Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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Wild Horses

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Jeu 22 Déc - 21:17


We were young, wild and free
ft. Steve & Bucky


"Ce n'est pas ta gourmandise qui te perdra Buck, mais ton besoin sans cesse de jouer les jolis coeurs", disaient-ils, les mâles jaloux de la horde qui ne supportaient pas que d'un simple trot un peu relevé, je puisse faire soupirer d'envie toutes les femelles en âge de papillonner des cils pour moi. Je me souviens des autres avec qui j'ai échangé plus d'un coup de sabot par envie de les faire taire. Oui, je me souviens de tout ça et pourtant l'ignore alors que dans les bois, je chasse cette femelle aux cheveux d'or et à la robe pareille à du miel, qui suavement chantonne et siffle pour moi entre les branches des arbres. Le coeur gonflé par l'envie et le sang rendu bouillant à l'idée de pouvoir poser mes lèvres sur la peau sûrement délicieuse de celle qui me fait me glisser dans les sous-bois que ma horde évite, je saute par-dessus des troncs et galope. Elle, qui soupire doucement autant pour la mousse qui étouffe le bruit de mes sabots que pour moi, le jeune centaure envieux à l'échine frissonnante, qui ignorant les avertissements de son propre clan, s'enfonce dans le territoire des chasseurs. "Attrape-moi et je serais tienne." chante-t-elle entre deux gloussements adorables. "Fais-moi tienne et nous batifolerons dans l'herbe." semble-t-elle susurrer avec le vent. Les brindilles craquent sous mes sabots mais je ne m'arrête pas. Je pourchasse la belle à la peau de porcelaine, celle qui sans cesse me dit que je pourrais glisser dans ses cheveux plus que des fleurs, mais mes doigts aventureux. Elle qui porte le nom même de la tentation. Elle qui m'attire jusqu'à l'orée d'une clairière où l'herbe grasse est tendrement caressé par le vent. Je fais un pas pour elle, mais ne la vois nulle part. Il n'y a plus de rires, plus de chants, plus d'appel, comme si ma sirène s'était évanouie au milieu du discret chèvrefeuille qui fleurit par endroit, créant de discrètes touches colorées. Je m'immobilise et frissonne, le coeur toujours palpitant à l'idée de trouver les bras de celle qui m'a promis plus qu'une étreinte et quelques regards enamourés. Elle qui parlait de tresser mes longs cheveux d'ébènes avec quelques roses avant de venir réclamer mes lèvres à jamais. Elle qui pourtant, n'est plus là, et me laisse seul, au milieu de cette clairière qui au fil des secondes semble devenir bien moins attrayante et perd son allure d'écrin végétal pour devenir le lieu angoissant où je me demande si je n'ai pas fait une erreur. Un frisson dévale mon échine et nerveux, je frappe d'abord le sol d'un sabot une fois, puis deux avant de reculer, ayant l'étrange impression que tout ceci est un piège, dans lequel je me suis jeté avec l'allégresse d'un homme amoureux. Un murmure m'échappe mais c'est trop tard. Même le craquement d'une branche n'est pas suffisant pour me faire fuir et m'empêcher d'éviter le piège qui se referme en cet instant sur moi. Un homme cri, puis un autre. Une corde s'enroule autour de l'un de mes poignets alors que je commence à me débattre, mais c'est trop tard. Les chasseurs sont autour de moi et les cordes se multiplient. Elles deviennent les attentions que j'aurais aimé recevoir d'une amante, s'enroulant autour de mon cou, de mes membres et mêmes de mes hanches. Un hurlement glisse d'entre mes lèvres là où je te tente une ruade dans l'espoir de repousser et de blesser ceux qui entre deux ordres qu'ils s'hurlent, tentent de me faire chuter. Le cordage brûle ma peau et bientôt, à cause de la corde autour de ma gorge, je me retrouve à lutter pour un peu d'air. Un gémissement m'échappe tandis qu'on m'empêche de porter mes doigts à mon cou. Désormais cabré, je tente une dernière fois de m'en sortir mais c'est trop tard. Tout ça ne sont que les gesticulations d'une créature qui se sait condamné. L'un d'entre eux frappe l'une de mes articulations et me voilà à rencontrer brutalement le sol. Sonné, et allongé sur le flanc je reprends difficilement mon souffle pendant que les humains savourent la proie qu'ils viennent de capturer. J'adresse un regard fou à l'un d'entre eux et celui-ci rit, se payant même le luxe de repousser les mèches de cheveux qui barrent mon visage. "Il est beau celui-là, j'en connais qui vont devenir dingue et claquer tout ce qu'ils ont pour se le procurer…" L'homme fait claquer sa langue contre ses dents avant de reprendre son inspection, m'arrachant de ce fait une envie de me rebeller qui est rapidement maîtrisée. "Jeune, pas une cicatrice en vue, une belle robe…." Il pose une main sur mon ventre et laisse sa paume apprécier la courbe de mon être jusqu'à la croupe, sifflant presque d'admiration. "T'ferais presque un bon reproducteur si t'étais pas con au point de chasser la première femelle en chaleur que tu penses croiser." Il rit et je montre les dents, gargouillant pathétiquement en tentant de me redresser.

"Que la peste t'emporte, humain !"

Il éclate de rire en s'éloignant, ordonnant à ses hommes de s'occuper de moi et de surtout veiller à ne pas me blesser. Les cordes se resserrent autour de moi et l'un d'entre approche avec un chiffon et un sourire mauvais aux lèvres. "Ça fera pas mal.", qu'il dit en posant le morceau de tissu crasseux sur mon visage. J'étouffe une grognement, tente de remuer comme je le peux, n'arrivant qu'à labourer le sol sur lequel je suis allongé tandis que mon coeur affolé s'occupe de faire circuler plus rapidement dans mes veines la drogue que je respire malgré moi. Je peine à compter les secondes qui filent alors que lentement, je sombre dans une lourde inconscience. La clairière danse sous mes yeux et les arbres deviennent des taches qui perdent leurs couleurs. J'entrouvre les lèvres, tente de cambrer le dos, de tirer sur mes liens, mais rien. Juste un peu de bave qui perle au coin de ma bouche et c'est le noir. Le néant complet qui m'avale et ne me recrache que des siècles plus tard, quand on me tire de mon inconscience en tirant sur la chaîne que j'ai autour du cou.

"Debout. T'as assez dormis pour les deux jours à venir. J'ai un acheteur et faut que tu sois beau."

Je lève les yeux vers lui, incapable de dire où je me trouve. Ça ressemble à l'intérieur d'une cabane mais ça ne sent pas la poussière. Juste le bois, la transpiration et l'urine. Ma peau frissonne, mes sabots raclent le sol, les chaînes qui m'entravent tintent et difficilement, à cause de mes bras entravés dans mon dos et de mes jambes si lourdement lestées, je tente de me lever. Je chancèle, échoue une fois ou deux à me relever avant d'être capable de tenir sur mes quatre pattes pour faire face à l'homme qui me félicite d'une tape sur le flanc.

"Tu vas voir, il va pas te faire courir lui."

Son rire pue l'alcool et encore dans les vapes, je ne dis rien, laissant les humains faire leurs affaires. J'en vois un entrer, discuter avec celui qui peut visiblement pas s'empêcher de me toucher. Ils me jettent des regards et je vois que le nouveau aime bien ce qu'il voit. Avec dans la prunelle un éclat d'avidité, il s'approche et ne cesse de murmurer que je suis une belle bête. Il s'offre le droit de flatter mon échine, ma croupe et le creux de mon dos, m'arrachant de ce fait un spasme de dégoût alors que je fais fouetter ma queue dans l'air et frappe le bois d'un sabot que j'adorais lui coller dans l'estomac.

"Nerveux mais il est beau… " dit-il presque fasciné. J'ai un soupir avant de grogner. "Il est jeune, bien portant… Et cette robe… Elles devaient toutes le vouloir…" L'homme rit. Celui qui me touche se permet de venir caresser mon ventre et de s'approcher un peu trop à mon goût de ma virilité. Je bouge à nouveau alors qu'il remonte simplement vers mon coeur, puis mes pattes avant. "Vous l'avez trouvé en Europe ?" L'autre lui répond avec un sourire qu'il m'a trouvé au fin fond d'une forêt en Croatie. "Rien que pour vous…" qu'il ajoute. Je sens que ça lui plait et que j'ai un côté exotique, mais ce qui m'inquiète, c'est de savoir où je suis. L'air semble humide et les humains portent sur eux un panel d'odeurs que je ne sais reconnaître. Un frisson secoue à nouveau mon être tandis que la transaction se fait sans moi. Les deux hommes me laissent et je me retrouve à nouveau seul. Fatigué et fourbu, je m'allonge à nouveau, acceptant de toute façon qu'ainsi entravé, je ne peux rien faire. Un soupir m'échappe, puis une douloureuse réalisation me vient.

Ils avaient raison. Ce n'est pas la gourmandise qui a causé ma perte, mais ma stupidité.

Je m'allonge plus confortablement sur le bois humide à l'odeur désagréable au possible et ferme les yeux tandis qu'au loin, un peu d'or est échangé contre ma liberté.  Le chasseur revient et s'accroupis pour être à mon niveau, et ainsi mieux caresser ma joue. "Je savais que lui allait pas faire des caprices pour t'acheter… Allez, tu ferais mieux de dormir, le voyage va être long."

Et il l'est. Foutrement même. Il me faut des jours pour rejoindre ce que tous appellent ma nouvelle demeure. Je reste un long moment attaché dans la boîte en bois, avant d'être obligé de marcher, au milieu d'un convoi d'autres chevaux et dans une nature hostile, où à part de la boue et de l'herbe grise, il n'y a que le froid. Le soir je désespère en regardant les étoiles, allongé auprès de l'un des chevaux pour ne pas mourir de froid dans la nuit, malgré la couverture qu'on a posé sur mes épaules. Puis le matin, après une courte nuit de sommeil, voilà qu'on reprend la route, jusqu'à se domaine immense qui fini un jour par se dessiner à l'horizon. Tout semble trop grand, presque démesuré et pourtant, c'est ici qu'on m'abandonne. Mon acheteur est là pour m'accueillir et tout ce qu'il a pour moi, c'est un sourire et des ordres qu'il donne à d'autres humains. Je tente de me débattre à nouveau, je rue, me cabre, hurle, mais c'est vain. Je termine à nouveau entravé et forcé malgré moi à aller là où je ne veux pas. On ouvre deux grandes portes et je panique. L'odeur qui se dégage de là me dit que je ne suis pas le bienvenu et que je ferais mieux de fuir.

"Non… Non… Par pitié… Pas ici… Je… "

Je freine des quatre fers et l'oeil fou, je contemple l'entrée de cet endroit qui me semble être pareille à la bouche même de l'enfer. Ma queue fouette violemment l'air et plus les humains forcent, plus je me braque et supplie. On tente de me rassurer, de me dire que c'est temporaire mais je résiste. "N'entre pas", disent les odeurs des créatures qui ont déjà mis les pieds ici avant moi, "N'entre pas." Un homme sort approche et il a la main quelque chose qui sent le cuir et qui ressemble à un long serpent. Il le fait claquer non loin de ma croupe et le bruit seul suffit amplement à me faire bondir vers l'avant.

"Non…."

Un autre sifflement se fait entendre, je bondis à nouveau et à contre-coeur, je me retrouve à l'intérieur. On me détache, on s'éloigne et paralysé, je me retrouve à observer cet endroit avec crainte. Désormais seul, je suis là, à laisser mes sabots s'enfoncer dans le mélange de paille et de copeaux de bois qui sont au sol. Au loin il y a l'odeur d'un peu de foin, et de quelques fruits. Et pourtant, durant de longues minutes, je reste là, immobilisé par la peur et l'angoisse, à regarder dans le vide en tentant de remettre de l'ordre dans mes idées. Prisonnier. Condamné. Exilé. Voilà les seuls mots qui traversent mon esprit au fil des secondes qui s'égrènent sans moi. Un long soupir m'échappe, puis un second avant que dans la sciure, je ne me laisse lourdement retomber pour étouffer une long sanglot. Comme un jeune poulain le ferait, je sèche mes larmes brûlante de mes mains en reniflant lourdement, le coeur lourd et plein d'espoir que l'un des miens viendra me sauver, mais si jeune je suis, je reste pourvu d'une raison qui me fait lentement entendre que mon insouciance s'est vue corrigé et que désormais, ceci sera mon existence, celle d'une créature captive d'humains aux attentions inconnues… Une créature qui pour l'instant sanglote, jusqu'à en tomber de fatigue.

Le lendemain, alors que je m'étire longuement sur le sol, allongé de tout mon long sur le flanc, je perçois dans l'un des murs une fente ou deux, qui permettent au soleil de venir jusqu'à moi et de doucement caresser ma peau fraîche. Un vague soupir m'échapper et en me redressant pour m'ébrouer, je n'ai qu'un vague grognement.

"Bien au moins… J'aurais encore le plaisir de te voir."

Je glisse mes mains dans mes cheveux et les secoue pour en faire tomber tout les copeaux qui s'y trouvent, sursautant alors au moment où j'entends du bruit venant de ma droite. D'instinct, je lève les yeux vers les stries de lumière qui deviennent rayons avant d'être dissimulés par la silhouette d'un frêle humain. D'un haussement de sourcils je le considère, restant tout de même à distance. Étant à contre-jour, je peine à discerner ses traits mais me doute vu ses épaules, qu'il doit être une sorte d'enfant ou d'humain mal terminé par sa mère… Ce qui dans les deux cas, me pousse à faire peut-être un pas vers lui, alors que mes doigts terminent de glisser entre les mèches soyeuses de mes cheveux. J'hésite à lui sourire, me contentant à la place de simplement l'observer.

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Dim 25 Déc - 18:03
Wild Horses
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Ma gouvernante vient m'apporter une lettre de mon père alors que je suis en train de travailler dans le bureau. Mon précepteur me sourit derrière ses lunettes et s'étire.

Allez, lis-là, je sais que tu en meurs d'envie. Et pendant ce temps... Maria, pourriez -vous être un ange et me faire apporter une tasse de café?
Tout de suite maître Pim.


Rassuré par mon maître qui me donne sa bénédiction, j'attrape le coupe papier et le glisse sous le rabat de l'enveloppe avant de la couper d'un geste sec et précis. A l'intérieur, une simple et petite feuille de papier sagement pliée et qui a souffert des affres du voyage. Quelques mots seulement. Mon père n'a jamais été du genre bavard. Les yeux sur la lettre que je déplie, je parcours rapidement son contenu, souriant de plus en plus, ce qui fait hausser le sourcil à mon vieux maître.

Alors? Il t'a ramené une fiancée?

J'éclate de rire avant de reposer la lettre et me rasseoir.

Non mon cher, mais il a trouvé un centaure, un mâle, qui d'après lui est de toute beauté. Dès la fin de la leçon j'irai préparer son enclos pour l'accueillir dans les meilleures conditions. Oh je suis tellement impatient, je ne pensais pas qu'il réussirait à en trouver un autre, vu le mal qu'il a eu à rapporter Natasha...
Eh bien il y en aura donc deux qui seront contents de cette nouvelle venue!
Je l'espère oui! Si les deux se plaisaient il pourrait même y avoir des petits, vous vous imaginez? Ca serait merveilleux!
Bien sûr, bien sûr Steve. Mais en attendant ton arithmétique ne va pas se résoudre toute seule.
Je...oui vous avez raison...


Je lui accorde un petit sourire d'excuse avant de reprendre ma plume et me pencher sagement sur les exercices sur lesquels nous étions en train de travailler avant que Maria ne nous interrompe. Je me concentre tant bien que mal, écoutant ses conseils jusqu'à ce que ma gouvernante n'arrive avec le thé. Nous voilà donc bientôt plongés dans les calculs, puis le latin, avant d'être finalement libéré. Je raccompagne monsieur Pim à sa voiture avant de filer jusqu'aux différents enclos. Dans chacun j'examine ses pensionnaires, les caresse, les brosse et leur murmure de douces paroles tout en leur apportant leur dîner. Sirènes, hippogriffes, chevaux ailés et autres, avant de finir par la belle Natasha, à la robe couleur de feu comme ses cheveux. Elle trotte jusqu'à moi alors que j'entre et embrasse gentiment mes cheveux.

J'ai une grande nouvelle pour toi ma douce, tu vas bientôt avoir de la compagnie!
Vraiment? Une autre femelle?
Non un mâle. A ce que m'a dit mon père dans sa lettre, il est très beau.
Hmmm une autre fille m'aurait plus plu, on aurait eu plus de choses sur lesquelles discuter...
Qui sait, un jour peut-être il en trouvera une et vous vous entendrez bien...
Si seulement... et donc quand arrive mon nouveau colocataire?
D'ici trois semaines, voire un mois. Ils doivent le faire venir par bateau, puis en train jusqu'au domaine.
J'espère juste que ce ne sera pas un idiot.
Je te le souhaite aussi ma belle...


Elle m'ébouriffe les cheveux et je file rentrer me doucher et me préparer pour le dîner que je partage avec Maria. Pendant plusieurs semaines je guette le courrier, je guette le retour de mon père bien sûr, mais évidemment l'arrivée du nouveau membre de la ''collection''. Les journées sont longues, mais peu importe, j'ai de quoi faire entre mes leçons, et nos ''invités". J'apprends à Tasha à lire et à écrire, je joue aux échecs avec les sirènes qui en échange m'apprennent comment faire des bijoux en coquillages et comment imiter le bruit de la tempête avec de grosses conques. Et j'essaie, mais c'est le plus dur, d'apprendre aux Big Foot d'apprendre à parler...mais c'est pas gagné. Pour l'instant ils arrivent déjà à moduler leurs grognements et gémissements, et à articuler quelques syllabes. C'est un début...

Et puis enfin ça y est, un télégramme déposé par un soir de pluie battante par un coursier trempé jusqu'aux os, nous prévenant que père avait bien accosté, que le voyage s'était bien passé et que demain il serait là. J'ai de la peine à m'endormir tant je suis impatient, et le lendemain je dois plusieurs fois me faire rappeler à l'ordre par maître Pim parce que je suis bien trop dissipé quant à mes déclinaisons et mes versions... Et enfin la délivrance. Je fais un dernier tour du parc avant d'entendre le convoi s'approcher. Du haut du mur je distingue quatre cavaliers et je dégringole à moitié à leur rencontre. Père me sourit et désigne le centaure entravé d'un geste du menton.

Un sale caractère, mais une bête magnifique. Allez viens, on va l'installer.

Il me tend la main et d'un geste rapide me soulève pour me faire asseoir en selle derrière lui, et le convoi se met en marche jusqu'à la zone d'acclimatation. Et pendant tout le trajet je ne fais que l'observer, contempler ses cheveux noirs comme sa robe de soie, ses longs crins, sa mâchoire carrée et son regard de feu. Je sais...tu nous en veux et tu as raison... Il tente de se débattre, de s'enfuir mais ses liens sont solides et il est sous bonne garde. Je ne dis rien, me contentant de garder mon regard sur lui alors qu'on approche enfin de l'enclos fermé réservé à la quarantaine. Et là il panique. Père, inquiet pour moi, refuse que je m'approche, et je reste là, les dents serrées et les tripes nouées à les voir le brutaliser alors que tout aurait pu se régler en prenant le temps de leur expliquer. Ce sont tous des brutes, et les animaux ont tous peur d'eux, et des hommes en général, à part moi. Parce que moi je n'essaie pas de les dominer ou les soumettre. J'essaie de les comprendre, qu'ils m'apprécient, et leur prouver que je ne suis pas une menace. Pour presque tous, ça marche d'ailleurs. Et peut-être que pour lui aussi... Qui sait. Et même une fois qu'il est enfermé dans le grand box, je n'ai toujours pas le droit d'aller le voir.

Non Steve. Il est bien trop sauvage et bien trop nerveux. Il pourrait te faire du mal. Laisse-le se calmer d'abord, et nous reviendrons demain...

Je grogne mais obéis. On ne dit jamais non à mon père de toute façon. Je les suis tous à la maison, montant prendre mon dîner avec lui, où il m'explique un peu plus en détail d'où le nouveau spécimen vient, et comment il a réussi à l'obtenir. Croatie... un nom si lointain pour l'anglais que je suis... Et des paysages tellement différents pour lui... Je monte ensuite me coucher, et hésite longtemps à sortir en douce pour aller le voir, avant de me raviser. Il vaut mieux le laisser se remettre et j'irai parler avec lui demain... Alors, au saut du lit je m'habille, engloutis mon petit déjeuner, chipe deux pommes et une pêche et cavale autant que je le peux jusqu'à son box. Je me racle un peu la gorge, laissant mon regard errer entre les planches, et observant la merveille. Un noir d'encre. Des traits bien dessinés... un specimen magnifique... Contrairement à hier il a l'air moins anxieux, ou en tout cas il n'a pas l'air d'avoir peur de moi. Enfin quand on me voit on comprend pourquoi...

Bonjour toi... Je m'appelle Steve, et tu es ici chez moi, enfin chez mon père et moi. C'est lui qui t'a acheté pour que tu viennes vivre ici. Tu as faim?

Je le vois qui s'approche et mon sourire s'agrandit quand je vois qu'il a l'air plus curieux qu'autre chose. Je m'approche de la trappe, que j'ouvre, et lui tends une pomme.

Tiens, prends-là, c'est pour toi. Elle est bonne tu verras, elle vient d'ici, du verger... elle est bien sucrée...

Nymeria. ♕ gif de ICI ♕ 0000 mots.
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Mar 14 Mar - 12:18


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Mes doigts terminent de glisser dans mes cheveux là où un frisson se promène sur ma croupe, me faisant de ce fait chasser de ma queue ce tressaillement désagréable produit par la voix qui s'échappe de la silhouette frêle de l'humain. Afin d'être à même de détailler son visage, je lève une main vers le ciel et me protège de celle-ci des rayons matinaux du soleil, découvrant ainsi le minois enfantin de celui qui chez nous serait encore considéré comme un jeune poulain. Du bout d'un sabot, je dérange la sciure et soulève un peu de poussière tandis que le petit nommé Steve me tend au travers d'une trappe une pomme. Curieux, je m'approche et une fois à portée, je me penche, attrapant le fruit entre mes doigts avant de reculer vivement, craignant que ceci ne soit qu'un piège. Je trottine au loin et croque ensuite dans la pomme, l'observant sans rien dire tandis que je savoure le fruit particulièrement sucrée. J'hausse un sourcil et une fois ma bouchée avalée, je contemple plus longuement la pomme, marmonnant autant pour lui que pour moi.

"C'est pas une pomme... C'est trop doux. On dirait plus du miel... Les pommes c'est..."

Je passe ma langue sur mes lèvres, me remémorant alors les instants, où jeune et insouciant, je me souviens avoir cueillis des arbres de petites pommes à l'acidité telle qu'elles nous faisaient retrousser les lèvres en riant. Je me souviens des vergers sauvages dans lesquelles nous galopions et des pommes et poires que nous volions parfois aux humains qui ne faisaient pas garder leur domaine par des chiens. Je me remémore tout ça, les doigts crispés autour du fruit que je finis par lâcher et laisser rouler au sol, le poussant du bout du sabot, cherchant à chasser au loin cette chose qui ose se faire passer pour le fruit que j'ai appris à aimer avec les années.

"Pas ça."

J'entends mon estomac gronder et surement s'indigner de me voir ainsi repousser la nourriture que m'offre pourtant gracieusement le petit humain. Je fouaille l'air de ma queue une fois de plus et reste à bonne distance, fixant Steve un instant avant de reprendre, plus méfiant qu'avant.

"Je veux sortir." est tout ce que je grogne tandis que rendu nerveux par la captivité, je commence à moitié à piaffer, soulevant de mes sabots quelques gerbes de sciure de bois. "Ça sent mauvais ici. Ça sent la peur, le sang et d'autres choses mauvaises." Je crache par terre. "T'es un humain non ? Je saurais pas dire, je vois pas bien ton visage avec le soleil…" Je grogne un peu avant de reprendre. "Mais t'as l'air d'être le faible de la portée, t'es tout maigre. Tu ressembles à une femelle." Le mot sonne comme une insulte entre mes lèvres tandis que je m'éloigne un peu plus, trottinant au loin. "Je ne veux pas de tes pommes. Je veux sortir. Je veux être libre." Dans un coin je retourne m'exiler et le fixe de mes prunelles bleues, décidant que m'enfermer dans le silence est la meilleure chose à faire en cet instant, plutôt que de parlementer avec l'un de ses créatures bipèdes incapable de faire preuve de respect pour les autres être vivants qu'ils croisent et qui se font respecter à l'aide de la terreur qu'ils créent. Dans mon clan, on disait qu'il fallait à tout prix les éviter, car avides de tout posséder, ils transformaient tout ce qu'ils touchaient en cendres. Ceux qui habitaient non loin de notre forêt n'était pas trop dangereux, car encore conscients de n'être comme nous que des créatures vouées à disparaitre un jour pour laisser notre place à d'autres… Mais ceux-là ? Ceux qui m'ont capturés ? Ce sont des monstres qui vouent un culte à la peur et au feu, et qui sont maintenant mes geôliers. Ceux qui en cet endroit vont me garder.

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