Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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Le trône du dragon

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Ven 29 Avr - 19:21
Le trône du dragon.
Stucky
Un hurlement résonne à ma droite et j'ai juste le temps de me tourner que je sens une lourde secousse qui me fait chanceler. Et c'est là que je le vois. Cet immense dragon, grand comme une montagne, aux écailles bleutées qui s'est effondré sur le sol, grièvement blessé. Et Roderic qui se tient contre son poitrail, son épée rougie de sang enfoncée dans sa chair jusqu'à la garde et un sourire triomphant aux lèvres. Nous avons vaincu. Alors que le dragon pousse ses derniers soupirs je m'approche de sa tête et d'un coup précis je la tranche. Son immense crâne retombe sur le sol dans un bruit sourd, de la fumée sortant encore de ses naseaux et ses yeux jaunes encore ouverts. Son corps est agité de quelques derniers spasmes avant de retomber lui aussi, inanimé, ses griffes finissant de labourer les dalles de pierre. Voilà. Nous avons vaincu.

Nos regards se croisent et toute notre équipe se met à sourire, puis à hurler de joie. J'essuie mon épée sur mon pantalon de cuir avant de la remettre au fourreau et rejoindre les autres pour nous laisser aller à nos effusions de joie. On tombe dans les bras les uns des autres, même si on sent le fauve, qu'on est sur la route depuis des semaines et qu'on est couverts de boue comme de sang. On l'a fait.On y est arrivés. On l'a vaincu.

Une fois notre joie et notre soulagement exprimés, on part explorer l'immense caverne, vaste comme un autre monde dans la montage. Nous trouvons un torrent qui forme un lac bordé de cristaux colorés et on se deshabille tous pour prendre un long bain revigorant et bien mérité, ôtant sang, sueur, crasse et boue de nos peaux. L'un d'entre nous a eu la présence d'esprit de garder un morceau de savon qui fond rapidement de main en main, avant de tremper et rincer nos hardes. Puis grâce aux torchères on allume un feu à partir de bois mort accumulé près du torrent, et on finit par s'assoupir près du feu, enroulés dans de vieux rideaux ou de vieux tapis qui se trouvaient dans le trésor du dragon. Nous dormons comme des souches et ce n'est que tard que petit à petit nous émergeons.

On se rhabille en plissant le nez et Jacob part vers le village, la bourse bien remplie, pour acheter une carriole et un cheval au premier paysan qui passe, afin de ramener une partie des richesses, ainsi que la preuve de notre exploit. Pendant ce temps on charge des caisses pleines de pièces et de joyaux, qu'on traine près de l'entrée, ainsi que la tête du dragon, soigneusement empaquetée dans plusieurs rideaux pour ne pas effrayer les paysans. Pendant de longues minutes je reste simplement planté face à ces montagnes d'or, des pièces, des joyaux, des objets d'orfèvrerie ou en vermeil. De quoi acheter au moins dix royaumes... Plus que nous ne pourrons en porter. Il faudra au moins dix voyages à plusieurs charrettes bien gardées. C'est le toi Tony qui va être content. Grâce à ces monceaux d'or, il sera le roi le plus puissant de tout le continent... Je fais doucement rouler un rubis gros comme le poing quand j'entends toquer aux lourdes portes. Nous sommes trois pour les ouvrir et elles se rouvrent dans un grincement sinistre. Les sabots des chevaux apeurés claquent sur les dalles alors que Jacob fait entrer la carriole dans l'immense couloir qui annonce l'entrée de l'antre du dragon.

Tous les six luttons pour charger la charrette, et la tête du dragon dont le sang a déjà tâché les rideaux. Et elle est si lourde que deux caisses vont rester là, avec le reste du trésor. Nous retrouvons nos chevaux, qui nous avaient sagement attendus, depuis la veille, non loin de l'entrée, à l'abri de la neige et du vent. Nous remontons en selle, Jacob reprend sa place sur le siège du cocher et sa monture est attachée à l'arrière de la carriole. Une fois que nous sommes tous sortis, Bart grimpe au-dessus des énormes portes, et une fois que nous nous sommes éloignés, il allume le sac de poudre noire et s'enfuit dans les bois. La montagne tremble et un gros amas de rochers vient obturer les immenses portes, les cachant et les rendant infranchissables.

Il nous a fallu plusieurs jours pour redescendre, toujours sur le qui-vive à l'idée de des richesses que nous transportions, même cachées, et surtout, de la tête du fameux dragon. Alors nous avons pris les routes les moins fréquentées, fait attention, et finalement les hautes tours de Rivendell sont bientôt apparues. Nous étions en territoire sûr, et nous avons pressé le pas. C'est en fanfare que nous avons franchi les portes de la ville, et que la carriole s'arrêta dans la cour royale. Notre souverain est sorti et s'est tenu sur le perron, attendant que l'on s'explique. C'est Jacob qui s'est retourné sur son siège, a saisi les vieux tissus qui recouvraient notre butin, et d'un geste théâtral a dévoilé à toute la cour ce que nous avions rapporté.

_*_

Quelques heures plus tard, alors que la tête de dragon était entre les mains des taxidermistes et des embaumeurs, et que nous avions tous paressé de longues heures dans un bain délicieusement chaud et parfumé, et que nous avions tous dévoré un monceau de nourriture dans la salle de banquet, fêtant notre victoire et nos prouesses à coups de nombreuses chopes de bière, j'entends des coups légers frappés à ma porte alors que je suis paisiblement en train de somnoler dans mon lit. Je me redresse, fronçant les sourcils, et viens ouvrir, vêtu d'un simple pantalon de lin.

Maître Kendrik? Que faites-vous ici à cette heure?
Le roi vous fait mander messire Rogers. Sur l'heure.
Et pourquoi donc?
Je ne suis que le messager. Habillez vous et suivez moi.
J'arrive.


J'enfile à la hâte une tenue noire et sobre, passant un manteau de laine sombre avant de le suivre dans les couloirs déserts. Il m'emmène au bureau du roi, une pièce où je ne suis jamais allé avant. Kendrik toque à la porte avant de s'éclipser et j'entends la voix du roi qui parvient de l'intérieur, me disant d'entrer. Je prends une profonde inspiration et pénètre dans la pièce. Les murs sont recouverts d'étagères qui croulent sous les ouvrages à la précieuse reliure de cuir, tout comme sous les rouleaux de parchemin entassés les uns sur les autres sans ordre apparent. Une grande table s'étale au centre de la pièce, recouverte d'une carte du royaume, et dessus, on voit des petits soldats qui symbolisent ses régiments, et leur affectation. J'avance à pas timides sur l'épais tapis et me retrouve face au roi, assis à son bureau, dos à une grande cheminée où pétille un bon feu.

Asseyez vous Rogers.

Je m'incline cérémonieusement avant de m'asseoir comme il me le demande.

Alors ainsi c'est à vous que nous devons d'être débarrassés de ce maudit dragon?
Le mérite ne m'en revient pas messire. Nous étions six à avoir allié nos forces pour le vaincre.
Votre modestie vous honore. Mais venons-en au fait. Vous savez que Baldec est mort il y a deux jours.
J'ai eu vent de la triste nouvelle en effet.
Vous savez aussi qu'il occupait la fonction de garde attitré de mon fils James.
En effet messire.
La place est libre et vous allez la prendre.
Je... pourquoi moi?
Parce que je l'ai décidé. Vous avez la journée de demain pour vous reposer et ensuite vous irez prendre vos nouvelles fonctions. Disposez.


D'un geste de la main, qui fait scintiller le rubis qu'il porte au doigt, il me congédie. L'affaire est close. Le roi a tranché. Je me relève et met un genou à terre près de lui.

Je vais m'efforcer de me montrer digne de l'honneur que vous me faites.

Puis sans un mot je m'éclipse et regagne mes quartiers. Deux jours plus tard c'est sans trop me hâter que j'arrive devant la porte des appartements du prince et que je toque doucement à la porte.

Messire je suis Steve Rogers. Votre père m'a affecté à votre protection.

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Sam 30 Avr - 15:22

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Le trône du dragon

Un gémissement traverse mes lèvres quand une main glacée vient se poser sur ma peau brûlante, répandant dans mon être et dans mes os, un froid qui semble faire de mon sang une mélasse épaisse que mon coeur peine à redistribuer dans mes veines. J'aimerais bouger, repousser ses doigts qui semblent être ceux de la Mort elle-même. Les draps eux ne sont que des vagues qui tentent de m'engloutir, s'enroulant autour de moi, tentant de me tirer toujours un peu plus dans une fièvre qui frôle la transe. Je sens mon corps se tendre, se cambre, s'arquer et les mains toujours me retirer et me maintenir à ce lit. Mon coeur bat à mes oreilles alors que sur mes lèvres je goûte à ma sueur salé qui fait coller mes cheveux dans ma nuque et trempe autant ma peau que le matelas sur lequel on veut me maintenir allongé. Des voix me parviennent et refusant de céder à ce qui me semble être le chant des sirènes, je commence à hurler, demandant un sauveur qui ne viendra pas.

"Baldec !… Baldec… !"

Mes lèvres forment son nom mais ma voix ne semble pas porter plus qu'un gémissement plaintif et pathétique. Il ne viendra pas. Il ne viendra plus. Personne ne peut me sauver de ça, personne ne peut, ni ne veut revenir à mes côtés. C'est trop tard. L'air siffle entre mes dents quand un linge humide est déposé sur mon front, m'arrachant d'autres tremblements. J'ai l'impression d'être à nouveau sous la surface du lac gelé… Ballotté par les flots, je commence à penser que je ne pourrais jamais revenir à la surface et reprendre conscience. J'ai beau frapper sur la glace, celle-ci ne cède pas et lentement, toutes mes forces m'abandonnent. Lentement je me laisse avaler par les flots et comme ce jour-là au lac… J'accepte de me noyer, me disant qu'après tout… Je n'ai peut-être plus que ça. Je cligne plusieurs fois des yeux, ne revenant à moi que lorsque je ressens une vive douleur dans le bras. À nouveau je recommence à bouger et je rouvre les yeux, retrouvant ma chambre et les silhouettes familières du guérisseur et de mon ancienne nourrice. Et doucement, les choses me reviennent. Fatigué, je pousse un soupir, écoutant simplement les hurlements qu'ils semblent pousser.

".. Sang pareil à du goudron… Mange pas assez…
- Faut dire… Si il était pas si désagréable… Dieu ne le punirait pas…"

Je referme les yeux et marmonne doucement.

"J'suis malade mais pas sourd."

Je sens qu'on vient essuyer le rebord de mes lèvres, me marmonnant quelque chose qui ressemble à un "vous devriez dormir mon prince.", alors que je me promets de donner à la bonne femme une correction qu'elle n'aura pas volé. Les mots continuent à voler autour de moi, étant parfois des murmures qui me bercent et qui se perdent dans le bruit des battements de mon coeur, parfois des hurlements que j'aimerais faire taire. Je ne sais pas de quoi ils parlent mais c'est sûrement la même chose qu'à chaque fois. Tous veulent comprendre l'origine de ce mal qui me ronge depuis si longtemps. Je prends une grande inspiration, geignant en sentant que même mes poumons brûlent, claquant de la langue quand je sens une main repousser les mèches de mon visage.

"Je veux voir… Baldec…
- Dormez mon prince…
- Je veux le voir…"

On glisse une bouteille à mes lèvres et si au début je refuse de boire, je finis par céder, cherchant tout d'abord à régurgiter le lait de pavot amer que j'avale docilement au final. Rapidement tout semble disparaitre autour de moi et je sombre enfin dans une inconscience qui n'est ni douloureuse, ni hantée par la fièvre.

Allongé avec son fils souffrant dans son lit, elle glisse une main dans ses cheveux aussi sombres que les siens, remettant une mèche derrière son oreille alors que le rire timide et fatigué de son si précieux James la fait sourire. Ça lui fait mal de le voir ainsi, aussi faible, aussi fragile… Et pire, ça l'a tué de le voir changer il y a deux jours, tout comme ça a tué une partie d'elle-même quand elle a dû enfermer son propre enfant dans un des cachots du château. Ça a brisé son coeur au point qu'elle n'avait pas été capable de rester avec lui, pour lui chanter des chansons ou simplement lui parler… Non, James avait dû être seul la nuit dernière. Parce que ça devenait de plus en plus dur pour sa mère de voir son fils changer en monstre à cause d'une malédiction qu'il ne méritait pas. Qui pouvait-il lui si elle s'était entichée d'un homme comme Tony ? Pourquoi lui devait-il être maudis ? Pourquoi punir un être qui n'était encore pas né, si ce n'est pour causer le malheur de ses parents… Sa gorge se serre un peu plus quand elle croise le regard de son seul fils. Elle s'en veut tant… Elle s'en veut de l'avoir mis au monde tout comme elle s'en veut d'avoir prié le soir pour qu'il soit mort-né. Ça aurait été bien plus simple qu'il ne vive pas… Mais maintenant qu'elle le voit, qu'elle croise son regard, la culpabilité la dévore. James est un si bon garçon, plein de vie, soucieux de toujours vouloir bien faire… Il est de ces enfants heureux, le genre qu'il est difficile de garder reclus dans l'enceinte du palais, qui veut toujours partir plus loin à l'aventure, ne supportant pas être retenu à un banquet ou une cérémonie officielle quand il pourrait être en train de courir dans les jardins ou à plonger ses doigts dans les bassins pour tenter de caresser les carpes. Du bout des doigts elle caresse sa joue de porcelaine et légèrement rougis par la fièvre, se disant qu'elle a été une si mauvaise mère pour lui, à penser qu'il serait plus heureux mort. Doucement elle vient le prendre dans ses bras, ne sachant pas vraiment si elle tente de le rassurer lui ou elle… Elle voudrait qu'il soit un enfant normal, qu'il puisse vivre comme les autres et non devoir rester cloitré dans sa chambre quand il est malade ou dans les cachots lorsqu'il devient dragon. Un murmure lui échappe alors qu'elle dépose un baiser sur sa tempe brûlante.

"Ce sera bientôt terminé mon amour, bientôt tu seras libre… Une jolie princesse te verra et elle te donnera ton baiser… Ce n'est qu'un mauvais rêve dont tu vas te réveiller mon amour… Promets-moi que tu vas tenir encore un peu."

Son coeur se serre quand il se raccroche à elle, murmurant doucement qu'il s'en fiche de savoir si la princesse sera belle ou non… Tout ce qu'il veut, c'est qu'elle soit douce et aimante. Un sanglot lui serre la gorge et doucement, elle chante pour son fils, n'étant plus tellement sûr qui elle tente consoler d'eux deux.


Un mauvais rêve. La voix de ma mère me parvient, comme un écho d'un moment qui refuse de faire parti du passé. Un souvenir qui me fait émerger de mon long sommeil, m'arrachant un soupir contrarié. Seul dans ma chambre je contemple le vide de mon existence, écoutant le feu simplement dévorer dans l'âtre les bûches et les battements de mon coeur à mes oreilles. L'odeur des herbes médicinales me fait tourner la tête et lentement je me redresse, cherchant une coupe pour étancher ma soif. Du bout des doigts, j'en attrape une, plissant le nez en découvrant que c'est encore du lait ou je-ne-sais-trop quel breuvage infâme. Agacé je jette la coupe sur la porte, faisant porter ma voix comme je le peux.

"Quelqu'un peut m'expliquer pourquoi je suis seul ? Des centaines de domestiques travaillent ici et il n'y en pas un seul pour m'apporter à boire ?"

Un silence retombe et je repousse mes draps qui sentent la transpiration, me relevant avec difficulté alors que se présente à moi une jeune domestique.

"À boire. Et je ne veux pas d'eau ou de médicaments. Je veux du vin. Et par pitié nettoie moi ça. C'est ma chambre, pas la porcherie."


Elle s'incline doucement et commence à nettoyer, faisant ensuite venir de quoi boire. Une coupe m'est ensuite tendue et du bout des lèvres, je goût au vin qui n'arrive pas à faire taire la soif qui m'étreint. En silence je regarde par le fenêtre, buvant mon vin bien rapidement comme si j'essayais de me souler pour oublier ce qui s'est passé il y a deux nuits. Un frisson glisse sur mon échine, alors que je claque des doigts.

"Encore. Et sors-moi de quoi m'habiller.
- Oui mon prince."

La coupe est de nouveau pleine et d'une traite je la vide, poussant un long soupir. Comme à chaque fois, j'ai simplement envie de me souler pour oublier. J'ai envie de simplement faire taire tout ce qui a pu se passer et simplement prétendre que ce n'était qu'un mauvais rêve de plus. La domestique revient et sans son aide, enfin plutôt en la refusant vivement, je titube jusqu'à la salle de bain, laissant me couler un long bain dans lequel je me glisse. L'eau chaude m'arrache un soupir et pendant de longues minutes je laisse celle-ci délasser mes muscles endoloris, hochant simplement de la tête quand la jeune femme me demande si je veux qu'elle me lave. Lentement je la laisse faire, souriant simplement quand ses doigts se glisse dans mes cheveux longs. Et si tout se passe bien, c'est quand l'eau se teinte légèrement de rouge que je sens mon coeur cesser de battre. Non…

"Messire est blessé ? Voulez-vous que j'aille chercher le médecin ?"

Pendant de longues secondes je reste silencieux, finissant par repousser ses mains.

"Non. Va préparer mes vêtements."

Elle s'incline à nouveau et une fois seul, je trouble la surface de l'eau, sentant une étrange sensation s'emparer de moi. Je refuse de penser qu''il… Non. Baldec est sûrement devant ma porte à attendre que je le fasse demander… Là, il se présentera à moi, avec son sourire si particulier, avant de me faire trait d'humour… Oui… Il est sûrement là… Pas loin, à attendre que je le fasse venir. Je quitte mon bain et me sèche, avant de me présenter complètement nu dans ma chambre. La domestique s'approche et sans la moindre pudeur ou honte, je la laisse m'habiller, frissonnant simplement quand le tissu soyeux glisse et caresse ma peau encore sensible. Puis sans un mot je la laisse coiffer mes cheveux, fixant désormais le feu dans l'âtre. Et au moment où je m'apprête à faire demander, j'entends qu'on toque à la porte. Un sourire se glisse presque sur mes lèvres mais se fane bien rapidement quand c'est inconnu qui passe ma porte. Je fronce les sourcils en le découvrant, faisant signe à la domestique de cesser de me toucher. Lui ? Chargé de ma protection ? Non. Pourquoi père aurait fait remplacer Sir Baldec ? Pendant de longues minutes je reste silencieux, jaugeant l'homme d'une bonne trentaine d'année qui me fait désormais face. Je pince les lèvres et après un silence, je me décide finalement à entrouvrir les lèvres, lui faisant comprendre qu'il n'est pas le bienvenu ici.

"Vous n'êtes pas chargé de ma protection… Steve. C'est Sir Baldec qui est le capitaine de ma garde et c'est lui seul qui peut se permettre de toquer à ma porte et entrer dans ma chambre comme si je lui en avais effectivement donné la permission. Donc vous allez me faire le plaisir d'aller le chercher et d'ensuite ne plus jamais vous présenter à moi."

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Sam 21 Mai - 10:01
Le trône du dragon.
Stucky
A la seconde où le roi m'a congédié et que la porte de son bureau privé s'est refermée derrière moi, j'ai été complètement perdu. Alors certes notre escouade venait d'occire un dragon des plus terribles, qui terrorisait cette vallée depuis de longs mois maintenant, mais... mais quel est le lien avec les nouvelles fonctions qu'il m'a attribuées? J'ai prouvé ma valeur sur le terrain, alors pourquoi m'envoyer maintenant à jouer les nourrices de ce jeune homme capricieux et souffreteux? N'importe quel garde du palais saurait s'acquitter de ses fonctions, qui consistent davantage à être un chien docile qui obéit à ses moindres désirs plutôt que de le protéger d'une menace réelle et tangible. Il ne quitte jamais le palais de toute façon, et il quitte à peine sa chambre. Alors il n'y a pas de mérite ni de danger à être son escorte. Ou son protecteur. Beaucoup de gardes ayant femme et enfants rêveraient d'une place si confortable et tranquille, loin du danger, à condition d'avoir les nerfs assez solides pour supporter le caractère du prince.

Parce que depuis des années, à mesure que les années passaient et qu'il grandissait, sa vraie personnalité, son vrai caractère, ont commencé à transparaître. Sa mère était morte alors qu'il n'était qu'un enfant, et à partir de là, et en partie aussi à cause de sa santé défaillante, le prince s'est montré pour le moins... difficile à vivre. Il houspillait les servantes, terrorisait les domestiques, et ne faisait jamais démonstration de douceur, de gentillesse ou de compassion. Il était simplement capricieux. Buté. Gâté sans doute aussi par le roi qui n'avait que lui à présent. A mes yeux, devoir m'occuper de lui est plus une punition qu'une récompense...

Je réfléchis à tout cela alors que je retourne à mes appartements. J'abandonne mes vêtements sur une chaise et me laisse retomber sous les couvertures épaisses, au son du bois qui crépite dans la cheminée de ma chambre. Le lendemain, le soleil est bien haut quand j'ouvre les yeux. Cela fait des semaines que je n'ai pas dormi dans un vrai lit, et mon corps en profite autant qu'il peut. De toute façon le roi m'a donné l'autorisation d'avoir cette journée pour moi, ne prenant mes fonctions que le lendemain. Je descends aux cuisines, savoure un bon repas, qui est surtout délicieusement chaud et qui n'a pas cuit sur une branche au-dessus d'un feu de camp, mais amoureusement mijoté. Pourtant mon coeur est loin d'être léger. Au contraire. Je vais devoir abandonner mes camarades et végéter ici pendant qu'eux vont battre la campagne pour de nouvelles aventures. Pourquoi... mais pourquoi le roi a-t-il jeté son dévolu pour moi? Je ne sais... Le fait est que je passe le reste de la journée avec les autres, qui sont tout aussi surpris que moi, même s'ils sont contents de ma récente promotion. On discute, on boit, et je rentre pas trop tard pour me préparer à mes nouvelles fonctions.

Dès le lendemain je me présente donc à la porte du prince, qui m'accueille avec toute la chaleur dont il sait faire preuve, aux dires des autres. Jusqu'à présent je ne l'ai toujours aperçu que de loin, et je ne lui ai jamais adressé le traitre mot. Son regard de glace me scrute et me perce alors que je me tiens planté là, face à lui, attendant qu'il daigne faire quoi que ce soit. Il a l'air de me jauger, m'évaluer... les secondes semblent être des siècles avant qu'il ne parle enfin.

Je... messire, il semblerait que vous n'ayez pas eu vent de la nouvelle... Je... dans ce cas je suis navré de devoir vous annoncer que Sire Baldec a trouvé la mort il y a trois jours. Malheureusement je ne peux vous éclairer davantage sur les circonstances de sa disparition, j'étais moi-même hors de la ville...

J'attends une seconde, le laissant digérer la nouvelle, avant de reprendre.

Messire... ne me blâmez pas pour être ici. C'est le roi votre père qui m'a fait chercher dès mon retour de campagne et qui m'a confié la mission de veiller sur vous et d'être votre capitaine de la garde. Si... si le choix de votre père ne vous convient pas, cela serait-il plus judicieux de vous entretenir à ce propos avec lui. En effet je n'aurai pas l'idée de contester ses ordres. Je veillerai donc sur vous jusqu'à ce que le roi revienne sur sa décision, et auquel cas, en effet, je ne présenterai plus devant vous...

Dieu du ciel c'est aussi pour cela que je préfère être en mission. Je n'ai pas à être obséquieux, je n'ai pas à sortir du "oui messire, bien messire, tout de suite messire". Là je dois m'écraser devant ce gamin pâle et chétif qui me parle déjà comme si j'étais un chien et qui mériterait plus une nourrice qui lui donnerait la fessée qu'un homme de terrain comme moi pour assurer sa protection... Je reste donc planté là, le regard plongé dans le feu puis sur le mobilier précieux, les étagères couvertes de livres qui recouvrent les murs tout comme les lourdes tapisseries. Mais aussi sur les coupes de vin vide, les bassines ayant servi à le soigner pendant sa maladie et autres... Dans un sens on dirait presque... une prison. Et j'ai la désagréable impression d'être à la fois le geôlier et à la fois un compagnon de cellule...

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Dim 5 Juin - 20:15

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Le trône du dragon

Les doigts de la jeune femme quittent ma crinière brune qui cascade avec aisance jusqu'à mes épaules alors que je croise le regard bleu du mon nouveau Capitaine de la garde. Et en moins d'une seconde, je le hais déjà. Je hais sa mâchoire carrée, son sourire faussement désolé et l'agacement qu'il tente de cacher. De toute les fibres de mon coeur, je hais cet homme qui me fait face et qui prétend désormais avoir mon bien à coeur. Je hais cet homme que père m'a imposé et en moins d'une seconde, alors qu'une bûche émet un craquement dans l'âtre, j'en viens à me dire que je serais ravi de cracher sur ce visage trop parfait et trop lisse. De tout mon être, je suis révulsé par l'élégance et la douceur de ses traits. Je hais ses yeux au bleu plus agréable que le mien, j'ai envie de le gifler pour marquer cette peau légèrement halé, j'ai envie lui faire raser cette barbe, je rêve de briser cette mâchoire si parfaite et surtout, j'ai envie de lui faire courber l'échine pour ne plus avoir à supporter cette carrure aussi imposante que rassurante. Je suis sûr qu'il est le genre à faire chavirer le coeur de toute les demoiselles qu'il croise… Je suis sûr que pour lui, on papillonne des cils et on fait de belles révérences… Lui doit avoir des sourires et des gloussements. Il est tout ce que je déteste parce qu'il est tout ce que je ne serais jamais. D'un geste de la main je congédie la servante qui nous laisse enfin et alors que je termine de passer ma broche en forme de dragon à mon col, pour ainsi fermer mon pourpoint au rouge sombre qui fait ressortir ma peau pale, je l'écoute m'expliquer ce que je sais déjà… Et pourtant je détourne le regard, le coeur lourd. Alors ce n'était pas un mauvais rêve. Je ferme les yeux et apprécie qu'il se taise pour l'instant. Un frisson dévale mon échine et derrière mes paupières, dans l'obscurité, je revois sa silhouette et mes griffes. Je me souviens de ma colère et des grondements. Sur mon coeur je pose ma main, les sourcils froncés alors que je sens celui-ci se pincer. J'espérais tant ne pas être responsable de sa mort… Même alors que je pleurais sur son armure abîmée par mes griffes, je ne voulais croire que j'avais vraiment fait ça. J'avais encore l'espoir fou qu'il serait en vie ou du moins, qu'il vacillerait entre la vie et la mort jusqu'à notre retour au château et que là… Je rouvre les yeux et darde sur lui un regard plein de colère alors qu'il reprend. Son discours m'écoeure et pire je m'agace de l'entendre me dire que si je ne suis pas satisfait de lui, je n'ai qu'à aller me plaindre à mon père. L'ombre d'un sourire se glisse sur mes lèvres alors que j'attrape une coupe de vin, dont je bois une longue gorgée avant d'en regarder la robe capiteuse, oscillant entre l'envie de le congédier ou de lui lancer celle-ci au visage.

"Malheureusement… Je crains que vous n'ayez pas le choix Capitaine. Mon père a mieux à faire que d'écouter les plaintes de son fils malade et délirant. Donc non, je crois que nous allons devoir apprendre à nous supporter ou en tout cas, vous allez devoir apprendre à me plaire."

La coupe retrouve la table et je me lève, ignorant le tournis qui me donne envie de rendre tout le vin que j'ai avalé à jeun depuis que j'ai quitté mon lit, posant une simple main sur le dossier du fauteuil dans lequel j'étais. Ma langue passe rapidement sur mes lèvres et le plus discrètement possible j'étouffe un soupir avant de relever à nouveau les yeux vers lui, essayant de ne pas paraitre faible ou souffreteux. Non, je me refuse à l'être devant lui. Je refuse de n'être à ses yeux qu'un gamin malade dont il doit assurer la protection. Je veux être son prince, celui qu'il craint et respecte. Et pourtant, je sens déjà une goutte de sueur glacée dévaler mon échine, comme si mon corps tout entier me rappelait que je ferais mieux de me recoucher. Mais pour lui, je relève le menton et m'agace en silence de devoir lever les yeux pour croiser son regard.

"Vous êtes trop grand."

Mon ton fait sonner ce qui devrait être une simple constatation comme un reproche, voir une insulte dans ma bouche. Ma main quitte le dossier du fauteuil et je viens me planter face à lui, caressant du doigt l'armure neuve qu'il porte face à moi. C'est la tradition, le capitaine de me garde doit porter mon emblème sur son plastron. Il doit afficher le dragon à la rose. Le monstre cracheur de feu qui dans l'une de ses griffes détient une pauvre rose sans épines.

"Vous n'avez rien d'un soldat en plus… Je suis sûr que vous n'avez aucun exploit à votre actif, à part celui de descendre des pintes comme personne ou de besogner les servantes pas trop laides dans des coins du palais. Regardez-vous… Vous avez une tête à faire soupirer les femmes et non à combattre d'éventuels envahisseurs…"

Un léger rire m'échappe alors que je reprends.

"Vous êtes au mieux un incapable et au pire un imposteur… Vous n'avez pas l'étoffe d'un soldat et encore moins de Sir Baldec. À vous voir ainsi, je suis persuadé que vous n'avez aucune blessure de guerre à me montrer car vous n'avez jamais quitté ce palais ou même votre caserne crasseuse. Vous êtes un planqué bien heureux d'avoir eu ce poste…"

Je croise mes bras sur ma poitrine et  une fois de plus, lui offre un sourire méprisant et insolent au possible. Je ne sais même pas si c'est le cas et à vrai dire, je ne serais pas étonné qu'il me dise que ce n'est pas le cas… Mais est-ce mon problème ? Non. Est-ce que je le plains ? Encore moins. Je suis celui qu'on garde enfermé dans cette prison dorée. Je suis celui qui est victime d'une malédiction, je suis celui qu'on devrait plaindre… Alors lui ? Lui n'est là que pour distraire mon esprit et me faire oublier que je suis condamné. Lui est là pour m'amuser, pour me faire oublier mon quotidien.

"Les règles sont simples ici : j'ordonne et vous obéissez. Tenez moi-tête et vous apprendrez à apprécier la morsure du fouet sur vos épaules. Suis-je clair, Capitaine ?"

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Mer 22 Juin - 16:34
Le trône du dragon.
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S'il savait à quel point moi non plus je ne veux pas être là. A quel point je préfèrerais être avec mes camarades, sur les routes, à discuter autour d'un feu de camp, à tendre une embuscade à un groupe de brigands qui détrousse les voyageurs ou encore à simplement convoyer je ne sais quel chargement précieux. N'importe quoi mais ailleurs. Loin d'ici. Loin de cette pièce surchauffée qui sent les herbes médicinales et la transpiration de malade. Loin du prince, de qui je n'ai jamais entendu un seul écho positif depuis que je suis entré dans la garde, il y a de cela bien quinze ans. Un gamin pourri gâté. Capricieux. Devenu horrible à force d'être toujours cloué au lit, et qui exige que tout le monde soit à son service, en permanence. Voilà notre prince, celui qui va devenir le roi, celui à qui je dois obéir à présent. Au regard de la servante je note déjà qu'elle a peur, et qu'elle a cette expression de petite bête inquiète, apeurée. Elle sait que si elle provoque la colère du prince, elle peut se faire renvoyer ou pire. Et rien que cela joue clairement en sa défaveur. Pour moi on est un bon souverain si on sait se faire aimer et respecter de ses sujets. Pas si on est craint. Pas si on est détesté.

Pourtant il est là à me jauger, à s'imaginer je ne sais quoi sur moi, émettre un jugement bien négatif sur le nouveau capitaine de sa garde, un paysan à peine sorti de sa fange et qui se prend pour un guerrier. J'aurais beau m'illustrer de toutes les façons, pour lui je serai toujours un gueux qui lui est toujours mille fois inférieur. A peine digne d'être dans la même pièce que lui, et respirer le même air. Je lis très bien tout ceci dans son regard hautain et froid. Par les dieux pourquoi une telle punition? Je suis la servante du regard alors qu'elle nous quitte, et un frisson désagréable parcourt mon échine alors que nous sommes seuls tous les deux. Et si physiquement il n'a clairement pas la force de me faire le moindre mal... je sens qu'il n'est pas de ceux qui préfèrent la paix à la guerre. Après lui avoir expliqué pour Baldec, je reste silencieux, attendant une réaction de sa part. Pourtant il reste immobile, de glace. La vie des gens de son entourage semble le préoccuper bien peu. Après tout qu'était-il pour lui? Un visage? Deux bras qui tenaient une épée et rien de plus? C'est l'impression qu'il donne en tout cas... Je tente de lui faire comprendre que je n'ai pas demandé le poste, afin de lui faire penser, enfin d'essayer de lui faire penser, que lui comme moi nous nous sommes contraints de cohabiter, et surtout, qu'à aucun moment je n'ai voulu voler la place de qui que ce soit. Enfin... maintenant c'est trop tard. Je hoche simplement la tête lorsqu'il me dit que c'est trop tard, et serre les dents quand il termine sa tira par l'idée que je vais devoir apprendre à lui plaire. Mais pour qui te prends-tu? Penses-tu que je n'ai que ça à faire? Que rien n'est plus important que je satisfasse ta petite personne? Que toute ma vie, mes jours vont être dédiés à ce but ultime : te plaire? Mais entendez-le. Gonflé d'arrogance jusqu'à presque en éclater...

Il se lève alors que je n'ai toujours pas bougé, attendant patiemment que quelque chose se passe, ou que je serve à quelque chose. Je le suis du regard alors qu'il se plante face à moi, et sa remarque manque de me faire lever les yeux au ciel et soupirer en même temps. Si je n'avais pas été devant le prince, je l'aurais fait. Je suis trop grand. On aura tout entendu.

Eh bien mon prince je suis navré de ce désagrément... mais je ne dois cela qu'à ma mère et feu mon père.

Ses doigts s'avancent vers mon armure et effleurent le métal neuf dont on m'a équipé. Adieu mon ancien plastron, voilà que je dois porter ses armoiries à lui. Le dragon de la famille des Barnes, plus la rose, qui est propre au prince. Et ma main serre le pommeau de mon épée lorsqu'il ouvre à nouveau la bouche.

Je suis au regret d'informer votre majesté que, même si la compagnie des femmes m'est fort agréable, j'ai été bien plus souvent sur les routes avec mon escouade. Et grâce à mes hommes nous sommes arrivés à accomplir plusieurs missions dont votre père nous avait chargés. La dernière en date était de tuer un dragon qui terrorisait une région voisine, et nous avons ramené sa tête avec nous. Elle est dans la salle du trône m'a-t-on dit. Peut-être souhaiteriez vous la voir? La bête était de toute beauté...

Puis il reprend après un rire, et à le voir comme ça, ma colère s'envole. Tu n'es ridicule, simplement. Tu es un petit garçon méchant qui aime arracher les ailes des mouches et tirer la queue des chats parce qu'on ne s'occupe pas assez de toi. Tu ne te sens exister que parce que te montres méchant. Te prouver que tu comptes, que tu as du pouvoir sur les autres. Tu agis comme un enfant, très bien, c'est ainsi que je te verrai. C'est ainsi que j'agirai envers toi. Comme un enfant qu'on observe avec patiente mais qu'on ne prend pas au sérieux. Enfin... je crains néanmoins qu'il utilise du pouvoir qu'il détient réellement sur moi. Parce que je ne pourrais pas m'y opposer à ce qu'il me demandera. Et évidemment, cela me terrifie.

Je soutiens calmement son regard, ne lui faisant pas le plaisir d'être effrayé ou ennuyé par ses paroles.

Vous pouvez demander au capitaine des gardes mes faits d'armes, et je vous laisserai libre juge de mes actions messire.

Pourtant il insiste, continue à vouloir me prouver à tout prix qu'il est mon supérieur, que je suis sous ses ordres, sous lui. Inférieur. Soumis. Ridicule. Au point de me menacer de châtiments physiques pour simplement ne pas dire oui à tout. J'ai un léger sourire alors que je hoche lentement la tête.

Bien messire, limpide même.

Je continue à le regarder, sans rien laisser transparaître, neutre. Et je me dis que les jours, les heures qui suivent vont être longs. Très longs...une torture.

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Jeu 23 Juin - 12:59

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Le trône du dragon

Agaçant, voilà ce qu'il est. Il transpire une perfection que j'ai envie de détruire. De mes mains j'ai envie de le briser simplement pour faire disparaitre cet éclat de bonté dans son regard et le salir. Je veux qu'à mon contact il cesse d'être quelqu'un de bien pour ne devenir qu'une pauvre chose que j'aurais brisé et reconstruis comme je l'aurais voulu. Alors qu'il soutient mon regard, à me défier d'un silence passif, je suis là à imaginer tout ce que je pourrais lui faire… Je pourrais lui faire courber l'échine, le forcer à être à genoux pour moi et manger dans ma main comme si j'étais un saint qu'il devait vénérer.

"Libre juge ? Mais qui a dit qu'il y aurait un jugement. J'ai déjà rendu ma sentence Capitaine… Vous n'êtes que mon nouveau jouet et chien de garde. Rien de plus. Rien de moins."

Pour lui j'ai un sourire alors que je pose plus plat ma main sur son plastron, m'y appuyant presque tant la tête me tourne. Je sais que je devrais être raisonnable et retourner me coucher, mais face à lui, je refuse de paraitre faible et de m'aliter comme si j'étais une pauvre chose qui a besoin de repos. Non. Je m'autoriserais cela quand il ne sera plus là… En attendant, je lève les yeux et le regard droit, je lui offre mon plus beau sourire tandis que je laisse mes doigts dessiner mon blason. Je hais cet emblème et ce qu'il représente. La rose prise dans les griffes du monstre. La représentation même de ce que je suis. Une pauvre chose condamnée à faner, seule et prisonnière de son destin. Mes ongles crissent faiblement sur le métal alors que je viens chercher les attaches de sa cape, faisant glisser celle-ci sur ses épaules, la laissant ensuite retomber au sol dans un froissement délicieux. Mes mains restent sur ses épaulières et avec toute l'arrogance du monde, je croise son regard et murmure.

"La valeur d'un homme ne se mesure pas aux louanges des autres mais aux blessures de son corps. Prouvez-moi Capitaine que sous cette armure se cache un guerrier et non un lâche. Prouvez-moi que vous métriez de porter mes couleurs."

Je viens ensuite glisser mes doigts sur les attaches de son plastron et je les défais, laissant celui-ci légèrement se détacher du reste de son armure.

"Déshabillez-vous. Maintenant et prouvez-moi que vous êtes valeureux."

Lentement je me détache de lui et c'est là que je sens la tête me tourner plus violemment. Des taches sombres commencent à danser devant mes yeux et si je deviens pale, je me refuse à chanceler pour lui ou à perdre mon aplomb. Non. Je suis fort. Je ne suis pas malade, ni souffrant… Je ne suis pas une pauvre petite chose qui doit passer le reste de son existence dans son lit à prier que quelqu'un vienne briser sa malédiction. Je vaux mieux que ça. Je ne suis pas déterminé par la bête que je deviens tout les mois. Tout comme je ne suis pas déterminé par les cicatrices au ceux de mes coudes, vestiges des nombreuses saignées que l'on m'a fait subir et que je suis subis encore. Je suis le prince de ce royaume. Je suis fort, comme le monstre cracheur de feu dont les écailles remplacent ma peau. Je fais un pas en arrière et je tente de reprendre mon souffle. Non je n'ai pas besoin d'aide et je ne veux voir ni médecins, ni servantes. Je refuse de retourner au lit, je refuse de me faire border comme si j'étais un enfant ou un vieillard sur son lit de mort. Ma main retrouve le bord de la table et lourdement je retombe dans mon fauteuil, sentant mes tempes se poisser d'une sueur glacée. Je déglutis difficilement pour ravaler mon envie de vomir et enfin, je retrouve la vue. Les taches s'étiolent et enfin je peux croiser son regard et y lire quelque chose qui me fait grincer des dents. Arrête. Arrête de me regarder ains. Je suis ton prince. Respecte-moi. Voilà ce que mon silence hurle. D'une main tremblante j'attrape la coupe de vin que je porte à mes lèvres, cherchant dans l'alcool capiteux mon salut. Je passe ensuite ma langue sur mes lèvres et voyant qu'il se contente de m'observer, je me permets un claquement de langue et un grondement pour le ramener à la réalité.

"Il me semble vous avoir donné un ordre Capitaine."

Le temps d'une seconde il semble hésiter et finalement, je me retrouve à l'observer se débarrasser de son armure alors que je sirote mon vin du bout des lèvres, regardant sa peau se dévoiler seconde après seconde, me faisant de ce fait le haïr un peu plus. Bien sûr en plus d'être beau, il fallait qu'il soit taillé comme les héros ou les saints dans les peintures. Il ne pouvait pas avoir un défaut, hein ? C'est ça ? Il faut qu'en plus de ce visage viril et étrangement délicat, il ait un corps qu'on ne peut que désirer ? Des épaules auxquelles on veut s'accrocher ? Un torse que l'on veut griffer ? Des bras dans lesquelles on veut être ? Pourquoi ? Pourquoi lui doit tout avoir ? Ma mâchoire se verrouille et agacé, je claque des doigts.

"Approchez."

Il s'exécute et une fois à mon niveau, je me refuse à lever les yeux vers lui pour le regarder, me contentant d'exiger une fois de plus.

"À genoux Capitaine. Lever la tête est fatiguant."

Un sourire se glisse au coin de mes lèvres et une fois qu'il a plié le genoux pour moi, j'accepte de le regarder. Et si jusque là il pouvait lire dans mon regard un certain agacement, maintenant c'est toute ma haine qu'il peut y voir. Toute la jalousie qui illumine mes prunelles d'un éclat malsain. Regarde-toi…. Le fils parfait… L'homme de Dieu, vertueux et généreux. Je suis sûr que ta mère est fière de toi, qu'elle se dit avoir mis au monde un homme qui sera capable de faire le bien autour de lui. J'ai envie de le frapper. J'ai envie de lever la main et de simplement le gifler. J'ai envie de saisir un des plats et le lui fracasser sur la joue. J'ai envie de casser cet homme vertueux et parfait que Dieu m'offre en ultime punition. Mais je n'en fais rien. Dans un silence qui n'est dérangé que par le feu qui ronronne non loin de nous, je viens poser ma main sur une large cicatrice qui orne son épaule. Du bout des doigts je la caresse, croisant alors les jambes tandis que je fais reposer ma tête sur mon autre main. Un sourire illumine ma mine jusque là sombre et c'est presque un ronronnement qui m'échappe quand je lui fais enfin l'honneur de m'adresser à lui.

"Celle-ci est belle. Que raconte-t-elle ? Un combat contre un dragon ? Un duel à mort ?"

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Jeu 7 Juil - 23:13
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Mes mâchoires se serrent alors qu'il ouvre la bouche, encore. Et que j'ai envie de le gifler. Encore. Un jouet. Un chien de garde. Pathétique que tu es, qui pense que les gens qui t'entourent ne sont là que pour t'amuser, te distraire, ou pour passer ta colère. Pathétique de ne même pas être capable de regarder les hommes et les femmes qui te servent comme des êtres humains qui pensent, qui aiment et qui souffrent. Non. Tu es tellement centré sur ta petite personne, sur ton propre nombril royal que ton monde ne va pas plus loin que le bout de ton nez et le fond de ta coupe. Il me voit comme une distraction que son père, lassé de l'entendre geindre comme un enfant qui trépigne pour avoir un jouet et qui cède pour avoir la paix. Je le contemple alors qu'il effleure mon plastron, et pendant une seconde je remarque qu'il chancelle, que aplomb faiblit. Je retiens de justesse mon geste de tendre le bras vers lui pour le soutenir alors qu'il m'accorde un sourire qui est aussi éclatant qu'effrayant. Chez lui son sourire n'est pas le reflet d'une expression heureuse, d'une joie. Il a le sourire grimaçant et figé des démons sur les statues des églises ou des diables soigneusement enluminés dans les missels de prière. Tout mon être frissonne quand ses ongles viennent crisser sur le métal, effleurent le dragon puis la rose qui m'identifie par rapport aux autres membres de la garde, ainsi que la dizaine d'hommes qui se relaie auprès du prince pour veiller sur lui à n'importe quelle heure du jour et de la nuit.

Puis ses mains remontent et sans que je m'y attende, il fait céder les attaches de ma cape, qui retombe sur le sol dans un bruit étouffé dû à la laine épaisse qui la compose. Que veut-il? Pourquoi fait-il cela? Il reste planté face à moi, son regard dans le mien, avant de reprendre enfin. Et à nouveau je meurs d'envie de lever les yeux au ciel. Serais-je condamné à ce que chaque parole qui sorte de sa bouche me donne envie de poser ses mains sur sa précieuse et royale gorge, et le priver ainsi de tout royal oxygène sa personne maigrelette. Qu'attends-tu? Tu oses me demander ce que j'ai fait pour mériter l'insigne honneur d'être ta nourrice? Mais toi, t'es-tu déjà posé la question si tu mérites de porter tes propres couleurs, en dehors du fait que tu aies été conçu dans un lit royal? Tu ferais bien de réfléchir à tout cela avant de croire que tu es le centre de l'univers et que rien ne sera jamais assez beau pour toi. J'ouvre la bouche pour répliquer mais ses doigts qui font sauter mon plastron. Avant de me demander de me deshabiller, soi-disant pour voir si je suis valeureux. Bon sang... Je le vois chanceler, mais cette fois je n'esquisse aucun geste envers lui, le regardant alors qu'il tend la main vers sa coupe de vin qu'il vide d'un trait. Il répète ensuite son ordre et j'obéis, me concentrant brusquement sur ma cotte de mailles que j'ôte, la déposant sur une chaise, et enfin ma tunique de lin, qui suit le même chemin. Une fois torse nu, je constate qu'il tient par miracle encore sur ses pieds, et me scrute alors que je me tiens encore face à lui, avant d'approcher quand il me le demande.

Je ferme les yeux une seconde pour m'empêcher de les lever encore une fois au ciel quand il me demande de m'agenouiller pour lui et j'obéis, mettant un genou à terre et me permettant une plaisanterie légère afin de lui faire comprendre toute l'ironie de la situation.

D'habitude lorsque je mets un genou à terre c'est à l'église au moment de recevoir l'hostie...

Nos regards se croisent et je n'aime pas ce que je vois. Je ne saurais expliquer mais il y a quelque chose de mauvais et de méchant dans ses prunelles de glace. Quelque chose qui est plus effrayant qu'encourageant. Mais pourquoi? Pourquoi veut-il absolument me prouver que je suis sous ses ordres et que j'ai à lui obéir? Pense-t-il que je suis idiot au point de ne plus me rappeler pourquoi je suis là et qui je sers? Heureusement il se détourne, avant d'évoluer en cercle autour de ma personne, cherchant quelque chose que j'ignore. Avant de comprendre lorsque je sens ses doigts sur ma peau nue. Des doigts froids, qui me donnent l'impression d'être touché par des serpents. Des mains en serpents. Il s'est assis et me touche, me faisant parcourir des frissons désagréables dans tout mon être. Je déteste ça. Je déteste devoir obéir à ses caprices d'enfant gâté, me retrouvant à moitié nu, un genou à terre devant lui simplement parce qu'il le veut, et sans pouvoir me dérober. N'y a-t-il que cela qui l'intéresse? Lui plaise?

Il effleure encore ma peau, sur une autre cicatrice cette fois, alors qu'il reste silencieux de longues secondes, sans comprendre ce qu'il veut. Jusqu'au moment où il brise enfin le silence, et je hausse un sourcil. Mes cicatrices? Vraiment? Il veut que je lui parle de mes cicatrices? Mais en quoi cela le regarde? J'ai la désagréable impression d'être un cheval qu'on présente à un maquignon, et pourtant dans le ton de sa voix je sens une certaine fascination qui ne me rassure pas vraiment.

Eh bien je l'ai eue il y a dix hivers messire. J'étais dans la garde depuis quelques années, et ma formation était terminée. Sa majesté m'avait déjà envoyé sur plusieurs missions avec une équipe, comme tuer des orcs, ou des trolls, lever des enchantements, mais bientôt elle fut informée qu'un dragon avait pris possession d'une mine à quelques jours de route du palais. Le chef de notre escouade nous y emmena, et on se retrouva face à un immense dragon, aux écailles rouges comme de la baise et aux griffes noires comme du charbon. Il était plus vieux que les chênes les plus anciens et son intelligence était redoutable. Deux hommes furent tués dans l'assaut, et quant à moi il m'asséna un coup de griffe qui me fit cette cicatrice, lacérant mon plastron ainsi que ma cotte de maille. La Providence permit que je garde mon bras, mais je ne le dus qu'aux bons soins d'un guérisseur compétent qui sut me remettre sur pied. Et il me fallut de longues heures d'entraînement pour retrouver ma souplesse et ma dextérité de ce côté-ci... Voici son histoire. Son altesse est-elle satisfaite?

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Dim 24 Juil - 11:33

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Le trône du dragon

Mes doigts glissent et effleurent sa peau accidentée, souillée si j'en crois ce qu'il me dit des griffes d'une bête aux écailles rougeoyantes. Un rictus se dessine sur mes lèvres et nonchalamment, je continue de caresser cette peau et ce corps qui n'ont plus la perfection que le Seigneur lui avait accordé. Songeur, j'apprends du bout des doigts la forme de sa cicatrice, restant de longues minutes parfaitement silencieux, laissant de ce fait sa dernière interrogation flotter dans l'air au milieu des odeurs d'herbes médicinales et des onguents qu'on a appliqué sur ma peau. Ainsi, je reste sans bouger, ne lui offrant pas la moindre porte vers mes pensées ou vers ce qui va suivre. L'enfant chéri du Divin…. Celui qui courbe l'échine pour un Dieu que personne n'a vu mais qui ose me tenir tête à moi, celui qui pourrait le faire tuer d'un simple claquement de doigt… Celui qui désormais pourrait faire de sa vie un enfer. Je retire mes doigts, esquissant une moue presque dégoûté avant de simplement lever la jambe et venir poser sur son épaule la pointe de ma botte. Je ne prends pas le temps de croiser son regard, préférant appuyer simplement sur sa personne, le déséquilibrant tandis que j'en profite pour me relever dans un mouvement gracieux.

"Moi satisfait ? Je le suis quand vous ne posez pas de questions sans mon autorisation. Ciel, aurait-on mis à mon service un sauvage sans la moindre éducation ? Sûrement… Ça se voit, vous ressemblez plus à un boeuf qu'à un homme. Peut-être devrais-je alors me servir de vous pour labourer les champs autour du domaine… Peut-être là vous poseriez un peu moins de questions."

Lui faisant dos, je souris allègrement et passe dans mes cheveux mes doigts, appréciant de les sentir propres et non collés par la sueur. Le temps d'une seconde, je me permets de contempler ma cage et soupire doucement. Je me refuse à rester ici… Je me tourne alors vers mon nouveau capitaine et hausse un sourcil en le voyant toujours à sa place, à m'imposer son torse si bien dessiné. Je retrousse presque les lèvres de dégoût avant de porter une main à celles-ci, faisant mine d'être offensé par le spectacle qu'il m'offre.

"Eh bien… ? Cela vous plait tant d'être ainsi ? Que dirait-on si l'on vous trouvait ainsi dans ma chambre ? T-t-t-t…"


Je m'approche et vient glisser mes doigts sous son menton, ayant cette fois-ci un rire que je ne tente pas de dissimuler ou de voiler derrière une fausse moue boudeuse ou offensée. Je lui fais lentement relever la tête et viens croiser son regard, murmurant pour lui.

"À moins que vous ne rêviez que de ça ? Il parait que dans certains pays, ils adorent avoir des esclaves sexuels dans votre genre… Peut-être devrais-je faire ça ? Vous passer un beau collier en bronze autour du cou et vous promener en laisse dans tout le palais… En plus j'ai toujours rêvé d'en posséder un…"

Je souris une dernière fois avant de me redresser, non sans lui asséner une légère tape du bout des doigts sur la joue. Tu vois ? Tu vois ce que je fais de ton enfant adoré et parfait ? Je vais le briser simplement pour te montrer ce que je fais de ton impartialité. Moi tu as laissé le destin me maudire alors il est normal que je brise tes beaux jouets. Je vais jusqu'à la porte et fais demander une domestique, reprenant d'une voix doucereuse.

"Rhabillez-vous. Nous sortons."

La domestique se décide enfin à nous rejoindre et si le temps d'un instant elle observe la chambre en se demandant ce que nous pouvions faire, je la ramène à elle d'un claquement de doigts, lui faisant signe d'attraper ma cape qu'elle me passe alors sur les épaules. La fourrure vient doucement effleurer mes joues et les yeux clos, j'écoute les cliquetis de l'armure du capitaine qui se mêlent presque agréablement avec les froissements du tissu épais de ma cape. La servante s'occupe de la lisser avant de se reculer, s'inclinant simplement quand je la congédie d'un vague geste de la main. Et sans attendre qu'il soit prêt ou complètement rhabillé, je passe la porte de ma chambre, entamant ma marche dans les longs couloirs du palais. Au loin j'entends les murmures des courtisans et je me doute qu'ils sont tous là, comme d'habitude, à traîner et roucouler comme des perruches non loin de mes salles de jeux, espérant me croiser. Un soupir glisse d'entre mes lèvres et quand je l'entends être à mon niveau, je ne peux retenir une autre pique acerbe.

"Vous n'êtes pas bien rapide. Je commence à me demander si tout les dragons que vous avez affrontés n'étaient pas de vieilles bêtes aveugles et séniles."


Le bout de ma cape vient doucement effleurer mes chevilles et quand un courtisan pointe enfin le bout de son nez, je dois me forcer à sourire, reconnaissant alors la duchesse du comté voisin. Une vieille perruche grasse et bien trop maquillée qui jamais ne se promène sans son mignon, un gamin de douze ans qu'elle garde sans cesse dans son giron. Un gosse qu'elle couvre de perles et de soieries, dont les yeux verts reflètent encore toute l'innocence qu'il n'a pas encore perdu avec elle. Un couple bien étrange qui m'arrache à chaque fois la même réflexion : le nourrit-elle encore au sein ? Je suis sûr que oui. Il ressemble presque à un cochon de lait sous ses boucles rousses. L'enfant baisse les yeux en me voyant alors qu'elle gonfle la poitrine et s'incline déjà, cachant tout de même son affreux minois derrière un épais éventail de plumes.

"Oh votre Altesse… Quel plaisir de vous voir en cet ravissante journée… Votre père vous avait encore annoncé souffrant aujourd'hui… Je vois qu'il n'a pas su tenir compte de votre force de caractère naturelle…"

Je me retiens de lever les yeux au ciel, ayant alors pour elle un sourire bien désagréable.

"Dame Alora… Comme vous le voyez, je suis comme la malchance, j'apparais toujours quand on ne veut pas me voir."


Un rire aussi poisseux que le miel qu'elle a encore au coin de ses lèvres obscènes lui échappe tandis qu'elle pose une main aux doigts boudinées sur l'épaule du petit garçon qui se tient tout contre elle.

"Oh vraiment, votre Altesse… Votre présence me manque à la cour… Vous êtes la fraîcheur qu'il manque en ce palais… Votre père devrait moins vous materner et vous laisser plus souvent venir avec nous…"

Catin désaxée. Voilà ce que j'ai envie de lui hurler alors qu'elle pousse vers moi son mignon, le réprimandant d'une voix gourmande et bien trop gentiment parce qu'il ne m'a pas encore présenté ses hommages. L'enfant bredouille, rougit et s'incline pour me saluer, ne m'arrachant de ce fait qu'une indifférence glaciale. Un silence se pose entre nous et finalement, la duchesse porte son attention sur mon nouveau capitaine.

"Je vois que votre père n'a pas attendu pour désigner votre nouveau Capitaine….
- Malheureusement il n'a pas pensé à en prendre un compétent.
- Oh quel dommage… Mais il est vrai qu'il est difficile d'égaler la valeur de Sir Baldec… Enfin, au moins celui-ci est plus jeune…"

Je souris et glisse un regard à mon bon chien en armure, me délectant de voir qu'elle n'essaye pas de lui trouver une autre qualité que son minois de jouvenceau. J'hausse une épaule et esquisse un geste de la main, reprenant avec une voix gonflée d'arrogance.

"Oui… C'est bien son seul avantage… Il présente bien dans son armure… Seulement je n'ai pas besoin d'un mignon comme protecteur, mais d'un homme qui sait se battre, mais regardez-le… Il est à peine bon à poser la main sur sa poignée de son épée et rester à mes côtés. Enfin… J'allais justement l'essayer en allant faire quelques pas dans les jardins… Histoire de voir si il est capable de me protéger des feuilles mortes qui chutent des branches…"

La courtisane éclate de rire avec moi tandis que l'enfant nous regarde sans savoir quoi faire ou dire. Nous finissons par nous calmer et après d'autres paroles obséquieuses de sa part, elle nous laisse, partant avec son petit chien sagement enroulé dans ses soieries. Je les observe filer avant de pousser un long soupir.

"Elle est immonde et décadente. Mais bon, au moins celui-ci est plus discret que l'ancien… L'autre faisait tout le temps la moue et osait me tenir tête… Elle a eu plus de goût cette fois-ci."

Sans un regard pour lui, je reprends ma marche, terminant de déambuler dans les couloirs pour enfin arriver aux jardins. Je pénètre dans ce petit écrin de verdure, sentant sous mes pas les feuilles mortes sur les dalles de granit. L'automne avance gentiment et bientôt l'hiver sera là. Je frissonne quelque peu et repense à l'année dernière, à celle où Baldec était avec moi, pour marcher au milieu des feuilles… Je ne sais plus de quoi nous parlions mais simplement que j'étais captivé par sa voix rauque teinté d'un accent délicieux. Je me souviens de nos regards qui s'étaient croisés et du sourire qui avait illuminé mon visage.

"Vous avez oublié de me dire d'où vous veniez Capitaine… Et à bien y réfléchir, je ne sais rien de vous. Je n'ai que votre nom. Steve. Et je ne l'aime même pas. N'en avez pas un autre que je pourrais utiliser ?" dis-je alors que du bout des doigts, je viens saisir une feuille rouge comme le sang au bout d'une branche, la faisant ensuite tourner entre mes doigts.

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Lun 8 Aoû - 12:50
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Stucky
J'ai l'impression d'être tombé dans un piège. D'avoir été vendu. Un peu comme un agneau qu'on vend au boucher, sauf que moi, contrairement à lui, je n'ai pas peur de mon "maître". Je crains ce qu'il pourrait m'ordonner de faire, mais rien de plus. Parce que bien que royal, il n'est qu'un gringalet souffreteux qui peut à peine tenir sur ses jambes et que je pourrais balayer d'un simple revers de la main, sans rien bouger d'autre de mon corps. Ce qui m'inquiète, c'est le pouvoir qu'il a. Un bien trop grand pouvoir pour des mains si jeunes, et surtout, bien trop peu méritantes. Il deviendra roi alors qu'il ne sait que faire peur à ses sujets et son principal loisir a l'air de leur demander de ramper devant lui. Pourquoi? Pourquoi a-t-il tant besoin de prouver sa supériorité? Pourquoi a-t-il tant besoin de sentir qu'il est le maître? Personne au château, ou dans tout le royaume, ne viendrait contester sa place à la cour et son titre, cela va sans dire. Alors pourquoi?

Néanmoins, la tempête qui s'annonçait dans son regard semble être retombée aussi vite qu'elle était venu alors que je lui raconte la chasse au dragon qui m'a valu la fameuse estafilade dans le dos. A cet instant il est semblable...aux dragons justement, qui se calment en entendant le bruit de leur or, leurs pièces cascader et leurs joyaux rouler en une bien douce mélodie à mes oreilles. Ou comme les enfants qui aiment à ce qu'on leur raconte des histoires au coin du feu au moment du coucher. Je me détends alors que je commence mon récit, prenant mon temps, narrant mes aventures avant de les terminer par une question. Si lui raconter des histoires l'apaise, j'en ai plein mes besaces, car depuis que je suis entré au service du roi, j'ai vu et vécu bien des choses... même si je n'apprécie toujours pas le contact de ses doigts glacés sur ma peau tiède, doigts qui s'obstinent encore et encore à effleurer ma cicatrice, sans décrocher un mot. Avant de sentir qu'il ôte ses doigts.

Pourtant mon soulagement n'est que de courte durée car je me retrouve poussé en arrière par sa botte, qu'il a appuyée contre mon épaule. Je ne m'attendais pas à cela et je manque de tomber, me rattrapant de justesse pour éviter de me retrouver le postérieur sur son précieux tapis. Il se relève, amusé de son tour d'enfant capricieux et je serre les mâchoires en entendant la leçon qu'il me fait. Et finalement, une fois qu'il a fini, je me retiens de sourire. Tu te crois grand? Tu te crois important? Le seul objectif de tes journées est d'humilier les pauvres qui n'ont pas le choix que d'avoir un travail, eux? L'affront, soudain, glisse sur moi comme l'eau sur les plumes d'un canard et c'est d'une voix égale que je réponds.

C'est le malheur que de venir de pauvre maisonnées messire, la plupart d'entre nous n'avons en effet aucune éducation, pour la bonne et simple raison que nous n'avons pas d'école. Quant aux labours, j'ai passé bien des étés dans les champs, non pas devant la charrue mais derrière. Et s'il plait à messire de m'envoyer labourer les champs, je lui obéirai.

Oui, je préfèrerais une bonne journée de travail dehors, sous le soleil, avec des bêtes robustes et bien dressées, et d'autres ouvriers comme moi avec qui partager le pain et plaisanter pendant notre labeur, que d'être oublié, seul ici, avec comme compagnon d'infortune, ou pourrais-je dire bourreau, le prince, qui lassé de ses jouets, s'amuse avec ses domestiques. Je me tiens donc debout, derrière lui, les bras sagement croisés dans mon dos, attendant son bon vouloir plutôt que de causer une nouvelle vague de reproches totalement infondés. Il semble se rappeler que je suis là, et son attaque ne me fait plus ni chaud ni froid. Un roi sans divertissement est un homme plein de misères, cette phrase résonne dans mon esprit alors que je le regarde, puis me penche pour revêtir à nouveau mon armure. Mais je n'ai pas le temps d'atteindre le sol que ses doigts glacés reviennent sous mon menton et je ne peux qu'accompagner son geste, relevant les yeux vers lui. Là par contre, la chair de poule parcourt tout mon corps et un violent frisson me secoue. Je réalise qu'il n'est pas simplement un sale gosse mal élevé, non. Je réalise qu'il est dangereux. Je réalise qu'il est malsain, encore plus que je ne le pensais. Ennuyer et humilier ses domestiques, il n'est de loin pas le seul dans ce royaume, et encore moins dans les royaumes alentours à le faire. Par contre, vouloir les utiliser comme esclaves, et esclaves de la pire espèce, cela me glace le sang. N'y aurait-il dont rien à sauver chez lui? Absolument rien? Cela ne lui poserait aucun cas de conscience que de posséder un être humain et abuser de lui? Mon dieu Steve dans quoi t'es-tu fourré? Dans quoi? Mon esprit me dit de fuir, mais je ne le peux. Je ne suis pas un déserteur. J'ai survécu à des dragons, des enchanteurs, des goules et des trolls, alors ce n'est pas un humain malingre qui va me faire peur. Même si d'une certaine façon j'ai peur de ce que les eaux noires de son esprit recèlent.

Bien messire.

Heureux de quitter cet endroit et surtout de pouvoir me rhabiller, je passe rapidement mes vêtements, mon plastron et ma cape avant de le suivre. Il sort sans m'attendre mais je le rattrape en quelques foulées souples, tout en finissant de nouer les attaches de ma cape. Une autre pique qui ne me touche pas, voyant cela comme un enfant méchant qui s'amuse à arracher les ailes des mouches. Je ne dis rien, me contentant de le suivre pour ne pas lui faire le plaisir de lui donner matière à de nouvelles attaques. Puis nous croisons des courtisans. Je baisse les yeux, restant derrière lui, comme on me l'a appris. Mais garder les yeux baissés ne me rend pas sourd, et plus mes oreilles entendent, plus la nausée m'envahit en entendant leurs propos obséquieux et inintéressants faits de flatteries cachant des lames de couteau. Un jeu de dupe et de pouvoir que nous ne connaissons pas, nous, les gens du peuple. Ils s'attaquent à moi, et j'ai presque envie de feindre un baillement, juste pour leur montrer que leurs propos mesquins n'arrivent plus à me toucher. Et quand il parle des feuilles mortes, mes lèvres me brûlent de lui dire qu'il a surtout été trop protégé des gifles et des coups de pied au cul pour son propre bien, et que s'il en avait reçu sa juste part, peut-être ne serait-il pas ce qu'il est aujourd'hui. La rombière engoncée dans ses soieries et ses perles s'en va, accompagné de son trophée, et nous nous retrouvons seuls à nouveau. Je le suis, veillant à rester à sa hauteur, jusqu'à arriver dans les jardins; et lui ouvre la porte avant de la refermer derrière nous. Pendant une seconde je ferme les yeux, savourant simplement la caresse du soleil qui m'avait manqué, et les baisers du vent frais sur mon visage. Pas comme son mouroir... Brusquement il souhaite en apprendre plus sur moi, ne se privant toujours pas de rajouter quelque chose de désagréable dans ses propos. Je ne le relève pas, ce qui commence déjà à devenir une habitude.

Je viens du duché de Dain messire, à une semaine à cheval d'ici. Et non messire, je n'ai que ce prénom, qui était celui de mon père. Il est mort quand j'étais enfant...

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Lun 8 Aoû - 19:48

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Le trône du dragon

"Doux si on aime les citrons.", c'est ce qu'avait murmuré un soir Sir Baldec alors que ses phalanges flattaient l'une de mes joues brûlantes. C'est cette même nuit qu'il m'avait conté sa vie, m'avouant avoir été le fils d'un noble désargenté, qui avait faire de son dernier fils un soldat du roi et non un chevalier. C'est lors de cette nuit dont mon esprit peine à garder un souvenir net, qu'il m'avait donné son prénom, murmurant au passage que depuis le temps, il était presque contrarié de ne pas encore être considéré comme mon compagnon d'infortune. Je ne sais plus ce que je lui avais répondu mais je me souviens d'un rire chaud aux accents voluptueux et sensuels comme les caresses d'une femme… Puis d'une chanson pareille aux mains douces d'une mère aimante. Une chanson qui parlait du temps où la nature se couvrait de sa cape rouge et où les preux revenaient vers leur moitié pour l'hiver, un temps qui est actuellement le nôtre. La feuille rouge semble me narguer et les sourcils froncés, les lèvres pincés, je pense à l'année dernière et à sa promesse d'être toujours là lorsque j'ouvrirais les yeux. Mes doigts se relâchent et la feuille chute, atterrissant sans le moindre bruit au sol alors que je contemple le vide qu'il laisse. Les promesses n'ont aucunes valeur, mais l'enfant de seize ans que j'ai été avait envie de penser qu'il pouvait encore avoir quelque chose… Quelqu'un. Une légère brise fait danser les pans de ma cape, m'apportant au passage, la voix de mon nouveau Capitaine. Je manque de grincer des dents en l'entendant et me contente à la place, d'afficher un rictus de façade, mimant une pointe d'intérêt en portant à mes lèvres pâles le bout de mes doigts fins.

"Oh…"

Le temps d'une seconde je maintiens parfaitement l'illusion de compassion qui passe sur mon visage avant de briser ce jeu d'acteur ridicule pour un rire bien plus désagréable.

"Que devrais-je dire selon vous ? Oh comme c'est touchant ou devrais-je carrément aller jusqu'à vous présenter mes condoléances ? Laissez-moi y réfléchir… Oh, mais suis-je bête… Savoir que vous portez le prénom de votre père m'importe peu. Pire, je m'en fiche comme de ma première monture… Quoi qu'attendez… J'aimais particulièrement mon hongre gris pommelé… C'était une bête avec tant de caractère et de noblesse…"

Mon air amusé disparait bien vite et comme la glace qu'on prétend couler dans mes veines, mon regard se fait tranchant et ma voix désagréable.

"Vous m'agacez à me jeter au visage vos histoires familiales, Capitaine. Un "non" aurait été plus respectueux de votre part… Mais bon, que puis-je réellement attendre et demander de correct de quelqu'un qui vient du duché de Dain ? Mes ancêtres ne vous ont certes pas conquis mais par moment, je me demande si vous n'auriez pas besoin de l'être. Vous savez quoi ? Peu importe votre prénom, je me contenterais de vous siffler comme un chien, cela sera suffisant."

Baldec à sa place m'aurait fait taire d'un revers de la main et d'une de ses paroles à la sagesse étrange. "Continue de mordre et de faire la vipère avec tout le monde et bientôt, personne ne viendra plus soulever le couvercle de ton panier et encore moins tenter de te charmer." Au loin, je peux presque entendre sa voix. J'aimerais qu'il soit là pour me corriger, me rassurer… J'aimerais qu'il ait été capable de tenir sa promesse et moi d'avoir été plus fort. Sans lui ou avec lui, qu'en sais-je, je reprends ma marche dans les jardins, sentant bien malgré moi l'effort que me coûte cet effort qui ne devrait pas en être un. Parler en ce jour me fatigue, tout comme marcher la tête haute. Sur mes tempes et la racine de mes cheveux, je sens perler une fine sueur propre aux malades. Je prends une grande inspiration et pourtant je me sens de nouveau faible. Mes genoux tremblent et sur ma poitrine pèse un poids qui me fait monter le coeur aux lèvres. En cette journée je devrais être encore dans ma chambre, à siroter des breuvages pour soulager mes migraines ou mes nausées… Je devrais être dans mes draps, à pleurer sur ma condition et à me plaindre du vide qui compose mon existence, et non là, à me pavaner au milieu de cette végétation luxuriante qui me nargue. Mes pas plus hésitants me portent jusqu'à une fontaine au bord de laquelle je me laisse retomber avec un léger soupir qui trahit mon souffle court. Sous mes yeux dansent autant les feuilles ballotées par le vent que des taches sombres et malgré mon épaisse cape au col de fourrure, je frissonne. Sortir était une bien mauvaise idée, mais je ne pouvais rester enfermé… Pas deux jours après sa mort. Pas alors que je n'ai pas eu la chance de lui dire au revoir. Ma peau me semble devenir brûlante et pourtant, je ne tente pas de me défaire de mes vêtements, bien trop conscient des frissons qui secouent mon être de toute part.

"Sortir n'était pas la meilleure des idées…."


Cet aveu est un murmure que j'espère n'être entendu que de moi alors que les yeux rivés sur le granit au sol, j'arrive difficilement à le siffler, tendant ensuite la main vers lui comme si j'attendais qu'il me donne ce que je n'avais pas encore demandé.

"Votre épée, je vous prie."


Son silence en dit long sur son hésitation. Agacé, je lève les yeux vers lui et gronde presque.

"Ne me faites pas répéter. Votre épée."

J'entends la lame être tirée au clair et sagement tendue pour mes doigts qui se referment difficilement sur la garde de celle-ci. Le poids me fait légèrement grimacer et au prix d'un grand effort, je bande comme je peux mes muscles pour être capable d'examiner plus soigneusement le tranchant de celle-ci. Du bout du pouce je le mesure au point de voir perler une goutte de sang qui m'arrache un léger sourire. J'effectue un léger moulinet du poignet et finalement, je la plante dans le sol, me servant de celle-ci pour être capable de me relever.

"Elle est de bonne facture… Maintenant toute la question est de savoir si vous savez vous en servir… Je dois avouer manquer d'adversaire à ma hauteur pour m'entraîner… Et maintenant que Sir Baldec n'est plus de ce monde et que mon maître d'arme en a soi-disant marre de mon mauvais caractère… C'est avec vous que je vais m'entraîner."

Je retire l'épée du sol et effectue un moulinet gracieux du poignet, faisant ensuite siffler la lame avant de la lui rendre, la garde en avant.

"Demain matin. Vous me servirez de mannequin d'entraînement. Et gare à vous, si je vois que vous refusez de m'affronter ou que vous me laissez gagner, je vous ferais fouetter au nerf de boeuf. Mais… Vous n'oseriez pas faire ça Capitaine, pas vrai ?"

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Ven 26 Aoû - 16:56
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Nous voici enfin à l'extérieur, et pourtant l'air frais de l'automne n'est qu'une bien maigre consolation par rapport à ce qui m'attend. En effet à peine dehors, la satisfaction de pouvoir respirer librement, et de quitter l'air chaud et lourd de médicaments de sa chambre se dissipe bien trop vite. Tout comme les quelques minutes de répit que j'ai eues après sa conversation avec la grosse courtisane. Le voilà qui attaque à nouveau, bien trop vite à mon goût. Après mon corps, mes capacités, vient ensuite mon prénom. Deux choses me viennent en tête : à cette vitesse, il ne va bientôt plus lui rester grand chose à critiquer, et deuxièmement, c'est totalement ridicule de montrer à ce point que tout chez moi lui déplaît. S'il savait à quel point je m'en soucie comme d'une guigne! Il y a franchement d'autres choses qui me préoccupent bien plus que de ne pas plaire à notre cher prince. Et peut-être un jour - rapidement si possible- comprendra-t-il que je n'en ai que faire et que son manège a plutôt pour conséquence de le fatiguer lui que de m'importuner moi. Enfin, je ne réagis pas alors qu'il se montre faussement désolé, osant même me dire qu'il tenait plus à un foutu canasson qu'à moi.

Ma réaction? Je lutte pour me retenir de rire. Je lutte pour ne pas laisser éclater mon rire tonitruant qui fait trembler les murs de la taverne quand je suis un peu gris, simplement pour lui prouver à quel point son raisonnement est stupide. A quel point il utilise des arguments dignes d'un enfant pour tenter de blesser un adulte. Et je me dis qu'il est demeuré un enfant. Il est demeuré un petit garçon malade et chétif, bien que les lunes et les années soient passés et qu'il est entré dans l'âge d'homme. Ses insultes ne m'ont blessé que les cinq premières minutes, et depuis, elles me font rire. Rire parce que pour lui elles semblent la seule distraction qu'il aie, le seul loisir qu'on semble lui autoriser. Triste n'est-il pas?

Je suis ravi que messire ait eu un ami aussi cher dans la gent équine. Je suis sûr qu'il devait lui donner tout l'affection que sa majesté méritait grandement...

Et il continue, s'attaquant cette fois au simple fait que je lui ai expliqué que je portais le nom de feu mon père et que je n'en avais pas d'autre. Le voilà qui se lance dans une grande tirade théâtrale, espérant peut-être secrètement qu'à se démener ainsi contre moi, il finisse par se lasser, et se fatiguer. Et voilà de me rabaisser, et voilà de dire que je n'ai pas bien fait. De toute façon, je sais pertinemment que si je lui avais répondu simplement non, comme il annonce qu'il l'aurait souhaité, il aurait trouvé matière à redire et m'aurait accusé d'être trop mutique. Dieu du ciel ce n'est pas que je sois blessé, mais il me fatigue, et je ne sais pas si je tolèrerais ses attaques encore longtemps. Ce n'est pas mon orgueil qui est blessé, mais c'est plus ma gorge, à laquelle je tiens, et qui risque d'être raccourcie après que mes nerfs aient lâché et que j'ai donné à ce petit impertinent la gifle qu'il mérite amplement.

Au lieu de cela je marche encore et toujours à ses côtés alors qu'on s'éloigne dans les jardins alors que le soleil nous caresse amoureusement. Dieu que ça me manque... je ne suis pas un de ces courtisans qui ne sont juste bons qu'à avoir leurs fesses sur un coussin de soie à jouer aux dames ou aux cartes... Le seul avantage c'est qu'il ne dit plus rien, et j'en profite pour profiter du silence. La marche semble lui être difficile, et ça implique qu'il se taise. Bénie soit-elle de le rendre silencieux au moins pour quelques minutes. Je reste docilement près de lui, plus près qu'avant, pour le rattraper au cas où, alors que je vois ses tempes se couvrir de sueur et ses jambes ne plus le porter aussi bien. Il s'assied au bord d'une fontaine et je reste debout près de lui, à contempler les poissons dans l'eau, et les riches jardins dans lesquels je n'ai eu que trop rarement l'occasion d'aller.

Nous pouvons rentrer si vous ne vous sentez pas bien. Vous pourrez vos reposer dans votre chambre messire.

Pourtant, au lieu de répondre à ma question, il tend simplement sa main et demande mon épée. Je hausse un sourcils avant de porter la main au pommeau de ma fidèle Aubéclat. La lame quitte son fourreau dans un léger tintement, avant d'étinceler au soleil. Je la dépose ensuite dans sa main tendue, et je la retiens de tomber sur le sol à la dernière minute. Le prince semble avoir été surpris par son poids, mais il ne semble pas avoir la force nécessaire pour arriver à la porter. Au prix d'un grand effort il la lève et en examine le tranchant. Ma précieuse à droit à des soins réguliers, et je l'affute avec soin chaque matin, ou chaque soir. Parfois les deux, si j'ai eu à m'en servir. Pourtant je n'arrive pas à cacher une grimace lorsqu'il plante ma précieuse dans le sol comme un vulgaire tuteur à potirons, et s'en servir comme une canne. Bon sang s'il avait voulu je lui en aurais cherché une! Ou j'aurais ramassé une branche solide pour qu'il s'y appuie. Mais pas mon épée! Je le suis du regard alors qu'il se relève, puis la tire du sol et me la tend. Je l'attrape, et la range dans son fourreau, me promettant qu'elle sera nettoyée un peu plus tard. Rassuré sur son sort je pose mon regard sur le prince, et écoute d'un air impassible le programme des réjouissances du lendemain. Par les dieux, des menaces et encore des menaces. S'il me donnait une pièce d'argent à chacune d'entre elles, avant la prochaine lune j'aurais de quoi m'acheter une belle ferme au pays et en vivre jusqu'à mes vieux jours...

Dans ce cas là messire, le terme de partenaire d'entraînement est plus adapté. Un mannequin ne bouge pas alors que vous souhaitez que je vous rende vos coups...

Je reste près de lui et le suis alors qu'on rentre lentement dans le chateau, abandonnant les jardins délicieux pour un air confiné...

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Dim 28 Aoû - 13:17

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Le trône du dragon

J'ai envie de le gifler. Les dents serrées, à croiser son regard, j'ai surtout envie de lui faire ravaler l'arrogance qu'il ose glisser dans sa réponse. J'ai envie de le frapper, de faire rougir sa peau et de cracher tout le mépris que j'ai envers lui. Il me pense sûrement faible, gâté et capricieux. Il pense que je suis un simple enfant qui n'a pas conscience de la dureté du monde. Il doit me voir comme un héritier à qui son père ne refuse rien. Il pense que j'ai tout au creux de la main. Il croit que le pouvoir est mien mais ne voit pas les chaînes qui m'entravent. Ma chambre est une cellule et mon corps une cage. Baldec avait compris mais lui… ? Lui ne comprendra pas. Il ne verra ma malédiction. Il ne verra pas cette entrave. Il restera un ignorant qui pense être un meilleur homme que moi. Son épée glisse d'entre mes doigts et en proie à un léger dégoût, je retrousse légèrement la lèvre, relevant très subtilement une épaule, laissant ainsi la fourrure de ma cape effleurer ma joue en une caresse délicate. Sans l'attendre et sans un mot je tourne les talons, regagnant déjà le château, partagé entre l'envie et le refus de retrouver ma chambre. Je veux m'allonger et me reposer, tout en voulant aller chevaucher dans le domaine. Un soupir m'échappe, une goutte glacée de sueur dévale mon échine alors que nous remontons les couloirs vides du palais. Nos pas résonnent contre la pierre sombre et les lèvres entrouvertes, je m'agace de me sentir déjà si faible. Mettre un pied devant l'autre commence à devenir compliqué, ne pas chanceler l'est aussi. Je dois respirer comme un boeuf. Mon coeur tambourine désormais à mes oreilles. Un tremblement secoue mes épaules et mes lèvres esquissent le prénom du seul homme qui a le droit de me voir dans un tel état.

"Baldec."

Je tends une main vers l'homme qui devrait être derrière-moi. Celui qui devrait attraper ma main et me dire que nous allons rentrer. J'ai envie de pleurer. Ma gorge se serre et je l'entends qui approche suite à mon murmure. Mes doigts ont peut-être le temps d'effleurer son armure avant que je ne réalise. J'ai un mouvement de recul, croisant son regard avec angoisse. Baldec n'est plus. Baldec ne rentrera jamais avec moi. Il ne sera plus là pour me prendre la main quand je ne vais pas bien, ni pour passer sur mon front fiévreux un linge humide.

"Ne me touchez pas." est bien tout ce que j'arrive à lui cracher avant de recommencer à marcher, prenant appui sur le mur à défaut de lui demander un peu d'aide.

Dans un silence pesant et simplement entrecoupé de ma respiration haletante, nous remontons jusqu'à ma chambre. J'ouvre la porte et quand je le sens toujours sur mes talons, c'est un regard par-dessus mon épaule que je le congédie.

"Dehors. Je ne vous veux plus à mes côtés. Vous m'avez suffisamment agacé pour la journée."

Je n'attends pas qu'il s'incline pour lui claquer la porte au nez, m'autorisant alors à trembler. Les yeux clos, je reste le dos contre la porte, subissant la faiblesse de mon corps maltraité depuis des années. Ma cape finit par glisser le long de mes épaules et difficilement, non sans me piquer le bout des doigts, je défais la broche en forme de dragon qui chute à son tour au sol. L'or émet un étrange bruit quand il se réceptionne et je grince presque des dents, la tête de plus en plus lourde. Difficilement je fais un pas vers mon lit, me défaisant de ma tunique que j'abandonne au pied de celui-ci, semant au passage derrière-moi bottes et autres dessous. Nu, je tombe dans mes draps propres et m'enroule dedans, me recroquevillant déjà sous ceux-ci alors qu'une poussée de fièvre semble me prendre, me faisant au passage claquer des dents. Je remonte l'épaisse fourrure jusqu'à mon nez et ferme les yeux, commençant à gémir face à la douleur qui revient torturer mon être trop frêle. J'ai l'impression de passer des heures ainsi, à trembler, à gémir, avant que ne vienne le médecin. Tout du long, j'ai les yeux fermés, à osciller entre conscience et inconscience. Je sens le bout de son scalpel s'enfoncer dans ma chair, mon sang rouler sur ma peau, sans pourtant comprendre ce qu'il me dit. Une odeur puissante recommence à flotter dans ma chambre et entre deux prières pour les Dieux, il applique sur mon torse un onguent épais qui a l'odeur des sapins en plein hiver. Un hoquet de douleur m'échappe et une main se pose sur mon front. Des mots sont murmurés et enfin je sombre dans une profonde mélasse qui devient cauchemars et rêves qui s'entremêlent. Mes draps eux-même deviennent des serpents qui s'enroulent et m'étouffent. Ma peau devient brûlante et pourtant, j'ai envie de croire que Baldec est là, à effleurer mon front de sa main, à me chanter une berceuse, à passer sur mon corps un linge humide. Dans mon sommeil je bats des cils, tente de gémir son prénom et quitte enfin cette transe en un cri que je pousse au réveil. Légèrement relevé, les cheveux gras et collés contre mes joues, je tente de reprendre mon souffle, la tête encore lourde et le coeur au bord de l'explosion. Hagard j'observe ma chambre complètement vide, repoussant au loin les épaisses couvertures, quittant ainsi le lit pour tituber jusqu'à ma salle de bain personnelle, me faisant couler un long bain dans lequel je me glisse avec plaisir. Un soupir m'échappe et après m'être totalement immergé, j'observe par la fenêtre de celle-ci le lever du soleil. J'ai vaguement l'envie de l'observer mais bien rapidement, je me contente de me laver, quittant la baignoire au moment où une des domestiques entre dans ma chambre avec de quoi manger. Celle-ci détourne le regard quand elle constate que je suis dans le plus simple appareil, bredouillant quelques excuses. Sans la moindre pudeur et les cheveux encore humides, j'enfile un peignoir de soie, lui faisant signe d'approcher.

"Puisque vous êtes-là… Rendez-vous utile. Préparez-moi pour la journée."

D'une démarche élégante je viens m'installer dans le fauteuil près de la cheminée et la laisse s'occuper de mes cheveux et du reste de mon corps, me contentant de soupirer dédaigneusement quand elle commence à sortir l'une de mes tuniques.

"Non. Ma tenue d'entraînement.
- Bien Messire."

Du bout des doigts elle attrape la tenue de cuir cloutée et c'est presque à contre-coeur que je la laisse m'aider à enfiler celle-ci, faisant ensuite passer mes doigts sur l'immense dragon qui semble s'enrouler tout autour de mon corps. Je déglutis difficilement et sens ma pomme d'Adam frotter contre le cuir de mon col qui enserre l'entièreté de ma gorge. La servante me fait une rapide révérence avant de s'esquiver bien discrètement. Rapidement je m'observe dans l'immense miroir de ma chambre et ignore le reflet qu'il me renvoie, ne voulant pas admettre que je puisse avoir la moindre ressemblance avec le jeune homme pâle et maigrelet que j'ai pu y voir. J'attrape un grain de raisin sur le plateau et le mange alors que j'attrape ma cape, m'enroulant dans celle-ci avant de pousser la porte, tombant de ce fait sur le Capitaine. Je ne lui dissimule pas mon agacement, me contentant de lever très légèrement le menton et d'hausser un sourcil.

"Encore vous." Je lève un doigt, lui intimant de ne même pas songer à me répondre. "Pas un mot, ou je me charge de vous débarrasser de cette langue que vous usez trop."

Je commence alors à marcher, me disant que je n'ajouterais rien de plus jusqu'au terrain d'entraînement tandis que ma cape couvre elle le travail délicat et minutieux de mon armure. En silence nous progressons dans les couloirs et vu la jeunesse de cette journée, il n'est pas étonnant que nous ne croisions des gardes à la place d'éventuels courtisans. Nous arrivons finalement à l'orée de la cour d'entraînement et c'est mon maître d'arme qui vient à nous, m'offrant un sourire ravissant.

"Mon prince… Je ne pensais pas que vous seriez suffisamment en forme pour venir aujourd'hui… Mais quel plaisir. Votre présence m'avait manqué…"

Je défais ma cape et la tends à un garde avant de m'avancer vers l'homme qui me fait face, ronronnant à mon tour alors que déjà il me présente mon épée.

"Il faut bien s'entraîner, de plus… J'avais l'impression de rouiller dans cette chambre. Mais j'ai ramené un nouveau partenaire de danse, histoire de me faire pardonner les entraînements que j'ai manqué."

Mes doigts délicats se referment autour de la garde de mon épée et cette fois, sans le moindre effort j'arrive à la soulever, observant son tranchant avec un demi-sourire. "Aiguille", voilà comment les autres l'appellent. Longue et fine, c'est le nom que mon maître lui a donné, me disant que sa plus grande force résidait dans l'idiotie de mes adversaires. Je m'avance sur la terre battue, faisant désormais  dos autant à mon entraîneur qu'au Capitaine. Je fais un moulinet du poignet qui fait siffler la lame dans l'air. Un sourire se glisse sur mes lèvres et par-dessus mon épaule, je le siffle.

"Venez."

Le menton relevé et bien campé sur mes appuis, j'attends qu'il me rejoigne, ne desserrant les lèvres que lorsqu'il a dégainé.

"Nous commencerons par des passes simples, histoire que j'ai le temps de me chauffer. Ensuite vous pourrez me servir de partenaire d'entraînement."


Je prends une grande inspiration et entame avec lui ce qui semble être une danse au ralenti. J'échange les passes avec lui, faisant preuve de ma technique, me sachant parfaitement observé par mon maître d'arme. Pour lui je lui dévoile ma manière de me battre, lui montrant que parfaitement conscient de la faiblesse de mon corps, je passe plus de temps à esquiver, à faire des pas de côtés et à m'économiser plutôt que d'aller chercher l'affrontement. J'attaque, je feinte mais jamais de face. Tout dans mon style de combat trahit des mouvements semblable à ceux d'une vipère. Je me veux rapide et fluide. Le défaut est que manquant d'endurance et de souffle, je n'ai qu'une chance de faire tomber mon adversaire. Le métal de nos armes s'effleure avec une certaine douceur et si au début je me contente de jouer le jeu, c'est au détour d'une passe que je lui montre le genre d'adversaire que je suis. Nos regards se croisent et un sourire se dessine sur mes lèvres. Les lames crissent l'une contre l'autre avant de se séparer, et le prenant au dépourvu, je viens glisser la pointe de mon épée entre les plaques de son armure, entre la maille de sa côte, venant appuyer contre sa chair, non loin de son aisselle droite. Je dois retenir un éclat de rire en voyant qu'il ne s'attendait pas à ça.

"T-t-t-t… Finalement, vous êtes en effet un mannequin d'entraînement… Vous n'avez pas vu venir ça ? Oh… Sir Parrish ?
- Oui mon Prince ?
- Je regrette Baldec, lui savait m'offrir un peu de résistance.
- Tout le monde le regrette, Mon prince."

Je souris une fois de plus et appuie légèrement sur sa chair, murmurant désormais juste pour lui et moi.

"Il me suffirait d'appuyer pour vous blesser… Vous n'en mourrez pas de suite mais il parait que c'est une bien, bien douloureuse façon de trépasser. Heureusement pour vous, je suis bon prince…. N'est-ce pas ?"


Je retire ma lame et fais quelques pas en arrière, reprenant ma place et ma position, prenant un air presque ennuyé.

"Bien et si maintenant vous faisiez un effort ? Il me semble vous avoir dis que je ne supporte pas qu'on me laisse gagner."

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Une nourrice. Plus les secondes et les minutes passent, plus je constate que j'ai en effet été réduit au rôle de nourrice ou de gouvernante, et quoiqu'en ait dit notre souverain, j'ai l'impression de devoir davantage m'occuper de lui que de veiller sur sa sécurité et le défendre au péril de ma vie. Lui apprendre les bonnes manières et comment traiter dignement son prochain serait bien plus utile que ces éventuelles menaces qui s'avèrent inexistantes. Il sort tellement peu et sa santé est tellement fragile que personne ne se risquerait à le tuer. Il vaut mieux s'asseoir et attendre simplement que la Mort fasse son ouvrage d'elle-même, et monter sur les rangs pour la succession plus tard. C'est tout ça que j'ai envie de lui crier, pour faire taire cet insolent prétentieux, pour lui remettre les idées en place et lui rappeler qu'il n'est pas la huitième merveille du monde... Seulement...seulement je suis à ses ordres. J'ai prêté serment à son père, et à cause de cela, je ne peux me dérober à mes devoirs, même si j'en ai furieusement envie. J'ai envie de fuir, de retrouver ma troupe, les aventures dans les contrées lointaines, les discussions au coin du feu, et les chants, en ayant quelques outres de vin dans le nez. L'aventure. L'impression d'être utile. Pas comme... ici, où je ne fais que le suivre partout comme un chien docile, à devoir arrondir le dos face à ses piques qui se veulent méchantes à dessein, simplement parce qu'il s'ennuie. Et pourquoi je devrais tolérer ça? Pourquoi je devrais m'abaisser à supporter ça, à l'accepter. Parce qu'il est le prince? C'est une question de chance. De plus... ça devrait être à lui de montrer l'exemple, afin de guider ses sujets, et leur prouver qu'il sera un bon roi. Pour l'instant, au peu que j'en ai vu, c'est loin, très loin d'être le cas...

Malheureusement notre promenade touche déjà à sa fin, et le prince, trop épuisé, décide de rentrer, m'obligeant à le suivre par la même occasion. Après un dernier regard au jardin accueillant et apaisant, me revoilà enfermé, à parcourir trop lentement les longs couloirs de pierres aux murs ornés de tentures et de panneaux de bois sculptés jusqu'à ses appartements. Je reste près de lui, pour le rattraper si jamais ses forces l'abandonnent totalement, et nous arrivons enfin devant sa porte. Il semble avoir de plus en plus de mal à se tenir debout, à marcher, et à rester concentrer. A un moment sa main se tend vers moi et sans réfléchir le la prends, me disant qu'il est en train de tourner de l'oeil. Pourtant... pourtant l'espace d'une seconde j'ai l'impression de l'entendre m'appeler Baldec. Baldec... pourquoi parler de lui? Par habitude? Pourtant, lorsque j'y repense, je me rappelle combien les deux s'entendaient bien. Il venait souvent nous rejoindre après son tour de garde, avec un sourire aux lèvres. A lui, s'occuper du prince n'avait pas l'air de lui peser. Au contraire, il semblait content d'aller le voir à chaque fois. Mais pourquoi... Serait-ce moi qui m'y prendrais mal? Non... c'est lui qui me traite comme le dernier des domestiques, à peine bon pour lacer ses bottes...

Brutalement, il semble prendre conscience de ce qui l'entoure, et retire sa main de mes doigts, me crachant que je ne dois pas le toucher. Je recule d'un pas, le surveillant toujours avec attention.

Pardon messire. J'ai cru que vous vous sentiez mal et je voulais vous empêcher de tomber. Ca n'arrivera plus...

Il s'appuie au mur, le souffle court et le front couvert de sueur, finissant tant bien que mal le court chemin qui nous mène à sa chambre. Et sitôt sa porte franchie, il me congédie proprement jusqu'au lendemain, avant de me claquer la porte au nez. Sale petit... oh espèce de sale petit... mais intérieurement une partie de moi est heureuse de se voir ainsi libéré pour le restant de la journée. Je vais quand même dire à une bonne qu'elle envoie le médecin pour l'ausculter, histoire d'être sûr qu'il ne vas pas trop mal, avant de repartir jusqu'à la caserne. Je retrouve mes camarades, et leur fais le récit de mes malheurs autour d'une bière blonde aux épices fraîchement brassée. Au fur et à mesure des mots, je les vois agrandir les yeux, me regarder comme si ce que je leur racontais était trop incroyable pour être vrai, et accompagner mes paroles de profonds soupirs désolés.

Et oui les gars... maintenant je suis foutu. Je suis bloqué avec lui jusqu'à... Je sais pas quand. La barbe, sérieusement. Je ne suis pas un de ces chiens d'appartement, je vais devenir fou à rester cloitré à subir ses humeurs et ses mesquineries... Avant six mois vous allez m'enterrer, je vous préviens...

Enfin, je ne m'attarde pas trop et vais me coucher à regrets, pour être prêt à affronter ma mission le lendemain matin. A l'aube je suis là, et la servante m'annonce qu'il est réveillé une petite heure plus tard. Merveilleux... En plus, comble de malchance, il a l'air assez remis pour faire cet entraînement auquel il semble tellement tenir. La porte s'ouvre et je suis surpris de le voir aussi bien équipé. Il porte une armure de cuir qui est tout bonnement magnifique, et qui doit bien valoir ma solde pour dix ans... Dès qu'il ouvre la bouche, il lâche d'un ton dédaigneux que je suis encore là, et je suis sur le point de lui répondre quand il m'arrête d'un geste. Bien, soit. Je préfère encore qu'il se taise, que d'avoir à faire la conversation et entendre encore des choses désagréables...

Sans un mot je le suis jusqu'au terrain d'entraînement, et tous mes camarades que je croise s'écartent poliment en voyant le prince passer parmi eux, me lançant des regards désolés sur mon passage. Mon supérieur, le maître d'armes, fait courbettes sur courbettes à cet avorton, alors que ce dernier sort son épée. Une belle arme, très belle, et sûrement très chère. D'un coup d'oeil je la soupèse. Rapide et précise. Il va falloir que je fasse attention. Mais elle n'est pas faite pour encaisser des coups puissants... J'ôte également ma cape et sort mon épée, soigneusement affutée il y a quelques heures à peine de son fourreau. Je lui fais face et acquiesce simplement quand il annonce le programme. Soit...

Je vais lentement, parant ses attaques, le laissant s'échauffer, bien que ses talents à l'épée ne doivent pas être extraordinaires. Et même s'il a eu dun apprentissage soigné, les savoirs dans un cercle d'entraînement ne sont rien en comparaison de vrais combats, où l'on risque de mourir et laisser sa peau. Où la technique est moins importante que la survie. Nos lames tintent alors que j'observe la façon dont il bouge, la façon dont il pare mes coups et se prépare aux prochains, comme un chat guettant sa proie. Petit à petit je décèle aussi ses failles, que je compte exploiter plus tard, s'il me laisse faire, évidemment. Mais... son style est... fourbe. Oui. Je ne trouve pas de mots pour le décrire autrement : il glisse et se faufile rapidement, tentant de tromper ma vigilance pour frapper dans mon angle mort. Après un assaut, alors qu'on se recule l'un de l'autre, je sursaute en sentant la pointe de son épée frôler ma peau sous mes plaques de cuir, et hausse un sourcil. Un vrai coup de traitre, pas un coup de guerrier.

Et sans ôter sa lame, le voilà toujours face à moi, avec ce sourire satisfait sur les lèvres qui me donne envie de le gifler alors qu'il discute avec Parrish. Il daigne ensuite m'accorder quelques miettes d'intérêt et c'est à mon tour de sourire lorsqu'il m'ordonne de ne plus retenir mes coups. C'est ce que tu veux mon prince? Tu vas être servi. Jusqu'à présent j'ai été gentil, mais si tu veux connaître un vrai combat, tu vas en avoir un, et maintenant.

Avec plaisir messire.

Je recule, me mettant en garde, et cette fois mon sourire grandit sur mes lèvres alors que j'attaque. Nous faisons quelques passes et je m'amuse à le frapper à pleine puissance, retenant mes coups à la dernière seconde, mais frappant suffisamment fort pour que son armure tinte et que je le voie chanceler légèrement. Des baisers du fer sur le fer, pour l'instant, et il ne faudrait pas grand chose pour que de baiser on passe à morsure. Je le malmène encore, juste un peu, avant de décider de lui donner une leçon. J'enchaîne deux feintes avant de tourner sur moi même, et je lui donne un coup du plat de la lame sur toute la largeur de son dos. Le coup n'a pas été fort, et mon seul but était que par le bruit, il comprenne qu'à cet instant, il aurait pu se retrouver avec le dos à vif et à moitié dépecé.

Je me recule ensuite, toujours en garde.

On dirait qu'il y a un partout... messire.

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Lun 26 Sep - 18:28

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Le trône du dragon

Un sourire se glisse sur ses lèvres et j'hausse un sourcil, n'appréciant pas qu'il semble aussi heureux que je lui dise d'y mettre un peu du sien après ma tentative de l'humilier devant mon maître d'arme. Faussement ennuyé, je me contente de lui offrir mon silence, me remettant moi même en position pour reprendre nos échanges. Je tente de calmer ma respiration, déjà conscient de l'état de fatigue physique dans lequel je me trouve. Imperceptiblement je serre les dents et écoute les battements affolés de mon coeur. Baldec serait en face de moi… J'aurais demandé à ce que l'on arrête là. Enfin, disons plutôt que lui aurait décrété que je m'étais suffisamment entraîné pour aujourd'hui. L'ombre d'un sourire se glisse au coin de mes lèvres à l'idée que lui serait resté avec moi, dans ma chambre, à siroter un peu de vin en ma compagnie, comme le ferait deux vieux amis. Le temps d'une seconde je baisse légèrement ma garde et c'est uniquement quand j'entends mon capitaine charger que je reviens à moi, soulevant ma lame pour tenter de dévier sa première attaque. Seulement, si je pensais être capable de repousser son bras et de n'avoir à faire qu'un léger pas sur le côté, je me retrouve à devoir encaisser un coup suffisamment puissant pour faire trembler mon poignet. L'air siffle entre mes dents et pour seule échappatoire, je me retrouve à devoir reculer d'un pas. Sa lame siffle non loin de ma personne et c'est là que je comprends que désormais, il est celui qui s'amuse de moi. Mes cheveux commencent déjà à coller ma peau et furieux d'être désormais le jouet d'un autre, je me remets en position, parfaitement conscient qu'il a percé le secret de cette technique que Sir Parrish et Baldec m'ont appris. "Un bon combattant finira par comprendre que tu ne te bats pas comme un guerrier mais comme un serpent. Bien vite, ils comprendront qu'il est dans leur intérêt de t'empêcher de frapper." Le capitaine Rogers revient à la charge et son coup suivant me semble encore plus violent. Je grince des dents alors que je le pare, reculant à nouveau dans la terre battue. "Pourquoi vouloir apprendre à te battre, James ? Tu n'as pas la force pour ça." Je recule un peu plus sous son coup suivant. Une douleur remonte jusqu'à mon épaule, et alors que nos lames ne font que s'entrechoquer, dans une danse que certains pourraient apprécier, je me sens faiblir. Je sens mon corps commencer à hurler et me dire qu'il est temps d'arrêter. Un léger gémissement m'échappe presque au détour d'une passe et si je pense l'avoir repoussé le temps de reprendre mon souffle, voilà qu'il me le coupe du plat de sa lame. Mes poumons se vide tandis que dans mon dos résonne encore contre ma tunique de cuir son coup. Le choc ne lui semble peut-être pas violent mais il suffit à me faire chanceler. Mes doigts se crispent sur la garde de son épée et c'est profondément outré et blessé que je lève les yeux vers lui. L'impudent ose me faire face, en garde, se moquant ouvertement de moi devant le reste des gardes. Une perle de sueur glisse le long de ma nuque et alors que je me redresse, les lèvres entrouvertes et le souffle court, prêt à cracher tout ce que j'ai, voilà que c'est Sir Parrish qui vient à moi, commençant déjà à sermonner bien trop gentiment à mon goût mon partenaire d'entraînement.

"Messire, vous allez bien ?" Dit-il en posant une main sur mon épaule et l'autre sur mon avant-bras, comme si il était prêt à me rattraper au premier signe de faiblesse.
"Suffisamment pour que vous me lâchiez." D'un pas il se recule, murmurant quelques excuses avant de se tourner vers l'homme qui nous fait toujours face.
"Et vous… Vous avez peut-être l'habitude de vous entraîner en compagnie des autres gardes, mais le prince, aussi bon soit-il, n'a pas la forme de vos autres partenaires."
Je serre les dents, pas franchement heureux d'être materné de la sorte devant un public qui pourrait avoir l'envie de discuter de cela ce soir et qui pourrait éventuellement faire courir le bruit dans tout le château. Agacé, je finis par faire claquer ma langue contre mes dents, coupant court à cette discussion qui fait bouillir mon sang.
"Il suffit. De toute façon, vu la façon dont il se bat, il n'a rien à m'apprendre. J'en ai terminé pour aujourd'hui."

Tout le monde hoche de la tête et Sir Parrish me tend déjà la main, récupérant ma lame que je lui offre garde en avant. Je ne lui adresse pas un mot de plus, me contentant de marcher vers la sortie, récupérant simplement ma cape dans les mains du garde à qui je l'avais confié. Je ne me soucis pas de savoir Steve sur mes talons, me doutant de toute façon que comme le bon chien qu'il est, il s'y trouve. Bientôt c'est l'écho de nos pas qui se font entendre dans les couloirs du palais et quand nous revenons à ma chambre, je n'ai pour lui qu'un ordre.

"Restez devant la porte."

Je passe ensuite celle-ci et la referme derrière-moi, m'autorisant alors un lourd soupir. Je défais ma cape que je jette sur mon lit déjà fait, m'attaquant ensuite à la difficile tâche de m'extirper de cette tenue de cuir. Je me bats avec les attaches, le sentant glisser et résister à mes doigts, alors que mon dos, lui, me semble cuisant. Pas de douleur mais d'humiliation. Au fil des secondes, j'entends encore ce claquement sourd en boucle, et cette sensation d'avoir manqué de peu de recevoir une belle estafilade. Agacé j'enfonce presque mes ongles dans le cuir et après un juron ou deux, j'arrive à défaire le haut de ma tenue. Un frisson dévale mon échine et dans la glace je tente de voir si il y a la moindre marque. J'arrive à voir mes omoplates, mon épine dorsale osseuse, mes côtes mais le reste… Rien. Juste ma peau pâle et translucide qui laisse voir le cheminement complexe de mon système sanguin. La douleur, cuisante au possible, n'est donc qu'une création de mon esprit. Dommage, si j'avais été blessé, j'aurais pu au moins avoir le droit de le faire fouetter. Ma tunique termine au sol, et alors que je suis en train d'enfiler une tenue plus légère, voilà qu'une servante entre, me demandant si je veux que l'on me fasse porter mon repas dans ma chambre. Les lèvres pincées, je termine de fermer le vêtement de velours pourpre en accrochant au col de celui-ci ma broche. J'hésite de longues minutes et c'est seulement après avoir passé à mon doigt une chevalière qui à une époque avait été autour du cou de Baldec que je lui réponds.

"Non… J'ai envie de prendre l'air… Je veux que la table soit dressée dans l'alcôve non loin du jardin secondaire."

Le jardin de la Reine, comme le nomment les courtisans. Celui dont ma défunte mère prenait grand soin et dans lequel elle aimant m'emmener certains après-midi, pour me faire lire ou même jouer. Je ne compte plus les heures que j'ai pu passer avec elle en cet écrin de verdure, au milieu des fleurs colorées qui lui venaient de sa région et des oiseaux qui semblaient toujours avoir le coeur à chanter. La servante s'excuse et file, me laissant seul, face à mon miroir. J'observe mon reflet et sens sur ma peau un certain dégoût de moi-même. Je tente de redresser la tête mais peine à me convaincre. L'absence de Baldec me touche peut-être plus qu'il ne l'avait prédit. "Je ne vous manquerais pas tant que ça mon prince. Vous verrez. Un jour ce seront d'autres yeux qui vous feront perdre la tête."

"Menteur."

Pour son souvenir, pour cette silhouette fantomatique qui désormais n'existe plus que dans mes souvenirs, j'ai un murmure déçu, dernière chose que je fais avant de quitter ma chambre, retrouvant la désagréable compagnie de mon Capitaine. Je pourrais avoir une menace pour lui, un mot, n'importe quoi, mais après un regard, je me contente de tourner les talons et de simplement marcher dans le couloir, lui offrant un silence qui trahit peut-être mon état troublé. Nous croisons peut-être quelques courtisans ou gardes mais à aucun je n'offre le moindre mot, laissant plutôt mes pas m'emmener jusqu'à ce recoin de verdure dans lequel je profiterais de mon repas seul, comme à mon habitude. Contrairement au reste de la cour, qui se permet de manger et de festoyer avec mon propre père qui refuse de me voir depuis presque un mois. Eux ont le droit à de la compagnie, à des bardes, des poètes pour illuminer leurs repas, tandis que je suis condamné à manger seul, dans ma chambre ou quand mon état le permet dans une autre pièce du château. Au détour d'une porte, nous pénétrons dans une alcôve qui semble presque être un balcon qui surplombe le jardin en question, qu'un réel creux dans l'architecture du palais. L'air nous amène une mélange de fragrances plus ou moins naturelle et alors qu'un dernier domestique s'occupe d'installer les plats, je m'installe derrière la table qui a été dressé, laissant mon regard parcourir celle-ci. Tout en croisant les jambes et en pinçant les lèvres, j'esquisse un geste pour saisir un fruit avant de me raviser, préférant attaquer par un morceau d'agneau aux prunes. Du bout des doigts j'attrape un peu de viande et la glisse entre mes lèvres, souriant légèrement quand sur ma langue je sens la chair tendre fondre et ne laisser sur mes papilles que le goût sucré du fruit. J'avale et me sers ensuite une coupe de vin, levant alors les yeux vers ce cher Steve, ayant subitement une idée, puis un sourire. Je porte le breuvage à mes lèvres et en bois une longue gorgée avant de les essuyer de ma langue.

"Vous devez avoir faim, non ?"

Je tente d'avoir un sourire doux, presque aussi mielleux que certaines des douceurs qui se trouvent sur la table.

"Si vous le souhaitez… Vous pouvez manger… C'est bien trop pour moi…" Je force un soupir désolé. "Mais les gens des cuisines ne cessent de me faire des plats aussi opulents, comme si ils avaient peur que je n'ai pas assez à manger."

Je ne sais pas si il va me croire. Je doute même qu'il puisse penser que ce changement d'attitude puisse être naturel… Mais… Peut-être est-il assez idiot pour penser que sa petite leçon de ce matin a porté ses fruits. Je le vois hésiter, sembler se dire que tout ceci est un piège avant de lentement s'approcher, me remerciant du bout des lèvres avant de tendre la main vers un des fruits au miel. D'un claquement de langue, je l'arrête.

"Allons… Pas ainsi. Vous voulez manger ?"


J'attrape la figue qu'il semblait convoiter et lui la présente, toujours entre mes doigts.

"Tenez."

Je le vois tenter de la saisir et recule, souriant toujours.

"Pas ainsi."

Voyant qu'il ne comprend pas, je me relève légèrement et la présente à ses lèvres encore closes, murmurant doucement.

"Et vous n'oublierez pas de lécher le miel sur mes doigts."

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Lun 31 Oct - 13:21
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Enfin nous nous retrouvons sur un terrain où j'ai l'avantage, et c'est lui même qui me l'accorde. Il veut que je ne retienne pas mes coups? Parfait. Il exige que je ne le ménage pas? Merveilleux. Voilà enfin une occasion de passer mes nerfs, ma colère et ma frustration sur ce petit pétant qui se prend pour le roi du monde alors qu'il ne sait même pas se vêtir tout seul. Lui a appris à se battre comme on apprend à danser et à choisir ses couverts à table : le genre de chose que tout noble doit savoir, et maîtriser. Il a appris ça en dilettante, pour briller, paraître, et non pas comme nous, les soldats, pour qui bien maîtriser nos armes pouvait nous garantir de vivre un peu plus longtemps, par la grâce des dieux. Notre épée est notre meilleure amie, notre fiancée, notre femme. On en prend soin. On la bichonne, on l'affûte, on l'aiguise avec patience, on en connaît chaque griffure, chaque marque, qui sont comme autant de cicatrices, semblables à celles que l'on porte. Ce sont des guerrières qui ont bien des choses à raconter, et chaque soldat pourra reconnaître la sienne les yeux fermés si on le laissait choisir entre plusieurs. On dort avec, on voyage avec. On se repose sur elle autant que sur ses frères d'armes. Pour lui son épée n'est qu'un jouet, un bibelot précieux et hors de prix qu'on lui a offert, et qui fait partie de sa panoplie de prince, mais qu'il abandonnerait sans remords ni regrets au profit d'une épée encore plus belle et luxueuse.

Viens mon prince viens, goûte à mon fer et mon talent. Découvre même un peu ce qu'est de se battre vraiment et pas de faire de jolis moulinets gracieux. Là je vais te montrer ce que c'est que l'appel du sang et les lames qui s'entrechoquent vraiment. Sourire aux lèvres et sans grande difficulté je me mets à me battre vraiment, sans répit ni merci pour cette pauvre poupée de porcelaine élevée dans du coton et trop protégée pour son propre bien. La vie est dure. Découvre-le. Sens le choc de ma lame pour te prouver que tu n'es pas tout puissant, et que comme tout le monde, tu es mortel. Qu'un ennemi ne va pas être doux avec toi parce que tu es le prince. Au contraire. Tu es la tête de l'hydre à couper, et ta couronne est la cible. Un dernier coup qui le fait légèrement trembler, donné du plat de ma fidèle épée et je m'arrête, me reculant avant de la ranger dans son fourreau, le sourire aux lèvres. Tu as reçu le seul baiser que tu mérites : celui du fer, celui de l'humiliation d'avoir reçu une bonne leçon. Seulement je tente de cacher mon sourire alors que je me fais réprimander par Parrish qui vole au secours du prince comme une poule de son poussin, avançant que son protégé n'est qu'une pauvre petite chose fragile. Evidemment.

C'est que le prince m'a justement demandé d'agir avec lui comme avec n'importe quel autre soldat sire Parrish. C'est pour cela que je n'ai pas retenu mes coups...

Pseudo docilité et obéissance, voilà qui va le satisfaire, au moins pour commencer. Et James n'a pas du tout l'air d'avoir apprécié cette petite démonstration, et de s'être fait ainsi prendre à son propre jeu. Il grommelle, me lançant une dernière pique comme une tentative désespérée pour ne pas perdre la face puis se débarrasse de son épée, la laissant à Parrish. Qu'est ce que je disais. Rien n'a d'importance. Il va la laisser, sans en prendre soin, laissant les autres faire cela pour lui. Ma belle Aubéclat aura droit à un passage soigneux de la pierre à aiguiser, puis de l'huile de lin sur sa lame. Lui abandonne son arme sans un regard, comme il le ferait de sa monture, sans doute. Je me demande même s'il connaît le nom du cheval qu'il monte... alors que mon fidèle Ardoise m'accompagne depuis bien des campagnes. Je sais qu'il aime les pommes mais pas les prunes, qu'il est plus fragile de l'antérieur droit, qu'il a peur de poules et qu'il n'aime pas que je tienne les rênes trop serrées. Je sais tout cela parce que je m'en occupe tous les jours. Lui... il a une armée de palfreniers qui s'en occupent à sa place...

Fâché comme un enfant qui boude, le voilà qui me fait rester devant sa chambre et je ne vais pas m'en plaindre. Mieux vaut être seul qu'en mauvaise compagnie, et subir ses insultes qui ne sont là que pour l'aider à se sentir supérieur, en me rabaissant. Comme demandé, et sans rechigner je me plante donc près de la fenêtre, en face de sa porte, guettant les allers et venues des domestiques et des courtisans quelques étages plus bas. Je souris à la servante qui entre, me retenant de justesse de lui souhaiter bon courage, de peur qu'il ne m'entende, et la revois sortir quelques instants plus tard.

Que voulait-il?
Faire préparer son repas dehors.
Oh, quelle bonne surprise. Je ne suis jamais contre le fait de prendre l'air, surtout par une belle journée comme celle-ci.


Elle disparaît après un dernier sourire et j'attends que sa majesté daigne sortir pour aller déjeuner. Ce qu'il fait, vêtu d'un pourpoint brodé de velours qui doit valoir autant que la ferme de mes parents toute entière, bétail compris. Sans un mot je le suis, ombre servile mais non pas dénuée de pensée. Je le suis donc, content de pouvoir rester encore à l'extérieur et ne pas être enfermé dans cette chambre qui sent l'apothicaire et la sueur de malade. Je souris quand nous arrivons dans les jardins de la Reine, partie où seuls les membres de la famille princière peuvent se rendre, et les courtisans qui y ont été expressément invités. La rumeur dit que c'est magnifique et c'est seulement maintenant que je peux m'en rendre compte par moi-même. L'automne a dégarni certains arbres ou arbustes mais la plupart des buissons portent encore leur ramure teintée de vert, d'orange, de rouge ou de brun, et quelques fleurs tardives exposent encore leur pétales colorés. Je mets quelques secondes à réaliser qu'il a continué à avancer et je le rattrape rapidement. C'est si beau... je suis curieux de découvrir cet endroit au printemps...mais je ne sais vraiment pas si l'occasion m'en sera donnée...

Du coin de l'oeil j'examine les monceaux de nourriture étalés devant lui et retiens une grimace. Dehors des gens meurent de faim, alors que là... il y en a assez pour dix. Heureux les privilégiés... Je commence à saliver en voyant tout ceci, et en repensant au bol de gruau et à la tranche de pain noir recouverte de miel qui m'a servi de petit déjeuner... pourtant je reste immobile, le regardant picorer dans les victuailles comme si rien ne valait vraiment son royal intérêt. Mon attention se reporte sur les oiseaux et les fleurs du jardin plus bas, autant pour me distraire que pour détourner mon attention de ma faim. Puis sa voix résonne et je sursaute.

En effet messire, l'entraînement m'a ouvert l'appétit...

Où veut-il en venir? Et je comprends vite. D'une voix doucereuse il me propose de venir partager son repas. Oh non... oh non je te vois venir petit prince. Tout cela est trop beau pour être honnête. Il me traite de tous les noms et ensuite il me propose de manger à la même table que lui? Sans façon.

Je l'observe surjouer comme un mauvais acteur, laissant passer quelques secondes. Mais j'ai faim. Très faim. Il me sourit toujours et je fais un pas vers la table, ne voyant toujours rien venir.

Merci bien messire...C'est fort aimable.

Les vapeurs du repas chatouillent mes narines alors que je me penche au-dessus de la table, cherchant ce que je vais prendre. Et c'est là que je vois le piège, quand d'un claquement de langue il arrête mon mouvement. Je lève les yeux vers lui alors qu'il attrape ce que je m'apprêtais à prendre, et la fais rouler entre ses doigts. A quoi joue-t-il? Je tends la main vers cette figue avant de le voir reculer sa main, encore. Bon sang mais que veut-il? Je comprends ensuite. Il veut que je mange dans sa main. Le petit bâtard. Cela ne lui suffit pas de me rabaisser constamment devant la cour? Il faut en plus qu'il s'amuse à me rabaisser? Bon sang mais pour qui se prend-il? L'air le plus neutre possible je me recule et me plante à un mètre de la table, les mains derrière le dos, le regard à nouveau sur le jardin.

Merci messire mais finalement je n'ai plus faim...

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Mar 1 Nov - 10:38

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Le trône du dragon

Qu'il est beau ainsi, à froncer les sourcils en ce demandant ce que je fais. Et qu'i est amusant à reculer comme un chien apeuré quand il comprend que je veux le voir manger dans ma main. Il devrait se voir, le beau Capitaine de la garde princière, à jouer l'homme vertueux qui ne s'adonne pas à ce genre de jeux. Lui qui pense être au-dessus de tout ça, comme si il était un homme de la trempe de Baldec, capable de me tenir tête sans avoir à en subir les conséquences. Mais il est temps qu'il comprenne, qu'il voit et qu'il admette qu'il n'est rien de plus qu'un chien bien docile qui ferait mieux d'arrêter de retrousser les babines dès que je lui donne un ordre. Il doit comme les autres avant lui, courber l'échine et devenir le beau jouet avec lequel je m'amuserais, le pantin que je contrôlerais et briserais à ma guise. Je veux qu'il devienne la belle pièce d'échec que je pourrais faire tourner entre mes doigts et admirer, un beau pion qui n'aura pour seule utilité que de m'aider à passer le temps. Mais pour que ça arrive, il faut d'abord qu'il ouvre les yeux sur sa condition, qu'il comprenne qu'être le Capitaine de ma garde n'est pas un honneur mais une punition. Mi-amusé, mi-agacé, je pince les lèvres et esquisse un léger sourire en reprenant ma main, lui faisant comprendre sans un mot que je suis vaguement contrarié par sa réponse. Je pourrais soupirer mais je me contente à la place de confortablement m'installer dans le siège qui est le mien, osant carrément croiser en un geste élégant mes jambes.

"Quel dommage vraiment. Après un tel combat, vous auriez pourtant bien besoin de reprendre des forces, mais soit…"


J'approche de mes lèvres la figue au miel et si je lui donne l'impression de m'apprêter à la manger, c'est pour mieux suspendre mon geste et plonger mon regard dans le sien.

"À bien y réfléchir… Je trouve bien ingrat de refuser mon offre… Quand on y pense, vous devriez voir ma proposition comme un honneur… Certains tueraient pour avoir la chance de rompre le pain à ma table et vous… ? Vous osez presque me cracher au visage."

Je fais tout pour ne pas sourire, pour ne pas lui montrer que je m'amuse follement de cette situation et de ce qui reste encore à venir. Je dois avoir l'air contrarié, presque offusqué et non déjà me réjouir de ce que je vais faire de lui. Une goutte de miel, paresseuse au possible commence à rouler le long de mon pouce, tandis qu'au loin, j'entends le chant du vent dans les feuilles. Un frisson dévale peut-être légèrement  mon dos osseux au possible tandis que je reprends, mon regard toujours ancré sur sa personne.

"Déjà que ce matin vous vous êtes permis de m'humilier devant le reste de la garde et mon maître d'arme, osant même dire que j'ai été celui qui ait demandé de me faire battre de la sorte… Mais bon, peut-être devrais-je aller voir mon père et lui montrer la marque qui souille désormais mon dos ? Qu'en dîtes-vous ? Je pourrais en plus lui apprendre que le Capitaine qu'il m'a assigné essaye de débarrasser le royaume de l'héritier de la couronne…" Je marque une pause pour m'autoriser une ombre de sourire. "Pensez-vous qu'il aimerait apprendre une telle nouvelle ?"

Sûrement pas, et à mon avis, il me rirait même au nez si effectivement, je venais à me présenter à lui pour lui conter une telle histoire. Sans compter qu'en voyant mon dos, il n'hésiterait pas à me sermonner comme Baldec aurait pu le faire en me disant que je ferais mieux parfois de tenir ma langue de serpent si je ne veux pas la perdre. Non, mon père ne me croirait pas une seconde et sans une blessure… Je passerais juste pour un fou devant la cour. Mais heureusement pour moi, je sais que Steve n'aimerait pas en arriver là. Lui, à bien trop peur de se retrouver en tant qu'accusé devant le roi en personne et sans avoir à trop m'avancer, je pense qu'il est déjà en train de se demander si il ne ferait pas mieux de se plier à mes petits jeux. Je me penche de nouveau vers lui et lui présente la figue qui attend toujours entre mes doigts, souriant désormais plus franchement.

"Mais… Je pourrais en venir à oublier tout ça si vous cessiez de jouer au difficile et que vous veniez saisir de vos lèvres ce qui vous fait visiblement très envie. Je pourrais être bon prince et même fermer les yeux sur l'affront que vous venez de commettre…"

L'hésitation, la crainte et un léger agacement se lisent dans ses prunelles alors que la mâchoire serrée, il cherche sûrement une échappatoire à ce chantage qui l'air de rien, lui fait craindre de possibles réprimandes qu'il n'aimerait pas avoir à affronter. Terriblement amusé, je m'autorise un rictus qui dévoile ma dentition, tandis qu'il s'approche enfin. Fier de ma réussite, je lève légèrement le menton et lui offre un peu plus le bout de mes doigts, attendant avec impatience ce moment où ses lèvres pleines se refermeront autour de cette figue doucereuse. Je me mords peut-être rapidement les lèvres avant de les caresser de ma langue quand il se penche et que du bout des incisives, il attrape le fruit au miel. Un léger rire m'échappe et comme si il était un chien, je le récompense d'un murmure méprisant.

"Bien…"

Il se recule et je fais claquer ma langue contre mes dents, lui présentant encore mes doigts couverts de miel.

"Vous oubliez quelque chose Capitaine… Je vous ai ordonné de nettoyer mes doigts une fois terminé… Vous n'allez quand même pas obéir à moitié ?"

Oh je sais. Regarde-moi ainsi, avec cette colère sourde au fond des prunelles. Pense donc que je suis un sale petit con qui mériterait une bonne gifle ou deux. Déteste-moi, j'aime presque te voir grincer des dents et retenir de longs soupirs. Tu n'imagines pas à quel point tu m'amuses… Sans me débarrasser de mon sourire, je fais à nouveau claquer ma langue contre mon palais, attendant qu'il revienne. Je sais qu'il doit déjà se dire que je ne mérite rien de tout ça et que je ne suis au mieux qu'un sale gosse dont on a raté l'éducation mais… Baldec pensait cela aussi, avant d'apprendre le fardeau qui était le mien. Lui aussi pensait au début que je méritais une bonne correction, avant de devenir celui qui caressait ma joue avec tendresse. Lui aussi à dû apprendre et Steve suivra le même chemin que lui. Il obéira. À nouveau je vois l'homme hésiter, presque résister avant de céder une fois de plus, se penchant vers ma main pour rapidement donner trois coups de langue tout au plus. Un frisson dévale mon échine et les lèvres légèrement entrouvertes, je l'observe faire, comme fasciné. Quelque chose glisse dans mon dos et quand il se relève, j'ai un léger rire en croisant son regard.

"Vous voyez Capitaine… Vous êtes donc bien capable de me plaire…"

Je m'adosse à nouveau dans mon fauteuil et porte alors à mes lèvres, mes doigts encore poisseux de miel. Délicatement, je referme d'abord celles-ci autour de mon majeur, l'humidifiant longuement de ma langue, en un geste que certains pourraient trouver tendancieux, avant de faire de même avec mon index et mon pouce. Sans un bruit et sans trop de vulgarité, je continue ce petit jeu sous son regard, et une fois terminé, je viens essuyer ma main dans une serviette, souriant de nouveau au Capitaine.

"Le seul reproche que je pourrais vous adresser est que vous avez été plutôt timide avec votre langue mais ce serait être pointilleux pour pas grand chose."

La serviette retrouve la table et après un léger sourire, je reprends mon repas comme si de rien n'était, simplement satisfait de ce baiser indirect que j'ai réussis à lui voler et de cette humiliation qui va très certainement le laisser avec une bien étrange sensation de dégoût de soi-même.

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Ven 4 Nov - 22:42
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Non mais pour qui est ce qu'il se prend? Ce petit morveux? Que croit-il? Que je suis un des chiens de chasse de son père, qui n'attend que ça de sa journée, que le souverain glisse quelque bout de viande sous la table ou la garde entre ses doigts pour qu'il s'en saisisse, fou de reconnaissance? Croit-il que je vais remuer de la queue parce que sa royale excellence daigne me faire l'immense honneur de me donner une figue? Si j'étais avec des camarades de régiment, j'aurais dit qu'il pourrait se la mettre où je pense, sa figue qui a l'air d'apparaître comme un trésor à ses yeux. Me voilà donc planté derrière lui, refusant poliment son offre ô combien généreuse alors qu'intérieurement j'enrage. J'enrage de le sentir ainsi tout puissant au son du luth et de la harpe qui accompagnent son déjeuner, comme si cette fois mes sentiments avaient droit à un accompagnement musical. Je me retiens presque de soulager quand il renonce après s'être montré faussement prévenant. Parfait. Oublie moi. Ne me porte aucun intérêt et je n'en serais que plus heureux. Surtout ne te gêne pas. Pourtant... au moment où je pensais qu'il allait continuer son repas seul, ou tout du moins en m'oubliant, voilà que je me trompe. C'était trop beau...

Il parle, de son ton faussement suffisant et détaché, qui est pourtant tellement lourd de menaces et de reproches que je sens un frisson me parcourir l'échine. Je déglutis avant de répondre d'une voix aussi neutre que possible.

Ca n'a jamais été mon intention messire.

Il reste immobile, se contentant de regarder cette foutue figue qui dégouline de miel sur ses doigts trop fins comme si elle recélait la clé de tous les mystères de l'humanité et mon coeur commence à tambouriner quand ses paroles continuent de s'échapper de ses lèvres bien trop rouges en comparaison de sa peau si pâle. Je ne pensais pas qu'il en arriverait là et bien si. Il en arrive aux menaces, pour avoir ce qu'il veut. Et que veut-il? Que je m'humilie. Que je m'avilisse devant lui. Une simple figue. Il menace de dire que j'ai fait exprès de le blesser, que j'ai touché sa royale personne dans le but délibéré de lui faire du mal. Bon sang je préfèrerais avoir mal entendu mais à lire l'expression de son visage, neutre mais avec juste ce qu'il faut d'amusement, je sens qu'il mettra ses menaces à exécution. Par les dieux il est mauvais. Il est pourri jusqu'au trognon et son coeur est infesté d'asticots. Je ne vois que ça. Menacer de punitions si dures simplement parce que je n'ai pas voulu manger dans sa main me donne envie de vomir. Et dire que tu seras roi. Et dire que d'un geste de la main tu pourras exterminer ou sauver des dizaines, des centaines d'innocents, voire plus, ça me terrifie. Ca me terrifie de donner autant de pouvoir entre les mains de quelqu'un qui est encore un enfant qui ne connait rien au monde et qui ne suit que son bon plaisir et qui n'est gouverné que par ses caprices.

Je ne pensais pas qu'une simple figue aurait tant d'importance aux yeux de sa majesté. Visiblement elle prend ce fruit beaucoup plus à coeur que moi... pour considérer cela comme un affront. J'en suis navré.

Et même si je lui tiens tête d'une certaine manière, intérieurement je tremble. Je sais qu'il le fera. Je sais qu'il me dénoncera, et sans hésiter une seconde, si je ne lui donne pas ce que je veux. Ca me donne aussi envie de vomir. Voir qu'il a aussi peu de considération pour les gens qui l'entourent, et qu'il est prêt à me faire fouetter ou pire simplement parce que je n'ai pas voulu manger sa foutue figue. J'hésite, contemplant ce satané fruit entre ses doigts, avant de capituler. Si je ne le fais pas, il se plaindra au roi, et je finirai au cachot, ou pire, avec la tête coupée. Rien qu'à voir le sourire qu'il arbore quand il comprend qu'il a gagné, j'ai envie de le gifler. Plus que le gifler, lui coller une bonne droite et lui faire perdre son sourire arrogant. J'approche et penche la tête pour saisir cette foutue figue entre les dents et me redresse, l'avalant presque d'un coup. Mais la suite est encore pire. Son ''bien'' me donne l'impression d'être un gentil larbin, et il ne faut qu'une seconde avant qu'il tente la main vers moi. Avant que je comprenne. Oh non. Non... il ne va pas oser. Il ne... je sens un poids retomber dans mon estomac en comprenant que le jeu n'est pas terminé, et qu'il ne s'est pas amusé. Je me penche rapidement et tire ma langue, ayant franchement de vomir en sentant sa peau glacée. Un serpent. C'est comme lécher un serpent. Ou une statue. Et le miel sur ma langue a un gout de métal. Je te hais. Je te hais mon prince. Reculant d'un pas je détourne la tête quand il me complimente, me retenant de justesse de lui cracher que la réciproque ne sera jamais vraie et que personne ne l'apprécie vraiment dans cette enceinte.

J'ai encore plus envie de vomir quand il suçote son doigt et le lèche, me faisait brusquement regarder à nouveau les jardins et les buissons. Petit morveux. Je te souhaite juste que le destin se rappelle que tu es bien trop privilégié et qu'il rééquilibre la balance. Cela te ferait le plus grand bien. Oh oui... et je ne relève même pas la suite. Un enfant. Il est un enfant qui arrache ses ailes aux mouches et qui tire la queue des chats. Il est celui qui va marcher sur quelqu'un déjà à terre juste parce que ça l'amuse, alors que moi, ça me fait peur. Tant de vies seraient menacées s'il continuait ainsi, sans retenue... le pays sombrerait dans le chaos. Puis il m'oublie, enfin, et se concentre sur son dîner pendant que je ne rêve que d'une chose, ôter ce souvenir de mes lèvres et faire passer tout ça par une bonne rasade d'alcool fort. Très fort.

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Jeu 1 Déc - 15:24

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Le trône du dragon

Je souris alors que je porte à mes lèvres une pêche dans laquelle je croque. Il est beau, ton fils chéri, n'est-ce pas ? à lécher ainsi les doigts de l'enfant maudis ? Tu ne trouves pas ? Sûrement. De là-haut tu dois trouver ça fort distrayant, à moins que comme le Capitaine de ma propre garde, tu ne détournes le regard ? Cela ne m'étonnerait pas après tout... N'étais-tu pas celui qui a ma naissance ne regardait pas le monstre à écailles que je devenais tout les mois ? N'étais-tu pas celui qui n'a rien fait quand ma mère a dû tenir dans ses bras, non pas son fils, mais un tout jeune dragon ? As-tu vu les larmes sur ses joues et entendu son cri ? Non. Tu ne regardais pas, comme à chaque fois qu'il s'agit de moi. Tu n'étais pas là quand mon père m'a jeté pour la première fois dans le donjon. Tu n'étais pas là pour me voir enchaîné, à pleurer des heures durant parce que j'avais peur et froid dans ce cachot humide... Non, tu n'as jamais été là, et pourtant, à entendre les autres, il faudrait que je sois humble devant toi, que je courbe l'échine et te donne tout, à toi qui n'a jamais été là. Eh bien soit, je te donnerais quelque chose. Je te rendrais ton enfant chéri, brisé et lassé  de cette existence. Acceptes mon cadeau, ô grand Seigneur qui a toujours détourné le regard. Observe et désole-toi de ce que je fais des autres. Ce sera mon présent et la preuve de tout l'amour que je te porte.

La chair juteuse et tendre du fruit fond sur ma langue là où le jus sucré me semble particulièrement délicieux en cet instant. Je n'accord pas même un regard à mon Capitaine, préférant simplement terminer mon repas. Quand de la pêche il ne reste plus que le noyau, je m'essuie le bout des doigts dans une grande serviette, alors que j'attire l'attention de Steve d'un ronronnement mauvais.

"Votre temps à mes côtés est terminé, Capitaine. Je vous prie de vous retirer, je peine à vous supporter plus longtemps. Rumlow veillera sur moi. Vous, je vous reverrais demain à la première heure pour mon entrainement."


Je n'ai pas un regard pour lui, et c'est à peine si je l'écoute quand il me salue bien obséquieusement. C'est ça, essaye donc de me faire croire que j'ai ton respect, je vois dans tes prunelles à chaque fois que je les croises que tu me hais et pire, que tu estimes que je ne mérite rien de ce que l'on m'offre. Je détourne le regard et préfère observer les jardins tandis que d'un geste de la main, je lui fais signe de me laisser. Un soupir m'échappe quand je suis enfin seul. Pensif, je repousse mon assiette et me laisse retomber dans mon fauteuil, alors qu'arrive dans un tintement discret Rumlow. J'hausse un sourcil quand lui se contente d'un bien aride "Messire." pour me saluer. Les lèvres pincées je me tourne vers lui et affronte son regard de faucon. Un long instant, nous nous observons avant qu'il ne me demande sans gêne si quelque chose chez lui m'importune. Une ombre de sourire se glisse sur mes lèvres tandis que ma voix se fait dangereusement douce.

"Rien, vous semblez bien moins attaché à vos manières que ne l'est le Capitaine Rogers."

Il retrousse ses lèvres et dévoile sa dentition immonde avant de me répondre.

"C'est juste que je n'ai pas envie de lui ressembler Messire.
- Vraiment ? Vous devez être le première à me dire ça.
- J'ai la permission d'exprimer librement ma pensée ?" Je me contente d'un geste de la main pour lui signifier que oui. "J'le trouve détestable. Son côté parfait et noble de coeur, ça me file la nausée."

J'ai un sourire avant de me perdre à nouveau dans la contemplation des jardins qui dans quelques mois seront couverts d'une épaisse couche de neige.

"Finalement, nous sommes tout les deux d'accord à propos de quelque chose, Rumlow."


Le reste de la journée file sans moi. L'ennui me tient et pour le tromper, je me pers dans l'un des nombreux ouvrages que je lis afin de m'instruire. Stratégies militaires, histoire ancienne, langues et dialectes, j'occupe mon temps en nourrissant autant mon esprit que ma vengeance, dans l'espoir un jour de trouver un remède à ma condition. J'étudie même certains ouvrages traitant de remèdes obscures et de sorcellerie, des livres, qui si je n'étais pas prince et pas autant négligé par la Cour me vaudrait l'ultime honneur de terminer pendu ou fouetté jusqu'à ce que mort s'en suive. Ce n'est que lorsque la fatigue se rappelle à moi, que je sombre entre mes draps et mes songes, dans lesquels Baldec est. Dans la mélasse de mes souvenirs et de ce deuil que je n'arrive pas à faire, je revois ses yeux, sa peau cuivrée qui reste contre la mienne alors que ses lèvres pleines se posent avec tendresse sur mes phalanges osseuses. "Je suis désolé... Je ne dois pas être le bon. La malédiction...." Un courant d'air frais balaye tout ça et me ramène dans cette caverne ou incapable d'étendre mes ailes, je montre les dents et laboure la terre de mes griffes immenses. "Vous disiez m'aimer !" Il n'a pas le temps de se défendre et si il le fait, je ne l'entends pas. Je ne veux pas entendre ses mensonges. Je veux me réveiller. Je veux effacer tout ça et revenir en arrière. Je veux qu'il soit là, à me border, à caresser mes cheveux longs en me disant que je suis le seul à avoir réussis à capturer son coeur. J'avale une grande goulée d'air frais quand je m'éveille d'un coup pour sangloter la perte de l'être aimé.

Quand le jour se lève, je suis déjà préparé et sanglé dans mon armure de cuir si finement ouvragée. D'un geste je congédie la domestique avant de quitter ma chambre, m'étonnant presque de ne pas trouver sur le pas de ma porte le Capitaine. Tant mieux, si il est en retard, j'aurais une raison de plus pour le réprimander. C'est donc seul, que je commence à déambuler dans les couloirs du palais, allant jusqu'aux jardins, affronter la fraîcheur de ce jour encore jeune pour cueillir  les dernières fleurs de la saison. Du bout des doigts, je me saisis des lys et autres roses qui menacent de dépérir face au froid, laissant le bout de mes doigts être autant attaqués par les épines que le froid. Mon échine frissonne légèrement et quand je me trouve avec une brassée de fleurs, je me décide à rentrer, tombant alors sur mon Capitaine. Un sourire se glisse sur mes lèvres alors que sur mon coeur, je garde ce bouquet maladroit dont seul les enfants qui veulent surprendre leur mère ont le secret.

"Vous êtes en retard... Vous auriez perdu votre tête si il m'était arrivé quelque chose... Heureusement pour vous, je n'ai eu qu'à combattre que le froid."


Le sourire sur mes lèvres est suffisant au possible alors que je passe devant lui, ne lui accordant qu'un dernier regard rempli d'une satisfaction plus que désagréable à observer. Je commence à marcher sans réellement avoir besoin de vérifier qu'il est sur mes talons.

"Oh mais peut-être n'était-ce pas encore l'heure pour vous de prendre votre place à mes côtés... Qui se trouvait avant vous, pour la garde de nuit, que je m'occupe de le punir comme il se doit ?"

Dans les dédales des couloirs, nous évoluons, jusqu'à trouver, non pas le terrain d'entraînement pour mes passes d'armes matinales mais la crypte royale. Avec lui sur mes talons, je pénètre en ce lieu qui est la dernière demeure de mes ancêtres, qui est construit de manière à toujours être baigné de lumière. Les vitraux reflètent sur les tombes et autres statues, leurs couleurs vives alors que comme la tradition le veut, une odeur d'encens flotte dans l'air. Sans un regard pour ceux qui ont un jour régné avant mon père, j'avance vers la seule tombe qui a de l'importance. Celle pour laquelle mon père a fait appel aux meilleurs artistes du royaume.

"Mère."

Un murmure m'échappe là où je redeviens devant le marbre finement sculpté, un enfant. Sans me tourner vers lui, j'ordonne à Steve de s'éloigner.

"Attendez-moi plus loin. Vous me dérangez."

J'attends qu'il fasse au moins deux pas avant de m'approcher de la silhouette de ma mère, qui immortalisé dans la pierre, semble être simplement assoupie dans un champ de roses. Des pierres précieuses ornent son front, son cou et ses doigts, alors que sur son coeur, reposent les fleurs que je dépose chaque semaine sur sa tombe. Je pose un genou à terre pour mieux lui faire face, et alors que je retire les roses séchées de son coeur, je murmure doucement.

"Je suis désolé, je voulais passer plus tôt mais... J'ai été si malade..."

Les feuilles séchées deviennent poussière sur mes doigts, permettant tout de même aux fleurs plus fraîches de trouver leur place entre ses bras.

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Lun 12 Déc - 17:18
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Heureusement que les pensées sont secrètes. Heureusement que les dieux ont donné à chacun ce jardin secret, cet espace si précieux ou personne ne peut pénétrer, et où ce qu'on y a déposé y reste sans que personne n'en sache rien à moins qu'on ouvre la bouche. Heureusement qu'il ne sait pas ce que je pense, qu'il n'imagine pas à quel point je le maudis, je le vomis derrière mon visage impassible. Oh oui mon prince il vaut mieux que tu n'en saches rien, sinon j'aurais la corde au cou avant l'aube, et dans la semaine ma mère apprendrait qu'elle n'a plus de fils. Oh oui mon prince il vaut mieux que mes pensées ne restent qu'à moi, là où elles pourront me tenir chaud et me réconforter de la situation bien ingrate dans laquelle je me trouve. J'ai signé pour être un soldat, pour partir à l'aventure, défendre la veuve et l'orphelin, protéger mon pays...et pas jouer les nourrices de cet affreux garnement qui prétend au titre d'homme alors qu'il n'est au fond de lui qu'un enfant qui n'a pas assez reçu de gifles et de coups de pied au cul. Oui mes pensées, aidez moi à me contrôler et à contenir ma colère. A ce que les mots que je meurs d'envie de lui lancer ne franchissent jamais ma gorge. Gardez moi en vie...

J'attends donc là, sagement, avec toujours ce goût de métal dans la bouche, alors que mon regard s'efforce de regarder partout ailleurs, sauf lui. Je ne veux pas lui donner cette petite importance, celle d'être regardable, celle d'être assez important pour que je pose mes yeux sur lui. Je l'ignore donc, me préoccupant davantage des sculptures, des arbres, des feuilles, n'importe quoi sauf lui. Mais hélas il rompt enfin le silence. Je me raidis, me préparant à entendre encore une fois une remarque, ou une critique sur tout et n'importe quoi. D'ailleurs il faudrait que je m'en fasse un jeu. Qu'intérieurement je désigne une cible à ses moqueries, et si c'est bien cela je gagnerai un point. C'est triste mais il faut bien se divertir comme on peut... sauf que ses paroles sont une douce caresse quand il me dit qu'il ne me veut plus près de lui. Oh oui, choeur des anges face à ma délivrance! Je me retiens de sourire et me contente de m'incliner légèrement.

Comme son altesse le souhaitera. A demain donc, à la première heure.

Je tourne les talons et m'éloigne. Dès que j'ai passé un coin de mur je crache sur le sol, plissant le nez. Par les dieux il faut que j'ôte ce goût de ma bouche au plus vite... Je gagne le quartier des gardes et vais me servir une bonne rasade d'eau de vie. Elle est si forte qu'elle me met la bouche en feu, mais j'ai l'impression que ça ne suffit pas pour ôter ce goût, le souvenir de ma langue sur ses doigts de serpent. Argh quelle horreur, j'ai le sentiment que ce souvenir va me hanter, et qu'à partir de maintenant tout ce que je mangerai et boirai aura un goût de cendres. Il faut que j'oublie...que je me change les idées. Je vois plusieurs camarades dehors, en train de s'entraîner à la lutte, et je les rejoins. J'ôte mon pourpoint et mes bottes pour rester simplement en haut de chausses, et je me lance dans le combat. Jusqu'au coucher du soleil je mets mon corps à rude épreuve, tombant, retombant, frappant, bousculant, mettant à terre mes adversaires. C'est seulement quand la cloche du dîner retentit que je m'arrête, et que j'ai enfin l'impression de m'être débarrassé de cette sensation de saleté qui me collait à la peau. On mange tous ensemble, en se racontant des histoires de campagnes ou chantant des airs épiques parlant de chevaliers, de dragons et d'enchanteurs, on joue aux cartes avant que je ne les quitte enfin, allant me délasser dans un bon bain...

Le lendemain, à l'heure, j'arrive au chateau, équipé de mon pourpoint en cuir, même si je porte mes plaques de métal et mon plastron au bras, simplement pour que le prince ne puisse pas dire que je ne vienne pas assez équipé. On sonne les cloches de la chapelle quand j'entre et dépose mon armure sur le banc, remarquant seulement que le prince est là. Et sa première parole est bien évidemment un reproche. Comme quoi je suis en retard, alors que la cloche est encore en train de sonner la première prière. Je le regarde froidement, avant de désigner le clocher d'un signe de la tête.

Ah bon? Pourtant les mâtines n'ont pas encore fini de sonner messire. Je pense qu'il y a simplement eu un petit désaccord dans les rondes et je vais mener l'enquête, cela n'arrivera plus...

Je le suis donc, sauf qu'au lieu de sortir dans la cour, il prend un autre chemin et je le suis docilement, un peu moins maussade et un peu plus curieux. Bon sang où est-ce qu'il va nous emmener? Qu'est-ce qu'il a en tête? Je m'inquiète déjà de ce qui fait partie de sa routine, alors si en plus il se plaît à changer ses plans... et bien évidemment, je me retiens de tout commentaire, pour ne pas provoquer une sanction aussi arbitraire qu'humiliante, comme il en a le secret. Je remarque simplement qu'il ne lâche pas les fleurs qu'il a dans les bras... Allons nous voir une favorite? Une jeune femme qu'il courtiserait? Par les dieux oui, laissez le besogner une fille et que ce soit elle qui s'occupe de lui pendant que j'aurais ma paix une heure ou deux. Enfin... tout dépend...vu son état de santé... peut-être aura-t-il fini son affaire en une poignée de minutes et il devra dormir quelques heures ensuite pour se remettre? Ce serait merveilleux... Sauf que non, ses pas nous emmènent dans la chapelle, puis la crypte. Je le suis et me fige une minute, contemplant cette grande pièce inondée de lumière colorée grâce aux vitraux racontant les glorieux faits d'armes de son illustre famille. Famille dont il n'est pas digne. Que mettrait-on sur son vitrail? Une coupe de vin et un oreiller? C'est bien tout ce qu'il est, et ce qu'il fait. Mon regard glisse sur les statues, si merveilleusement ouvragées qu'on dirait qu'elles vont ouvrir les yeux à chaque seconde. Gisants, gargouilles, monstres, tout cela éclaboussé de couleurs vives, baigné d'une odeur d'encens...

Je tourne la tête et le vois s'approcher d'une tombe en particulier, et à son blason comme au visage de la statue, je reconnais sa mère. Encore plus que les autres, le sculpteur a su capturer la vie qu'elle a perdue et la mettre dans la pierre. La ressemblance est saisissante et on dirait qu'elle dort simplement, et que dans une minute elle va ouvrir les yeux et annoncer qu'elle a bien dormi... Une personne qu'on disait si douce et généreuse avec le peuple... La voix de glace résonne dans le tombeau et je m'en vais me promener un peu plus loin. D'ordinaire seuls les membres de la famille royale et du clergé sont autorisés à pénétrer ici alors...tout ça est nouveau pour moi, et je compte en profiter. J'examine une statue, puis une autre, effleurant les bas reliefs et les inscriptions que je ne saurais pas lire, avant d'observer le prince du coin de l'oeil, et le voir un genou au sol. Cela m'arrache un haussement de sourcil de surprise. C'est bien la première fois que je le vois montrer du respect à quelqu'un sans y être forcé... et je secoue doucement la tête en contemplant de loin les pierres précieuses qui scintillent faiblement. Ô chère reine, si vous saviez... si vous saviez ce que votre fils est devenu... si vous saviez qu'il est mauvais et méchant, capricieux et égoïste. Si vous saviez qu'il ne tient à personne qu'à lui, et uniquement à lui... vous êtes mieux là où vous êtes ma reine, car n'importe quelle mère serait triste de voir son enfant devenir un tel homme. N'importe quelle mère aurait son coeur brisé d'avoir donné naissance à un tel individu, qui ne craint ni les dieux, ni sa conscience. Quelqu'un pour qui tout n'est que jeu et caprice...qui n'en a que faire de la dignité des autres. N'importe quelle mère préfèrerait être morte que de voir que le fils qu'elle a porté en son sein est devenu un démon. Peut-être qu'avec vous à ses côtés il ne serait pas devenu ainsi, mais maintenant...maintenant son coeur est rongé par les mauvaises herbes là où vous auriez dû y faire pousser des roses... Je pense à tout cela alors que je l'observe, lui qui a l'air vraiment humble pour la première fois depuis que je suis à son service...

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Sam 17 Déc - 23:25

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Le trône du dragon

Les pétales semblent devenir de la poussière entre mes doigts, tandis qu'humblement agenouillé, je fais face à la tombe de ma mère, le coeur lourd et les yeux humides des rares souvenirs que j'ai encore d'elle. Du bout des doigts, comme par crainte, je viens caresser le marbre, effleurant la courbe de sa joue que ce sculpteur talentueux a su saisir avec justesse, alors que je tente d'ignorer Steve, qui au loin, doit certainement se réjouir et cracher son venin en silence, un sourire aux lèvres. Je bats des cils, prends une légère inspiration et abandonne enfin définitivement les fleurs séchées, qui au sol semblent devenir cendres. La gorge nouée, je peine à entrouvrir les lèvres et le murmure qui finalement glisse d'entre celles-ci est si discret que moi-même je doute l'avoir un jour prononcé.

"Je m'en veux, j'ai l'impression que cela fait des siècles que je ne suis pas venu vous voir... Affronter un nouveau deuil me perturbe sûrement... C'est ce que vous diriez, pas vrai… ?"

Mon sourire se fait plus amer tandis que mes doigts remontent avec crainte jusqu'à la racine de ses cheveux, avant de se perdre sur les pierres précieuses qui ornent le diadème qu'elle portait et qui désormais prend la poussière dans la chambre de mon père. Le souffle plus court, et bercé par l'encens, je me perds dans la contemplation de cette mère qui si n'avait pas cédé aux sirènes du chagrin serait encore à mes côtés pour glisser ses doigts dans mes cheveux et m'assurer que tout va bientôt s'arranger, que la souffrance est derrière-moi et que bientôt, j'aurais ce baiser qui brisera les chaînes qui me retiennent à cette existence misérable qui est la mienne. Elle qui pourrait avoir en cet instant les mots que j'ai tant besoin d'entendre. "Ce n'est pas ta faute…", aurait-elle murmuré, "Je sais que tu ne voulais pas lui faire du mal… Tu l'aimais." Il m'est difficile de respirer et de sourire. Tout se brouille alors je n'ose fermer les yeux, de peur de laisser échapper une larme que je me refuse à laisser glisser le long de ma joue creusée. Mes doigts se crispent autour des siens sans pouvoir s'entrelacer, et frustré de cette distance qu'elle a mis entre nous en décidant un jour de mettre fin à ses jours, j'étouffe un sanglot. Mon front trouve son coeur, et parcouru d'un frisson, je laisse mon souffle caresser le marbre que je réchauffe l'air de rien, entre deux respirations plus ou moins difficiles.

"Je m'en veux de me sentir de plus en plus amer et furieux à chacune de mes visites… J'aimerais…"
Je passe ma langue sur mes lèvres et tente de sourire. "J'aimerais ne pas vous en vouloir… Mais si vous saviez… Si vous me voyiez mère… Que diriez-vous ?"

Tout ne devient que soupirs, alors que j'agrippe presque à elle, désormais incapable de prononcer le moindre mot. J'ai honte de lui en vouloir de m'avoir ainsi abandonné et je sais que si elle me voyait, elle aurait le coeur brisé de voir son propre fils la détester et ne pas comprendre, ou du moins tenter de concevoir, toutes les raisons qui ont pu la pousser à ainsi tendre les bras à ce précipice et à l'océan qui en bas lui promettait sûrement la paix d'esprit qu'elle désirait tant. Si elle savait, elle aurait honte de moi et au lieu de me pleurer, elle aurait sûrement les mots durs et acerbes de mon père et dans la pupille la déception que je voyais parfois teinter les regards pourtant doux de Baldec. Silencieux et bien incapable d'avouer tout ça à la figure de marbre qu'elle est désormais, je me contente de longues inspirations et de nombreux discours et aveux que je garde une fois de plus pour moi. De Baldec, de sa perte et de mon chagrin j'aimerais tant lui parler, mais conscient que la pierre et l'encens ne me rendraient que des échos de mes propres murmures, je ravale tout ce qui macère pourtant au sein de mon être et dans un dernier soupir, j'ai pour le marbre quelques mots à peine prononcés, comme par crainte de les savoir entendu par l'homme qui ose occuper la place de l'homme que j'aimais et dont je n'arrive pas encore à accepter la mort.

"Je reviendrais bien vite… Avant que l'hiver ne m'empêche de venir vous offrir quelques modestes fleurs… Je sais que vous les aimez tant..."

Un sourire au coin des lèvres, je repense aux bouquets maladroits que je lui faisais et devant lesquels elle s'extasiait tandis que mon père disait que j'allais rendre les jardiniers fous. Je me souviens qu'elle les mettait toujours dans un vase avant de l'exposer dans ses appartements, avec la fierté d'une mère qui est simplement heureuse de voir son jeune fils vouloir ainsi la couvrir de cadeaux qu'elle estime être plus précieux les uns que les autres, même si souvent ce ne sont que des babioles ou des petites choses sans importance, ramassés de ci et de là à travers le domaine. Je me souviens des pierres que je trouvais au bord du lac, et qui inlassablement terminaient dans la paume de sa main, des plumes et des fleurs qui trouvaient toujours une place entre ses doigts fins ou dans ses cheveux ébènes. Je me souviens des jonquilles que je tirais de sous la neige qui venait illuminer sa chevelure. Je me souviens de ses sourires, de la caresse de sa joue contre la mienne et des baisers qu'elle déposait parfois sur mes tempes. Je me souviens de tout ça, alors que je me redresse légèrement pour être plus à même d'observer une dernière fois ses traits. D'un battement de cils, je chasse enfin mes larmes, et encore remué par cette entrevue, je me relève enfin, non sans étouffer un toussotement pour ensuite poser sur mon Capitaine mon regard de glace. Agacé de le voir là, à effleurer du bout des doigts des tombes et autres sculptures qu'il n'aurait jamais dû voir, à la place de mon Baldec, je retrousse à moitié les lèvres.

"La visite vous plait Capitaine ? Vous voulez peut-être que je vous fasse un cours d'histoire au passage, ou c'est bon, vous avez terminé de vous extasier devant des choses que vous ne devriez même pas contempler ?"

Je retrouve mon rictus mesquin et en quelques pas, dont l'écho troublent le repos des morts et la surveillance des gargouilles et autres monstres, qui ont pour mission de veiller pour l'éternité sur les ossements de mes ancêtres. Des créatures qui un jour, seront les nouveaux garants de ma tranquillité. Un frisson désagréable dévale le long de mon échine osseuse alors que je passe devant lui, abandonnant derrière-moi autant ma mère et les souvenirs que j'ai d'elle, que les fleurs qui dépérissent désormais au pied de sa tombe. Les pétales roulent légèrement au sol alors qu'un léger courant d'air s'engouffre dans la crypte, dont je passe déjà les portes, Steve sur mes talons. Je relâche la porte sur lui et m'éloigne déjà, prêt à rejoindre le terrain d'entraînement pour être finalement arrêté par une domestique qui s'incline bien bas pour attirer mon attention avant de murmurer un difficile "Messire" pour entamer la conversation. Face à elle je m'arrête et vaguement contrarié de me faire ainsi interpeller, je m'impatiente de la voir reprendre son souffle, elle qui a du courir dans tout le palais pour me trouver. Elle qui a bout de souffle m'apprend que j'ai reçu un bien doucereux présent.

"Votre père… Le roi…" Elle prend une grande inspiration, tout en baissant les yeux pour sûrement tenter de s'excuser de la vision qu'elle m'offre en cet instant. "Il a fait parvenir quelque chose dans votre chambre et… Il se demande pourquoi vous n'êtes pas dans votre chambre, Messire…"

Je hausse un sourcil et croise les bras sur ma poitrine là où elle tremble et s'apprête déjà à se protéger du coup qu'elle pense avoir à subir de ma part. Je me contente d'un soupir et de l'ignorer pour me diriger vers mes appartements. Forcément. Il a dû entendre parler de la petite humiliation d'hier et ne voulant pas que je recommence à me promener un peu partout dans le château, il faut qu'il commence à ordonner au personnel de veiller à ce que je reste entre mes quatre murs, sûrement en donnant comme excuse aux domestiques qu'étant faible et susceptible de me faire mal, il valait mieux que la petite perle fragile que je suis reste sagement dans son écrin, jusqu'au jour où elle pourra monter sur le trône. Tu parles. C'est surtout bien plus pratique de confiner son fils que l'on souhaiterait voir mort plutôt que de s'attirer la colère du peuple en le tuant. Car c'est bien la seule chose qui me sauve, que je ressemble tant à ma mère que le royaume tout entier me porte dans son coeur et serait dévasté de me savoir à mon au fin fond d'une crypte… Et étant son seul enfant légitime… Il se doit de me maintenir en vie. Les lèvres pincées, Steve à mes côtés, je remonte les couloirs du palais jusqu'à ma chambre dont j'ouvre la porte en grand. Dans ce mouroir, je m'engouffre pour trouver sur mon lit parfaitement fait, une nouvelle cape et dans un écrin ouvert, une couronne. Un son glisse d'entre mes lèvres alors que froissé de trouver de tels cadeaux, je me retrouve tout de même à effleurer du bout des doigts l'immense cape blanche, ornée d'un col de fourrure de renard polaire et dont en filigrane d'or, on peut voir autant des roses qu'un immense dragon. Sans un mot, je viens la placer sur mes épaules et soupire doucement en voyant le travail délicat et somptueux des artisans qui ont du passer des nuits sur cette merveille qui élégamment recouvre ma frêle silhouette. Mes doigts se referment sur les pans de celles-ci et agacé, je crache entre mes dents.

"Forcément… Les fêtes du solstices d'hiver approchent alors il me faut être beau pour la foule."

Furieux, j'attrape entre mes doigts la couronne d'or blanc, qui représente deux dragons entrelacés au milieux d'un rosier dont les fleurs, elles, sont couvertes de feuilles d'or. Quatre saphirs composent les yeux des monstres et ont un éclat désagréable qui me fait, d'un geste rageur, jeter cette chose sur mon lit, qui est bien rapidement accompagnée par cette cape que je roule au préalable en boule.

"Quelles stupides cadeaux… Comme si j'avais besoin de ça. De ses…."


Je montre les dents, perdant subitement mon calme, alors que je sens mon sang dans mes veines bouillir. Je savais. Cela faisant bien longtemps qu'il ne s'était pas fendu d'un cadeau de ce genre. Un de ceux qui me rappelle que je suis sa petite chose qui se doit de faire ce qu'il veut, quand il le veut. Furieux j'attrape un plat que j'envoie se fracasser contre l'un des murs de ma chambre. Un hurlement m'échappe alors que se répand sur le sol fruit et éclats de porcelaine.

"Il a osé ! Oh oui, faisons du souffreteux une belle petite chose que l'on va pouvoir exposer aux yeux du peuple ! Une jolie marionnette ! Un beau pantin que l'on fait danser devant la foule mais qu'on garde enfermé le reste de l'année !"

Un coupe vole à son tour à travers ma chambre avant que je n'attrape ces maudis cadeaux, poussant Steve d'un coup de coude pour me diriger vers les appartements de mon père.

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Mar 20 Déc - 23:01
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Stucky
Je sais que le simple fait de respirer le même air que lui l'insupporte, et que s'il avait le choix il aimerait qu'il y ait plusieurs airs. Un pour nous, le bas peuple, un pour les nobles, qui composent sa cour de pique-assiettes oisifs dont la seule occupation est de s'empiffrer, se poudrer, et d'échanger des ragots tout en se poignardant dans le dos, et enfin un air pour lui, le prince. Oh oui s'il pouvait je suis sûr qu'il m'interdirait même de respirer, pour ne pas que ses royales narines ne viennent à faire passer l'air qui sortirait des poumons d'un simple garde... Alors...pourquoi m'a-t-il fait venir? Et rester? Derrière sa pique, que cache-t-il? Après tout il aurait pu me planter en haut des escaliers où j'aurais sagement attendu en contemplant les vitraux et les sculptures, et je l'aurais laissé faire ce qu'il a à faire là-dessous. Alors pourquoi? Aurait-il souhaité que je le voie ainsi? Je n'en ai aucune idée...

Me voilà donc tout de même là, dans la crypte, là où personne ne peut entrer à part la famille royale, et je surveille de loin notre bon petit prince qui rend visite à sa mère. Sa chère et douce mère... J'aurais la connaître, avoir l'occasion de la cotoyer, même un peu, pour voir si elle était aussi rayonnante et bienveillante que les rumeurs le disent. Si son sourire avait bien le don de vous faire vous sentir exceptionnel, précieux et unique. Si elle avait une parole agréable pour chacun... J'aurais aimé pouvoir le découvrir moi-même, plutôt que de me contenter d'histoires qui à force en sont presque devenues des légendes. La reine si belle et si triste. La reine qu'un chagrin inconnu avait poussé à se jeter du haut d'une falaise, bien qu'à la cour, on ait toujours dit que c'était un accident. Si cet "accident" était intervenu plus tard, maintenant, enfin une fois que le prince est devenu un homme j'aurais pu comprendre que de voir son fils devenir un tel être imbuvable, égocentrique, capricieux et méchant aurait pu la pousser à commettre cet acte triste et surtout interdit, mais à ce qu'on m'a dit le prince n'avait que quatre ou cinq ans, et était un petit garçon adorable. Comment peut-on vouloir mettre fin à un destin de reine, à son rang et son prestige, surtout quand on sait que le roi et elle s'aimaient sincèrement, et que le destin leur avait offert un fils... Cela demeure toujours un mystère...

Je pense à tout cela alors que je vois son corps trop maigre, sa tête et ses mains apparaissant démesurément petits alors qu'ils dépassent de son pourpoint d'entrainement de cuir, et que j'entends de loin ses murmures, portés par ces pierres qui ont entendu bien des prières au fil des siècles. Puis il tend la main vers la gisante, et effleure tendrement ses traits, ses cheveux, et pendant une seconde, une brève seconde, j'entrevois qu'il y a autre chose. En cette minute je vois le petit garçon qui n'est pas encore arrivé à accepter totalement que sa mère est partie, et qui a encore tant besoin d'elle, prince ou pas prince... A son regard et à sa façon de toucher la statue je devine à quel point elle lui manque, et à quel point sa mort a laissé un vide dans sa vie. Il n'est pas comme les autres personnes qui se recueillent sur une tombe par obligation, plantés devant, raides comme des piquets, et attendant qu'un certain nombre de minutes ce soit passé pour que la bienséance les autorise à partir. Lui a envie d'être là et dans un sens, besoin, également. D'ailleurs plus les secondes passent plus il a l'air d'être sur le point de craquer. Et intérieurement, je me questionne : quoi faire dans ce cas? S'il se met à pleurer et à hurler, que dois-je faire? Un mot gentil? Au contraire rester de marbre? Et pendant une seconde je me dis qu'à ses yeux de toute façon je vais avoir tort, quoi que je choisisse de faire... Mon oreille surprend ces paroles, plus fortes que les précédentes et je comprends que notre visite est terminée. Bien... le pire cas de figure n'aura pas eu lieu et c'est tant mieux. Et en effet il se relève et revient vers moi, la tête trop haute et le regard dédaigneux même si je vois bien à ses yeux rouges et ses joues brillantes qu'il a pleuré.

Je me retiens de soupirer à ses premières paroles, tout comme de hausser les yeux au ciel. Par les dieux si seulement tu pouvais utiliser autant d'énergie pour des choses positives comme devenir un bon roi, apprendre la compassion et le respect, plutôt que d'utiliser chaque parcelle de ton souffle bien trop faible à me rappeler que c'est un honneur que de fouler la même terre que la tienne et que je devrais baiser le bas de ta traine rien que parce que j'ai la chance que tu me gardes en vie? Attention cher prince...attention. Tu es peut-être de sang bleu, mais c'est tout de même du sang qui coule dans tes veines. Et qu'au moins une fois par jour tu dois t'asseoir sur une chaise percée, comme nous tous, et que ce qui reste après ton passage sent tout sauf la rose. N'oublie pas, petit prince, qu'il est malaisé de regarder de haut ceux qui changent les draps que tu souilles et les bassines que tu vomis parce que tu n'es pas capable de lever tes royales fesses à temps. Rappelle toi qu'on a dû te changer tes langes un jour et que tu as bavé sur bien des choses...

J'étais simplement heureux de pouvoir admirer des statues et des vitraux aussi beaux messire. Je ne faisais que rendre honneur à tous les artisans qui ont oeuvré ici pour créer ce lieu si majestueux...

Et je le suis à nouveau, ma longue cape frôlant mes chevilles alors qu'on remonte l'escalier qui mène à la crypte, et qu'on retrouve la chapelle, puis la cour. On arrive au terrain d'entrainement et je souris. Là est mon élément. Là j'ai une totalement maitrise de ce qui s'y passe, et surtout, je suis bien meilleur que toi. Tout impatient à l'idée de lui donner une leçon d'humilité je soupire quand un serviteur vient interrompre les réjouissances avant que ces dernières n'aient commencées, nous signifiant qu'il est déjà temps de retourner nous enfermer par cette belle journée d'hiver. Je serre les dents et l'escorte jusqu'à ses appartements, découvrant les présents somptueux de son père sur son lit. Et sa première réaction me laisse sans voix, enfin...dans l'hypothèse qu'un jour j'aurais pu avoir mon mot à dire. Au lieu d'être flatté, je voilà qui trouve encore à redire... Est-ce qu'un jour j'aurais le privilège d'entendre quelque chose qui ne soit ni une moquerie ni une critique? J'en doute... La couronne subit le même sort, avant de les laisser retomber sur le lit, et avant que je réalise ce qui se passe, le voilà qui a déjà envoyer une coupe de fruits se briser contre le mur.

Messire que vous arrive-t-il? Votre père cherche simplement à ce que vous soyez à votre avantage pour cette fête...

Je n'ai pas fini ma phrase qu'une coupe vole à son tour, et je reste figé de surprise une seconde quand je le vois quitter sa chambre en trombe. Mais... dieu du ciel... Je le rattrape en quelques enjambées, silencieux, mais sentant sa fureur contenue durant tout le trajet jusqu'au bureau du roi. Il entre sans même toquer à la porte, la couronne et la cape sous le bras, et je me glisse derrière lui, craignant déjà ce qui va suivre. Le roi sursaute alors qu'il entend le bruit que fait son fils et lève lentement le nez des décrets et autres parchemins qui encombrent sa table.

Mon fils, rappelle-moi, as-tu été élevé parmi les porcs? Je me pose la question lorsque je vois que tu n'es même pas capable de frapper à la porte. Mon bureau n'est pas une taverne.

Il le fusille du regard, la plume en l'air.

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Mer 21 Déc - 13:19

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Furieux, le sang bouillant, je remonte les couloirs du palais en maudissant ce père qui, une fois de plus, se paye un petit plaisir coupable en venant me couvrir de cadeaux pour me rappeler que depuis des années, je suis qu'un magnifique pantin qu'il expose, de temps en temps, aux yeux du peuple pour s'attirer sa sympathie, quand il ne se contente pas de l'enfermer dans sa chambre et de répandre la rumeur que son fils adoré est souffrant, quand en réalité, il tente simplement de se remettre du changement trop brutal. Steve sur les talons, je passe devant des domestiques, des courtisans, qui tous me jettent des regards remplis d'incompréhension et de questions. Des interrogations que j'ignore et me refuse à imaginer tandis que j'effectue une entrée fracassante dans les appartements de mon père, le dérangeant visiblement en pleine signature de décrets et d'autres paperasseries qu'il se réserve. Sans me démonter face au regard assassin qu'il me jette, je m'approche de son bureau, non sans l'ombre d'un sourire bien amer aux lèvres quand il commence déjà à me houspiller, sûrement dans l'espoir de tempérer la colère brûlante qu'il voit faire ses ravages en mon être. Mon coeur fragile cogne une fois de plus dans ma poitrine et quand j'arrive enfin à hauteur de son bureau, je m'autorise une réponse acide en diable, dans l'espoir de lui faire comprendre que je suis peut-être trop âgé pour ce genre de stratégies de sa part.

"Allons ne blâmez pas les porcs… Vous êtes celui qui m'avez élevé et malheureusement, ce que vous constatez aujourd'hui est le fruit de votre éducation, père."

Vois-tu que je ne suis plus l'enfant que tu pouvais enchaîner le soir dans un donjon glacé et qui se recroquevillait à la moindre de tes réprimandes ou à chaque fois que tu haussais le ton ? Le vois-tu ou me penses-tu faible ? Ce serait t'insulter que de penser que tu me vois encore comme un enfant, père… Mais je sais que tu as la fâcheuse tendance à me penser soumis et encore bien incapable de m'adonner aux mêmes jeux pervers que toi.. Tu penses que je suis encore un enfant, un être qui n'a pas l'éclat d'intelligence suffisant pour comprendre le fonctionnement complexe des rouages du mécanisme des jeux perfides de la Cour. Tu penses que je ne suis pas assez fourbe ou du moins, pas aussi bon que ça que toi… Mais voilà, les années de captivité et la rancoeur m'ont donné les cartes qu'il me manquait pour devenir l'adversaire redoutable que je suis aujourd'hui. D'un mouvement dédaigneux au possible, je relève quelque peu le menton, carre les épaules et gonfle la poitrine, tentant sûrement en vain, de paraitre menaçant quand au final, je dois juste avoir l'air ridiculement frêle.

"Mais je ne suis pas là pour vous inonder de reproches, non, je suis juste venu vous rendre ceci."

Du bout des doigts, et presque avec dégoût, je lui tends la couronne et la cape que je me refuse à porter pour ses fêtes ridicules qui n'étaient plaisantes qu'à l'époque où ma mère était encore de ce monde, et qui maintenant sont justes des prétextes pour me faire porter des tenues plus ou moins somptueuses qui étrangement me féminisent au fil des années. À tel point que l'année précédente, j'ai même eu le droit à une couronne de houx, un peu de craie sur les cheveux pour les blanchir et sur le visage quelques notes de peintures rouge. Et si tout le monde avait salué la beauté et l'originalité de ma tenue, je me refuse de me prêter à nouveau à ce petit jeu ridicule. Je n'ai plus l'âge d'être déguisé en l'un des esprits païens ou tout droit sortis de contes et de légendes d'un autre temps. Un sourire insolent se glisse sur mes lèvres et en un murmure délicieux, je reprends.

"Ce n'est pas pour moi, je crois... Mais plus pour la courtisane que vous tentez d'attirer dans votre lit. Vous veillerez à lui rendre, je vous prie, et la prochaine fois, à ne pas vous tromper quand vous tentez d'être charmant avec elle. C'est dérangeant et d'assez mauvais goût."

Je dépose le tout sur son bureau avant de lui offre un dernier sourire et de tourner les talons, faisant signe à Steve de me rejoindre.

"Surtout qu'en plus…" Je poursuis, sans cesser ma marche, me contentant d'hausser le ton, regardant fièrement devant moi. "Vous m'avez empêché de mener à bien mon entraînement du matin." Et sur ce, je pense ainsi donc faire ma sortie triomphale, ayant l'impression d'avoir réussis à terrasser un dragon quand dans les faits, je n'ai fait que l'agacer.

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Ven 23 Déc - 15:33
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Par les dieux je deviens fou intérieurement à le voir dédaigner les présents de son père, et à les traiter comme si ce n'étaient que de vulgaires babioles. La cape seule permettrait à tout mon village de vivre pendant au moins un an, et la couronne, deux ou trois générations. Ce sont des cadeaux dignes d'un roi, des présents hors de prix,raffinés et précieux, que lui jette comme si ce n'étaient que de simples fruits pourris. Mes lèvres me brûlent de lui dire que si ça ne lui plait pas, je serais heureux de l'en débarrasser et ainsi assurer la prospérité de tout mon village, voire du canton tout entier. Mais évidemment le prince en décide autrement et me voilà à devoir le suivre docilement jusqu'aux appartements du roi. Et avant que je ne puisse réagir, le voilà qui entre chez lui sans oser frapper, et je reste impuissant derrière lui, me contenant de me tenir très droit et de croiser mes bras derrière mon dos, baissant les yeux et essayant à travers tout cela de dire ''Je n'y peux rien et je n'ai rien pu faire...'' et je prie pour que je ne me fasse pas taper sur les doigts pour n'avoir pas su tenir son fils chéri en laisse. Le roi se fige, repose sa plume avant de houspiller son fils d'une voix étonnamment calme avant de baisser à nouveau les yeux vers le parchemin qu'il était en train d'étudier.

Sur le coup je ne sais pas comment réagir. Soupirer de soulagement car la tempête que je craignais ne se déclenche pas? Ou craindre davantage qu'un ouragan se déchaîne? Et la réponse ne se fait pas attendre. A peine le prince a-t-il ouvert la bouche que mes yeux s'agrandissent de surprise en l'entendant. Comment ose-t-il? De son vivant je n'aurais jamais osé dire pareilles choses à mon père, mais lui est en face de son père mais aussi du roi! Je les regarde, ébahi alors que le roi se lève lentement, majestueux et pourtant menaçant, et à cet instant je sens que les choses vont mal tourner...

Voilà que le prince en rajoute encore, tendant les riches cadeaux avec mépris avant de reprendre son persiflage qui me fait serrer les dents. Mais celui qui m'étonne le plus est le souverain. Il reste imperturbable, même quand son propre fils l'accuse de lui donner des présents qu'il aurait destiné à une maîtresse. J'ai l'impression que tout mon sang a quitté mes veines en entendant ses accusations aussi graves, et je ne réagis même pas, trop surpris, quand il tourne les talons, espérant ainsi soigner sa sortie.

Sauf qu'à la dernière seconde, le roi ouvre enfin la bouche.

James.

Un mot, un seul, prononcé à peine plus haut qu'un murmure mais qui suffit à ce que le prince se tourne. Leurs regards se sont à peine croisés que la gifle part, sèche et violente, et je vois James chanceler l'espace d'une seconde, avant que son père ne le saisisse par le col.

Ecoute-moi bien espèce de petit ingrat. Pour qui te prends-tu? Hein? Tu n'es rien, absolument rien à part un gamin geignard qui ne sait rien faire de ses dix doigts à part boire trop de vin et être arrogant et suffisant au possible. Tous tes privilèges, tu ne les as que parce que je suis roi, et que je daigne t'en faire profiter. Tu entends? Tu manges parce que je suis assez bon pour te faire porter un repas. Tu marches vêtu parce que je suis assez généreux pour te faire porter des tenues, luxueuses qui plus est. Tout cela tu me le dois. Et qu'est-ce que je demande en échange? Le respect et la considération. Ce n'est que peu de chose, en comparaison de tout ce que je te donne. Mais il faut croire que c'est encore trop demander. Alors tu vas apprendre. Tu vas apprendre ce que c'est que de vivre comme ceux qui n'ont rien, et que tout ce que tu as ne t'es nullement garanti. C'est un privilège, pas une obligation.

Il le repousse brusquement pour qu'il chute sur le tapis posé devant le bureau et reprend en retournant s'asseoir à son bureau.

Quand je te vois, quand je vois le jeune homme que tu es devenu, je me dis que ta mère a eu raison de se suicider. Elle n'aurait pas supporté de voir son fils chéri devenir...ça. Une déception. Maintenant j'en ai eu assez, je n'ai plus envie de supporter ta présence. Du vent. Rogers, ramenez le dans ses appartements.

Je sursaute alors qu'on s'adresse enfin à moi et il me faut une seconde pour hocher la tête et dire d'une voix peu assurée.

B...bien messire. J'y veillerai.

Je veux me pencher pour l'aider mais il repousse ma main et me crache qu'il n'a pas besoin d'aide. Je recule alors d'un pas et avant qu'on franchisse le seuil, j'entends les dernières paroles du roi.

Je te sacrifierai dix fois si ça pouvait me permettre de la retrouver elle...

Les lèvres pincées je suis le prince jusqu'à ses appartements, et sans trop savoir quoi faire une fois de retour, je me contente de regarder les jardins par la fenêtre.

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Ven 30 Déc - 13:16

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Il lui suffit d'un mot, pour me couper le souffle et faire se déverser dans mes veines, le puissant poison qu'est la peur. Il lui suffit d'un prénom, de quelques syllabes qui lui sont devenues familières au fil des années, et voilà qu'il me tient de nouveau en laisse. Il glisse sur mon échine osseuse un long frisson de crainte tandis que lui, parfaitement conscient que désormais pétrifié par la terreur je ne lui échapperais pas ni ne cracherais mon venin à son royal visage. Il sait. Il me connait. Il a, avec les années, appris à étudier ma façon de bouger et lui, contrairement au reste des bouseux qui se pensent mériter mon attention, lui voit dans mes sourires, dans ma façon de carrer les épaules ou de laisser un rictus ourler mes lèvres, les différentes nuances de la peur et du désespoir. Lui seul sait voir dans mes sourires la peine. Lui est l'élu qui sait lire en moi et qui en cet instant, où tel un des quatre cavaliers de l'Apocalypse, s'approche de ma personne qui se fait frissonnante et inquiète. Lentement et avec au ventre cette certitude qui me hurle qu'il ne sera pas tendre sa réaction. Nos pupilles se croisent et avant même que je n'ai le temps de contempler la colère dans ses prunelles, il me vole une fois de plus le souffle en m'assénant une puissante gifle, qui en plus d'abimer ma lippe blafarde, me fait chanceler et bien avant que je n'ai le temps de chercher à me rattraper à Steve, mon père m'attrape par le col pour me forcer à lui faire face et à subir le flot de haine qui se déverse d'entre ses lèvres. Les genoux tremblants, le coeur affolé et la lèvre légèrement enflée, je me retrouve à devoir subir la colère d'un père qui depuis longtemps, regrette d'avoir eu un fils. Les mots qu'il a pour moi sont des vérités que je connais et pourtant, comme si c'était la première fois que je les entendais, j'arrive à être blessé. De ces mots qui sont comme du verre pilé qu'il me force à avaler, j'arrive encore à tirer de ce discours que j'ai maintes fois entendu les reproches et la haine d'un homme qui a dû céder la femme qu'il aime à la mort et au désespoir. Dans ses paroles, j'y trouve encore ma propre culpabilité, qui en une vieille amante, vient glisser ses doigts ur ma peau et me murmurer que j'aurais dû être celui au bord de cette falaise… Les yeux écarquillés et rendus humides par les larmes qui ne demandent qu'à couler, je fixe bêtement mon père, qui doit jubiler de me voir enfin muet et dépourvu de la moindre répartie cinglante. Lui qui d'ailleurs, pour célébrer sa victoire me repousse violemment et me laisse chuter au sol, me faisant terminer presque à genoux sur son tapis finement ouvragé. La tête basse, les lèvres entrouvertes, j'ai l'impression d'étouffer là où lui savoure sa victoire. Une larme, discrète et fugace, glisse rapidement sur ma joue tandis qu'avec l'envie d'hurler sur le coeur, j'écoute les lames qu'il plante dans mon dos du bout de ses lèvres. Il ramène toujours tout à mère, parce qu'il sait qu'elle est ma faiblesse… La seule pour qui je pleure. La seule pour qui je me sens coupable. La seule qui, avec Baldec, avait encore mon coeur. J'étouffe un sanglot, ravale mes larmes, et quand Steve s'approche, dans l'espoir de bien se faire voir auprès de mon père en jouant le chien, je le repousse de ma main et siffle difficilement.

"Je peux me débrouiller seul !"


Un tremblement secoue mon être, et difficilement, je peine à me relever, la lèvre encore humiliée de ce  coup puissant qu'il m'a été porté, et à ne pas chanceler. Même si ma dernière transformation remonte à quelques jours, mon corps reste faible. Je fais quelques pas, peine à adopter une marche qui me rendrait digne, et alors que j'atteins enfin la porte de ses appartements, il assoit sa victoire d'une dernière phrase. "Je te sacrifierai dix fois si ça pouvait me permettre de la retrouver elle." Mon coeur cesse de battre tandis que se brise en moi quelque chose. Je me raidis là où toute trace de sang quitte mon visage et qu'une puissante nausée me saisit. Il ne m'a jamais aimé. Jamais. Je n'ai été qu'un paquet de linge encombrant et même quand je devais encore être dans le ventre de ma mère, il devait déjà prier pour qu'à la naissance, je meurs d'une mauvaise grippe. Mon père ne m'aime pas. Malédiction ou pas, il me hait. Je ravale tout, lève le menton et faussement digne, je n'ai qu'un murmure qui peine à traverser mes dents serrées avant que je ne passe la porte pour m'enfuir d'ici.

"Pourquoi ne pas avoir sauté avec elle alors ? Vous l'auriez retrouvé plus vite et vous n'auriez pas eu à me supporter."


Je me fous de savoir si Steve me suit, j'avance simplement dans les couloirs, le coeur à vif, les joues baignées de larmes que je peine à cacher. L'humiliation fut cuisante et entre deux reniflements que je ne peux retenir plus longtemps, je maudis l'homme portant l'armure d'un autre qui me suit… L'homme qui aurait pu intervenir mais qui a préféré se réjouir du spectacle qu'on lui offrait… Lui qui va sûrement dès ce soir, raconter à l'intégralité de la garde de quelle façon le petit prince capricieux s'est fait corrigé par son père. Tu feras ça, n'est-ce pas ? Oui, j'en suis sûr. Ce sera ta petite vengeance, de raconter à tout le monde que le prince pleure comme un gamin et qu'il se fait éclater la lèvre comme une pute sur le port. Tu en riras, tu t'en réjouiras et le lendemain, toi aussi tu me jugeras et me mépriseras. Je le sais. En grand j'ouvre la porte de ma chambre et sans un mot, je la lui claque au nez, ne voulant pas être dérangé et encore moins vu. Au sol je m'écroule et enfin, me pensant protégé par la lourde porte en bois, je m'autorise un cri. Un hurlement puissant et déchirant qui devient un sanglot désespéré au fil des secondes, tirant même sur un gargouillement de bête mourante sur la fin. Les larmes deviennent amères et brûlantes sur mes joues, alors que recroquevillé sur la pierre froide, je sanglote ainsi pendant une bonne heure, jusqu'à être abruti par la fatigue. Je ferme les yeux et soupire doucement, la joue collée contre le sol. J'ai l'esprit noyé dans du coton et un bourdonnement à mes oreilles m'empêche de réellement prendre conscience du monde qui m'entoure. Je tente de fermer les poings mais ça me semble trop compliqué. J'ai l'impression d'être drogué. Je bats des cils une fois de plus, alors que j'entends la porte s'ouvrir derrière-moi. Un murmure m'échappe.

"Baldec…"


Je tente un sourire pitoyable mais rien ne vient, rien ne semble se dessiner sur mes lèvres luisantes de larmes et de salive. Les yeux clos, je continue de marmonner son prénom alors qu'on me soulève et que faiblement je me débats. Je vais bien. Mais personne ne m'entends. Alors que je bafouille des choses qui n'ont pas de sens, que je recommence à sangloter, l'inconnu qui me porte contre lui avant de m'allonger dans mon lit. Je me laisse faire, le souffle encore court et le corps frissonnant. Il défait le haut de ma tunique, écarte les mèches de mes cheveux de mon visage et me recouvre de la fourrure qui recouvre mes draps. Sous la pelisse de loup, je me recroqueville et alors qu'il disparait, laissant place à des servantes qui commencent à s'affairer dans ma chambre, je sombre dans un profond sommeil.

J'entends la mer au loin, je vois son sourire. Ses lèvres forment mon prénom pour la dernière fois tandis que dans ses mains, je glisse un bouquet de fleurs sauvages qu'en compagnie de ma nourrice et de quelques gardes, je suis allé cueillir. Elle me remercie, me dis que je suis adorable. Elle glisse une main dans mes cheveux. Je ris pour elle, avant qu'elle ne me dise que je devrais aller montrer tout ça à mon père. Elle me pousse gentiment, me dit de filer et de courir comme un fou pour le trouver. Je trouve ça amusant, je m'élance. Je manque de tomber plusieurs fois dans l'herbe grasse tant je suis pressé. Je veux me retourner pour croiser son regard et peut-être avoir le droit à un sourire mais c'est le vide que je contemple alors. Le vent caresse l'herbe, soulève les pans de ma cape et plus rien. Mère n'est plus là, et on ne me laissera plus jamais la voir. Un murmure glisse d'entre mes lèvres et se perd au milieu du chant des vagues. Je souhaite recommencer à courir mais par la taille on me saisit avant de me couvrir les yeux. "Je suis désolé mon Prince…" me murmure ce Baldec qui à l'époque n'avait que tout juste vingt ans.

Je m'éveille en sueur à l'idée qu'il ait pu entrer au service de ma famille à l'âge que j'ai aujourd'hui. Le souffle court et le coeur encore fragile, je me redresse et passe sur mes mains mon visage, non sans frissonner face à l'absence de la douce fourrure qui jusque-là réchauffait mes os et ma chair malade. Je grogne un peu et découvre alors que ce n'est pas la seule chose qui manque dans ma chambre. Le souffle en suspend et les lèvres entrouvertes, je découvre alors avec effroi que mes affaires il ne reste plus rien, à part mon lit et une tenue en lin grossière qui est posée au bout de celui-ci… Même de ma tenue d'entraînement il n'en reste rien, à part mes dessous qui me recouvrent à peine. Une bouffée de rage mêlée de honte me saisit alors que je me glisse sous mes draps, ordonnant alors à Steve de se présenter à moi.

"Capitaine !"

J'attends qu'il entre avant de commencer à lui cracher ma colère au visage, exigeant des explications alors que je suis toujours allongé dans mon lit, à lui dévoiler mon torse maigre à souhait, qui se soulève au rythme de ma respiration accidentée.

"Vous avez cinq minutes pour m'expliquer ce qu'il est advenu de mes affaires et de mon mobilier."

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Dim 1 Jan - 10:05
Le trône du dragon.
Stucky
J'avoue que je mentirai en disant que je ne suis pas content de la leçon que le roi lui donne. J'avoue que oui, je jubile, retenant mon sourire quand il lui rappelle qu'il n'est qu'un gamin arrogant, prétentieux, pourri gâté, et méchant de surcroit. Je me retiens de sourire parce qu'enfin quelqu'un s'oppose à lui parce qu'il en a le pouvoir. Parce que c'est le roi et c'est la seule personne qui lui est supérieure. Je me retiens de sourire mais étrangement la satisfaction ne dure pas. Pourquoi? Parce que la leçon vire bien trop vite au règlement de comptes et le venin remplace rapidement la leçon de morale. Tout mon plaisir s'envole alors que le ton du roi change radicalement et qu'au lieu de le sermonner il devient méchant et les mots qu'il lance à son fils me font grincer des dents. Même pour le prince, il lui tient des propos très durs, l'accusant même du suicide de la reine. D'ailleurs jusqu'à présent la version que j'avais toujours entendue était celle d'un accident, la reine aimant cueillir des fleurs et elle a malencontreusement chuté au bas de la falaise. C'est ce que je croyais, jusqu'à cet instant, et je hausse un sourcil. Comment peut-il accuser son fils d'avoir poussé sa mère au suicide alors qu'il ne devait avoir que...quatre? Cinq ans? C'est totalement injuste, aucun enfant ne peur faire ça, surtout qu'au fil des années, en discutant avec les domestiques les plus âgés du chateau, j'ai appris que James était un petit garçon que tout le monde adorait, surtout sa mère. Sur le moment, ces propos me semblent aussi faux qu'injustes.

A quelques pas de mois je vois le prince pâlir sous ses accusations et une larme roule sur sa joue alors qu'il se retrouve sur le sol à cause du geste du roi. Et alors que je me penche pour l'aider à se relever, il m'aboie de le laisser seul. Je recule sagement, les yeux baissés, et je laisse la tempête éclater devant moi, follement mal à l'aise. Je n'aurais pas dû entendre tout ça. Je n'aurais pas du assister à ça. J'aurais dû ignorer ce qui s'est dit et que cela ne reste qu'entre eux. Pourtant... pourtant ceci est également un rappel de ma condition. Je ne suis rien, je ne suis pas mieux qu'une tapisserie ou un fauteuil. J'existe à peine à leurs yeux, au point que le roi n'a même pas daigné me congédier, et il sait très bien que si le moindre détail de cette discussion se répand, il trouvera vite le responsable et je le paierai cher. Il ne semble se rappeler de moi que pour m'ordonner de ramener le prince dans ses appartements, et je m'exécute.

Sauf que sur le point de sortir, le voilà qui malgré ses larmes ne veut pas perdre la face, ne veut pas laisser le dernier mot de cette conversation à son père. Une dernière bravade. Un dernier sursaut de courage ou de fierté, dans une tentative de lui prouver que ses mots ne l'atteignent pas, même si ses joues brillantes disent fort bien le contraire. Je prince les lèvres en entendant son attaque. Il a osé. Il est comme un chien blessé qui va montrer les dents et mordre quiconque s'approche de lui, même si c'est la chose la plus bête à faire sur l'instant. Anthony ne lève même pas les yeux de son parchemin et ne conclut cet affrontement violent qu'avec un mot.

Dehors.

Sans rien ajouter je suis le prince qui s'est remis sur ses pieds tant bien que mal et qui avance rapidement dans les couloirs heureusement déserts. Il me précède mais même sans voir son visage je sens qu'il a été durement affecté par les paroles du roi, et je le comprends. Ses mots ont été plus durs que toutes les gifles qu'il aurait pu lui administrer, et personne ne méritait de telles accusations, surtout utiliser la personne de sa défunte mère pour lui asséner des vérités qui n'en sont pas. Brusquement, alors que seul le bruit de nos pas résonne dans les couloirs et les escaliers, j'éprouve de la peine pour lui. Pour la première fois depuis que je suis à son service j'entrevois ses relations avec son père, et la façon dont il le traite. James est loin d'être parfait certes mais... ses fautes n'ont pas justifié de telles paroles, et une telle réaction. Et à sa place, si ma mère m'avait accusé de la mort de mon père, ce qui est totalement faux, je crois qu'une partie de moi se serait brisée... comme lui, à cet instant. Et je me sens idiot à le suivre bêtement, sans savoir quoi dire ou quoi faire. J'aimerais lui montrer que dans cette histoire, je suis plus de son côté que de celui du roi mais les mots me manquent. Blessé comme il est, je crois que je n'aurais de toute façon droit qu'à une répartie cinglante dont il a le secret...

Avant que je ne réalise ce qui se passe, la lourde porte de sa chambre se referme devant moi, et je reste planté comme un idiot dans le couloir désert. Je soupire et m'assieds sur le banc, mon coeur se serrant en entendant un cri de bête blessée suivi de ses sanglots de plus en plus forts derrière le morceau de bois qui nous sépare. Le pauvre. Je ne pensais pas avoir cette pensée un jour et pourtant ça y est, et elle est sincère... Pendant un long moment je l'entends ainsi pleurer, de moins en moins fort, avant de ne plus rien entendre du tout. Ce qui étrangement me fait m'inquiéter davantage. Lui serait-il arrivé quelque chose? Il était dans un tel état que c'est à envisager... Je soupire, et toque doucement, sans réponse. Alors, quitte à me faire taper sur les doigts, j'ouvre la porte et le vois recroquevillé sur la pierre froide dans un spectacle qui fait se serrer mon coeur. Tu n'es qu'un enfant et la punition a été bien trop dure pour ton jeune âge... Je m'approche et le soulève facilement dans mes bras. Je suis surpris qu'il soit aussi léger et alors que j'avance à pas lents vers son immense lit, je l'entends répéter encore et encore le prénom de celui que je remplace, Baldec. Pourquoi a-t-il ce nom là aux lèvres après ce qui s'est passé? Je me rappelle alors d'autres rumeurs que j'ai entendues sur lui, sur eux. Qu'ils étaient proches, extrêmement proches et complices...et surtout, que Baldec n'avait jamais droit à une remarque cinglante ou grinçante. Certaines mauvaises langues insinuaient même qu'il se tramait d'autres choses entre eux...

Il se débat et je le rassure doucement "Chuuuut...chuuuuut...tout va bien...tout va bien... je suis là..." par chance mes mots semblent l'apaiser et il s'abandonne dans mes bras. Je l'allonge sur son lit, ouvre les quelques boutons qui ferment son col et le recoiffe presque tendrement, ce qui me surprend. J'ôte ses bottes et le couvre des épaisses fourrures qui recouvrent son lit, mettant son corps glacé au chaud avant de remettre du bois dans le feu et le veiller pendant de longues heures. D'ailleurs, alors que je contemple rêveusement les flammes, somnolant presque, j'entends la porte s'ouvrir et je vois deux, puis trois, puis quatre servantes et serviteurs qui avancent timidement, ce qui me fait froncer les sourcils.

Sire Rogers, le roi a ordonné qu'on retire de la chambre du prince tout ce qui n'est pas absolument indispensable...
Comment ça?
Il... il a demandé à ce qu'on ne lui laisse que son lit et une chaise. Pour lui apprendre...l'humilité à ce qu'il a dit.


Je n'ai pas de mots, et avant que je réalise ce qui se passe je vois un étrange ballet commencer, ou les uns après les autres les objets disparaissent de ses appartements luxueux. Les livres disparaissent, entassés dans des paniers, tout comme la verrerie, ses coupes, le jeu de dames, puis les chaises. Les coffres où il entrepose son linge, et du renfort arrive pour sortir la lourde armoire qui renferme ses précieuses tenues. J'assiste à ça, impuissante et fasciné de voir la vitesse à laquelle la pièce est vidée, et en une poignée de minutes, il ne reste plus que le lit, une chaise, et c'est tout. Mais non. Quand la dernière servante reprend les fourrures qui recouvrent le prince, je mets quelques secondes à réaliser avant de la poursuivre dehors.

Rendez moi ceci, le prince en a besoin.
Mais j'ai...
Oui je sais, mais dites au roi que son fils est malade et que son état va empirer s'il ne reste pas au chaud. Et ramenez du bois de chauffage.
On a ordre de...
De ne pas le chauffer non plus? Allons bon, vous ne voulez pas le faire mourir non plus! Rendez-moi ça et allez me chercher ce que j'ai demandé.


Elle file et je m'en veux d'avoir été si froid...mais la décision du roi me laisse sans voix. S'il s'était cantonné à la leçon de morale, et à ceci comme application, j'aurais compris et approuvé même, pensant que ce serait un bon enseignement pour le prince. Seulement, la violence de ses propos envers lui m'a semblé être une punition bien suffisante pour éviter d'en rajouter encore aujourd'hui... J'ai à peine le temps de rouler les fourrures si douces sous mon bras que sa voix résonne. Il est réveillé... Je soupire, me préparant à essuyer les plâtres de la décision de son père et entre dans la chambre.

Me voilà messire...Et pour votre chambre votre roi a ordonné de...vous apprendre l'humilité en vous...dépouillant de tout ce qui ne semblerait pas nécessaire à ses yeux. Je n'ai réussi qu'à garder le bois de chauffage et à vous récupérer ceci...

Je m'avance vers le lit et viens déposer les fourrures sur les couvertures, avant de reculer d'un pas.

J'espère que...vous allez un peu mieux aujourd'hui messire...

A cet instant la servante revient avec une brassée de bûches.

Voilà sire Rogers... mais le roi n'était pas content.
Vous direz au roi que vu l'état de son fils ce matin, il a besoin d'un bon feu pour ne pas qu'il meure de froid ou que son état s'aggrave...


Elle hoche la tête et disparaît alors que je vais entasser sagement le bois dans le panier près du feu, accroupi sur le plancher privé de tapis.

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