Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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Stage Beauty

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Date d'inscription : 03/04/2014
Lun 8 Fév - 11:25


Stage Beauty


Monsieur Beckett?
Oui Samuels?
Des rumeurs courent dans Knightsbridge monsieur. Un jeune acteur draguerait les foules. Les gens viendraient le voir depuis plusieurs quartiers à la ronde, même depuis Southwark.
Intéressant. Et toi l'as-tu vu?
J'en viens monsieur. Et les rumeurs ne sont pas infondées. Il est très talentueux messire, et très beau. Le genre de jeune homme qui pourrait devenir le nouveau Herbert Beerbohn Tree...
A ce point?
Sans nul doute monsieur.
Intéressant. Réserve nous deux places pour demain. Tu viendras avec moi et nous irons nous rendre compte de ce nouveau prodige. Si effectivement il mérite qu'on s'intéresse à sa petite personne...
Je m'en occuperai demain monsieur.
Parfait. Tu es libre à présent, j'ai encore du travail...
Bien monsieur. Bonne nuit.
Bonne nuit Samuels.


Mon second ferme la porte derrière lui et je reste pensif quelques minutes en regardant les flammes ronfler dans la cheminée de mon bureau. Un nouveau talent. Un nouveau visage. Un nouveau départ peut-être? C'est ce que j'espère. J'aime cette chasse. Depuis plusieurs siècles la chasse pour me nourrir ne m'amuse plus et ne m'intéresse plus. Je connais suffisamment de monde et j'ai suffisamment d'argent pour décider une pauvre âme affamée à passer simplement un peu de temps avec moi, par pure charité, oubliant totalement que mes crocs se sont enfoncés dans sa jugulaire et que j'ai savouré de longues minutes leur sang chaud et épais qui s'est ensuite répandu dans mes propres veines. Non. Ils se souviennent juste qu'un homme de la bonne société ouvre parfois sa cuisine aux plus nécessiteux, offrant une soupe, et un shilling ou deux. Ce qu'ils ne savent pas c'est que je les observe, ces miséreux, ces pauvres âmes, et je les sens. J'élimine les malades, les tuberculeux ou les phtisiques, et je ne garde que ceux qui sont en bonne santé, simplement affamés. Cela peut aller du sang d'un forgeron, fort, au goût de cuivre et de tabac, à celui d'une petite jeune fille qui aura le goût de jacinthe et de thé à la menthe. Depuis que je suis revenu à Londres, c'est tout naturellement que mes pas m'ont ramené vers mes premières amours, à savoir le théâtre. Que voulez vous, depuis des siècles je vois que mes pièces continuent à avoir du succès, continuent d'être jouées, étudiées, disséquées, apprises. Je suis l'auteur le plus célèbre de la langue anglaise, et personne ne le sait. Tout le monde sait que le grand, l'immense William Shakespeare est sagement en train de pourrir dans une tombe. Mon prête nom oui. Enfin celui-là n'était qu'un de mes acteurs que j'ai embauchés pour jouer mon rôle. Parce qu'un gringalet tel que moi n'aurait jamais pu connaître un tel succès. Parce qu'un gringalet tel que moi n'aurait jamais pu entrer dans les livres d'histoire. Mais qu'importe. Il ne m'a fallu que trouver le bon pigeon, à savoir un poissonnier de Stratford-Upon-Avon, lui mettre de beaux vêtements, lui donner des consignes précises, nimber le tout d'un voile de mystère et le tour était joué. Le mythe était écrit. Et moi je me contentais d'écrire dans l'ombre, de tout gérer de loin, noircissant feuillet après feuillet de la main droite, pendant que l'autre gardait son poignet pressé contre mes lèvres. Il n'y avait pas de café à l'époque.

Et les siècles ont cela de bon que j'ai pu amasser une fortune considérable et racheter mon théâtre. Mon bon vieux globe qui avait vieilli avec moi, et à qui je comptais bien offrir une renaissance spectaculaire. Depuis dix ans que je suis venu, toutes les pièces que j'ai lancées se sont avérées être des succès. Que dis-je des succès. Des triomphes. Je dépoussière celles que l'histoire a retenues, j'en écris de nouvelles, et parfois je mets en scène celles de jeune sauteurs talentueux dont je sens le potentiel immense. Et puis j'aime me renouveler. Là, les mots de Samuels m'ont mis la puce à l'oreille. Je ne suis pas souvent intrigué mais de telles éloges... cela mérite que je me déplace jusqu'à Knightsbridge... Je fais lentement rouler mon vin dans son verre de cristal alors que mes doigts effleurent distraitement les lions sculptés dans les accoudoirs de mon fauteuil. Ma nouvelle pièce, dont le dernier jet encore manuscrit trône sur mon bureau, sagement empilée sous un presse-papier en forme de dragon, attend encore son acteur principal et peut-être...peut-être que si ce jouvenceau sait se montrer convainquant... je lui offrirai fortune et gloire. Et je le formerai à ma guise, prenant son talent brut pour en extraire la quintessence. Je ne pense pas qu'il ait eu un maître ou un professeur, alors j'imagine bien qu'il aura des choses à apprendre et à perfectionner. Néanmoins... Si ce qu'il dit est vrai... alors j'aurais entre les mains un diamant brut.

Je reste pensif un long moment, jusqu'à ce que les premiers cris des oiseaux matinaux m'avertissent qu'il est temps pour moi de me retirer. Le soleil ne se montre pas encore mais la nature m'a offert de merveilleux guetteurs de l'aube afin que je ne me retrouve pas piégé. Je termine mon verre de vin d'un trait, le reposant sur le guéridon et monte, ma longue veste de soie chamarrée frôlant doucement les épais tapis et les parquets cirés alors que je monte dans ma chambre. Dans cette pièce luxueuse aux fenêtres condamnées je laisse glisser mes vêtements d'intérieur au sol. Je n'aime pas la mode victorienne, trop rigide et trop sombre, et je garde la nostalgie de l'époque où les hommes aussi pouvaient se parer de perles, de soieries, de pierres précieuses sans que cela ne fasse jaser. J'enfile un pyjama de soie bordeaux avant de m'enfoncer sous les couvertures et baisser la lueur des becs de gaz.

Le lendemain, dès que la nuit est noire, j'ouvre les yeux et sors du lit. Je prends un long bain puis file au théâtre, pour vérifier si tout se passe bien pour la pièce que nous jouons en ce moment. Cela fait deux mois qu'elle est à l'affiche et les comédiens sont rodés. Aussi je ne reste que pour distribuer quelques mots d'encouragement avant de filer voir ce nouveau talent, ce diamant d'innocence qui pourrit au milieu des morceaux de charbon. Le cocher nous arrête devant un bâtiment qui n'est même pas un vrai théâtre et nous nous frayons tant bien que mal un passage dans cette salle de taverne bondée, bruyante et nauséabonde. Dieu du ciel cela n'a pas changé depuis des siècles... les bas-fonds sont toujours aussi détestables... Je nous commande deux pichets de bière bien que nous savons tous les deux que nous n'y toucherons pas. Personne ne sait ce qui a été utilisé pour la faire et je ne n'abaisserai pas à boire une telle mixture... Puis on frappe les trois coups et le spectacle commence.

Il n'arrive pas de suite, notre poulain prometteur, mais bientôt Samuels effleure mon bras et se penche à mon oreille malgré le tumulte.

C'est lui.

Sans même qu'il ait eu à me le dire, je l'aurais deviné. Un lys au milieu des chardons. Une beauté à couper le souffle et un talent certain, bien qu'encore un peu grossier. Patience, patience très cher. Nous allons t'apprendre ce qu'est le théâtre, ce que  c'est que jouer. Et par chance pour toi, tu auras pour professeur le dramaturge le plus célèbre de cet empire... Petit veinard. La pièce, très commune et follement cliché se déroule, et je lutte pour étouffer un baillement. Dieu que c'est plat. Lui sauve tout le reste parce que sinon... La petite récite son rôle comme une écolière face à son instituteur et l'autre grand rôle en fait trop. Chaque geste est exagéré et donne l'impression qu'il chasse un taon particulièrement énervant ou qu'il souffre de la danse de Saint-Guy. Il n'y a que lui. Lui et personne d'autre pour qui je n'ai d'yeux. Mais c'est bien. C'est bien... Malgré les spectateurs bruyants qui font des commentaires à haute voix, qui invectivent les acteurs comme s'ils parlaient au personnage et que leurs beuglements pourraient changer la pièce, cela s'achève enfin. D'un signe de tête entendu j'envoie Samuels dans les coulisses pendant que je retourne jusqu'à la berline qui attend, sagement garée dans une rue attenante. Le souffle des chevaux fume dans la nuit fraîche et le cocher a mis des couvertures sur le dos des montures pour qu'elles ne prennent pas froid. Quelques minutes plus tard Samuels me rejoint.

Alors?
Alors je lui ai dit que le grand Samuel Beckett souhaiterait s'entretenir avec lui demain, autour d'un dîner. Sa surprise était immense. Un enfant un jour de Noël.
Parfait, parfait. Viendra-t-il?
Il vendrait père et mère plutôt que de  rater cette opportunité.


Et le lendemain soir je l'attends donc, vêtu d'une chemise en tissu précieux et d'un pantalon noir, ainsi que de petits souliers en tissu brodé à la mode orientale, et une de mes éternelles robes de chambre en brocart noir et bordeaux. Je suis sagement installé sur le sofa près du feu alors que près de moi un dîner gargantuesque est servi à l'attention de notre invité. Quand le carillon sonne je glisse un marque page dans le livre et le repose sur le sofa, me relevant mon accueillir le fameux James, que mon majordome m'amène.

Mon cher ami, soyez le bienvenu en ma demeure! J'imagine que vous devez avoir faim. Installez vous je vous en prie et discutons...

Un serviteur remplit nos verres de vin alors que je m'assieds face à lui.

Veuillez m'excusez si je ne mange rien mais j'ai déjeuné tard au théâtre... Mais je vous en prie, servez-vous. Et nous discutons une fois que vous aurez le ventre plein...


©louha
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Lun 8 Fév - 23:37

   
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   Mais qu'est-ce que je fais encore ici ? C'est bien la première chose qui traverse mon esprit alors que je quitte la scène, sentant le vague sourire que j'avais aux lèvres pour les salutations disparaitre. Qu'est-ce que je fais là, sérieusement… Vingt-cinq ans, et je suis encore là, à me produire sur des scènes minables avec un public qui passe plus de temps à descendre des bières et à beugler qu'à réellement admirer mon jeu… Enfin, pour ce qu'il y a jouer… Je m'enfonce dans les coulisses, la gorge sèche et le coeur encore vaguement affolé. Je trouvais ça grisant au début et maintenant… Maintenant je commence à me dire que je n'aurais jamais le droit à plus que ça… Alors certes, parait que certains se déplacent juste pour moi… Mais bon… Ça m'aide pas franchement à me payer un repas chaud tout les jours ou même à rembourser mes dettes. Je passe ma langue sur mes lèvres et j'attrape ma veste franchement usée qui attendait sagement sur une chaise. J'en tire d'une de mes poches mon tabac et alors que je commence à me rouler une cigarette, je laisse mes pensées dériver, n'écoutant plus les piaillements insupportables de Sharon ou ceux de Will. Je pourrais presque entendre mon père me dire "tu vois James ? Je te l'avais dis que ça ne t'amènerais nul part. Tu perds ton temps avec tes fantaisies. Il est temps que tu cesses de jouer à l'enfant que tu n'es plus et que tu fasses comme tes frères, que tu te trouves un vrai métier." Ma langue passe sur le papier à cigarette et je termine de rouler celle-ci, venant ensuite la glisser entre mes lèvres. Mon père ne m'a jamais soutenu. Il a été le premier à décrété que vouloir devenir acteur était une idée idiote que je devais me sortir de l'esprit, d'une manière ou d'une autre. Que ce soit en me privant de repas de temps à autre, ou en me collant de bonnes gifles. Je me souviens de ses hurlements, puis de ma mère qui venait ensuite me prendre dans ses bras, me murmurant doucement que pour ce soir, ça irait et que demain je pourrais retourner avec mes amis du théâtre. Je crois que sans me l'avoir jamais vraiment dit, ma mère m'a toujours soutenu… Je pense même qu'une part d'elle a toujours eu envie de me voir grimper sur les planches et être un acteur reconnu… L'allumette craque au bout des mes doigts et j'écoute la braise chantonner au bout de mes lèvres, tirant une première volute de tabac quand je sens qu'on m'appelle. Presque excédé je me retourne, haussant un sourcil quand je découvre l'inconnu qui tente de s'accaparer mon attention. Je baisse les yeux vers lui et je dois avouer rester muet quand je me rends compte que sa chemise a l'air bien plus propre et plus neuve que la mienne. La vache… Bon, rien de luxueux soit, mais on sent que lui peut se permettre de changer de chemise tout les jours. Ma cigarette trouve sa place au bout de mes doigts alors qu'il s'incline légèrement, m'annonçant calmement que le grand William Beckett en personne souhaite m'avoir à dîner demain soir. J'entrouvre les lèvres, sentant mon coeur se figer dans ma poitrine.

"Pardon ?"

C'est une blague. Ce n'est pas possible. Le grand William Beckett, le propriétaire d'un des plus gros théâtre de Londres souhaite m'avoir, moi James Barnes, acteur de troisième main et endetté notoire, à sa table. Oh par tout les saints. Un vertige me saisit alors que l'homme me sourit faiblement, répétant simplement sa proposition.

"Monsieur Beckett aimerait s'entretenir avec vous après un repas chez lui demain soir.
- C'est… Vous êtes sérieux ? Vraiment ? Oh… Dîtes-moi que ça l'est…
- Ça l'est, monsieur. Dois-je en déduire que vous acceptez ?
- Si j'accepte ? Je serais idiot de refuser ! Oui, oui, bien sûr… Je… Je serais là ! Oh gosh…
- Bien, je le ferais savoir à monsieur Beckett."

J'écoute à peine la suite, bien trop heureux. Il… Il veut m'avoir à dîner. Mieux il veut que je passe un entretien avec lui… C'est pas vrai… C'est pas possible… C'est merveilleux. Je… Enfin ! Il… Oh il a dû entendre ce qu'on disait de ma personne et…. Oh dieu du ciel ! Je crois que je vais m'évanouir. J'arbore un immense sourire digne d'un enfant le soir de Noël alors que l'homme s'excuse et me laisse seul dans les coulisses avec ma cigarette et le coeur en liesse. Enfin ! Enfin ! On comprend que je ne suis pas comme les autres, on remarque que je vaux mieux que ça… Que je mérite de jouer dans de vraies pièces et de vrais théâtre ! Que je ne suis pas un amateur mais quelqu'un avec du talent… Je me mords la lèvre jusqu'au sang, retenant un hurlement de joie. Du calme… Du calme… Là… Faut surtout que je rentre et que je me trouve une tenue à mettre… Et ensuite… Ensuite je pourrais me permettre d'aller me souler pour fêter ça. J'enfile rapidement ma veste et quitte l'établissement presque en courant pour retrouver la chambre minuscule qui me sert d'appartement.

*

"Qui ?
- William Beckett, m'man.
- Et c'est qui ?
- Le propriétaire d'un des plus gros théâtre de Londres… Tu m'écoutes ou… ?
- Oui, oui… C'est juste toi qui parle trop vite… Tu parles toujours trop vite quand tu es excité par quelque chose… C'est terrible. Déjà tout petit on avait du mal à te comprendre avec ton père par moment… Surtout…
- M'man !
- Pardon, pardon… Alors rappelle moi ce que tu vas faire avec lui ?"

Je pousse un soupir avant de lui expliquer pour la troisième fois que je suis invité chez lui ce soir. Tout le long de mes explications, elle refait amoureusement les coutures de ma chemise au col usé, recousant même un bouton ou deux alors que torse nu, et assis à la table de la cuisine non loin d'elle, je me permets de fumer une cigarette. D'un coup de dents elle coupe un fil avant de me faire signe d'approcher.

"… Et tu te rends compte ? Si il veut me voir… C'est sûrement parce qu'il a peut-être un rôle pour moi ! T'imagines ce que ça serait ? De jouer dans un vrai théâtre ? Et avec un public d'aristocrate fortunés ?"

Elle me sourit doucement, terminant de m'aider à enfiler ma chemise avant de la boutonner rapidement, en lissant les pans alors qu'elle observe son travail presque minutieux, qui malheureusement, n'arrive plus à tromper personne. Un soupir lui échappe alors qu'elle caresse doucement ma joue.

"Non je n'imagine pas… Mais je parie que c'est merveilleux, sinon je ne te verrais pas avec un aussi beau sourire… Mais…"

Oh non. Je n'aime pas ce "mais". Mon sourire disparait et je baisse les yeux, sentant déjà qu'elle va tenter de calmer mon enthousiasme, comme toute mère inquiète pourrait le faire.

"Mais si ça ne marche pas… Ou si ça ne te rends pas heureux ou ne te permet pas de t'acheter une nouvelle chemise ou de manger à ta faim… Je t'en prie… Rentre à la maison et reprends la boutique avec ton frère."

Je serre les dents, sentant sur ma langue un goût bien amer. Je savais qu'elle allait me dire ça. Je le savais. Et même si je comprends qu'elle me dit ça parce qu'elle s'inquiète… Une part de moi avait envie qu'elle me dise simplement qu'elle est heureuse de voir que j'ai peut-être une chance. Je me mords doucement l'intérieur de la joue avant de reprendre d'une voix plus douce.

"M'man… Tu sais bien que je ne veux pas… C'est pas mon truc de recoudre des vêtements ou d'en tailler… Je veux faire autre chose de ma vie… Je veux la vivre comme je l'entends.
- Je sais mon fils… Je sais… Tout le monde veut ça… Mais personne ne peut."

Surtout pas moi. Parce que mes parents ne sont pas fortunés, parce que je ne suis pas né dans la bonne famille…  Moi je dois courber l'échine et accepter mon destin alors que les plus riches peuvent décider, moi je dois accepter d'être ce que mes parents veulent que je sois. Je me recule légèrement, frissonnant doucement quand j'entends mon père approcher, qui déjà commence à grogner.

"Bah tiens… 'Me disait aussi que c'était toi… Qu'est-ce que tu veux cette fois-ci ? Manger à l'oeil ? Ou alors tu viens quémander quelques pièces histoire d'éponger tes dettes ? C'est ça, hein ? T'as pas l'impression d'avoir suffisamment profité de nous ? Allez, dégage… Retourne donc à ta misère."

Je serre les dents, n'osant affronter son regard. Ce n'est rien. Laisse glisser. Ça lui ferait bien trop plaisir que je m'emporte et que je commence à hurler. Tout ce que j'y gagnerais c'est une gifle et peut-être le plaisir de le voir me cracher au visage. À la place je me contente d'un sourire, glissant rapidement mes mains dans mes poches.

"Je suis aussi content de te voir p'pa. Rassure-toi, je ne faisais que passer…"

Je renfile ma veste et en lisse les pans avant de me pencher vers ma mère pour déposer un baiser sur sa joue, lui arrachant de ce fait un léger sourire et une caresse sur la joue. J'attrape la miche de pain qui traîne sur la table et en rompt un morceau avant de filer, soupirant quand je me retrouve dans la rue. Je mords dans le morceau de pain, me dirigeant d'un pas lent vers mon appartement. J'ai la journée à tuer, alors autant en profiter pour vraiment me décrasser… Histoire de faire bonne figure ce soir.

*

Quand le majordome m'ouvre la porte, je tremble presque comme une feuille. Pas à cause du froid, mais de l'angoisse qui se déverse dans mes veines à un rythme aussi soutenu que l'alcool que j'ai ingurgité avant de venir. Je voulais juste prendre un verre histoire de me calmer. Au final j'en ai descendu deux, histoire d'être sûr. Un léger sourire se glisse sur mes lèvres et presque timidement, je pénètre dans l'immense demeure, restant comme un idiot à contempler les boiseries et le mobilier. Il habite dans un palais. Rien que l'entrée fait presque la taille de la maison dans laquelle j'ai grandis… Ma chambre tiendrait dans le coin d'une pièce… Et je pourrais y dormir avec mes trois frères. Je suis le majordome, les mains dans mes poches, m'empêchant ainsi de toucher tout ce qui passe sous mes yeux. Et finalement… Finalement j'ai la chance de le rencontrer. Le William Beckett. L'homme qui va peut-être changer le cours de mon existence. Et… Et je suis affreusement déçu. Enfin déçu…. C'est un bien grand mot. Disons plutôt que je fronce quelque peu les sourcils. Parce que je m'attendais à quelqu'un de plus grand, de plus vieux aussi… Et surtout… Pas habillé avec des rideaux.

"Euh…"

Je sais que je devrais dire quelque chose mais le temps d'une bonne seconde, je ne peux que l'observer, tentant de comprendre si c'est une mauvaise blague ou si il est vraiment Le William Beckett. Je me tourne rapidement vers le majordome, cherchant une quelconque confirmation dans son regard avant de réussir à esquisser un sourire, retrouvant un semblant manière.

"Bonsoir… Monsieur… Merci pour… L'invitation…"

Pathétique. Mais il me le pardonnera. J'espère. Faut dire qu'avec son "mon cher ami"… Je reste muet. Il est bien, bien trop gentil, comme si… Comme si je sais pas… Je le comprends pas. Il est poli avec moi, mais pourquoi ? Je suis clairement pas de son rang et il aurait tout les droits de me traiter comme un chien… En fait… C'est presque étrange d'avoir quelqu'un qui me parle sans chercher à me rabaisser ou quoi. Plaisant mais déstabilisant. Deux verres sont remplis et je ne sais pas trop quoi faire alors qu'il s'installe à table, face au gargantuesque plats que je dévore déjà du regard. Mon estomac gronde et c'est à peine si je l'écoute. Je crois que je n'ai jamais vu autant de nourriture sur la même table… Et je ne parlerais même pas de l'odeur qui me fait saliver. Je m'installe face à lui, mon regard restant accroché à un plat en sauce.

"C'est… Bien trop gentil de votre part…. M'sieur."

Je descends rapidement la moitié de ma coupe de vin avant de commencer à remplir mon assiette d'à peu près tout, mélangeant le plat en sauce avec des légumes, attrapant au passage une miche de pain dans laquelle je mords avec appétit. La vache… Même son pain est meilleur que celui que j'ai pu bouffer jusqu'ici. Chaud et moelleux. Je pousse un soupir alors que je mâche, avalant rapidement pour ensuite goûter au reste. J'enfourne une grosse bouchée de plat en sauce, soupirant une fois de plus face  la viande tendre qui semble fondre dans ma bouche. La vache… C'est bon. C'est terriblement bon. Et c'est mon premier vrai repas depuis une éternité. Alors je mange plus que raison, attrapant de tout en me disant que je ferais mieux d'en profiter, parce qu'on ne sait jamais. Demain je vais peut-être encore jeûner. Et le jour d'après aussi. Je vais peut-être crever de faim pour la semaine à venir… J'en sais rien… Alors autant manger ce soir et faire des réserves. Les minutes passent et je me contente de manger, en oubliant complètement mes manières et seulement après avoir terminé mon verre de vin que je remarque le léger sourire qui ourle ses lèvres. Je m'immobilise subitement, me rendant compte de ce qu'il doit être en train de voir. Je serre les dents et m'essuie rapidement les lèvres avant de reposer ma fourchette.

"J'vois pas ce qui est amusant… Pardon de ne pas avoir votre éducation… "

Je repousse doucement mon assiette et détourne le regard, esquissant une légère moue. Je dois lui faire une bien mauvaise impression. Je suis en train de gâcher mes chances d'enfin sortir de ma misère quotidienne à cause de mes manières. Je passe ma langue sur mes dents et pousse un soupir.

"Pardon de… Enfin pour tout ça. Je ne veux pas paraitre grossier… C'est juste que le repas est vraiment excellent et ça fait un moment que j'ai pas aussi bien mangé…"

   
- Adrenalean 2016 pour Bazzart.
   
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Mar 9 Fév - 22:14


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Je souris alors qu'il apparaît dans le salon où le repas a été dressé. Et à la seconde où il me voit je remarque sa surprise. Hmmm je suis habitué à ce type de réaction, depuis le temps... Encore une fois, je sais qu'il ne s'attendait pas à me voir ainsi. Aussi jeune. Et aussi petit. Malheureusement être transformé en vampire n'a rien changé ni à ma taille, ni à ma corpulence. Ma voix est simplement devenue un ton plus grave, ce qui a aussi surpris l'un ou l'autre. Comme lui, maintenant. Lui aussi doute de moi, doute que je sois ce directeur d'un florissant théâtre qui produit toutes les pièces en vogue, les plus audacieuses et les plus originales, que ce soit dans la mise en scène ou dans l'histoire. Qu'il doute d'avoir en face de lui ce fameux William Beckett dont le nom s'étale sur les affiches collées sur tous les murs de Londres. Pourtant je garde mon sourire. Je suis acteur, moi aussi, après tout, et je fais celui qui n'a rien remarqué et qui est content de le voir. Je l'encourage à entrer dans le salon, face à la petite table ronde qui a été dressée pour que les choses soient moins formelles. Nous ne sommes que deux, alors à quoi bon le déstabiliser en nous installant dans la table de la salle à manger pour trente personnes. Ce serait sinistre et ne mettrait personne à l'aise, surtout pas lui, ce qui n'est certainement pas le but de la manoeuvre.

J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de nous avoir installé dans le salon pour le dîner. Nous ne sommes que deux et je me suis dit que ça serait plus agréable d'être ici plutôt que dans une immense salle à manger quasiment déserte. Installez-vous je vous en prie...

Je l'observe promener son regard sur tout ce qui l'entoure, caressant des yeux ce qu'il ne peut pas toucher de sa main, gêné et en même temps impressionné. Evidemment, pour un jeune homme de sa condition, il n'a pas dû venir souvent dans une telle demeure, vaste, luxueuse et confortable. Et dire que moi aussi, il y a quelques centaines d'années, je suis né dans un taudis d'un quartier miséreux, jusqu'à ce j'aie la chance de croiser un mécène qui a bien voulu lire mes pièces et m'introduire aux bonnes personnes. Jusqu'à croiser le chemin d'Elizabeth. La reine. Ma reine. Celle qui est arrivée à vaincre la grande Armada espagnole réputée insubmersible. Celle qui a fait rayonner le royaume britannique dans l'Europe et dans le monde. Celle qui m'a transformé... mais tout cela est une longue histoire, qui commence à prendre la poussière. Peut-être que je devrais écrire tout cela, avant que tout disparaisse, emporté de ma mémoire par les siècles qui se seraient succédés. Je lui fais signe de s'installer à table, de prendre place face au monceau de nourriture étalé devant lui, et qu'il fixe, comme hypnotisé. Il ne doit pas manger à sa faim tous les jours... cela se voit à sa silhouette trop mince, et à son costume rapiécé qui, bien que propre, a dû connaître des jours meilleurs... J'étouffe un léger et faussement modeste, accompagnant mes paroles d'un petit geste de rejet gracieux.

Oh ce n'est rien, pas besoin de me remercier. C'est toujours plus agréable de discuter autour d'une bonne table non? Et appelez-moi William je vous prie...

Je l'encourage à attaquer d'un petit geste de la main et pendant quelques minutes je ne fais rien d'autre que l'observer, un léger sourire et deux doigts effleurant distraitement mes lèvres. Il était talentueux sur scène, mais il est surtout très beau. Une beauté hypnotique, avec sa mâchoire carrée, ses yeux d'un bleu profond, ses dents très blanches... Il aurait pu avoir été sculpté et avoir été animé par magie... Et mon sourire s'agrandit quand je vois à quel point il se jette sur ce monceau de nourriture. C'est une des choses qui me manque le plus, depuis que je suis un vampire : manger. Pas l'acte de manger, non plus manger pour apaiser sa faim mais simplement...retrouver tous ces goûts différents et familiers. Le côté fondant et juteux d'une pêche bien mûre, le piquant d'une sauce au poivre et au vin rouge, le froid et la douceur de la glace à la vanille... Tout cela est loin désormais... mais parfois je rêve de pouvoir retrouver tous ces goûts sous la langue, mais c'est une chose à laquelle j'ai dû renoncer, pour ne me contenter que d'une seule nourriture à présent : le sang.

Perdu dans mes réflexions j'en ai presque oublié que je le contemplais, et je ne sors de ma torpeur que lorsque j'entends sa voix qui résonne, surmontant le crépitement du feu et le sifflement du vent à l'extérieur. Mon sourire s'efface quand j'entends ce qu'il me dit, finissant mon verre de vin avant de le reposer un peu sèchement sur la table. Non mais pour qui se prend-il? Comment ose-t-il se permettre une telle réflexion alors que j'aurais eu littéralement dix raisons de me moquer ouvertement de lui? Je dois faire sortir Frederik de sa torpeur, je l'ai obligé à se remettre aux fourneaux après des mois d'inactivité, et voilà que ce petit impertinent, plutôt que de me dire merci, se permet une telle réflexion.

Je suis sur le point de répondre lorsqu'il s'excuse de lui-même, presque comme un enfant pris en faute et qui s'en veut. Et le contempler ainsi, s'excuser timidement et sincèrement fait retomber ma colère aussi vite qu'elle s'est levée. Mon sourire renaît sur mes lèvres alors que je me radoucis.

Ce n'est rien. Mais si j'avais eu à déplorer vos manières je vous l'aurais dit en face. Là, si je vous ai invité c'est pour discuter de choses plus sérieuses et moins futiles que de savoir si on tient dans sa mai la fourchette à poisson ou à salade. Et pour votre information, la fourchette à poissons n'a que deux dents. Mais finissez, finissez, et ensuite nous en viendrons au but de votre venue ici...

je l'encourage à reprendre et à satisfaire sa faim qui doit le ronger bien fortement pour se jeter sur un repas avec une telle avidité. Puis quand il repose enfin ses couverts, repu, je me relève.

Venez, installons-nous sur le sofa. Désirez-vous un digestif? Whisky? Gin? Brandy? Bourbon? Dites-moi ce qui vous ferait plaisir...

Je le sers, me préparant un verre à moi aussi avant de m'asseoir, non sans avoir pris une chemise de cuir dans laquelle une pile de feuillets fraîchement imprimés s'entassent sagement.

Bien. Monsieur Barnes, je suis venu vous voir hier soir et j'ai eu la preuve de votre potentiel. Voici la dernière pièce que j'ai écrite et j'ai pensé à vous pour un rôle. Tenez, lisez-là, et ensuite vous me direz ce que vous en avez pensé...

Je souris et lui glisse la chemise entre mes mains, avant de prendre une gorgée de whisky qui brûle agréablement mon corps.

©louha
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Sam 20 Fév - 10:44

   
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   Le temps d'une seconde, je vois sa mâchoire se contracter et je me dis que ça y est… Que j'ai réussis à foutre en l'air mes chances avec le grand William Beckett, simplement parce que j'ai le malheur de toujours vouloir l'ouvrir… Comme si je me sentais obligé de dire tout ce qui traversait mon esprit. Une honnêteté qui si selon ma mère est une qualité, est selon mon père une raison pour me filer des corrections monumentales. Et là… J'ai peur que lui aussi entre dans une colère noire et décide de me mettre dehors, me renvoyant à mon théâtre miteux et ma vie de débauche et de dettes… J'aurais dû tenir ma langue… Manger et simplement apprécier le repas. À la manière d'un enfant, je baisse les yeux, m'excusant rapidement, espérant être capable de calmer la situation. Quelques secondes passent pendant lesquelles j'ai l'impression que mon coeur va imploser dans ma poitrine, rien n'est dit et je retiens mon souffle. Ça y est. C'est terminé. Je vais prendre la porte et il va m'oublier. Il va me laisser dans ma misère, me laisser retourner à mon quotidien où je descends plus de whisky que je ne mange de repas chauds… Et où pour tromper la faim, je vais échouer dans un établissement crasseux où je ne fais qu'alourdir mes dettes entre les cuisses d'une fille pas farouche dont les lèvres ont un goût d'absinthe et de tabac bon marché. Mais rien ne vient. Ni hurlements, ni colère froide, ni remarques désagréables. Juste un sourire qui revient ourler ses lèvres et une douce voix qui semble caresser ma joue. Je relève les yeux vers lui et je peine à contenir un sourire timide quand il me dit que ce n'est pas grave et que nous parlons affaires une fois mon repas terminé.

"Merci…"


J'attrape ma fourchette, qui ne doit sûrement pas être la bonne, mais franchement… Tant que ça me permets d'apporter la nourriture à mes lèvres, je m'en fous de savoir si c'est la fourchette pour le poisson ou la viande. Tout ce qui compte, là… C'est que je mange. Alors en silence, sans trop le regarder, je continue de dévorer différents plats en sauce, légumes, et autres accompagnements, ne savourant presque plus les plats. Malheureusement, j'ai juste… Faim. J'ai juste envie de manger suffisamment pour tenter de combler mes jours de jeûne, profitant simplement d'un repas copieux que l'on m'offre gracieusement. Et finalement, après un dernier morceau de pain, je pousse un soupir en contemplant mon assiette vide. C'est bon, je ne peux plus rien avaler, sous peine d'être malade… Doucement je repose mes couverts et me permets de terminer mon verre, avant de croiser le regard de mon hôte. J'observe son sourire bien étrange et le regarde se lever, faisant de même quand il me propose de m'installer avec lui dans le salon pour discuter. Je m'essuie les lèvres rapidement et quitte la table, marchant sagement derrière lui.

"Euh eh bien… Je ne serais pas contre un whisky…"

Même si à entendre la liste… J'aimerais avoir le droit de prendre un verre de chaque… Car vu sa position, chacun de ses spiritueux doivent être bien, bien meilleurs que les tord-boyaux que je descends le soir pour m'abrutir. Je laisse mon regard se perdre dans son salon immense et ne me concentre sur lui que lorsque j'entends la carafe et le verre tinter. Je le remercie quand il me tend le verre que je porte déjà à mes lèvres… Et rien que l'odeur est différente. C'est plus puissant, plus doux, bien plus agréable que l'alcool bas de gamme que je m'enfile le soir. L'alcool vient caresser mes lèvres, puis ma langue et alors que je subis la douce morsure de ce liquide ambré qui vient séduire mes sens et mon être. La vache… Même ça… C'est différent. Le goût ne me donne pas envie de plisser le nez ou ne me donne pas l'impression que je tente de m'anesthésier, non là j'ai l'impression… Que c'est juste bon, que je n'essaye pas de me punir en buvant. C'est juste bon… Et tellement plus sucrée, tellement plus complexe dans le goût. J'avale une autre longue gorgée et esquisse un léger sourire quand je sens que l'alcool commence à réchauffer mes entrailles. Le spiritueux vient se mêler à mon sang, glissant dans mes veines avec lui pour réchauffer d'une douce chaleur mon être. William me tend une chemise en cuir et du bout des doigts je l'attrape, reposant mon verre sur la table pour commencer à feuilleter les feuilles fraîchement imprimées. Et c'est là qu'il m'apprend qu'il m'a effectivement vu jouer hier soir et qu'il souhaite m'offrir un rôle dans la pièce que je tiens entre mes doigts.

"Je… Merci… Monsieur Beckett… C'est… C'est vraiment trop d'honneur…"

J'ai un sourire de gamin heureux alors que je commence à lire sa pièce, me perdant rapidement dans l'intrigue et les péripéties des différents personnages. Et plus j'avance dans l'histoire, plus je m'attache au premier rôle masculin et me dis que… Je serais parfait dans son rôle. Un poil arrogant mais avec un bon fond… Le genre d'être humain à vouloir le bien des autres malgré tout et dont le seul vrai défaut est d'être encore un gamin espiègle qui refuse de grandir. Je termine la dernière page et relève les yeux vers lui, un sourire aux lèvres.

"C'est… C'est vraiment une super pièce Monsieur Beckett… Je pense qu'une fois de plus, vous allez conquérir les foules avec une pièce de ce genre… Avec les bons acteurs… Ça va faire un malheur…"

Je referme la chemise de cuir et commence doucement à y tracer nerveusement du bout des doigts des cercles, cherchant une façon de formuler ce que j'ai en tête. Bien sûr que j'ai envie d'un rôle et si possible le principal… Mais ce ne sera jamais le cas et le demander serait idiot et présomptueux… Lui pensait sûrement me donner un rôle secondaire et pas celui du héros. Je me mords la lèvre jusqu'au sang, cherchant un moyen de ne pas paraître trop demandeur.

"Et… Vous pensez que je pourrais avoir un rôle dans cette pièce ? Vraiment ? Parce que…. Je prendrais tout… Même un rôle secondaire, je serais heureux… Ce serait un grand honneur de jouer dans une de vos pièces et je serais prêt à tout… Vraiment tout."
   
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Dim 21 Fév - 19:13


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J'ai un frisson d'impatience alors que je le vois s'installer à table et tout dévorer. Je connais ce regard. Je connais cette envie. La faim que trahit ses gestes hâtifs, la rapidité avec laquelle il porte tout à ses lèvres, peu importe l'ordre ou le goût. Dans le fait qu'il mâche à peine et qu'il avale tout rond, sans rien savourer, sans rien apprécier. Il est comme un animal qui tombe enfin sur de la nourriture après des jours de famine, et qui mange autant qu'il peut parce qu'il ne sait pas quand il pourra refaire un pareil festin. Le vin tourne lentement dans mon verre, ma lourde chevalière tintant légèrement contre le cristal alors que je vois petit à petit les différents plats disparaître. Tourtes, pâtés, fricassée, tout est englouti, ne laissant que quelques miettes éparses sur les plateaux d'argent ou de porcelaine. Je ne dis pas un mot, le contemplant silencieusement, et presque amusé. Un vestige de l'époque où c'était une toute autre faim qui me consumait, même si la chance a voulu que je naisse dans une famille aisée, qui m'a évité de connaître les privations que lui semble côtoyer au quotidien... Mais je me rappelle des pestes et des famines, de tous ces miséreux qui en venaient à moitié à s'entretuer lorsque ma famille servait des repas aux pauvres... Bien... la faim est une bien mauvaise conseillère pour lui, mais elle en sera une bonne pour moi. Maintenant il a vu ce que je pouvais lui offrir. Maintenant il a vu que grâce à moi, il pourrait ne plus manquer de rien. Et il va vite se dire que...que s'il peut éviter d'avoir l'estomac qui gémit et se tord, et de se coucher le ventre vide, il sera prêt à quelques sacrifices. Pourtant ce n'est pas encore maintenant que je vais lui exposer mon plan. Tout cela est bien trop tôt. Bien trop tôt... Il repose enfin ses couverts et je lui propose de boire quelque chose alors que nous serons confortablement installés sur le sofa de velours bordeaux.

Je remplis deux verres, et lui en tends un avant de le rejoindre, jetant un coup d'oeil à la pochette de cuir qui attend sagement son heure sur la table en bois ciré comme un miroir. Nous trinquons et je laisse l'alcool brûler ma langue et ma gorge, et rallumer une douce chaleur que je ne connais plus depuis bien longtemps. Boire est encore un des seuls plaisirs humains qui m'est encore accordé. Un des derniers vestiges d'une vie où chaque jour comptait, parce qu'il pouvait être le dernier... J'ai un léger rire quand je le vois porter le breuvage à ses lèvres, et que l'expression de son visage change pour exprimer une certaine forme de ravissement. Je désigne son verre d'un petit geste de la main.

Il doit être meilleur que celui que vous avez peut-être eu l'habitude de boire non? Enfin c'est ce que j'en déduis à votre mine... Je vous en prie, profitez.

S'il savait. S'il savait que j'ai moi-même acheté les barils d'où provient ce verre, il y a une cinquantaine d'années alors que je m'étais retiré en Ecosse pour réfléchir, lire et me mettre à la peinture. Art qui, malgré dix ans de pratique quotidienne, est toujours quelque chose que je n'arrive pas à maîtriser, ce que je déplore profondément. Enfin, qu'importe. Il savoure son whisky, découvrant pour la première fois ce qu'un vrai whisky doit avoir comme goût, et j'attends qu'il soit remis de cette découverte avant d'attirer son attention en prenant la chemise et la lui tendant. Il défait avec précaution les liens de la pochette avant d'en tirer les feuilles qui sont sorties cette après-midi même de chez l'imprimeur.

Ne me remerciez pas. Je ne gagne rien à faire des flatteries qui ne m'apportent rien... Au contraire, je ne veux que les meilleurs au sein de ma troupe, et ce que j'ai vu hier soir, bien que vous ayez été prodigieusement mal entouré, m'a convaincu que je voulais vous faire faire vos preuves. Dans un vrai théâtre. Une vraie salle. Des rideaux rouges. Un public choisi. La reine Victoria, peut-être...

C'est cela. Appâte-le. Attire-le. Fais le rêver. Mets du miel dans ta voix et des étoiles dans ses yeux. Fortune et gloire, ça marche toujours. Mais j'y vais doucement. Très doucement d'abord. Il doit avoir l'impression que c'est le plus beau jour de sa vie, et que face à ma proposition, ce soit aussi le plus triste s'il refusait. Ma voix est douce, caressante, hypnotique, mieux qu'une amante qui susurre de belles promesses à son oreille, parce que mes promesses à moi le feront entrer dans l'histoire, s'il accepte. Il croise mon regard une seconde avant de baisser les yeux sur les feuillets. Voilà. Lis. Lis ce que j'ai écrit. Savoure mon talent et des siècles de génie que le temps a sublimé comme du bon vin. Plus le temps passe plus mes pièces sont irrésistibles. Je le sais. Tu ne pourras pas résister. J'ai écrit certaines des pièces les plus marquantes de l'histoire du théâtre non? Qui sont jouées dans le monde entier et traduites dans des dizaines, des centaines de langues. Tu ne pourras pas y résister. Le rôle est trop beau, trop parfait. Le personnages est fin, intéressant, profond. Subtil et versatile, et non pas comme ces lourds blocs de marbre que mes concurrents vendent au public. Apprécie ma prose. Savoure ces mots qui chantent, ces phrases bien tournées, le sens de la répartie et du dénouement. Tout. L'occasion est trop belle. C'est le rôle de ta vie que tu tiens dans tes mains et tu le sais... Je le sais.

Je me lève pour aller remettre une bûche dans le feu. Je n'ai pas besoin de chaleur, je ne souffre pas du froid mais j'aime qu'un feu brûle dans la pièce où je me trouve. Cela a un côté... plus humain. Apaisant et fascinant. Debout derrière mon fauteuil, un coude sur le dossier et mes longs doigts effleurant mes lèvres rouges étirées en un sourire. Je vois son visage changer. A observer les réactions sur son visage, je devine où il en est. Ses sourcils se froncent quand le héros se voit rattrapé par son passé. Sa bouche s'entr'ouvre de surprise : il a percé les secrets du complot. Il sourit : il a rencontré lord Charleroy... Il ne quitte pas mon texte, les pages voletant frénétiquement pendant que ses yeux ne semblent pas courir assez vite sur les lignes pour apaiser son impatience. Puis le dernier feuillet, et il se trouve dans l'état que j'ai connu tant de fois : l'hébétude qui suit une expérience artistique intense. Le fait d'être perdu, étourdi après avoir lu, entendu, senti quelque chose de fort. Lui est en plein de dans. Il met quelques secondes avant de relever les yeux vers moi, ravi.

Merci très cher. Et en effet je crois au potentiel de cette nouvelle venue. Maintenant, comme vous l'avez très justement dit, la question des acteurs mérite d'être soulevée... et c'est pour cela que vous êtes là...

Il hésite. Je le vois. Je le sens. Je sais précisément ce qu'il a en tête et ce qu'il veut. Tu veux êtes le rôle principal n'est-ce pas? Bien sûr. Tu veux jouer un tel personnage. Tu veux être le centre de l'attention mais tu n'oses pas me le demander... Il tente d'être modeste, de montrer qu'il n'a pas tant soif de gloire que cela, mais je ne suis pas dupe. J'en ai vu bien d'autres, des comme lui, au fil des siècles...

Eh bien pour être honnête je vous voyais jouer le premier rôle. Eric semble être fait pour vous... Néanmoins... je vais me permettre de mettre une condition à cette opportunité que je vous offre...

Je ménage mon suspense en me rasseyant et en finissant mon verre de whisky avant de relever la tête et plonger mon regard dans le sien.

Avant de vous offrir ce rôle, tout du moins vous offrir le temps des répétitions pour le mérité je... je demanderai quelque chose en retour. Une chose, une toute petite chose avant de vous ouvrir en grand les portes de mon théâtre, et avec celles-ci s'ouvriront en même temps celles de la fortune et de la gloire... Une toute petite chose...James. Je veux que vous passiez la nuit avec moi. Cette nuit ou la suivante, et le rôle est à vous. Vous serez Eric, et vous jouerez sur une des plus belles scènes de Londres, devant tout le gratin, pendant trois mois... Une seule nuit et tout ça sera à vous...

©louha
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Lun 22 Fév - 20:14

   
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   Il me fait miroiter tant de choses, il me promets plus qu'une simple représentation et un peu d'argent… Non lui me parle de reconnaissance, de gloire, de diamants et de la Reine Victoria. Mon coeur s'emballe et comme l'enfant que je suis encore, j'y crois. Je me vois déjà à jouer devant les plus grands et à recevoir des roses… J'oublie déjà mes dettes et m'imagine dans les bras de femmes sublimes aux lèvres écarlates et délicieuses qui ne murmuraient que mon prénom, alors que je pourrais savourer un whisky tout aussi bon que celui qu'on m'a servi ce soir… Je pourrais avoir tout ça, grâce à lui. Et c'est ainsi que pendu à ses lèvres, attendant la réponse qui va peut-être sceller mon destin, j'espère et rêve de tout ça, priant pour qu'il soit la personne qui m'aide à devenir quelqu'un. À sortir de ma misère et enfin prouver à mes parents que je ne suis pas un raté qui perd sont temps entre les cuisses de filles de joies et dans des verres d'alcool crasseux. Si lui me donne une chance, je pourrais enfin rendre ma mère fière de moi… Et prouver à mon père que je vaux mieux que lui. Que je suis capable de vivre comme je l'entends et de m'en sortir… Que contrairement à lui, je n'aurais pas une vie minable où je me contenterais de faire avec ce que l'on me donne, à épouser une femme pour lui faire des gosses avant d'attendre la mort comme si le seul but de l'existence humaine était de procréer. Je serais quelqu'un et je vivrais de ma passion, de mon art… Moi j'apporterais quelque chose au monde… Mais pour cela… Il faut d'abord que je plaise au grand William Beckett… Car pour l'instant, à part une mine indéchiffrable, il ne me donne rien. Je ne sais pas si je lui plais ou si il est à deux doigts de me dire de quitter sa demeure… Donnez-moi quelque chose… N'importe quoi… Et puis après de longues secondes, où je ne faisais qu'écouter les battements anxieux et affolés de mon coeur, il finit par entrouvrir les lèvres, m'annonçant d'une voix de velours qu'il me voyait taillé pour le premier rôle. J'écarquilles les yeux et cesse de respirer, n'y croyant pas. Impossible… Il… Il est sérieux ? Il pense vraiment que je pourrais… Que je suis le bon ? Non… Si ? Ai-je mal entendu… ? Je ne crois pas. Il est sincère… Il veut me donner le premier rôle de sa pièce, après m'avoir vu jouer une seule fois. Un sourire se glisse sur mes lèvres et sous l'effet de la joie et de l'excitation, mes joues rougissent  tandis qu'il parle d'une toute petite condition.

"Tout ce que vous voulez… Je… Pour ce rôle je ferais tout…"


Absolument tout. Je serais prêt à travailler comme domestique chez lui, ou à m'occuper du ménage dans le théâtre… Pour ce rôle je serais capable de dormir dans les coulisses ou de vendre mes parents. L'ambition ronge mon coeur et alimente cette envie que j'ai de sortir de la misère dans laquelle je suis né. J'ai envie qu'on croit en moi et qu'on me laisse une chance de prouver ce dont je suis capable. Depuis des années, je rêve que quelqu'un me tende la main et m'aide à prouver au reste du monde que je vaux mieux que les ardoises que je me traîne et ma réputation d'habitué des bordels de cette ville. Alors le voir, lui, me tendre cette main que j'attends depuis si longtemps… Je dois avouer que je vendrais mon âme pour avoir la chance d'être son premier rôle. Alors, une simple condition, je l'accepte les yeux fermés. Les secondes recommencent à s'écouler dans un léger silence dans lequel il me fait mariner, prenant le temps de terminer mon verre avant de le reposer, venant ensuite croiser mon regard pour m'annoncer ce qu'il désire tant de ma personne. Et si tout commence bien, si tout n'est que douceur et ronronnement flatteur pour tenter de me dire que ceci n'est qu'une formalité, mon sang se glace au moment où j'entends ce qu'il désire tant…

"Pardon ?… Une… Une nuit ?"

Mon coeur cesse de battre tandis que je peine à vraiment comprendre ce qu'il me demande réellement. Une nuit… Avec moi ? Non… Il ne peut pas être en train de me demander ça… Que ferait-il d'une nuit avec moi… ? Je… Je ne saisis pas… Apeuré et perplexe, je cherche une réponse dans son regard qui finit par se former en un murmure dans un coin de mon esprit. Il veut passer une nuit avec moi comme l'on passe une nuit avec une femme. Il me veut comme amant, comme compagnie d'un soir. J'entrouvre les lèvres, sentant mon souffle se bloquer dans ma gorge au même titre que ma peur. Il ne peut pas… Il ne peut pas sérieusement me demander mon âme pour ce rôle…  Ce n'est pas bien… Les hommes ne sont pas censés faire ce genre de chose… C'est interdit et surtout… C'est péché.

"Je… Si ce que vous voulez c'est m'avoir dans votre lit pour une nuit… Je… Je ne peux pas… Je ne suis pas ce genre de personne… Mais je… Je connais des endroits où il parait qu'ils ont des hommes pour ce genre de besoins…"

Je tente un sourire, me rendant tout de même compte que je suis en train de décliner son offre et par extension, le rôle de ma vie. Mais je ne peux pas… Et si j'accepte ? Est-ce que j'arriverais à passer le reste de mes jours à me dire que je terminerais en enfer à cause de ça ? Et si cela se sait ? J'apporterais le déshonneur sur mes parents… Je les couvrirais de honte et jusqu'à la fin de ses jours, on regarderait ma mère comme celle qui a porté en son sein un désaxé sexuel. Je ne peux pas… Je ne peux pas leur faire ça… Pas moi. Je cherche mes mots, alors que d'une voix toujours aussi douce, il me fait comprendre que je n'aurais pas ce rôle si je ne remplis pas cette condition.

"Je… Je vous en prie… Vous même vous dites que je serais bon pour ce rôle et vous m'avez vu jouer… Je… Je ferais tout et je donnerais tout pour ce rôle, vraiment tout mais… Une nuit… Je… Je ne veux pas perdre mon âme, je ne veux pas attirer la honte sur ma famille et je… Je ne peux pas… Tout ce que vous voulez mais pas ça…"

L'enfant heureux et joyeux laisse place à un plus angoissé et paniqué… Je sens que tout glisse d'entre mes doigts surtout face à son regard et à son air désolé alors qu'il me dit que dans ce cas, je vais devoir oublier ce rôle et lui le donner à quelqu'un d'autre. Un tremblement parcourt mes épaules alors qu'il se relève, me faisant comprendre de ce geste que nous n'avons donc plus rien à nous dire… Et que si lui trouvera quelqu'un d'autre pour le rôle, moi je vais m'en retourner à mes dettes et à mon appartement minuscule et crasseux. Je lève les yeux vers lui, le souffle court.

"Je vous en prie…. Je… Je ferais n'importe quoi pour ce rôle… J'en ai besoin et j'ai envie d'être dans une de vos pièces… Je ferais tout pour ça… Tout…"

Je supplie et j'implore mais il ne cède pas. C'est une nuit et mon âme ou rien. J'observe le démon qui me fait désormais face, ne baissant la tête que lorsque celui-ci m'annonce que ce n'est rien, qu'il trouvera quelqu'un d'autre pour le rôle, quelqu'un qui en aura vraiment envie… Je regarde mes mains, comprenant que je suis en train de tout perdre… Que si je quitte sa demeure ainsi… Je ne ferais que confirmer ce que mon père me hurle depuis tant d'années… Que je ne suis bon à rien, que je finirais par crever dans un coin comme un chien. Je retiens ma respiration et serre les poings, osant enfin murmurer.

"Et si j'accepte… Vous me promettez que personne n'en saura rien et que j'aurais le rôle ?"

On dit que certains vendent leur âme au Diable pour le talent, moi je la vends pour l'opportunité de le dévoiler… La nuance est là.
   
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Lun 29 Fév - 10:17


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Voilà mon mignon, mon précieux, voilà. Je t'ai mis devant le choix le plus dur de ton existence, qui est en même temps le plus simple : ton âme ou la gloire. Et encore je schématise grandement, car depuis tous les siècles où j'ai arpenté cette bonne vieille terre, s'il y avait eu un quelconque dieu, j'en aurais eu la preuve. Au final il n'aura qu'à choisir entre son égo et la célébrité. Voilà le vrai dilemme. Ah les hommes et leur fierté. Les femmes, quoi qu'on ne disent, son beaucoup plus déterminées à arriver là où elles veulent, et son des preuves vivantes de "la fin justifie les moyens". Je les admire pour ça, et c'est pour cela que j'ai aimé les mettre en valeur dans mes pièces, avec des femmes fortes, et parfois plus courageuses qu'un homme, comme ma Lady MacBeth... Les hommes, dès qu'il s'agit de toucher à leur sacro sainte pseudo intégrité, ils deviennent ridicules, et pensent qu'ils ne seront plus des hommes si on vient toucher à leur fondement pour une raison autre que médicale. Pourtant, messieurs, vous aimez tant dominer votre partenaire au lit, en quoi est-ce si horrible qu'on vous retourne la faveur?

Je vois presque les rouages de son esprit tourner et s'agiter sous sa tignasse brune, et les plateaux de la balance de son jugement osciller d'un côté puis de l'autre... Allez... allez mon mignon... tranche et vite. Tout l'intérêt de la chose est de leur donner l'impression qu'ils n'ont pas le choix. Qu'ils vont se détester pour le restant de leurs jours s'ils n'acceptent pas. Qu'après tout, qu'est-ce qu'une nuit pour son nom dans les livres? Hein? Tout ça balance et cogite dans son esprit, je le vois. Son regard reste fixé sur la liasse de pages imprimées qui sont encore sur ses genoux, et que ses mains tiennent avec une sorte de panique. Comme s'il s'y raccrochait. Tu as raison. Raccroche toi à ça, à ce rôle si merveilleux que j'ai ciselé avec amour et tout mon talent. Tu sais qu'il est pour toi. Tu sais que tu seras le meilleur. Il faut juste que tu acceptes à renoncer à une toute petite partie de ta fierté. Mais n'oublie pas, la fierté ne tient pas chaud l'hiver. La fierté ne remplit pas ton assiette. Les pièces d'or si. Et à mes côtés tu en auras plein...

Comme prévu il commence par dire non, osant même faire une pointe d'humour. Sérieusement, petit mortel, tu crois que je ne sais pas trouver ce que je veux? Tu crois que je n'ai pas les moyens de louer un bordel tout entier si je le voulais? Il y a des monceaux d'or et de pierreries amassées dans des coffres partout en Europe, sous mes divers noms d'emprunt, alors soyons sérieux. Si j'avais voulu un jouvenceau tout droit sorti d'une Molly House, j'aurais très vite et très bien su où le trouver. Ou j'aurais emprunté le chemin qui traverse Moorfields et l'affaire aurait été réglée. Je ne veux pas simplement un jeune garçon, je te veux toi. C'est aussi simple que cela. Je t'ai vu, et je te veux. Je feins l'indifférence alors que je tends la main vers la chemise en cuir.

Je les connais aussi. Mais soit, je peux comprendre votre réticence. Il n'a jamais été question de vous forcer en quoi que ce soit, et vous êtes donc libre de partir. Je vais demander à Sherridan si le rôle l'intéresse...

Je prends la chemise et la pose sur la table basse, avant de me lever lentement.

Eh bien très cher je ne vous retiens pas davantage. Notre collaboration aurait pu être fructueuse mais je suis sûr que vous trouverez un autre rôle ailleurs. Enfin c'est ce que je vous souhaite... Un de mes domestiques va vous raccompagner chez vous...

Je lui tourne le dos, commençant déjà à m'éloigner vers la porte, et je compte mentalement. Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un... Je retiens un sourire alors que je l'entends reprendre la parole et commencer à me supplier. Oui c'est cela. Je te tiens. Je te tiens mon mignon. Tu es à moi pour ce soir... Et mon rôle est à toi. Surtout que tu vas y mettre encore plus d'entrain, vu ce que tu auras dû faire pour l'obtenir... Je me retourne, le visage à nouveau impassible et le contemple.

Mais très cher, je vous ai déjà proposé ce rôle... Il est à vous, à la seule condition que je vous ai expliquée... C'est vous qui ne semblez pas le désirer vraiment... Mais comme je vous l'ai dit ce n'est rien, je comprends... Crainte divine, opinion des autres, je vois ce que c'est... Monsieur Barnes, je vous souhaite un bon retour et peut-être nous ferez vous le plaisir d'assister à une de nos pièces? Je mettrai votre nom sur la liste à l'entrée, si vous souhaitez venir voir la pièce sur scène...

Ma main se glisse sur la poignée de la porte, et je sens sa tension derrière mon épaule, j'entends son corps qui bat comme un cheval emballé. Avant d'entendre un soupir. Voilà. L'affaire est conclue. Je me retourne avec un sourire satisfait.

James, pour qui me prenez vous? Je n'ai aucun intérêt à ce que cela se sache... pour vous comme pour moi. Et oui, vous aurez le rôle, le temps des répétitions. Si vous convenez, vous serez la tête d'affiche de la nouvelle production de mon théâtre... Avons nous donc un accord? Et si ça peut vous rassurer, je peux même vous faire un contrat de suite...

Je me glisse silencieusement jusqu'au bureau et griffonne rapidement sur une feuille, avant d'y apposer ma signature. Je lui tends la missive après en avoir fait sécher l'encre.

Vous voilà rassuré? Parfait... Maintenant... suis-moi...

Je m'éloigne vers la porte que j'ouvre et jette un oeil par dessus mon épaule alors que je regagne le hall, puis le grand escalier recouvert d'un tapis. Il me suit, la mine sombre et la peur au ventre, mais il me suit; Je monte lentement les marches, l'excitation commençant à faire bouillir le sang dans mes veines, et j'ouvre la porte de ma chambre, la refermant une fois qu'il y est entré. Un feu brûle dans la cheminée et mon immense lit à baldaquin trône dans la pièce. Je me plante face à lui et caresse sa joue du bout des doigts, avant de venir ouvrir très lentement son veston rapiécé puis sa chemise qui a définitivement connu des jours meilleurs...

©louha
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   Je fais ça parce que je n'ai pas le choix. Pas parce que j'en ai envie… Je lui offre mon âme parce que j'ai besoin de ce rôle, parce que j'en ai marre de jouer dans un trou à rat, marre d'aller me coucher le ventre simplement remplis d'un alcool qui brûle mes entrailles, marre de me taper des putes  bas de gamme et continuer d'accumuler des dettes au point d'attendre des sommes que je n'arriverais très certainement jamais à rembourser… J'en ai marre d'être le moins que rien que mon père voit en moi… J'ai envie de rendre ma mère fière, j'ai envie qu'elle lève les yeux vers moi et de pouvoir y lire toute la fierté d'une mère… La vraie. Pas celle qu'elle a forcément pour nous… Mais celle qu'elle a parce que nous avons réussis. Je veux voir un vrai sourire sur ses lèvres la prochaine fois que je passerais la porte de la maison, je veux qu'elle me prenne dans ses bras et me serre tout contre son coeur quand je lui annoncerais la nouvelle… Je veux pouvoir lui prouver qu'elle avait raison de me faire confiance et de me soutenir. Je veux être son fils chéri, son petit acteur à elle, l'artiste de son coeur comme elle aimait à m'appeler quand je n'étais encore qu'un gamin qui passait ses journées avec la troupe qui zonait dans le quartier. Et pour cela… Je dois accepter sa proposition. Je dois lui céder volontairement mon âme pour une nuit et ensuite, j'aurais le droit à ma chance, à ce rôle qu'il semble avoir écrit pour moi. C'est la chance de ma vie, la seule. Et je me refuse à la laisser passer. Tant pis si je dois y laisser mon âme… J'accepterais d'être tourmenté toute l'éternité si là, pour les prochaines années je peux dormir le ventre plein et avoir des vêtements qui ne sont pas rapiécés ou usés. Je l'accepterais si je peux prouver de mon vivant que je vaux mieux que la réputation de raté alcoolique qui me colle à al peau. Je vaux mieux que ça… Je vaux tellement mieux que ça. Et au fond, qu'est-ce qu'une nuit ? Rien. Je serre les dents et frissonne comme si j'étais transis de froid tandis qu'il se tourne vers moi, m'offrant un sourire qui fait glisser un frisson d'appréhension le long de mon échine. Personne n'en saura rien. Ce sera juste entre lui et moi. Notre affreux petit secret. D'instinct je baisse les yeux, n'étant pas autant rassuré que je le pensais à l'idée d'un contrat. Il reste le patron du théâtre… Il pourrait toujours revenir sur sa promesse et finalement ne me laisser sans rien…

"Je… J'avoue que ça me rassurait un peu… D'avoir une trace de cet accord…"

Juste histoire que je sois sûr que ce n'est pas du vent ou un écran de fumée. Je veux pouvoir avoir une preuve, pour qu'au cas où, je sois capable de lui prouver qu'il m'a promis quelque chose qu'il me doit. Quelque chose auquel je pourrais m'accrocher le moment venu. Dans un froissement délicat, il se glisse derrière son bureau et alors que je fixe le feu qui ronronne dans l'âtre, j'écoute le bruit de la plume qui griffe le papier, y déposant sûrement l'encre qui trace les mots de ce fameux contrat. Mon âme contre une nuit et le rôle. C'est donné. Je devrais me réjouir, non ? Je devrais être heureux de n'avoir que cela à céder pour enfin accéder à la gloire dont je rêve tant. Ce n'est rien… Le bruit cesse et je sursaute en constatant qu'il est à mes côtés, me tendant le fameux contrat, que je saisis d'une main tremblante.

"Merci… Monsieur…"


Mon regard se pose sur son écriture fine et élégante, et sans vraiment lire, je parcours les mots qui s'enchaînent sur le papier, ne comprenant pas le sens de ses phrases. Quel en serait l'intérêt de toute façon ? Je sais ce que je vais perdre et ce que je vais gagner. Ce n'est que le temps d'une nuit. Il veut simplement faire de moi son amant, le temps d'une nuit. Juste une nuit. Je n'aurais qu'à fermer les yeux et serrer les dents. Ça sera peut-être rapide…. La feuille tremble au même titre que mes doigts alors que je la plie le plus soigneusement possible, la glissant ensuite dans la poche intérieure de ma veste. Je déglutis difficilement et relève les yeux vers lui quand il me demande de le suivre. Je ne sais pas si je pourrais… J'ai bien trop peur. Peur de ce qui va se passer… Peur de ce que je vais devoir faire… Peur de ce qu'il va me faire. Alors qu'il s'éloigne vers la porte, m'ouvrant un passage vers le hall, j'ai l'impression d'être redevenu le gamin qui avait peur de se prendre une rouste par son père… Je redeviens un gosse qui craint la correction qu'il va se prendre… Et comme ce gamin que j'étais, je n'ose pas faire un pas, me disant que si je n'y vais pas, j'éviterais peut-être le pire… Seulement je n'ai pas le choix. Je le sais bien. Je dois le faire. J'ai accepté de lui céder cette nuit pour ce rôle. Je prends une grande inspiration, faisant un premier pas vers lui, puis un autre. Et rapidement, je me retrouve à le suivre, montant avec lui jusqu'à sa chambre, la peur au ventre. Plus d'une fois, je me dis que j'aurais dû faire demi-tour, ou lui rendre son contrat et dire que j'en suis incapable… Mais non, la porte de sa chambre se referme derrière moi et je comprends que c'est plié. Je ne peux plus reculer. Je suis à lui pour la nuit. Mon regard vient croiser le sien alors que le bout de ses doigts glacés vient se poser sur ma joue, m'arrachant un autre frisson. Une boule se forme dans ma gorge et l'envie de fuir vient me mordiller la nuque. Je dois fuir… Ce n'est pas bien, ce n'est pas ce que je veux. Je me raidis et me force à rester immobile, ravalant l'envie de vomir qui me saisit. Ce n'est que pour un instant. Je n'ai qu'à fermer les yeux et tout sera bientôt terminé. Chose que je fais alors qu'il abandonne ma joue, ouvrant désormais mon veston puis ma chemise, avec une lenteur qui me rend presque malade. Je serre les poings, sentant mon souffle se faire plus court face à l'angoisse. Je n'ai pas envie qu'il prenne son temps. Je veux qu'il fasse vite, assez vite pour qu'après je puisse aller me siffler un litre entier de whisky et oublier les caresses glacées qu'il va laisser sur ma peau. Je ne veux pas qu'il tente de me faire apprécier ça ou quoi… Je veux juste que ça se termine. Je ne veux ni baisers, ni caresses, ni mots doux… Je veux simplement qu'il fasse ce qu'il veut faire et qu'il me laisse ensuite partir. Ses doigts effleurent un autre bouton de ma chemise et je frissonne, me reculant légèrement, la tête basse.

"S'il-vous-plait… Non…"

Je tremble comme une feuille, me faisant violence pour ne pas me jeter sur la porte et fuir. Autant faire ça vite… Je lui offre un nuit… Je ne vais pas en plus lui laisser le plaisir de se jouer de moi.

"Je… Juste pas comme ça…"

Un autre tremblement secoue mes épaule tandis que je doucement, je termine d'ouvrir ma chemise, faisant ensuite glisser ma veste, mon veston et celle-ci au sol, me retrouvant torse nu devant lui, bien incapable de relever les yeux. Je ne veux pas voir le moindre sourire ou la moindre envie dans son regard. Ma peau est parcouru d'un frisson tandis que je reprends.

"Juste… Dites-moi ce que vous voulez…. Et je le ferais…"
   
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Jeu 3 Mar - 11:30


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Il a cédé mais il est quand même méfiant. Avec d'autres j'avais déjà terminé ma petite affaire alors qu'avec lui il ne m'a pas encore cédé pleinement. Par exemple la sublime Natasha, que je lui présenterai bientôt une fois que j'aurais eu ce que je veux de lui, que j'aurais senti sa peau vivante, brûlante sous mes mains et ma langue, que j'aurais enfoncé mes crocs dans sa chair blanche et un peu trop maigre, sûrement imbibée d'alcool.. le sang est comme un vin ou un whisky. Il y a des composantes, des arômes que l'on peut déceler, et qui, curieusement, peuvent me donner des informations sur la personne... S'il fume. S'il boit. S'il a des problèmes de santé et autres... Tout cela je le sens, je le devine, et je m'amuse à trouver des analogies avec ce fameux héros prodigieusement intelligent inventé par Conan Doyle et qui affole les ventes des libraires. Je suis un détective, d'une certaine manière, et je n'ai qu'à mordre et à goûter un peu de sang pour dire beaucoup de choses... sans même sortir une loupe ou un de ces microscopes.

Ah ma belle Nathasha... ma fleur des pavés. Je l'ai trouvée dans un petit théâtre, comme James, alors qu'elle n'était qu'une adolescente sans formes, aux cheveux sales et en bataille et aux joues maculées de suie. Elle n'avait pas connu un bain depuis longtemps, et ses vêtements donnaient simplement envie de pleurer de misère. Pourtant, à peine je l'avais vue rire, je l'avais vue rire, je l'avais voulu bouger, je l'avais désirée au point d'en avoir mal. Non pas une quelconque forme d'amour, car c'était un sentiment que je n'avais plus éprouvé depuis bien longtemps, mais comme on veut posséder un objet qu'on trouve beau. Je voulais être son Pygmalion et elle allait devenir ma Galatée... Je l'avais quasiment achetée à ses parents, des pauvres gens à moitié stupides qui vivaient avec bien trop d'alcool, et bien trop d'enfants. Ils étaient presque heureux de s'en débarrasser, et j'avais vite compris que si je ne l'avais pas prise sous mon aile, elle aurait terminé soit dans un bordel, dans le meilleur des cas, soit à vendre ses charmes dans les rues, et elle se serait fanée bien vite, entre les maladies et l'alcool frelaté.

Je l'avais installée dans une pension de jeunes filles et sa tenancière, la charmante Miss Thompkins, avait hurlé en voyant la couleur de l'eau du bain dans lequel elle l'avait plongée, et les puces comme les poux qui flottaient à la surface. Mais sous cette crasse, quand je l'avais revue dans une robe sage, les cheveux propres en une longue natte qui retombait jusque dans le creux de ses reins. Je l'avais ensuite envoyée dans une bonne école pour qu'elle apprenne à lire et à écrire, pour apprendre les savoirs de base. Je revenais la voir, et petit à petit je lui donnai de petits rôles d'enfant, de jeune fille, jusqu'au jour où j'ai pensé à lui donner le rôle de jeune première. Elle était devenue une magnifique jeune femme qui faisait tourner les têtes, et elle s'était donnée à moi pour avoir ce rôle. Je l'avais prise avec douceur et tendresse dans ce même lit devant lequel James va me céder ce soir...

Je repense à tout cela alors que je saisis une feuille de papier sur laquelle je griffonne rapidement un contrat sommaire, le signant de mon nom avant de le lui tendre. Il le glisse d'une main tremblante dans une poche de sa veste et je souris, lui conseillant d'une voix douce.

Vous pouvez emmener ce document chez un avocat, il a toute valeur légale... Je n'essaie pas de vous tromper James. Il est important que vous sachiez que je ne mens pas. Les choses qui sortiront de ma bouche ne seront pas toujours agréables, mais elles seront vraies.

Je traverse le hall désert, dans lequel une table ronde supporte un grand bouquet de fleurs fraîches, et commence à monter l'escalier qui mène à l'étage. J'entends son pas derrière moi, et j'entends son coeur qui s'emballe au fur et à mesure que nous avançons, et montons jusqu'à ma chambre. Je commence à caresser sa joue soigneusement rasée, croisant son regard avec un sourire.

Tu es très beau... le public va t'adorer...

Pourtant je sens qu'il se raidit, je sens qu'il se bloque, qu'il éprouve un dégoût sous mes mains qui commencent à le déshabiller soigneusement. Son coeur bat de plus en plus vite alors que son veston atterrit sur le sol, et que sa chemise commence à laisser découvrir son torse d'albâtre. Il respire à peine, ses muscles contractés et ses yeux clos. Eh bien... d'autres ont eu beaucoup moins de scrupules ou d'appréhensions... Mais bon, on ne savoure jamais une victoire trop facile n'est-ce pas? Pourtant, à ma grande surprise il m'arrête et je croise enfin son regard.

Que se passe-t-il? Tu as changé d'avis? Si c'est le cas tu peux t'en aller mais je reprendrai le contrat...

Eh bien... en voilà vraiment un qui a des soucis pour son âme... Jamais quelqu'un ne m'avait arrêté à ce niveau... et soit, je le laisserai partir, même si je serai déçu. Pourtant... c'est tellement dommage. J'en aurais fait l'étoile la plus brillante de la constellation des acteurs du pays... Dommage. Mais s'il n'arrive pas à prouver son investissement et son dévouement. je le veux, corps et âme. Je veux qu'il me voie comme un nouveau Dieu, parce que moi, contrairement à celui il croit, moi je peux résoudre ses problèmes, moi je peux lui apporter tout ce qu'il désire. Argent, succès, confort... Et moi je suis tangible. Et moi je serai bon et généreux. Tu n'auras pas besoin de passer des heures à prier, et si tu te mets à genoux pour moi, c'est parce que tu le voudras bien, et pas pour espérer avoir ce que tu veux, un jour, si tu t'abimes les genoux bien fort. Contente moi, tu seras un joyau. Une étoile. Aimé et adoré. Je ne demande pas de chapelet et que tu récites tes prières, mais que tu sache ton texte et que tu enflammes l'auditoire. Ce sont les seules libations que je te demande. Fais cela et tu verras ta vie changer beaucoup plus vite que si tu l'avais remise entre les mains de ce dieu hautain et silencieux...

Il s'explique et mon sourire revient sur mon visage, ronronnant presque près de lui. Oh... c'est cela... tu cèdes mais tu ne comptes pas y prendre le moindre plaisir... Je vois, je vois... Je l'observe se deshabiller, restant torse nu face à moi, et je pose ma main sur son torse, y faisant courir mes doigts pâles.

Alors soit. Je suis déçu parce que si tu acceptais de me laisser faire, si tu acceptais de te dire que ça pourrait être plaisant, les choses pourraient être plus agréables... mais si c'est ce que tu désires... Allonge toi sur le lit James...

Je fais glisser ma robe de chambre en soie sur l'épais tapis, et ma chemise suit le même chemin. J'abandonne aussi mes babouches avant de grimper sur le lit. Je m'allonge lentement sur lui, et commence à caresser son torse, mes lèvres venant prendre les siennes. Puis une main vient se glisser entre ses cuisses pour caresser son membre, essayant de faire en sorte que cela lui plaise...

©louha
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Ven 11 Mar - 15:04

   
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   Je devrais fuir. Je devrais récupérer ma veste, mon veston et ma chemise, lui rendre son foutu papier et simplement m'en retourner à ma misère. Qui sait ? Peut-être qu'un autre me verra sur scène et fera de moi une nouvelle étoile montante, sans pour autant me demander de lui céder mon corps et mon âme. Et pourtant… Me voilà, là, à lui murmurer que je suis à lui et que je veux simplement en finir au plus vite. Je veux qu'il prenne ce qu'il veut et qu'il m'offre ce que je désire. Et comme un démon, il se glisse tout contre moi, laissant son souffle se mêler au mien tandis que ses doigts se perdent sur mon torse. Je frissonne face à la fraîcheur de ses doigts, déglutissant difficilement. Il ose me dire qu'il est déçu, simplement parce que je ne m'offre pas à lui comme une putain qui chercherait simplement à contenter son client. Il est déçu parce que je refuse de le regarder comme un seigneur à qui je m'offrirais avec grand plaisir. Que veut-il ? Que je m'agenouille et que je commence à prier pour sa beauté et sa générosité ? Que du miel commence à couler d'entre mes lèvres tant mes paroles seraient douces et délicieuses pour sa personne ? Voudrait-il que je m'offre à lui comme une offrande ? Heureux d'être entre les mains de quelqu'un comme lui ? Toutes ses questions se mêlent et s'entremêlent dans mon esprit, me laissant dans un brouillard de confusion qui ne m'aide pas à apprécier la moindre de ses caresses. Je veux juste en terminer. Je ne veux pas tenter d'apprécier ça ou quoi… Je veux juste qu'il cesse et qu'il me laisse partir. Mon souffle se meurt sur le bout de mes lèvres alors que je relève les yeux vers lui, acceptant de croiser son regard. Au moins, il ne me demande pas, n'exige pas que je fasse un effort pour lui… Il veut simplement profiter de mon corps, comme si je n'étais qu'une putain… Ce que je dois être au fond à ses yeux. J'esquisse un simple oui de la tête avant de m'avancer vers son lit d'un pas hésitant. Mes doigts effleurent doucement les draps fins et soyeux avant que je ne m'allonge sur ceux-ci, soupirant presque face au matelas qui semble presque m'étreindre. Je ferme peut-être les yeux deux secondes de plus, appréciant peut-être un peu trop la douceur de ses draps et de son lit. Mes mains glissent doucement sur ceux-ci tandis qu'un froissement se fait entendre au loin. Je rouvre les yeux et le regarde, presque aussi nu que moi, grimper sur le lit pour me rejoindre. Il vient s'allonger sur moi et si il avait été une femme, oui j'aurais peut-être posé mes mains dans le creux de ses reins, ou sur ses hanches, mais je n'en fais rien. Mes doigts se resserrent non pas sur ses cuisses mais sur les draps de soie, mes yeux se ferment et je ne peux que frissonner de dégoût quand ses doigts glacés reviennent se promener sur ma peau, me donnant l'impression que des serpents rampent sur mes côtes, mon ventre ou mon torse. Je sursaute presque en sentant ses lèvres si fraîches se poser sur les miennes, me donnant l'impression de croquer dans un peu de neige. Ma gorge se noue alors que l'embrasser me semble si compliqué. Je ne veux pas de ça et surtout, je ne devrais même pas le laisser faire. Je devrais fuir, le repousser, lui dire que ce n'est plus possible, que je ne peux pas perdre mon âme et ma dignité pour ça. Et pourtant… Pourtant je reste, le laissant me caresser, m'embrasser, me faisant ainsi de moi, lentement et sûrement, sa chose. Sa langue vient chercher la mienne, et c'est à contre coeur que j'entame cette étreinte, laissant nos deux langues se trouver et se caresser. Ses doigts continuent de glisser sur ma peau, affolant de plus en plus mon coeur. Je rouvre doucement les yeux, osant briser ce baiser quand le souffle me manque. Mon regard croise le sien et ne voulant pas comprendre ou même interpréter ce que j'y lis, je me contente de laisser ses lèvres retrouver les miennes. Tout sera bientôt terminé. Qu'il prenne juste qu'il désire tant. Ses doigts dévalent les courbes de mon corps, effleurent ma ceinture et le tissu de mon pantalon, laissant ensuite sa main se perdre entre mes cuisses. Je me raidis et d'un léger mouvement de hanches… Je tente d'échapper à ses doigts. Non. Je ne veux pas de ça. Je ne veux pas que tu tentes de me faire aimer ça, ou de m'arracher un chapelet de gémissements. Chose que je ne veux pas. Je soupire, les sourcils froncés alors que je tente d'échapper à ses doigts qui caressent avec douceur et envie mon membre. Mes mains quittent les draps et viennent se poser sur ses poignets tandis qu'un murmure anxieux m'échappe à nouveau.

"S'il-vous-plait… Je… Non…"

Il va peut-être penser qu'une fois de plus je tente de fuir, mais cette fois-ci, je libère l'un de ses poignets, posant ma main sur son épaule quelque peu osseuse.

"Je n'aime pas ça…. Je… Faites juste ce que vous voulez…. Je… Je bougerais pas, je ferais pas de bruit mais s'il-vous-plait… Pas ça…"

J'accepte de passer la nuit avec lui, pas d'apprécier ce qu'il va me faire. Je suis prêt à fermer les yeux, à le laisser faire ce qu'il veut de mon corps, tant qu'il se contente de venir sur ma peau ou sur les draps… Ça me va. Je pourrais le supporter. Mes mains se crispent sur sa peau, frissonnant presque d'angoisse.
   
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Mar 15 Mar - 16:39


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Eh bien eh bien, en voilà un qui fait bien des manières et qui se montre bien difficile. Qu'est-ce que je te demande? Rien à part quelques heures. De longues minutes à t'alanguir juste avec moi, à découvrir que ce que je te propose peut être bien agréable, et fort plaisant. Pourquoi t'agripper désespérément à l'idée d'un dieu qui observe tout ce que tu fais mais qui pourtant ne lève pas le petit doigt pour te sortir de la misère noire dans laquelle tu t'es englué? Allons, ouvre les yeux. Dieu n'existe pas. C'est une simple invention des hommes parce que la pensée d'être laissés seuls dans l'univers leur était trop insupportable. Rien de plus, rien de moins. De s'inventer une sorte de père qui soi disant veillerait sur eux, car le néant les terrifiait. Il n'y a pas de Paradis, pas d'enfer, et pas d'âme. Il y a juste nous, notre pauvre carcasse, notre esprit, et ce que l'on en fait. Mais laissons là les cours de catéchisme.

Je suis allongé sur lui, dispensant sur sa peau douce et délicieusement brûlante et vivante de lentes caresses. Je suis doux, je prends mon temps, appréciant cette ébauche que j'ai sous mes doigts, et devinant déjà ce qu'une vie plus saine et trois repas par jour pourront faire sur ce corps. Il pourrait devenir un véritable Adonis, bien que ce que je contemple est déjà fort plaisant à regarder. Sauf qu'il se crispe, je lis sur son visage et à ses doigts qui refusent de me toucher un profond dégoût. Par tous les saints, si une charmante demoiselle t'avait réservé le même traitement, si c'était elle qui était hardiment installée sur ton corps dénudé, tu ne serais pas si prude et si raide. Bien au contraire. Tout est une question d'esprit, et il serait temps pour toi de te rendre compte que la seule chose qui t'empêche de prendre du plaisir à ce que nous faisons est qu'on t'a enseigné que deux hommes qui s'adonnaient au plaisir de la chair était un péché. Pourquoi? Hein? Quelle différence? Il n'y en a pas tant, après tout, dans la façon de faire. Je m'applique pourtant, soigne cette première entrevue, mais rien à faire. Pire qu'une timide pucelle le soir de ses noces... Il m'arrête même, et je le contemple sans comprendre. Si tu m'arrêtes là, c'est fort dommage. Mais tu auras bien plus à perdre que moi...

Je hausse un sourcil en l'écoutant. Il veut que je me serve. Il veut que je dispose simplement de lui. Mais pour qui me prends-tu? Je ne suis pas de ces dégénérés qui aiment se vider dans des cadavres fraichement déterrés! Et je ne suis pas un passionné de ces putains qui sont tellement blasées qu'elles restent juste là, les cuisses écartées et le regard vide, attendant que le marin puant la transpiration et le mauvais alcool ait fini de la besogner en grognant et en malaxant ses seins fatigués. Mon intérêt diminue soudain si c'est ainsi qu'il veut que les choses se passent. Vraiment. C'est vraiment ce que tu veux. Moi pas. Je pensais te prouver que tu ne regretterais pas ces moments. Je pensais que tu serais un peu moins dévot et à cheval sur tes fragiles principes qui sont bâtis sur du vent... Je remonte un peu plus pour que nos deux visages soient face à face, et je déploie mon pouvoir sur lui. J'aurais préféré ne pas en avoir besoin. J'aurais préféré une étreinte sincère et peut-être maladroite à un envoûtement, mais soit. Mes pupilles se voilent de rouge alors que mon hypnose vient envahir son esprit.

James. A partir de cet instant tu vas trouver cette étreinte agréable. Jusqu'à ce que nous ayons terminé tu vas juste oublier que ce que nous faisons est mal. Tu vas oublier que pour toi c'est interdit et défendu. Ca ne sera pas plus mal que d'honorer une femme. A partir de maintenant tu vas ressentir mes caresses et mes attentions pour ce qu'elles sont : données par quelqu'un qui te trouve beau. Qui a envie de toi. Que je sois un homme ou une femme ne compte pas. Seul compte le fait que je veux te prouver de cette manière que tu me plais. Et c'est de cette manière que ton corps et mon esprit percevront mes caresses. Est-ce clair?

Je viens ensuite l'embrasser, reprenant mes douces et lentes caresses. J'observe ses réactions, lit ses gestes et les expressions de son visage alors que je m'occupe longuement et patiemment de lui. J'embrasse sa gorge et ses épaules, son torse et ses tétons, que je maltraite amoureusement, tout en bougeant langoureusement contre lui. Il semble se détendre. Apprécier quelque peu. Bien... Bien... Je prends ses mains et les pose sur mon corps, sur mon dos, en murmurant à son oreille l'ordre de me caresser.

Puis, quand j'en ai assez d'attendre, j'ouvre le tiroir de mon chevet et prends un peu de pâte sur le bout des doigts, que je viens étaler sur mon membre pour ne pas le blesser. Je reprends mes caresses sur ses cuisses, les baisers sur son ventre et son cou, longtemps, avec envie, avant de me presser un peu plus contre lui, me glissant entre ses fesses. Et je reste juste là, roulant des hanches contre lui en soupirant.

©louha
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Sam 19 Mar - 15:15

   
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   Il aurait été une femme, oui, je ne serais pas aussi crispé. Il aurait été une de ses femmes avec qui je passe mes nuits et trompe ma faim, oui je lui aurais rendu chacun de ses baisers et j'aurais glisse mes mains sur ses cuisses, les caressant avec envie avant de remonter jusqu'à ses fesses rondes dont j'aurais apprécié la courbe et la rondeur de mes mains. Mais il n'est rien de ça. Il n'a pas l'odeur d'une femme et encore moins la silhouette. Là où j'aimerais sentir des doigts tièdes et des baisers chauds sur ma peau, je n'ai le droit qu'à sa peau froide et sa silhouette osseuse qui tente d'épouser la mienne. Il serait une femme, je glisserais mes doigts entre ses cuisses, à lui rendre les caresses de ses mains sur mon membre dur pour elle… Je laisserais mes dents se perdre sur sa gorge sur laquelle je laisserais de longues marques d'amour et quand j'aurais eu le plaisir de glisser deux doigts en elle pour lui faire gémir mon prénom… Là je la laisserais me chevaucher avec le plus grand plaisir, accompagnant ses roulements de hanches des miens, mes mains griffant avec plaisir ses cuisses généreuses. Il serait une femme, tout se passerait ainsi… Mais ce n'est pas le cas. A chaque baisers, chaque caresses, il ne fait que me rappeler un peu plus qu'il est un homme auquel je m'offre pour un rôle. Alors quand ses doigts tentent de venir se glisser entre mes cuisses, essayant de me faire partager l'excitation qu'il ressent, je l'interromps, lui avouant que je préférais qu'il se serve sans penser à mon propre plaisir. Car ainsi, je pourrais peut-être me réfugier derrière ça, dire que je n'ai pas aimé et que je ne fais ça que pour le rôle de ma vie… Que ce n'était qu'une erreur d'une fois et que je en suis pas un de ses dégénérés qui aiment se payer de jeune homme pour des gâteries que des femmes pourraient donner… Non… Par curiosité je suis peut-être passé devant ses établissements, ou dans ses rues que l'on dit connus pour ça, mais jamais je ne me suis arrêté…. Jamais je n'y ai pensé… Je ne suis pas comme ça.

Son regard croise le mien et je crois y lire une certaine déception, comme si il s'attendait à ce que je sois un amant heureux d'être dans son lit. Comme si il pensais que je serais ce genre d'homme à se plier à ses désirs et à aimer pécher en sa compagnie. Respirer se fait compliqué et mes doigts glissent bien de son épaule, dans un mouvement similaire à la façon dont ce rôle va m'échapper. Peut-être va-t-il me renvoyer, me dire que je ne suis pas une assez bonne distraction à ses yeux… Il se relève doucement, nos regards se croisent à nouveau, mon prénom glisse d'entre ses lèvres et au moment où je me perds dans ses prunelles, quelque chose m'échappe. Tout en fait. Comme si j'entrais dans une transe, une inconscience où je garde les yeux ouverts et dans laquelle, sa voix me parvient, douce comme du coton et légère comme les caresses de la pluie. Tout devient caressant comme de la soie et je sens mes résolutions, mes croyances, mes envies s'étioler et être remplacés par une simple idée, une qui me murmure que tout ceci n'est pas si mal, et pire, que j'apprécie même ça. Après tout… Il me trouve beau et désirable. Mon esprit semble se calmer et comme la surface d'un lac, plus aucune ride ne vient en troubler le calme. Tout ce qui semble me maintenir conscient, c'est l'idée que ses caresses, que ses attentions sont agréables parce qu'il me trouve beau et qu'il a envie de moi. Il est comme une femme. Il veut simplement m'étreindre et profiter de ma beauté. Je recommence à respirer, prenant conscience que jusque là je retenais ma respiration, alors que mon coeur semble battre à un autre rythme… Un rythme presque dicté par une nouvelle envie. Je cligne une fois des yeux, souriant légèrement alors que nos souffles continuent de se mêler et qu'un simple murmure m'échappe.

"Oui… C'est clair…"

Ses lèvres reviennent chercher les miennes et cette fois-ci, je le lui rends. Cette fois-ci je laisse ma langue venir chercher la sienne, entamant une longue caresse tandis que ses doigts glacés reviennent se perdre sur ma peau, traçant les courbes de mon être avec une certaine douceur. Ce n'est plus si désagréable que ça… C'est même plaisant car il a la douceur d'une amante qu'on aime tant. D'une qu'on ne voit que de temps en temps et qui semble redécouvrir un corps qu'elle a appris à aimer et désirer. Il n'a pas le doigté des filles de joies que je paie et qui veulent simplement que je vienne rapidement en elles, mais d'une amante qui me trouve beau et qui pourrait me le murmurer au creux de l'oreille… Ses lèvres quittent les miennes, venant se perdre sur le reste de mon coeur, sa langue se perdant sur ma gorge, mon torse et finalement mes tétons qu'il maltraite d'une bien délicieuse manière. Mon dos se cambre doucement pour lui et mes soupirs répondent à ses caresses que j'apprécie. Je ferme les yeux et alors qu'il m'ordonne en un murmure de venir le toucher, je laisse mes mains se perdre sur son corps, le caressant comme je pourrais le faire avec une charmante demoiselle. Doucement je viens caresser son torse, puis ses tétons que j'effleure, avant de finir sur ses hanches et le creux de ses reins que je caresse avec une certaine envie… Parce que ce n'est pas si désagréable que ça… Au contraire. C'est plaisant. Presque autant que si j'avais une femme assise sur mes hanches. Lentement je viens caresser ses cuisses, avant de lentement poser une main sur son membre déjà dur que je commence à caresser avec douceur. Je souris quelque peu, le caressant presque timidement avant de légèrement bouger des hanches, essayant presque de lui faire plaisir… Comme je peux le faire avec une femme… Parce que ce n'est pas si désagréable que ça. C'est presque plaisant.

Puis sans que je comprenne pourquoi, ses doigts vont chercher je ne sais trop quoi dans le tiroir de sa table de chevet. Je le regarde faire, l'observant étaler une espèce de pâte sur son membre alors que mes doigts continuent de doucement caresser sa peau. Je ne pose pas la moindre question, l'esprit toujours occupé à cette idée que ce n'est pas si désagréable… Ses doigts reviennent caresser ma peau alors que ses lèvres retrouvent ma peau, m'arrachant d'autres soupirs. Son membre dur vient se glisser entre mes fesses m'arrachant de ce fait un long soupir alors que lentement, il commence à rouler des hanches contre moi. Un frisson dévale mon échine et mes ongles s'enfoncent quelque peu dans sa chair si ferme. C'est étrangement plaisant… Nouveau, mais plaisant. Le mouvement, la sensation, tout me donne envie de faire de même et d'avoir plus. Tant pis si c'est un homme, ce n'est pas si mal. C'est bien. Et ce n'est que pour une nuit. Mes hanches commencent à lentement rouler contre les siennes tandis que mes bras se nouent autour de son cou et que mes lèvres viennent effleurer les siennes, y laissant la trace de son prénom. Puis sans comprendre, dans un mouvement presque naturel, je le sens arrondir le dos alors que le bout de son membre commence à se presser contre moi, m'arrachant un léger gémissement et là je réalise. Il va me prendre, il va me prendre comme si j'étais une catin. Il va me posséder jusqu'à jouir en moi. Seulement, au lieu d'être horrifié, dégoûté ou quoi… Je le laisse faire, écartant même un peu plus les cuisses pour lui, comme si j'avais envie qu'il continue. Presque comme si j'avais envie qu'il me possède entièrement, parce que ce n'est pas si mal après tout. Je cambre le dos pour lui, le souffle court alors que lentement, il entre en moi, faisant de moi son amant à chaque mouvements qu'il fait. Et finalement me voilà sien. Il reste immobile, savourant sûrement le fait d'avoir enfin fait de moi sa chose pour cette nuit. Il commence à bouger, donnant un premier coup de reins et je m'abandonne à lui. Là où je pensais que je n'aimerais pas, voilà que je replonge dans cette simple idée qu'il fait ça parce qu'il me trouve beau et qu'il désire mon être. Je ferme les yeux et le laisse simplement faire, soupirant et gémissant par moment contre sa peau, consolé par l'idée que c'est bien et qu'il me trouve beau. Quand il accélère je gémis de plus belle et quand il finit par venir en moi, je suis simplement dur. Et c'est quand son regard croise à nouveau le mien que je comprends ce qui vient de se passer. Il… Il m'a pris. Il est venu en moi.  Il a fait de moi sa chose. Un frisson de dégoût parcourt sur ma peau et je n'ai qu'une envie, qu'il se retire… Je ne veux plus le sentir en moi… Je… Mes doigts se crispent sur ses épaules, griffant sa peau alors que comme piégé dans un mauvais rêve, je me revois à gémir pour sa queue, à rouler des hanches comme une catin contre lui… Je retire mes mains et fuis son regard.

"Je…. Je…. C'était bien… ? Pour vous…. ?"

Je veux juste qu'il me dise que oui et que je puisse partir… Je veux juste… Fuir. Oublier ce qui vient de se passer. Je ne veux pas me souvenir de tout ça, je veux oublier que je viens de le laisser venir en moi comme si j'étais une catin qu'il s'est payé. Je veux me laver, oublier… Fuir.

"Si… Si c'est le cas… Est-ce que… Est-ce que je peux y aller… ?"
   
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Jeu 24 Mar - 14:47


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L'hypnose, quel cadeau délicieux que nous a fait dame nature en nous accordant en plus l'immortalité. Et quand j'y réfléchis ça me fait sourire. Comment pourrait-il y avoir un dieu et un diable, et nous voir arpenter la surface de cette planète? Comment Dieu aurait-il permis que nous vivions, nous qui sommes traitées d'aberrations alors que nous sommes plus puissants, plus perfectionnés que le commun des mortels? Le prix a payer est bien trop faible par rapport aux avantages que notre condition nous apporte. Chaque année qui passe voit la nuit perdre du terrain, et ne plus être la petite mort médiévale, où le monde s'arrêtait de tourner et où le temps suspendait son vol jusqu'à l'aube. Nous sommes à l'aube du dix-neuvième siècle, et les oiseaux de nuits ne sont plus montrés du doigt. Londres, Paris, New-York, Vienne, toutes ces villes et bien d'autres pullulent de clubs, de bars, des restaurants, de cabarets et de bordels où la fête ne s'arrête jamais et où les rues grouillent encore de monde bien après minuit... Alors fuir le soleil, quand on peut vivre de cette manière n'est pas bien difficile. Quant à la nourriture? En effet je la regrette. Je ne saurais faire la liste de tous les mecs qui me manquent, où que j'ai vus et que j'ai eu envie de goûter... mais en échange de ces deux sacrifices... l'argent. Le pouvoir. La puissance. La force. La rapidité. L'immortalité. Et l'hypnose. Croise mon regard et je pourrais implanter l'idée de mon souhait dans ton esprit, aussi subtilement que si tu avais décidé toi-même de te le graver dans le crâne. Je peux te rendre fou de désespoir ou fou amoureux. Je peux alléger tes peines ou les alourdir mieux que n'importe quel confesseur compassé en robe de bure et en sandales.

J'aurais pu lui ordonner d'être fou amoureux de moi et il aurait cligné des paupières avant de se rendre compte que c'était une évidence pour lui. De trouver ça la chose la plus normale du monde que de m'idolâtrer à la place de cet espèce de carcasse souffreteuse et verdâtre qui pend par trois clous rouillés dans n'importe quelle église. Je lui aurais fait réciter un autre type de prière, et fait courber le dos pour de bien étranges pénitences si je l'avais voulu. Sauf que je n'ai pas besoin d'un esclave qui m'obéirait aveuglement. Je n'ai pas envie d'un larbin qui me suit à la trace comme les cavaliers du bon roi Charles. Non. Je veux quelqu'un qui apprécie vraiment, sans que je l'y oblige. Qui aime être avec moi sans que je lui souffle cette idée. C'est pour ça que je lui insuffle une suggestion plutôt qu'un vrai ordre. Que je tente juste de faire sauter le verrou de ses préjugés plutôt que celui de sa vertu. Peut-être que c'est la seule fois que j'aurais besoin de recourir à de tels artifices... Nous verrons. En attendant, à peine ai-je terminé mon petit discours, que je le sens se détendre enfin et soupirer. Voilà... C'ets mieux non? Ses lèvres me rendent mon puis mes baisers, et son corps commencent à bouger en rythme avec le mien, alors que mes mains aux longs doigts ne cessent de le caresser encore et encore.

Je souris, souhaitant intérieurement qu'un prêtre puisse assister à cette conversion bien plus rapide que les campagnes qu'ils ont menées aux Amériques ou pendant l'Inquisition, avec ses soupirs comme Ave Maria et Pater Noster. Cela devient bien plus plaisant maintenant qu'il apprécie ce que nous faisons pour ce que c'est, à savoir une simple étreinte entre deux personnes qui en ont envies. Rien de plus. Pas de damnation, pas de Purgatoire ou d'enfer. Juste du plaisir. Ses mains me rendent timidement, puis hardiment mes caresses et je me laisse emporter par le désir et l'envie de le posséder. Je me prépare à le prendre et pendant de longues minutes je ne fais que bouger contre lui, cueillant ses soupirs et ses gémissements, appréciant de sentir sa main entre mes cuisses sans que j'aie à le forcer.

Puis j'entre en lui, doucement, lentement, mes lèvres contre les siennes et nos souffles mélangés, appréciant de sentir ses cuisses s'écarter pour moi et seulement pour moi. Je progresse sans le brusquer, avant d'être totalement en lui, et j'attends quelques instants avant de faire quoi que ce soit, me contentant de l'embrasser, sur les lèvres ou dans son cou. Puis, une fois qu'il semble détendu je donne un premier et long coup de reins. Je poursuis avec passion, veillant sur lui, faisant attention à ce qu'il profite sans avoir à l'hypnotiser pour cela. Qu'il passe un doux moment avec moi. Et c'est ce qui semble se passer, car ses gémissements ne sont pas feints, et expriment le plaisir qu'il prend. Tout comme son membre qui est dur contre moi, et que je caresse en rythme avec mes coups de reins.

Je commence à soupirer de plus en plus lourdement, puis à gémir, sentant la fin proche. Alors j'accélère encore, l'embrassant, le griffant, le mordant doucement, mais sans savourer encore son sang. La prochaine fois... parce qu'il y aura une prochaine fois. J'en suis persuadé. Il gémit plus fort, et après quelques derniers assauts je viens, crispant mes doigts contre sa peau pâle. Je relève les yeux et croise son regard. En une seconde, j'ai compris que l'enchantement est terminé, et qu'il a totalement repris possession de ses moyens. La fête est terminée, comme on dit... Je revois la panique et le dégoût sur son visage alors je commence par sourire, et je retiens ma main de venir se poser sur sa joue pour une douce caresse.

Oui, c'était très bien. Et... est-ce que ça t'a plu?

Il esquive ma question et me demande simplement s'il peut fuir. Mon sourire s'efface un peu, même si, au final, j'ai eu ce que je voulais. Je commence à reculer, pour me retirer de lui, mais je m'interromps et croise son regard.

Bien sûr, tu vas pouvoir t'en aller. Mais avant tu vas avoir envie de prendre une douche. Et quoi qu'il arrive, si tu vois du sang, ton esprit fera en sorte que tu ne le remarques pas. Il n'est pas le tien de toute façon. Tu vas prendre une longue douche, juste satisfait de te sentir propre et rien d'autre. Puis tu t'habilleras. Va maintenant.

Le voile rouge disparaît et je me retire totalement, sentant déjà le sang qui depuis longtemps a remplacé ma semence, goutter sur les draps et j'observe les lignes rouges tracer des arabesques sur ses cuisses alors qu'il se dirige vers la salle de bains, sans se douter de rien. Je reste totalement nu, alangui sur les couvertures, savourant les restes de ce pas de deux, et cette sensation fugace d'être encore vivant, même un peu... J'écoute distraitement l'eau couler, puis s'éteindre et je le vois sortir de la salle de bain, rhabillé.

J'espère que tout va bien James. Tu vas pouvoir t'en aller. Mon cocher attend en bas, tu n'auras qu'à lui donner l'adresse et il t'emmènera où tu le désires. N'oublie pas le texte de la pièce, pour pouvoir l'apprendre. Et lundi prochain tu me retrouveras au théâtre à 17h pour commencer les répétitions. Bonne fin de nuit très cher...

J'ai un sourire alors que je l'observe détaler comme un lapin et que quelques instants plus tard j'entends la lourde porte d'entrée se fermer, puis ma berline s'éloigner dans la nuit.

Huit jours plus tard, je franchis les portes de mon théâtre, et je me débarrasse de mon manteau, mon chapeau et mes gants avant de grimper sur scène. Tasha ma douce est là, et je salue tout le monde, lui accordant pourtant un baisemain spécial. Puis je vois James, qui fuit mon regard.

Je vois que tout le monde est présent, et à l'heure. C'est merveilleux. Mes chers je vous présente notre nouvelle recrue : le jeune James Barnes. Un talent prometteur a qui j'ai voulu donner sa chance pour la pièce à venir. Je vous demande de l'accueillir comme il se doit dans notre grande famille, et lui montrer que nous ne sommes pas des monstres...

J'ai un sourire en coin alors que je m'assieds sur la dernière chaise de libre, et attrapant une copie de la pièce, je l'ouvre à la scène d'exposition et m'éclaircis la gorge.

Pour commencer nous allons faire une simple lecture du texte, en tentant néanmoins de mettre le ton, les intonations. Tout le monde est d'accord? Parfait. Allons-y. Tasha, trésor, tu commences. Acte I scène 1. Intérieur bourgeois.

©louha
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Ven 2 Déc - 10:11

   
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   Pendu à ses lèvres, je crains l'instant où il va me dire que non, ce n'était pas assez bien à son goût et que je suis bien moins baisable d'une des catins du port. Le souffle court, et le cœur dans la gorge, j'angoisse alors que mes doigts s'enfoncent dans ses draps encore chauds de cet acte contre nature que nous venons de consommé. Je déglutis difficilement et quand enfin il me dit que oui, je recommence à respirer, esquissant de force un sourire censé répondre à sa question. Un sourire qui, malheureusement pour moi, est un demi-mensonge. Alors qu'il se retire de moi, et que je frissonne de cette sensation que je trouve répugnante, je ne peux ignorer pourtant le plaisir que j'ai ressenti en ses bras. Tout comme je ne peux oublier mon étrange docilité, qui après un regard de sa part, est apparue, comme si il m'avait envoûté du bout de ses lèvres... Anxieux, je me laisse faire et croise son regard, alors qu'il me parle d'une douche que je devrais prendre et du fait que j'aurais le droit de me couvrir à nouveau. Sans savoir pourquoi, j'hoche de la tête là où lui se retire complètement, me laissant avec cette simplement sensation d'être sale. Sans me faire prier, je quitte son lit et me dirige vivement vers la salle de bain, tentant d'ignorer cette impression que glisse d'entre mes fesses quelque chose de poisseux. Je m'enferme dans la salle d'eau et ne prends pas le temps d'être surpris par le luxe de celle-ci, étant bien plus occupé pour l'heure de faire couler l'eau qui m'aiderait peut-être à me débarrasser de cette impression de dégoût pour moi-même qui refuse de me quitter. Sous l'eau brûlante je me glisse et incapable d'accepter ce qui vient de se passer, je commence à vivement frotter ma peau, non pas au point de la faire rougir mais de la blesser. Là où ses lèvres se sont posés, je me griffe jusqu'au sang, dans l'espoir d'effacer de ma peau les souvenirs de ses attentions écœurantes. Là où ses mains m'ont caressée, j'enfonce mes ongles dans ma chair, priant ainsi ne plus jamais ressentir le moindre plaisir en pensant à cette nuit.... Quant à ce qui se glisse le long de mes cuisses, je préfère ne pas regarder et me contente de rincer, jusqu'à ne plus avoir l'impression d'être une pute au rabais. Un sanglot glisse d'entre mes lèvres, alors que roule sur ma peau et à mes oreilles, autant le dégoût de moi-même que les mots qu' il a eu pour moi. "Tu es très beau." a-t-il murmuré quand il déboutonnait ma chemise. "Mes caresses et mes attentions sont ce qu'elles sont : donnés par quelqu'un qui te trouve très beau. Qui a envie de toi." avait-il ajouté avant que je ne cède. Les yeux clos, je tente de repousser tout ça au loin tandis que l'eau reste brûlante sur ma peau qui se fait douloureuse. J'ai l'impression de rester des heures sous le pommeau de douche, à tenter de comprendre ce qui a bien pu se passer pour que j'en vienne à m'abaisser à ce genre de truc... Je peine à comprendre ce qui a bien pu détruire mon esprit pour avoir écarté les cuisses pour lui et gémis. J'aurais dû me battre, refuser, peut-être sangloter ou le repousser en disant que finalement, le rôle de ma vie ne méritait pas que je me vende ainsi.... Mais non, j'ai accepté, presque docilement qu'il me prenne et qu'il vienne en moi. J'ai gémis pour lui et j'ai laissé mes mains se perdre sur sa peau de reptile. J'enfonce mes dents dans mes lèvres, étouffe un autre sanglot, et enfin, je quitte la douche pour retrouver la chaleur de mes vêtements usés. Je me regarde dans le miroir et peine à soutenir les prunelles de mon reflet. "Tu t'es vendu comme une pute à un autre homme pour un rôle. Que dirais ta mère si elle voyait ça ?" semble me dire l'homme dans la glace alors que je tourne les talons, retrouvant la chambre de Monsieur Beckett, pour qui je baisse la tête et fixe mes pieds plutôt que ses iris. Sa voix se fait comme du velours pour moi, et encore profondément dégoûté par ce qui vient de se passer, je sens mon échine frissonner sous les caresses de ses voyelles qui semblent ne se faire chantantes que pour moi. Les lèvres pincées, je l'écoute avant de très brièvement croiser son regard, le temps d'une réponse bredouillé à la hâte par l'homme pressé de fuir que je suis.

"C'est gentil M'sieur Beckett. Je veux juste rentrer, mais promis, je serais là lundi pour la répétition. J'vous décevrais pas M'sieur Beckett."

Je le salue rapidement avant de tourner les talons pour quitter le plus rapidement possible sa demeure, contrat en poche et remords au coeur. Derrière-moi je claque la porte pour ensuite m'engouffrer dans sa berline. Le cocher me demande où je veux aller et après de longues secondes d'hésitations, je finis par lui lâcher du bout des lèvres, non pas mon adresse mais celle d'un établissement que je fréquente régulièrement.

"Vous pouvez me déposer sur Cavell Street ?"

Et c'est la dernière chose qui me reste de cette soirée. Après ces mots que j'ai eu pour le cocher de l'immense William Beckett, c'est le noir total. C'est un grand vide que mon esprit arrive pas à combler, un foutu blanc qui au réveil me laisse avec cette simple impression d'avoir avalé assez d'alcool pour avoir tué le peu de raison qu'il me restait. Quand j'ouvre les yeux le lendemain, je me sens lessivé et bon à pas grand chose. Je quitte pas mon appartement et décide de simplement faire avec ce que j'ai. Ce qui se résume à un puissant mal de crâne, la sensation de ne pas savoir ce que j'ai bien pu faire de mon corps et l'esprit suffisamment remué pour que je peine à me remémorer clairement ce qui a bien pu se passer avec Beckett... Non, tout ce qui me reste, ce sont des flashs, des sensations et des impressions que je fais taire d'un autre verre et d'un simple. "Ce n'était pas réel." Et ça ne peut pas l'être. Un homme comme lui ne ferait pas une telle chose, et moi non plus. Je nie, purement et simplement, une vérité que je ne veux pas voir. Comme l'enfant qui ne veut pas admettre que le monde fonctionne ainsi, je me couvre les yeux, me voilant la face sur ce qui a bien pu se passer la nuit dernière. Les paupières closes, je m'interdis de penser à ses lèvres ont trouvées les miennes, ou à ses doigts, qui si librement se sont perdus sur ma peau frissonnante de dégoût. Je me refuse à imaginer à nouveau la façon dont mes lèvres s'entrouvraient pour laisser échapper de bien indécents gémissements qui n'appartenait qu'à cet homme qui prenait son plaisir à être en moi. Les yeux clos, j'enfouie tout ça dans un recoin de mon esprit, racontant à mes parents ce que je pense être la vérité quand ils me demandent comment s'est passé mon repas chez Monsieur Beckett : Bien. Nous avons mangés, il m'a fait lire sa dernière pièce et m'a ensuite offert le premier rôle. Tout ce que j'ai à faire pour le mériter, c'est de me présenter à la première répétition lundi prochain à son théâtre et lui prouver qu'il n'a pas perdu son temps à croire en moi.

Sauf que le lundi en question, j'arrive à son théâtre avec l'angoisse au ventre et l'impression que je vais mourir dans l'instant. Timidement je passe la porte de son établissement et croise le regard des autres acteurs qui se demandent déjà qui je peux bien être. Je leur adresse un simple sourire et heureusement, William arrive bien vite pour faire les présentations et nous faire part de sa fausse joie de tous nous voir ici. Je fronce légèrement les sourcils à l'entendre avant de détourner le regard, ne voulant pas croiser les prunelles qui m'ont fait perdre autant ma tête que mon âme. Je pince les lèvres à cette simple réflexion, m'interdisant de ressasser les souvenirs de cette soirée qui n'a pas pu être réelle. Il se laisse retomber dans une chaise et nous fait passer le texte de la pièce que j'attrape entre mes doigts fébriles. Il ordonne à la rouquine plutôt mignonne de commencer la lecture et le coeur au bord des lèvres, j'ai presque peur de lui donner la réplique. Mais je suis fort, pas vrai ? Je suis bon même. Alors je crains rien et mieux, je vais prouver à cet homme qui pense m'avoir obtenu en une nuit que je vaux mieux que ça. Je passe rapidement ma langue sur mes lèvres avant de me lancer, y mettant le ton quand je commence à lire. Je termine ma première réplique et lève les yeux vers le fameux Beckett, curieux de voir si dans son regard je vais y lire quoi que ce soit.

J'ai l'impression qu'on répète depuis des années. William est impitoyable et tout les soir, il vient, il nous réprimande, nous complimente rarement et sans cesse trouve à redire dans nos gestes, nos regards ou nos intonations. Rien n'est jamais parfait et tout doit-être amélioré. Il est l’exigence même et j'ai beau essayer de devenir l'Eric qu'il veut voir sur scène, il n'est jamais pleinement satisfait du jeu que je lui offre. Au point que lorsque vient la grande première, j'ai la peau au ventre. Vêtu de mon costume de scène, j'observe avec angoisse la scène depuis les coulisses tandis que j'entends le public s'installer. Je peine à respirer, tant l'anxiété distille son poison dans mes veines et épaissit mon sang qui ne semble plus s'écouler correctement tandis que mes poumons semblent se remplir d'encre épaisse. La tête me tourne presque et c'est uniquement parce que j'ai au ventre cette envie de vaincre et de prouver à tout le monde que je suis l'acteur le plus talentueux de cette génération que je ne fuis pas en l'instant.... Et puis... Aussi parce que j'ai payé bien trop cher ma place ici. J'ai vendu mon âme pour cette représentation. Et il est hors de question que le Diable ne me paye pas le dû qu'il m'a tant fait miroiter. Natasha n'a pour moi qu'un sourire, alors que les trois coups résonnent et que le public enfin cesse ses bavardages. Le rideau se lève, je prends une grande inspiration et j'entre en scène avec elle, endossant le rôle de ce fameux Eric.

Pour un autre rappel, je m'incline avec les autres acteurs, souriant à cette foule qui ne semble aimer que nous. Mon coeur déborde d'une ivresse qui le fait battre furieusement contre ma cage thoracique. Avec les autres, j'enchaîne les révérences avant de quitter la scène une fois de plus, enivré par une joie que j'ai rarement connue. On me donne une tape sur l'épaule avant de me proposer de venir boire un verre avec le reste des acteurs. J'accepte sans hésiter, me changeant rapidement avant de sortir par l'entrée des artistes, m'étonnant de trouver sur notre chemin vers la sortie, quelques vieilles marquises poudrées, qui s'éventent vivement et répandent ainsi les effluves fleuris de leur parfum dans les coulisses. Elles semblent échanger quelques mots avec William, avant de se tourner vers nous. Je souris à ses femmes et passe devant elle en esquissant une bien belle révérence avant de filer avec les autres, dilapidant ainsi une partie de ma première solde dans un peu d'alcool.

Les représentations s'enchaînent et se font meilleurs au fil des nuits, en deux mois, j'ai l'impression d'être toujours plus talentueux que la veille et de charmer toujours un peu plus le public qui s'arrache cette nouvelle pièce du grand William Beckett. Chaque soir, j'ai l'impression de devenir un peu plus le chouchou de ses dames et du public, et d'attirer le regard de toutes ses femmes qui rêveraient de tromper l'ennuie avec un jeune homme comme moi. Ce sont elles qui d'abord viennent échanger quelques mots en compagnie, gloussent derrière leurs éventails quand j'ose un baisemain et qui ensuite, glisse deux doigts sous mon menton pour mieux apprécier le tracé de ma mâchoire. Ce sont elles, qui m'invitent à boire le thé, puis à rencontrer certaines de leurs amies, à qui elles me présentent comme étant le talentueux jeune homme qui incarne si bien les personnages si justement écrits par le grand William Beckett. Je deviens le minet, le mignon de ses veuves qui ne savent pas quoi faire de leurs journées et qui ainsi, m'invitent pour des bals, me font faire des chemises pour que je sois beau à leurs côtés. Je deviens le joli coeur que l'on veut posséder et voir sourire. Celui qui est l'acteur talentueux et le jeune homme charmant. Une petite douceur qu'on aimerait garder avec soit le soir, mais qui doit pourtant retourner sur scène pour charmer le public.

Deux mois passent ainsi, jusqu'au jour de la dernière représentation, qui se fait presque douce-amère, car signifiant la fin de mon contrat avec Beckett. Lui qui d'ailleurs, alors que je quitte à peine la scène, fait envoyer Samuels pour me convoquer dans son bureau. Le coeur au bord des lèvres, je réponds que je viendrais sans faute après les rappels du public. D'un hochement de tête il me laisse seul avec les doutes et mes craintes. Que me veut-il ? Me dire que c'est terminé ? Que je vais devoir revenir à ma vie misérable ? A crever de faim et à accumuler des dettes que je viens à peine d'éponger ? A faire rapiécer mes chemises par ma mère qui verra que je m'enfonce dans la misère ? Anxieux, je peine à sourire à la foule et quand enfin, celle-ci se lasse de nous, je monte jusqu'à son bureau, le coeur lourd et l'esprit confus. Timidement, je toque à sa porte et attend qu'il me donne l'autorisation de pénétrer en son antre, pour me présenter à lui, encore dans mon costume de scène. Je lui souris faiblement en le saluant.

"M'sieur Beckett... Il parait que vous souhaitez me voir ?"

   
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Dim 4 Déc - 23:10


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La cascade de la douche résonne faiblement dans ma chambre, étouffée par les lourdes portes en chêne qui séparent toutes les pièces, alors que je savoure les dernières bribes de notre étreinte qui vient de s'achever, bien trop rapidement à mon goût. Alors que j'entends son coeur battre rapidement depuis mon lit où je me tiens encore, complètement nu et reposant sur les draps de lin souillés de sang et de semence. Le plaisir est une chose bien trop éphémère... pourtant j'ai encore le goût de ses lèvres cerise sur mes lèvres et la forme de son corps pour l'instant trop maigrelet sous mes doigts. D'habitude mes recrues font beaucoup moins de manières, et se montrent beaucoup plus enthousiastes à l'idée de partager mon lit. Je me rappelle même d'une petite blonde qui m'avait sauté dessus alors que nous étions encore en train de dîner, grimpant sur mes genoux pour prendre mes lèvres, ses cuisses enserrant déjà mes hanches. J'avoue que celle-là m'avait eu par surprise, et même si j'avais apprécié son audace, je n'ai pas cautionné qu'elle se vende ainsi à moi aussi facilement, me jetant au visage ses appâts sans même me donner le temps de la désirer. Pour la peine je l'avais prise sèchement sur la table, comme une catin, ses seins blancs pressés contre l'assiette en porcelaine vide, et une fois mon affaire terminée, je l'avais remise dans ma berline et faite ramener chez elle sans jamais la rappeler. Lui est l'extrême inverse. Lui me fuit alors que tout lui indique qu'il a apprécié. A aucun moment je n'ai fait mentir son corps, à aucun moment je n'ai manipulé son esprit pour lui donner des sentiments et des sensations qu'il n'éprouvait pas. J'ai juste fait sauter le verrou de ses réticences et de la bienséance, pour qu'il ne voie cette étreinte que pour ce qu'elle était: un plaisir partagé. Une heure volée où il n'avait à penser ni à la bienséance, ni à la morale, ni à la vertu des bien pensants qui se privent de ce qu'il y a de bon simplement parce qu'un cureton en soutane, certainement trop laid pour attirer quiconque dans son lit, était jaloux de ses confrères humains et leur promettait damnation éternelle pour ne pas être le seul à souffrir de la solitude et de la frustration. Entends tu le tonnerre mon joli? Vois tu les foudres divines s'abattre sur notre bonne vieille ville de Londres? La Tamise s'est-elle changée en torrent de sang? Non. Rien n'a changé, et le monde continue sa rotation lente et mécanique. Pourquoi à ton avis? Parce que Dieu s'en fout, s'il existe. Il s'en fout de ses créatures. Il s'en fout des humains car sinon il n'aurait pas laissé les enfers, ou que sais-je, nous créer, nous les créatures de la nuit. Il ne nous laisserait pas nous repaître d'eux, nous nourrir d'eux, les manipuler, et jouer avec eux comme des pantins sophistiqués. Si ces chers humains étaient si précieux, il ne me laisserait pas leur faire tout cela. Il ne nous laisserait pas faire tout ça. Il s'en fiche, ou il n'existe pas. A vrai dire, je m'en fous. La religion est une couverture bien pratique pour les gens qui n'ont rien, même pas leur libre arbitre. Une façon de se tenir chaud et de s'abriter derrière le fait que nous sommes seuls. Tout est une création du hasard, et nous ne sommes ici que par une série d'accidents merveilleux. La religion est une paire d'oeilleres car pour tout le monde la perspective d'être des orphelins, sans personne au-dessus de leur tête à qui demander des faveurs ou rejeter la faute est trop effrayant. Il est plus dur d'être totalement responsable de ses actes que d'en incomber la raison à un obscur personnage sans visage qui passerait ses journées à nous contempler, misérables fourmis grouillantes. Nous sommes tellement, comment pourrait-il nous voir tous et nous juger tous? Avoir un plan pour chacun de nous? Fadaises! Hypocrisie que de s'imaginer être guidés, surveillés, aimés par cette chose informe sur laquelle tant de personnes mettent la même étiquette : Dieu. Et lui aussi le craint. Lui aussi a peur pour sa précieuse âme qui n'est qu'une invention des curés pour garder leur troupeau dans l'enclos, en faisant croire aux plus pauvres, à ceux qui n'ont rien, qu'il leur reste quand même quelque chose à perdre. Si seulement...si seulement tu jetais tes principes aux orties comme on jette un vêtement trop usé, tu verrais... tu verrais à quel point on t'a menti. Tu verrais à quel point tout le monde n'a fait que dresser des barrières autour de toi, pour que, telle une gentille brebis, tu marches dans le chemin qu'on a conçu et déterminé pour toi et surtout, surtout, tu n'en sortes pas. Que de t'écarter d'un pas puisse être la pire chose qui puisse t'arriver, et la promesse de mille tourments. S'ils savaient...s'ils savaient,tous, qu'ils ne risquaient rien à mentir, à tromper leur femme ou leur mari, à simplement prendre tout ce dont ils ont envie, et profiter sans penser à ce qui se passera après leur mort... le monde entier serait différent, et il y aurait plus de pubs et de bordels que d'églises...

Je pense à tout ça pendant qu'il se douche, alors que je remonte le drap sur mon entrejambe d'un geste chaste, pour ne pas le traumatiser outre mesure. Pauvre petit...mais tu reviendras. Tu reviendras parce que tu as goûté du bout des lèvres le goût de la gloire, et que tu as désespérément envie d'attraper la coupe et d'en boire à longues gorgées, tant que tu auras soif. Tu reviendras parce que le goût t'a plu, et que bientôt tu te rendras compte qu'écarter les cuisses pour moi était un prix bien léger pour tout ce que tu vas avoir bientôt, très bientôt. Argent, reconnaissance, gloire, une place dans le monde et son nom en haut de l'affiche... tout cela tu l'auras et tu vas l'apprécier. Comme moi je l'ai apprécié il y a bien longtemps, et que je continue à faire, même si j'ai un peu délaissé les feux de la rampe pour ne pas trop attirer l'attention. Une fois que tu l'auras eu tu ne pourras pas t'en passer, et comment te le reprocher? Je n'ai jamais connu personne qui après avoir passé une nuit dans une édredon de plumes souhaite dormir à nouveau sur de la paille à même le sol. Tu vas revenir parce que tu sauras où est ton intérêt...

Je suis sûr que tu vas m'éblouir James, moi et toute la ville de Londres... Fais bon retour, et prépare toi pour le rôle... Bonne fin de nuit très cher...

Je m'adresse à lui encore nu dans mon lit, et le suis du regard alors qu'il quitte la pièce, puis ma demeure. Ma nouvelle perle...

Une semaine se passe et nous voilà à répéter pour la première fois notre nouvelle pièce. Je m'installe, maître de cérémonie pour ce galop d'essai, le premier d'une longue série, et je les contemple tous, assis en rond autour de moi, sur la scène encore vide. Les rideaux sont relevés, aucun décor, la herse est descendue tout comme les cordages. J'ai devant moi la toile vierge et eux, mes comédiens, seront mes couleurs. Ils sont les pierres précieuses qu'un joailler aura choisis avec patience et art pour composer la tiare la plus belle. Et pour cette pièce, la pierre maîtresse sera lui, James Barnes, le lys au milieu des épines, la perle des bas-fonds. Et plus les jours passent, plus les répétitions s'enchaînent et plus je suis persuadé de tenir un être d'exception dans ma main. Il rendra ma pièce célèbre. Il rendra mon théâtre encore plus illustre... sous mes doigts, je vais le façonner pour qu'il soit le plus grand acteur de sa génération, il en a l'étoffe... il aura les plus grands rôles, sa délicieuse bouche déclamera les plus beaux vers jamais écrits... Cette pièce sera un triomphe, c'est une certitude. Et je veille. Je suis un monstre de perfection et d'exactitude. Je ne veux pas qu'ils jouent, je veux qu'ils soient. Je veux que pendant deux heures chaque soir, ils ne jouent pas, mais qu'ils abandonnent qui ils sont dehors, le suspendent à un crochet, et deviennent les personnages que j'ai écrits. Qu'ils les rendent réels, tangibles. Qu'ils ne soient pas juste des noms et des répliques sur du papier, mais des êtres de chair et de sang dans lesquels ils pourront se reconnaître, qu'ils vont plaindre ou détester, qui vont les faire rire ou pleurer. Je les pousse plus loin qu'ils ne l'auraient imaginé pour tirer le meilleur d'eux. Je les rudoie, je les bouscule, je les polis pour que le soir de la première, ils puissent scintiller comme des diamants.

Arrive enfin la première, et tel un dragon qui surveille son or je m'installe en coulisses, où mon regard aiguisé surveille tout, note tout, remarque tout. C'est là que je vois Barnes. Le trac. Je le sens jusqu'ici... Il guette les autres en attendant que l'heure de son entrée arrive, et dans un froissement de soie je m'approche de lui et pose ma main sur son bras.

James. Tu vas y arriver. Si j'ai été si intraitable et exigeant, c'est pour que ce rôle fasse tant partie de toi que tu ne penseras pas à le jouer. A peine tu seras sur scène tu seras Eric, et ses mots glisseront dans ta bouche sans que tu aies à y penser. Tu vas y arriver. Tu es prêt. Maintenant, montre leur qui est le meilleur acteur de Londres...

Je retrouve mon poste d'observation, attentif. Personne ne doit me déranger pendant une pièce, à part s'il y a le feu. C'est une règle sacrée. Je dois voir le moindre geste maladroit, noter la moindre erreur de ton, ou approximation d'un regard. Chaque jour, les erreurs du lendemain doivent être gommées et rectifiées... Les scènes, les actes, les entractes s'enchaînent avant le baisser de rideau. Bien... ce n'était pas parfait, loin de là, mais pour une première, ce n'était pas trop mal... Je les observe tous, saluer le public, ivres de joie et ivres de leur propre talent, avant de filer fêter ça tous ensemble. Soit... cette victoire leur appartient, même si du coin de l'oeil j'observe Barnes se faire déjà courtiser. Je le savais... je connais trop bien ce monde...

Une semaine, un mois puis deux passent. Il leur faut deux semaines pour que la pièce soit parfaitement jouée, et au bout de la troisième c'est une chef d'oeuvre. Ils sont tellement à l'aise dans leur rôle, tellement fins dans leur jeu, que les spectateurs oublient qu'ils sont au théâtre, oublient que tout est factice. Ils y croient. Ils y croient vraiment. Les journaux s'enflamment, le bouche à oreille attire de plus en plus de monde au théâtre, et la Reine elle-même nous fait l'honneur de ramener sa tête couronnée sous mon toit. L'auréole de gloire et de prestige de mon illustre maison s'agrandit et barnes...Barnes... il devient la coqueluche de tout Londres, étant invité partout, courtisé, envié, dévoré du regard. On se dispute ses faveurs et sa compagnie, et moi, j'observe tout cela de loin. Mon jouet, ma marionnette... j'apprécie de le voir aussi célèbre et aussi demandé, signe que je l'ai bien choisi, et que je l'ai bien travaillé... Puis la dernière arrive. C'est la meilleure de toutes les représentations, sans doute parce que tous savent que c'est un adieu à leur rôle, qui est devenu un ami, un partie d'eux-mêmes. J'assiste à cela, attentif, et surtout impatient. Maintenant est venu le moment où ils vont devoir me prouver leur allégeance, pour continuer à travailler avec moi. J'envoie Samuels le faire venir, alors que dans les coulisses un repas de fête est dressé pour fêter la dernière. Un cadeau que je leur fais... mais avant defaire semblant de participer aux festivités, je l'attends, lui. Et souris quand il entre, timide, le coeur battant.

Entre James, assieds toi... Alors...tu sais que c'était la dernière... Tu as des plans pour la suite?

Je souris en coin et me caresse distraitement le menton du bout de mes doigts chargés de bagues en argent.

Je te demande ça parce que je projette de monter Hamlet... une de mes pièces préférées... Tu la connais?

Je le détaille longuement avant de me servir un verre de vin. J'en bois une gorgée, le torturant à le faire attendre, pendant que je fais rouler le liquide rouge sous ma langue. Puis je repose mon regard sur lui et lui souris.

Tu as été plutôt bon sur cette pièce et j'ai pensé à toi pour le rôle. Mais...si tu le veux, il va falloir renouveler notre petit arrangement...de la même manière que la dernière fois...

©louha
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Mar 20 Juin - 16:35

   
'Cause I want it now, I want it now... Give me your heart and your soul

   
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J'ai le cœur encore fou à cause de l'allégresse qui coule dans mes veines et pourtant, alors que face au grand Beckett je me trouve, ce sont des cendres qui désormais emplissent ma bouche et me font oublier toute la joie qui jusque là m'habitait et me faisait sourire comme un gamin bien trop heureux d'avoir réussis. Et face à lui, au lieu d'être gorgé d'une fierté teintée d'arrogance et de me sentir honoré d'ainsi m'attirer l'attention de l'homme le plus influent de cette ville, voilà que je joue la victime, en baissant piteusement la tête à la manière d'un enfant qui attendrait la gifle que son père s'apprête à lui coller parce qu'il a encore déçu celui qui lui offre un toit et de quoi remplir son estomac. Au lieu d'être brave, arrogant, prétentieux ou même heureux de mon succès qu'il souhaite renouveler, je me fais chétif et pathétique pour lui, fixant ainsi le sol à mes pieds plutôt que son regard perçant quand il m'autorise à m'assoir en sa compagnie. Sur un siège je m'installe et la mine toujours basse, je me contente d'hocher un peu la tête et d'à peine entrouvrir les lèvres quand il me demande si j'ai prévu de faire quelque chose de cette gloire éphémère qui est encore pour l'instant la mienne.

"Pas encore... Je.... J'y réfléchis."

Ou plutôt, j'évite d'y penser, craignant de n'être dans le monde du théâtre qu'une bien faible étoile filante que l'on ne regrette que le temps d'une seconde. Nerveusement, je commence à jouer avec les manches de mon costume tandis qu'il se joue de ma personne, s'amusant certainement de voir croitre en moi la peur dont il se délecte avec plaisir. A la manière d'un serpent face à sa proie, il se contente de darder sur mon être ses prunelles et d'esquisser une ombre de sourire bien plus lourd de sens que les quelques mots qui d'entre ses lèvres pales serpentent jusqu'à moi, m'arrachant ainsi de légers frissons. Hamlet est donc la prochaine pièce qu'il souhaiterait mettre en scène. Je me mords quelque peu la lèvre avant d'être capable de lui répondre, les doigts désormais entrelacés par la crainte de l'inévitable qu'il reste pourtant à affronter.

"Oui... C'est un classique... Tout bon acteur rêve de la jouer un jour et de briller sur scène dans le rôle principal."

Tout les grands sont passés par là, et je sais que si je veux un jour être un nom que l'histoire retiendra, il me faut à mon tour avoir ce rôle qu'implicitement il fait déjà danser devant mes prunelles envieuses. Piteusement, en réponse au silence qui entre nous s'installe, je lève délicatement le museau vers lui, le contemplant ainsi à savourer son vin pendant que du regard il semble me dévorer, ou plutôt me déshabiller à nouveau. Difficilement, je déglutis pour lui et inquiet, je reste pendu à ses lèvres, attendant avec fébrilité qu'il m'annonce à quel sauce il va me manger en cette soirée que je ne devrais passer qu'à célébrer la réussite et succès qu'on m'interdisait, plutôt qu'à angoisser de ce que cet homme qui me met désormais mal à l'aise pourrait encore exiger de moi une fois de plus. Les secondes deviennent minutes alors que son silence se fait plus pénétrant que jamais, me laissant avec cette étrange impression que le froid qui me fait frissonner s'infiltre jusque dans la moelle de mes os, et alors que le souffle court, j'ai l'impression d'étouffer dans ma propre enveloppe charnelle, voilà que la sentence tombe, aussi rude et cruelle que la première fois. Mes phalanges deviennent blanches et ma peau livide tant l'idée de me retrouver à nouveau dans son lit me fait rapidement tourner la tête. A mon tour, j'observe un long silence avant d'enfin, après avoir chassé de mon esprit troublé les souvenirs de cette nuit qu'en ses draps et bras j'ai passé, à apprécier les caresses honteuses qui ont fait frissonner ma peau, j'arrive enfin à entrouvrir les lèvres et à croiser son regard.

"Je... Je pensais qu'une fois suffirait... Vu que maintenant vous savez que je suis bon et que le public m'aime bien...."

Le peu de courage que j'avais me fuit et à nouveau, je baisse les yeux, reprenant ensuite vivement afin de ne pas passer pour l'ingrat que je ne veux pas être à ses yeux.

"Je donnerais tout pour un autre rôle dans une de vos pièces et encore plus pour Hamlet... J'ai pas envie de retourner jouer dans un théâtre de seconde zone... Grâce à vous... Je réalise mes rêves.... C'est juste..."


Je passe ma langue sur mes lèvres.

"C'était un peu bizarre la dernière fois chez vous et... Si on doit refaire la même chose... Enfin... Je...."


Je pousse un soupir, de plus en plus mal à l'aise.

"Je veux le rôle mais... J'ai peur de recommencer."


   
- Adrenalean 2016 pour Bazzart.
   
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Mer 21 Juin - 14:42


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Alors elles sont toutes là, mes perles. Mes merveilles, mes diamants bruts que j'ai tirés du caniveau en allant chasser les trésors dans les bas-fonds, les taillant, patiemment, avec rigueur et exigence, pour les transformer de pierre transparente à joyau scintillant. Chaque répétition est une nouvelle facette que je fais apparaître, un nouveau moyen de briller, scintiller et attirer la lumière, la renvoyer de mille feux. Tous ensemble ils sont ma rivière de diamants, ma tiare ou ma manchette précieuse, et à la fin de chaque spectacle, quand la dernière représentation est donnée, je range ce nouveau bijou au coffre, avec tous les autres, tous mes succès, créés, imaginés et ciselés par mes soins. Mon trésor, connu de moi seul, vu que personne à part quelques amis immortels n'ont traversé comme moi les époques et les âges. Pourtant j'aimerais, j'aimerais trouver un compagnon d'immortalité, mais j'ai été trop souvent déçu, trahi ou trompé, trop de fois mes espoirs se sont retrouvés vains, et trouver quelqu'un qui accepte cette vie, et cette vie avec moi n'est pas chose aisée. Enfin, j'ai au moins trouvé un nouveau jouet, un nouveau joyau à trouver, parfaire et à montrer à la foule comme preuve de mon talent et de mon art, le jeune Barnes...

Il est parfait, mieux que parfait même. Son talent, son naturel et sa beauté sont arrivés à me surprendre, moi. Il est la perle noire, ou le diamant bleu, une rareté parmi une rareté, et à chaque fois que je le contemple, je me dis que notre histoire, notre collaboration n'en est qu'à ses débuts. Oh oui ma perle, je vais t'emmener loin, tellement loin... Aucun acteur n'aura ton succès, et ton nom sera inscrit en lettres d'or dans le grand livre du théâtre, parce que je l'aurais soufflé au scribe qui tient la plume. Tout Londres se rendra à l'évidence que tu es le meilleur acteur de ta génération, de ton siècle même, mais cela à condition que tu travailles pour moi. A condition que ce soient mes mots qui sortent de tes lèvres bien dessinées, à condition que ce soient mes rôles à qui tu donnes vie, à condition que mes yeux rouges soient dans la salle chaque soir où tu monteras sur scène. Alors seulement ta gloire n'aura pas de fin. Trahis moi? Tu retomberas dans l'oublie avant même d'avoir compris à quel point il était doux de profiter de tous les avantages que j'ai pu t'apporter... Et c'est pour ça qu'après ma pièce triomphale je veux renouveler notre accord. Cette première...collaboration était un test. Maintenant je dois voir si notre alliance va être aussi sacrée et durable que celle de Dieu avec Abraham, et s'il est prêt à sacrifier autant que ce dernier pour connaître la gloire...

C'est pourquoi après la dernière je les laisse fêter et profiter de leur succès et leur triomphe, demandant tout de même à Samuels d'aller avertir notre cher James que je veux le rencontrer en privé. Dans mon bureau. J'attends donc, assis dans mon grand fauteuil tendu de soie pourpre, écoutant distraitement le feu qui crépite dans la cheminée tout en faisant rêveusement tourner un peu de vieux Bordeaux dans un verre en cristal. On toque timidement et je le fais entrer, l'invitant à s'asseoir face à moi où un verre bien plein l'attend déjà.

Les battements assourdissants de son coeur sont un délice dont je me repais, tout comme le sang qui semble avoir quitté son visage. Viens. Approche toi petit agneau. Viens. Tu n'as rien à craindre et tout à gagner... Je souris et entame la discussion, avant de rapidement lui faire comprendre ce que je veux. Nous sommes deux adultes, nous pouvons nous passer de tourner ainsi autour du pot, même si j'aime quand même étirer délicieusement quelques secondes, m'assurer qu'elles aient un goût de siècle avant de finalement en venir au fait. Je le veux. Bien sûr que je le veux. Qui ne le voudrait pas? Il faudrait être fou... Puis je me mets à rire lorsqu'il me dit qu'une seule fois aurait dû suffire, et que maintenant je suis sûr de sa valeur. Quel petit agneau...

Bien sûr que le public t'aime. Mais il aime ce que je lui dis d'aimer. Il aime les acteurs que j'ai choisis pour devenir célèbres et admirés, rien d'autre. Le public peut être une maitresse bien ingrate, qui peut te vénérer et te porter aux nues un jour, et t'oublier totalement le lendemain, si on lui propose quelque chose de nouveau ou de différent pour occuper ses pensées et sa curiosité. S'il y a bien quelque chose que tu dois apprendre de ce milieu James, c'est que personne...personne n'est irremplaçable. Personne... à part moi.

Je vide mon vin et m'en ressers, le liquide sang scintillant dans le verre ciselé à la lueur des flammes, et je repose la bouteille, reposant mon regard sur lui. Il baisse les yeux et rougit presque, jouant nerveusement avec ses manches comme un enfant. Je le laisse finir, me dire tout ce qu'il a sur le coeur avant de laisser échapper un léger rire, ce que Tasha a décrit comme le tintement d'une cloche en argent à ses oreilles. Je souris en coin avant de me lever, et glisser derrière lui. Ma main se pose sur son épaule pendant que mes lèvres se rapprochent de son oreille, murmurant doucement pour lui et juste lui.

Pourquoi as-tu peur? Hein? As-tu souffert? T'ai-je fait du mal? T'ai-je à un seul moment obligé à faire quelque chose que tu ne voulais pas? Non... Pourtant je comprends ta réaction. Depuis tout petit on t'a dit que c'est mal... que l'enfer t'attend si tu t'adonnes au plaisir de la chair avec un homme et tout le bataclan mais... as-tu senti la damnation tomber sur toi quand tu as franchi ma porte? As-tu vu les dix plaies d'Egypte s'abattre sur Londres le lendemain de notre rencontre? Non. Parce que toutes ces interdictions ne riment à rien et ne sont justifiées par rien.

Je viens doucement caresser sa gorge du bout de mes doigts.

James... tout se passera comme la dernière fois... nous dînerons, puis nous monterons, nous passerons un agréable moment et si tu veux rester dormir dans ma demeure, tu y seras reçu comme chez toi. Est-ce que ta peur te ferait prendre le risque de tout perdre? Veux-tu vraiment la laisser te priver de jouer Hamlet? Et surtout, de jouer Hamlet...pour moi? Réfléchis mon tendre... Réfléchis à ce que tu peux perdre, mais aussi à ce que tu peux gagner...

©louha
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