Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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Personal Jesus

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Mar 5 Avr - 22:33
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Tout semble se dérouler au ralentit. Les hurlements de ma mère semble s'étioler et se faire dévorer par les battements de mon coeur tandis que je cligne difficilement des yeux, observant mes mains couvertes de sang. La lumière des gyrophares illuminent la cuisine et entre deux respirations, je note que la façon dont le sang change de couleur en fonction de la lumière. Un coup rouge, un coup bleu. Mes doigts me font mal mais je ne prononce pas un mot, ne pousse pas un soupir. En cet instant je ne ressens rien alors qu'un étrange calme tombe sur ma personne, engloutissant le vacarme qui fait rage autour de moi. Ma mère continue d'hurler, répétant encore et encore d'une façon presque hystérique que je l'ai tué alors que les deux agents me font signe du canon de leurs armes de me mettre à genoux. Une goutte de sang perle au bout des mes doigts et s'écrase sur le carrelage de la cuisine tandis que mon regard celui de l'officier qui me tient en joue. Il me hurle quelque chose mais je ne comprends pas, tentant encore de réaliser ce qui vient de se passer. La sécurité de son arme saute et je lève finalement les mains, murmurant doucement.

"Je l'ai fait…. Je l'ai fait…"

On me passe les menottes et c'est là que la vérité me frappe. C'est quand le métal froid entre en contact avec ma peau que je remarque enfin le corps de mon père… Son regard vide ne s'illumine que grâce aux gyrophares des voitures de police et plus je le regarde, plus je trouve qu'il avait l'air plus impressionnant vivant… À mes yeux il a toujours été comme un ours, un colosse immense aux mains capable de me briser les os. Il était presque un monstre, un de ceux des histoires que grand-mère me racontait… Mais maintenant… ? Maintenant il n'est plus rien. Ni mon père, ni un colosse, ni le mari de ma pauvre mère. On commence à me lire mes droits mais je n'écoute pas. J'observe simplement le salaud qui était mon père et qui osait me cogner depuis que j'étais capable de marcher. Je devrais me sentir coupable, m'en vouloir ou même être simplement triste… Mais la vérité, c'est que je ne ressens rien. Il y a moins de cinq minutes, j'étais emplis d'une rage sans nom, d'une rancoeur qui avait eu le temps de grignoter chaque parcelles de mon être, au point d'en salir le peu de bons souvenirs que j'avais avec lui, mais maintenant que tout est terminé… Je me sens vide. Vide mais apaisé. Pour la première fois depuis longtemps, je pourrais fermer les yeux et simplement m'endormir… Sans penser à ce que j'ai fais ou vécu.

Vide.

Je ferme les yeux et quand je les rouvre, je suis dans une salle d'interrogatoire, face au lieutenant Reeves qui me tend un café, posant sur moi son regard fatigué ourlé de mascara. J'ai presque grandis avec elle. C'est elle qui m'a traîné pour la première fois en cellule de dégrisement après une soirée un peu trop arrosé dans le garage d'un ami. C'est elle qui m'a sermonné la première fois où je me suis fait arrêter pour avoir tenté de voler une voiture… Et surtout, c'est elle qui était là, dans cette même pièce, à me dire que je n'irais nulle part si je continue ainsi. Je pose mes deux mains sur la table, faisant tinter les menottes alors que je cherche à atteindre le gobelet de café. Elle pince les lèvres et fait tinter ses ongles contre la table, n'ouvrant même pas le dossier épais qui est face à elle. Le gobelet réchauffe le bout de mes doigts, elle se racle la gorge et quand je croise son regard, j'ai l'impression de redevenir le gamin de seize ans qu'elle réprimandait.

"Je ne te pensais pas capable de faire ça Lev. Je pensais que t'étais un bon gamin. On dirait que je me suis trompée."

Je baisse les yeux et reste silencieux. Que pourrais-je dire après tout ? Lui mentir et dire que je ne voulais pas ? Un part de moi avait envie de voir ce salaud rendre son dernier soupir. Lui dire la vérité ? Je ne lui ferais pas l'offense de la prendre pour une idiote. J'ai du respect pour cette femme qui m'a peut-être plus aidé que mes deux parents réunis. Son job est dur, pas bien payé et je ne dois pas être la première âme perdue qu'elle voit chuter. Un ange passe et après un raclement de gorge elle reprend.

"Tu l'as tué ?
- Oui."

Elle pousse un soupir, comme si elle aurait aimé que je lui donne une autre réponse. Qu'espérait-elle ? Que je lui dise qu'il s'est effondré tout seul, foudroyé par une crise cardiaque alors que j'étais en train de lui hurler dessus ? Peut-être. Peut-être aurait-elle aimé que je mente et que je ne donne pas raison aux preuves. Seulement je n'ai pas envie de mentir. Oui je l'ai fait. Oui j'ai tué mon père. Mais il n'est pas le premier homme que j'ai abattu et il ne sera pas le dernier. Je suis tombé dans un cercle de violence, une danse sans fin qui ne se terminera qu'à ma mort… Mais jusqu'à cet instant, je devrais accepter mes phalanges abîmées et le sang sur ma peau. Après tout… Ma vie a commencé avec des coups, des bleus et des hurlements… Pourquoi le reste aurait été différent ? Je suis devenu ce que mon père a forgé de ses poings. D'une certaine manière, il a insufflé en ma personne la violence qui rongeait son être et en le tuant, je n'ai fais que prouver que j'étais bien son fils. Tuer le monstre revient à prendre sa place. Il y'a une histoire de ma grand mère qui comptait ça… D'un héros qui prenait épée et bouclier pour aller tuer un terrible géant des glaces… Seulement tuer une création de Dieu avait changé son coeur en glace et à son tour, il est devenu ce géant que tout le monde craignait, affrontant les héros au coeur pur qui voulaient simplement prouver leur valeur. Le lieutenant entrouvre les lèvres mais je n'écoute plus. C'est trop tard de toute façon. Je ne regrette pas mes actes. Il méritait de tomber pour ce qu'il m'a subir. Il méritait de s'étouffer dans son propre sang après m'avoir brisé le nez, les poignets et le bras durant toute mon enfance…

"Il m'a souillé… Il m'a façonné. Je lui ai juste rendu ce qu'il m'a donné avec tant de bonté."

Mon amertume lui fait plisser le nez et me fait montrer les dents. Un animal, voilà ce que je suis devenu. Un animal qu'on va mettre en cage pour de bon.

*

"Toi qui voit tout, autant les plaies de mon âme que la trace de mes péchés en mon coeur, tu sais bien qu'il n'est rien dans mon âme que je ne veuille cacher à tes yeux. Comme un médecin, je te laisse observer mes souillures, espérant bénéficier de ta grâce miséricordieuse. Tu regardes pour guérir, comme un maître compréhensif et un père indulgent pour pardonner…"

Mes doigts glissent dans mes longs cheveux que je tente d'attacher, alors que je répète mon rituel avec une minutie qui frôle presque la démence. J'arrive à discipliner mes cheveux et alors que je poursuis ma prière du matin, je passe une main dans ma barbe.

"J'ai confiance en ta miséricorde toute puissante et je suis à genoux devant toi, te livrant mon coeur assaillis par le malin en te demandant que dans ta grande bonté tu laves le sang sur mes mains et la noirceur de mon âme."

Je vérifie ensuite que ma tenue est bien ajustée et sagement, assis sur mon lit, j'attends que les gardes viennent ouvrir ma cellule, m'autorisant éventuellement de quitter cet endroit minuscule pour un semblant de liberté dans l'espace commun. Mais aujourd'hui j'ai l'impression que c'est différent… Deux mois ici et je commence à les comprendre. Une semaine après mon arrivée, j'ai compris qu'ils me tenaient à l'oeil et la suivante qu'ils faisaient en sorte que je n'ai pas de contact de trop longue durée avec mes camarades russes… Ce qui fait qu'au lieu d'Igor ou de Nikita, je me retrouve coincé avec des américains qui trafiquaient au mieux un peu de poudre. J'entends les pas des gardiens et si je me relève, passant mes bras au travers des barreaux, j'hausse un sourcil en voyant le jeune homme au col romain qu'ils accompagnent. J'ai un reniflement dédaigneux en croisant mes doigts, le détaillant avec plus d'attention quand il s'arrête devant ma cellule. Il est jeune, presque trop pour un prêtre qui viendrait traîner sa soutane par ici. Qu'est-ce qui peut bien l'amener ici ? L'envie de faire le bien et de répandre la parole de Dieu au milieu de cet endroit dévoré par la violence et le sang. Ici le Créateur n'intervient pas… Il ne nous a pas empêché de commettre nos crimes… Pourquoi nous pardonnerait-il ? De notre vivant nous devrons nous repentir et c'est seulement lors du Jugement Dernier que nous aurons l'absolution. Mais tant que nous foulerons cette terre… Nous devrons vivre comme damnés et craindre son regard. Et en parlant de regard, je croise enfin celui du petit brun, ayant un léger sourire quand je lis dans ses yeux cette envie de bien faire et de sauver le monde. Seulement il est mauvais endroit. Je n'ai pas besoin d'être sauvé. Mon père méritait de mourir. Et si je remontais dans le temps et que les évènements se déroulaient de la même façon, je le tuerais une seconde fois. Je prends une grande inspiration et me racle la gorge avant d'enfin lui adresser la parole.

"C'est marrant… Je pensais que le truc qu'aimait les catholiques… C'était les enfants de choeur… Pas les prisonniers…"
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Jeu 7 Avr - 21:51
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Bucky?
Oui mon père?
Il y a un détenu qu'il faudrait que tu ailles voir. Cela fait deux mois qu'il est là et il n'a pas encore sollicité notre aide.
Vous voulez que je lui explique les dispositifs de réinsertion et de formation comme pour les autres?
Oui, et également qu'il n'est pas seul, et qu'il peut nous trouver en cas de besoin.
Bien sûr mon père.
Parfait. Je vais aller animer le groupe de parole pendant ce temps.
Très bien. A tout à l'heure.


Des prisonniers... si au moment d'entrer dans le séminaire on m'avait dit que j'interviendrai auprès de taulards pour les aider à préparer leur réinsertion, je crois que je me serais bien marré. D'abord parce que je ne pensais même pas que les prêtres allaient en prison à part avant les exécutions, et ensuite parce que je pensais que le gros de leurs actions était tout simplement de s'occuper de leurs paroissiens. Donc les sermons du dimanche, mais aussi les collectes pour les bonnes oeuvres, les confessions et les conseils, tout comme différentes actions. Mais je ne pensais pas aux prisonniers, même si, bien évidemment, ils ont aussi besoin qu'on veille sur eux. Et peut-être même encore plus que le commun des mortels qui ont, objectivement, des problèmes moins graves à affronter, et qui ont bien moins de soutien en dehors d'associations ou nous... Alors quand le père Paddy m'avait parlé de ses actions, j'ai accepté. Mais pas tout de suite.

Sur le coup, ma première pensée était tout simplement que ces types en prison n'avaient que ce qu'ils méritaient, et que personne ne les avait obligés à commettre le ou les actes pour lesquels ils avaient été condamnés. Que seul le seigneur les jugerait et qu'ils auraient des comptes à lui rendre. Et puis... et puis je l'ai accompagné une première fois. J'ai entendu ces hommes parler, et mon jugement a changé. Je me suis rendu compte qu'ils avaient tous une histoire, des raisons souvent horribles qui les avaient poussés à faire ça. Famille brisée. Vivre dans la rue. Arrêter des menaces... et autres. Certains, évidemment, étaient pleinement fautifs mais pour beaucoup... pour beaucoup c'était une succession de mauvais choix ou de mauvaises circonstances. Et presque tous regrettaient sincèrement ce qu'ils avaient fait. Regrettaient le mal qu'ils avaient causé à leurs victimes, bien sûr, mais aussi à leurs familles, à leurs proches. Que finalement, c'étaient les brebis les plus égarées du troupeau, celles que le berger doit tout de même surveiller et ramener avec les autres. Alors j'ai accepté de l'accompagner trois après-midi par semaine ici, à la prison, pour les aider à se réinsérer, leur conseiller des formations, des diplômes par correspondance, et aussi pour les écouter, surtout. Prier avec eux, les rassurer, leur dire que s'ils voulaient vraiment mettre de côté leurs démons, le Seigneur les accueillerait avec plaisir, et serait encore plus heureux de leur venue car leur chemin aura été plus dur que pour d'autres.

Petit à petit j'ai créé des liens avec certains d'entre eux, et j'ai même des nouvelles de trois d'entre eux qui sont sortis et qui sont arrivés à ne pas retomber dans les griffes de leurs anciens démons. Ils écrivent au presbytère ou envoie des mails au père Paddy qui me les montre et ça nous fait chaud au coeur. Sentir qu'on est arrivés à les aider, les épauler, et à préparer une vie dehors qui sera éloignée du crime et du vice. Pour les autres... eh bien pour les autres les seules choses que nous pouvons faire c'est prier pour eux, et être là si un jour ils changent d'avis et décident de revenir vers nous et vers Dieu. Et j'espère que le prisonnier auquel je viens rendre visite va peut-être entendre raison et tenter de revenir dans le droit chemin. Ou au moins m'écouter et comprendre que le crime n'est pas la seule solution...

Je suis les gardiens jusqu'à la cellule du nommé Lev, discutant un peu avec eux également. Ils me tiennent au courant de ce qui se passe ici, des relations entre les détenus, de ce qui leur est arrivé, mais aussi de leur propre vie. On oublie souvent que les gardiens de prison ont également une famille, des amis et que c'est loin d'être un métier facile. Puis, une fois devant la cellule notre discussion s'arrête et ils ouvrent la porte.  J'entre et souris au grand blond qui est assis sur son lit. Son regard me scrute de longues secondes sans rien ajouter pendant que je me présente.

Monsieur Kadnikov, bonjour. Je me présente, je m'appelle James Barnes. Je suis étudiant au séminaire et j'aide le père Paddy pour ses actions envers les détenus... Je suis venu vous dire quelques mots mais... rassurez-vous, je ne serai pas long...

J'ai un sourire sincère alors que je tends la main vers lui, mais pour toute réponse j'ai droit à une phrase qui me laisse un peu con pendant quelques secondes. Avant que je comprenne et que je me mette à rire.

Elle est pas mal j'avoue. Mais bon on connait tous celle du "je rentre encore dans du douze ans" et autres...

Ma main retombe le long de mon corps quand je comprends qu'il ne me la serrera pas. Je tire la seule chaise de la cellule et m'assieds dessus, face à lui, déposant ma pochette en carton sur le bureau derrière moi.

Je suis simplement venu ici pour vous dire que... si vous le souhaitez je peux prier avec vous, ou vous écouter si vous avec besoin de parler... Est-ce que vous avec déjà des projets pour votre sortie de prison? Une idée de comment vous allez reprendre votre vie une fois dehors? Parce que je peux vous aider, pour ça aussi, si vous voulez...

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Sam 9 Avr - 15:29
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James Barnes. Un gamin égaré qui pense pouvoir sauver le monde et apporter paix et absolution dans le coeur de pauvres naufragés de cette existence. Une petite créature fragile, un agneau de Dieu qui pense être capable de soigner d'un sourire ou d'une parole les plaies de mon âme. Il est de ces personnes que je pourrais briser avec une facilité qui me fait presque tourner la tête. Il ne devrait pas être là, et surtout pas avec moi. Il devrait sauver ceux qui ont peur, ceux qui tremblent et qui craignent le regard de Dieu, et non moi qui estime avoir tué un monstre. Je n'ai pas besoin qu'on me pardonne, ou qu'on me dise que je peux trouver le chemin de la rédemption.  J'ai fais ma paix avec Dieu au moment même où j'ai porté le premier coup. Alors que mes phalanges venaient briser la mâchoire de mon père, je m'excusais auprès de Créateur, lui disant que je faisais ça pour le bien des autres et que j'accepterais de terminer en enfer avec mon géniteur, si c'était pour  permettre à ma mère de vivre en paix. Peut-être est-ce égoïste ou même prétentieux… Mais je suis un homme et je me sais faible. Je ne prétends pas être un bon croyant, une bonne personne… Je sais ce que je suis, et je l'accepte, c'est pourquoi avec une blague déplacée à souhait, je tente de faire comprendre au jeune prêtre que je n'ai pas besoin de lui. Et si je m'attends à ce qu'il tourne les talons en me disant qu'il a mieux à faire que de perdre son temps avec des crétins, voilà qu'il a un léger rire, reprenant au passage la main que je n'ai pas voulu serrer. J'hausse un sourcil et me redresse, croisant mes bras sur ma poitrine. Il devrait dire qu'il a mieux à faire… Pas rire avec moi et s'acharner. Je pince les lèvres, observant un peu plus le fameux "James". Ces sourires sont sincères et je suis presque dérangé par cette envie de bien faire qui semble émaner de lui. Quel chanceux.. Épargné par la vie, il souhaite offrir la bonté et l'amour dont lui a bénéficié. Quelqu'un qui n'a jamais souffert et qui prétend pouvoir t'aider… Voilà ce qu'il est. Un agneau qui ne se doute pas qu'il évolue au milieu d'une meute de loups. Sans un sourire, sans un mot, je le laisse s'installer, ne bougeant pas de mon coin de cellule, faisant simplement craquer mes phalanges une à une, mes doigts effleurant mes différents tatouages comme si j'égrenais les perles en bois d'un chapelet. Une prière silencieuse qui lui sert d'avertissement. Je ne veux pas d'aide et je n'en ai pas besoin. Je ne veux pas penser au futur, à ce que je pourrais faire ou non… Parce qu'il n'y aura rien. Je devrais simplement aller voir ma mère, lui faire payer sa trahison et une fois de plus, je serais ici… Mais lui prétend pouvoir m'aider, il prétend être une épaule sur laquelle m'appuyer, une personne qui écouterait ce que j'ai à dire… Une oreille attentive à la main sur le coeur, prêt à sauver mon âme et à m'aider à aller de l'avant. Une belle utopie qu'il se raconte, espérant qu'il va changer le monde et le rendre meilleur en commençant par moi. Un ange passe et alors que je tente de sonder sa personne, fixant ses prunelles sans la moindre gêne ou honte, me fichant pas mal de le savoir mal à l'aise ou non, je me dis que je devrais être direct avec lui. De ne pas prendre le temps de faire preuve de la moindre délicatesse ou sympathie. Il n'a qu'une chose à savoir : que je ne veux pas de son aide.

"Je ne prie pas avec les catholiques. C'est contre mes principes. Quant à parler, je n'ai rien à dire. Et ce que je veux faire dehors ? Rien. Je ne sortirais de toute façon pas avant quinze ans et d'ici-là, ce sera trop tard pour moi. Personne ne voudra embaucher un type qui est coupable d'un meurtre. Donc non. Je n'ai pas besoin de ton aide, Иностранец."

Le dernier mot m'échappe en russe, lui faisant saisir que lui et moi nous ne sommes pas du même monde. Ma voix rauque s'éteint, ne laissant flotter dans la cellule que les restes de mon accent marqué et mes mots. Je ne veux pas de lui, ni même de personne. Je veux simplement purger ma peine et ressasser ma vengeance, encore et encore, demandant chaque jours à ce que le Seigneur me pardonne pour ce que je ferais. Demander le pardon plutôt que la permission. Je le ferais, je le sais… Au moment-même où je quitterais cette cellule, elle paiera, comme lui a payé. Ils paieront pour ce qu'ils m'ont fait. Lui pour ne pas avoir été un bon père et un être humain décent et elle parce qu'en plus d'avoir fermé les yeux pendant des années, elle m'a trahie. C'est à cause d'elle que je suis là. C'est elle qui a osé dire que j'étais la bête sauvage de sa famille, un monstre qui a grandi en son sein et qui n'a pas hésité une seule seconde à verser le sang. Sous mes yeux, et face à moi, elle a osé me faire ça. Ma propre mère, pour qui j'ai encaissé les coups qu'elle aurait dû prendre, elle que j'ai défendu ce jour-là.. Et c'est moi le monstre ? Moi, son fils ? Celui qui a du passer des soirées aux urgences, soit pour une dent cassée ou une articulation particulièrement douloureuse ? Sur le moment j'étais prêt à me jeter sur elle et lui arracher la langue, et si j'ai effectivement commencé à hurler en russe dans la salle d'audience, je n'ai pourtant pas eu un mouvement vers elle. Parce que j'en étais incapable. Par ses mots elle avait refait de moi un pauvre gamin au coeur brisé… Un gamin que sa mère venait de laisser derrière elle sans la moindre hésitation. Des larmes avaient roulés sur mes joues, des insultes m'avaient échappés mais c'est bien tout. Je n'avais pas quitté mon siège, ni même tenté de me débarrasser de mes menottes. Ce jour-là, j'avais finalement compris que je ne pourrais jamais avoir qui que ce soit à mes côtés, et que jusqu'à la fin de mes jours, je devrais me faire à l'idée d'être seul, seul à porter les conséquences de mes actes.
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Ven 15 Avr - 21:18
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Je déglutis alors que je l'entends craquer ses phalanges en face de moi. La vache mais qu'est-ce qu'il fait? Est-ce que c'est une tentative pour me foutre la trouille? Pour me tester? Je sais que les détenus aiment bien savoir qui ils ont en face d'eux et c'est sans doute une façon de voir si je serai impressionné. Si je vais avoir la trouille. Si je vais être impressionné. Et ouais, au fond je le suis. Parce que même assis il est juste immense et taillé comme une armoire. Et qu'il pourrait facilement m'arracher la tête à mains nues, s'il le voulait. Chose que je désire pas forcément. Enfin je le vois qui me regarde de longues secondes, sans rien dire après que j'aie expliqué les raisons de ma présence ici. Nos prunelles se croisent, et je regarde ses yeux aussi bleus que les miens, en tentant d'être le plus neutre et le plus tranquille possible. Puis enfin, enfin il ouvre la bouche et me parle. Enfin j'entends à nouveau sa voix rauque et grave qui résonne pour la deuxième fois dans la cellule.

Pourtant les orthodoxes comme les catholiques prient le même dieu. Alors pourquoi refuser?

Dieu... c'est un concept étrange, quand on y réfléchit. Quelqu'un qu'on ne voit pas, qu'on n'entend pas, et qui pourtant serait à l'origine de tout ce qui nous entoure. Et de nous-mêmes. Qui se serait manifesté aux hommes il y a des siècles et qui maintenant se tait. Pourtant je n'arrive à voir le monde autrement que comme une de ses créations. Alors bien sûr, je ne suis pas obtus au point de renier les théories de Darwin, mais... je pense que Dieu est à l'origine de cette petite étincelle qui est à l'origine de tout. Et je le vois partout, dans tout ce qui nous entoure. Une fleur ou un insecte est à lui seul un petit miracle. Tout en lui est fait pour vivre, s'adapter, prospérer. Rien n'est superflu et la moindre parcelle de son être a son but. Son utilité. La pluie. Le vent. Un rire. Une odeur de pain chaud ou d'un repas en train de cuire. Tout ça. Il nous a fait un terrain de jeu magnifique, et ça me désole de voir ce que nous en avons fait. La pollution. La politique. Les crimes. Il nous a donné de quoi vivre dans un nouveau jardin d'Eden et nous avons gâché ce merveilleux cadeau... Enfin, ce n'est pas le moment de parler de ça.

Puis j'entends la suite et je hoche lentement la tête. Le désespoir. J'entends ça souvent. L'idée que maintenant ils sont perdus, et qu'ils ne pourront plus jamais se réinsérer. C'est pourquoi beaucoup retombent dans la criminalité après leur sortie, parce qu'ils pensent qu'ils n'ont pas le choix. Qu'ils ne peuvent pas faire les choses différemment. Pourtant il y a pas mal de possibilités et je suis là pour les leur montrer. Je me tourne et reprends la pochette pleine de documents que j'ai emmenée avec moi.

Ne baissez pas les bras... Je suis des détenus depuis deux ans maintenant, et la plupart de ceux qui ont suivi une formation s'en sortent très bien. Et l'état encourage l'embauche d'anciens détenus en allégeant les taxes des entreprises qui en accueillent. C'est intéressant pour eux. Vous êtes encore jeune monsieur Kadnikov, vous avez encore de belles années qui seront devant vous à votre sortie. Laissez-moi vous montrer...

Je sors quelques documents et les lui montre.

Vous pouvez directement apprendre un métier. Cette prison là propose de devenir électricien, plombier, ou encore de travailler dans la mécanique. Il y en a d'autres, mais je vous laisserai tout ça pour que vous puissiez jeter un oeil quand vous voudrez. Et à la fin de votre apprentissage vous aurez un diplôme officiel, comme quelqu'un qui serait passé par un lycée technique. Je vous assure.

Je lui souris, un peu plus à l'aise maintenant qu'il me laisse simplement parler, et parler d'un sujet que je maîtrise.

Ou alors, l'université de New York propose également des cursus par correspondance. Encore une fois, vous pourriez même avoir un diplôme, ou plusieurs, avant votre sortie. Les portes ne sont pas du tout fermées... vraiment pas. Il faut juste vous faire confiance. Beaucoup d'autres détenus s'en sont merveilleusement bien sortis alors...pourquoi pas vous? Ca ne coute rien d'essayer comme on dit!

Je glisse les documents dans la pochette que je repose sur son bureau et me relève.

Voilà monsieur Kadnikov je ne vous dérange pas plus longtemps. Je voulais juste vous rencontrer pour vous dire que vous n'êtes pas tout seul et que si vous avez besoin de conseil, de prier, ou tout simplement de parler, n'hésitez pas. Je...je vous remercie de m'avoir accordé un peu de votre temps et de m'avoir écouté.

Je me relève timidement et comprenant que cette fois non plus il ne va pas me serrer la main je m'approche de la grille pour appeler le gardien. Il s'approche et ouvre après s'être assuré que le prisonnier est loin des barreaux. Je me tourne une dernière fois avant de sortir, lui souhaitant une bonne journée et je disparais. Une fois dehors, je retrouve le père Paddy et on écoute d'autres détenus que l'on suit depuis plus longtemps avant de retourner au presbytère pour lui, et au séminaire tout proche pour moi.

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Mar 26 Avr - 13:09
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Je n'écoute pas ce que le jeune James me raconte. J'ai beau être là, dans la même cellule que lui, je n'écoute rien.  Non parce que je souhaite particulièrement l'emmerder mais simplement parce que ça ne m'intéresse pas. Pire, je considère que ça ne me concerne pas. Tout ce dont il parle, les programmes de réinsertions, les formations ou je ne sais trop quoi, ça ne concerne que les détenus qui pensent avoir un avenir après tout ça… Ceux qui veulent réellement se racheter aux yeux de cette société. Chose qui n'est pas mon cas. Je ne prétends pas vouloir reprendre ma place dans le monde normal et encore de devenir quelqu'un de mieux. Je sais ce que je suis, je sais ce dont je suis capable et je sais aussi que jamais je ne pourrais me racheter aux yeux de mes pairs… Je ne pourrais obtenir le pardon que face au Créateur. Lui, dans sa grande miséricorde, pourra me pardonner. Lui pourra laver mes péchés et m'accueillir dans son palais éternel où je pourrais goûter à un vrai repos, celui du brave et du juste. Mais ce n'est pas encore l'heure de penser à ça. C'est si loin. Pour l'instant, tout ce qui compte c'est de survivre ici et de préparer ma vengeance. Celle où je ferais payer à ma mère sa trahison. Celle où je lui donnerais tout ce que j'ai encaissé pour elle par amour. Alors oui, plus James parle, moins j'écoute. Mon regard a beau passer sur les prospectus ou les documents, j'entends sans écouter. Car d'une certaine façon, même si je ne cherchais pas à me venger une fois dehors… Je sais dans quel travers je retomberais. On viendra me chercher à la sortie de la prison et dès le lendemain, je reprends mon boulot au sein du clan. Celui-là même qui est devenu ma famille vers mes seize ans. C'est eux qui m'ont donnés un avenir. Eux qui m'ont appris à survivre, à me battre… C'est avec eux que j'ai eu de vrais bons souvenirs… Mes premiers tatouages, mes premières cuites, les premières filles qui sont passées sur mes genoux… Ce que je suis, ce qu'il y a de bons en moi, je le dois aux membres du clan. Je le dois à mes frères d'armes, à ceux avec qui j'ai cassé des bras, transporté de la drogue pour le "tsar"… Avec eux je me sentais à ma place et je sais qu'ils seront là pour me récupérer. Donc peu importe mes choix, ce qu'il me propose n'est pas fait pour moi. Mais je le laisse parler, je ne cherche pas à l'interrompre, me disant que ça à l'air de lui faire plaisir de raconter tout ça. Il doit aimer se dire qu'il fait quelque chose d'utile… Alors pourquoi gâcher son plaisir ? Pourquoi détruire l'enthousiasme d'une bonne âme ? Pour le plaisir de lui prouver qu'il ne peut pas aider qui que ce soit ? Non, ce serait vain et ça ne m'apporterait rien. Ce n'est pas parce que je pense qu'une partie de l'humanité est damnée qu'il faut que je lui fasse perdre ses écailles. Ce serait injuste… Ce serait aussi retirer à certains détenus un sourire lumineux et une source de réconfort. Ainsi, quand il termine et qu'il se lève, me souhaitant une bonne journée, je ne cherche pas à le retenir, me contentant simplement de croiser son regard. Je pourrais sourire, lui dire que ça me faisait plaisir ou quoi… Mais non. Je n'ai qu'un léger mot pour lui, rien de plus.

"Je t'en prie. Bonne journée, James."

Puis c'est tout. Je retombe dans un profond mutisme, l'observant passer les barreaux sans moi avant de simplement hocher la tête quand il se tourne une dernière fois vers moi. Et quand il commence à s'éloigner, je détourne le regard, fixant simplement la pochette qu'il m'a laissé. Pochette qui termine dans un coin de ma cellule, prenant doucement la poussière tandis que je reprends mon quotidien de détenu. Les jours passent et le jeune prêtre ne revient plus me voir. Certes, je le vois parfois passer devant ma cellule mais jamais il ne s'arrête. Peut-être ai-je eu le droit à un regard ou un sourire de sa part, mais c'est bien tout. Lui continue de tendre la main pour ceux qui veulent l'attraper, moi je continue de survivre, comptant les jours, les heures et les minutes jusqu'à ma libération. Et si je pensais que James ne re-croiserait pas ma route… Aujourd'hui je ne peux que l'observer avec une certaine crainte quand je le vois déambuler dans la salle commune comme si ne craignait rien. Parmi les loups, il est agneau innocent qui bêle pour sa mère, demandant presque aux prédateurs de l'égorger. Un sourire aux lèvres il pense ne rien craindre parmi la meute qui n'attend que de lui sauter à la gorge. Et assis à ma table, en compagnie de deux camarades, j'observe du coin de l'oeil deux prisonniers s'approcher de lui, commençant à le bousculer avec un sourire qui me fait grincer des dents. Je sais que si j'interviens, je vais avoir des problèmes avec les autres et tout le monde va penser qu'il est sous ma protection mais tant pis… Les lâches qui s'attaquent aux représentants du Seigneur méritent de perdre leurs genoux. Sans un mot je me lève et rejoins l'étrange groupe, arrivant dans le dos de ses agresseurs. Ma main se pose sur l'épaule d'un d'entre eux alors que je fais entendre de ma voix.

"Il me semble que le prêtre à mieux à faire que de perdre son temps avec vous…"

Les deux se retournent et si le temps d'une seconde, ils hésitent face à ma carrure, rapidement ils tentent de me toiser, l'un d'eux essayant même de repousser.

"Occupe-toi de ce qui te regarde le russe… 'Me semble pas qu'il est à toi le gamin.
- Non… Mais ce pourrait que je veuille qu'il le soit.
- Ah ouais… ? Tu le veux ? Va falloir le mériter alors… Parce qu'une petite douceur comme lui… Tu te doutes qu'on le gâche pas avec un chien comme toi…"

Je fronce les sourcils, de plus en plus agacé par leurs mots, sentant mon envie de simplement leur casser les genoux passer à une furieuse envie de briser leur nuque. Je sens mes épaules se raidir, ma mâchoire se verrouiller et alors que j'en attrape un par le col, les gardes arrivent, nous ordonnant de nous séparer. Le temps d'une seconde, je pense à résister, à frapper le connard que je tiens par le col, mais après une longue inspiration, je finis par le lâcher, levant les mains au-dessus de ma tête, en signe de soumission. Je jette un regard au jeune homme et si je vois qu'il est paniqué, je me rassure en me disant qu'au moins, il est en sécurité. Sagement je me mets à genoux, posant mes mains sur ma nuque, avant de râler quand je sens qu'on me passe les menottes pour me ramener en cellule.

"Ce n'est pas juste… Je voulais l'aider…"

L'un des gardes fait un geste pour me donner un coup, me hurlant de la fermer sous peine de terminer en isolement jusqu'à la fin de la semaine. Je croise son regard et le temps d'une seconde, j'ai l'impression de voir mon père, ivre mort qui s'apprête à m'en coller une. D'instinct je serre les dents et commence à me débattre, hurlant en russe.

"C'est ça ! Vas-y ! Essaye ! Essaye connard !"

Le premier coup m'atteint à l'épaule et j'étouffe un cri, recommençant à hurler alors qu'un autre coup m'atteint à la joue.
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Mar 1 Nov - 21:59
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Lev... il est étrange. La plupart des détenus se classent en deux catégories : ceux qui comprennent une fois en prison qu'ils ont fait une connerie, et que de se retrouver ici est un vrai électrochoc qui va les pousser à changer, et ceux qui sont ici comme on attendrait à la laverie que sa machine soit terminée. Les détenus qui n'ont aucune intention de se racheter, se réhabiliter. Ils sont ce qu'ils sont, et ils sont persuadés qu'ils ne peuvent pas changer. Ou alors ils ne le veulent pas tout simplement. La vie criminelle leur plait trop : l'argent facile, l'impunité, pour certains, la respectabilité qu'ils ont, même en prison, car savoir qu'on est l'homme de main de tel ou tel parrain va leur garantir que personne n'osera lever la main sur eux. Ou encore qu'ils auront des privilèges. Eux me rient au nez voire m'insultent, et je le vis bien. Seul Dieu a le pouvoir de les juger, et c'est eux qui seront responsable du poids de leur âme une fois qu'ils se présenteront devant le Créateur. Je ne peux pas les obliger à la rédemption, c'est un choix qui doit être voulu et consenti, sinon il n'est d'aucune valeur. Lev... ne rentre dans aucune des deux catégories. Il refuse d'envisager autre chose que sa vie derrière les barreaux, et pourtant il n'a pas cette forme d'assurance, ce regard qui veut dire ''Je suis le roi ici''. Non. Lev est la patience. Il attend, sans coup d'éclat, sans faire parler de lui. Les jours glissent sur lui, identiques, et il semble avoir un but que les autres ne connaissent pas. Et même s'il n'adhère pas à la parole du Christ, il garde cette forme de politesse minimaliste qui change des autres.

Après être allé le voir, lui avoir expliqué tout ce que je pouvais, et que je ne pouvais pas faire pour lui, quelles étaient ses possibilités et ses chances, je le laisse donc en paix. Certains ont besoin de temps pour perdre les œillères qu'ils portaient en entrant ici, pour intégrer le fait qu'ils ne sont pas condamnés pour toujours à un cercle vicieux... Je retourne donc à mes autres occupations, entre groupes de paroles, orientation et préparation de mes voeux. Chaque jour je salue Lev en passant, d'un sourire ou un petit geste pour lui montrer que je suis là, et ouvert, s'il veut me parler. Que ce n'est pas parce qu'il a refusé mon offre que je le méprise ou qu'il n'existe pas à mes yeux.

Ce jour là, comme les autres, je lui souris alors que je circule dans la salle commune, discutant et échangeant des mots avec les uns et les autres, distribuant des poignées de mains ou de petites tapes sur l'épaule. Sauf que du coin de l'oeil je vois deux prisonniers difficiles qui parlent à voix basse en me jetant de petits coups d'oeil. Hmmm je n'aime pas ça mais tant pis. On ne peut pas plaire à tout le monde et si ça peut leur apporter un peu de distraction...soit. Je me penche vers Chester, qui est là pour vente de drogue, et discute un peu avec lui à propos de ses enfants et ses petits enfants. Notre conversation dure quelques minutes puis je me redresse, et compte rejoindre un autre groupe quand je me sens bousculé. Je chancelle avant de me redresser, et me tourne pour comprendre ce qui s'est passé.

Faites att...
Eh ben mon père... vous savez ce qu'on dit, vous aimez bien vous faire des enfants. Les prêtres en général je veux dire.
Attention, c'est malheureux que quelques uns aient commis des choses horribles, mais il ne faut pas généraliser vous savez.
En attendant, vous voudriez pas vous occuper de nous?
Comment ça? Je suis toujours là pour aider ceux dans le besoin vous le savez Mark.
Et si mon besoin c'est une pipe?


J'entends son rire gras alors qu'il baisse sa braguette et exhibe son membre flasque et vraiment pas impressionnant.

Ce n'est pas drôle. Et je vous conseille de vous rhabiller sinon je cherche un gardien.
C'est toi qui est pas drôle mon père. Tu veux pas aider mon pote? C'est pas très chrétien!


Un deuxième est derrière moi et je le sens me bousculer une nouvelle fois, luttant pour me mettre à genoux. Je me débats comme je peux, franchement énervé, quand j'entends une voix grave au fort accent derrière moi. Tout le monde se fige et je me tourne, soupirant de soulagement en reconnaissant Lev et sa carrure immense. Pourtant il est bien le dernier que je m'imaginais voir intervenir, même si je suis clairement pas mécontent! Et alors que je pensais qu'ils allaient arrêter leurs conneries, le ton monte encore d'un cran et Lev finir par en saisir un par le col. Je n'aime pas ça. Vraiment pas. Je n'ai pas envie que quelqu'un soit blessé à cause de conneries pareilles, surtout pas moi. Puis les sirènes retentissent, signifiant que les gardiens vont arriver. Quelqu'un aura quand même signalé l'incident. Ils s'immobilisent tous, et Lev lève les mains comme les deux autres, alors que je les contemple, rassuré de les voir à terre. Enfin, mes agresseurs.

Et quand je pensais que tout était réglé, je vois le garde sortir les menottes de sa ceinture et les passer au russe.

Excusez moi mais il est innocent dans cette histoire. Il a raison, il est venu à mon aide alors que les deux autres s'en sont pris à moi. Il...

L'autre le frappe et je sens la colère me monter au nez.

Mais arrêtez! Je vous dis qu'il n'a rien fait! Il ne mérite pas d'être frappé bon sang!

Et pile au moment où je pensais que les choses ne pourraient pas être pires, voilà Lev qui a l'air pris de panique, et commence à hurler, ce qui provoque la colère des deux gardes. Ils se ruent sur lui et commencent à le frapper de leurs matraques. Il me faut une seconde pour réagir avant de hurler.

Stop! Vous allez arrêter tout de suite! Il n'a RIEN FAIT c'est clair? Rien! Il est venu pour me défendre contre les deux autres! Arrêtez maintenant! Regardez l'autre a encore sa bite à l'air!

Heureusement ils ont l'air de comprendre et relèvent leurs matraques, allant menotter les deux autres toujours à genoux derrière nous. De mon côté je m'agenouille près de Lev et pose ma main sur son épaule.

Tout va bien...tout va bien... je suis désolé que vous ayez subi ça pour me protéger mais ils ont l'air d'avoir compris. Tout va bien Lev...ils ne vous toucheront plus. Ils ne vous feront plus mal... c'est terminé...

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Mer 2 Nov - 13:36
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L'existence doit se résumer à ça. À un combat permanent, à ses coups que je dois sans cesse encaisser et accepter comme si ils étaient les seuls cadeaux que le Tout-puissant et ses sbires pouvaient m'offrir. La seule chose que dans sa grande Miséricorde Dieu pourra m'offrir pour me récompenser de mes prières et de cette absolution que je demande à genoux dans la poussière, chaque jours qu'il fait. Alors les crocs en avant, je hurle sur cet homme qui doit se penser être l'un des anges du Seigneur, son serviteur qui applique si bien sa justice et son idée du bien : les pécheurs doivent souffrir. Son bras vengeur se lève une fois de plus et fier au possible, je lui offre presque ma joue, l'enjoignant en criant d'y aller plus fort, de ne pas retenir ses coups et de ne pas faire preuve de la moindre retenue. Qu'il frappe. Qu'il me montre lui aussi à quel point il sait ce qui est bon pour moi. Montre-moi. Ouvre-moi les yeux sur ma condition. Façonne-moi comme le Seigneur le voudrait. Fais. Ose. Frappe. Que mon sang se répande sur le sol. Qu'il serve à abreuver les justes. Fais de moi un exemple. Montre aux autres que la voie du pardon est sans issue… Qu'une fois au sein de cette prison, le pardon n'est plus une option. Fais en sorte que protéger les innocents et faire ce qui est juste n'apporte rien d'autre que la souffrance. Fais leur perdre tout espoir, éloigne de leurs mains la rédemption. Le garde a un geste pour me frapper à la gorge et si il s'immobilise, c'est uniquement parce que le jeune prêtre hurle et demande à ce que justice soit faite. C'est sur lui que je pose mes prunelles désormais, vers lui que je me tourne, lui, l'enfant que Dieu aime sûrement, celui qui a entre les lèvres la sagesse du Seigneur. Les pommettes encore douloureuses et les mains toujours dans le dos, je l'observe mettre fin à ma punition. D'une voix étrange autoritaire, il fait taire les coups et tue la violence, installant un règne de silence durant lequel, les détenues et moi-même le regardons, voyant en lui une once de justice et de pitié dans cet enfer de béton et de barbelé. Les lèvres entrouvertes et légèrement enflées, j'attends en espérant qu'il fasse cesser ce combat, qu'il voit en moi non pas l'homme violent que l'on m'a obligé à devenir mais celui qui cherche à se repentir. Verra-t-il lui en mon coeur cette volonté de faire ce qui est juste ? Peut-être. Deux battements de mon coeur passent et enfin, les gardes reculent, marmonnant que j'ai de la chance tandis que l'un défait mes menottes pour s'occuper du gros porc qui nous oblige encore à admirer la larve flasque qu'il ose définir comme sa queue. En un grognement agacé, je viens masser mes poignets tandis que le prêtre s'agenouille pour être à mon niveau tout en posant une main sur mon épaule. Je frissonne et me soustrais à ce contact, le laissant tout de même me rassurer.

"Ce n'est que le début, James. Tout ça ne prendra jamais fin."

Il ne devrait pas être là. Il n'a rien à faire ici. Il ne se rend pas compte qu'ici, il n'y a personne à sauver, personne à attraper par la main et à ramener à la lumière. Ici croupissent les démons de ce plan, ceux qui retourneront en enfer lors du Jugement dernier. Difficilement, je me redresse, parfaitement conscient du regard des autres prisonniers sur l'étrange duo que formons. Sur ses frêles épaules je pose mon regard, fronçant quelque peu les sourcils.

"Rien n'est de votre faute. Ce sont eux qui sont des bêtes. J'ai fais ce qui était juste et parfois ce n'est pas la meilleure chose à faire… Mais heureusement, tu étais là."

J'esquisse l'ombre d'un sourire discret et éphémère, qui disparait bien vite quand tout autour de nous j'entends les murmures des autres détenus nous enveloppe et colportent déjà la rumeur que le jeune homme m'appartient et que pour avoir le droit de le toucher, il faudra d'abord planter au creux de mes reins un surin. Je serre quelque peu les dents et pose ensuite avec douceur ma main dans son dos, décrétant presque autoritairement qu'il est temps que nous partions.

"Raccompagne-moi jusqu'à ma cellule. Ça vaut mieux."

Sans lui demander son avis et sans vraiment lui laisser le choix, je l'entraîne avec moi, quittant la salle commune pour les couloirs de la prison. Nous croisons quelques gardes qui nous laissent regagner l'aile dans laquelle je séjourne et une fois seuls, je reprends d'une voix rauque mais pas dénuée d'inquiétude.

"Tu devrais faire attention, James. Ici, tout le monde ne veut pas être sauvé et certains pensent même qu'ils peuvent faire de cet endroit leur royaume… Alors toi, tu deviens la jolie petite chose qu'ils ont envie de posséder… Comme un joyau de plus qu'ils pourraient exhiber aux autres… Tu comprends ?"

Il doit. Il faut. Ma main quitte son dos et enfin nous arrivons devant ma cellule, je m'adosse contre les barreaux et tente, par-dessus son épaule d'accrocher le regard d'un des gardes.

"Tu dois être prudent et ne plus te promener seul ainsi. C'est dangereux…" J'ai un léger soupir alors que je passe une main dans mes cheveux, puis sur ma barbe. "Enfin, maintenant ils pensent que tu es à moi… Et je ne sais pas si c'est mieux…"

Ça ne l'est pas… Mais au moins, ce ne sera pas lui qu'on viendra emmerder… Mais moi. Il n'est pas dit dans les jours à venir, je ne reçoive pas la visite de quelques connards qui vont tenter de m'expliquer qu'une raclure de russe comme moi ne devrait pas avoir le droit de posséder une petite douceur comme lui. Un garde finit par croiser mon regard et s'approcher, se demandant sûrement ce que je peux bien foutre librement avec un prêtre, là, sans la moindre autorisation. Mon attention se reporte alors sur James et pour lui j'ai un léger sourire.

"Je sais que le Seigneur te protège car tu marches sur cette terre pour répandre sa parole mais fais attention à toi. J'ai peur de ne pas pouvoir jouer ton ange gardien bien longtemps… Ici on pense que je suis Cerbère et je ne peux leur donner tort."

Le gardien arrive, commence à hausser le ton et à m'ordonner de rentrer dans ma cellule tandis qu'il fait signe à James de le suivre pour le ramener. Docilement j'obéis et m'allonge sur mon lit quand j'entends la porte se refermer d'un coup sec, puis ferme mes yeux quand ses pas ne deviennent que des échos lointain pour n'être enfin que des souvenirs.
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Mer 2 Nov - 18:55
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Bien sûr je ne suis pas totalement niais, ou novice, et bien sûr je sais que je suis en prison, entouré de gens qui ont tué, escroqué, frappé, battu ou même violé d'autres êtres humains. Je le sais et je ne me voile pas la face. Et ce qui est en train de se passer n'est pas le premier spectacle de violence que je vois depuis que je suis arrivé et que j'ai commencé à accompagner le père Paddy. Seulement c'est le premier qui me concerne et aussi...que je cause. Jusqu'à présent c'étaient surtout des insultes ou des remarques lourdes, des "Mon père tu me suces?'' mais là...là ils s'en sont pris à moi, physiquement. Ils ont posé la main sur moi et ont essayé de... d'ailleurs je sais même pas si c'était juste pour se la péter devant les autres, tenter de les impressionner, ou s'ils voulaient vraiment... J'ai encore la nausée quand je hurle aux gardes d'arrêter de s'en prendre à Lev, qu'ils le laissent tranquille. C'est lui qui est venu à me sauver de ces deux porcs frustrés qui m'ont vus comme un bout de viande fraîche.

Et bizarrement, je vois Lev autrement. Lui qui a toujours été si calme, si tranquille, je le vois rugir comme un lion et se débattre comme si sa vie en dépendait. Avec une rage et une violence que je soupçonnais pas chez lui. Enfin on dit bien de se méfier de l'eau qui dort. Et dans un sens, heureusement qu'il s'est bougé pour me défendre, parce que sinon... je préfère pas y penser. J'ai presque du mal à réaliser ce qui se passe, avec l'impression que c'est comme dans un film, dans une série, que je suis juste spectateur du truc et pas en plein dedans. Un lion au milieu des hyènes, si je peux dire, et encore, la plupart des prisonniers sont très corrects avec nous, même s'ils ne croient pas. Il faut qu'une pomme pour faire pourrir tout le panier. Surtout que c'est tellement injuste ce qui se passe. C'est lui le vertueux et le juste, celui qui devrait être récompensé pour sa bravoure et son altruisme, et c'est sur lui que ces crétins s'acharnent. Et en tant que serviteur du Seigneur, c'est à moi d'intervenir.

Je m'attendais pas à ce que mon coup de gueule fasse retomber un silence aussi lourd que du plomb dans la salle commune, mais ça marche. Lev est libéré et je m'accroupis près de lui. Il se recule quand je le touche mais je m'en fous, l'essentiel c'est qu'il comprenne tout ce que je lui dois, parce que là...il m'a tiré d'un sacré merdier. Pourtant ce qu'il me dit me fait hausser un sourcil. C'est bizarre.

Comment ça ne prendra jamais fin? Qu'est-ce que tu veux dire par là?

Il m'a tutoyé et vu ce qui s'est passé, je me dis que la glace a déjà été brisée, de toute façon. Je l'aide à se redresser je lui souris, un peu gêné.

On a tous les deux fait ce qui était bien, tu sais...

Et bizarrement, comme si on avait rappuyé sur ''play'' après avoir mis sur pause, le bruit reprend, les discussions continuent et le brouhaha habituel de la salle commune résonne de nouveau, même si on est encore au centre de l'attention, lui et moi. Encore près de lui, je sursaute presque en sentant sa main se poser dans le creux de mon dos, alors qu'il avait repoussé ma main un peu plus tôt et je hoche la tête quand il me demande de le raccompagner dans sa cellule. Mais avant que j'aie réalisé il m'entraîne à moitié loin de la salle, jusqu'au couloir menant au quartier des prisonniers. Je le suis sans un mot, restant simplement près de lui alors qu'on s'éloigne des autres. Et c'est seulement seuls qu'il parle à nouveau, avec sa voix rauque et son accent. C'est...gentil, vraiment, de l'entendre s'inquiéter pour moi comme ça, et en même temps flippant, à ce qu'il me dit.

Je... je fais attention, et en général tout se passe bien. Mais je comprends pas... qu'est ce que tu veux dire par m'exhiber? C'est pas comme si j'allais sortir avec l'un d'eux et lui rouler une pelle devant tout le monde quand même...

Et j'avoue que j'essaie aussi, de pas comprendre. De mettre ça de côté. Je sais que c'est dangereux, mais si je peux éviter d'y penser, c'est mieux.

J'ai l'habitude... mais j'apprécie que tu t'inquiètes pour moi Lev,c'est très gentil. Ce qui est arrivé est un accident, et j'espère qu'il restera le seul. Beaucoup de détenus ont besoin de l'aide qu'on apporte, et seraient perdus si on arrêtait de venir... alors je vais faire attention mais je ne peux pas demander un garde avec moi tout le temps. Surtout que ça en dissuadera beaucoup de parler, ou de se confesser...

Et j'ai un léger rire quand il parle d'être à lui.

Juste parce que tu as empêché ces deux idiots de me faire du mal, ça voudrait dire que je suis à toi? Mais dans quel sens en fait? C'est mal vu que tu...m'aies aidé?

En l'écoutant, je pâlis un peu et je me dis que putain...la prison est quand même un foutu univers bien à part... et je suis content d'être celui qui vient de temps en temps et à qui on ouvre la porte plutôt que celui sur qui on la ferme. Tout en l'écoutant je me rends compte qu'on est déjà arrivés devant sa cellule. Il recommence à parler et je m'étonne qu'il ait autant de trucs à dire, lui qui est plutôt du genre mutique... j'ai un léger sourire, flatté quand il me dit que je suis l'envoyé du Christ, sourire qui disparaît quand il me met en garde, et me prévient qu'il pourra pas être là tout le temps.

Toi, un Cerbère? Jusqu'à présent je t'ai surtout vu calme et à t'occuper de tes propres affaires. Mais après tout je suis pas là tout le temps et c'est pas comme si on se voyait beaucoup. Je...

Le gardien approche et je recule pour le laisser emmener Lev dans sa cellule. Je sursaute en entendant la porte se refermer et je pose mes mains sur les barreaux.

Je voulais te remercier, encore une fois. Tu n'étais pas obligé de faire ça, et pourtant tu l'as fait. Alors merci Lev... mon ange gardien...

Je souris alors que je recule, et après un dernier regard je me fais escorter par le garde jusqu'à l'entrée. Deux jours plus tard je reviens, avec sur le bras un sac qui contient des cadeaux pour Lev. Pas grand chose, mais pour quelqu'un en prison, ça peut être beaucoup. Après que tout ait été scruté et étudié, je peux enfin passer. Et faisant gaffe à ce qu'il m'a dit je vais d'abord faire mon petit tour avant de croiser le regard de Lev, et lui faire signe de me rejoindre à sa cellule. Je l'attends et une fois qu'on est seuls je lui tends le sac en tissu que j'avais sur l'épaule, qui contient quelques magazines de jeux, sur l'histoire ou encore les voitures, et quelques paquets de cochonneries.

Je...voulais te remercier de m'avoir aidé alors...voilà. C'est pas grand chose mais je me suis dit que ça te ferait peut-être plaisir...

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Jeu 3 Nov - 15:51
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Allongé sur mon lit, je contemple le plafond de ma cellule sans parvenir pourtant à faire comme d'habitude le vide dans mon esprit. Les sourcils froncés et les mains croisées à l'arrière de mon crâne, je n'arrive pas à oublier les dernières paroles de James. Je n'arrive pas à passer outre son regard plein de candeur et d'envie de bien faire, à ses mots qu'il a eu pour moi et cette réflexion en particulier. "Toi, un Cerbère ?" À l'entendre c'est comme si j'étais un être innocent qui n'aurait jamais dû être enfermé. Comme si j'étais réellement un ange au milieu des monstres. Et cette sensation qu'il instille en moi, cette impression étrange qu'il ne sait pas et qu'il ne veut pas voir ce que je suis m'empêche de trouver en cet instant un semblant de paix intérieur. Agacé par ma propre stupidité, à ne pas être capable de passer outre les quelques paroles d'un gamin qui ne sait rien de l'homme que je suis. Je devrais en avoir rien à foutre et simplement recommencer à ruminer sur ma vengeance et sur tout ce que je ferais à ma sorte de prison avec mes frères… De mon "tsar" qui sera bien content de récupérer son Lev, son fauve. Celui qui rugit et qui punit en son nom. Je devrais me concentrer sur ça, sur ce qui est réellement important et pourtant, il n'y a que son sourire et ses remerciements qui me hantent. Cette façon qu'il a eu de me rappeler que de tous, j'étais le moins cruel. Un long soupir m'échappe alors que je ferme les yeux pour ne les rouvrir qu'en entendant des pas timides, puis un raclement de gorge discret. Je me redresse lentement et découvre alors face à moi, un petit blond qui se cramponne aux barreaux de ma cellule. Je laisse mon regard courir sur la petite créature tremblante qui m'observe de derrière ses fines lunettes, dont la lèvre encore légèrement enflée est frémissante. Son souffle fait se soulever rapidement sa cage thoracique et de peur de le faire fuir, je n'ose me lever et m'approcher, me contentant d'un simple murmure.

"Qu'est-ce que tu veux ?"


Il se recroqueville, hésite et finalement me souffle ce qui le mène jusqu'à moi.

"Quelqu'un avec qui manger. Quelqu'un qui resterait pas loin de moi lors des quartiers libres…
- Quelqu'un qui te protégerait, en gros."

Il se contente de faire oui de la tête et j'ai un reniflement dédaigneux avant de me rallonger.

"Je fais pas ça. Je protège personne, ça m'emmerde."

Je l'entends retenir son souffle et si je m'attends à ce qu'il abandonne et retourne à sa routine, voilà qu'il me surprend à insister, reprenant d'une voix à peine plus assurée.

"T'as pris soin du prêtre. C'est gars bien mais c'est pas un de tes frères. T'aurais pu le laisser aux latinos et faire profil bas, mais tu l'as défendu et maintenant, toute la prison sait qu'il est à toi."

Je pousse un soupir. Je savais bien que ça allait me retomber dessus. Je ferme les yeux et laisse un ange passer avant de reprendre.

"T'es pas prêtre que je sache ?"

Il hésite avant de me bredouiller que non.

"Alors je ne perdrais pas de temps avec toi."

Et ainsi je clos la discussion, l'ignorant tandis qu'il me supplie, me demande encore et encore, que ce soir sur ses genoux ou bien campé sur ses pieds de m'offrir sa protection, de lui accorder le droit de le protéger des brutes qui pourraient avoir envie de lui passer dessus ou de lui rappeler qu'au final, Dieu nous a tous crée à son image sans pour autant faire de nous autre chose que des sacs de viande qu'il est parfois agréable de passer à tabac. Le jeunot insiste et continue ses prières aux portes de ma cellule pendant presque vingt minutes, n'arrêtant que lorsque les gardes clament qu'il est l'heure pour tout le monde de retrouver sa cellule et d'y pourrir jusqu'au repas. Le gamin file et quand je me retrouve seul, voilà que je commence à douter, alors pour endiguer toute réflexion qui me tiendrait éveillé, je me contente de prier, murmurant les mots qui j'espère iront jusqu'aux oreilles du Seigneur.

Deux jours passent et se ressemblent. Le gamin revient, encore et toujours, se collant autant à mes barreaux qu'à mes pas, à tel point qu'il devient presque mon ombre. Une ombre qui a un prénom étonnant mais que je me refuse à mémoriser, de peur de m'attacher à cette petite chose à l'accent discret mais pas inexistant. Sans me demander mon avis, il vient s'installer à ma table, avec mes camarades, s'attirant la foudre de ceux-ci tandis que je calme le jeu en disant qu'il faut simplement l'ignorer. C'est lui aussi qui lors du peu de temps libre que nous avons, reste dans mes pas, dans l'espoir que je lui accorde un regard, lui qui se cache derrière-moi pour éloigner ceux qui voudraient lui faire du mal. En un sens, je deviens le Cerbère derrière lequel il se cache, une figure menaçante qui lui sert de bouclier, du moins pour l'instant et tant que ce petit jeu trompe son monde. Et aujourd'hui ressemble à hier, assis dans la salle commune, à jouer aux cartes avec mes frères, lui se permet de lire un peu non loin de nous, se contentant de l'indifférence que nous lui offrons, et si je m'apprête à lui dire qu'il faut que ce jeu cesse, voilà qu'entre dans la pièce ce cher James. Sans un mot et sans arrêter de jouer, je le surveille faire son petit tour, n'haussant qu'un simple sourcil quand nos regards se croisent et que je comprends de son geste qu'il souhaite me voir en privée. Mes camarades remarquent notre échange silencieux et avec un sourire, ils me font comprendre que je ferais mieux de rejoindre celui qu'ils pensent être ma pute. Je repose mes cartes sur la table et me lève, soupirant simplement à l'idée que le jeunot puisse me suivre. D'un pas tranquille je rejoins James devant ma cellule, lui offrant un semblant de sourire.

"James."

Je me contente de le saluer ainsi tandis qu'il me tend un sac en tissu. Surpris il me faut peut-être bien une poignée de secondes avant que je ne sois capable de l'attraper et de découvrir ce qu'il contient là où lui m'explique que c'est pour me remercier. Je souris et laisse un léger rire m'échapper alors que je tire du sac un magazine.

"Pas de clopes et de porno… Tu sais que ça va mal s'échanger…"


Je m'autorise un trait d'humour avant de soupirer, un étrange sourire tendre aux lèvres.

"C'est gentil… Ça ne m'étonne pas tant de toi, mais je ne mérite pas tout ça. Je n'ai fais que ce qui était juste. Ne récompense pas celui qui a fauté et trahit les commandements du Seigneur qu'il dit prier. Ne me remercie pas, James. Même si tu penses que je suis quelqu'un de relativement bien par rapport aux standards du coin. Je n'oserais jamais dire que je suis ton ange gardien…"

Je garde pourtant le sac contre mon coeur, serrant mes doigts autour de celui-ci, comme si j'avais peur qu'il me retire le peu de divertissement et d'extérieur  qu'il apporte en ce purgatoire. Je n'avais pas conscience jusqu'à cet instant que j'avais besoin de ça, de ce petit fragment quotidien et de simplicité. J'ai besoin de ça, l'air de rien, pour rester humain. J'ai besoin de ça pour me souvenir que dehors, il y a un monde tout entier qui vit et qui oublie que nous sommes ici à croupir.

"Tu es trop bon… Mais tu le sais ça, non ? Sinon tu ne serais pas son enfant chéri…" Je viens poser une main sur son épaule et lui souris plus franchement. "C'est énorme ce don que tu me fais. C'est trop et j'apprécie…" Mes doigts glissent bien loin de sa personne et presque gêné, je reprends. "Continue de faire attention à toi. Je n'aimerais pas devoir accepter d'autres de tes cadeaux pour t'avoir sauvé."
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Sam 8 Avr - 22:22
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Je suis le berger du Seigneur, celui qui veille sur ses brebis, même celles qui sont allées s’égarer loin du troupeau, dans des pâturages moins verts et qui en sont revenues avec une toison bien moins blanche. C’est sur celles-là même que je dois faire plus attention, car ce sont elles qui ont besoin de plus d’aide… Il est normal d’accorder plus de temps et de soins à ceux qui en ont le plus besoin, et c’est pour ça que je suis ici, après une nuit bien agitée à penser et repenser ce qui s’est passé l’autre jour, à revoir le film de cette scène violente en boucle même les yeux fermés. Pour ça j’ai prié, beaucoup, et j’ai vite compris que ce n’était qu’une mise à l’épreuve de Dieu, que le Tout Puissant voulait me tester, tester ma foi et mes convictions. Avoir la preuve que même s’Il mettait des obstacles sur ma route je ne me détournerai pas de lui à cause de la difficulté et qu’au contraire j’accélèrerai le pas. Et alors que j’étais à genoux au pied de mon lit je me suis aussi dit que je n’étais peut-être pas le seul à avoir été mis à l’épreuve ce jour-là. Peut-être même que je n’étais que l’instrument du Seigneur dans une épreuve destinée à Lev… que c’est lui dont Dieu voulait avoir l’assurance de son bon fond et de la pureté de son âme. C’est lui qui s’est interposé pour me sauver, pour montrer que l’étincelle de la bonté divine brillait en lui…

Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort,
Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi:
Ta houlette et ton bâton me rassurent.
Tu dresses devant moi une table,
En face de mes adversaires;
Tu oins d'huile ma tête,
Et ma coupe déborde.


Le Cantique de David roule sous ma langue et sur mes lèvres à mesure que mes doigts font glisser les grains du chapelet ancien. C’était Lev le bras de Dieu pour me protéger moi, celui qui garde mon chemin dans la vallée de la mort et des ombres… et peut-être que je serai l’outil de sa rédemption et de son salut…
Le lendemain je viens le voir avec un cadeau, un assortiment de choses banales, le genre de truc qu’on peut rassembler en quelques minutes à peine dans n’importe quel foyer, mais qu’on ne trouve pas là…pas dans ce monde. Je le cherche du regard dans la salle commune, et une fois que ses yeux de glace ont croisé les miens je lui fais comprendre que je veux échanger quelques mots avec lui. Loin des oreilles indiscrètes… Je m’éclipse donc, bientôt rejoint par le colosse blond auquel je lance un sourire sincère en même temps que je lui donne mon cadeau.

Je l’observe ouvrir le sac et en découvrir ses trésors, même si sa première réaction me fait grimacer. Les clopes et le porno. Evidemment. Je suis stupide, ou alors trop pur par rapport à leurs préoccupations, ou les deux, et je commence déjà à me justifier quand il m’arrête.

Oh je suis désolé. Je pensais que…

Puis je ris en comprenant qu’il plaisante. Lui. Lui que je ne voyais que comme un bloc de marbre ou de glace impassible, il me surprend à se jouer gentiment de moi, de sa voix rauque, comme si elle était rouillée de ne parler que trop peu.

J’ai prié pour toi Lev. J’ai demandé au Seigneur de te guider sur la voie de la rédemption et que cette part de bonté que Dieu a mise en toi puisse continuer à briller et te guider… Ce n’est pas rien ce que tu as fait pour moi… et on dit bien que le mal gagne quand les gens bien tournent la tête. Toi tu as vu et tu as agi. C’est une preuve…

Je lui souris franchement, heureux de pouvoir l’encourager et le remercier d’être intervenu pour moi et le regarde découvrir les choses que j’ai glissées pour lui dans le sac, avant de rire à nouveau quand il me dit que je suis trop bon.

Je ne suis pas son enfant chéri, nous le sommes tous. C’est juste que j’ai entendu son appel et j’ai décidé de lui consacrer ma vie. Je n’y ai pas été obligé, c’est moi qui l’ai voulu…

Je pose ma main sur ses doigts immenses posés sur mon épaule, mais à peine j’ai esquissé mon geste qu’il fuit, qu’il recule, comme s’il s’en voulait d’avoir été trop proche, trop intime avec quelqu’un qui ne serait pas de son monde, pas de son clan. Comme s’il avait cessé de jouer son rôle de Cerbère et qu’il avait peur que je voie l’être humain caché derrière.

Je fais attention à moi, enfin j’essaie. Et Dieu veille sur moi, comme sur toi. En attendant j’espère que les gardes ne t’ont pas trop fait de mal…

Je m’approche pour tapoter légèrement le haut de son bras avant de reculer pour respecter son espace.

Merci Lev…vraiment. Et je… j’aimerais bien pouvoir revenir te voir pour discuter… si tu veux bien, évidemment…

Je le laisse tranquille, reprenant les visites des détenus, écoutant leurs confessions, la liste de ce pourquoi ils veulent se repentir, se racheter, ce qui leur pèse et qu’ils veulent me confier pour se sentir plus libres, plus légers, et par là faire un pas de plus vers Lui, vers Son royaume. D’autres parlent plus librement de leurs projets d’avenir, de leurs désirs, de la vie qu’ils ont quinze heures sur vingt-quatre pour imaginer, échafauder brique par brique dans les moindres détails. Il y en a qui sont touchants oui, dans leurs regrets, dans leur souhait de faire différemment, de ne plus reproduire ce qui les a amenés ici et qui les a trop souvent privés de ce et ceux qu’ils aiment… A la fin de la journée je sors, et deux jours plus tard, sortant d’un groupe de parole je passe devant la cellule de Lev et je lui lance un simple clin d’œil alors qu’il est sur son lit à lire un des magazines que je lui ai amenés, avant de déposer un nouveau paquet sur sa table et repartir comme si de rien n’était.

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Lun 10 Avr - 18:37
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Sans que cela ne m'étonne plus que ça, il tente d'esquiver la vérité en quelques paroles qui ont pour but, je le pense, de me rassurer et de faire entendre que Dieu lui-même est capable de m'aimer malgré mes paumes couvertes du sang des innocents et des crapules que j'ai tué le temps de ma courte existence. Ne voulant pas le contrarier, je me contente de sourire faiblement et de mettre un peu plus de distance entre nous, comme pour lui faire comprendre que je crains presque de le souiller à trop rester avec lui. Je n'aurais déjà pas dû l'approcher et encore moins le sauver, mais poussé par un instinct que je n'ai pas su contrôler, nous voilà pourtant là, à jouer un numéro dangereux qui pourrait, et va, déplaire aux restes des résidents de cet enfer terrestre aux murs de béton. Entre mes doigts calleux, je serre un peu plus le sac de friandises et de magazines, alors que je tente pour lui d'esquisser un léger sourire avant de le laisser partir.

"Ils ne me cognent pas assez fort pour me faire mal. Et même si ils y mettaient toutes leurs tripes... Ils n'arriveraient pas à me faire le moindre bleu. On a la peau dure chez nous..."


On résiste à tout, ai-je envie d'ajouter, surtout quand on avait un père qui avait pour habitude de boire et de passer ses nerfs sur son fils et sa femme. Sans rien ajouter, et les lèvres pincées, je le laisse approcher et accepte son geste d'affection sans m'en offusquer, me disant simplement que désormais, la prison toute entière va penser que le jeune prêtre me suce tandis que le blondinet qui me colle sans cesse va insister de plus belle, au point peut-être de venir se glisser dans ma cellule. Je retiens de juste un soupir alors que je laisse filer James sans rien dire de plus, me contentant de le saluer d'un geste de la main et de mes prunelles qui ne le lâchent pas. Mais une fois seul, j'avoue ne pas avoir envie de retourner parmi les autres mais plus de m'enfermer dans ma cellule et de grignoter quelques friandises qu'il m'a si gracieusement apporté. C'est ainsi que sur mon lit je me trouve pour déballer une barre chocolatée dans laquelle je m'apprête à croquer pour être au final interrompu par le jeune homme au prénom que je me refuse à retenir, histoire de ne pas prendre pitié pour ce semblant d'être humain qui ne devrait pas être enfermé avec les monstres que nous sommes.

"J'ai pas écouté, si c'est ce que tu crains..." me dit-il en remontant ses lunette sur son nez aquilin. "Je voulais juste... Pas être trop loin de toi... Histoire que...." Je montre presque les dents juste pour le plaisir de le voir se recroqueviller sur le pas de mon antre, ayant ainsi la soudaine impression d'être un dragon que l'on n'oserait pas trop déranger, de peur de rencontrer bien trop vite notre Créateur à tous. Je croque dans la barre et apprécie de sentir qu'elle est fourrée de noisettes et d'un peu de caramel, prenant de ce fait le temps de bien mâcher avant de lui faire comprendre qu'il n'a rien à faire ici. "Je n'ai pas changé d'avis et je ne changerais pas d'avis. Je prends personne sous mon aile parce que ça attire jamais rien de bon. S'tu veux quelqu'un qui fera attention à toi... Parait que les irlandais peuvent s'occuper de ça... t'auras juste à trouver de quoi les payer et...." Je hausse les épaules, lui faisant comprendre par ce geste que le reste se fera tout seul, et si je m'attendais à ce qu'il lâche l'affaire mais c'est tout le contraire. Le gamin s'entête, devient même à moitié rouge alors que vers moi il avance, avec la démarche du mec désespéré qui n'a plus rien à perdre et qui s'apprête à faire une connerie potentiellement mortelle. "Mais justement, je veux pas des autres ! J'ai besoin de quelqu'un comme toi ! Quelqu'un qu'est pas complètement taré et qu'est encore capable d'être juste humain !" Le gamin s'approche trop et en geste mécanique que j'ai dû apprendre pour survivre, je le chope au col pour mieux le plaquer contre le mur de ma si étroite cellule.

"Je vais le dire une dernière fois... Je n'aide personne et je n'ai rien d'un mec bien. Alors tu vas gentiment te casser et arrêter de me suivre partout, sinon c'est moi qui vais m'occuper de faire de ta vie un enfer."

D'un grognement je l'envoie au sol et me fait menaçant ayant ainsi pour lui un grognement à peine humain tandis qu'il rampe à moitié pour tenter de fuir.

"Je n'ai rien d'un homme. Je suis une bête que tu devrais craindre, comme les autres. Alors maintenant, dégage."

Je n'ai pour lui qu'une dernière attention, une humiliation qui se fait par le biais du glaire que je lui crache dessus et qu'il emporte avec lui au même titre que ses balbutiements, me laissant enfin seul, mais un étrange goût sur la langue, une amertume qui refuse de me quitter et qui s'autorise même à faire glisser le long de mon échine, une étrange sensation de dégoût pour moi-même. Désireux de rapidement me changer les idées, j'attrape un des magazines dans le sac et me force à le lire, essayant ainsi de distraire mon esprit et de savourer la barre qui dans ma bouche a désormais un goût de cendres.

Cendres qui resteront à mon réveil et qui s'installent même sur mon palais à l'instant même où je vois le pauvre garçon de la veille avec un bras de le plâtre et le visage tuméfié mais entouré de deux gorilles latinos. Ile me jette à peine un regard, et dans le peu d'iris que j'arrive à voir, je peux y contempler ma culpabilité et sa déception. Mon coeur se serre, et pour le reste de la journée, je me retrouve hanté avec cette seule et même question... "Pourquoi ne l'ai-je pas aidé ?"

Le lendemain je préfère m'isoler, allant même jusqu'à provoquer un surveillant simplement pour m'attirer ses foudres et le droit de passer la journée dans ma cellule, avec interdiction de la quitter sous peine de terminer à l'isolement pour le reste de la semaine. La punition me ravie, tout comme le bleu que j'ai à la pommette. Allongé dans mon lit, je me sens du coup presque heureux, car châtié pour ce que je fais à ce pauvre gosse. Pourtant, quand James passe et dépose un autre colis sur la table devant ma cellule, je me lève, enfin bondis hors de mon lit pour mieux me jeter sur les barreaux de ma cellule.

"Mon père !"

J'entends déjà le garde s'agacer qu'ainsi je remue et alors qu'il menace de frapper de sa matraque mes poignets désormais à nus.

"J'ai... J'ai des choses à confesser ! J'ai besoin de vous parler, James."

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Mer 28 Juin - 16:18
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J'aurais pu prendre un chemin totalement différent quand j'y repense... A l'heure qu'il est, je pourrais être comme les autres, à aller bosser enfermé dans un bureau où mes journées consisteraient à étudier des dossiers, remplir des cases ou des formulaires, m'occuper de clients dans le seul et unique but de faire faire plus de profits à un patron déjà millionnaire que je ne rencontrerai plus jamais. Que je pourrais passer ma vie à être constamment pressé, à courir d'un métro à l'autre et à passer sa semaine à attendre les deux jours du week-end pour enfin avoir le temps de faire ce que j'aurais envie de faire, de courir pour le linge, les courses et le ménage avant que le lundi n'arrive bien trop vite et que tout recommence. Je pense à tout ça alors que je me prépare comme tous les matins, et que je me sers une tasse de café dans la cafétéria du séminaire. Et je souris en me disant que je travaille aussi pour un patron que je ne verrais jamais avant l'heure de ma mort mais qu'est-ce que c'est plus gratifiant de savoir que chaque jour j'aide ces gens à aller mieux, à trouver leur voie, à guérir de leurs erreurs passées et à devenir de meilleures personnes? Qu'est-ce qui pourrait me rendre plus satisfait que de voir un ancien détenu sortir de là avec un projet et un avenir radieux qui s'annonce pour lui, et s'éloigner des chemin sombres sur lesquels il s'était aventuré jusqu'alors, pour marcher d'un pas serein sur la route pavée de lumière qui mène à Lui. Tout l'or du monde ne pourrait pas acheter ce sentiment, cette satisfaction d'être utile, et d'avoir un rôle à jouer dans Ses plans... Et puis, ça me permet d'assister à des miracles aussi, comme la semaine dernière où Lev, celui dont j'aurais le moins attendu de l'aide, est venu à mon secours alors que des détenus me cherchaient des noises. Dieu a provoqué ça pour lui montrer qu'il avait la volonté d'agir et de faire le bien, et pour ça, je suis content d'avoir été chahuté, tant que ça a pu permettre à la grandeur qui était en lui de se montrer, rien qu'un peu. Dans la nuit la plus complète une bougie s'est allumée. Petite et vacillante, mais elle est là à présent, et mon rôle est de l'empêcher de s'éteindre, et surtout, de l'alimenter pour que la flamme devienne une torche, et la torche un brasier...

C'est pour ça que je lui prépare un nouveau sac contenant des douceurs et des choses agréables, pour lui montrer à quel point faire le bien peut être bon et doux, et ainsi l'inciter à recommencer. Lui faire découvrir la gratitude de celui qu'on a sauvé, ou au moins tendu la main. Après mon petit déjeuner passé à discuter avec les autres aspirants comme moi je fourre son cadeau dans ma besace et me rends au presbytère où je retrouve le père Paddy. Nous allons ensemble à la prison, et pendant toute la journée on alterne groupes de parole, entretiens individuels et séances de confessions. C'est en passant d'une activité à l'autre que j'en profite pour déposer discrètement ma petite attention à Lev, qui est tranquillement en train de lire, installé sur son lit, et je suis prêt à m'en aller quand j'entends sa voix rauque à l'accent prononcé qui m'appelle accompagné du bruit de paumes sur les barreaux. Je sursaute et retourne sur mes pas, voyant que le garde est déjà en train de le regarder avec suspicion. Je le connais bien ce garde, il s'appelle Gabriel, et il vient d'Haïti. Une chance pour moi qu'il soit très croyant et religieux. Je m'approche de la porte de la cellule de Lev, tout en souriant au garde.

Allons Gabriel, il ne faut pas vous inquiéter. Ce jeune homme a l'air de vouloir me parler, et qui suis-je pour refuser une confession? Surtout que s'il est ici, c'est qu'il a commis une erreur non? Alors quoi de mieux que de l'entendre s'excuser et regretter ses fautes à Dieu?

Le maton hésite, grogne un peu et s'approche de nous, son trousseau de clés en main. Je tapote doucement son épaule, gardant toujours un sourire radieux, lui glissant.

Dieu vous sera gré de votre miséricorde Gabriel. Il sera fier de vous et du fait que vous répandez Sa Parole...

Et voilà, il est fier, fier aussi de faire ce qui est juste, et d'ouvrir la porte. Ce n'est pas grand chose en soi, mais c'est beaucoup. En ouvrant cette porte, il accepte le doit au pardon et à la confession pour Lev, même si je me demande si c'est bien ce que le russe veut faire en m'appelant auprès de lui. La lourde porte glisse sur les rails et j'entre, avant qu'il ne la referme soigneusement derrière lui, me laissant enfermé avec cet immense lion qui a pourtant sauvé l'agneau que je suis. Une fois hors de portée des oreilles indiscrètes je m'assieds sur l'unique chaise de la cellule.

Bonjour Lev... qu'est-ce qui t'es arrivé pour te mettre dans des états pareils? On t'a fait du mal?

Je penche légèrement la tête, désignant son bleu du bout des doigts. Puis je me rassieds un peu plus confortablement, souriant toujours.

Alors, est-ce que c'est vraiment pour une confession que tu m'as fait venir ou veux-tu qu'on discute d'autre chose?

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Ven 14 Juil - 18:39
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Les mots glissent d'entre mes lèvres avant que je n'accepte mon sort. James se retourne et nos regards se croisent mais je sais qu'il est trop tard. Le gardien va briser de son armes mes phalanges tatouées et enfin m'infliger le châtiment qui aurait dû être le mien à l'instant même où au lieu d'aider ce pauvre pauvre garçon, je l'ai poussé dans les bras de ceux qui comme moi ont mérité au sein de cet enfer leur place. Sans crainte ou angoisse, je ferme les yeux et attends, accueille même la douleur avec une certaine sérénité, espérant que celle-ci effacera dans mon esprit le regard suppliant de celui que j'aurais dû prendre sous mon aile. Ainsi, j'attends que l'on punisse ma chair pour la faiblesse de mon coeur, mais rien ne vient. Ni cris, ni douleur. Tout ce qui suspend le règne du silence, c'est la voix douce de Buck et ses mots, qui en plus de calmer le gardien, font naitre et fleurir en mon être une pointe de sérénité au milieu de la culpabilité. Docilement, et sans résister, je recule au fond de ma cellule, prouvant ma bonne volonté alors que James me rejoint à l'intérieur, affichant un sourire que je ne peine à lui rendre. Il ne devrait pas être aussi heureux de me tendre la main, et si j'ai envie de lui dire de cesser de voir du bon en moi, je préfère converser un certain silence et me rassurer en me disant qu'une fois que je lui aurais dévoilé les noirceurs de ma personne, il comprendra enfin que chez moi il n'y a rien a sauver. Sans un mot je me laisse retomber sur mon lit et lui fait bien malgré moi face, la tête basse et le regard fuyant. Au loin, j'entends les pas du gardien qui nous offre un instant de paix, et si je devrais légèrement sourire pour l'intérêt que le jeune prêtre me porte, je préfère simplement faire craquer mes phalanges et laisser un silence pesant s'installer entre nous, le temps que je trouve un peu de courage.

"Non... Je me suis fait ça."

Ma voix rauque et grave s'élève à peine dans la pièce alors que je lève très légèrement le nez vers lui.

"J'ai fait quelque chose dont je ne suis pas fier mon père. J'ai honte."
Je pince les lèvres en une moue boudeuse et passe une main sur mon visage tandis que je tente de ravaler la boule que j'ai dans la gorge. "Je n'arrive plus à croiser mon reflet et tout semble avoir un goût de cendres... Même la nuit je suis hanté par ce que j'ai fait. Je pense à Dieu, qui de là-haut doit me renier et se dire que de moi on ne peut tirer." Je marque une légère pause. "Il doit être déçu que malgré tout, malgré son pardon que j'implore chaque jour qu'il fait, je continue de prendre de mauvaises décisions." Je défais l'élastique qui retenait jusque-là ma longue crinière et la laisse cascader sur mes épaules et dans mon dos. Nerveusement, je joue avec l'élastique avant de passer une main dans mes cheveux. "J'avais le choix et... Et lui... Il était un agneau. C'était un message mon père... Les anges l'ont sûrement mis là pour tester la foi de ceux qui pourrissent ici." Un soupir m'échappe et enfin, je me redresse un peu, croisant plus convenablement le regard de celui que je ne veux décevoir. J'aimerais avoir le droit d'être plus souvent ainsi, de croiser plus de prunelles qui portent en elles la même once de compassion et de tendresse qu'il a pour moi. J'aimerais que plus aient le cœur aussi prompt à tirer les âmes perdues de ce monde des ténèbres qui les rongent. Mais n'étant point méritant de tout ça, il me faut aussi faire le deuil sur cette chaleur qui éclaire ses pupilles et fait naître sur son doux visage un sourire que jamais je ne reverrais. "Il est venu plusieurs fois, devant ma cellule, à implorer mon aide. Il suppliait, il tremblait. Il disait que j'étais différent." Mon cœur se serre face aux souvenirs me reviennent. "Il voulait que je le protège... Il voulait mon aide... Et je l'ai repoussé. Je l'ai brutalisé pour qu'il entende que j'étais un monstre qui ne pouvait rien pour lui." Le regard de nouveau perdu dans le vite, je cherche à faire le tri dans mes pensées pour mieux chasser l'horrible vérité qui sans cesse revient me hanter. Ce Lev que j'étais pour mon tsar n'a jamais été un rôle que je jouais mais une facette de moi-même que j'ai bâtir pour ne plus être faible... Et ce qui pouvait rester de l'être bon que j'ai été a dû être étouffé par ce même exécuteur, qui sans peine eu ce tatouage qui fait encore trembler ceux qui croisent mon regard. De mes doigts, je tente de couvrir le crâne à la rose sur le dos de ma main droite avant de reprendre d'une voix adoucis par l'émotion.

"Il voulait mon aide, mon père. Il voulait quelqu'un qui ne le toucherait pas et qui ne lui ferait pas de mal. Il voulait que je le réclame et que je lui laisse simplement une place dans mon ombre... J'ai péché et je ne sais comment me racheter. Je ne sais plus quoi faire James."
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Ven 21 Juil - 22:09
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Chaque jour je suis heureux, le plus heureux même, à voir autour de moi des preuves de Son existence, et à admirer le million de miracles qui m'entourent et qui sont trop souvent ignorés du commun des mortels trop presser. Les miracles sont nombreux et partout. Une simple coccinelle et une merveille d'organisation, et dans un si petit corps, tout a été pensé pour que chaque chose soit à sa place, et soit indispensable au fonctionnement de l'ensemble, pour qu'il s'anime grâce à Son souffle. Les pattes qui s'articulent, ces élytres rouges ou noires qui s'ouvrent pour laisser s'étendre des ailes transparentes et irisées, tout ça est là grâce à lui, et pourtant il s'en faut de tellement peu que cet ensemble ne fonctionne pas, qu'une des pièces soit mal conçue et ne s'assemble pas correctement... et malgré tout elle est là, sous mes yeux, à trotter sur ses pattes qui sont à peine plus épaisses que des cils, et aider à la marche du monde en éliminant les pucerons qui affaiblissent les plantes. Je vois ses miracles dans un rire d'enfant ou dans la pluie qui tombe du ciel. Je vois ses miracles dans la palette d'ocres d'un soleil couchant et dans l'infinité des étoiles au-dessus de ma tête la nuit. Je vois ses miracles dans le fait qu'il nous ait donné un esprit capable de réfléchir sur nous mêmes, de nous détacher des besoins primaires des animaux pour pouvoir Le comprendre, et aussi apprécier l'ensemble de ce qu'il a fait pour nous... Même la tasse devant moi ce matin en était une, car il a créé cette plante, puis a fait en sorte qu'on comprenne quelle était son utilité, et qu'on en tire quelque chose qui, s'il n'est pas indispensable à notre existence -en dehors de NY, ici c'est impossible de vivre sans- aide beaucoup dans le quotidien de millions de personnes, et leur fait plaisir, tout simplement. Et si trop de gens passent trop vite pour remarquer tout ça et prendre le temps de les observer, ou au moins en prendre conscience, je le fais pour eux. Je suis dépositaire de tout ce qu'Il a fait pour nous, et dans toutes mes prières je le remercie, au nom de tous mes frères humains...

Et un autre miracle de ma journée a été que Dieu me fasse gagner la confiance de ce cher Lev, Lev ce lion des steppes à la fière crinière qui ne se laissait pas approcher et qui régnait en solitaire sur son territoire, celui-là même qui a volé à mon secours et qui maintenant veut me parler. Plus le miracle de Gabriel dont je suis arrivé à détourner la colère et que j'ai su rendre fier de ses bonnes actions. C'est donc le coeur plein d'amour et de reconnaissance que j'entre dans la cellule du prisonnier et m'installe face à lui, m'inquiétant tout d'abord de son état et de ses blessures. Assis en face de lui, je hausse un sourcil quand il me dit qu'il s'est infligé ça lui-même, le regard baissé comme un enfant qui avoue avoir fait une bêtise.

Comment as-tu pu te faire ça tout seul? Tu es sûr que tu ne veux pas que je te fasse amener à l'infirmerie? N'hésite pas surtout...

Pourtant non, à sa mine et à ses mots je comprends qu'il n'est pas question de son état physique, et rien qu'à le voir, à deviner les tatouages et les cicatrices qui ornent son corps, je sais bien qu'il a connu beaucoup plus grave. C'est l'état de son âme, ou de son coeur qui le préoccupe, et je suis là pour ça... Ma spécialité même... et ma raison de vivre surtout. Alors je l'écoute comme c'est mon rôle de le faire, mais mon plaisir à l'idée de l'aider aussi, un sourire tendre et compatissant aux lèvres et hochant la tête de temps à autres. Je laisse tout ce qu'il avait sur sa conscience se purger sous forme de mots et de paroles, alors que sa voix rauque au fort accent flotte doucement dans sa cellule triste. Je ne dis rien, ne prononçant pas un seul mot, pas une seule parole de peur de le couper dans son élan, ou que ce que je pourrais lui dire ne le fasse se refermer et taire ses confidences. J'observe son regard coupable, je note le ton amer et inquiet de sa voix alors qu'il avoue sa faute sans tenter de se donner un bon rôle ou de trouver une bonne excuse, et en cela c'est beau... se montrer ainsi à nu, exposer ses erreurs et ses faiblesses sans s'abriter derrière le voile du mensonge... C'est un bel effort et une belle épreuve qu'il accomplit là, et c'est seulement quand je comprends qu'il a terminé que je m'assieds un peu plus sur le bord de la chaise, et que je viens doucement prendre ses mains aux phalanges tatouées.

Lev... comme le dit le proverbe, l'erreur est humaine, et Dieu le sait car il nous a créés imparfaits. C'est tout à ton honneur de reconnaître que tu n'as pas forcément eu la meilleure réaction, ou la meilleure attitude face à la situation, et maintenant nous allons réfléchir ensemble à comment réparer cette erreur et obtenir Son pardon comme celui de ce jeune homme. Et tu n'es pas un monstre Lev... l'autre jour rien ne t'obligeait à m'aider et pourtant tu l'as fait... alors pourquoi pas lui? Est-ce que tu saurais dire pourquoi tu lui as refusé la main que tu m'avais tendue à moi? Je ne suis pas meilleur que lui tu sais... Et il avait sans doute plus besoin de ton aide que moi. N'aie pas honte, essaie juste de chercher en toi-même ce qui t'a fait agir ainsi pour comprendre ou a été ta faiblesse, la combattre, et faire en sorte que ça ne se reproduise plus. Je t'écoute...Tu peux me parler sans honte, je suis là pour t'aider...

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