Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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Le trône du dragon

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Messages : 687
Date d'inscription : 26/11/2014
Dim 1 Jan - 15:44

I would be your dragon clinging to your ruff, as if it's love

Le trône du dragon

Je l'appelle, le siffle presque comme un chien et voilà qu'il obéit, ce sale traître. Du regard je le fusille tandis qu'il bredouille à moitié, à tenté de m'expliquer que la voilà, la douce punition de mon père pour faire taire mon insolence et m'apprendre à être humble. Fils de pute. Tu aurais pu intervenir, dire à ton roi que tu trouvais ça injuste et que tu ne pouvais décemment pas assurer la protection de son fils si il en était réduit à devoir vivre comme un miséreux à crever à moitié de faim et de froid. Oh, tu aurais pu tant faire, tant dire… Mais tu as été lâche, comme le sont tout ceux qui ne veulent pas contrarier le roi et surtout qui veulent se venger du serpent que je suis. J'ai été idiot de penser que tu aurais la noblesse de coeur de Baldec mais j'ai tendance à oublier qu'il n'y a pas deux hommes comme lui, et que si sans hésiter lui ce serait interposé en disant que cela devait cesser et qu'il n'était pas nécessaire d'en venir à de tels extrêmes, toi tu as préféré courber l'échine et sagement obéir, ne te contentant simplement que de faire bonne figure et d'espérer trouver un semblant de grâce à mes yeux en récupérant la seule chose qui ne doit avoir aucune valeur à mes yeux, à savoir la fourrure de loup qu'il dépose sur mes genoux. L'envie de le gifler traverse mais mon esprit mais mon corps entier refuse de bouger, comme encore trop faible ou simplement soucieux de s'économiser en vue des temps difficiles qui semblent s'annoncer. Il se recule, comme si il avait eu le pressentiment d'un coup à venir et les lèvres pincées, je suis prêt à cracher ma colère quand il est sauvé par l'entrée d'une domestique qui apporte un peu de bois et une banalité qui ne m'étonne pas. Mon père n'est pas heureux de savoir que l'on me fasse apporter de quoi me chauffer ? Étonnant, vraiment, surtout venant de la part de l'homme qui si i le pouvait m'aurait fait exécuter pour se consoler de la mort de sa tendre épouse. Je me racle la gorge quand elle disparait, m'agaçant en silence du luxe qu'elle se paye de m'ignorer et de ne pas me demander ce qui pourrait me faire plaisir. Non… Désormais je n'ai plus rien, à part Steve peut-être, qui pour une raison qui m'échappe s'occupe d'empiler le peu de bois qui me permettra de chauffer cette chambre qui ressemble de plus en plus au fil des secondes qui s'écoulent à l'une des cellules humides dans lesquelles il m'a fait enfermé injustement après la mort de mère. Du bout des doigts, je viens à saisir la tenue en lin que je passe non sans un grognement.

"C'est… Vulgaire… Grossier même." est bien tout ce qui m'échappe avant que je ne pose mon regard sur la silhouette imposante de l'homme qui donnerait tout pour ne pas être là. Le tissu loin d'être luxueux semble râper ma peau et blesser celle-ci qui n'a jamais eu l'habitude que de la soie et du velours, alors que je tente de me relever, me ravisant au moment-même où je comprends qu'il n'y a ni coupe à réclamer, ni vin à consommer. Juste le vide abyssale censé m'apprendre l'humilité et Steve, qui ne sait pas où se mettre.

"Vous êtes un lâche d'une espèce la plus méprisable qu'il soit."

Je romps le silence, cherchant à attirer son attention avant de darder mes prunelles de glace dans les siennes. Presque dégoûté, je retrousse les lèvres avant de reprendre, lui crachant sans la moindre hésitation, tout le venin que mon coeur a eu le temps de fabriquer et que Baldec n'a pas eu le temps de purger de mon être.

"Il est temps de se montrer charitable et protecteur quand l'orage est passé. Que vous étiez beau avec mon père à ramper et à jouer les chiens… Un peu plus et je m'attendais à vous voir tomber à genoux pour lui et lui sucer la queue." Je marque une pause, le temps de faire passer l'amertume qui envahit ma bouche et me fait regretter de ne pas être en face de mon bien-aimé, qui lui en plus de m'avoir défendu, aurait eu pour moi en cet instant, une caresse délicate et quelques mots pour me rassurer et panser mes plaies. "Il est bien beau d'oser me regarder avec cet air inquiet quand vous n'avez pas esquissé le moindre geste pour m'aider alors qu'il se permettait de me frapper… Qu'il est noble de votre part de faire l'homme qui a du coeur et qui comprend la douleur du pauvre petit prince quand il doit en réalité s'amuser de son malheur et se dire qu'il mérite ce qui lui arrive… Oh regardez-vous… À vous rendre serviable et attentionné… Vous me dégoûtez."

J'ai à nouveau envie de pleurer. Ma vue se brouille, mes lèvres recommencent à trembler et pour masquer la douleur, je ne trouve pour solution que d'hurler et de redevenir cet enfant capricieux qui hurle et brise ce qu'il peut avoir entre les doigts, dans le seul espoir peut-être vain de prouver qu'il n'est pas faible.

"Vous… Vous auriez pu faire quelque chose et prendre ma défense, prouver que vous n'étiez pas un chien et que vous aviez des valeurs, comme celles de protéger ma personne ! Mais rien ! Pas un mot, pas un geste vous n'avez eu ! Vous êtes resté là, à profiter du spectacle et à vous délecter de mon malheur ! Vous êtes comme tout les autres ! Un simple pantin qui appartient à mon père et qui s'amuse de voir que l'on peut me battre ! Vous… Vous…"

Je suis si furieux que je peine à poursuivre, les mots se bousculant entre mes lèvres et mes sanglots. Une larme, puis deux viennent rouler sur mes joues. Contre ma volonté, je cède face à lui, hurlant une dernière fois un ordre que je ne suis pas sûr de le voir suivre.

"Dehors !"

Tout se perd ensuite dans mes larmes et recroquevillé sur moi-même, je recommence à sangloter, le souffle court et le corps parcouru de puissants tremblements. La vérité est que Baldec me manque et qu'en cet instant, j'ai besoin de lui. J'ai besoin de quelqu'un qui saurait me consoler et m'aider à oublier les mots si durs que je n'arrive pas à avaler. Quelqu'un qui m'aimerait et qui verrait en moi autre chose que la vipère qu'on aime détester.


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Sam 7 Jan - 16:18
Le trône du dragon.
Stucky
A la seconde où il m'appelle et surtout au ton qu'il emploie, je comprends que mes précieuses heures de tranquillité depuis qu'il s'est couché sont terminées. Et je soupire une dernière fois avant de franchir la porte qui mène à sa chambre, ce qui pour moi s'apparente presque à entrer dans la tanière d'un dragon furieux... d'ailleurs, il en porte bien les armoiries... Maintenant la seule chose à savoir, va être à quel point il va se venger sur moi. A quel point je vais à nouveau être le jouet sur lequel il va passer la rage et la frustration causées par son père. Est-ce que la punition de la veille aura porté ses fruits? Même un peu? C'est ce que nous allons savoir...

Au moment où je passe la porte, je suis à nouveau surpris de voir la pièce aussi vide, moi qui ai eu l'habitude de la voir soigneusement décorée de meubles précieux et de tapisseries raffinées, avec toutes sortes d'objets délicats, de livres... maintenant il n'y a plus rien à part son immense lit, le seul vestige de la splendeur passée de cette pièce, et les fenêtres en verre à petits carreaux colorés. A part ça, le parquet est nu, il ne reste qu'une chaise, laissée là pour moi sans doute, et les bûches près de l'âtre que je viens de ramener. Et à peine j'ai déposé la dernière buche qu'il attaque. Je me retourne lentement et le regarde, à moitié nu, le torse mince, si mince qu'on voit les os de ses côtes se dessiner sous sa peau de lait. Ainsi, il est vraiment tout sauf menaçant et effrayant, et s'il n'était pas le fils de son père... je crois que j'aurais simplement ri en le traitant de gringalet que je pourrais briser dans mes mains comme un fetû de paille.

Je vous demande pardon messire?

Brutalement j'ai l'impression d'avoir du gravier dans la gorge en l'entendant m'insulter alors qu'il vient à peine d'ouvrir les yeux. De mieux en mieux... on dirait que tu as autant besoin de jeter ton venin que de respirer ou de manger pour survivre mon prince. Est-ce que tu te souviens du dernier jour où tu as été charmant et agréable? Des dernières heures où tu n'as blessé personne? Ou personne n'a souffert de tes piques acérées? Ainsi il n'est qu'un roquet, un de ces petits chiens qu'ont les courtisanes, pomponné, soigné, le poil longuement brossé, qui ont l'habitude de vivre sur les genoux et les canapés, mais qui ne font pas peur quand ils aboient, bien au contraire. On les trouve amusant, dans le meilleur des cas, et dans le pire on leur donne simplement un coup de pied pour qu'ils aillent se cacher sous un fauteuil. Voilà ce que tu es, petit roquet en colère contre le monde, petit serpent affublé d'une couronne... Je m'efforce même de retenir une grimace quand il devient vulgaire en plus de méchant, serrant les dents le temps qu'il ait terminé.

La vulgarité ne sied pas à quelqu'un de votre rang messire, surtout quand ce sont des accusations qui ne sont pas fondées...

Pourtant il a la rage au ventre, car la suite n'est qu'une longue succession d'accusations et de critiques. Il s'efforce tellement de dire des choses blessantes que j'ai envie de lever les yeux au ciel, ou rire, simplement pour lui montrer à quel point il est ridicule. Tu oses me critiquer de n'avoir rien fait? Tu oses me reprocher d'être resté silencieux? Mais encore aurait-il fallu que tu me donnes envie d'agir? Que tu me donnes envie de faire quelque chose! Il n'y a rien à sauver chez toi. Je l'ai pensé, je l'ai espéré même, en te voyant si malheureux hier. J'ai accusé mentalement le roi d'être bien dur envers toi, mais cela était entre lui et toi. Que tu lui en veuilles parce qu'il a été injuste et blessant, je le comprends mais moi je n'ai rien mérité. Personne autour de toi n'a mérité que tu leur manques de respect et pourtant c'est sur eux que tu te défoules, car tu ne peux pas te venger sur ton père, et que ce dernier aura toujours le dessus sur toi. Que quoi qu'il arrive, tu devras toujours te plier à ses décisions. C'est cela qui te fait enrager, le fait qu'il y ait sur cette terre une personne qui ait le droit de te répondre, le droit de te commander, et à qui tu doives obéissance. Petit gamin capricieux qui arrache les ailes aux mouches et tire les queues des chats. Tu es de ces sales garnements qui viennent tourmenter les chiens attachés, qui fanfaronnent, mais qui courent et pleurent dès que le chien arrive à casser ses liens. A force, bientôt plus personne n'éprouvera ni sympathie ni compassion, et tu es en train de chasser le peu que je pouvais ressentir pour toi...

Il me semble pourtant n'avoir rien dit du temps que j'étais dans le bureau de votre père, et ma première réaction a été de vous aider à vous relever. De plus... contrairement à vous, je suis sous les ordres du roi, et je lui suis bien trop inférieur pour oser m'opposer à lui. Il est votre père, mais il est mon roi, et ce n'est pas le même genre de lien qui nous unit à lui. Je suis au service du roi à qui j'ai juré fidélité, et qui me paie pour protéger votre vie et veiller à ce qu'il ne vous arrive rien. Un père qui gifle son fils n'est pas un danger de mort. Même plus, n'est pas un danger tout court. Que vouliez vous que je fasse? Hein? Expliquez moi, parce que je suis bien curieux d'entendre votre réponse.

Pourtant il continue, infatigable, comme si sa dose de méchanceté et de fiel ne tarissait jamais, et qu'il était capable de trouver encore et encore de nouvelles critiques, de nouvelles accusations, de nouvelles paroles blessantes. Cela en est presque un talent quand on y pense. Pourtant il est au bord des larmes, sa voix tremble et il se retient d'éclater en sanglots. Que veut-il prouver? Que cherche-t-il? S'il est triste, pourquoi ne me laisse-t-il pas l'aider plutôt que de montrer les dents et me cracher au visage? Hein? Je ne comprends rien, sauf que la pitié que j'ai pu ressentir pour lui hier s'est envolée. Je n'ai plus de compassion parce que lui n'en a pas une once en lui, ni sympathie.

Messire, si je désapprouve certains propos tenus par votre père, il reste quand même votre père, qui a toute autorité sur vous. Qui suis-je pour m'interposer? Personne. De plus, si vous ne vous étiez pas montré aussi insultant envers votre père, tout ceci ne serait sûrement pas arrivé. Et enfin j'ai bataillé ferme pour les empêcher de prendre votre lit, vos fourrures et votre bois de chauffage. J'aurais très bien pu rester assis là sur cette chaise, m'enrouler dans ma cape et ne pas lever le petit doigt pour atténuer cette punition que je trouve dure. J'ai agi, dans la limite de mes moyens et de mon pouvoir. Mais sachez ceci, si votre vie est en jeu, si on vous attaque, je vous défendrai sans hésiter. Par contre s'il s'agit de s'opposer au roi pour quelque chose qui ne me concerne pas et que vous avez provoqué, je ne risquerai pas mon cou pour sauver le vôtre messire...

En larmes, il m'ordonne de sortir et je m'incline avant de m'installer dans le couloir.

Avec plaisir messire. Que votre journée soit douce et pleine d'entrain!

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Dim 8 Jan - 13:09

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Le trône du dragon

Un sanglot m'échappe, et tremblant comme le serait une feuille en plein automne, je me recroqueville dans mon lit, entre mes draps trop fins, tandis que le chien qui me sert de Capitaine se retire, après sa bravade et son insolence que je n'oublierais pas. Pense que dans mon silence il n'y a rien. Pense que je vais oublier et que sans conséquences tes paroles resteront. Pense que je ne peux pas réellement te faire du mal et que je ne suis qu'un sale gosse incapable d'éprouver la moindre once de bonté ou d'amour…  Je serre les dents au point d'en avoir mal alors que je me rallonge, la tête déjà légère face à cet effort qui ne devrait pas en être un. La joue contre mon oreiller, recroquevillé sur moi-même, je continue ainsi de sangloter pendant de longues minutes, oubliant pour quelques instants mes envies de vengeance pour ne les passer et les perdre qu'en pensant à cet homme à la peau ambrée qui un jour fut là, tout contre moi, à glisser ses doigts dans mes cheveux et à poser ses lèvres dans ma nuque… À lui, qui disait m'aimer alors qu'il pressait sa peau brûlante contre la mienne, frissonnante et laiteuse. Mes dents commencent à claquer à cause du froid que le feu timide n'arrive pas à chasser de cette chambre dont les murs en pierre sombre retrouvent une humidité qu'il a fallut chasser pendant des jours durant. M'enroulant plus encore dans les draps, me voilà à regretter Baldec, puis Steve. Plus d'une fois, je me retiens de l'appeler et de lui demander de me couvrir de sa cape, préférant par fierté, de continuer à grelotter et à tenter de réchauffer ma peau en la frottant de mes paumes. Mais même ainsi, je ne fais que me fatiguer et me jeter dans les bras de l'inconscience douloureuse qui va être l'état de demi-sommeil dans lequel je me plonge durant quelques heures que je passe essentiellement à trembler et me tourner dans tout les sens, sans jamais être sûr de réellement trouver le repos ou non.

Et finalement, après des heures ainsi, à combattre le froid et mes propres draps, j'ouvre les yeux pour la domestique qui pose à côté de mon lit un peu d'eau et un bol à peine chaud. Sans un mot et les lèvres tremblantes, j'ancre mes prunelles sur la silhouette de la femme qui me murmure à peine que c'est mon repas, comme le roi l'a ordonné avant d'esquisser une faible révérence et de filer pour me laisser avec ce qu'on ne donne comme nourriture qu'aux prisonniers. Du bout des doigts, j'attire à moi le bol de bouillie et plisse le nez en goûtant la pâte à peine tiède que l'on ose me servir. Dégoûté, je le repousse au loin et ignore mon estomac qui gronde, préférant retourner combattre le froid plutôt que de manger la nourriture insipide qui entreprend de refroidir au sol. Je ferme les yeux, grelotte et entre alors dans une routine étrange… Un enchainement d'heures et de journées qui se résument aux même évènements. Je peine à dormir, j'ai froid et sur la pointe des pieds je vais remettre une bûche dans l'âtre… On vient me nourrir mais je ne mange pas, préférant tuer la faim en feignant dormir tandis que le froid m'empêche en grande partie de quitter mon lit, sauf pour quelques passages à la salle d'eau pour débarrasser ma peau de la crasse et mes cheveux de la transpiration qui les fait graisser. Et même si je tente de toujours faire au plus vite et de me sécher rapidement, la chaleur de l'eau ne suffit jamais à empêcher ma carcasse de trembler.. À tel point qu'une toux apparait, me faisant au début doucement toussoter avant de devenir gênante. Bien rapidement, presque au fils des heures et en moins d'une journée, je finis par tomber terriblement malade.

Incapable de quitter mon lit, je peine à aller me laver et à changer ma tunique. Je me retrouve à cracher mes poumons dans mon oreiller que je finis par tâcher de quelques gouttes de sang. Les doigts portés à mes lèvres, je tente de me faire taire tandis que la fièvre fait luire ma peau d'une transpiration lourde et poisseuse. Mes tremblements redoublent et au bout de quelques jours peut-être, alors que je peine à garder conscience, que ma cage thoracique est douloureuse à force de violemment se contracter sans cesse, voilà que lui revient. Steve. Lui qui ose venir après des jours à ne pas quitter le confort du banc devant ma porte et de son armure épaisse, vient en me disant qu'il s'inquiète et qu'il a prévenu les médecins en vain. Il a l'air désolé, peiné quand il m'avoue qu'ils ont ordre de ne pas venir, soit-disant parce que le roi aurait déclaré que je jouais une sinistre comédie en me forçant ainsi à tousser. Un gémissement glisse d'entre mes lèvres, et alors qu'il nourrit le feu d'une autre bûche, je commence à gigoter entre mes draps, ne sachant plus si je veux qu'ils me protègent du froid qui dévore mes os ou de la fièvre qui fait bouillir mon sang. J'entends qu'il revient à mes côtés pour déposer sa main sur mon front brûlant, m'arrachant de fait un sifflement douloureux. Je tente de le repousser mais mon corps faible refuse de me répondre et tout ce dont il est capable, c'est de me faire fermer les yeux. Steve recommence à parler mais les mots ne trouvent pas de sens dans mon esprit. La fièvre fait battre trop puissamment mon coeur à mes tempes pour que je le comprenne. Le souffle court pourtant, j'accepte de me laisser faire, redevenant comme à chaque fois, l'enfant fragile et vulnérable qui sous les yeux de Baldec est devenu la vipère que Steve méprise. Une quinte de toux fait vibrer mon être fragile et le tord presque, faisant s'inquiéter mon Capitaine, qui tire sa chaise jusqu'à mon chevet pour tenter de me faire avaler un breuvage brûlant que je recrache à moitié sur les draps et ses genoux, bien incapable d'avaler quoi que ce soit entre deux quintes de toux. Je m'accroche à mon oreiller en laissant échapper un chapelet de gémissements quand il insiste, me disant sûrement que ce serait pour mon bien. Cuillère et bouillon trouvent à nouveau mes lèvres, en vain. Je me brûle le bout des doigts en tentant de repousser le bol. Je bredouille que je veux voir les médecins mais je ne suis pas sûr qu'on me comprenne. À vrai dire, je ne suis plus sûr de rien. Tout devient flou, incertain, comme un lendemain de transformation. Je me perds dans mon propre esprit et le monde autour de moi devient une grande inconnue que je ne sais gérer. Un ensemble de sensations et de bruits que mon esprit n'arrive pas à décoder et qui, sous la panique, me ressort alors de vieux souvenirs pour combler les blanc. Il me ramène dans les bras de Baldec ou dans cette grotte, où en sa compagnie j'ai passé des heures à le laisser caresser mes écailles et me bercer des histoires de ses ancêtres. Je nous vois, l'un contre l'autre, lui sagement assis contre mon poitrail, me dire qu'il a connu des contrées où les dragons sont libres et respectés… Où ils sont des esprits anciens avec lesquels on vient échanger et non des créatures qu'il faut craindre. Je me souviens de lui et des caresses sur mon museau, puis des baisers sur mes lèvres. Je me souviens de ses doigts dans mes cheveux et du miel sur ma langue.

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Jeu 2 Fév - 20:03
Le trône du dragon.
Stucky
Dieu que chaque minute est longue, chaque minute est pesante et pénible à ses côtés, parce que j'ai constamment l'impression d'être un funambule, comme ceux qui viennent parfois lors des banquets de la cour, et qu'on voit déambuler sur une corde tendue au-dessus des tables, en travers de la salle du trône. Sauf que si eux risquent de tomber sur des hennins brodés de perles, et de renverser sanglier et vin sur des pourpoints de velours et des brocards brodés, moi...je risque mon cou. A chaque parole j'oscille et tâtonne, de peur de dire la chose qui va le froisser, parce que mes mots peuvent déclencher un ouragan de reproches, qui dans le meilleur des cas s'arrêtera là, et dans le pire... dans le pire je me romprai le cou mais pas sur le sol... sur un billot. Un exercice de haut vol, une lutte de tous les instants pour ravaler ma colère et ma rage, retenir ma langue de lui répondre ce qu'il mérite, de lui dire le fond de ma pensée, et peser chaque mot comme si c'était de l'or que je posais sur les plateaux...

Chaque minute me fait regretter le grand air, l'aventure et le danger, et si nos nuits étaient parfois rudes, à dormir par un froid polaire sous de simples couvertures, à manger du pain noir et un peu de viande séchée, j'avais un million d'étoiles au-dessus de ma tête et des camarades avec qui ma langue était libre. On pouvait rire de tout et si l'un de nous allait trop loin, un bon coup de poing, une bagarre de taverne et c'était réglé, oublié. Personne ne pesait ses mots parce que personne ne voyait un danger dans ses paroles. Alors que là... là je déteste cette routine, ces barreaux de l'esprit qui sont plus durs à supporter que le froid, la faim ou toutes les blessures données par les créatures que j'ai pu affronter. Le vent qui souffle dans les branches me manque. Boire dans l'eau d'un torrent me manque. Traverser des villages et discuter avec les habitants autour d'une bière ou d'une pinte de cidre au coin du feu me manque... Maintenant mon boulet s'appelle James et ce boulet à ma cheville peut décider de me la faire couper si l'envie l'en prend...

Pourtant dans un sursaut de courage, ou une charge désespérée de cavalerie, au choix, je lui dis le fond de ma pensée, assez... poliment pour ne pas voir mon crâne rouler dans le cour d'honneur avant d'avoir vu le soleil se coucher, mais tout de même. Tant pis. Il faut que ça sorte, et j'assumerai les conséquences de mes paroles qui, je dois l'avouer, m'ont fait un bien fou... alors que je ne disais que la partie émergée de ce qui habite mon esprit... Et à ma grande surprise... rien. Rien à part des claquements de dents et des gémissements plaintifs de ce prince devenu malade, marionnette sans volonté et sans fils qui passe ses journées à grelotter sous les fourrures, alors qu'un feu ronfle toujours dans la cheminée, malgré les ordres du roi. Il doit être tenu au chaud... L'hiver n'a pas ôté son manteau blanc et un souffle frais s'engouffre toujours sous les portes et les fenêtres... alors j'attends. Je viens le voir souvent mais à chaque fois il dort, somnole ou délire, son front baigné de sueur et ses lèvres bleues. Les jours passent, et pourtant je ne vois aucune amélioration. Bien au contraire... il est de plus en plus brûlant, et délire. Les servantes me disent qu'il ne mange presque rien et se contente de boire de l'eau. Parfois je vois qu'il s'est changé, mais au fil des jours c'est plus rare, et en plus d'être malade bien vite il empeste le malade et la sueur... J'alerte le roi, mais rien à faire. Il ne semble toujours pas lui avoir pardonné sa rébellion de l'autre jour... et le lui fait payer au prix fort. Pourtant, même quand je lui dis que j'ai l'impression que la vie du prince est en danger, il hausse une épaule en me répondant froidement qu'il n'a que ce qu'il mérite. Je pars sans un mot après m'être incliné, et sur le chemin du retour aux appartements du roi, je me dis que la punition est bien salée... et que s'il continue ainsi, il n'aura qu'un cercueil à critiquer. Mais il ne semble pas comprendre. Les deux se ressemblent tellement plus qu'ils ne veulent l'admettre...

Pendant encore deux jours j'assiste impuissant à une dégradation de son état... j'éponge son front brûlant de fièvre, je tiens sa tête alors que je lui fais boire des tisanes apaisantes, mais rien à faire. Jusqu'au jour ou des roses se mettent à éclore sur les oreillers, roses qui ne viennent pas du jardin. Et sa toux... ses poumons font un bruit de déchirement à chaque fois qu'il respire et qu'il tousse. Ma colère et ma rancoeur m'ont quitté depuis bien longtemps... là...reste seulement la volonté de faire quelque chose. Alors tant pis. Après ma garde je redescends aux écuries, et selle ma monture avant de filer dans le crépuscule. J'ai entendu parler d'une guérisseuse réputée quelques bourgs plus loin, et je n'ai que cet espoir pour sauver le prince. Coupant à travers bois, une lanterne à la main, je me fraie un chemin jusqu'à la modeste chaumière isolée où on me reçoit malgré l'heure tardive. La pièce principale empeste les herbes et les épices, les murs sont recouverts d'étagères contenant des pots, des boites et des flacons, et au plafond sont suspendus toutes sortes de plantes qui sèchent. Une petite fille est là, aux yeux verts et aux cheveux roux, qui me rappelle vaguement quelqu'un sans que je puisse dire qui... La vieille femme qui me reçoit est méfiante au début, mais elle se détend quand elle voit mes armoiries. On dirait même qu'elle prend à coeur mon cas quand je lui explique, et bien vite je me retrouve avec deux flacons et un baume dans mon pourpoint, avant de remonter en selle et galoper en direction du chateau. Une horde de sangliers croisée au détour d'un chemin et me voilà à ramener mon cheval au chaud et à le panser avant de remonter jusqu'aux appartements du prince. Il est encore plus pâle que quand je l'ai quitté et ses draps ne sont qu'une brassée de pétales carmin. L'heure est grave.

Mon prince... venez on va vous tirer de là...

Il est tellement faible qu'il ne lutte pas alors que j'écarte ses lèvres et bascule sa tête pour faire descendre la potion entre ses lèvres bleues, puis attrape la pommade. Du bout des doigts je lui en frictionne le torse et les tempes comme la vieille me l'a recommandé. Puis je lui fais chercher de nouveaux oreillers, le fais boire, puis attends...

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Mar 7 Fév - 13:14

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Le trône du dragon

Des pétales de roses sur les lèvres, je me laisse bercer par les caresses chaudes de ses nombreuses mains qui se perdent sur ma peau et qui en plus de faire frissonner mon être, m'arrache de légers gémissements qui sont tout autant des plaintes que des mots d'amour que je susurre à celui qui à mon oreille murmure. Dans mes cheveux, il se perd des doigts qui tente de chasser les maux de tête qui m'abrutissent et qui deviennent des coups que je dois encaisser à chaque quinte de toux. Sur mon coeur, je sens le poids de son amour et de son affection écraser ma cage thoracique tandis qu'il m'enroule un peu plus dans les draps, fredonnant désormais une chanson de chez lui. Je tente de battre des cils pour lui, d'ouvrir les yeux pour contempler son visage mais la lumière agresse mes sens et incapable d'être autre chose que faible à ses côtés, je tente de m'excuser, murmurant un ensemble de sons qui se veut être des mots, les mains crispées autour des draps que j'imagine être ses vêtements grossiers. Car l'esprit embrumé par la fièvre et la maladie qui ronge désormais plus que mes os, j'accepte de perdre cette prise qui m'est pourtant si chère sur la réalité, fuyant la douleur pour les rêves et autres fantasmes que mon inconscient fabrique pour m'anesthésier et me faire oublier l'éventuelle venue de la Faucheuse. J'accepte de sombrer aux côtés de cette esquisse de Baldec qui fait semblant de venir s'allonger à mes côtés et caresser mon front brûlant en me murmurant les mots qu'il aurait dû avoir pour moi, ce jour-là, après ce baiser qui aurait dû me libérer.

Le souffle court et de plus en plus souffrant, je me sens lentement quitter ce monde pour sombrer dans un entre-deux fait d'inconscience et de cauchemars tandis qu'autour de moi, j'entends ou du moins, je pense entendre, domestiques et servants, s'affairer à s'occuper de la coquille vide que je semble être en mes derniers instants. Pendant que je délire ou somnole, eux s'occupent de laver mon corps frêle, de me faire passer d'autres vêtements et de changer de temps à autre, ou plutôt quand mon père doit en donner l'ordre, mes draps imprégnés de sueurs et tachés de sang. Mais dans les bras de l'être aimé, est-ce que tout ceci à réellement de l'importance ? Non. Tout ce qui compte en cet instant, c'est d'être allongé contre lui, de sentir ses doigts se glisser dans ses mes cheveux et ses lèvres se porter à mes tempes… Tout ce qui important, c'est de pouvoir me laisser aller contre lui et de retrouver ce qui me manque depuis déjà trop longtemps et de raviver cet amour que je pensais éternel. De nouvelles pétales viennent s'ajouter sur mes lèvres et du bout des doigts, Baldec les récupère, venant les déposer sur les draps en me murmurant que tout va s'arranger. Je tente de sourire et me laisse faire alors qu'il se penche vers moi, glissant entre mes lèvres une coupe dont le breuvage frais que j'avale sans résister. Un soupir m'échappe et je tente de bouger, de me redresser alors qu'il ouvre un peu ma tunique, laissant alors ses mains puissantes se perdre sur mon torse. Faiblement je lève une main, la pose sur son avant-bras et murmure quelque chose d'incompréhensible qui devrait ressembler à une plainte mais qui n'est rien de plus qu'un léger geignement. Ses doigts se perdent ensuite sur mes tempes et enfin, je perçois une odeur puissante d'herbes et alors qu'il fait changer une partie des oreillers de mon lit, je parviens enfin à avoir un murmure pour lui.

"Reviens…"

J'ai besoin d'une pause, le temps de déglutir et de retrouver mon souffle.

"Reviens… Je n'aime pas…" Je prends une grande inspiration à nouveau, tousse à m'en faire gémir et passe ma langue sur mes lèvres gercées. "Je n'aime pas quand tu es loin…"

Le dernier mot est expiré, presque douloureux à prononcer alors que je tends une main vers lui, saisissant ses doigts quand ils sont à porté. Un sourire bien faible se dessine sur mes lèvres, et malgré mon souffle court, je m'obstine à reprendre, espérant retenir mon bien aimé à mes côtés.

"J'ai fais un rêve… J'ai cru…. J'ai cru que tu étais mort… Et qu'un autre…"
Il est douloureux de parler mais j'insiste, reprenant mon souffle quand je ne tousse pas et parlant quand je ne dois pas prendre le temps de marquer une pause. "Prenait ta place…  Tu… Tu m'as manqué…"

Je tente un rire qui devient bien rapidement une quinte de toux qui en plus de me demander plusieurs minutes pour m'en remettre, me laisse fébrile et tremblant.

"Je t'aime tu sais… Je t'aime tant…"

Il m'offre un silence qui m'angoisse. Il devrait venir caresser ma joue, embrasser mon front et me dire que je suis le seul qui tient son coeur entre ses mains, mais non, il reste là, à me veiller, comme une silhouette impassible, un simple observateur qui surveille le prince délirant…. En cet instant, il n'a rien de mon amant attentionné qui passait sa cape sur mes épaules quand il me voyait frissonner et qui le soir venait se glisser entre mes draps et bras pour me réchauffer. Non, en cet instant, il n'a rien du Baldec qui m'aime et qui devrait être là, à me rassurer alors que la transformation vient de se terminer… Car c'est le cas n'est-ce pas ? Steve et les jours derniers n'étaient que les fragments d'un cauchemar proche du délire que j'ai dû subir à cause de la fièvre, pas vrai ? C'est forcément le cas… Et pourtant, Baldec n'est pas là pour me rassurer, il m'observe longuement mais ne dit rien, comme si il n'osait pas m'avouer ce qui m'a poussé à le blesser dans mon cauchemar. Une larme perle au coin de mon regard et le souffle court, à deux doigts d'éclater en sanglot, je commence à le supplier, à lui réclamer ce qui aurait déjà dû traverser ses lèvres.

"Tu m'aimes… Hein ? Baldec… Dis-moi que tu m'aimes… Je t'en prie…."


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Dim 12 Fév - 13:15
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Stucky
Le regard méfiant de la guérisseuse me perce autant qu'une dague pourrait le faire alors que je me tiens dans sa chaumière, devant courber la tête pour ne pas heurter les poutres du plafond, et ne pas avoir le nez dans une foule d'herbes et de plantes qui sèchent en attendant la bonne saison, ou le fait d'être préparés et mis en pot. La petite femme m'observe de longues secondes, avant de reconnaître mon plastron, et les armoiries qu'il me pèse tant d'arborer. Je la sens se détendre, et de la suspicion elle passe à l'inquiétude, comme un nuage couvre le soleil d'été en l'espace de quelques secondes.

Le prince? C'est le prince qui vous envoie?
Pas vraiment ma bonne dame. Il est très malade, et le roi a interdit aux médecins du palais de s'occuper de lui. Seulement... seulement il se meurt, et je ne peux pas le laisser comme ça.
Vous voulez dire que personne ne vous a demandé de venir? Et que personne au palais ne se soucie s'il va mourir ou vivre?
Exactement madame...


Je l'entends grogner et tourner les talons, s'approchant de ses étagères chargées de bocaux et de flacons. Je la suis du regard, examinant tout ça avant de retenir une grimace en voyant qu'il y a un serpent baignant dans un liquide bleuté sur une des étagères, et je l'entends à peine alors qu'elle reprend, d'une voix aussi douce que de la pierre à poncer.

Qu'est-ce qu'il a?
Il... de fortes fièvres qui le font délirer. Il est à peine conscient pendant des jours. Il ne mange pas... et ne boit pas si je ne le fais pas boire... Mais le pire c'est la toux. Une toux déchirante qui le secoue tout entier et qui lui fait cracher du sang...


Elle pince les lèvres, et commence à attraper fioles et bocaux, étalant le tout sur la lourde table de bois installée non loin du feu. Je la regarde, fasciné par son agilité malgré son âge, et ses mouvements sûrs et précis, et c'est seulement au bout de quelques minutes à s'activer qu'elle a l'air de se rappeler de mon existence.

Installez vous quelque part. J'en ai pour un moment.

J'obéis, ôtant alors ma cape et mon plastron et soupirant de soulagement. Il fait une chaleur d'été ici, et je suis bien trop couvert. Je m'assieds donc, la regardant toujours piler, broyer, ajouter et peser soigneusement des herbes, des huiles et autres. C'est seulement après un temps que je remarque qu'elle n'est pas seule à vivre ici. Je remarque une gamine aux cheveux roux et aux yeux verts qui m'observe depuis la trappe menant à l'étage, sans dire un mot, et discrète comme un petit furet.

Bonjour demoiselle...

Elle disparaît et j'ai un léger rire, entendant ses pas légers sur les planches. Je finis par somnoler avant qu'elle ne me réveille d'un léger coup sur l'épaule, et je sursaute. Elle me tend un linge contenant plusieurs flacons et m'explique en détail quoi faire avec, quand et comment les administrer. Je file ensuite dans la nuit, rentrant sans trop de dommage et me glissant jusqu'à la chambre du prince qui délire encore, Par chance il est assez mal pour se laisser faire, alors que je laisse couler quelques gorgées de la potion entre ses lèvres rougies par la fièvre avant d'étaler du bout des doigts l'onguent sur son torse encore plus fin. Et tout du long je l'entends divaguer. Si au début ses mots n'avaient pas de sens, en y prétant plus attention et quand son souffle se fait plus profond, j'entends. Et j'apprends.

Je manque même de tomber à la renverse quand ses paroles se font plus claires et que je comprends. Que je comprends beaucoup de choses en quelques mots à peine. Baldec. Lui. Ce qui se passait entre eux. Brutalement ses mots me font mettre la lumière sur leur relation, sur pourquoi ils s'entendaient aussi bien, et pourquoi Baldec était la seule personne que James supportait, et appréciait. Ils s'aimaient. Et plus que cela, ils étaient amants... Et s'il a l'air de revenir à une forme de conscience, il ne me reconnaît pas, mais s'adresse à moi comme si j'étais lui... comme si j'étais son ancien capitaine disparu. C'est un autre prince que je vois, blessé, vulnérable, qui pleure la mort de quelqu'un à qui il tenait... et j'ai pitié de lui en le voyant ainsi, surtout que dans sa fièvre il attend une réponse de ma part. Il faut que je réagisse pour l'apaiser. J'hésite une seconde avant de caresser sa joue, réprimant une grimace de dégoût mais parlant d'une voix douce.

Je suis là mon prince... je suis là maintenant...

Puis il me demande, enfin il lui demande une lui faire une déclaration et j'hésite. C'est mal. C'est un péché. Ca ne devrait pas être possible et encore moins normal... Pourtant il doit se calmer et se reposer, et il n'y a qu'une façon de faire ça... Je frissonne avant de me pencher sur lui et déposer mes doigts sur ses lèvres pour lui donner l'impression d'un baiser avant de murmurer, gêné.

Je t'aime aussi James. Maintenant dors... tu dois te reposer. Fais ça pour moi...

Et je remonte les couvertures sur lui, y ajoutant ma cape avant de remettre une bûche dans le feu, et de le veiller, assis près du lit.

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Lun 13 Fév - 13:17

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Le trône du dragon

Les secondes passent et il ne dit rien, me laissant angoisser entre les bras de la fièvre qui me tient encore tout contre son coeur et de mes draps, devenus les serpents qui m'entravent et m'étouffent. Un gémissement m'échappe tandis que je tente de garder les yeux ouverts pour mieux contempler celui qui m'a tant manqué et qui en cet instant, au lieu de me rassurer et de venir s'allonger à mes côtés pour me consoler, se contente de me fixer comme si il ne savait plus comment m'aimer. Un frisson me fait claquer des dents, et le souffle court, j'essaye de parler à nouveau, n'ayant en réalité pour seuls mots qu'un enchaînement de sons pathétiques qui se bousculent sur le bout de mes lèvres gercées. Une larme roule sur ma joue tandis que je réalise qu'il n'a peut-être plus la force ou l'envie de venir délicatement caresser ma joue, peut-être a-t-il sur le coeur cette envie de me dire qu'il est temps pour nous de cesser de batifoler l'un avec l'autre comme il ne peut s'empêcher de me le rappeler si souvent quand j'ose lui dire queue le trouve magnifique et qu'aucune femme ne saura le remplacer dans mon coeur. "D'autres yeux feront chavirer ton être, James…" Voilà ce qu'il disait, la dernière fois que nous étions tout les deux allongés dans ce lit, à nous enlacer. "Je ne suis qu'un premier amour qu'il te faudra oublier pour celle qui un jour va régner à tes côtés." Un autre gémissement m'échappe et enfin, je sens sa main doucement effleurer ma joue. Un frisson de plaisir et de crainte me fait trembler, là où lui apprécie à peine de sa paume la courbe osseuse de ma mâchoire. Un soupir glisse d'entre mes lèvres et mes doigts si frêles viennent se poser sur son poignet, le forçant à maintenir ce contact dont j'ai tant besoin en cet instant. J'ai un léger sourire en l'entendant et n'ai qu'un murmure pour lui, quelques mots qui semblent douloureux.

"Je sais… Je te vois… Tu es là… Donne-moi mon baiser… Je t'en prie."

Dis-moi que tu m'aimes. Dis-moi que tu ne veux que moi et que tu ne partiras plus, que tu ne quitteras plus jamais mon chevet et que pour les jours à venir, tu ne verras que moi. Dis-moi tout cela alors qu'incapable de te le demander, je me retrouve à tousser à nouveau jusqu'à m'en briser les côtes. Un geignement m'échappe et enfin, je le vois se pencher vers moi. C'est ça, viens à moi mon amour… Je tente de sourire et tends faiblement vers lui une main pour la glisser dans sa nuque là où je ferme les yeux pour accueillir son baiser du bout des lèvres. Très brièvement, je me sens aimé à nouveau avant qu'il ne recule, décrétant alors en un murmure qu'il est temps pour moi de me reposer, m'arrachant de c fait un dernier sourire fatigué là où lui me couvre autant de mes draps que de sa cape.

"Pour toi je ferais tout… Tu le sais bien…." Une légère quinte de toux m'empêche de poursuivre et me sentant subitement faible, je ferme les yeux, lui murmurant une dernière fois de rester à mes côtés tandis que je sombre dans un profond sommeil, perturbé par instants par des cauchemars qui n'ont de sens que lorsque je dors.

Et finalement, je m'éveille, après de longues heures, peut-être une journée, me sentant faible mais libéré de cette toux qui jusque-là me brisait les côtes. Un soupir de lassitude glisse d'entre mes lèvres et incapable de supporter d'être allongé une minute de plus, je me redresse ou du moins j'essaye, croisant alors le regard de Steve, qui assis non loin de mon lit, pique à moitié du nez, sûrement tué par l'ennui de devoir veillé le prince délirant pendant des heures. Je grogne doucement et lui fait signe d'approcher, juste pour m'aider à au moins m'assoir dans mon lit.

"Je vous dérange ? C'est trop demandé d'avoir un peu d'aide ?"

Je m'accroche à moitié à lui une fois qu'il est à mes côtés, me hissant difficilement hors des draps pour être capable de m'assoir sur le bord du lit, posant de ce fait mes pieds sur la pierre glacée et presque humide. Un frisson court sur ma peau et je plisse le nez face à l'odeur âcre que je dégage, repoussant alors du bout des doigts en grognant.

"J'ai besoin d'une servante, allez en chercher une au lieu de me regarder ainsi. Ça m'agace. Je sais dans quel état je suis."

Je montre presque les dents tandis que je tente de me lever, en vain car incapable de faire plus que de chanceler et de retomber lourdement sur mon lit, encore faible et tremblant comme l'enfant malingre que je suis. Agacé je referme mes doigts sur mes draps et me venge alors sur Steve, qui en plus d'être blanc comme un linge me regarde avec un inconfort qui me fait froncer les sourcils.

"Qu'y a-t-il ? Il s'est passé quelque chose pendant que j'étais…" Je cherche mes mots un instant, pinçant les lèvres comme si je venais de mordre dans un citron. "… Disons quelque peu incapable d'assurer mes fonctions de prince ?"

Je tente de lever le menton pour le toiser, parfaitement conscient qu'il va trouver ça ridicule et pour une fois, comment lui en vouloir ? Tout le monde ici sait qu'en tant que prince, je ne sers qu'à être un héritier que l'on enveloppe parfois dans quelques étoffes précieuses pour l'exposer aux yeux du peuple qui voit en lui une douce créature aussi belle que fragile qu'il faut chérir, pas un futur roi qui déjà s'occuper de gérer ce royaume sur lequel il règne depuis déjà des années. J'observe Steve et constate son silence, m'agaçant au fil des secondes de voir qu'il ne semble pas vouloir me répondre et pire, être gêné par quelque chose qui aurait pu se passer. Je serre les dents et plonge mes prunelles dans les siennes, reprenant d'un ton cassant.

"Qu'est-ce que vous me cachez ? Et ne me dites pas rien. Je ne suis franchement pas d'humeur à m'entendre dire que tout va bien alors que vous avez la tête de quelqu'un qui a le coeur au bord des lèvres. Alors crachez le morceau de suite."


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Dim 26 Fév - 10:13
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Alors c’était donc ça. C’était donc ça le secret du prince, le secret de leur entente, à James et Baldec son cher capitaine de la garde, la seule personne de tout le palais qui avait grâce à ses yeux couleur de ciel d’hiver. Ils s’aimaient. Voilà pourquoi ils s’entendaient aussi bien. Voilà pourquoi, quand je les voyais de loin, je les surprenais toujours en train de rire, et le prince de lui sourire comme il ne souriait à personne d’autre ici. Et alors que tout ceci explique pas mal de choses, cela entraîne également son torrent de nouvelles questions. Comment ont-ils pu cacher cela ? Le roi était-il au courant ? Cautionnait-il cela ? Et surtout… comment cela a pu se produire ? Comment, face à cet interdit, ont-ils pu succomber. Et aussi, qui a réalisé son…attirance le premier ?

Une chose est sûre, le regard que je porte sur lui à présent est différent. Plus dégoûté ou plus apitoyé par cette histoire d’amour, parce que c’est ce que ça semblait être. Enfin pour lui. Parce que nous étions tous au courant que Baldec était un homme à femmes qui disparaissait souvent de nos soirées bien arrosées pour suivre une jeune servante au sourire charmant et aux formes appétissantes. Enfin… je serre les dents et hésite avant de murmurer des mots d’amour qui sonnent bien trop faux, et feindre un baiser simplement pour apaiser son esprit fiévreux. Un délire de malade…

Et le voilà qui joue l’amoureuse transie, celle qui soupire et qui pleure auprès de l’homme de ses pensées, et je réalise alors qu’il a dû tant souffrir en apprenant que Baldec était mort. Serait-ce pour ça qu’il me fait vivre un enfer ? Aucune idée mais même si c’est l’explication qui se cache derrière son comportement, elle est indigne d’un prince. Triste ou pas, il n’a pas à traiter ainsi ses sujets, surtout ceux qui, comme moi, sont là pour protéger sa vie au péril de la leur… Enfin après un baiser feint sur ses lèvres de serpent j’arrive à le convaincre de dormir. Et par chance les potions de la vieille guérisseuse sont efficaces. Sa respiration se fait moins sifflante, son souffle plus profond, et surtout, sa toux se calme petit à petit. Bien… c’est bien. Il semblerait qu’il soit tiré d’affaire…

J’assure mon tour de garde, je suis remplacé avant de revenir à son chevet. Il dort toujours, mais son visage a repris des couleurs et il n’y a plus de roses sur l’oreiller qui a été changé. Je somnole près du feu et sursaute en entendant du bruit venant du prince, et mets une seconde à réaliser que ça y est, il est de retour parmi les vivants. Il a perdu son regard vague et fiévreux et bizarrement, à peine il ouvre la bouche que je regrette ses gémissements ou ses soupirs qui eux, au moins, n’étaient pas des attaques directes envers moi. Je me lève et m’approche de lui, le laissant s’agripper à mon bras pour se redresser, et l’aide à s’asseoir au bord du lit.

Je suis content de voir que vous allez mieux messire.

Pourtant je serre les dents alors qu’il se remet à parler, et pendant quelques secondes je me demande si j’aurais vraiment dû aller chercher ces potions…

Je ne peux pas faire deux choses en même temps messire, et je préfère d’abord être sûr que vous tenez assis sans danger.

Il grogne et grimace alors que je me recule de lui et passe la tête par la porte, appelant une servante qui nous rejoint rapidement.

C’est normal messire, vous avez été malade longtemps…

Sauf que le petit arrogant continue, ose me défier du regard et continue à me chercher des noises. Je serre le pommeau de mon épée pour m’éviter un geste maladroit à l’encontre de sa joue et serre les dents.

Rien messire.

Je reste planté face à lui, nos regards se croisant dans une bataille muette chargée de déterminer qui va avoir l’ascendant ou non. Et même si je suis plus grand et plus fort, il est le prince, et c’est une évidence qu’il va gagner cette bataille…

Vous avez été malade et vous avez déliré. Je… je suis allé chez la guérisseuse pour vous ramener de quoi vous soigner, étant donné que votre père interdisait votre chambre aux médecins. Maintenant vous allez mieux, c’est bien.

Et j’espère que ce petit aveu va détourner les soupçons de sa part, ou tout du moins lui faire oublier de me questionner sur ce qu’il aurait pu dire ou faire pendant sa fièvre…

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Jeu 20 Avr - 16:26

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Ce qu'il m'apprend devrait me faire serrer les dents et peut-être hurler une ou deux paroles désagréables, mais voilà, en apprenant qu'effectivement mon père a décidé de me laisser mourir et que mon rétablissement n'est le fait que de l'homme qui se tient face à moi, j'avoue n'être capable de rien à part de baisser les yeux et de pincer mes lèvres abimées par la fièvre et me dents, me contentant ainsi de ne laisser échapper au début qu'un simple frémissement de terreur. Père en est là désormais… A m'humilier et à clairement faire entendre au reste de la cour que ma chambre n'est plus qu'un mouroir dans lequel il me faut trépasser en silence et dans l'indifférence générale. Faiblement, mes phalanges malingres deviennent blanches quand mes doigts se referment autour de mes draps sales tandis que face à se chevalier que je hais, je redeviens un enfant fragile qui a toujours fait semblant d'être mauvais comme le monstre qui sous sa peau vit, mais n'est en réalité qu'une pauvre créature malade que l'on martyrise depuis bien trop longtemps. Difficilement je déglutis et alors que je tente d'assimiler les mots qui ont glissés d'entre ses lèvres, je trouve en moi le courage d'avoir pour lui des mots et une douceur qui n'étaient jusque-là que des privilèges réservés à l'homme que j'aimais.

"Je ne sais comment vous remercier… Vous n'aviez pas à faire ça Steve… Surtout pas après…. Ce qui est arrivé."

Un frisson fait trembler mes épaules, prélude à un silence que je laisse planer entre nous et qui n'est rompu que par l'arrivée de la domestique qui bredouille faiblement qu'elle est à mon service. Agacé par ma propre faiblesse et par les mots que j'ai eu pour Steve, je grogne faiblement et claque des doigts pour faire venir à moi plus vite la pauvre jeune femme qui doit être à notre service depuis peu.

"J'ai besoin d'un bain. Prépare la salle d'eau et de quoi me changer. Tu restera pour me préparer convenablement."

La jeune femme hoche simplement de la tête avant de disparaitre, me laissant seul avec Steve sur qui je darde mon regard de glace.

"Allez aussi vous rafraîchir, vous en avez besoin. J'attendrais votre retour… Mais avant… Aidez-moi juste à me lever."

À nouveau, je n'ose croiser son regard, car trop gêné d'être ainsi dépendant et redevable d'un homme que jusque-là je méprisais et rabaissais sans cesse… Jusqu'ici, je pouvais jouer les braves avec lui et cracher à son visage mon dédain et ma rage sans craindre la moindre représailles, mais voilà, depuis cet accès de faiblesse, depuis l'instant précis où il a vu mon père éclater ma lèvre d'un revers humiliant de la main, il a vu que j'étais loin d'être une vipère que l'on doit craindre, mais une simple couleuvre qu'il est en réalité aisé de museler et de tuer. Au moment-même où il m'a vu terrassé par la maladie et mes larmes, il a compris que je n'étais plus rien et désormais conscient de cela, je réalise que j'ai perdu le peu de pouvoir que j'avais et qu'à partir de maintenant, je ne serais rien de plus à ses yeux qu'un sale gosse qui tape du pied et hurle quand il n'a pas ce qu'il veut. Et plus je tenterais d'être mauvais à ses yeux, plus il se souviendra que je viens de passer deux jours à délirer et à souiller mes draps. Pire… Il aura sur le bout des lèvres l'ultime vérité qui à chaque fois me clouera le bec. "Vous êtes en vie parce que j'ai eu pitié de vous et que je suis allé chercher des remèdes pour vous sauver. Vous me devez la vie." Un haut-le-coeur me saisit presque alors qu'il approche et m'aide à me redresser, allant même jusqu'à me soutenir tandis que je chancèle, encore trop faible pour être réellement capable de marcher seul.

"Merci… Je vais me débrouiller… Filez maintenant."


J'esquisse un vague geste de la main, le regard encore fuyant tandis que sans lui, j'esquisse un premier pas, hésitant et maladroit, pour finalement raser les murs pour arriver tant bien que mal dans ma salle de bain. Dans celle-ci, je trouve la domestique qui m'y attend et sans un mot, j'accepte autant son aide que ses doigts sur ma peau. Comme si je n'étais qu'une poupée de chiffon, je me laisse faire et ainsi être dénudé par une femme qui n'ose poser son regard sur ma frêle silhouette, comme si elle craignait qu'ainsi elle puisse attirer mon attention et ainsi s'attirer une colère quasi-divine. Sur elle, je me pose mes prunelles alors que dans l'eau brûlante je pénètre.

"Je ressemble à tout homme que tu pourrais voir. Je n'ai rien de divin dans mon anatomie, alors je t'en prie… Au lieu de voir dans ma silhouette une quelconque perfection que tu ne peux contempler, occupe-toi de me laver les cheveux… J'ai trop mal aux bras pour le faire seul."


Mes doigts se referment autour de l'éponge et du morceau de savon que l'on m'accorde, et alors qu'elle s'incline et bredouille avant d'obéir, je recouvre la crasse sur ma peau d'une délicate couche de mousseuse dont l'odeur de lilas m'arrache un léger sourire. Mère adorait cette odeur, et alors que je savonne mon être, en écoutant doucement les babillages de la jeune femme qui se sent obligée de complimenter ma chevelure, je nettoie ainsi mon être de toutes souillures et quand autour de moi l'eau devient tiède et que ma crinière est enfin séchée puis brossé, je quitte la cuve d'eau, allant m'enrouler dans une serviette pour mieux mépriser la tenue grossière qu'elle me tend.

"Je dois voir mon père, j'ai besoin de quelque chose de plus… Digne pour un prince.

- Je suis désolé Messire, nous n'avons rien d'autre… Le roi… Votre père… Il nous a interdit de vous faire porter autre chose…."

Je grince des dents et finis par céder, acceptant de me glisser dans cette tenue de servant avant de congédier la jeune femme pour me retrouver enfin seul dans ma chambre. Sur le lit je me laisse retomber et après un long soupir, je viens contempler le vide qui m'entoure, regrettant alors amèrement la présence de Steve, qui si il n'est pas Baldec, aurait au moins été là pour ne pas me donner l'impression de vivre dans une cellule. Du bout des doigts, je commence à jouer avec mes draps, cherchant à passer le temps jusqu'au retour de mon Capitaine. Quand la porte s'ouvre, je me lève et lui fais signe de pas penser une seconde à s'installer.

"Votre cape."

Je tends la main vers lui et récupère sans trop attendre le lourd morceau de tissu dans lequel je m'enveloppe sans honte, espérant ainsi masquer derrière le rouge de cette cape, l'immonde tenue que père exige de me faire porter pour un peu plus m'humilier et surtout pour me rappeler qu'à tout instant, je ne pourrais devenir rien de plus qu'un prisonnier qu'il laisserait croupir au fond d'une geôle et non plus ce fils qu'il devrait aimer. Du coin de l'oeil j'observe Steve et toujours dérangé par sa bonté, je me contente de lui faire signe de me suivre. Sans un mot je commence à déambuler dans les couloirs du palais, me dirigeant simplement vers le bureau de mon père, auquel je toque pour simplement avoir le droit à sa porte qui s'entrouvre et à sa voix qui s'élève gravement dans l'air.

"Que veux-tu, encore ?" me dit-il simplement.

Un frisson dévale le long de mon échine et difficilement, j'entrouvre les lèvres, comme le gamin apeuré à l'idée de faire pire que mieux et d'avoir le droit à un autre coup.

"Votre pardon…"

Il lève les yeux sur moi et je cesse de respirer en contemplant le sourire satisfait et le fait qu'il ordonne à tout le monde, y compris Steve de nous laisser tout les deux. Je lève les yeux vers mon Capitaine et du regard, je laisse malheureusement échapper une peur qui teinte mes iris me fait en silence le supplier de ne pas me quitter.



Pour le père:
 
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Lun 22 Mai - 21:15
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Oh mon prince…chaque jour qui passe, entre chaque passage du soleil puis de la lune j’apprends des choses. Je le vois maintenant complètement différemment, et je me demande si quelqu’un à part Baldec a vraiment su qui il était jusqu’à présent, si quelqu’un à part lui avait complètement connu les tréfonds de son âme sans rien de caché ou de repoussé. Et brutalement, alors que je l’observe habiller maladroitement son corps pâle comme le lait et fin comme un brin de roseau, je me dis que de toute la Cour je suis peut-être celui qui en sais le plus sur lui. Qui a eu l’aperçu le plus important de ce qui se passe dans son cœur et dans son être. Et encore, quelque chose me dit que je ne suis pas au bout de mes surprises… Il est comme un lac sans fond, dans lequel on hésite avant d’aller nager.

Le voilà, tout juste sorti des bras de la mort, qui a passé de longues heures allongée près de lui et qui était sur le point de lui donner son baiser funeste, et il n’a même pas chassé le goût de caveau de ses lèvres  qu’il est déjà en train de me faire des critiques et des reproches, comme si le fiel en lui s’était accumulé pendant ces jours de délire, et il faut qu’il le déverse sous peine d’expirer. Comme si c’était plus fort que lui… Je laisse glisser une, puis deux attaques, tentant de les ignorer, avant de soupirer lorsque la dernière est celle de trop. Et même si je n’aime pas les lauriers et la gloire, quelle meilleure revanche de voir la réaction de l’autre quand il apprend qu’il a la plus immense dette de l’univers envers vous : la vie ? Eh oui mon prince, tu me dois la vie, à moi, misérable soldat que ton père paie pour que je veille sur toi, moins que rien à tes yeux, et pourtant, à chaque fois que tu me verras, à chaque fois que tes pupilles de glace se poseront sur moi, tu te rappelleras. Tu te rappelleras que tu me dois quelque chose, qu’à partir de maintenant tu devras tenir ta langue et la ranger dans son fourreau, même si tu meurs d’envie de m’attaquer avec, car je n’aurais même pas besoin d’un mot pour te rappeler. Et tu ne pourras rien faire car tu te sentiras incapable de me blesser, de m’attaquer sans te sentir mal ou coupable. Je ne l’ai pas fait pour ça, mais c’est une carte que je n’hésiterai pas à jouer si tu me provoques mon prince…

Et à peine l’aveu fait, je suis surpris de  voir à quelle vitesse l’expression de son visage change, comme si une partie du poids qu’il porte en permanence sur ses épaules venait d’être ôté. Et la lueur mauvaise qui habite en permanence ses prunelles s’éteint comme la flamme d’une bougie qu’on souffle. Je ne m’attendais vraiment pas à ça, à une gentillesse qui n’a pas l’air feinte, même si je me méfie de lui.

Ce…ce n’est rien messire. Je ne pouvais pas vous laisser mourir…

C’est bien que tu le reconnaisses mon prince. C’est bien que quelque part dans ton esprit tu graves en lettres d’or que rien ni personne ne m’a obligé, et encore moins demandé d’aller voir la guérisseuse. Je l’ai fait parce que je l’ai voulu. Retiens cela. Rappelle-toi bien… Quelques secondes flottent avant qu’une jeune servante n’arrive, comme un faon de printemps, un peu maladroite mais fine et discrète. Elle vient rapidement préparer le prince qui n’ajoute rien, avant de disparaître dans la salle de bains. Je la suis du regard avant d’aller me planter devant une fenêtre, et observe la cour et ses va-et-vient plutôt que de risquer de faire encore une chose qui lui déplaise et qu’il me le fasse sentir. Sa voix s’élève à nouveau dans la pièce dépouillée, et après son comportement envers la petite servante je m’étonne de l’entendre se préoccuper de moi. Je croise son regard, me tournant lentement et hoche la tête, montrant ma reconnaissance.

Merci messire. Il y a en effet eu de longues nuits récemment…

Sans rien ajouter je viens près du lit souillé et l’aide à se lever. Mon bras se glisse sous le sien et je le surveille alors que ses deux pieds se posent sur les dalles froides de la pièce privée de tapis. Je commence à le guider jusqu’à la salle de bains mais après un pas le voilà qui me repousse lentement, me disant d’aller m’occuper de moi avant de revenir. Il a perdu la bataille qu’il menait contre moi et il le sait. Le voir me gêne. Peut-être… peut-être que ma vue lui sera trop pénible, peut-être en aura-t ’il bientôt assez de se rappeler sans cesse ce que je lui dois et qu’il me renverra parmi les gardes ? Oh ce que j’aimerais ça… Ce que j’aimerais… mais je ne veux pas me réjouir pour rien… Je sors donc, glissant dans les couloirs le cœur léger. Le calvaire s’adoucira peut-être…

Je reviens un peu plus tard, le temps d’un crochet par les cuisines pour manger un bol de ragoût fumant, et de boire une chope de bière. Je toque et me glisse à l’intérieur de sa chambre toujours aussi dénudée. J’ai à peine le temps de faire un pas à l’intérieur qu’il me demande ma cape, et sans vraiment réfléchir je la lui tends. Qu’est-ce qu’il mijote ? Qu’est-ce qu’il peut bien préparer ? Je comprends bien vite en le voyant resserrer soigneusement les pans de laine grossière sur de son torse : il a honte de sa tenue. Il ne veut pas que les autres courtisans le voient ainsi, vêtu comme un serviteur. Et si je me dis que la leçon serait profitable, ma pensée ne quitte pas mes lèvres et je le suis alors qu’on quitte son antre pour rejoindre les appartements du roi.

J’avoue être un peu mal à l’aise. Je n’ai pas envie d’être le témoin d’une nouvelle dispute violente entre le père et le fils, mais je n’ai pas le choix. Alors je le suis, espérant juste que je n’en paierai pas le prix plus tard, et entre à sa suite dans le bureau du roi.

Et si j’étais étonné jusqu’à présent, je manque de lâcher mon épée en entendant notre cher prince s’excuser platement. Eh bien, voilà quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas… Mais alors pas du tout. Notre James faire preuve d’humilité et reconnaître ses torts… un premier pas vers une vraie attitude de prince ? Peut-être. Je le souhaite, pour lui mais surtout pour nous… Le roi repose sa plume, le sourire aux lèvres et nous demande de sortir. Un silence envahit la pièce mais personne n’ajoute quoi que ce soit. On se contente d’obéir sagement, personne n’osant remettre en question un ordre royal.

Mon fils, il semblerait que ces quelques jours passés dans le dénuement aient porté leurs fruits. Tu as de grands privilèges et c’est important que tu ne les oublies pas. Cependant… il n’y a pas qu’envers moi que tu t’es montré… indigne de tes fonctions de prince. A la fête de l’hiver tu présenteras tes excuses à toute la cour, et après cela, tu retrouveras tes biens et tes privilèges. Sommes nous d’accord mon fils ?

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Mar 23 Mai - 17:11

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Le trône du dragon

Tout file entre mes doigts. Autant Steve que mon courage m'abandonnent et si pourtant je suis couvert de la cape en laine de mon Capitaine, voilà que je me surprends à frissonner, puis à trembler alors qu'en tête-à-tête avec mon père je me retrouve, à regretter surement les quelques mots que j'ai difficilement articulé pour celui qui se dit être la seule personne capable de m'accorder l'once d'attention au monstre que je suis. Difficilement, j'arrive à déglutir tandis qu'il s'autorise un sourire qui fait naitre sur mon échine malingre un frémissement de terreur. Il sait. Il sait qu'il a gagné et que désormais, peu importe mes bravades et coups d'éclats, il sait que j'en viendrais toujours à ramper pour lui et à baiser ses phalanges pour espérer obtenir de sa divine personne ce qu'il ne voudra et ne saura jamais m'accorder. Son amour, son pardon... Tout ça me sera à jamais refusé. A ses yeux, je ne serais jamais plus que la bête immonde qui causa la perte de sa tendre bien-aimée, je ne serais jamais plus que le serpent à son sein s'est nourri et qui dans son coeur a fait naitre le poison qui l'a un jour poussé du haut de cette falaise. Je baisse les yeux, ne voulant pas croiser ses prunelles alors que sa voix, grave et emplie d'une certaine joie se fait entendre, comblant ainsi le silence qu'il remplace par sa propre victoire sur le monstre qu'il aimerait voir terrassé et écarté de se trône qu'il ne veut pas quitter. Et incapable de lui tenir tête à nouveau, je subis son jugement et me contente de serrer les dents en apprenant qu'en plus de devoir être l'attraction qui ravira le peuple, il me faudra courber l'échine pour les courtisans qui me méprisent, et ainsi perdr ele peu de dignité et de pouvoir qui me restaient, ne devenant enfin que l'ombre d'un prince, une figure grotesque dont on se moque quand il n'est plus de mode de parier sur les prochaines servantes qui se feront besogner par l'un des chevaliers de la cour au détour d'un couloir ou sous l'ombrage généreux d'un arbre. L'humiliation à venir fait monter à mes joues un peu de sang, et si encore je tremble sous mes vêtements grossiers, je n'arrive point à me révolter, préférant à la place me redresser et offrir à mon père un air peiné qui au lieu de lui arracher un peu de compassion le fait simplement sourire un peu plus.

"Nous le sommes..."

Pour l'instant. Parce que je n'ai pas le courage de le défier et pas le force d'encaisser une autre gifle qui abimerait un peu plus mon être déjà mal en point. Il gagne, oui, remporte cette bataille et sûrement une partie de la guerre que nous nous menons depuis des années, mais ne peut se glorifier d'avoir été meilleur que son fils.... C'est par forfait qu'il m'a eu et le jour venu, il regrettera de ne pas m'avoir brisé pendant qu'il le pouvait encore.

"Mais.... Il reste une semaine avant les festivités et... J'aurais besoin de certaines choses.... Comme....
- Après, James."

Le souffle coupé, je le retiens désormais en comprenant que les négociations sont terminées et qu'en ce lieu je ne suis plus le bienvenue. D'un hochement de tête, je lui fais signe que tout est clair et tourne simplement les talons là où lui se replonge dans ses affaires, sûrement satisfait d'avoir ainsi obtenu ce qu'il voulait. Sans un mot, je quitte son bureau et retrouve derrière la porte de celui-ci Steve. Nos regards se croisent rapidement et si j'entrouvre les lèvres dans l'espoir de lui cracher au visage sa propre lâcheté de m'avoir ainsi abandonné, je n'ai au final pour lui qu'un long silence qui n'est dérangé que par un soupir de ma part au moment-même où, toujours enroulé dans sa cape, je retourne jusqu'à ma chambre. Pour lui je n'ai ni regards, ni mots, ni d'attention. Il devient une silhouette qui me poursuit, une dette qui sans cesse me susurre que sans lui, le royaume préparerait peut-être déjà mes funérailles. Je l'ignore jusqu'à ce que devant ma porte nous n'arrivions. Là, je fais délicatement glisser sa cape de mes épaules et lu la tends, sans prendre la peine de croiser son regard.

"Vous avez la semaine. Rumlow prendra votre place pour veiller sur moi. Nous nous reverrons pour la fête de l'hiver."

Dans sa main j'abandonne l'épaisse cape en laine avant de me glisser dans ma chambre que je ne quitterais pas pour la semaine à venir. Au sein de celle-ci, je m'enferme, passant jours et nuits en compagnie du silence et de la solitude, où dépourvu de mes biens, je me contente de longuement observer par ma fenêtre le givre gagner les jardins quand je ne cherche pas la compagnie de Baldec dans mes songes. Le temps lui même semble se suspendre et allonger la durée des journées qui ne semblent jamais se terminer. Même lors des maigres repas que l'on m'apporte, je ne sais trouver de quoi me réconforter et si plus d'une fois, l'idée de tenter de m'échapper est tentante, elle est bien vite balayée par la réalité, qui douloureusement me rappelle qu'aux écuries je serais arrêté et que jamais je ne pourrais quitter l'enceinte du château sans une escorte. Ainsi, j'en finis par refuser de m'alimenter, n'ayant pas le coeur à ingurgiter une autre cuillerée de bouillie infâme et à peine tiède. Chose qui d'ailleurs fait râler ma gouvernante, qui à l'aube de ce premier jour d'hiver, entre sans se faire annoncer pour mieux m'expliquer que je ne devrais pas faire la fine bouche en ce jour. Et si j'ai le temps de lui grogner que je n'ai pas faim, voilà que je me retrouve incapable de refuser le bol qu'elle met entre mes doigts et qu'elle me force à manger alors qu'elle me déshabille à moitié pour mieux me faire prendre mon bain.

"Je hais cette fête stupide....
- Comme tout le monde au château mon prince, mais comme le grand garçon que vous êtes, vous allez y assister et mieux, éblouir le peuple de votre courage d'ainsi affronter le froid malgré votre santé fragile."

Je grogne à moitié, la bouche encore pleine.

"C'est stupide..." J'ai le droit à une tape sur l'épaule alors qu'elle recommence à savonner ma peau. "Pas la bouche pleine." me sermonne-t-elle avant de recommencer à passer sur ma peau un lait étrange qui en plus de la faire blanchir, lui fait avoir au touché la douceur du plus beau des nacres. J'avale ce que j'ai en bouche et alors qu'elle me retire le bol, je reprends. "En plus je vais devoir porter une tenue ridicule...." Elle soupire, me faisant comprendre qu'à ses yeux, c'est mon attitude qui est ridicule. Un peu plus je me renfrogne et ainsi que durant le reste des préparations, je me fais silencieux, acceptant à coups de regards mauvais et de moue disgracieuse le sort que me réserve les différentes domestiques qui tout autour de moi s'affairent en roucoulant et en se murmurant que si j'étais jusque là relativement charmant à observer, je me fais de plus en plus sublime au fil des secondes qui passent et des poudres et autres artifices que l'on applique sur ma peau. Car si celle-ci est déjà de nature laiteuse, elle se fait presque translucide face à l'espèce de talc que l'on applique sur ma personne quand il n'est pas simplement saupoudré dans mes cheveux pour donner l'illusion que ma chevelure entière est recouverte d'une fine couche de la plus fraîche des neiges. Et comme si tout ceci ne suffisait pas, voilà qu'il me faut me glisser dans des vêtements de soies blancs, qui au lieu de mettre en avant mon air princier, fait tout pour souligner ma silhouette trop fine et presque bien trop gracile, me donnant de ce fait des allures d'être androgyne. Mais l'instant où l'humiliation se fait la plus grande est celui où Steve se présente à ma porte et tombe alors sur les servantes, qui du bout de leurs doigts ou de leurs pinceaux, terminent de grimer ma personne de feuilles d'or qui font ainsi office de maquillage. Furieux, et peu désireux de l'entendre se fendre d'un rire qui me donnerait envie d'exiger que l'on désolidarise sa tête du reste de son corps, je plante mes prunelles dans les siennes et lui offre un regard aussi sombre que l'enfer tandis que du bout d'un pinceau, l'une des domestiques termine de donner une courbe plus féminine à mes lèvres désormais dorées.

"Capitaine."


Ma voix se fait sèche alors que l'on termine de s'occuper de mes cils et que l'on dépose avec délicatesse sur mon crâne, la couronne en or blanc composée de deux dragons enlacés au milieu d'un champs de roses. A celle-ci s'ajoute quelques feuilles de houx et autres baies qui ont été recouvertes de glycérine tandis que sur mes joues et tempes, on s'acharne à réussir à la perfection les arabesques qui terminent de signer la disparition du peu de virilité qu'il me restait.

"J'apprécie que vous ayez pris le temps de lustrer votre armure et de vous rendre présentable pour cette journée."

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Jeu 25 Mai - 22:42
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Les secondes passent, longues et lentes alors qu'on se retrouve tous dans le couloir bien malgré nous, les conseillers du roi et moi-même, alors qu'aucun de nous n'a demandé quoi que ce soit. On se regarde, un peu gênés, n'osant pas ouvrir la bouche de peur que le roi nous entendre, et qu'il trouve cela déplacé que l'on discute comme si de rien n'était alors qu'il se passe des choses importantes dans ce bureau. Un silence lourd qui s'impose de lui-même, alors qu'on échange des regards mal à l'aise, et tous, intérieurement, espérons que tout ça se termine bientôt. Et je crois que malgré nous on écoute tous, pour voir, ou tout du moins deviner comment se passe la discussion entre ces murs. Pas de cris. Pas de ton qu'on hausse. Les choses ont l'air de se passer plutôt bien alors... et en effet je vois le prince sortir, loin d'être extatique mais pas dans l'état dans lequel il était la dernière fois qu'il s'est retrouvé dans la même pièce... J'avoue que j'aurais aimé être une petite souris pour savoir ce qui s'est passé, ce qui s'est dit derrière la lourde porte en bois finement ouvragée mais bon, les choses ont l'air de s'être plutôt bien terminées et j'en suis étrangement content. La punition du roi a été plus que sévère et je pense que Bucky a compris la leçon. Je crois. Mon père a moi était bien différent du roi... c'était un homme droit et bon même s'il savait être dur et intransigeant pour d'autres choses. Il prenait le temps de jouer avec nous, de nous apprendre des choses et je garde de bons souvenirs de ces moments partagés, même s'il est parti bien trop tôt. Le roi lui... il ne vient jamais voir son fils, ne demande jamais de ses nouvelles, n'a pas vraiment l'air de s'inquiéter. D'ailleurs ,il était prêt à le laisser mourir, ce qui entre nous n'est pas rien... Pourtant c'est l'héritier, c'est à lui que va revenir la couronne alors...pourquoi une telle distance? Pourquoi un tel comportement envers lui? Je ne comprends pas...

Le prince s'approche de moi et entre exilés on se salue d'un signe de tête discret avant qu'eux retournent auprès du roi, et moi avec ma corvée répondant au nom de James... Je commence à lui emboiter le pas dans les couloirs déserts, et n'ose ouvrir la bouche tant que la sienne demeure obstinément close... Et une fois arrivé, c'est lui qui d'un geste sec me tend ma cape, sans même me regarder, et m'annonce froidement qu'il ne veut plus me revoir avant la semaine prochaine, me faisant remplacer par Rumlow. Et la seconde qu'il me faut pour comprendre et réaliser lui suffit pour me claquer la porte au nez, me laissant comme un idiot au beau milieu du couloir.

Bon sang mais que vient-il de se passer? Est-ce que son père lui a dit quelque chose et il s'est défoulé sur la première personne qui passait? Ou alors son attitude est liée au fait que je lui ai sauvé la vie et qu'il ne supporte pas de m'être redevable? Mon instinct me fait pencher pour la deuxième solution et j'avoue que je ne me retiens pas de sourire, ma cape entre les mains. Alors c'est ainsi. Mon prince détesterait tellement ne plus être celui qui contrôle tout qu'il en vient à ne plus pouvoir supporter ma vision, ma présence près de lui. Intéressant... voilà qui promet peut-être un changement d'affectation, et un retour vers mon équipe qui me manque tellement, et à des missions beaucoup plus intéressantes que de servir de nourrice à ce gamin pourri gâté. Cela plaisait peut-être à Baldec, mais pas à moi...

Une semaine passe, au cours de laquelle je profite de cette nouvelle liberté. Je retrouve mes camarades pour les entraînements, les repas, les soirées à boire une bière en racontant nos exploits, et même une petite mission non loin. Oh que oui, tout ça m'avait manqué... L'air pur, la nature, les camarades à qui on peut parler sans peser ses mots, sans craindre de se faire critiquer et mettre au cachot... L'esprit libre et pouvoir compter sur son équipe... Nous nous aventurons à quelques jours à cheval dans les montagnes, pour vaincre à troll particulièrement récalcitrant, qui bloque les routes marchandes et s'attaque aux convois et aux charrettes. Et la créature refuse d'entendre raison alors nous voilà obligés de le saouler grâce à gnaule d'un brûleur du coin, un certain Michemiche... Et après plus de peur que de mal et un piège tendu dans les arbres, la créature est vaincue, et les routes dégagées. Mais malheureusement mon repos n'est que de trop courte durée. Il faut trop vite rentrer au chateau, et beaucoup trop vite retrouver le jeune prince... A mon retour, je suis surpris d'entendre qu'il a passé la semaine entière dans sa chambre, sans sortir une seule fois... Bon sang mais je deviendrais fou si on m'enfermait comme ça, comme une tourterelle ou une colombe... J'ai besoin de sentir le soleil sur ma peau et la caresse du vent... Et une fois le pont levis franchi par nos montures fourbues du voyage je mets quelques minutes à comprendre pourquoi toute la cour semble autant agitée. Les fêtes de l'hiver... un des moments les plus importants de notre années, quand on prie les dieux de nous faire traverser ces jours plus longs et plus froids et nous permettre de retrouver une nouvelle année, plus douce et plus prospère... Sans ça, les pires choses pourraient nous arriver, peut-être même qu'un hiver sans fin s'abatte sur le royaume, signant notre arrêt de mort à tous...

Je soigne ma monture, et remonte mes affaires dans ma chambre, ayant tout juste le temps de prendre un bain et d'enfiler ma tenue à l'effigie du dragon que je me présente devant la porte du prince. Je soupire avant de toquer à la porte. J'entre en entendant des murmures de conversation et me fige face au spectacle qui s'offre à moi. Plusieurs servantes s'affairent sur notre prince qui est méconnaissable. Ses cheveux bien peignés ont été blanchis et saupoudrés de fausse neige, sa peau est encore plus pâle qu'à l'ordinaire, et ses lèvres ont déjà été peintes en or chaud, alors que leurs doigts fins et habiles tracent des arabesques compliquée à l'encre d'or sur sa peau. Sur le coup je suis saisi par sa beauté, on dirait une de ces princesses aux cheveux pales des contes qu'on me racontait étant enfant, et j'avoue que si je ne savais pas qui se cachait sous ce maquillage, et si je n'étais pas au courant que c'était un homme... je ne me serais pas gêné pour tenter ma chance auprès d'une demoiselle aussi charmante, si elle avait existé bien sûr. Il me jette un regard noir, sûrement honteux que je le voie ainsi et m'incline rapidement avant de refermer la porte.

Messire, j'espère que vous avez passé une bonne semaine et que vous vous êtes reposé de votre maladie...

J'entre et observe les cils qu'on enduit de blanc également, avant de poser sur sa tête une couronne sertie et ornée de joyaux agrémentée de feuilles de houx fraîches et de baies. Il est tout bonnement stupéfiant. Sa beauté est si irréelle que je reconnais à peine le prince que j'ai servi et veillé depuis presque trois semaines à présent. Ses mots me tirent de ma rêverie et je mets une seconde à répondre alors qu'il se lève et que les servantes lui fixent la lourde cape brodée de fils d'or et d'argent sur ses épaules.

Eh bien j'arrive tout juste d'une mission confiée par votre père mais je savais que je devais être présent alors... content que mon apparence vous plaise...


Je m'approche de la porte et l'ouvre pour le laisser passer, avant de le suivre dans le couloir.

Allez messire, dans quelques heures tout ceci sera oublié et vous serez tranquille jusqu'à l'année prochaine...

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Dim 11 Juin - 13:09

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Le trône du dragon

Une dernière arabesque est dessinée du bout d'un pinceau et voilà que les servantes se reculent, permettant alors à mon Capitaine de mieux contempler tout le ridicule de cette tenue que pour la journée à venir je vais devoir porter et supporter pour le plus grand plaisir de la cour et celui du peuple qui verra en moi un être irréel et androgyne, une réincarnation même des esprits que l'on peint sur des fresques ou dans les pages des contes que l'on raconte aux enfants. D'un mouvement fluide et sûrement trop délicat, je me relève, faisant ainsi doucement chantonner la soie de ma cape brodée, pour mieux tenter de toiser l'homme, qui dans son armure exprime toute la virilité et masculinité que l'on m'a retiré en ce jour pour m'humilier et me rappeler que si entre les jambes, j'ai bien les attributs nécessaire pour être désigné comme un homme, je reste tout de même une pauvre chose chétive qu'il est amusant de travestir. Et alors qu'à mes phalanges l'on passe quelques bagues, je me contente de pousser un soupir agacé quand il m'avoue tout juste rentrer d'une campagne hors du domaine.

"Chanceux que vous êtes."


Une pointe d'amertume se fait entendre sur le bout de ma langue alors que je fais doucement tinter mes bague avant de me mettre en route, quittant ma chambre d'une démarche qui se veut fière et princière, et si le menton relevé, je tente de retrouver un peu de dignité, j'avoue sentir celle-ci flancher quand à ma suite il s'engage, se permettant alors que nous sommes seuls de me rabaisser et d'user de mots qui n'auraient été doux qu'entre les lèvres de mon regretté Baldec. Agacé, je pince les lèvres et fais claquer contre mes dents mal langue avant de sèchement couper court à cette discussion que je n'ai pas envie d'avoir avec lui en ce jour.

"Pitié. Vous devez être le premier à vous délecter de me voir ainsi. Après ce que je vous ai fait subir, vous devez jubiler de me voir jouer les princesses et je suis même sûr que vous vous êtes dit que je faisais une très jolie demoiselle."


Oh oui, comme tout les autres la première fois, tu as dû te dire que si personne ne t'avait prévenu, tu aurais été le premier à me sourire et à me baiser le dos de la main, espérant sûrement t'attirer mes faveurs. Je le sais. Baldec me l'avait avoué la première fois et toi… Ô toi, tu es sûrement comme tout les autres, simplement désireux de te trouver une jolie fille pas trop farouche qui papillonnera des cils au moindre de tes mots et qui aura les hanches assez larges pour porter les trois ou quatre enfants que vous aurez tout les deux. Sans un mot de plus, je fais ainsi quelques pas dans le couloir, en ravalant difficilement la colère qui bouillonne en moi. En silence, je le méprise le temps que la rancoeur dans mes veines ne fasse son chemin et ne soit chassé par la crainte de me présenter à la cour alors que nous arrivons au bout de ce couloir que j'espérais secrètement être sans fin. Bien malgré moi, je me trouve à m'arrêter et à trembler, les lèvres désormais pincées non plus à cause de la colère mais pour cette terreur qui fait désormais couler dans mes veines un sang qui me semble n'être fait que de glace. Le souffle court, j'écoute au loin les murmures de la foule et la musique que joue les bardes pour faire patienter et danser le peuple avant le début des festivités et de l'immense banquet qui durant la journée entière va nous occuper, tandis que nerveusement, je joue avec les chevalières qui ornent mes doigts. Sur mes lèvres dorées, je passe ma langue et fébrilement, un murmure m'échappe.

"Je ne voulais pas être grossier tout à l'heure Steve…." Je déglutis difficilement là où mon regard se perd sur l'échafaud que j'imagine se dessiner à l'endroit où se trouve mon trône. "Vous avez raison, ça ne sera pas si long et… Jusqu'à l'année prochaine, je n'aurais plus à entendre parler de ceci…." Un faible sourire se dessine sur mes lèvres. "Et à vrai dire, si vous n'étiez pas là aujourd'hui… Je ne suis pas sûr que j'aurais eu le courage de me présenter à la cour." Je marque une pause avant de reprendre. "Je crois que j'aurais tenté de courir jusqu'aux écuries et de récupérer ma monture pour fuir." Mon regard fuit toute contemplation de l'instant à venir et vient se poser au sol tandis que je m'assombris à l'idée même que de toute façon, quelqu'un m'aurait attrapé sur le chemin et m'aurait ramené dans ma chambre avant de m'excuser auprès de mon père en disant qu'une fois de plus, j'étais rendu délirant à cause de la poussée de fièvre qui venait de s'abattre sur ma pauvre personne. D'un battement de cils et d'un soupir profond, je repousse tout ceci au loin avant de relever la tête et de fièrement reprendre ma marche, me présentant ainsi à cour avec Steve à mes côtés et un faible sourire aux lèvres.

Vaguement ébloui pour les premières secondes, j'avoue tout d'abord entendre le peuple applaudir mon entrée avant de le voir sourire, rire et s'extasier de ma beauté. D'entre des lèvres et au milieu des visages confus et de silhouettes tordues, j'entends bien des compliments qui peinent à m'aider à garder le sourire que j'adresse au peuple pendant que je les salue d'un geste gracieux de la main et d'une esquisse de révérence, qui en plus de m'attirer la sympathie du peuple, me permet aussi de gagner un peu de temps avant de devoir me tourner vers mon père, qui du haut de son estrade et sur son trône, me toise, une once de malice dans le regard et une ombre de sourire aux lèvres. Face à lui, et mes prunelles dans les siennes, je me recroqueville presque là où lui intime au peuple de se taire, obtenant ainsi un silence pesant qui n'est dérange que par les souffle retenus de ceux qui attendent de voir ce que le roi peut bien vouloir de son fils. Après un dernier regard à Steve, je me décide à lentement m'avancer vers le trône royal et quand face à lui je me trouve, je ne peux que m'agenouiller face à cette main qu'il me tend et que je dois baiser de mes lèvres d'or.

"Un prince doit savoir être humble et reconnaître que face aux dieux, il n'est pas grand chose."
dit-il alors que genou à terre, je tends les doigts pour saisir sa main. "Un grand souverain sait se faire humble. Il se souvient qu'il a besoin du peuple pour exister et qu'il n'existe que pour les diriger justement." ajoute-t-il alors mes lèvres effleurent sa chevalière en forme de rose. "L'es-tu mon fils ?" Je lève le nez vers lui et croise son regard, les prunelles teintées d'une colère que je peine difficilement à masquer. "Oui, Père, je le suis…. Humble et conscient de ne rien être." Un sourire satisfait se dessine sur ses lèvres alors qu'il me retire sa main et fait signe aux troubadours et autres amuseurs de reprendre leurs jeux tandis que je vais m'installer à ses côtés, sur un trône plus discret. Steve vient se poster à mes côtés et de là où je suis, j'entends au milieu de la cacophonies de rires et des discussions, les roucoulements des courtisans et courtisanes, qui derrière éventails et coupes de vin s'amusent de ma tenue et de mon apparence qu'ils trouvent "délicieuse et si rafraichissante." Je serre les dents et lève à peine les yeux vers la servante, qui très poliment vient me proposer un plateau de fruits. "Qu'il est beau notre prince, une vrai délice. On dirait presque une vraie femme. Avec son capitaine, ils font un si beau couple." Mes doigts se referment sur une poire et alors que l'on me sert une coupe de vin, je me contente de grincer des dents.

"Ne partez pas trop loin, je vais avoir besoin de plus d'un verre de vin pour supporter cette journée."

Et alors que la jeune femme s'incline pour se plier à ma demande, Père en profite pour se lever et annoncer le début des festivités de l'hiver, clamant que cette année, nous commencerons par le tournoi des chevaliers et la joute de la rose, afin de nous ouvrir l'appétit avant le grand banquet qui nous mènera jusqu'au bal du crépuscule. Un soupir m'échappe tandis qu'à mes lèvres je porte la poire dans laquelle je croque en observant les différents chevaliers de la cour défiler pour nous et s'incliner bien bas pour ma personne quand ils croisent mon regard agacé.

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Jeu 15 Juin - 19:56
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Quand ma cape se remet à frôler les dalles de pierres et les parquets du palais, je soupire en regardant longuement autour de moi en me disant que le retour n'est que plus dur, après mon escapade dans les contrées sauvages. A chaque fois l'appel de la forêt et des grands espaces se fait plus pressant et plus insistant, comme une maîtresse ou une fiancée qui commence à tomber amoureuse de nous. Elle me manque. La nature ne ment pas. La nature ne joue pas. Il n'y a aucun jeu de pouvoir hypocrite, d'être inférieurs à des gens qui ont juste eu la chance de naître plus riches et plus puissants que soi. La nature ne connaît pas ça, elle ne connaît ni l'argent, ni la renommée, ni les commérages. Elle ne connaît qu'une loi, celle du plus fort, et qu'une hiérarchie : celle de qui mange qui. Une fois qu'on le sait et qu'on l'a compris, il n'y a rien d'autre qui vient obscurcir notre esprit. Seuls le calme et la sérénité règnent et il n'y a pas ce mur d'apparences que les humains ont construit avec tellement de talent. Aucun animal n'en fait souffrir un autre pour le plaisir. Aucun animal n'en trahit un autre ou ne lui ment. Le loup ou le lion ne tue que pour manger, pas par plaisir ou par ambition, et c'est quelque chose que je chéris beaucoup plus que ce monde de faux semblants par-devant, alors que chacun tient une dague bien affutée dans son dos. Aucune amitié n'est sincère ici, ou au moins pour les gens de la cour, et ils méprisent bien trop la vie humaine... A chaque fois que je dois y retourner, et jouer à leur jeu, redevenir un pion qu'on manipule à sa guise, c'est de plus en plus dur. D'accepter et de prétendre. Même leurs parfums capiteux qui dissimulent bien mal leur manque d'hygiène me donne des haut-le-coeur quand je sais ce qu'ils cachent, et plus de temps j'y passe, plus je commence à comprendre le prince.

Bien sûr je ne l'excuse pas, et je sais bien qu'à plusieurs occasions rien ne l'obligeait à agir comme il l'a fait mais... plus je fréquente ce monde, plus j'en entends les conversations qu'ils tiennent devant moi sans aucune honte comme si je n'étais qu'un meuble, depuis que je vois leurs faux sourires et un père qui a préféré laisser mourir son fils unique, l'héritier de son propre royaume, pour lui donner une leçon, je me dis qu'il y avait fort peu de chances qu'il grandisse différemment. Qu'il devienne autre chose que ce qu'ils l'avaient poussé, conditionné à être. Il m'arrive même de le plaindre. Oh pas tout le temps bien sûr, mais à certains moments, quand je vois qu'il n'a pas mérité ce qui arrive. Et c'est le cas maintenant, alors que je pénètre ses appartements pour le découvrir ridiculement fardé et attifé. Si ça avait été une jeune princesse, le résultat aurait été charmant, et aurait réussi à faire tourner les têtes de bien des gentilshommes, mais là... là, tout ça est clairement fait pour l'humilier, pour le rendre ridicule aux yeux d'une cour qui a pris bien trop l'habitude de se moquer des autres et surtout de leur malheur. Et pourtant malgré ma compassion le voilà qui mord la main que je lui tends. Mais pourquoi fais-tu ça hein? As-tu tellement peu l'habitude que quelqu'un se montre gentil avec toi et pas juste obéissant? Ou détestes-tu qu'on te voie dans un état de faiblesse? Je serre les poings alors qu'on marche dans les couloirs décorés de houx, de lierre et de sapin, et qu'au loin des nappes de musique se font entendre.

Sur le coup oui, c'est vrai que votre maquillage accentue la finesse de vos traits, mais ma remarque était sincère. C'est dommage que vous n'ayez plus l'air de savoir la distinguer...

On continue, arrivant dans le bâtiment principal, en vue des doubles portes qui mènent à la salle du trône. Et alors que nous ne sommes plus qu'à quelques mètres, il s'arrête et se fige. Que se passe-t-il encore? Il va se mettre à pester sur la couleur des tentures ou sur le fait qu'il n'y a pas assez de gardes pour l'escorter? Mais en l'observant plus attentivement je vois qu'il...a peur. Il est terrifié même. Je connais bien ce regard, c'est celui des hommes avant une charge, ou un assaut. Celui qu'on a en entrant dans la caverne d'un dragon furieux. Le regard de celui qui a peur de perdre la vie... Brusquement il redevient comme un enfant et de ses lèvres qui ont l'air d'avoir été touchées par Midas il s'excuse encore, d'une voix mal assurée. Je me radoucis aussi et lui souris sincèrement. Il va falloir que je commence à apprécier cette sorte de... comment dire? Comme une porte qu'on entrouvrirait très légèrement, et je serais le seul à pouvoir jeter un oeil à ce qu'il y a derrière.

Ce n'est rien messire. Et je suis heureux de voir que ma présence vous rassure et vous donne du courage. Je resterai à vos côtés jusqu'à ce que tout ceci soit terminé. Et si vous le souhaitez, on pourra toujours prendre les chevaux après et éviter le bal...

Je lui souris chaleureusement, me permettant de tapoter brièvement son épaule avant de reculer d'un pas derrière lui comme le veut la règle, et le laisser franchir seul et en premier la porte menant à la suite. Une fois dehors le vif soleil m'éblouit et il me faut quelques secondes pour que je puisse m'habituer et y voir correctement. Par contre j'entends, j'entends les murmures d'admiration de la foule, qui est bien trop respectueuse du prince et de son pouvoir, ou tout du moins de l'illusion de pouvoir qu'il représente, et qui croit en toutes ces festivités. Eux admirent et applaudissent comme on leur présenterait un bel objet, ou une promesse de récoltes abondantes à venir. Mais ceux vers qui je me tourne sont les courtisans. Je les vois sourire et rire derrière leurs éventails, et chuchoter sous leurs colliers de diamant. Et ça me rend encore plus en colère, parce eux savent pertinemment pourquoi le prince est dans cet état, et ils savent aussi que ce n'est pas pour faire plaisir au peuple... vipères. Je le suis et l'observe présenter ses hommages et ses respects au peuple avant de venir s'agenouiller face au roi. Brusquement tout se tait, et le silence tombe comme une plume sur la neige. C'est alors que s'élèvent les mots du roi, puis la promesse du prince, et enfin le baiser sur la bague. Anthony semble lui avoir pardonné, ou au moins avoir mis en scène son pardon.

Puis aussi rapidement qu'elle s'était arrêtée voilà que la musique et les discussions reprennent sur un simple signe du roi, et j'accompagne le prince jusqu'à son siège, me tenant derrière lui, les mains croisées dans le dos. Des servantes se glissent entre les convives, les plateaux chargés de victuailles appétissantes mais auxquelles je n'ai pas le droit de toucher. Non, moi et les autres on aura de la soupe ou de la potée, un peu de lard si on a de la chance... Alors qu'ici... Je salive en observant tout et en imaginant le goût des choses quand la voix de James retentit doucement près de moi. Je me penche un peu pour l'écouter avant de rire doucement.

Je ne vous quitte pas. Je vous promets même de vous réveiller si vous vous endormez...

Je souris et me redresse, observant autour de moi après lui avoir fait un clin d'oeil.

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Ven 16 Juin - 22:06

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Le trône du dragon

Le palais charmé par le goût sucré de la poire, j'avoue n'être au début capable que de hausser un sourcil pour la remarque de Steve et son geste amical, car en plus d'être imprévues, elles me prennent au dépourvu en se faisant réponse à quelques mots que je destinais à la servante qui entre nous s'affaire à veiller à ce que le vin dans ma coupe ne vienne jamais à manquer. Et par la suite, alors que j'ignore les salutations de Sir Jorah, qui bien fièrement vêtu de son armure pourpre arbore les couleurs de sa maison, je m'entête à chercher le regard de mon Capitaine dont les intentions incertaines font naitre au sein de mon coeur aigris une once de doute qui m'amène à nouveau à me noyer dans des souvenirs amers portant le nom de Baldec. Pas l'ombre d'un sourire ne m'échappe pour le remercier, alors que troublé, je me tourne vers l'assemblée, laissant au loin se perdre mon regard tandis que dans mes pensées, je revis une dernière fois les festivités de l'année dernière, celles qu'aux côtés de mon bien-aimé j'ai affronté. Machinalement, je croque à nouveau dans ma poire et pendant que les premiers concurrents se mettent en place pour entamer une joute à peine spectaculaire, car trop longuement joué et rejoué lors de nombreux entraînements, je cesse de savourer la chair tendre du fruit qui m'est offert, préférant à la place me délecter de sensations fantômes et de caresses venues du passé, qui au lieu de consoler mon coeur déjà longuement meurtri par un deuil que je n'arrive à faire, font remonter jusqu'à mes lèvres des regrets que je ne pourrais exprimer. Difficilement j'avale ce que je mâchais depuis lors et tandis qu'une grimace de dégoût se peint sur mon visage, je vois mais ne m'émeut pas de la chute d'un des chevaliers, me laissant à peine bercer par le galop du cheval et la clameur de la foule. Les murmures des courtisans ne m'atteignent pas et tout ce que je remarque, c'est l'absence de cet homme à l'allure digne et à la peau ambrée qui se serait fendu d'un sourire et d'une remarque délicieuse, qui aurait, en plus de faire courir sur ma peau un délicieux frisson, été capable de me faire sourire et peut-être rire. De sa voix grave et chaude à mon oreille, il aurait fait fuir les murmures des indésirables et aurait su me faire apprécier cette journée. Il aurait écarté de mes doigts la coupe de vin que je porte désormais à mes lèvres et m'aurait murmuré que pour la nuit à venir, je devrais éviter d'être ivre. Il aurait fait naitre dans mon coeur les promesses d'une soirée dans ses bras que j'aurais pu passé et la certitude d'une aube délicate qui de ses rayons nous aurait enveloppé. Par sa simple présence, il aurait laissé l'espoir s'installer en mon coeur mais par son absence, il ne me laisse qu'avec la douloureuse réalité. Tout autour de moi est voué à disparaitre, à être chassé au loin par la bête qui vit dans mes os et mon sang. La malédiction n'est pas le dragon que je deviens, mais l'inévitable solitude qui toujours revient.

Un autre homme tombe au sol et une autre coupe de vin je vide. Tout le monde semble s'amuser et vibrer pour ce spectacle. Tout le monde semble trouver en ses réjouissances quelque chose de merveilleux. Tout le monde vit. Faiblement je bats des cils et observe en silence le liquide pourpre à nouveau emplir ma coupe. Baldec m'aurait sermonné. Il m'aurait interdit le vin. Il aurait fait quelque chose pour moi. Il aurait eu plus que des mots. Péniblement, je lève le nez vers Steve mais ne cherche pas à entrouvrir les lèvres pour le sermonner ou lui réclamer ce qu'il ne me donnera jamais. Faiblement, je me contente de plonger à nouveau mon nez dans ma coupe pour siroter sans honte l'alcool capiteux aux arômes riches. Les chevaliers s'enchaînent et l'ennui grandit en mon coeur. Je bois, incapable d'être raisonnable, fuyant les regards que l'on pourrait me porter pour me concentrer sur la joute qui enfin prend fin. La foule se tait, tout le monde se suspend aux lèvres du jeune homme, à peine plus vieux que moi, qui une fois son heaume retiré dévoile une longue crinière rousse joliment bouclée. Un sourire se peint sur les lèvres alors que toujours à cheval, il s'autorise une révérence avant de réclamer ce que seul les jeunes hommes prétentieux et arrogants peuvent demander.

"Il me semble que le baiser d'une rose m'est promis. J'ai triomphé pour vous, mon roi."

Son aplomb arrache à mon père un sourire qui me fait plisser le nez. Je connais la tradition et je sais qu'en l'absence d'une jeune femme à courtiser, je deviens cette rose qu'il faut offrir et du regard caressé, et si d'habitude je me suis toujours plié à ce jeu ridicule, aujourd'hui je me refuse à me lever, m'enfonçant de ce fait un peu plus dans mon trône, coupe en main. Un léger silence s'invite aux festivités le temps que l'on fasse parvenir à mes doigts, la rose en or qui est le trophée de tout chevalier qui dignement aura su s'imposer comme le champion de cette journée. Agacé, je refuse tout d'abord de porter ma main sur celle-ci mais face au regard sombre du roi, je finis par céder, refermant ainsi mes frêles doigts autour de la tige de la rose dorée dépourvue d'épines, entamant ensuite une longue marche vers l'homme, qui si j'étais une femme n'hésiterait pas un instant à me faire la cour. Le coeur lourd et la tête basse, c'est vers ma fin que j'ai l'impression d'avancer, vers l'avatar même de cette Faucheuse qui pour l'instant arbore un sourire et l'un des visages les plus angéliques qu'il soit possible pour un homme d'avoir. Lentement, et presque prudemment, je descends les marches qui vers mon destin me mènent, là où le vainqueur, tout vêtu de son armure à peine abimée, démonte pour mieux me faire face quand à son niveau j'arrive. Sans se faire prier, c'est à genoux qu'il tombe dans la poussière, m'offrant de ce fait un regard qui me fait froncer les sourcils. Du bout des doigts, et presque par dégoût, je lui tends la rose que d'une main il attrape alors que par surprise, ses doigts exempts de trophée à tenir viennent se saisir de mes phalanges qu'il vient embrasser après une déclaration effrontée qui manque de lui valoir une gifle de ma part.

"Si vous étiez la princesse de ce royaume, mon prince, pas un instant je n'hésiterais à demander votre main, car en cette journée, vous irradiez d'une beauté qui presque me donne l'envie de vous kidnapper pour être le seul à vous contempler."

Vivement, je m'échappe de son emprise et esquisse un geste ressemblant fort à un revers de la main, tant l'humiliation cuisante de ses mots fait rougir mes joues désormais brûlante. Des souffles sont retenus alors que ma main reste suspendue dans l'air, prête à le fendre pour durement rencontrer sa joue trop rose, mais conscient des conséquences qui s'abattraient sur ma personne, je me contente de tourner les talons et de n'offrir au champion que mon silence, alors que le regard bas et les lèvres tremblantes, je remonte jusqu'à mon trône que je ne quitte plus pour le reste des festivités, et surtout pas pour le bal qui sous mes yeux se déroule. Je laisse courtisans et nobles s'amasser à nos pieds pour virevolter tandis qu'en silence je regrette les instants où avec Baldec, j'avais moi-même le droit à d'aussi légers instants de paix et d'allégresse. Ainsi, pour oublier la douleur de ce qui m'est désormais interdit, je continue de boire, m'enivrant jusqu'à en avoir les doigts trop faibles pour tenir ma coupe qui au sol chute en un bruit qui n'affole que la servante qui la ramasse pour moi. D'un geste de la main, je lui fais comprendre que j'en ai assez du vin et préfère à la place attirer l'attention de Steve, que je force à se pencher un peu plus vers moi pour être plus à même de lui souffler à l'oreille mon haleine épicée.

"J'ai besoin de votre aide..." Je reprends mon souffle tandis que sur son avant-bras je dépose une main tremblante. "J'en ai assez de cette soirée... Les voir danser me fend le coeur... Ramenez-moi à mes appartements."


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Dim 25 Juin - 22:52
Le trône du dragon.
Stucky
La joute... ou comment des nobles croient se prouver entre eux qu'ils sont de vrais combattants et qu'ils maîtrisent à la perfection l'art de l'affrontement à cheval. Bon sang mais s'ils se voyaient... qui peuvent-ils vaincre avec leur belle lance émoussée, avec un ennemi qui les charge bien gentiment et qui est équipé de la même arme? Que prouvent-ils en défilant sur leurs palefrois carapaçonnés de tissus précieux, et leurs beaux heaumes ornés de plumes exotiques? C'est ça se battre? Ils sont ridicules, de vrais enfants qui jouent à la guerre tout en ne tolérant pas de se faire mal, le tout dans des armures ciselées hors de prix et sur des montures importées à prix d'or et mieux traitées que la plupart des serfs qui s'échinent du matin jusqu'au soir sur leurs terres. Je n'ai que du dédain pour eux, et pour cette sorte de loisir qu'ils ont imaginé par ceux qui sont trop pleutres pour monter sur un cheval qui est d'habitude utilisé pour les moissons, enfiler un pourpoint de cuir clouté et partir affronter les vrais dangers qui règnent, là dehors, sur leurs terres. J'aimerais bien voir ça, contempler leurs réactions quand ils verront leur premier troll ou leur premier gobelin, rire alors qu'ils se feront dessus en entendant leur premier rugissement de dragon près de leur oreille et sentir la terre trembler sous leur pas lourd. Non, bien sûr que non. Ils préfèrent attendre, être gentiment dans leur salle du trône à siroter leur vin ou à jouer à la guerre plutôt que de commander leurs hommes, avec comme argument ''Mais qui s'occuperait du domaine si je venais à mourir? J'ai des gens qui comptent sur moi" bla bla bla. Pleutres. Pleutres et hypocrites...

C'est ce que je me dis alors que je suis debout derrière le prince, a regarder sous nos yeux ces petits garçons qui jouent à être des guerriers sans jamais voir le danger, et j'avoue que je suis content de voir que le prince et moi avons la même attitude face à ce faux divertissement : l'ennui. C'est sous un oeil indifférent que nous les voyons défiler, galoper, les lances se briser et les points se compter, n'étant à peine distraits que quand il y a une chute ou un coup particulièrement beau. Puis l'un deux, un rouquin, fils de Satan, s'approche et ose s'adresser au prince comme s'il était une demoiselle. Est-ce une plaisanterie ou tes parents n'ont pas été assez intelligents pour t'acheter des yeux avec l'argent qu'ils ont eu pour ton âme? Ce n'est pas drôle et à ta place j'aurais eu honte d'avouer à la cour que j'aimais les hommes... Ma main se serre un peu plus sur le pommeau de mon épée pendant que je serre les dents, alors qu'on donne au prince la récompense pour le vainqueur du tournoi, la fameuse rose d'or qu'ils se battent tous pour avoir. James se lève puis descend vers le champ de lice et je le suis sagement comme son ombre, une main sur le pommeau de ma lourde épée. Je reste un pas derrière lui, retenant un regard méprisant vers le chevalier qui tombe à genoux et qui le regarde comme si le prince était Jésus réincarné. Ou plutôt la vierge Marie et il est en adoration. Du calme chevalier, tu as juste gagné au jeu du bâton, tu n'as pas délivré toute une région d'un sorcier malfaisant alors... du calme.

Le prince lui tend cette maudite rose, et l'autre embrasse sa main avant de lui tenir un discours complètement ridicule. Il s'adresse à James comme s'il était une jeune pucelle ignorante, et lui tient un discours qui aurait fait hurler de rire des serveuses de taverne. Le prince ne répond rien et tourne les talons, moi à sa suite, ne jetant même pas un regard à ce bellâtre qui se prend pour le roi du monde. On quitte le terrain de joute pour revenir à la salle de bal, et le roi ainsi que le reste de la Cour nous rejoignent. Les musiciens enchainent des airs entraînants et je les observe danser dans des tourbillons de soie et de velours pendant que je regarde avec envie les montagnes de victuailles qui s'entassent et auxquelles bien sûr je n'ai pas le droit de toucher. Le temps est long et le prince ne parle à personne, il se contente simplement d'enchaîner les verres de vin. Je le comprends, à sa place, j'aurais fait pareil. Seuls les cracheurs de feu et les acrobates m'amusent et arrivent à me distraire.

Quand le prince fait tomber sa coupe je me penche un peu plus vers lui, ma tête près de sa bouche pour mieux l'entendre, et souris quand il me demande de le ramener à ses appartements. Je ne pouvais pas entendre demande plus réjouissante.

Avec plaisir messire, nous y allons sur le champ...

Je lui présente mon bras, et je l'aide à quitter la salle de bal, faisant de mon mieux pour ne pas que les autres voient qu'il tient à peine sur ses jambes, et une fois dehors, je souris et me penche un peu.

Pardonnez messire, mais ça sera plus rapide ainsi...

Je le soulève, riant en entendant son babillage d'ivrogne auquel je réponds du mieux que je peux. Il est tellement léger... aussi léger qu'une demoiselle... et j'en ai connu des plus lourdes que lui. On ne croise personne, par chance, vu que tous les serviteurs sont réquisitionnés pour la fête. Rapidement on se retrouve dans sa chambre, et tout y est revenu comme par miracle, jusqu'au dernier livre ou coupe de fleurs séchées, comme si rien n'avait été ôté. Je pousse la porte du pied et avance jusqu'à son lit, où je l'allonge doucement.

Et voilà messire, vous êtes chez vous. Et tout est revenu! Vous ne vous ennuierez plus autant... c'est bien!

Je recule et m'apprête à appeler une servante pour le deshabiller quand je me rappelle qu'il n'y en a aucune dans les alentours. Alors je soupire et reviens près de lui. Je ne peux pas le laisser comme ça...

Messire je vais vous aider à vous mettre au lit...

Je commence par ôter sa lourde couronne, que je pose soigneusement sur son chevet,et dégrafe ensuite sa cape, que je dépose sur le fauteuil près du lit, avant d'attaquer son riche pourpoint brodé.

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Lun 26 Juin - 12:08

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Le trône du dragon

Le coeur au bord des lèvres et l'esprit noyé dans l'alcool qui paresseusement circule dans mes veines à la place de mon sang, j'esquisse pourtant un sourire quand à mon oreille me parvient la voix lointaine et pourtant douce de mon capitaine, qui sûrement tout aussi agacé que moi par les festivités qui sous nos regards agacés s'éternisent, m'annonce que c'est avec plaisir qu'il me ramène dans mes appartements. Avec un manque évident de grâce, je me recule et accepte ce bras qu'il me tend et sur lequel je prends appuie pour m'arracher à l'étreinte de ce trône qui m'est trop souvent refusé, pour mieux entamer aux côtés de Steve un long retour vers ma cage dorée. Un léger sourire se glisse sur mes lèvres alors qu'appuyé contre lui pour ne pas chanceler et perdre le peu de dignité qu'il me reste, je quitte enfin cette fête ridicule et cette assemblée de vipères qui derrière leurs bonnes manières et sourires trop étincelants, se réjouissaient de me voir ainsi subir les humiliations de mon père. Et même si j'aurais aimé pouvoir quitter tout cela d'une démarche fière après avoir eu une remarque acerbe pour la noblesse, je me console en me disant qu'au moins, avec Steve je n'ai pas à me tenir aux murs pour rentrer. L'idée même m'arrache un soupir alors que nous passons les lourdes portes du château, abandonnant ainsi derrière nous l'allégresse générale et cette fête absurde pour retrouver le silence des couloirs désertés de ce palais, qui en ce début de soirée semble presque déserté. Mes doigts se referment un peu plus sur les plaques de son armure alors que les yeux mi-clos, je me surprends à apprécier le calme qui nous entoure et qui se fait plus doux encore que les fruits délicats que j'ai grignoté entre deux coupes de vins. Il se fait une douce présence, qui si d'ordinaire me donnerait envie d'avoir quelques paroles acerbes pour le chasser, me fait plutôt en cet instant apprécier la discrète et pourtant apprécié présence de cet homme que depuis son arrivé j'ai trop aisément détesté. Sans une once de discrétion je lève le nez vers lui et laisse mes prunelles fatiguées se poser sur celui qui désormais et à jamais tient la place qu'un jour occupait Baldec, pour avec plus d'attention et de compassion découvrir et apprécier le visage si finement ciselé de celui qui se fait en cet instant mon chevalier servant. Du regard, je caresse la courbe de ses cils et de sa mâchoire, me disant que si la beauté de Baldec il ne possède pas, il a un charme étrange qui semble ne m’apparaître que lorsque je suis assez enivré pour cesser de le considérer comme un ennemi qui m'a privé de l'être aimé. Les lèvres luisantes malgré l'or qui les recouvre, je m'autorise un gloussement que je ravale bien rapidement quand après une excuse que j'entends à peine, il me soulève comme si je n'étais rien, me faisant ainsi me retrouver au creux de ses bras puissants.

"Eh ! Je.... Reposez-moi.... !" Je grogne à moitié tandis que je pose sur son plastron une main et cherche à le frapper de mes doigts engourdis que je peine à utiliser. "J'suis un prince ! J'peux marcher !" Les mots se forment difficilement tant ma langue me semble cotonneuse. Tout s'entrechoque et s'emmêle au bout de mes lèvres, donnant l'impression que mes pensées peinent à s'aligner quand en vérité, la seule chose qui obsède mon esprit c'est l'idée même que seul Baldec avant lui le droit et privilège de me prendre ainsi dans ses bras. "J'suis grand..." Une moue presque boudeuse se dessine sur mes traits alors que mes chevalières continuent de tinter contre le dragon sur son torse. "Vous n'êtes... Pas Baldec.... Il ...." Je retiens de justesse un haut-le-coeur et ravale ma nausée avant de reprendre. "J'suis pas un paquet ou une princesse. J'suis pas faible." Mes derniers mots sont à peine murmurés car dans ses bras j'abandonne. Je pose ma tête contre son épaule et accepte que ce soir, il prenne un peu plus la place de Baldec. Délicatement, je bats des cils, chassant un peu de poussière dorée qui retombe sur mes joues et me laisse bercer par le rythme de sa démarche assuré quand je ne me perds pas dans des souvenirs qui semblent dater d'une autre vie. Au creux de ses bras, je repense aux baisers délicats d'un autre et aux caresses tendres qu'il savait m'offrir quand le coeur n'y était plus à sourire. Je me remémore les instants où je ne semblais fait que pour exister auprès de lui et où entre ses lèvres je pouvais trouver toute l'affection dont on m'a longuement privé. Contre Steve, j'en viens à regretter non pas l'homme qui pendant tant d'années fut là pour m'aimer, mais son amour justement qui n'est plus. Ce n'est pas sa personne que je regrette mais ce qu'il était et ce qu'il m'apportait. Il était tout ce que je voulais, tout ce dont j'avais besoin et maintenant qu'il n'est plus, j'ai l'impression de n'être rien. Et si je pensais que la solitude serait ce qu'il serait de plus dur à affronter, je n'avais pas un instant imaginer le vide qu'en mon coeur il laisserait et qu'il me serait impossible de le combler. A nouveau, je soupire là où Steve pousse la porte de mes appartements de nouveau parer de mes affaires, et si j'ai un sourire en voyant la tranche amicale de mes nombreux ouvrages ainsi que la silhouette familière de mes bibelots, je ne peux que tendre la main et tenter d'effleurer de mes doigts tentures et soieries qui se font hors de portée à l'instant même où sur le lit je me retrouve allongé. Un soupir m'échappe quand enfin, tout cesse de tourner et que les fourrures épaisses qui me servent de couvre-lit je me retrouve. Tel un enfant, je dévoile mes dents d'un sourire radieux avant de glisser mes doigts dans la pelisse de loup qui certains matins, me servait à couvrir pudiquement mes hanches. Un instant, je ferme les yeux et remercie en silence les servantes qui ont ramenés mes affaires, pour ne les rouvrir que lorsque Steve vient délicatement retirer la lourde couronne de mes cheveux. Je fronce légèrement les sourcils et entrouvre les lèvres, cherchant à comprendre ce qu'il tente de faire.

"Qu'est-ce que... ?"

Faiblement, je tente de repousser ses doigts, mais déjà, ma cape quitte mes épaules et termine sur la chaise à mes côtés. Je me débats un peu plus et alors que sur mon pourpoint ses doigts se referment, j'arrive enfin à me débarrasser de ses mains.

"Non."


Je bredouille à moitié et me redresse comme je peux, affichant une moue boudeuse et des joues rouges sous mon maquillage.

"Je ne suis pas fatigué... Et je ne veux pas terminer la soirée ainsi."

Je ne veux pas simplement m'écrouler dans mon lit et cuver mon vin comme si j'étais un simple ivrogne qui n'a que l'alcool pour réchauffer son coeur. Difficilement, j'arrive à m'assoir sur mon lit et après avoir pris une grande inspiration, je reprends.

"Je ne veux pas simplement dormir... Ce serait... Ce serait les laisser gagner."

Je montre presque les dents en disant cela.

"Nous avions pour habitude de danser... Juste un peu. Afin d'avoir une raison de remonter encore et encore la boîte à musique qu'il m'avait offert..."

Mes prunelles se posent sur le petit coffret qui trône sur mon bureau. La boîte en acajou sombre est orné de nombreuses fleurs qui lentement éclosent. D'un geste de la main, je lui fais comprendre  qu'il serait de bon ton de me la tendre pour que délicatement, je remonte la mécanique délicate de ce bijou. Mes doigts se referment sur la boîte et après avoir plusieurs fois tourné la clé au dos de celle-ci, je l'ouvre, laissant ainsi s'échapper les premières notes d'une mélodie toute empreinte d'une nostalgie certaine tandis qu'au creux de mes paumes, dansent avec grâce les deux figurines de bois peintes.

"On dansait... Pour oublier que là-bas, ils s'amusaient."

Le petit dragon s'enroule et tourne avec le chevalier, qui genou à terre, lui offre une rose dorée. Les souvenirs remontent et à cause de l'alcoll j'endis sûrement trop. Demain, je pourrais m'en vouloir d'ainsi lui livrer une intimité qui devrait rester mienne, mais voilà, l'alcool et la solitude n'aidant pas, je finis par chercher en lui un moyen de revenir, ne serait-ce qu'une seconde les instants où je ne me sentais ni condamné ou damné, mais simplement aimé.

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Lun 26 Juin - 18:15
Le trône du dragon.
Stucky
Avant de le cotoyer, quand je me contentais de rester dans l'enceinte du palais en tant que simple soldat ou chef d'escouade, les seules choses que j'entendais du prince étaient le fait qu'il soit capricieux et de santé fragile, au point que certains voyaient comme un miracle le fait qu'il soit encore en vie et sur ses deux jambes. Enfin sur ses deux jambes... quand la maladie ne le clouait pas au lit. Je me rappelle encore me dire en passant sous ses fenêtres que je préférais encore être un simple soldat mais être vigoureux et en bonne santé, plutôt que malade et devoir passer mes journées au lit. Alors certes c'est toujours plus agréable d'avoir la toux dans des draps de soie, allongé sous des fourrures et entouré de servantes pour combler ses moindres désirs, mais tout de même. Ensuite...ensuite je l'ai détesté pour sa suffisance et son arrogance que je ne soupçonnais pas, la méchanceté dont il pouvait faire preuve même envers les gens qui, comme moi, ne lui ont rien fait et ne sont là que pour le servir et le protéger. Pendant des jours j'ai demandé aux dieux pourquoi ils m'avaient mis entre les mains de cet enfant mal élevé, jusqu'à ce que je comprenne qui il était vraiment après leur première dispute, avec le roi. J'ai vu comme il était dur et comme il l'ignore. J'ai vu à quel point il s'en fiche alors que c'est son fils unique, appelé un jour à régner, et qui est relégué dans ses appartements à longueur de journée. Un père qui n'aurait aucun problème à le voir mourir... et si je n'excuse pas son comportement envers moi et les autres, au moins je commence à le comprendre.

Et c'est pour ça que je le raccompagne jusqu'à ses appartements, le soulevant du sol avec une certaine tendresse quand je sens que ses jambes ne le portent plus. Après tout, personne ne nous voit et ça ira bien plus vite. Je ris doucement quand il se débat mollement, avec la force d'un homme ivre, et des protestations qui sont tout sauf convaincantes.

Doucement majesté... ainsi vous ne vous blesserez pas... et nous irons plus vite jusqu'à vos appartements.

J'entends le bruit lointain de la fête alors que les couloirs sont calmes, seuls les légers crépitements des chandelles au suif s'élèvent dans la nuit. Je continue de sourire alors que je lui réponds.

En effet messire vous êtes grand, je n'en ai pas douté une seule seconde... Et en effet je ne suis pas Baldec, désolé pour ça...

J'ai un rire alors qu'il me dit qu'il n'est ni une princesse ni un paquet, le gardant contre moi alors qu'on continue de progresser dans les couloirs vides. Nous arrivons enfin chez lui, et je l'installe sur son lit, le débarrassant ensuite de tous ses attributs encombrants comme sa couronne ou sa lourde cape brodée qui doit coûter le prix de plusieurs vignobles et plusieurs troupeaux... Il commence à protester mais je reprends d'une voix douce.

Tout va bien messire, je vous enlève juste ce qui pourrait vous gêner pour dormir...

Pourtant ses doigts repoussent les miens et il croise mon regard, les flammes de l'alcool en ayant disparu, ou à peu près disparu pour être remplacées par une étincelle de lucidité, ou tout du moins de détermination, malgré ses paupières dorées et ses joues rouges. Je recule d'un pas alors qu'il se redresse dans son lit, avec la mine d'un enfant qui s'ennuie.J'ai un nouveau rire en l'entendant, penchant légèrement la tête.

Eh bien comment souhaiteriez vous la terminer alors? Vous promener dans le parc pour prendre un peu l'air?

Il s'assied, et semble réfléchir, l'esprit loin, peut-être plongé dans les souvenirs où ce n'était pas moi qui veillait sur lui mais un autre, un autre dont il dit toujours le prénom quand il délire, et à qui il demande toujours des baisers... Baldec... Je hoche la tête, surpris et en même temps attristé par ses mots. Une danse... une danse en guise de rebellion contre la cour. Une danse pour lui montrer qu'il peut s'amuser quand même, sans elle, quand elle ne regarde pas... Je suis sa main du regard quand il me désigne son bureau, et je vais attraper la petite boite qui s'y trouve, aux armoiries du prince, la lui tendant avec douceur. Une fois qu'il l'a entre ses doigts fins, il donne quelques tours d'une clé qu'il porte autour de son cou, le couvercle s'ouvre et je découvre un chef d'oeuvre miniature, un chevalier agenouillé offrant une rose d'or à un dragon... Tout cela est si beau, on dirait presque de vraies créatures de chair et de sang qu'un magicien aurait rendues minuscules et aurait enfermées dans cet écrin. Tout est minutieux et délicat, même la mélodie qui s'élève doucement dans sa chambre redevenue luxueuse. Un cadeau digne d'un prince... mais aussi un cadeau digne de la personne qu'on aime. Baldec lui aurait donc offert ce cadeau... et je comprends qu'en plus d'avoir été amants, c'est un lien bien plus profond qui les unissait. Le prince avait l'air de profondément l'aimer vu comme son regard se voile de nuages sombres annonçant la pluie en écoutant cette musique qui doit lui rappeler tant de choses. J'ai de la peine pour lui, en le voyant ainsi, en imaginant à quel point il doit souffrir d'avoir perdu quelqu'un qu'il aimait tellement... J'hésite à le laisser seul avec ses souvenirs, faisant même un pas vers la porte avant de m'arrêter. Il n'a pas envie d'être seul... à sa place je n'aurais pas envie non plus. Alors je reviens vers lui, déposant ma cape sur le fauteuil avant de m'incliner gracieusement, tendant la main vers lui.

Sa majesté me ferait-elle l'honneur d'une danse?

Il se lève et j'attrape doucement sa main, posant l'autre dans son dos et le fais valser lentement, comme je l'aurais fait avec une demoiselle.

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Mar 27 Juin - 12:07

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Les souvenirs reviennent et se font des rondes, qui lentement, doucement, tournent et virevoltent au rythme délicat de la mélodie qui d'entre mes paumes s'échappe pour mieux chasser le silence qui nous enveloppe et ainsi faire remonter à la place, les restes d'une vie que je ne suis même plus sûr d'avoir un jour mené. D'un battement de cils, je tente de chasser tristesse et nostalgie au loin, en vain. Lentement, tout remonte et si il me suffit de fermer les yeux pour revenir dans ses bras, il m'en faut bien peu pour oublier Steve et ma fierté et me laisser ainsi envahir par les sensations diffuses qu'il me reste de celui qui n'est plus. La tête penchée sur le côtés, les yeux humides et les lèvres presque tremblantes, je glisse et me noie dans les souvenirs de cette dernière danse que nous avions partagés un soir. Je me revois, tout contre lui, une main posée sur son épaulière à apprécier son doux sourire qui reflétait le mien alors que perdu dans le bleu de ses yeux je ne trouvais qu'en cette danse une preuve même de notre amour qui éternellement devait durer. Dans ses bras, alors qu'il me faisait valser, j'étais aimé. Dans ses bras, à être ainsi couvé du regard, je me pensais digne d'être aimé. Dans ses bras, je n'avais pas à craindre la bête que je deviendrais à la prochaine pleine lune. En réalité, dans ses bras, je me sentais humain. Et c'est sûrement cela qui me manque tant en cet instant, cette sensation de n'être pas juste un prince malade, ou un être misérable que l'on aime détester parce qu'il fait tout pour l'être. Avant, quand il était encore à mes côtés, je me sentais digne et méritant d'être simplement James, je me sentais plus vivant et enfin digne d'exister. Mais aujourd'hui... Tout semble m'avoir été une fois de plus retiré.  Et si il serait simple de blâmer la fatalité, je ne peux que m'en prendre à moi-même et accepter l'évidence qui fend en cet instant mon coeur. Je suis responsable de mon propre malheur et cette malédiction qui m'affaiblit, sera la seule chose qui me restera jusqu'à la mort, car Baldec n'ayant pas réussit à la briser, personne ne le pourra. Je suis condamné, voué à vivre dans les regrets d'une autre vie que j'aurais aimé connaitre, d'une autre existence où j'aurais pu être quelqu'un de meilleur qu'un autre aurait pu aimer.

Mes doigts tremblants se referment un peu plus sur l'écrin de bois et alors que sous mes yeux, je vois les figurines peintes ne devenir que des tâches à cause des larmes qui brouillent ma vision, je renifle légèrement en entendant Steve chercher à quitter ma chambre pour me laisser seul avec ma peine, préférant retenir toute envie de me montrer mauvais avec lui ce soir en lui faisant éventuellement remarquer qu'il n'a jamais eu mon autorisation pour ainsi se dérober à son devoir. A la place, je me contente de ravaler tout ça et de me refermer un peu plus au monde qui m'entoure pour simplement chercher un peu de réconfort dans mes souvenirs. Seulement, au lieu d'entendre la porte de ma chambre se refermer, c'est sa voix qui me parvient, aussi douce et feutrée que la soie du pourpoint que je porte encore. Surpris, je relève le nez vers lui et reste un long instant à simplement le contempler avant de considérer, avec crainte presque, la main qu'il me tend. Entre mes doigts, la boîte continue de chanter sa mélodie et après trop de secondes à hésiter, je finis par la déposer sur mon lit, l'abandonnant sur la pelisse de loup pour mieux déposer au creux de la paume de Steve, mes doigts fins et encore hésitants. En un mouvement qui aurait été bien plus gracieux si je n'avais pas bu toute la journée, je me lève et tente de lui sourire alors que contre sa personne je me glisse, étrangement flatté qu'il accepte de m'offrir une chose que je n'estime pas mériter.

"Avec plaisir..."

Délicatement, je dépose ma main sur son épaule et retient difficilement un frisson quand la sienne trouve mon dos, qui très légèrement se cambre pour sa paume. Le souffle vient à me manquer, et gêné, je baisse presque les yeux alors que lentement, nous commençons à valser au rythme de la mélodie qui encore et toujours chasse le silence crépusculaire de cette fin de journée. Mais l'émotion prenant le pas, me voilà contraint non pas de croiser son regard mais de baisser la tête, pour ne pas lui faire voir la première larme qui déjà roule le long de ma joue. Alors par faiblesse, je pose mon front sur le haut de son plastron et m'interdit de lui dévoiler plus, préférant ainsi pleurer sans un bruit tout contre lui.

"Merci."


Tout n'est qu'un souffle entre deux notes, un murmure qui peine à exister et pourtant, il n'a sûrement aucune idée de la valeur de son geste à cet instant, et si malgré moi je peine à croire que ce soit par simple gentillesse et envie de me faire passer au moins un bon moment lors de cette journée, je me refuse tout de même à imaginer qu'il puisse faire ça par intérêt ou espoir d'obtenir par la suite quelque chose de ma part. Ainsi, je me laisse bercer par le rythme de cette valse qui ne prend fin que lorsque se meurt dans le silence la mélodie. Dans mon dos, j'entends le mécanisme complexe de la boite s'immobiliser et si je profite encore un peu de sa présence, je finis par me détacher, reculant d'un pas pour enfin essuyer mes yeux et retrouver un peu de contenance.

"Je ne devrais pas vous retenir plus Capitaine... La journée a été longue et vous devez sûrement avoir envie de manger et de retrouver votre lit."


Du bout des doigts je referme la boîte et la pose sur ma table de chevet avant de m'installer sur mon lit et de nerveusement jouer avec la fourrure qui recouvre mes draps.

"J'apprécie que vous ayez été là aujourd'hui et ce soir..."
Je lui offre un sourire. "C'est pourquoi... Ne trainez pas plus longtemps ici. Je vais me mettre au lit et je vais m'en sortir avec ma tenue. Nous nous verrons demain à la première heure... J'ai un entrainement de prévu."

A nouveau, je souris faiblement et pensant qu'il va me laisser, commence déjà à défaire les lacets de mes bottes.

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Mar 27 Juin - 20:32
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Si on nous voyait ainsi... je me demande ce qu'on dirait ou penserait. Le roi serait sûrement furieux de voir son fils s'acoquiner avec le bas peuple, à savoir moi, Je pense qu'il verrait ça comme une marque de faiblesse, de se laisser ainsi aller, à danser avec les domestiques, au lieu de tenir son rang et d'agir comme un prince. Certes. Seulement moi je vois un jeune homme qu'on a privé de tout et qu'on laisse seul bien trop souvent. Un jeune homme qui n'a personne à qui se confier depuis la perte d'un être qu'il aimait, et qui doit en plus cacher qu'il est triste parce que personne n'aurait accepté ça... C'est ce que je découvre petit à petit, comme une vieille arme rouillée et au cuir abimé, qui grâce à un bon polissage et de l'huile de lin laisse découvrir ce qu'il y a en dessous, le jeune homme qu'il était, avant... Avant quoi? Beaucoup de choses j'ai l'impression. C'est pour ça que je n'ai pas le coeur à le laisser là tout seul, car dans sa voix je sens la tristesse mais aussi une demande cachée, celle de rester avec lui, et de ne pas être comme tous les autres qui ont l'air de ne le voir que quand ils ont besoin de lui, ou s'attirer ses bonnes grâces car il est le fils de son père, le roi. Dans quel panier de crabes évolues-tu mon prince? Tu m'a donné l'impression que tu jouais leur jeu et que tu connaissais les règles aussi bien qu'eux mais je me suis trompé... Tu as l'air de faire ça pour survivre et rien d'autre...

Otant ma lourde cape je m'approche du lit, et lui demande une danse, de la façon la plus officielle que je connaisse, m'inclinant même pour jouer le jeu davantage. Qu'est-ce que cela me coûte après tout? Rien à part un peu de temps et ça, j'en ai... L'aidant à se lever et l'attirant doucement à moi, nous commençons à valser. Et si au début j'avais peur qu'il hurle en me reprochant de conduire la danse, je suis surpris de le voir s'abandonner entre mes mains comme la plus timide des demoiselles. J'y vais doucement, pour qu'il puisse me suivre dans son état, et je l'observe alors qu'au fil des mesures il vient plus près de moi, jusqu'à poser son front blanchi contre mon plastron... Et en le faisant bouger lentement, je vois bien que si ce sont mes bras qui le tiennent, c'est entre ceux d'un autre que divague son esprit. Baldec, sans doute. Mais est-ce que le prince savait qu'il avait une femme, au pays, et plusieurs enfants? Que chaque mois une partie de sa solde regagnait sa terre natale? Sans doute pas, et dans un sens, c'est tant mieux... ça ne ferait que le faire souffrir davantage et n'apporterait rien... Alors je le laisse, je le fais danser en rêvant à un autre, à revivre des souvenirs qui ont l'air aussi beaux que tristes, à en voir les larmes qui roulent sur ses joues pâles et qui tracent des sillons dans son maquillage soigneusement appliqué. On tourne pour oublier tout ça, pour qu'il revive pendant quelques minutes dans une époque où il n'avait au moins pas perdu Baldec... même si je trouve ça toujours aussi étrange que deux hommes puissent en venir à s'aimer ainsi...

Ce n'est rien mon prince...

Il me faut quelques secondes pour réaliser que la musique s'arrête, quelques notes cristallines flottant encore dans sa chambre à nouveau chaleureuse, avant que je ne m'immobilise, attendant sa réaction. Va-t-il m'en demander une autre? Me faire un reproche, me hurler que je ne suis pas Baldec? Mais non, il se recule simplement de mes bras et je souris en l'entendant répondre.

Je reste avec vous tant que vous aurez besoin de moi messire... Je ne suis pas obligé de partir tout de suite...

Mais le charme est rompu et le prince a l'air d'être revenu à la réalité, un monde sans celui qu'il aimait. Ca ne vaut plus la peine de rester, je le vois bien... Il me tourne le dos, rangeant la boite à musique avant de retourner s'allonger sur son lit d'un pas maladroit, me faisant hausser un sourcil.

Voulez vous que je fasse venir une servante pour vous aider à vous préparer au moins?

Non, il me congédie, mais doucement, me remerciant même pour ce que j'ai fait, et montrant ce qui semble être un vrai intérêt pour ma personne. Aurais-je fait du chemin dans son estime ce soir? On dirait, car je ne l'ai jamais entendu me parler avec autant de considération, et de façon aussi polie. J'incline la tête en guise de remerciement tout en attrapant ma lourde cape.

Ce n'est rien messire, j'ai été content d'avoir pu vous aider. En attendant reposez vous bien et dormez bien... mais ne comptez pas sur moi pour vous ménager demain à l'entrainement!

Je souris alors que je tourne les talons, lui lançant un dernier regard alors que je quitte ses appartements, croisant la relève jusqu'à l'aube. Je retourne à la caserne, attrape un peu de fromage, du pain et de la viande séchée, mangeant rapidement le tout avec une pinte de bière et monte me coucher, sombrant rapidement tout en repensant à ce qui s'est passé récemment et qui me surprend encore. Le lendemain, je me lève en même temps que les autres, je me lave rapidement avant de prendre le petit déjeuner avec eux en discutant et riant, puis je vais m'entraîner avec eux, histoire d'être bien échauffé quand le prince arrivera. C'est d'ailleurs presque en fin de matinée qu'il apparaît enfin, et en voyant sa mine je me dis qu'il doit payer les folies de la veille. Je le salue d'un signe de tête.

Bonjour messire. Alors, bien dormi? Vous vous sentez en état de vous battre ce matin?

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Sam 8 Juil - 11:57

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Les lacets dorés glissent dans les anneaux blancs de mes bottes alors que Steve, après quelques mots qui ne m'arrachent rien de plus qu'un pale sourire qui peine à illuminer mon visage, me laisse et m'abandonne avec mes souvenirs et ma propre mélancolie, qui au lieu de se faire simplement doucereuse en ce jour de fête préfère être une compagne étouffante qui m'interdis de respirer sans souffrir et de battre des cils sans verser une larme. Une fois la porte close et seul, j'accepte de lâcher prise sur les fins lacets d'or qui d'entre mes doigts glissent et de me laisser totalement aller pour mieux sangloter et pleurer le vide qui en cet instant menace de briser mon cœur et de m'avaler tout entier. Les bottes encore aux pieds, je me recroqueville sur moi-même et la tête entre mes mains, le front contre mes genoux, me voilà à hurler sans retenu toute la peine qui accable ma frêle personne. Sans pudeur ni honte, car conscient d'être masqué et invisible aux yeux de ceux qui profitent encore des festivités de cette journée qui se veut radieuse, je me laisse envahir par la douleur et la force de son absence, acceptant ainsi de laisser le chagrin terminer le travail que le vin avait commencé, me vidant ainsi du peu de forces qu'il me restait. Durant de longues minutes, je m'épuise à pleurer et à regretter celui qui serait resté après cette danse pour me prendre dans ses bras et me bercer jusque dans mon sommeil, m'anesthésiant ainsi. Exténué, je m'occupe alors de terminer de rapidement me dévêtir et abandonner au pied de mon lit tunique, pourpoint et autres dessous, pour mieux me glisser nu sous la pelisse de loup et les draps et ainsi m'envelopper de la douceur de la soie. Les joues encore humides de mes larmes, je laisse les oreillers les boire et alors que je clos enfin les yeux, je ne pousse qu'un soupir tandis que le sommeil me réclame et m'enveloppe de ses ailes, m'autorisant ainsi à revivre au travers de songe cette époque où dans les bras de Baldec, j'étais plus qu'un enfant perdu.

Seulement, alors que l'aube pointe son nez et qu'une servante se présente dans ma chambre pour m'aider à me préparer, les souvenirs doux d'un été que l'on aimerait être sans fin s'étiolent pour laisser place à une migraine violente et persistance, qui en plus de me donner la nausée, me fait plisser le nez. Difficilement, je me redresse et encore incapable d'entrouvrir les lèvres pour prononcer le moindre ordre, c'est en grognant que j'accompagne la jeune femme jusqu'à ma salle d'eau et que je la laisse savonner ma peau qui peine à perdre sa couleur laiteuse. Adossé au fond de la cuve sculpté dans une pierre sombre et veinée d'or, je me retrouve à faire la moue comme un enfant quand à mes oreilles me parvient ce que je ne voulais pas entendre en cette journée. "Je me permets de vous dire, mon prince, que vous étiez tout en beauté hier soir et que tout le palais, même après votre départ n'a fait que s'émerveiller de vos charmes. Le peuple lui-même murmure encore aujourd'hui ô combien les dieux ont su vous sculpter avec grâce." dit-elle alors qu'elle enroule ma silhouette osseuse dans un drap brodé à mes armoiries. Je grince des dents et en simple réponse, je me contente de quelques mots glacials et d'un regard qui lui fait part de tout le mépris et l'indifférence que je porte à ses mots que je ne peux penser être sincères ou ingénus.

"Au lieu de me rapporter des bruits de couloir, va plutôt préparer ma tenue d'entrainement. Tu n'es pas là pour faire les commères me semble-t-il."


La jeune femme baisse la tête et lâche le drap que je retiens de mes doigts frêles. Les joues rouges, elle se recule déjà et tente de s'excuser en bredouillant des mots et autres syllabes quand elle ne s'incline pas bêtement. Je masse mes tempes d'une main et agacé qu'elle se fasse aussi bruyante, je reprends en grinçant des dents.

"Encore un mot, un couinement ou je ne sais quoi, et je m'occupe personnellement de te débarrasser de ta langue." Silence de sa part. "Je veux ma tenue d'entrainement et je veux que tu m'aides à l'enfiler. Et ensuite, tu te feras oublier." Je darde sur elle un regard sombre comme une nuit sans lune, et une fois seul, je m'autorise quelques secondes, voir quelques minutes, à simplement masser mon crâne douloureux et à tenter de chasser du bout des doigts sur mes tempes, la migraine violente qui me fait regretter d'avoir si légèrement enchainé les coupes de vin. Puis, voyant qu'elle ne me quitte pas, je finis par simplement abandonner sur le bord de la cuve ma serviette pour me présenter nu à la jeune dans ma chambre. Sans un mot ou un regard pour elle, je la laisse m'aider à enfiler dessous et armure de cuir avant de fermer les yeux et d'apprécier à ma plus grande surprise la délicatesse de ses doigts qui aident le peigne en os de dragon à démêler mes cheveux. Je souris faiblement et me retiens de lui murmurer que pour ça, il est agréable de l'avoir à mes côtés, préférant à la place simplement la congédier une fois sa tâche terminée. Du bout des doigts, je saisis ma lourde cape sombre et la passe sur mes épaules avant de quitter ma chambre et d'ainsi trouver sur le pas de celle-ci, Steve qui d'une humeur étrangement trop radieuse, m'arrache en cette matinée douloureuse une moue vaguement agacée.

"Capitaine."


Ma voix semble presque râpeuse alors que loin d'être d'humeur à me faire aussi charmant et ouvert que je pouvais l'être la veille, lors de cette danse que je n'aurais pas dû lui accorder, je croise son regard. J'ai commis une erreur hier en le laissant voir tout ce qui pouvait se passer et exister dans mon coeur. J'ai été faible à cause de l'ivresse qui coulait dans mes veines, et aujourd'hui, alors que sobre je suis, je réalise qu'il n'aurais jamais dû savoir à propos de la boite à musique et du reste. J'ai été idiot de lui dévoiler ma personne et maintenant, je dois faire avec l'once de pitié que je décèle derrière son air avenant et trop doux. Dégoûté, autant par son attitude que par ma propre stupidité, je retrousse légèrement les lèvres avant de me mettre en marche vers la cour où je m'entraine.

"Épargnez-vous l'effort d'être avenant. Ce n'est pas parce qu'hier j'ai soit-disant apprécié votre présence que c'est le cas aujourd'hui."


La fourrure de renard caresse légèrement mon cou et mes joues au rythme de mes pas et peu importe sa réponse, je me contente d'émettre un simple grognement en guise de réponse, lui faisant comprendre que je ne suis pas d'humeur à discuter avec lui et encore moins à l'entendre tenter de combler le vide qui nous sépare. Je me doute qu'il pense avoir eu le plaisir de se glisser dans l'ouverture de cette porte que j'ai ouverte pour lui hier soir... Mais il est mieux qu'il reste loin. Cela avait déjà été une erreur de laisser Baldec s'approcher et Steve ne sera jamais lui... L'idée me fait pincer les lèvres mais c'est ainsi. Il est préférable que je le repousse maintenant et qu'il recommence à me détester plutôt que de le laisser approcher et de souffrir par la suite, quand il verra ce que je suis ou qu'à son tour il m'abandonnera. La danse n'était rien et mes mots n'étaient que poussière, du moins, c'est ce dont je dois me convaincre. Maussade au possible, nous arrivons enfin devant mon maître d'arme et si je quitte ma cape, c'est pour mieux ignorer la présence de Steve et la tendre ainsi à un autre garde tandis qu'avec Sir Parrish je commence à échanger quelques mots.

"Messire... Je suis flatté de voir que vous êtes là malgré les festivités d'hier soir...
- Allons, je n'allais pas rester au lit alors que je n'ai même pas dansé hier... J'étais à peine épuisé à tel point que j'en ai peiné à dormir."

Sir Parrish rit légèrement.

"Vous auriez dû venir me chercher alors, un entrainement nocturne au lieu d'un bal sans fin... Vous m'auriez épargné bien des bâillements."

J'esquisse un léger sourire alors qu'il me tend mon épée.

"Et quoi ? Je vous aurais privé d'admirer les femmes danser ?
- Pour ce qui restait de jupons... Les chevaliers s'en sont contentés pour moi... Et ce sont les mêmes qui ce matin cuvent dans leurs draps pendant que vous êtes-là."

J'accepte le compliment d'un hochement de tête et me mets face à lui, prêt à entamer une danse qui ne dura jamais assez longtemps à cause de mon souffle cassé.

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Jeu 20 Juil - 15:28
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Stucky
C'est étrange comme on peut penser connaître quelqu'un et comme on peut juger vite. Il y a une poignée de jours à peine je franchissais la porte de la chambre du prince en trainant les pieds, portant sur mes épaules basses tout le poids de cette mission qui à mes yeux apparaissait comme tellement dégradante. Devenir la nourrice du rejeton royal, un être souffreteux et constamment en colère ou à se plaindre, et n'ayant d'autre inquiétudes que d'assortir ses tenues et de savoir comment il allait occuper son royal temps. J'ai cru ça comme beaucoup à la cour, beaucoup de serviteurs, ou des membres de la Garde, qui ont eu affaire à lui avant ma nomination non désirée... Oh qu'est-ce que j'ai pu UY le roi et les dieux pour m'avoir joué ce tour, me demandant ce que j'avais pu faire de mal pour mériter telle punition, tel châtiment. Pour moi, me reléguer à ce nouveau rôle, c'était ôter l'air et le soleil à une plante des champs, ou enfermer un oiseau : contre nature. Et les dieux savent à quel point je l'ai maudit lui, dès les premiers mots qui sont sortis de ses lèvres trop fines et trop pâles. Il s'est montré à moi pire encore que tout ce que j'avais pu entendre, que les rumeurs les plus défaitistes sur lui... Un insupportable gamin mal élevé qui pensait que le monde tournait autour de lui... Mais en fait il n'était que le chien qui montre les dents parce qu'il sait qu'on va le frapper encore. J'ai découvert une partie des raisons qui l'ont fait agir ainsi, et surtout, je l'ai vu autrement... peut-être parce que je l'ai sauvé? Peut-être parce que je l'ai écouté? Ou que tous ses propos désagréables n'étaient qu'une mise à l'épreuve afin de voir si j'étais digne de sa princière confiance? Je ne saurais le dire, car ce qui se passe derrière ses yeux de ciel d'été n'est qu'un orage violent dans lequel il est dangereux de s'y aventurer. Pourtant... j'ai l'impression d'y avoir vu une éclaircie, quelques zones de calme où le soleil arrive encore à percer les nuages en un rayon unique et puissant, et quand j'étais enfant, je me rappelle que ma mère nous disant que quand cela arrivait, c'était qu'un dieu jetait un coup d'oeil sur les humains...

J'ai pu moi aussi jeter un petit coup d'oeil sur ce que son coeur cache, et j'ai été surpris d'y découvrir un homme. Et encore plus que cet homme soit son ancien capitaine de la garde. La douleur aussi peut rendre hargneux car c'est plus facile à supporter ainsi, et il semblerait qu'en plus de l'attitude de son père, ce soit la mort de Baldec qui l'ait affecté profondément et qui explique cette façade glaciale et hautaine qu'il présente au monde... Peut-être pour ne pas qu'on voie qu'il est blessé... Et là, alors que ma main quitte la poignée de sa porte que j'ai refermée, je constate le chemin parcouru en un temps si court qui est aussi arrivé à m'apparaître comme une éternité... De la haine que j'avais pour lui je suis passé par la pitié et enfin l'affection. De plus, ce qui s'est passé ce soir m'a prouvé qu'il avait plus que jamais besoin de quelqu'un en qui il pouvait avoir confiance, et après ces journées passées en sa présence, finalement je suis heureux de prétendre que cette personne, ce sera moi. Les choses ont d'ailleurs l'air en bonne voie pour cela, et je me dis qu'à l'avenir, mes tours de garde pourront être beaucoup plus agréables... Je m'éloigne au son des vagues lointaines de musiques et de rire qui viennent encore depuis l'aile du palais où la fête semble encore battre son plein, saluant mon collègue qui va prendre le relais jusqu'au matin.

J'attends donc le prince, content d'aller m'entraîner avec lui et de quitter cette chambre, même si elle ne ressemble plus à la cellule d'un moine. J'attends quelques minutes, observant le ballet des oiseaux par la fenêtre alors que j'entends sa lourde porte ornée de ferronneries s'ouvrir, et laisser passer le prince, qui porte sur son visage encore pâle une expression que je connais bien. La gueule de bois. Eh bien mon prince, voilà ce que c'est quand on n'a trop bu... Je souris en coin et m'incline légèrement alors qu'il s'avance d'une démarche lourde.

Mais plus les secondes passent plus je vois que son visage reste obstinément fermé, plus encore que la porte des geôles dans les cachots royaux, et quelque chose me dit que ce n'est pas qu'à cause du vin... Confirmation que j'ai quand il ouvre à nouveau la bouche, redevenant aussi cinglant et froid que le jour de notre première rencontre officielle. Mon sourire disparaît de mon visage alors que je me redresse, croisant les mains dans mon dos.

Eh bien si cela peut plaire à votre majesté, je peux faire venir Sam ou Rumlow pour être à vos côtés aujourd'hui si ma présence vous incommode autant...

Mais il ne dit rien, restant obstinément muet comme si la glace qui semble avoir à nouveau entouré son coeur s'était propagée jusqu'à ses lèvres, les scellant pour de bon. Je retiens un soupir las alors que je le suis sagement, cherchant à comprendre ce qui me vaut ce changement soudain d'attitude. Qu'est-ce qui se passe mon prince? Pourquoi hier m'avez vous demandé une danse, pourquoi m'avez vous remercié alors que mes bras vous gardaient contre moi, pour aujourd'hui me battre froid et faire comme si je n'étais qu'un membre de la garde parmi d'autres? Pourquoi me réserver ce traitement alors qu'hier encore je le réconfortais pendant qu'il pleurait? Je suis perdu, confus même alors que le seul bruit qui règne est celui de sa cape qui frotte les dalles et nos pas sur la pierre. Sans un mot nous arrivons sur le terrain d'entraînement et je reste debout, m'adossant au mur de la caserne alors que le maître d'armes et le prince se font face et prennent les armes. Je prends la cape qu'il me tend sans un mot et la dépose soigneusement sur un banc de bois pour ne pas qu'on abime ce vêtement de prix, avant de croiser les bras pour les observer, la mine sombre.

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