant devant le lieu du vernissage, mon portable serré tout contre mon coeur. Dans l'obscurité naissante je chercher Sam du regard, soupirant presque de soulagement quand je l'aperçois enfin. Un sourire m'échappe alors que je resserre un peu mon écharpe autour de mon cou.

"Hey Sam… Content de vous voir… Je… Je suis tellement excité…. A propos de l'expo… Hum… Vous allez bien ?"

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Je m'amuse un peu à le charrier en laissant passer quelques longues secondes de silence. Avant de me détendre et de lui sourire, l'emmenant dans mon bureau. Je l'ai assez laissé mariner, et je le vois, encore tout gêné, et presque paniqué alors qu'il me suit dans mon antre. Wow mais garçon détends-toi, je vais pas te fouetter ou arrêter notre partenariat juste parce que t'as décroché alors que...tu t'amusais? Sérieusement, j'ai pas fait mieux, et y'a une fois ou deux où j'ai décroché pour ma propre mère alors que mon ex était en train de me tailler une pipe, ou autres conneries. Sauf que contrairement à lui, j'ai une meilleure maîtrise de moi-même. Et ma mère a jamais rien soupçonné. Surtout la fois où il s'amusait avec moi dans les chiottes du vernissage de Montroy "Alors mon trésor, ça se passe bien? Oui oui. C'est intéressant? Oui oui" et autres. Elle avait raccroché, sans rien soupçonner, et ça en avait rendu le reste que meilleur. Le vernissage aussi était bien, quand j'y repense...

Je lui tends son enveloppe et lui parle doucement.

Steve... est-ce que ça va? Je me moquais gentiment hein. J'ai pas fait mieux quand j'étais un peu plus jeune. Allons, je vais pas vous jeter dehors ou rompre notre contrat hein!

Il semble respirer un peu mieux et se détendre, avant d'ouvrir l'enveloppe et regarder le chèque comme si j'avais glissé un lingot d'or dedans. Alors oui j'imagine que cinq cent dollars pour un jeune artiste peut être beaucoup, surtout si c'est une des premières toiles qu'il vend, même si de mon côté j'ai déjà fait des transactions beaucoup beaucoup plus importantes avec des montants à quatre ou cinq chiffres. J'aimerais le lui dire mais en même temps, je veux pas l'effrayer, ou au contraire, lui faire miroiter des choses qui se réaliseront peut-être pas. La cote des artistes est quelque chose de bien trop arbitraire pour que je promette quoi que ce soit. Je m'engage juste à faire de mon mieux et à mettre les artistes en contact avec les acheteurs potentiels, en leur assurant une visibilité. Le reste... j'ai connu des mecs bourrés de talent qui sont restés des inconnus, et des mecs plutôt moyens qui ont crevé le plafond... les mystères du marché de l'art...

C'est à ce moment-là que ma mère entre et discute quelques minutes avec moi après avoir salué Steve, me laissant deux invitations sur le bureau. Et je devine qu'il en meurt d'envie. De toute façon, je sais pertinemment que j'irai seul alors autant faire un heureux. Chose qui se confirme quand je le vois me regarder comme si grâce à moi on allait l'exposer au MET, et que j'avais sauvé son chien d'une maladie incurable. Rien de moins.

C'était ma mère. Avant que j'aie mon diplôme, elle gérait la galerie seule, et on s'est associés quand je suis sorti de la fac. Je sais que ça peut sembler bizarre de travailler avec sa mère, mais on fonctionne plutôt bien ensemble...

Je lui souris avant de faire glisser un des deux cartons vers lui.

Soit vous pouvez venir avec moi, ou y aller tout seul quand bon vous semble, il n'y a aucun problème. De toute façon, l'invitation allait être perdue alors autant qu'elle profite à quelqu'un! Et pas besoin de sortir la carte du "je ne suis qu'un être misérable qui ne mérite pas d'y aller" Steve. Ca vous intéresse, c'est tout ce qui compte. Je suis sûr que Kendal apprécierait davantage moins de monde, mais uniquement des passionnés et des connaisseurs, plutôt que des poseurs de la haute qui ne viennent là que dans le but de se faire voir par la rubrique people du New York Times...

Je ris doucement quand il me parle de me prendre dans ses bras, avant de lever les mains comme pour calmer ses ardeurs, le sourire aux lèvres.

Wow, et si je vends votre deuxième toile, vous me demanderez en mariage? Allons c'est rien. Ca vous fait plaisir alors tant mieux!

Il file ensuite, et je reste quelques secondes pensif, avant de retourner au boulot. Le lendemain soir j'attends Steve près de l'entrée de la salle, mon portable en main, Etta James susurrant à mon oreille quand je le vois émerger, grimpant lentement les escaliers qui y mènent. Je lui fais un petit signe, et lui accorde un sourire, sourire qui disparaît en remarquant l'attelle à son bras.

Hey Steve! C'est chouette que vous soyez venu! Mais... qu'est-ce qui vous est arrivé? Rien de grave j'espère?

Je l'observe, et attends sa réponse, qui sonne terriblement faux. Bizarrement, je commence à avoir un pressentiment par rapport ce petit mec mignon comme tout. L'écharpe en permanence, l'évolution de son style de dessin, l'attelle... y'a quelque chose qui se cache, j'en mettrais ma main à couper. Mais bon, dans l'absolu, ça me regarde pas, et puis, je me vois mal commencer à lui sortir le coupler du ''Non mais si ça va pas, tu peux tout me dire" alors qu'on s'est vus trois fois et que je suis juste le type chargé de vendre ses toiles. Pas son psy. Pourtant, il a ce petit côté fragile, l'oisillon tombé du nid, qui donne juste envie de l'enrouler dans une couverture et le serrer contre soi. Bref, Sam, t'es là pour les affaires.

Et si on y allait?

Je souris et lui fais signe de me suivre à l'intérieur. A peine nos invitations données à l'entrée, et nos vestes au vestiaire, on commence déjà à me sauter dessus. Le monde de l'art est très petit, et artistes comme galliéristes, on se connais tous très vite. Je me glisse dans la foule, discutant quelques minutes avec l'un, puis avec une autre, admirant les toiles au passage, Steve sur mes talons, que je présente comme un de mes nouveaux protégés. Certains s'intéressent à lui et entament la conversation, pendant que d'autres l'ignorent royalement, ne se préoccupant que de moi. Au bout d'une dizaine de minutes j'arrête un serveur et attrape deux flutes de champagne, en tendant une à Steve.

Est-ce que ça va? Je suis désolé si toutes les discussions et autres vous ennuient. Si jamais vous voulez juste admirer les toiles et vous promener tranquillement, n'hésitez pas et dites-le moi. Je ne veux pas que vous vous sentiez obligé de subir tous ces salamaleks alors que c'est juste l'art qui vous intéresse... Moi je suis obligé d'y passer, mais vous pouvez vous enfuir hein!

Je lui souris, lui lançant un petit clin d'oeil avant de boire une gorgée de champagne.


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Sam 26 Sep - 9:48


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"Oh… Ça ? Eh bien…"

Trouve quelque chose Rogers, et vite. Très vite même. Tu ne peux clairement pas lui avouer que l'homme que tu aimes et avec qui tu es en couple depuis plusieurs années, t'as fais ça parce qu'hier soir il n'a pas apprécié que tu lui annonce que tu serais de sortie ce soir. Allez… Un mensonge, un truc qui tient la route et tout le monde n'y verra que du feu. Seulement pendant de longues secondes, je reste con, pire, incapable d'aligner deux mots. Parce que je n'ai rien de crédible qui me vienne en tête. Rien qui puisse sembler logique. Merde. Allez. Allez. Il me faut un truc. N'importe quoi mais un truc. Et finalement, j'arrive à trouver quelque chose.

"J'ai fais une mauvaise chute dans la douche… C'est rien… Dans deux jours, tout ira mieux."

Pathétique. Vraiment. Mais heureusement pour moi, Sam prétend croire à cette histoire, se contentant de me souhaiter une bon rétablissement. Ouais. Espérons, espérons juste que Buck ne recommence pas dans les deux prochains jours… Enfin, je dis ça, mais c'est entièrement de ma faute. Je n'aurais pas dû en parler et encore moins accepter… Là, je devrais être avec lui, à faire je ne sais trop quoi. Peut-être qu'il voudrait me garder tout contre lui pendant qu'on regarde un film ou que je dessine… Je n'en sais rien… Tout ce dont je peux être sûr c'est qu'à mon retour… Je vais soit le retrouver dans un état misérable soit prêt à exploser. Et dans les deux cas… Je me sentirais coupable d'avoir quitté notre appartement. Je me mordille doucement la lèvre, le regard perdu dans le loin. C'était une erreur. Je devrais partir. Je devrais inventer une excuse et rentrer le plus vite possible pour me jeter dans ses bras et m'excuser. Seulement au moment où je commence à chercher une excuse valable, Sam me glisse un sourire, me faisant signe de le suivre à l'intérieur. Je devrais partir… Mais d'un autre côté, je n'aurais peut-être pas la chance d'assister à un vernissage de ce genre avant un long moment… J'hésite et décide finalement d'écouter la part de moi qui ne demande que ça : une soirée où je peux faire ce que je veux. Buck peut m'attendre pour quelques heures… Sans compter que bon, d'habitude je suis toujours avec lui. Il peut bien me laisser une soirée. Je hoche doucement la tête et lui rends son sourire. Je m'engouffre avec lui dans le bâtiment et à peine ai-je déposé mes affaires au vestiaire que j'ai l'impression de débarquer dans un autre monde. Des expos j'en ai fais dans ma vie d'étudiant en art et de jeune artiste… Mais là je dois avouer que… C'est bien la première que je fais où il y a autant de monde au mètre carré. Bordel. D'un coup je me sens presque claustrophobe. Tant de monde qui gravitent autour de nous et qui parfois nous harponnent pour discuter de choses et d'autres. Enfin "nous" harponnent… Ils n'ont d'yeux que pour Sam avec qui ils discutent nouvelles tendances ou nouveaux artistes en vogue… Moi, on se contente de m'ignorer ou de demander à Sam qui je suis. Certains vont même jusqu'à s'intéresser à moi, me parlant quelques minutes avant d'aller s'intéresser à d'autres personnes placées dans leur carnet de relations que l'artiste inconnu qui suit comme un chien Sam. Et pendant une dizaine de minutes c'est comme ça… On tente de se frayer un chemin dans la foule, tentant d'atteindre les toiles de ce fameux artiste, en vain. La plaie d'être aussi petit et ignoré. Un soupir m'échappe et je sursaute presque lorsque Sam se penche vers moi, m'offrant autant un sourire qu'une flûte de champagne. Je l'attrape et le remercie d'un sourire, rougissant presque quand il m'adresse un clin d'oeil complice.

"Oui, oui, ça va. Je me sens juste… Perdu quoi. Y'a tellement de monde, j'ai presque l'impression de ne pas être à ma place. Mais vous êtes sûr que ça ne vous dérange pas que je file de mon côté ? Je n'ai pas envie de passer pour un ingrat ou quoi…"

Je plonge le nez dans ma flûte de champagne et en sirote un peu, laissant un léger soupir m'échapper quand il m'assure que oui, je peux filer pour profiter des oeuvres plutôt que de subir les mondanités de gens qui ne s'intéressent au final pas tant que ça au travail de l'artiste. Mon sourire s'élargit et je le remercie une fois de plus avant de m'éloigner, champagne en main, pour tenter de m'approcher de son travail. Et après de longues minutes à me prendre pour Moise ouvrant la mer en deux, j'arrive finalement à atteindre les toiles en question. Je retiens mon souffle et c'est émerveillé que je regarde son travail, laissant mon regard courir sur chaque coups de pinceaux, chaque nuances qu'il a installé… Et je dois avouer que ça me laisse dans une extase contemplative. Des frissons parcourt ma peau et plus je regarde son travail, plus j'ai envie de prouver que je peux faire aussi bien, voir même mieux. Ça m'inspire, ça me donne envie d'attraper mes pinceaux et de me mettre sur une nouvelle composition. Pendant de longues minutes j'oublie le brouhaha autour de moi et je me contente d'observer son travail, oubliant le reste du monde, n'étant dérangé que par mon téléphone qui se met à vibrer furieusement dans ma poche. Tiré de ma contemplation, j'attrape mon portable et fronce les sourcils en voyant le numéro de Buck s'afficher. Merde. Je savais bien que j'aurais dû rester avec lui. Je décroche et écoute son souffle paniqué, tentant de comprendre ce qu'il me marmonne.

"Buck ? Buck ? Je t'entends pas bien… Qu'est-ce qui se passe ?"

Les mots me parviennent avec difficulté. Je fronce les sourcils, sentant mon coeur s'emballer. Mon dieu… Dans quel état est-il ? Sûrement ivre… Vu sa façon d'articuler et sa voix traînante. Je déglutis difficilement, sentant mes doigts se crisper sur le téléphone.

"Buck ? Tu m'inquiètes… Tout va bien ?
- Steve… Rentre."

J'hésite une demi-seconde.

"J'arrive… Laisse-moi le temps de rentrer, je serais là dans un quart d'heure, pas plus…
- Fais-vite Steve.
- Promis mon amour, j'arrive…"

Je raccroche et cherche Sam du regard au milieu de cette foule. Seulement tout ce que je perçois, ce sont des visages anonymes. Les secondes s'écoulent et paniqué, je décide que tant pis, je m'excuserais plus tard. J'abandonne ma flûte et l'expo, courant presque jusqu'aux vestiaires pour récupérer mon sac et ma veste. Je quitte précipitamment le bâtiment, dévalant rapidement les escaliers qui me mènent jusqu'au métro. Je saute dans la première rame, ne prévenant Sam de mon départ d'un rapide message.

"Je suis désolé Sam, j'ai eu une urgence. Merci encore pour l'expo c'était génial… Je suis juste navré d'avoir du écourter la soirée."

Je lui envoie ça et quitte précipitamment la rame, courant presque jusqu'à notre appartement. Je pousse la porte et le cherche du regard, le souffle court. Et je n'ai pas besoin de faire plus que quelques pas pour le trouver assis contre le canapé, recroquevillé sur lui-même, une bouteille vide à ses pieds. J'abandonne mon sac et mes clés dans l'entrée, m'avançant vers lui. C'est ma faute si il est dans cet état ce soir… Si j'étais resté avec lui… Il n'aurait pas bu. Je m'accroupis et viens glisser mes mains dans ses cheveux détachés.

"Buck ? Je suis rentré… Je suis là…
- Tu m'as abandonné….
- Non, non… Je me suis juste absenté… Regarde, je suis revenu… Juste pour toi."

Il lève doucement la tête vers moi et en croisant son regard, je sens mon coeur se serrer. Mes mains glissent de ses cheveux à ses joues alors que je lui adresse un sourire terriblement triste.

"Je suis là mon amour, je partirais plus… Je te le promets…
- Tu mens.
- Buck… Je… Si tu veux la prochaine fois, tu viens avec moi… Comme ça on sera tout les deux… Ce serait bien, non ? On pourrait faire comme avant… Quand on sortait tout les deux…"

Cette époque me manque, celle où avec Buck on était toujours à courir au quatre coins de la ville, soit pour des expos ou pour des soirées… Où on ne voyait notre appartement que pour les week-ends et pour dormir. Maintenant… Notre quotidien ressemble à ça. À des soirées que je dois écourter parce qu'il ne supporte pas rester seul. Mon regard croise le sien et ce que j'y lis m'effraie quelque peu. L'alcool l'a toujours rendu un peu brusque… Les relents de whisky me parviennent d'entre ses lèvres entrouvertes, mon coeur rate un battement et mes mains cessent de caresser ses joues.

"Y'aura pas de prochaines fois… T'es à moi Steve… T'es rien qu'à moi… Tu devrais pas m'abandonner, tu sais que j'ai besoin de toi et pourtant, à chaque fois, tu me laisses seul… La vérité c'est que tu n'en as rien à foutre de moi, y'a que ta petite personne qui t'intéresses… Monsieur est un artiste et il ne pense qu'à lui. Tu n'es qu'un sale égoïste Steve… Tu ne m'aimes pas… Tu n'aimes que toi."

Alors que les mots s'échappent d'entre ses lèvres, il vient serrer entre les doigts de sa prothèse mon visage. Mes épaules commencent à trembler. Non, non… Ce n'est pas vrai… C'est parce que je l'aime que je ne sors quasiment pas. C'est parce que je l'aime que je reste avec lui.

"Je t'aime Buck…
- Non tu ne m'aimes pas. Tu ne m'as jamais aimé. Hein ?
- Buck….
- Dis-le. Dis-moi que tu m'aimes. Ose me mentir une fois de plus…
- Je t'aime…"

D'un revers de la main il m'étale au sol, me coupant le souffle. Bordel. Le nez contre la moquette je tente de me remettre de notre échange. Seulement je n'ai pas le temps d'encaisser le choc que je sens quelque chose se glisser autour de ma gorge. D'un coup je me retrouve dos à lui, sentant sa ceinture de cuir serrer ma gorge. Un hoquet m'échappe et je commence à tenter de glisser mes doigts sous le cuir, le coeur sur le point d'exploser. Son souffle vient chatouiller mon oreille alors qu'il m'étouffe un peu plus. Sa voix me parvient alors que le cuir mord déjà ma peau.

"Tu es le pire. Tu oses me mentir à moi… Moi qui t'aimes ! Tu devrais avoir honte. HONTE."

La ceinture se ressert un peu plus autour de ma gorge.

"Tu vois… Quand tu me laisses seul, c'est l'impression que ça me fait. J'ai l'impression qu'on me tue. Que tu me tues. Tu brises mon coeur Stevie…"

Mes ongles viennent griffer ma gorge alors que je lutte pour une simple goulée d'air frais. Des tâches commencent à apparaitre devant mes yeux et je me dis qu'il va peut-être réussir à me faire du mal. Quelque chose de l'ordre d'un gémissement de douleur m'échappe et je l'entends rire au creux de mon oreille.

"J'ai l'impression de te baiser. Tu gémis de la même façon… J'suis sûr que t'aimerais ça… Que je te prenne alors que je t'étrangle à moitié… T'es vraiment répugnant Stevie… Une pute, voilà ce que t'es."

Une dernière fois il donne un coup de collier et j'avale de travers, m'étouffant pour de bon. Une quinte de toux me saisit alors que j'ai l'impression que mes poumons sont en feu. Et alors que je suis le point de tourner de l'oeil, il relâche la ceinture et m'autorise à m'écrouler au sol, le souffle plus que court. Une main vient se perdre dans ma nuque alors qu'il reprend d'un ton étrangement doux.

"Tu vois… Je suis dans cet état à chaque fois que tu pars mon amour… Il fallait que je te le fasse comprendre… Ne m'en veux pas… Je fais ça pour ton bien. Pour que tu comprennes."

Ses doigts caressent ma peau humide alors que progressivement j'arrive à reprendre mon souffle. Quelques minutes passent sans que rien ne soit dit et d'un murmure il rompt ce silence.

"Maintenant viens m'embrasser et me dire que tu m'aimes."

Je n'hésite pas une seconde et dans ses bras je viens me glisser, ne cessant de lui murmurer que tout est de ma faute. Ses doigts se perdent dans mes cheveux alors qu'il me me murmure doucement.

"Ce n'est pas grave… Je te pardonne Steve… Je te pardonne. Tout ce qui compte, c'est que tu m'aimes et que tu restes avec moi."

*

Ça fait trois jours et en plus d'avoir affreusement mal à la gorge, les bleus ne veulent pas disparaitre. Et même si Buck m'assure que ça devrait partir… J'ai peur. Peur que ce soit plus grave que d'habitude. Face à mon miroir je finis de nouer mon écharpe autour de mon cou. Derrière moi, Buck m'adresse un sourire, déjà prêt à partir. Je lui glisse un léger sourire et le rejoins.

"Allez… Allons chercher ce chèque."

Il dépose un baiser dans mes cheveux avant de passer son bras autour de mes épaules. Nerveux je quitte l'appartement en sa compagnie, de cessant d'angoisser sur le chemin de la galerie. J'angoisse parce que Buck a insisté pour m'accompagner, soit-disant parce qu'il voulait voir qui était le mec qui arrivait à vendre mes toiles. La vérité, c'est que j'ai peur qu'il tente quelque chose de stupide… Comme prouver à Sam que j'ai déjà un homme dans ma vie et que je n'ai pas besoin de lui. Je me mordille les lèvres alors qu'on arrive enfin à sa galerie. C'est presque honteux que je passe la porte, n'osant pas vraiment croiser le regard de qui que ce soit. De toute façon, Buck étant avec moi, je préfère rester discret. On s'avance et j'entends Buck me murmurer :

"La vache… C'est pas une petite galerie… T'as vraiment dû lui taper dans l'oeil pour qu'il accepte de vendre ton travail."

Un poids écrase ma poitrine et je me contente de hocher la tête, ne cessant de fixer le sol à mes pieds. Et je jure rentrer la tête dans mes épaules quand Sam nous accueille avec un sourire. Je reste parfaitement silencieux et laisse Buck parler pour deux.

"Enchanté. James… Je suis le compagnon de Steve, et je dois avouer, je pensais pas qu'il arriverait un jour à vendre ses toiles si jeune mais wow, vous avez fait des merveilles…"

Je n'aime pas le ton qu'il emploie. Mais après tout, depuis quand mon avis a-t-il la moindre importance ?
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Les joies des vernissages. C'est même pas vraiment pour l'art que j'y vais, c'est surtout pour le relationnel, et la publicité. Raviver ses contacts, se rappeler au bon souvenir des uns et des autres, se faire de nouveaux clients. L'intérêt de ce genre de soirées, c'est d'avoir distribué au moins une vingtaine de cartes de visite, et d'en avoir récupéré tout autant. Alors, discuter des nouvelles acquisitions, des nouveaux artistes signés et des toiles récentes à vendre, en échangeant aussi les derniers ragots et les récents potins de notre petit monde. Parce que oui, dans le milieu de l'art, on se connaît tous. Et les artistes qui ont la cote se connaissent aussi. Du coup, chacun de ces évènements mondains sonne un peu comme une grande réunion de famille. Et pour certaines d'entre elles, je sors de là sans même avoir eu le temps de regarder une toile.

C'est pour ça que je libère Steve, l'incitant à aller musarder par lui-même, sans devoir me coller et être ennuyé par les ronds de jambe et les discussions auxquelles il ne comprend rien. Quelques secondes plus tard j'ai perdu mon nouveau protégé dans la foule. C'est un grand garçon, autant qu'il s'amuse et qu'il profite, on se retrouvera plus tard. Sauf qu'une demi-heure plus tard je sens mon portable vibrer et j'y jette un oeil. Steve, qui me dit qu'il a dû partir en urgence. Je hausse un sourcil, et réponds rapidement "Aucun souci, j'espère que vous avez quand même pu profiter du vernissage. Faites attention à vous."

J'aime pas ça. Tous ces petits indices qui me mettent la puce à l'oreille. Quelque chose se passe mal, et je sais pas quoi exactement. Ca un sale goût de déjà-vu... et en pensant à tout ça je me dis que je devrais en parler à Clint. C'est lui le mieux placé pour me dire si je me trompe ou pas. Enfin. Une fois ma tournée de discussions achevée je m'éclipse, et retrouve enfin le calme de l'extérieur. J'appelle rapidement ma mère pour la tenir au courant de la soirée, alors que je suis dans le taxi qui me ramène à la maison, et finis par m'écrouler dans mon lit après une douche et un câlin à Amélia.

Quelques jours plus tard, je revois mon cher Gregory, après que ce dernier m'ait annoncé qu'après mûre réflexion, il prenait la deuxième toile de Steve. J'avoue que je suis content. Une parce qu'une vente est toujours une vente, mais de deux, et surtout, parce que j'aime bien Steve, et que j'espère arriver à faire un peu décoller sa carrière grâce à quelques bonnes transactions. Comme celle-là. Gregory reçoit beaucoup, c'est un homme du monde, et il suffit qu'une des rombières complimente la nouvelle déco de son salon pour qu'on vienne me demander d'autres de ses toiles.

Comme la dernière fois, le chauffeur emmène la toile soigneusement emballée dans son papier kraft et sa ficelle, pendant que mon client préféré me signe un beau chèque à l'ordre de la galerie. Et une chaleureuse poignée de main plus tard, accompagnée de la promesse de le tenir au courant si de nouvelles oeuvres étaient disponibles, on se sépare, et je prends mon portable pour prévenir Steve. Cette fois, je me contente de lui envoyer un texto, histoire d'éviter la situation gênante de la dernière fois, et souris en recevant sa réponse un peu plus tard. Il se confond en remerciements et me dit qu'il passera demain. Parfait.

Quand il arrive, je suis surpris de le voir accompagné. Bon, ça confirme une de mes premières certitudes : il est gay. Et casé. Son mec est pas mal, dans le genre armoire à glace aux cheveux bruns jusqu'aux épaules et aux yeux bleu acier. Sauf qu'il y a quelque chose chez lui qui me dérange. Je saurais pas dire juste... je suis pas à l'aise avec lui. Je m'en rends compte quand je commence à leur parler, peu après leur arrivée. Une fois qu'ils ont passé la porte, alors que j'étais en pleine conversation avec une autre cliente, je leur souris, avant de leur faire juste signe que je serai à eux dans un instant. Et en effet, je termine rapidement avant d'aller les saluer.

Steve, content de vous voir! Vous êtes parti tellement vite du vernissage, j'ai pas eu le temps de vous dire au-revoir. J'espère que votre urgence s'est arrangée et que ce n'était rien de trop grave.

Je me tourne ensuite vers le petit ami, lui tendant aussi la main.

Sam Wilson, enchanté. Et vous savez, le travail, dans une galerie, c'est la collaboration. Notre boulot, c'est d'assurer l'exposition des toiles, trouver des acheteurs potentiels. Mais si les oeuvres sont mauvaises à la base, on ne peut pas faire grand chose. Par chance pour nous, Steve est un artiste de talent, et c'est un de mes clients préférés qui a acheté ses deux toiles. D'ailleurs, il m'a précisément demandé de le tenir au courant si vous avez des nouveautés, et ce avant tout le monde. Votre style lui a tapé dans l'oeil on dirait! Vous voulez qu'on s'occupe des formalités? Venez...

Je leur tends donc l'enveloppe avec le chèque, et demande à Steve de signer la réception du chèque et deux trois autres paperasses. Et je suis presque soulagé quand ils partent enfin. Pas pour Steve, parce que j'apprécie vraiment sa compagnie, mais pour lui, James. A sa façon de le regarder, ou de mettre ses mains sur lui, il montre clairement qu'il le domine et qu'il a l'ascendant sur lui. Et Steve le regarde comme une petite créature effrayée. J'aime vraiment pas ça et les choses commencent à devenir plus claires. Je finis ma journée rapidement et file rejoindre Clint pour un match de baseball au Yankee Stadium.

Après avoir pris la bière et les hot-dog de rigueur, et papoté un peu de notre charmante Tasha, je profite de la pause pour aborder le sujet de Steve. Je déballe tout, et je vois Clint qui m'écoute avec attention, avant de conclure, une fois que j'ai fini.

Ouais t'as raison, il se passe quelque chose. On dirait un peu ce que Tasha a vécu. Même si c'est la première fois que j'entends ça dans un couple gay. Si tu veux je pourrais aller voir dans les dossiers des hôpitaux s'il y est vraiment allé souvent. S'il y a des traces de précédents abus...
- C'est sympa mec. J'apprécie. Je sais que j'ai pas à mettre mon nez là-dedans mais...ça me... ça me bouffe de savoir que... qu'il se fait peut-être amocher par son mec et qu'il a trop peur pour tenter quoi que ce soit...
- Bien sûr. Sauf que la loi est mal faite. Soit il porte plainte, soit il se fait tabasser assez gravement pour que son mec soit poursuivi...
- Je sais, je sais... espérons juste qu'il se décidera pas trop tard...


On annonce la reprise du match et je me tais, terminant ma bière.

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Ven 30 Oct - 23:52


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Le bras de Buck autour de mes épaules me semble foutrement lourd. Lourd parce que même si il ne me regarde pas… Je sais que d'une certaine façon il n'aime pas ça. Pourquoi ? Aucune idée. Peut-être n'aime-t-il pas Sam, ou la façon dont il me regarde… Je n'en sais rien et pour être franc, je ne veux pas savoir. Je continue de fixer le sol alors qu'ils discutent tout les deux, ne levant les yeux que lorsque Sam me propose de le suivre pour signer quelques papiers. Par habitude je croise le regard de Buck attendant presque son accord qu'il m'offre d'un léger sourire. Je reviens vers Sam et le suis dans son bureau, sentant les doigts de mon amant se crisper autour de mon épaule. Non… Je fais rien de mal là… Rien… Tu peux pas m'en vouloir Buck… Je fais juste que récupérer un chèque… Je tente de me calmer mais mes doigts tremblent autour du stylo alors que je signe les quelques papiers qu'il me tend et que je ne lis pas. J'en suis pas capable. Je regarde sans voir, j'entends sans vraiment écouter… Tout ce qui m'obsède c'est la réaction de Bucky. Parce que j'ai peur, terriblement peur de ce qu'il va dire ou me faire quand nous allons rentrer. Je souris difficilement à Sam alors que j'attrape du bout des doigts le chèque qu'il me tend avant de simple disparaitre avec Bucky, lui promettant du bout des lèvres que oui, si j'ai de nouvelles toiles… Je passerais. Buck caresse doucement mon dos alors que son sourire me file la nausée. J'aime pas ça… J'aime pas ça… On quitte la galerie et sans un mot on rentre. Assis dans le métro je sens ses doigts dans ma nuque alors qu'il dépose de temps à autre quelques baisers sur ma tempe, me murmurant qu'il est fier de moi. Je lève les yeux vers lui et un sourire timide se glisse sur mes lèvres. L'es-tu vraiment ? Fier de moi ? L'as-tu déjà été ? Je n'en sais rien. Oui je crois qu'à une époque tu l'étais… Aujourd'hui… Je ne sais pas. On finit par arriver et alors que je dépose mes affaires dans l'entrée, je sens ses bras se glisser autour de ma taille, ses lèvres se glissant sur ma nuque.

"Je sais que je l'ai déjà dis au moins vingt fois… Mais je suis fier de toi Stevie… Je pensais que tu arriverais à vendre quoi que ce soit mais faut croire que les nouveaux riches ont des goûts discutables en matière de peinture."

Ouch. J'entrouvre les lèvres, terriblement blessé par ses mots. J'arrive pas à y croire. On vient d'encaisser deux chèques assez conséquent en moins d'un mois grâce à mes toiles. Je serre les dents avant de prendre une grande inspiration, posant mes mains sur les siennes. Je devrais hurler, lui dire d'aller se faire foutre… Mais comme à chaque fois, je suis faible et je m'écrase. Un sourire affreusement triste se dessine sur mes lèvres alors que je murmure doucement.

"Faut croire…"

Il dépose un baiser dans mon cou, comme si il était heureux de m'entendre ça, venant ensuite mordiller mon oreille, me disant que l'on pourrait fêter cela tout les deux. Je viens caresser sa joue du bout des doigts. J'ai pas envie… Je ne veux pas qu'on fasse ça sur un coin de table ou même sur notre lit mais… Si je me refuse à lui… Il va s'énerver et ce sera pire que tout… Alors je fais semblant d'apprécier ses baisers dans mon cou, ses mains qui se perdent sur mon ventre puis dans mon caleçon. Je lui offre un peu plus ma gorge et soupire doucement quand il me propose d'aller faire ça dans notre chambre. Je le sens me soulever et quelques minutes plus tard, je gémis entre ses bras, appréciant presque la douceur et la tendresse dont il fait preuve. Je ferme les yeux et son prénom s'échappe d'entre mes lèvres alors qu'il caresse doucement ma joue. J'aimerais que ce soit toujours ainsi… J'aimerais qu'on revienne à cette époque où on faisait toujours l'amour comme ça… Je ferme les yeux et m'abandonne à lui, griffant son dos de plaisir.

*

"Steve ? Encore en train de peindre ?"

J'entends Buck qui m'appelle au loin alors que j'ai le nez dans ma peinture, les doigts pleins de gouache alors que je fais mes essais de couleur pour ma prochaine toile. Je l'entends approcher alors que je me rends compte que j'ai oublié de lui répondre.

"Oui, oui… Je suis bien là…"

Il tire une chaise et vient s'assoir derrière moi, posant son menton sur mon épaule. Je sens son souffle dans mon cou alors qu'il m'observe peindre.

"C'est ta nouvelle toile ?
- Ouais, je fais des essais de couleurs… T'en penses quoi ?"

Je le sens hésiter, regarder, observer, puis il se contente de déposer un léger baiser sur ma joue.

"Je ne suis pas super fan, mais c'est toi l'artiste, alors tant que t'arrives à le vendre, c'est tout ce qui compte."

Un soupir m'échappe alors que je me tourne quelque peu vers lui.

"Buck c'est pas vraiment le but… Je peins pas pour vendre… Je veux que ça plaise, qu'on aime la peinture… Je m'en fous si ça se vend pas… Tant que ça me plait et que ça plait… C'est déjà génial."

Je crois son regard et je sens qu'il n'aime pas que j'ose lui parler de la sorte. Je pince les lèvres et soutien son regard, m'apprêtant à en prendre une. Seulement à la place il se relève, me balançant juste son agacement avec un froideur qui me scie le coeur.

"Pour ça Steve… Faudrait que ce que tu fasses soit intéressant."

J'attends qu'il sorte et repose mon pinceau, reniflant alors que je tente de retenir mes larmes. Mais putain… Qu'est-ce que j'ai fais pour mériter ça ? Pourquoi me jeter ça à la gueule ? Je me recroqueville sur ma chaise et commence à sangloter. Putain de merde. Je sais que ce n'est pas toujours facile pour lui… Mais pourquoi se venger sur moi ? Je passe mes journées à tenter de l'aider, à faire en sorte qu'il se sente bien et chez lui… Et lui ne cesse de… De me rabaisser. Et si au début je pouvais le supporter, je commence à avoir du mal. Je sais que ce n'est pas de sa faute mais je demande pas grand chose… Je sanglote jusqu'à en être crevé. Et quand je relève les yeux et que je regarde mes essais… Je me dis qu'au fond il a raison… J'envoie mes essais à la poubelle et me contente de griffonner dans mon carnet, le coeur lourd.

*

Je ne sais pas à quand remonte la dernière fois que j'ai vu Sam… Deux semaines, un mois ? Plus ? Aucune idée. J'ai juste l'impression que ça fait une éternité. Je me frotte les yeux et observe avec un sourire fatigué la toile que je viens de terminer. Ouais… Elle est super… Pile ce que je voulais… Tout dans un ton d'un verre émeraude qui fait ressortir la couleur chair du personnage… C'est beau. Enfin, je trouve ça beau. Je trempe mon pinceau dans l'eau avant de l'essuyer. Je referme la porte de mon atelier et passe par la salle de bain pour me décrasser avant de rejoindre Buck au lit. Je vire mon t-shirt et grimace en voyant que les bleus sur mes côtes ont encore grossis et ont pris une teinte encore plus foncé. Merde… J'espère que je ne serais pas obligé de me pointer à l'hôpital une fois de plus… J'attrape un peu de crème et en tartine sur mon flanc douloureux, retenant un gémissement quand j'appuie un peu trop fort.

"Putain…"

Deux jours et la douleur passe pas, deux jours et j'ai de plus en plus mal… Demain je me ferais un bandage… Histoire que je sois en état pour aller voir Sam… Je passe mon pyjama et me brosse les dents avant de rejoindre Buck, me glissant doucement dans le lit. Pour une fois je ne vais pas me blottir dans ses bras, restant bien sagement dans mon coin. Et le lendemain… C'est une putain de torture que d'aller jusqu'à la galerie de Sam en métro, le tout avec mon flanc douloureux et la toile sous le bras. Mais je finis par y arriver, le souffle court… Mais je le fais. Je pousse la porte et prends le temps de retrouver un semblant de souffle quand je vois Sam s'approcher de mois avec un sourire.

"Bonjour… Deux… Secondes…"

Je pousse un long soupir alors que je grimace en m'étirant. Ok en partant, je fais un crochet chez le médecin. Parce que là c'est pas possible, ou alors je passe dans une pharmacie et je leur demande si je peux pas voir quelque chose contre les bleus. Je lève les yeux vers Sam et lui glisse un léger sourire.

"Pardon… J'ai juste un peu de mal aujourd'hui… Et la toile est lourd… Mais je viens de la terminer et… Je la confie à votre oeil d'expert pour voir si elle vaut quelque chose ou si elle est bonne à jeter ?"

Je ris doucement et je suis obligé de serrer les dents pour ne pas hurler de douleur. Je pose une main sur mes côtes douloureuse alors que je le laisse juger de mon travail.
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Mer 4 Nov - 18:02


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Les deux semaines qui ont suivi passent tellement vite, et je repense souvent à cette entrevue. A ce fameux Bucky qui joue les gros durs, voire pire, envers mon petit Steve. Ca m'écoeure de me dire qu'il ose faire du mal à ce petit mec qui est déjà pas bien épais. Et même. Oser frapper quelqu'un. Oser le maltraiter au quotidien. Oser lever la main sur la personne qu'on est censé aimer. Qu'on est censé protéger, épauler, soutenir. J'ai jamais compris. J'ai jamais compris ce qui pouvait se passer dans la tête de ces mecs-là. Ceux qui pensait devoir rouster leur copine pour prouver qu'ils avaient la plus grosse. Qu'ils étaient des mecs, des vrais. Et peu importe la raison. Steve est une crème et je comprends pas qu'on puisse avoir envie de lui faire autre chose qu'un câlin et lui préparer un chocolat...

Malheureusement je suis pas son père ou sa mère, je suis même pas son ami... je suis juste son galiériste. Et même si je meurs d'envie de faire quelque chose pour l'aider, je vois pas comment. Je vois pas comment sans le vexer, sans l'infantiliser, sans donner l'impression de m'occuper de trucs qui me regardent pas. Alors le temps passe. Je navigue entre la galerie, ventes, expos et vernissage, entrecoupés de sorties avec mes potes. D'ailleurs j'en parle aussi à Tasha, et je la vois hocher gravement la tête quand je lui raconte ce que j'ai déjà vu et remarqué à propos de Steve. Et j'avais raison. Le verdict est sans appel, selon elle il le cogne bien. Ou en tout cas il abuse de lui. Finalement, on décide qu'on organisera une sorte de traquenard, pour laisser Steve seul avec Tasha. Elle est la mieux placée pour lui parler, pour voir ça avec lui. Clint et moi, ça nous révolte, mais on l'a pas vécu. On sait pas ce que c'est de vivre ça, on est juste des spectateurs impuissants...

Et enfin je vois sa petite bouille, ou pour être exact, je vois une toile équipée de pieds qui marche devant la vitrine, et je souris en reconnaissant ses converse un peu défoncées. Le temps que je traverse la galerie il est arrivé à rentrer, et je lui prends la toile des mains, avant de grimacer en le voyant.

Wow Steve... vous... avez vraiment mauvaise mine. Vous êtes tout pâle... Vous êtes sûr que ça va?

Je pose la toile encore emballée contre le mur et lui prends le bras pour le faire s'asseoir sur une chaise. Il essaie de me rassurer et même de rire, sauf qu'il devient encore plus pâle alors qu'il s'agite. Je comprends. L'autre salaud l'a brutalisé. Encore. Il lui a fait mal, et là dessous, sous toutes ces couches de vêtements il doit sûrement y avoir quelque chose de moche. De très moche même. Une vague de rage sourde inonde mes veines à l'idée que ce connard ait pu prendre son pied à le frapper. Je pose doucement ma main sur son genou.

Steve vous voulez pas que j'appelle un médecin? J'ai peur que vous fassiez un malaise là. Vraiment...

Mais il refuse poliment, me disant que c'est rien, qu'il a été maladroit. Le coup classique. Putain. Merde. Je sais que je pourrais rien en tirer... hélas. Et ça me tue.

Je peux au moins vous apporter un thé? Bougez pas...

Je file lui remplir une tasse et la lui glisse entre les mains pendant que je me penche vers la toile. Je la pose sur un chevalet vide et je commence doucement à défaire la ficelle et déchirer le papier kraft. Puis je recule une fois que le dernier lambeau de papier est retombé sur le sol. Un sifflement admiratif s'échappe de mes lèvres alors que mon regard examine minutieusement le tableau. La lumière. Les couleurs... c'est magnifique. Je reste quelques secondes comme ça avant de me tourner vers Steve, un grand sourire aux lèvres.

C'est... c'est vraiment superbe. Vous vous êtes surpassé. Je pense que mon acheteur va être dingue... Et je pourrai en tirer un meilleur prix que les précédentes. Bravo...

Je prends une photo avec mon portable, que j'envoie à Greg, et je reviens près de lui.

Ca... ça va mieux? Vous êtes sûr?

J'hésite une seconde avant de tenter quelque chose.

Et j'y pense on... on pourrait se tutoyer non? Oui donc...Steve si v...tu es intéressé vendredi soir on va manger un bout avec des copains à moi. Ils sont très sympas tu verras. Une petite soirée tranquille, de bons hamburgers et des oignon rings, de la bonne musique, peut-être un peu de billard... Si tu es partant, tu es le bienvenu...

Je lui souris et attends sa réponse, espérant qu'il va accepter.


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Sam 21 Nov - 12:37


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Je tente de reprendre mon souffle, essayant d'ignorer la douleur qui me ronge le flanc et qui fait danser devant mes yeux des tâches. Ça va aller… C'est rien. Juste un mauvais bleu… C'est juste… Trois fois rien. Comme tout le reste ça finira par disparaitre… Je prends une grande inspiration, serrant les dents face à la douleur. Ok c'est peut-être un peu plus grave que pas grand chose. Je sursaute presque en sentant ses doigts se poser sur mon bras et croise timidement son regard alors qu'il me demande une fois de plus si je vais bien. Je me force à sourire à nouveau, le laissant me proposer une chaise.

"Oui ça va… C'est rien… Trois fois rien."

Oh putain. Je vais tourner de l'oeil. C'est douloureux, le simple fait de se rassoir un peu trop rapidement, je vois des étoiles danser devant mes yeux. Non, c'est pas le moment Steve… Tu peux pas faire ça, sinon il va appeler les secours, tu vas te retrouver aux urgences… Et Buck devra venir me chercher à l'hôpital et ça va le mettre de mauvaise humeur… Et à peine rentré à la maison, il se permettra de me dire que j'ai été un crétin, que j'aurais dû faire plus attention… Donc non… Faut que je tienne le coup. Sa main se pose sur mon genou et je ris doucement, chose que je regrette presque autant que l'excuse minable qui s'échappe d'entre mes lèvres.

"Non… Ne vous embêtez pas… C'est juste une grosse fatigue… J'ai été idiot de… De passer la nuit à travailler dessus… Et de venir tout de suite vous l'apportez… J'aurais dû me reposer hein…"

J'ai un autre rire et je me sens pâlir. Ok Steve. Arrête. Arrête de gigoter, de respirer, de sourire et ça devrait aller. Tu te contentes de rester bien sagement sur ta chaise et tu le laisses faire son job. Je le sens ne pas aimer ma réponse et le temps d'une seconde, je me referme un peu, je me tasse sur ma chaise, comme je pourrais le faire si j'étais face à Buck. Puis je me détends en l'entendant me dire qu'il me propose simplement une tasse de thé. J'ai un léger sourire avant d'hocher de la tête.

"Avec plaisir… Merci."

Je soupire quand il s'éloigne, me permettant de masser doucement mes côtes, reprenant mon souffle du mieux que je peux. Allez, ce sera pas long… Ça va aller. Je ferme les yeux et pince les lèvres, ne cessant de me dire que je ferais un crochet dans une pharmacie sur le chemin de la maison, histoire d'acheter des anti-douleurs… Je retrouve un semblant de sourire quand j'entends Sam revenir, me forçant à respirer normalement. Mes doigts se referment sur la tasse encore chaude alors qu'il reporte son attention sur ma toile. Mon estomac se noue quelque peu alors qu'il semble la juger, et si en ne regardant que son dos je suis incapable de déterminer si ça lui plait ou non… Quand il se tourne vers moi avec un sourire, je ne peux que le lui rendre en l'entendant me dire que je me suis surpassé. Je tente de bafouiller quelque chose et je me retrouve finalement à tremper mes lèvres dans mon thé, les joues légèrement roses. Il aime, contrairement à Buck qui disait qu'il ne trouvait pas ça fantastique. Quelque chose ronronne en moi alors qu'il ajoute qu'il devrait en tirer un bon prix. J'arrive pas à y croire… Je… Je vends mes toiles… Mes travaux plaisent et… Et j'arrive presque à en vivre… Je crois que c'est le rêve de tout artiste… D'être capable de vivre de ce qu'il produit… Il revient près de moi et j'ai un sourire presque timide quand il me demande une fois de plus si je vais bien.

"Bien mieux… Je vous rassure… J'ai juste besoin de me reposer…"


Je bois une autre gorgée de thé pour faire taire les mensonges qui glissent presque trop naturellement d'entre mes lèvres. Mais… C'est pas pour le blesser ou quoi… C'est juste que… C'est pour Buck. Personne n'a besoin de savoir qu'il ne va pas bien, ou qu'il est un peu sur les nerfs en ce moment… Je fais ça pour Buck… Pour le protéger, pour qu'il aille mieux… Ouais… Je fais ça pour lui, parce que je l'aime, peut-être autant que lui m'aime. L'idée me serre un peu le coeur… Mais depuis son retour… C'est à moi d'aller bien pour deux, de lui sourire et de dire que ouais, ça va aller. Qu'on va s'en sortir, qu'il va s'en sortir… Et qu'un jour, reviendra à cette époque où tout allait bien… Où il ne déposait que des baisers sur mon corps et que les seuls bleus que j'avais n'étaient que les restes d'une nuit entre ses bras. Je lève les yeux vers Sam et croise son regard quand il reprend d'une voix plus hésitante. Et je reste con en l'entendant. Parce qu'il m'invite…. A venir à une soirée avec ses amis… Comme si… Comme si il voulait simplement apprendre à me connaître… Et pas juste m'emmener à une expo parce qu'il a une entrée de plus… Non là… C'est plus intime comme le fait de vouloir me tutoyer. Il veut qu'on apprenne à se connaître. Et mon première réflexe c'est de dire oui. Sauf que je me retiens de dire quoi que ce soit, je me contente de me mordre la lèvre, baissant les yeux. Je ne sais pas si je peux… Buck ne voudra peut-être pas. Il voudra peut-être que je reste avec lui et pas que j'aille m'amuser avec Sam… Peut-être verra-t-il cela d'un mauvais oeil… Peut-être qu'il le prendra mal… Je joue nerveusement avec ma tasse de thé, étant partagé entre l'envie de sortir un peu… Et celle de rester avec Buck. J'aurais besoin de respirer, de sortir un peu de l'ambiance étouffante de l'appartement mais d'un autre côté, je me doute qu'il a besoin de moi… Que quand il est seul… Je le retrouve toujours dans des états pas possible.

"Je… Eh bien… C'est gentil de proposer… "

Mais. Tout le problème est là. Mais. Mais j'ai pas envie de laisser Buck tout seul. Mais j'ai pas envie qu'il se fâche parce que j'ai accepté. Mais j'ai pas envie d'y aller pour être obligé de partir en urgence parce que j'aurais eu un appel paniqué de Buck. Et d'un autre côté, ça me ferait peut-être du bien d'avoir une soirée rien qu'à moi, une soirée où je pourrais me changer les idées et ne pas m'inquiéter. Ne pas supporter les remarques acerbes de Buck… Une soirée pour moi… Je me sens dégueulasse rien qu'à penser ça… Ce n'est pas sa faute si il est dans cet état…. J'hésite grandement, me mordillant la lèvre, jouant avec ma tasse avant de me décider.

"Si… Si ça ne te gêne pas et… Si ça ne dérange pas tes amis… Ce serait avec plaisir…"

Tant pis, je dirais à Buck que je vais voir certains de mes camarades de la fac et qu'on va se faire un atelier ou tout du moins une expo, enfin je trouverais une excuse pour la soirée. Je relève les yeux vers lui et lui glisse un léger sourire.
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Jeu 10 Déc - 17:00


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Le pauvre. Il est pâle, presque bleuté, et je sens qu’il a du mal à respirer. Mais comment, comment on peut prendre son pied à faire ça à quelqu’un ? Et quelqu’un qu’on est censé aimer en plus ? Surtout en voyant Steve, qui est tout frêle, tout délicat, comme fait de porcelaine, ou une de ces sculptures précieuses en ivoire de la Renaissance… Comment peut-on oser lever la main sur lui, alors que j’aurais même peur de le prendre dans mes bras, de leur de le casser. Je comprends pas. Je comprends pas comment on peut y éprouver du plaisir. Et il fait ça pour quoi, se prouver qu’il a une paire de couilles en jouant au mâle dominant sur une petite créature qui doit faire la moitié de son poids et deux têtes de moins que lui ? Plus je le regarde et plus je me dis que si je le croise, plus grand que moi ou pas, je me gênerai pas pour lui dire le fond de ma pensée. Enfin… uniquement si je sais que Steve ne risquera rien suite à ça.

Je lui apporte du thé, et tente de calmer mon esprit et ma rage en contemplant le nouveau tableau qu’il m’a apporté. Il est vraiment magnifique. Et instantatément, il émane de sa toile un calme et une douceur qui tranchement avec ce que je vois de lui, avec ce que j’ai ressenti il y a encore une seconde. Elle m’apaise, et je perds un peu dans sa contemplation, mon regard se promenant de haut en bas, balayant l’ensemble, glissant sur un détail, appréciant le mouvement d’un coup de pinceau hardi, la délicatesse d’un aplat, le travail sur une ombre. Il a un sacré talent. Vraiment. Ca en est même impressionnant. Quelques secondes passent, peut-être une minute ou deux avant qu’un coup de klaxon donné dans la rue me fasse sursauter. Je reviens à moi, à lui, aux affaires et je le félicite tout en envoyant une photo de sa toile à mon meilleur client.

Intérieurement j’hésite. Je voudrais l’aider, j’aimerais arriver à le sortir de tout ça, une parce que c’est un artiste exceptionnel mais aussi parce qu’il a l’air d’être quelqu’un de bien, tout simplement. Quelqu’un qui ne mérite clairement pas ça. Je cogite tout en donnant l’impression d’examiner une dernière fois le tableau, avant de lui proposer une sortie. Bien sûr c’est pour lui changer les idées, mais je mentirai en disant que je n’ai pas autre chose derrière la tête. Je compte ramener Tasha, et j’aimerais qu’elle puisse parler seule à seule avec lui. Parce qu’elle sait. Parce qu’elle a vécu la même chose. Je souris quand il accepte, et hoche la tête en posant ma main le plus doucement possible sur son épaule.

Super ! Tu verras ça va être sympa. Et ça te changera sûrement les idées après toutes tes emmerdes de ces derniers jours !

Je me retiens de dire ‘’changer les idées de ton mec qui te tape dessus’’ mais bon. Finalement je lui dis que je lui enverrai l’adresse, et je reste près de lui au cas où quand il se relève et s’habille. Une fois dehors, j’appelle un taxi et je paie d’avance la course.

Steve, je te laisse pas prendre le métro dans un tel état. Allez, pour me faire plaisir.

Il se laisse faire, finalement, et je le suis du regard alors qu’il s’éloigne dans le trafic de l’Upper.

Vendredi arrive rapidement, et j’ai pu mettre Clint, Tasha et Tony au courant. Tous sont ok pour m’aider, surtout Tasha, qui a reconnu directement les symptomes et les signes quand je lui en ai parlé. Et on a déjà convenu qu’à un moment on irait avec les garçons se griller une cigarette dehors, pour les laisser tous les deux et qu’elle ait l’opportunité de lui parler. Seule à seul. Alors oui j’ai honte de me dire que je lui prépare un foutu traquenard mais je ne peux pas rester les bras croisés. Et tant pis s’il me déteste après ça, où s’il ne veut plus faire affaire avec moi…

J’ai une chemise et un jean, des baskets en cuir qui font décontracté sans donner l’impression de sortir d’un clip de Jay-Z et je commande une bière avec Clint avant qu’on retrouve Tasha à table, qui est arrivée un peu avant nous avec Tony. Il est allé la prendre en sortant du magasin Apple où il bosse, alors que j’ai rejoint Clint en chemin. On papote de tout et de rien quand la porte s’ouvre une nouvelle fois et que je vois la silhouette fine et fragile de Steve. Encore engoncé dans son immense écharpe… Pendant une seconde j’échange un regard avec Tasha, qui veut tout dire, et je me lève pour lui faire signe. Il sourit en me voyant et je le présente alors qu’il s’approche de nous tous.

Steve, voilà la bande. Tasha la tigresse, et son mec Clint, le justicier de Brooklyn. Tony le génie de chez Apple. Les autres voici Steve, un des artistes les plus talentueux que j’ai dégotés ces dernières années. Greg s’arrache ses toiles. Il exige que je l’appelle en priorité et que je ne montre ses toiles à personne d’autre tant que lui ne les a pas vues.

Je ris doucement en voyant que Steve pique un fard avant de saluer tout le monde, et je me pousse pour qu’il vienne s’installer à côté de moi. Les conversations reprennent tranquillement et je me penche un peu vers Steve, lui donnant un léger coup de coude pour qu’il regarde le message sur mon portable.

‘’Je veux cette toile. Ok pour 1000 dollars. Et comme convenu, à la prochaine, je suis le premier prévenu. Greg’’.

J’ai un sourire de sale gosse alors que je regarde l’expression de son visage.

Pas mal hein ? Tu en dis quoi ?


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Jeu 21 Jan - 0:00


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J'accepte sa proposition et déjà, je sens une boule se former dans ma gorge à la simple idée de devoir expliquer à Buck que vendredi je ne pourrais pas être avec lui toute la soirée. Je me mords l'intérieur de la joue, sentant déjà mon estomac se nouer à cette simple idée. Je vais devoir lui mentir… Je vais devoir lui dire que je vais à une expo ou quoi, simplement pour être sûr qu'il ne veuille pas absolument venir avec moi ou quoi… Et alors que je me dis ça, je n'arrête pas de me dire qu'il va peut-être avoir besoin de moi ce soir-là, qu'il va peut-être faire une autre crise ou quoi et qu'il va m'appeler en me disant que je l'ai abandonné et que je ne l'aime pas. Et ensuite… Ensuite, il se vengera… Je frissonne quelque peu à cette simple idée, fixant le sol à mes pieds. Je n'aurais pas dû accepter, non… J'aurais dû prétendre que j'étais occupé ou quoi… Maintenant… Maintenant je vais être obligé d'y aller et de laisser Bucky tout seul et…. La main de Sam se pose sur mon épaule et c'est plus le contact que la douceur de son geste qui me surprends. Je lève les yeux vers lui et croise son regard en ayant un léger sourire. Parce qu'il parle de me changer les idées, parce qu'il semble vraiment heureux que je vienne manger avec lui et ses potes ce vendredi. Mon sourire se fait plus timide tandis que presque gêné, le rouge aux joues je détourne le regard.

"Ouais ça sera super en effet…"


À être ainsi… Il me rappelle presque Bucky au début de notre relation. Il avait le même sourire, la même envie de me faire sortir le nez de mes carnets de croquis et de mon appartement… Lui aussi voulait me faire rencontrer des potes avant qu'on finisse par terminer tout les deux dans une chambre, à boire des bières tout les deux et à échanger quelques baisers timides, puis plus fiévreux. Mais je me fais surement des idées. C'est Sam… Il fait juste ça pour… Pour je ne sais pas quelle raison mais je suis sûr qu'il en a une bonne. Presque nerveux et le souffle toujours aussi court, je finis par m'excuser, sentant la douleur au niveau de mes côtes se réveiller quand je me lève. Il me regarde chanceler avant de proposer de me payer la course en taxi jusqu'à mon appartement.

"Non… Je… Ça me gêne… Je vais prendre le métro… J'ai l'habitude…"


Sauf qu'il insiste. Il insiste jusqu'à ce que je me retrouve dans la rue, face à la porte ouverte du véhicule. Je tente de refuser une fois de plus son offre avant de céder face à son sourire et face à la fatigue. Je me ferais pardonner d'une façon ou d'une autre… Je lui dirais bien que je pourrais payer le restaurant vendredi, mais même avec les toiles que j'ai vendu… Je ne pourrais pas… Je dois encore payer une partie de nos factures, plus le médecin, et y'a aussi les frais médicaux de Bucky… J'esquisse un sourire presque triste avant de le remercier.

"Merci Sam…Je… Vraiment… C'est gentil de ta part… Je… Je me rachèterais à l'occasion…"

Je m'engouffre dans le taxi et donne mon adresse au chauffeur, une main sur mon flanc douloureux. Je ferme les yeux et tente de calmer mon souffle, sous le regard du conducteur qui me demande plusieurs fois si je vais bien. Je force un sourire avant de murmurer doucement.

"Ça va… Mais si vous pouviez faire un crochet par l'hôpital, je ne serais pas contre."

*

Je rentre après une bonne heure passé aux urgences, à tenter de convaincre une infirmière que oui, je me suis fais ça en tombant dans la douche. Je laisse mes clés terminer sur la table de la cuisine tandis que je me traîne difficilement jusqu'à notre chambre, y découvrant Buck qui lit, allongé au milieu de nos draps encore froissés. Il ne lève pas les yeux de son bouquin, attendant que je vienne m'allonger à côté de lui, presque timidement pour prendre la parole.

"T'en as mis du temps Steve… Qu'est-ce qui t'es arrivé ?

- J'ai dû passer à l'hôpital sur le chemin du retour… J'avais trop mal…"

Il referme son livre et le dépose par terre avant de venir me prendre dans ses bras, glissant une main dans mes cheveux. Je frissonne et ferme les yeux, mes doigts jouant nerveusement avec son t-shirt. Je m'attends à ce qu'il me gronde ou qu'il me dise une fois de plus que j'aurais dû faire plus attention… Mais non… Il se contente de caresser tendrement ma nuque avant de me demander d'une voix douce.

"Et c'est grave ?

- Non… Juste une côté fêlée… C'est rien… Ils m'ont fait un bandage et j'ai des anti-douleurs pour une petite semaine…
- Tu les prendras… Hein ?"

J'ai un léger sourire en sentant le baiser qu'il dépose dans mes cheveux. Bon sang, ça pourrait toujours être comme ça… On pourrait redevenir comme ça… Ça ne pourrait être que tendresse et amour, et pas coups et blessures… Et je sais que ça arrivera… Je dois juste lui laisser le temps d'aller mieux… Il doit guérir. Je dois juste être fort pour deux le temps qu'il aille mieux. Je caresse doucement son torse au travers de son t-shirt, me glissant un peu plus contre lui.

"Promis…
- Bien… Et du coup en attendant… Pas de folies de notre corps…"

Je ris doucement avec lui, rouvrant les yeux pour croiser son regard.

"Eh non… On va devoir devenir des moines."


Son bras entoure mes frêles épaules et sentant qu'il va bien, je me décide à lui parler de cette fameuse sortie de vendredi.

"Buck ? Heum… Ce vendredi… J'ai une expo… Du coup, comme je sais que tu n'aimes pas ça… J'irais et ensuite… Je rentrerais pour te retrouver et là… On pourra faire ce que tu veux…"

Nerveux, je trace des cercles sur sa peau, attendant de voir comment il va le prendre… Et étrangement… Ça va. Ses doigts arrêtent de caresser ma peau et j'entends un simple soupir de sa part.

"Tu rentres avant 23h ?
- Promis… Et à mon retour… Je suis tout à toi… Et je ne te quitte plus…"

Je viens déposer un baiser dans son cou, ayant un sourire plus timide que le sien quand il me dit :

"J'accepte de te laisser à tes potes pour quelques heures si après… Je t'ai pour moi toute la nuit…
- Tout à toi…"

Il me fait rouler sur le dos, venant se glisser au-dessus de moi pour m'embrasser… Et alors que je sens mes jambes remonter le long de ses hanches, je me dis que ces petits moments que nous avons valent toutes ses crises. Finalement, prendre quelques coups pour revenir à cette tranquillité et cette tendresse, ce n'est pas grand chose.

*

Le souffle court, je remonte rapidement les escaliers de la bouche de métro, ne cessant de regarder l'écran de mon téléphone. Bordel, bordel… J'arrive à être en retard… Tout ça parce que j'ai traîné sous la douche… C'est la dernière fois que je demande à Buck de m'aider à me faire mon pansement… Parce que ça c'est terminé avec des morsures dans le cou et ma joue contre le carrelage de la douche. J'arrive finalement devant le restaurant et ressers une dernière fois mon écharpe avant d'en passer la porte, cherchant Sam du regard. Je finis par le trouver, et timidement je m'approche, considérant du regard ses trois amis qu'il me présente. Un sourire tout gêné se dessine sur mes lèvres et je salue un à un ses amis, rougissant jusqu'aux oreilles quand il me présente d'une façon bien trop élogieuse à mon goût.

"Enchanté tout le monde…"

Presque mal à l'aise, je n'ose pas croiser leurs regards, jusqu'au ce que Sam me dise de venir s'assoir à ses côtés. Je dépose mon sac à mes pieds avant de me débarrasser de ma veste, gardant tout de même mon pull et mon écharpe. Les conversations reprennent et je me contente de les écouter, sans vraiment y participer ou simplement en répondant quand on me demande mon avis. Sam attire mon attention d'un léger coup de coude et je le regarde sans comprendre jusqu'à finalement regarder son téléphone. Et ce que j'y lis me laisse sans voix. Ma main vient couvrir ma bouche tandis que j'entrouvre les lèvres, n'arrivant pas à croire ce que je lis. Mille dollars. Quelqu'un veut acheter l'une de mes toiles à ce prix là. Quelqu'un estime mon travail à ce prix là… C'est… C'est juste impensable et pourtant. J'ai un sourire avant de relever les yeux vers Sam, ayant du mal à faire du tri dans mes pensées.

"C'est… Wow… J'arrive pas à y croire… C'est dingue… Et… C'est juste génial… Merci Sam…. Vraiment…"

J'ai un léger rire tandis que tout le monde me félicite, ne cessant d'appuyer le fait que Sam avait raison en me disant que j'étais talentueux… Je me détends un peu, me disant qu'au fond, c'est aussi sympa de rencontrer de nouvelles personnes et de simplement passe un bon moment. Ce que je fais en compagnie de Sam jusqu'au moment où lui, Tony et Clint décrètent qu'il est temps de fumer une cigarette. Ils filent sans rien dire de plus et me laissent avec Natasha, dont je n'ose croiser le regard. Tout mal à l'aise je lui glisse un sourire avant de commencer à jouer nerveusement avec mon écharpe, n'arrivant qu'à combler le silence avec une banalité presque affligeante.

"Je pensais pas que Sam fumait… Du coup… On se retrouve tout les deux…"

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Jeu 28 Jan - 21:37


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La thérapie de choc mais honnêtement, je ne sais pas comment faire autrement. Comment l'aider. Il a déjà tenter d'esquiver mes questions quand je l'ai récupéré dans des états pas possibles à la galerie, et encore, on ne peut vraiment pas dire que je l'ai vu souvent... Je n'ose même pas imaginer depuis combien de temps ça dure et tout ce que cette espèce de brute épaisse a pu lui faire. Sincèrement, j'y ai souvent pensé ces derniers jours, à ce qu'il pouvait vivre, et éprouver. Mentir à tout le monde à propos de ce qui lui est arrivé. Vivre avec la peur au ventre que l'autre ne lui en décroche une... sincèrement... pour moi ce type ne mérite pas le titre d'être humain. Et heureusement que j'en ai parlé avec Tasha avant de voir Steve, parce que j'aurais juste réussi à le braquer. Elle est passée par là et elle connait les mécanismes de défense qu'on met en place dans ces cas-là. Le fait qu'on se sente coupable. Qu'on l'a mérité. La honte aussi... Il vaut mieux que ce soit elle qui l'approche. Qui lui en parle. Elle saura trouver les mots. Pas moi. Et me connaissant je risque juste de faire une connerie... Ce que je veux éviter à tout prix...

Du coup le ''traquenard'' du restau est la meilleure idée qui m'est venue et heureusement j'ai les meilleurs amis du monde qui m'ont aidé à monter tout ça. Surtout que bon, se retrouver autour d'un dîner chez Freddy's est pas ce qui a de plus désagréable. On sauve un innocent en s'en mettant plein la panse. Bref, on discute de tout et de rien jusqu'au moment où il arrive et je fais les présentations. Mon petit artiste est fidèle à lui-même, enroulé dans une écharpe, le sourire timide, osant à peine ouvrir la bouche. Il reste un peu dans son coin et heureusement j'ai la bonne nouvelle du jour qui va l'aider à se dérider un peu. Mon client préféré qui a accepté d'acheter sa nouvelle toile, et plus cher que les précédentes. Je lui montre le texto et me retiens de rire en le voyant aussi chamboulé. Je le pousse gentiment de l'épaule.

Eh, me remercie pas. C'est toi qui a fait tout le travail! Moi j'ai seulement passé quelques coups de fils, et mis en relation l'acheteur et l'artiste! C'est pas dingue Steve, t'as du talent. Vraiment! Te sous-estime pas!

Et bien sûr j'avais raison quand je disais qu'apprendre qu'il venait d'empocher mille dollars ça remonte le moral. Voilà mon petit moineau qui sourit plus franchement, qui rit à nos blagues, qui ose parler un peu plus... qui a tout simplement l'air d'être content de sa présence parmi nous... Loin de cette brute. Au moins là il n'a pas à avoir peur. Au moins là il ne craint rien. On est juste des amis qui souhaitons le connaître un peu mieux, et l'aider surtout... Puis on lance le code de notre mission secrète, à savoir aller fumer dehors, pour laisser Steve et Tasha tout seuls. On attrape nos manteaux et on se glisse hors de la banquette. Clint dépose un baiser dans les cheveux de Tasha et Tony, pour rire, demande à Steve s'il veut la même chose pour pas se sentir trop seul. On rit comme des idiots et je jette un dernier regard à Steve qui rit encore, alors qu'on sort du pub.

**__**

La jeune femme caresse doucement le visage de Clint alors qu'il se recule et elle suit les garçons du regard avant de se retourner vers Steve avec un sourire, sirotant une gorgée de bière.

Ils sont pas croyables... Trois gentils garçons sages quand on les voit comme ça, le genre parfaits sur les photos, avec des jobs, qui paient leurs impôts... qui me donnent parfois l'impression que je suis leur institutrice. Ou une nounou... J'en aurais quelques belles à te raconter sur les conneries qu'ils ont faites. Ou que je les ai empêchés de faire depuis le temps... Du gros dossier...

Elle rit doucement, glissant une mèche de cheveux derrière son oreille avant de se rapprocher un peu de Steve et poser doucement sa main fine sur le poignet du peintre.

Steve... on sait tous les deux... pourquoi tu as une écharpe alors que tout le monde est en t-shirt ou en bras de chemise ici... Je... J'en portais une aussi... Tout le temps. Et... je me suis ruinée en fond de teint pour couvrir mes bleus et mes marques... D'ailleurs le meilleur, c'est le Kat von D. Trêve de conneries mais... Steve... j'ai rencontré Clint parce qu'il était le flic qui m'a récupérée après que mon ex m'ait tapé dessus si fort qu'il m'a fait une commotion cérébrale. Et c'était pas la première fois qu'il levait la main sur moi. Steve... je sais que j'ai rien à te dire et qu'on se connaît pas mais... Dis-toi juste que... si tu as besoin de parler de ce qui t'arrive... s'il te plaît, hésite pas. Moi je peux te comprendre parce que je suis passée par là. Mais surtout... surtout... T'es pas tout seul ok? T'es pas tout seul...


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Dim 31 Jan - 11:57


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Sam passe la porte et après avoir réussis à passer pour un parfait crétin auprès de Natasha, je dois avouer que l'envie de m'esquiver pour aller me réfugier dans les toilettes  semble terriblement tentante.  Je n'aurais qu'à lui glisser un sourire et simplement aller m'y cacher le temps de deux petites minutes… Là je n'aurais pas à subir son regard et le silence gênant qui semble s'installer entre nous. Je sais que je devrais faire la conversation, enchaîner les banalités vides de sens jusqu'au retour de Sam et des deux autres mais non, je reste silencieux, à fixer la nappe, jouant nerveusement avec mon écharpe. Qu'est-ce qui me prends ? Je devrais être capable de lui parler, elle ne va pas me croquer ou se foutre de moi… C'est une amie de Sam… Alors pourquoi je reste ainsi ? Comme si j'avais honte, comme si j'étais subitement devenu une pauvre petite chose qui a peur de dire quoi que ce soit… Je déglutis difficilement alors que les secondes s'écoulent et que pourtant, je garde la tête basse, attendant le retour de Sam. J'aurais dû rester à l'appartement, avec Bucky… On se serait peut-être engueulés ou quoi… Mais au moins, j'aurais eu vaguement l'impression d'être à ma place. Là… J'ai presque envie que Bucky m'appelle pour me dire que je dois d'urgence rentrer à l'appartement, simplement pour avoir une excuse. Je prends une grande inspiration, essayant de me calmer. Allez, c'est rien… C'est l'affaire d'une cigarette… Après Sam sera de retour et ça semblera plus naturel… Peut-être qu'elle dira aux autres que je suis bizarre ou pas du genre bavard… Peut-être qu'elle ne dira rien… Qu'en sais-je ? Du coin de l'oeil je la vois se tourner vers moi, sirotant tranquillement une gorgée de bière. Mon regard croise le sien et je ne peux qu'avoir un sourire quand je l'entends me raconter des petites choses sur eux. C'est sympa, ce qu'elle tente de faire… De me mettre à l'aise et de faire la conversation. Je me détends un peu et ose tremper mes lèvres dans mon verre d'eau glacée, lui glissant un simple sourire alors qu'elle ose un rire fort agréable. Mon verre retrouve la table et alors qu'elle replace du bout des doigts une de ses mèches de cheveux, sa main vient chercher la mienne dans un geste étrangement familier qui me surprends. Je viens de croiser son regard, m'apprêtant à lui demander ce qui se passe quand elle commence à parler de mon écharpe et de la raison pour laquelle je la porte. Toute trace de sang quitte mon visage et au fil de ses mots, j'ai de plus en plus le tournis. Elle sait. Enfin du moins, elle croit savoir ce qui se passe avec Buck. Elle pense qu'il me cogne pour le plaisir. Et elle pense connaitre ma situation… Elle pense avoir vécu la même chose. Je retire vivement ma main, comme si je m'étais brûlé. Non. Ce n'est pas ce qu'elle pense. Buck ne fait pas ça parce qu'il ne m'aime pas…. Il le fait parce qu'il ne va pas bien. Si il allait bien jamais il ne ferait ça… Il m'aime. Il m'aime vraiment. Il m'a toujours aimé. Il ne veut pas me faire du mal, il veut juste me garder avec lui, il veut se rassurer… Et les bleus… Les bleus c'est rien. C'est parce qu'il ne veut pas, parce qu'il ne se rend pas compte… Il ne veut pas me faire du mal, je le connais… Je l'aime depuis des années, je sais qu'il est incapable de me faire du mal volontairement… C'est son trauma, les médicaments et tout le reste qui produisent tout ça. Je me raidis sur ma chaise, soutenant son regard alors que je sens quelque chose d'étrange me dévorer les entrailles. Quelque chose qui est un mélange de colère et de peur qui me murmure de me tirer vite fait. Parce qu'elle raconte n'importe quoi. Je ne suis pas comme elle. Je ne suis pas une chose fragile qu'on doit sauver ou qui se fait cogner. Je ne suis pas faible. Au contraire, je suis courageux, j'aide Buck à passer ça, je le soutiens parce que je l'aime. Il ne me frappe pas juste pour son bon plaisir. Mes doigts se crispent sur mon jean et je crois que je craque au moment où elle me dit que je ne suis pas tout seul. Étrangement froissé et en colère je me relève, récupérant rapidement mon sac.

"Je… Je pense qu'on ne se connait pas assez pour que tu puisses te permettre de penser me connaître. Je porte des écharpes si je veux et quand je veux. Quant à ce qui se passe dans mon couple, ça ne regarde que moi et mon mec, sur ce… Tu diras à Sam que j'avais mieux à faire ce soir."

Je passe mon sac sur mon épaule et sans un regard en arrière, je quitte le restaurant, poussant les doubles-portes pour sentir l'air frais de ce début de soirée fouetter mon visage. Je ne cherche pas Sam ou ses potes du regard, me dirigeant simplement vers la station de métro la plus proche. Je descends les marches, attrapant mon téléphone pour prévenir Buck que finalement je rentre plus tôt. J'arrive pas à y croire… Je…. Je pensais que ce serait juste un repas… Pas un espèce de piège pour me laisser avec elle et qu'elle commence à me faire croire qu'elle a vécu la même chose… Je m'engouffre dans la rame, sentant mon coeur cogner violemment contre ma poitrine. Je n'arrive pas à croire que Sam ait osé me faire ça… Je finis par arriver et alors que je passe la porte de l'appartement, la colère laisse place à une certaine déception. Je pensais que Sam était un type sympa avec qui… On aurait pu être amis… Mais là… Je ne sais pas… Je dépose mes clés dans l'entrée et y laisse aussi mon sac, trouvant Buck dans la cuisine, en jogging à préparer son fameux sandwich-zilla. Il me glisse un sourire alors que je m'approche, venant réclamer silencieusement un câlin. Ses bras se referment autour de mon et j'enfouis mon visage dans son torse tandis qu'il dépose un baiser dans mes cheveux.

"Tu m'expliques ?
- 'Me suis fâché avec mes potes…
- Ça te ressemble pas Stevie…"

Je pousse un soupir, la gorge nouée. Je ne peux pas lui dire que j'étais au restaurant avec Sam et que Natasha, la petite amie de son pote Clint a tenté de me faire la leçon à propos de notre couple et de l'air de rien sous-entendre que Buck me cogne pour le plaisir. Non si je lui avoue ça… Il va entrer dans une rage sans nom et… J'ai pas envie de ça ce soir. Ce soir j'ai envie que ça se passe bien et qu'il aille bien. Je renifle doucement, jouant nerveusement avec son t-shirt.

"C'est pour un truc à la con… C'est rien… C'est juste que ce soir, j'ai plus envie de les voir, j'ai envie d'être avec toi."

Je perçois un léger sourire de sa part alors qu'il vient glisser sa main sous mon menton, me forçant à le regarder.

"Donc, si je comprends bien, tu ne veux être avec moi uniquement lorsque tu te fâches avec tes amis ?"

Je me raidis, me rendant compte de mon erreur. Oh non. Oh non, je ne pensais pas qu'il allait mal le prendre… Je pensais que ça lui ferait plaisir de m'entendre lui dire que je ne veux être qu'avec lui…. Mon souffle commence déjà à se faire plus court et alors que je te tente de me rattraper, je sens ses doigts caresser ma joue.

"Shh… De toute façon, depuis le temps tu devrais savoir que tu ne devrais être qu'avec moi… Le reste du monde est incapable de te supporter Stevie… Tu as si mauvais caractère… Je suis le seul à être capable de t'aimer et de te supporter…. Le seul…"

Mon regard se perd dans le sien alors qu'il vient délicatement déposer un baiser sur mes lèvres, me gardant tout contre lui. Je n'aime pas quand il dit ça… Quand il est comme ça… Je lui rends son baiser, avant de frissonner quand ses lèvres viennent doucement effleurer le lobe de mon oreille.

"Tu es à moi Steve… Tout à moi, parce que je suis le seul à vouloir de toi…"

Je ferme les yeux et sens mon coeur se serrer alors que doucement il me fait reculer contre la table de la cuisine, défaisant déjà mon écharpe et mon jean avant de me faire assoir sur celle-ci. Je n'ai pas envie de ça ce soir, je… Je voulais juste qu'il me garde tout contre lui et qu'on passe une soirée tranquille tout les deux… Mais non, à la place je ferme les yeux, le laissant remonter mon t-shirt jusqu'à mon cou alors qu'il embrasse doucement les lettres gravées dans ma chair.

*

Un bon mois passe tranquillement sans que je ne revois Sam ou ses amis. Un mois où je préfère me tenir à l'écart, tant toujours du mal à avaler cette soirée au restaurant. Un mois où je réponds rapidement aux messages que Sam me laisse parfois sur mon portable, pour simplement me demander si tout va bien ou quoi… Mais surtout, un mois où rien n'est rose avec Buck. Je pousse un soupir alors que j'essuie mon pinceau, fixant du regard les photos de nous deux qui trainent dans mon atelier. Je regarde son sourire alors qu'il est face à l'océan, sa cigarette au bout des doigts… Je croise son regard et je me dis que je donnerais tout pour retourner à cette époque où tout était plus simple… Où Buck était juste heureux de me trouver dans ses bras tout les matins, où il était celui qui était toujours en train de m'attraper par la main pour me dire "Eh viens Stevie, viens… J'ai trouvé un truc, ça devrait te plaire…" Je baisse les yeux et range mon pinceau, poussant un long, long soupir. Il reviendra. Il redeviendra comme ça… Un jour, quand il ira mieux, quand les médicaments auront tués ce qui ronge son être… Là il redeviendra comme avant et tout ira mieux… Je dois juste, être patient et courageux, pour deux.

"C'est déprimant à souhait Steve. Sérieux."

Je sursaute en l'entendant, me retournant pour le découvrir sur le pas de la porte de mon atelier, une tasse de café à la main. Je me détends et baisse presque la tête, esquissant un léger sourire.

"Ce n'est pas terminé surtout….
- Ouais ben ne t'embêtes pas et ne la termine pas… Avance plutôt les autres qui traînent là-bas… Elles sont vachement mieux."

Il sirote une gorgée de café alors que je continue de fixer le sol.

"Mais… Je pense que….
- Tu penses pas Steve, ce truc se vendra jamais."

Il tourne les talons et me laisse avec cette toile qu'il déteste déjà. Je passe une main dans mes cheveux étant presque surpris de sentir mon portable vibrer. Je lis le message de Sam, souriant quelque peu. Il dit qu'il est impatient de voir ma nouvelle toile et que le chèque m'attend sagement dans son bureau. Je réponds que je peux passer le prendre dès aujourd'hui. Je n'attends pas sa réponse et m'habille, quittant l'appartement avec une écharpe plus légère et les doigts encore pleins de peinture. J'arrive à la galerie une petite heure plus tard, lui glissant un sourire de loin alors qu'il s'approche, presque timidement, comme si il s'en voulait pour l'autre soir. Je glisse mes mains dans mes poches et ose à peine croiser son regard.

"Salut Sam…"
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Lun 15 Fév - 23:00


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Je suis nerveux alors qu'avec les garçons on quitte la table pour filer vers notre fausse pause cigarette. Enfin, théoriquement, ça sera une vraie pause cigarette, vu qu'on fume tous les trois, mais si on avait pu choisir, elle serait pas forcément venue à ce moment précis. J'arrive à peine à me concentrer sur ce que les deux disent alors qu'on s'éloigne vers la porte du bar, essayant juste de faire illusion, donnant l'impression de les écouter, et me forçant à sourire. Tout doit sembler normal. Et je me retiens de lui jeter un dernier regard par-dessus mon épaule avant de sortir. J'espère que tout va bien se passer. Alors bien sûr je ne vois pas Steve s'en prendre à Tasha, ma Tasha, sous le coup de la colère, et qu'elle s'est portée volontaire pour intervenir, mais je n'ai pas envie que ce soit elle qui s'en prenne plein la tête si Steve réagit mal. Dehors c'est pareil, j'ai du mal à me concentrer sur ce qu'ils disent, et une fois ou deux ils sont obligés de m'appeler pour arriver à avoir mon attention. Dans ma tête j'imagine les cas de figure possibles. Steve qui se confierait à Tasha. Steve qui hurle que ce ne sont pas ses affaires. Steve qui... ouais, je n'ai vraiment aucune idée de ce qui se passe là-dedans. Enfin, jusqu'au moment où on pousse la porte et je vois simplement sa fine silhouette qui disparaît dans le trafic.

Notre cigarette terminée on rentre, et je m'assieds en face de Tasha, un petit sourire triste aux lèvres.

Il a pas aimé c'est ça?
Non,pas trop.
Et tu crois qu'on l'a perdu?
Tu sais, il y a toujours une phase de déni quand on est victime d'abus. Se dire que c'est pas vrai, que ce qu'on vit c'est pas pareil que les autres pour X ou Y raison. Là je suis allée frapper là-dedans. Dans le mur qu'il s'est construit pour se protéger. C'est normal de réagir comme ça.
Il va revenir?
Non. Pas sûr qu'il revienne tout court.
Oh.
Au moins il pourra pas se dire que tu as rien fait pour lui. Maintenant, même s'il est vexé, il sait qu'on est prêts à l'aider. Et toi surtout.
D'accord...


En attendant on continue notre petite soirée tous les quatre, mais pour moi le coeur y est moins. J'aimerais pas apprendre dans les journaux qu'un de mes petits artistes, avec qui je commençais tout juste à bosser, a été retrouvé mort, roué de coups... Mais bon. Et petit à petit j'arrive à me changer les idées grâce à leurs conneries. On se sépare tous devant le bar, et je sens que le câlin de Tasha est un peu plus long que d'habitude...

Sauf que les jours passent et rien. Le lendemain, je me contente de lui envoyer un simple texto, m'excusant pour hier, lui disant que je voulais simplement l'aider avant de lui dire que j'espère qu'il va bien, et qu'il est bien rentré. Il ne me répond que le lendemain, à peine quelques mots. Il est fâché. En vie mais fâché. Plus d'une fois je me demande si je devrais pas l'appeler, voir ça avec lui de vive voix, avant de me dire que...ce qui est fait est fait, et que s'il n'a plus envie de me parler, je ne vais pas le forcer à le faire. Histoire de pas aggraver les choses. Il a mon numéro, il sait où me trouver si besoin, et voilà. Je n'ai droit qu'à de brèves réponses aux messages qu'il m'envoie dans les semaines qui suivent, mais c'est toujours mieux que rien. Et puis la vie de la galerie suit son cours. Je vais à plusieurs vernissages et expositions de peintres amateurs, ramène quelques belles pièces, et arrive à recruter deux petites nanas très sympas et bourrées de talent dont j'expose deux toiles à la galerie. Par chance, les deux nouvelles intéressent quelques-uns de mes contacts, et j'arrive rapidement à leur trouver quelques acheteurs. Sans compter le travail avec mes artistes habituels, les vernissages à organiser chez nous, et les soirées officielles auxquelles je dois me rendre. Les jours filent, et je préviens enfin Steve que son acheteur favori est passé chercher sa dernière toile, et que son chèque l'attend à la galerie, avec la paperasse habituelle. Je lui propose même de passer un jour où je ne suis pas là, histoire qu'il n'ait pas à me croiser s'il n'en a pas envie. Mais non, il me dit qu'il sera là dans une petite heure. Eh beh... j'aurais imaginé qu'il me fuirait... tant mieux dans un sens, même si j'appréhende de le croiser à nouveau. Est-ce qu'il va me hurler dessus au beau milieu de la galerie? Faire comme si de rien n'était? Autre chose? Je n'en sais rien.

Je m'occupe et termine de trier de la paperasse et de passer quelques coups de fil quand je vois sa fine silhouette passer la porte. Je m'approche, sans trop savoir à quoi j'aurais droit et je me détends en le voyant sourire.

Salut Steve. Je... le chèque est là et les papiers sont prêts. Tu sais, tu n'es pas obligé de repasser ici à chaque fois. Je peux juste t'envoyer le tout par la poste pour... t'éviter de venir ici si t'en as pas envie...

Je m'approche du bureau et fais glisser une pochette de documents vers lui.

Ecoute je... j'ai jamais voulu... enfin je... ce que j'ai fait, c'était juste...parce que je pensais que t'avais besoin d'aide. Et je sais que j'avais aucun droit de le faire. Je suis désolé...

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Mer 14 Juin - 11:25


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Lachement, je fuis autant le regard que la compagnie de Sam, me faisant distant suite à l'autre soir et à cause des mots de Bucky, qui dans mon esprit résonnent encore trop puissamment pour être ignorés. Lâchement, je lui souris à peine et garde mes doigts tremblants dans mes poches alors que lui mal à l'aise, essaye de creuser un peu plus le fossé qui nous sépare, dans l'envie sûrement comme le dit si bien Bucky de se débarrasser de la personne désagréable que je suis. Lachement, je relève le nez vers lui et le supplie de mes prunelles sûrement rendues ternes par la fatigue de ne pas ainsi me repousser tandis que d'entre mes lèvres se glisse un mensonge qui fait se serrer douloureusement mon coeur.

"Non je préfère venir… Je ne fais pas confiance à mes voisins avec mon courrier…"

Je tente un sourire qui se révèle être faiblard alors qu'il fait glisser sur son bureau une pochette que je n'ose saisir. Il est préférable que je vienne en personne récupérer ce que j'ai gagné en vendant mes toiles, car en plus d'être les seules sorties que Buck m'autorise à faire, je crains que ce même homme dont je suis tombé un jour amoureux ne décide de récupérer mon argent pour le dépenser à des choses plus essentiels selon lui et non en fournitures onéreuses qui me permettent pourtant de peindre les tableaux qui nous permettent de manger à notre faim pour le mois. De justesse, je me retiens de lui avouer que j'ai besoin de venir le voir, histoire d'entendre enfin quelqu'un me dire que j'ai du talent et que j'ai raison de m'accrocher à mes pinceaux et crayons et de ne pas simplement tomber dans la facilité qu'est l'abandon. J'ai besoin de venir trouver à ses côtés le soutien et le réconfort que Bucky n'est plus capable de m'offrir depuis son retour. J'ai besoin de tout ça et à l'entendre simplement évoquer l'éventualité de ne plus nous voir à cause d'une maladresse que j'ai depuis oublié, fait se serre mon coeur d'une manière plus douloureuse encore que les coups que Buck a pu me porter jusque-là.

"Sam ce…. Ce n'est rien. Je… Je crois comprendre que tu t'inquiètes pour moi…" Je lui offre un pâle sourire avant de remonter sur mon nez mes lunettes à écailles. "Et j'apprécie. Vraiment c'est juste… J'ai mal réagis. J'aurais pas dû fuir ainsi… Je… Je peux pas me permettre de faire ça…. Bucky…. Il a raison quand…." Je m'étrangle à moitié sur mes propres mots et après avoir passé rapidement mes doigts dans mes cheveux, je renifle simplement avant de reprendre mes esprits pour lui sourire. "Enfin, j'aurais juste pas dû disparaitre ainsi et être aussi froid au téléphone. Je suis désolé… Je crois juste que… Enfin que j'ai été con… Et j'aurais pas dû…."

Je ne sais pas ce que j'aurais dû faire ou non, et plus j'y pense, plus je doute de ce que j'aurais pû faire pour ne pas ainsi me retrouver dans une telle situation, à constater et confirmer les dires de l'homme qui m'attend dans notre minuscule appartement. Mes dents trouvent ma lèvre anémiée en réponse aux doutes qui dans mon esprit font naître des craintes qui se parent de la voix de Bucky afin de mieux me faire trembler face à Sam.

"Lui aussi en aura marre de toi, Steve." disent-elles.

"Tes toiles ne se vendront pas bien longtemps, personne n'aime les choses déprimantes dans ton genre, Steve." répètent-elles.

"Tu n'as aucun talent."
dit-il.

Le noeud dans ma gorge se fait difficile à ignorer et finalement, après de longues minutes de silence, je parviens à reprendre d'une voix faible et peu assuré.

"Je vais bien, je le jure. Je… Avec Bucky…  C'est…. " Dur. Horrible. De moins en moins vivable. J'ai envie d'hurler à l'aide. J'ai besoin qu'on me tende la main. J'ai besoin d'entendre que ce n'est pas de ma faute, que je ne suis pas un horrible être humain qui mérite de se voir maltraité. J'ai besoin qu'on me dise qu'il n'est pas normal que sur ma peau fleurisse des bleus et que mes sourires se fanent. J'ai besoin de lui. Besoin de quelqu'un, d'un refuge où je peux trouver une paix de l'esprit qui m'est aujourd'hui interdite même au sein de mon atelier. J'ai besoin qu'on observe mon travail et qu'on veuille mon bien. J'ai envie d'être égoïste cinq minutes avec quelqu'un et qu'on m'accorde quelques instants où j'ai le droit de me plaindre et de pleurer en disant que je ne mérite pas tout ça. "Un peu compliqué."

Ma propre lâcheté fait monter mon coeur au bord de mes lèvres. Je baisse les yeux et maltraite à nouveau ma lèvres de mes dents avant de reprendre.

"Il… Enfin il lui est arrivé des trucs et je… Enfin… Je devrais faire plus d'efforts pour lui et c'est juste… Je passe sûrement trop de temps devant des toiles qui en vaillent pas la peine alors ça le rend triste et je comprends…" Un rire amer se meurt au bout de mes lèvres. "Je perds mon temps à dessiner plutôt qu'à l'aider et… C'est ma faute. C'est ma faute si je me fais mal…. Si je lui fais mal…"

Je m'essuie rapidement le coin des yeux avant d'esquisser un sourire bien triste.

"Pardon, je…. Ça te regarde pas et ça t'intéresse sûrement pas… Désolé, je suis juste épuisé. J'ai peins toute la nuit et… Je dis n'importe quoi. Je suis désolé. Je vais juste prendre mon chèque et disparaître. Je… Je te dirais quand j'aurais une nouvelle toile…."


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Mer 14 Juin - 19:13


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Pendant les jours qui ont suivi la catastrophe du restau, je pense souvent à lui, bien évidemment. Est-ce cette mauvaise passe entre lui et son mec est passée? Est-ce qu'ils ont réussi à régler leurs soucis? Est-ce que l'autre est arrivé à remettre de l'ordre dans sa vie et s'est rendu compte de ce qu'il faisait subir à Steve? Qu'il regrette? Je l'espère. Vraiment. Plus d'une fois je l'ai imaginé le nez en sang ou la lèvre défoncée sanglotant dans un coin. Plus d'une fois j'ai imaginé le pire, et que j'apprendrais un jour qu'il est mort dans la rubrique "Faits divers sordides''. Et je me suis aussi demandé pourquoi je m'inquiétais tellement. Peut-être parce que je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui avait autant besoin d'aide? Que j'ai senti autant en danger? Peut-être. Que parce que je l'ai signé et que j'ai accepté de vendre ses toiles et aussi de le représenter je me sens en quelque sorte responsable de lui? Sûrement. Je ne suis pas le genre de galieriste qui se contente d'aller récupérer une toile, de la vendre et de toucher sa comm, non. Pour moi chacun des artistes que je promeut est un ami, ou au moins un copain. On mange ensemble, on discute, on apprend à se connaître pour la bonne et simple raison que mieux je les connais, mieux je comprends leurs oeuvres, et mieux je suis capable de les vendre. Je peux vraiment exprimer les intentions de l'artiste, ce qu'il a pensé au moment de la création, la pulsion qui l'a habité et ça c'est important. Parce que je vends de l'art, et pas des canapés ou des lampes, et les oeuvres sont plus que de simples objets. J'essaie de nouer un lien avec chacun d'entre eux, et d'apparaître un peu comme leur grand frère, ou leur protecteur... Et puis bon, soyons honnêtes... quand on voit Steve, on ne peut pas s'empêcher d'avoir envie de le serrer très fort pour pas qu'il s'enfuie, et de vouloir faire revenir un sourire sur son joli minois...

C'est pour ça que j'ai du mal à comprendre pourquoi il continue ce jeu, cette sorte de roulette russe à laquelle il joue avec son mec, sauf qu'au lieu d'appuyer sur la détente, c'est seulement sur la poignée de sa porte d'entrée qu'il pose la main. Mais que ça risque tout autant de lui péter à la gueule. Et si Clint me dit qu'il ne peut rien faire tant que Steve ne parlera pas... je ne peux rien pour lui. Les jours s'enchaînent pourtant rapidement, entre m'occuper de mes nouvelles artistes, vernissages, dîners et autres, et pourtant à chaque message de Steve c'est comme si je respirais un peu mieux en sentant qu'il est vivant... dans quel état, j'en sais rien mais vivant... C'est seulement quand j'ai vendu une nouvelle toile que je le revois enfin, toujours enroulé dans son immense écharpe qui le fait paraître si fragile, comme un petit bibelot en cristal qu'on admire de loin de peur de le toucher. Il s'approche et je vois qu'il est au moins entier et sur ses deux jambes, même si je ne sais pas ce qu'il y a sous ses vêtements. Il s'approche timidement et j'ai presque envie de lui tendre une chaise avant de l'emballer dans du papier bulle, et entame maladroitement la conversation avant de m'excuser. Je préfère être sincère, même si au fond de moi je m'en veux surtout parce que ça n'a pas marché...

Par chance il n'a pas l'air de m'en vouloir et je lui souris, un peu plus soulagé de voir que...ça va. Il commence même à bredouiller derrière ses lunettes, et je sens mon coeur se serrer en l'entendant être aussi perdu. Je viens un peu plus près de lui et réponds d'une voix douce.

Eh... je comprends que t'aies eu l'impression d'être pris au piège et j'ai...juste pas trouvé d'autre façon de faire. Mais si ça te dit on pourra remettre ça avec mes amis. En te promettant qu'on tentera plus rien et que ça sera juste une soirée tranquille entre copains à discuter de tout et de rien. D'accord? Allez t'excuse pas c'est rien. Vraiment rien Steve. Je suis content de te voir... je t'assure.

Mais il renifle un peu, déjà sur le point de pleurer. Mon pauvre petit... mais dans quel état tu es. Dans quel état il t'a mis ce salaud. Je me retiens de serrer les poings et de sortir lui casser la gueule. Mais comment on peut avoir l'idée de lui faire du mal? Comment est-ce qu'on peut penser à autre chose qu'à le prendre dans ses bras et à lui faire du thé? Et plus il continue, plus je sens qu'il me ment quand il me dit qu'il va bien. Tu as les yeux rouges, ta voix tressaute et tu tiens à peine debout. Et je sens à quel point il y a de trucs moches derrière ton "compliqué" qui a tellement de mal à quitter tes lèvres. Et plus les secondes passent, plus il a du mal à maintenir la façade du ''Tout va bien'' et mes tripes se nouent de plus en plus. Il se lance ensuite dans un discours qui sent tellement la leçon bien apprise et bien récitée que je serre les dents. C'est lui. C'est lui qui l'a détruit. Qui lui fait penser tout ça. Qui l'a réduit à cette petite chose fragile et qui l'a brisé. Et quand il parle de ses toiles et que j'entends son rire tellement triste je l'arrête.

Steve, stop. Je connais pas Bucky mais à propos d'art, je pense que je suis mieux placé que lui pour en parler, et si je te dis que t'as du talent, tu peux me croire. J'ai réussi à vendre toutes tes toiles, alors que j'en ai parfois gardé ici plus d'un an avant que quelqu'un s'y intéresse. Les gens aiment ce que tu fais, les ventes le prouvent! Et tu commences à pouvoir vivre de ton art! Tu trouves pas ça génial? Tous n'y arrivent pas Steve, je te le garantis. Moi je te dis que tu dois continuer, et plus que ça, que tu peux être fier de ce que tu as accompli!

J'attrape ses mains et secoue la tête quand je vois son sourire si triste qu'il donne envie de mourir, et les serre doucement.

Steve, t'as vu dans quel état tu es? Ouais t'es épuisé, t'es démoralisé et... et j'ai pas envie de te laisser comme ça. Ecoute si jamais tu veux passer une nuit ou deux chez moi, hésite pas. J'ai un grand appartement avec une chambre d'amis, c'est super calme et tu pourrais t'y reposer. Autant que tu veux. Et je... je te laisse y réfléchir, mais par contre là je t'emmène manger un morceau et reprendre des forces. Et ça c'est pas discutable d'accord? Laisse-moi juste prévenir ma mère.

Je lui souris et passe la tête dans le bureau, souriant à ma mère qui lève le nez de ses dossiers.

Je sors déjeuner dehors. Une urgence, je t'expliquerai.
Pas de souci mon chéri, mais une seule condition, un café de chez Alfredo.
Promis!


Je retourne vers lui, enfilant mon manteau et glissant doucement son bras sous le mien.

Allez viens y'a un super italien pas loin d'ici et t'as besoin de manger quelque chose de bon et de chaud. Et non n'est pas une réponse.

Je souris et sors de la galerie avec lui.

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