Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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There's no place like Home

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Mer 21 Sep - 18:03

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La bataille est ardue, mais il finit par céder, et je vois mon ami qui se penche vers lui et qui lui nettoie doucement le genou. Quand je le vois, si crispé, quand je repense à la scène qu'il vient de nous faire simplement à l'idée d'ôter son jean déchiré pour qu'on puisse simplement le soigner, et plus tôt, ses hurlements quand je l'ai simplement pris dans mes bras... Le dossier ne disait pas tout sur lui, mais j'ai peur qu'il lui soit arrivé des trucs moches. Vraiment moches. Et même s'il me dit et me répète que personne ne lui a fait du mal et qu'il va bien, je suis loin d'être con. Et surtout... je suis loin d'être ignorant. Même si dans mon malheur j'ai eu la chance de jamais avoir été abusé sexuellement, je sais ce que ça fait de plus vouloir qu'on nous touche, parce qu'on sait plus ce que c'est un contact doux et rassurant. Parce que quand quelqu'un s'approche, on voit que les coups et rien d'autre. On anticipe la rouste, la gifle, les coups de poing ou de pieds, et on a oublié que les mains pouvaient aussi être là pour caresser, et les bras pour serrer très fort et rassurer. On a oublié tout ça. Quand on s'approche, c'est une menace et rien d'autre... et sincèrement, j'espère que c'est juste ça qui le pousse à nous repousser, et rien d'autre. Que c'est juste ses fantômes qui hurlent plus fort que lui, et qui l'empêchent de se laisser aller. Des nuages noirs qui lui font croire qu'il va toujours pleuvoir alors qu'il faudrait juste un coup de vent pour faire réapparaître le soleil... Etre heureux, parfois, ça tient à si peu de choses... Et j'aimerais bien être celui qui lui montre que tout peut bien se passer. Lui rappeler ce que c'est qu'une maison : un refuge, un endroit où aller quand ça va pas, où on trouvera toujours une oreille qui écoute, une main qui le rattrapera, des sourires et de l'amour. Bien sûr il a jamais connu ça mais si seulement il me laissait faire, il pourrait... Pendant qu'on s'occupe de lui je vois seulement à quel point il est encore chamboulé, comme si... j'en sais rien en fait. Je sais pas comment il fonctionne, je vois juste qu'il complètement déboussolé. Perdu. Je lui fais un léger sermon, histoire de lui montrer que je m'en fiche pas de ce qui lui est arrivé, et que je m'inquiète, avant de raccompagner Jack. Je le laisse tranquille pour se changer, et je finis de cuire ce que j'avais prévu et qui avait été abandonné...

Quand je remonte le voir, Clint s'est chargé de jouer les golden retriver garde malade, et le lèche joyeusement. Il lui a manqué aussi... il a tourné dans toute la maison et les alentours, nez au vent, en poussant de petits couinements. Il s'est rendu compte que la maison était pas au complet... Je dépose le plateau et me recule, avant de lui expliquer comment il va pouvoir rattraper le fait qu'il ait pété une fenêtre et qu'il se soit barré toute une nuit sans donner de nouvelles. Et je finis en lui demandant ce qu'il a. Enfin...ce qui l'a fait exploser la vitre et disparaître jusqu'au lendemain. Pendant toutes ces heures j'ai clairement eu le temps de repenser à tout ça...et pourtant rien. J'étais pas arrivé à trouver ce qui l'avait fait réagir comme ça. Je lui avais ramené une peluche, on a mangé, je lui ai dit qu'on irait repeindre sa chambre...que des trucs...normaux. Alors je vois pas...ce qui aurait pu se passer. Ce qui aurait déclenché tout ça... De longues secondes passent, et je le vois, le regard encore rouge et humide, les mains plongées dans la fourrure de Clint qui reste tout contre lui.

Je reste con quand il ouvre la bouche. La vache, je m'étais attendu à pas mal de trucs mais pas...à ça. Je réfléchis à quoi répondre alors qu'il continue, et ma gorge se serre encore un peu plus quand il murmure, retenant à peine ses sanglots. Putain...mon pauvre bonhomme... Il me balance tout ça tout en donnant son bacon à Clint qui le regarde comme un dieu sur terre, et...dans un sens je suis soulagé. Je suis soulagé parce qu'il ouvre enfin la porte. Un peu, un tout petit peu, mais il faut que je profite de l'occasion, parce que je sais pas quand elle se reproduira. Je sais pas quand il laissera de nouveau entrevoir qui il est, et ce qu'il pense. La vache... j'ai eu la chance d'avoir été placé tellement jeune que j'ai pas imaginé une seconde qu'on pouvait pas s'occuper de moi ou que je valais rien. La seule chose qui me rendait triste c'était le fait de plus voir ma mère...mais j'étais prêt à m'ouvrir à n'importe qui qui m'aurait souri, qui m'aurait câliné et fait des gaufres...comme Helen. J'ai eu la chance de pas avoir eu le temps de me faire toutes ces fausses idées. Et lui...lui il est là à me parler, avec des trémolos dans la voix, persuadé qu'il est un cas désespéré. Je viens m'accroupir face à lui, et lui souris.

Tu sais que ta réflexion est un peu bête... bien sûr qu'on peut tout réparer. Cette ferme a constamment des trucs qui merdent, qui lâchent et que je dois fixer, recoller, boucher et autres. C'est pas parce que j'ai une fuite dans le toit que je vais aller chercher une autre maison. Je la répare pour pouvoir y rester, justement. Alors...quoi que tu penses...tu mérites d'être réparé. Tu mérites qu'on s'occupe de toi. Rien n'est jamais trop tard, mais...pour ça il faut juste que tu me fasses confiance et que tu me laisses au moins essayer... Essayer de t'aider d'accord? Que tu me laisses une chance. Pour l'instant on s'occupe des autres gamins du foyer, mais toi t'as le droit qu'on s'occupe de toi aussi. Et en priorité même...

Je crève d'envie de le garder tout contre moi mais il a été assez secoué, et je veux pas provoquer une nouvelle crise en envahissant encore une fois son espace personnel.

Tu as le droit d'avoir une maison où on s'occupe bien de toi. C'est normal, d'avoir quelqu'un qui veille sur toi, qui fasse attention à ce que tu sois bien, que tu aies de quoi manger, de quoi t'habiller, un endroit où dormir, et surtout... qui te protège. J'ai choisi de t'accueillir parce que j'ai envie de t'aider, et que j'ai envie de te montrer que c'est possible, tout ça. Maintenant...c'est un travail d'équipe tu sais. Clint et moi on est déjà associés de longue date, mais maintenant pour que tu nous rejoignes il faut que tu acceptes de plus me fuir. Ca sera pas facile, je sais mais...C'est important. Alors?

Je tends la main à plat, et d'un petit claquement de langue j'attire l'attention de Clint qui pose sa grosse patte poilue sur la mienne, tout content. Puis je souris à James et l'encourage à faire pareil en souriant.


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Ven 4 Nov - 12:49
Ain't your fault, kid.
Steve insiste, en venant s'accroupir face à moi, il insiste et persiste, cherchant à me convaincre là où je ne veux même pas avoir ce genre de discussions avec lui. Il veut maintenir une illusion de dialogue et tenter de forcer une conversation que je me refuse à avoir avec lui. Il essaye de se convaincre qu'il a encore une chance avec moi, qu'il peut s'engouffrer par la petite interstice qu'il pense déceler en moi. Je suis sûr qu'il est persuadé que c'est le moment pour lui de gagner des points et se rapprocher de moi… Mais il attend quoi ? Il espère quoi ? Que je me jette dans ses bras ? Que je sanglote à nouveau, en lui disant que je n'ai pas besoin de grand chose ? Juste d'un peu d'amour et d'attention ? Qu'il faut simplement consolider les fêlures que tout le monde à jusqu'ici laissés à vif ? J'en sais rien. J'en sais foutrement rien. Et je ne veux pas savoir. Je veux simplement qu'il baisse les bras, qu'il arrête d'essayer et qu'il admette que je ne serais que de passage, que jamais je ne m'installerais et que je ne serais jamais plus qu'une ombre qui traverse sa vie. Je ne veux pas de ses mensonges, de ses tentatives pour me faire croire que je suis important ou unique à ses yeux. Parce que je suis loin d'être con. Je sais et je me doute du nombre de gamins qu'il a déjà dû voir défiler dans cette chambre et à qui il a récité le discours qu'il est en train de me servir.  Il a déjà dû dire à bien des gosses qu'ils étaient spéciaux et qu'eus aussi avaient le droit qu'on les aime, qu'on les protège et qu'on les couvre des attentions qu'ils auraient déjà dû recevoir de la part de leurs parents. Il a déjà dû raconter ces conneries à des gamins plus jeunes, qui eux n'avaient besoin que de ça pour outrepasser leurs blessures et entamer le long processus de guérison. Eux qui voulaient encore voir dans les ténèbres une étincelle, eux qui étaient des combattants qui ne voulaient pas encore sombrer… Des résistants, des guerriers et des braves. Tout ce que je ne suis plus depuis bien longtemps. À une époque j'ai été brave, j'ai été furieux, rebelle et même envieux de ce qui avaient une existence relativement normale. J'ai été de ceux qui refusaient de courber l'échine et d'accepter que tout été foutu. J'ai été le genre à m'accrocher, à vouloir y croire à et me rassurer le soir en me disant que tout allait s'arranger. J'ai été comme ça, avant que les fêlures ne soient un trop gros fardeau pour les deux familles qui m'ont accueillit avant Steve. J'étais de ceux qui pensaient qu'une fois au fond, on ne pouvait que remonter, avant de comprendre qu'une fois dans les abysses, on ne remonte jamais à la surface. J'ai rien d'un gamin exceptionnel à qui il faut tendre la main. J'suis pas grand chose, voir même rien. Dans la course effrénée de la vie et de l'univers, je ne suis qu'un grain de sable éphémère. Une petite chose qui se fait balloter par des forces qu'il ne comprend pas et qui est voué à disparaitre. J'suis insignifiant et en rien plus important que les autres. Je mérite pas ce que je ne désire pas. D'autres gamins, plus jeunes que moi, tueraient pour être à ma place et donneraient tout pour avoir un gars comme Steve pour les chouchouter. Eux voudraient de ses mots, de ses attentions et   de son affection. Eux voudraient rejoindre sa super équipe avec Clint. Eux lui ferait confiance.

Mais moi ? Moi je ne veux pas m'attacher. Je ne veux pas m'ouvrir et encore moins montrer mes blessures à un autre. Moi je veux qu'on accepte mon état et qu'on fasse avec le peu de temps qu'il me reste. Je veux qu'on me laisse dans l'ombre, qu'on m'oublie dans un coin et qu'on me laisse être une ombre. Assis sur le lit, recroquevillé sur moi-même, je retiens un autre sanglot tandis que mes ongles s'enfoncent dans mes paumes. Je n'en veux pas. Je ne veux pas. Je veux que la journée prenne fin et que tout s'arrête enfin. Je veux m'endormir et ne pas me réveiller. Je veux que Steve quitte ma chambre pour que je puisse pleurer. Je prends conscience de l'attente que je crée chez lui et du fait qu'il espère de moi une réponse. Il veut que je réagisse, que je fasse quelque chose, n'importe quoi tant que j'émets un son ou que j'ai un geste pour lui. Inconsciemment, il veut vérifier que je suis encore vivant et capable d'exprimer quelque chose. Il veut voir en moi une réaction, une émotion qui lui permettrait d'insister et d'engager avec moi un autre échange qui pourrait lui permettre de nous rapprocher. Mais je ne fais rien. Je ne dis rien. Pendant de longues minutes, rien ne traverse mes lèvres. Je ne suis qu'une vague au loin, une once d'agitation dans l'océan, quelque chose qu'il ne peut pas atteindre et qu'il ne peut qu'observer au lointain. Puis j'ai un murmure, un semblant de réponse.

"Le travail d'équipe c'est pas pour moi."

Et c'est tout. J'essaye pas de le convaincre que je suis pas fracassé ou quoi, j'essaye pas de lui faire entendre raison, préférant me contenter d'un simple mur que je dresse entre nous. Je me recroqueville un peu plus sur moi-même et le souffle court, je peine à ne pas retenir une autre larme qui dévale rapidement la courbe de ma joue. C'est trop tard. Tout ne peut pas être réparé, et très certainement pas moi. C'est plié. C'est comme ça. Je suis bien trop vieux maintenant pour être réparé. Je suis cette tasse sur l'étagère, celle qu'on cache derrière les autres, celle qu'on oublie pour ne pas avoir à se dire qu'à cause de ses défauts et de cette fois où on l'a fait tombé, elle n'est plus qu'un tas de porcelaine encombrant. Je suis celle qui prend la poussière et qui ne manquera à personne. Je suis ce numéro de dossier que l'on se refile en se disant que quelqu'un fera bien quelque chose de ce cas désespéré. J'suis rien à vrai dire. J'suis juste James Barnes, le gamin dont personne ne veut.
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Mar 21 Fév - 16:28

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Pauvre gosse... pauvre gosse. Jusqu'à présent il ne m'avait montré qu'une façade lisse, un masque impassible du ''Bonjour, merci, au revoir Steve, Oui Steve, non Steve'' et c'est tout. Une variété de mots qu'on peut compter sur les doigts d'une main et c'est tout. Ouais, jusqu'à maintenant il ne m'avait laissé que ça, donne que ça avec quoi me débrouiller, et apprendre à le connaître. Sauf que là... là je découvre un peu plus qui il est vraiment, et prends enfin la mesure de ses fêlures. Enfin non, mais je les devine un peu mieux disons. Il est brisé, complètement, et tient à peine debout par je ne sais quelle magie. L'énergie de se battre, l'énergie du survivant, même si elle a l'air d'être bien faible dans cette petite personne... Il aurait pu partir, mais il est quand même revenu. Pourquoi? Parce qu'il trouvait quelque chose ici qu'il ne trouvait pas ailleurs? Ou justement il est revenu parce qu'il n'avait nulle part où atterrir? Peu importe. Il est revenu, même cabossé, et c'est l'essentiel... Maintenant... maintenant il va falloir que je trouve comment faire.

Je l'écoute, le coeur serré et les tripes nouées, mourant d'envie de lui faire un calin d'ours et un énorme chocolat chaud avec des marshmallows, l'enrouler dans une couverture et regarder un film qui fait du bien au moral. Ouais, j'aimerais faire ça mais je sais qu'il en faudra plus, beaucoup plus. C'est plus que retaper là...c'est un vrai chantier. Un sauvetage, littéralement, parce que ce petit mec est comme une barque qui prend l'eau de partout. Je dois l'aider... je dois colmater les brèches et les fuites, mais pour l'instant, le plus grand problème est de savoir comment. Comme faire pour le faire aller mieux et le remettre sur pied? Quoi dire? Parce que pour l'instant, visiblement, ça a pas suffi. Et je m'en veux. Je m'en veux de n'avoir pas su deviner à quel point il allait mal...pour éviter qu'il en arrive là.

Je tente de le rassurer, de le convaincre qu'il a sa place ici, au même titre que tous les autres gamins qu'on m'a amenés. Encore plus que les autres même... Parce que je peux pas le laisser tomber, je peux pas l'abandonner, sinon j'aurais foiré ce en quoi je crois, et ce pour quoi je me suis battu... Mais le plus dur sera de le convaincre lui qu'il peut y arriver... Alors je rameute Clint, et l'invite à me laisser bosser avec lui. A collaborer, ensemble, pour le remettre en selle et lui montrer que l'avenir est pas recouvert de gros nuages noirs, mais qu'il peut être radieux et calme...sans pluie et sans tempêtes... sauf que sa seule réponse me fait me pincer les lèvres.

Eh, attends au moins d'avoir essayé avec nous avant de dire que c'est pas pour toi, tu crois pas? Bon... t'as été assez secoué alors je te laisse dormir, t'en as bien besoin. Je suis pas loin si jamais, et je laisse Clint avec toi. Et s'il te plaît, si tu veux sortir, utilise la porte la prochaine fois, par pitié.

Je lui souris, et reprends le plateau que je pose sur une table près de la porte, avant de revenir vers lui alors qu'il se glisse sous les couvertures.

Ne t'en fais pas, je vais pas trop m'approcher. Tout va bien...

J'attrape le dinosaure et le pose au pied de son lit, alors que Clint lui donne de grands coups de patte pour qu'il le caresse encore et encore. Heureusement que je t'ai vieux frère... Tu fais autant de boulot que moi...voire même plus. Surtout dans ce cas. Lui peut le toucher et l'approcher pendant que moi je dois rester sagement à distance pour ne pas l'effrayer... mais bientôt, j'espère, tout ça sera de l'histoire ancienne... Je me dirige ensuite vers la porte, saisis le plateau et sors, passant juste la tête par l'ouverture avant de filer.

Repose toi bien. Et demain matin, comme c'est samedi, tu vas m'aider aux écuries. A demain James...

Je laisse sa lumière allumée et la porte ouverte avant de descendre. Et j'appelle Maria alors que je suis dehors en train de fumer, histoire qu'il ne puisse pas surprendre la discussion. Elle est surprise et triste de ce qu'elle entend, elle aussi, et après une petite demi heure je raccroche, faisant un dernier tour des bêtes avant de monter me coucher. Le lendemain, quand le réveille sonne je me prépare rapidement, m'habille et descends, accompagné de Clint faire le petit déjeuner avant de remonter chercher mon ouvrier de fortune. Je toque à sa porte et entre doucement, posant une pile de fringues sur la chaise du bureau.

Allez debout! Dans une demi-heure on se met au travail! Je t'ai ramené de vieilles affaires pour que tu salisses pas les tiennes. Je t'attends!

Puis je redescends me servir une tasse de café en lisant le journal.


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Sam 8 Avr - 18:25
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J'ai envie de rien et surtouts pas d'essayer pour lui faire plaisir. Les lèvres tremblantes et les yeux rouges, j'ai envie de lui hurler de se casser alors qu'il tente d'insister, me disant que faire un effort pourrait me surprendre avant d'étrangement se permettre un trait d'humour qui m'arrache une larme solitaire, qui au lieu de prendre le temps de rouler le long de ma joue creuse, préfère directement s'écraser sur mon pantalon. Je me retiens de renifler de peur de lui donner une raison supplémentaire de rester et de s'inquiéter, me contentant à la place de me recroqueviller sous les couvertures quand il s'approche pour simplement déposer au pied de mon lit ce dinosaure dont je ne veux toujours pas. D'un regard mauvais j'observe la peluche, ignorant ainsi superbement Steve, qui enfin abandonne pour ce soir et se retire, non sans au passage m'annoncer que demain je devrais l'aider. La porte se referme, et Clint allongé contre moi, je passe mon bras autour de son flanc, poussant un long soupir qui lentement se mue en un début de sanglot. Inquiet je sens l'animal couiner et tenter de lécher mes joues alors que soucieux d'étouffer tout son qui pourrait alarmer Steve, j'enfouie mon visage dans sa fourrure, en geignant tout ce que je ne pouvais exprimer en présence de cet homme qui s'est mis en tête de sauver la carcasse pourrissante que je suis.

"Il comprend rien… Je le déteste… Et il voit rien…"

Je renifle bruyamment et me recroqueville un peu plus, continuant à sangloter contre le pauvre labrador, qui ne sachant pas quoi faire pour me consoler et me calmer, se contente de faiblement couiner en léchant ma peau, comme si il espérait calmer mes douloureux sanglots de quelques attentions qui avec quelqu'un de plus jeune et de moins fracassé auraient marché. La mâchoire verrouillée et le souffle court, je sens ma cage thoracique se comprimer et menacer de rompre face à cette douleur que je tente de ravaler en vain.

"Je m'en fous de l'école, des écuries ou de quoi que ce soit… Je…. Je veux juste…. Je veux…."

Je bredouille et bafouille, le nez humide, les yeux rouges et les lèvres désormais luisante de la salive que je n'avale plus, car incapable de faire autre chose que de sangloter.

"Je veux…"

Je veux qu'on m'oublie, qu'on soit pour une fois franc avec moi et qu'on arrête de m'offrir des regards pleins de pitié et de tristesse. Je veux qu'on cesse de me tendre la main et prétendre que malgré mes fêlures, j'ai encore une certaine importance ou utilité… Je veux qu'on arrête de me mentir, qu'on cesse de me voir comme une croisade qu'il faut mener ou un enfant paumé qu'il faut tirer de sa propre merde. Je ne veux pas prendre la place d'un gamin qui lui pourrait être heureux ici et trouver ça cool d'aider Steve avec les animaux. Je ne veux pas la place d'un enfant qui mérite d'être heureux et qui pourrait encore avoir envie de vivre et de devenir un adulte fonctionnel. Je ne veux pas être cette tasse brisée que l'on privilégie au détriment de celles qui sont en bon état. Je veux qu'on me lâche, je veux qu'on me laisse me briser au sol et qu'on piétine ce qu'il reste de moi jusqu'à ce que mon existence ne se résume plus qu'à des souvenirs que l'on oublie vites et des biens matériel que l'on détruit sans regret et sans une once de peine dans les prunelles. Je veux n'être plus que ça… Un numéro que l'on raye, une existence que l'on oublie, un erreur dans l'univers. Un vide que l'on comble aisément. Mes ongles s'enfoncent presque douloureusement dans la fourrure de Clint tandis que celui-ci me fuit, descendant du lit pour mieux abandonner la pauvre chose agonisante que je suis. Un autre sanglot m'échappe et alors que je recroqueville sous les draps, je pleure ainsi jusqu'à m'écrouler de fatigue, sombrant alors dans un sommeil qui loin d'être calme, est entrecoupé de cauchemars de mon passé, de sombres souvenirs qui ravivent les plaies pourtant cicatrisées de mon être. Dans les limbes de mon esprit, voilà que j'entends à nouveau mon père hurler et lever sa main pour mieux fracasser ses phalanges contre ma mâchoire juvénile. J'entends ses insultes et je sens sur ma carcasse coups et haleine putride qui sent l'alcool et le vieux tabac. Je sens le cuir de sa ceinture mordre ma chair. J'entends ma mère pleurer, sangloter. Je crois sentir mon coeur battre à mes tempes et alors qu'il pose son pied sur mon épaule, je m'éveille à l'instant même où celle-ci aurait dû se briser. En un sursaut je reviens à moi, surpris autant par la violence de mes songes que par Steve qui dans ma chambre se glisse, m'agressant de bon matin en venant déposer sur la chaise de mon bureau, quelques vêtements que je devrais porter durant la journée. Et si j'entrouvre les lèvres pour protester, je me retiens finalement, préférant à la place n'hocher que très faiblement de la tête.

Une fois la porte fermée et donc enfin seul, je m'autorise un long soupir et un regard vers Clint, qui finalement a passé sa nuit au pied de mon lit avec… Je fronce les sourcils en remarquant non loin de moi la ridicule peluche dinosaure de Steve. Du bout des doigts je l'attrape le petit tricératops avec son noeud rose et me retrouve à plisser le nez de dégoût quand je le sens être humide de ce que je suppose être de la bave de chien.

"Eurk… Clint sérieux ! C'est sale ! En plus ça devait être…."

Être à qui ? Moi ? Non. Ça n'était et n'est qu'une tentative stupide de Steve pour tenter de m'amadouer. Ce n'est rien. Et ça ne le sera jamais… Et pourtant, plus j'observe cette petite chose duveteuse, plus je réalise qu'elle n'a pas été mâchonnée par un chien qui s'ennuyait mais plutôt simplement souillée par la salive d'un être qui avec elle a dormi. Lentement je porte au coin de mes lèvres le bout de mes doigts et quand je réalise que je trouve au coin de celles-ci de la bave séchée, je relâche la peluche avec crainte, comme si celle-ci venait de me brûler les mains. D'un bon, presque, je quitte mon lit une fois les draps repoussés et alors que je peste contre le petit dinosaure, j'attrape les vêtements informes de Steve.

"Stupide peluche."

Sans un mot de plus je file à la salle de bain, laissant ainsi à Clint le plaisir de retrouver Steve en bas le temps que je prenne ma douche et enfile ensuite jogging et sweat. Le temps d'une minute peut-être je m'observe dans la glace et si je pense à d'autres gamins qui auraient été amusés ou même heureux de porter les vêtements d'un type aussi cool que Steve, je vois surtout qu'ainsi, j'ai l'air encore plus pathétique qu'avant. Les lèvres pincées, je passe mes doigts sur la vitre et tente, en un geste étrange, d'effacer mon reflet, comme si j'espérais ainsi faire apparaître dans la glace, le visage d'un autre moi qui saurait apprécier à sa juste valeur la bonté naturelle de Steve. Lassé, je finis par abandonner et presque fatigué d'avoir à prétendre que je suis vivant et éveillé, je descends pour rejoindre Steve que je trouve à la cuisine en train de boire son café et de lire le journal. Sans faire un bruit, je me verse un bol de céréales et un verre de jus de fruit, m'installant face à lui pour enfin trouver le courage de lui murmurer quelques mots entre ma première cuillère de corn flakes et la seconde.

"Je sais pas si je peux aider. Je sais rien faire. J'suis pas doué."

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Mar 20 Juin - 20:37

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Notre boulot serait tellement plus simple si seulement ils me disaient la moitié de ce qu'ils ont en tête. Enfin, je parle des cas les plus difficiles. Les garmins fonctionnent assez simplement, en général. Ils aiment qu'on les écoute, ils aiment qu'on prenne du temps pour eux, qu'on fasse ce dont ils ont trop souvent manqué, à savoir de l'écoute et du temps. Les petits, on leur donne ça, ils sont heureux. Ils ont juste besoin de voir qu'on est là pour eux, qu'on discute du fait que les poneys ils aiment les carottes mais pourquoi eux ils n'aiment pas le chocolat, ou bien encore est-ce que les rêves qu'on fait, en quelle matière ils sont : barbapapa ou poussière d'étoile? Ce genre de choses auxquelles leurs parents trop souvent paumés ne se donnaient même pas la peine de répondre, et encore moins d'écouter. Alors ils se sont tus. Ils sont devenus comme des petites plantes solides, qui se contentent du minimum d'eau, et de soleil, des mauvaises herbes qui se débrouillent toutes seules, de petits pissenlits. Et ce que Clint et moi on fait c'est qu'on les déterre du bout de macadam où ils poussent, et on les plante dans de la belle terre. On Les arrose et on leur fait prendre le soleil. Les résultats sont spectaculaires, et en peu de temps on se retrouve avec de belles roses ou de beaux lys à la place des pissenlits ou des chardons. Mais les plus grands, ils ont tellement pris l'habitude de se débrouiller tout seuls que les aider est beaucoup plus dur. Ils ne voient pas comment on pourrait les aider, ils ne pensent même pas qu'on pourrait, ou que n'importe qui puisse faire ça. Pour eux tous les adultes sont leurs ennemis, et il n'y en a pas un qui serait susceptible de les aider vraiment à leurs yeux. Ils leur reprochent de n'avoir rien vu, de n'avoir rien fait, de ne pas être fiables. Alors pourquoi brutalement un adulte pourrait les aider hein? Voilà ce qui se passe dans leur tête... et changer ça, c'est un sacré boulot.

Et je crois que c'est ce qui se passe là, avec mon dernier rescapé. Mon James bien fracassé, tellement qu'il a dépassé le stade de la colère, de la rage contre le monde entier. Pire que tout, il a abandonné. On dirait qu'il s'est résigné, et que chaque jour qui passe est une peine qu'on lui inflige, une punition. Comme si vivre était un fardeau, et pas un bonheur. Voir tout comme des échecs et rien comme une victoire ou une possibilité de renouveau, comme c'est le cas ici. Mais comment faire pour lui faire croire que ça peut marcher? Que ça va marcher même? C'est à moi de le trouver et vite, pour éviter qu'il parte en vrille comme l'autre nuit, où il s'est tout bonnement barré pour revenir défoncé de fatigue et blessé le soir après ses cours. L'essentiel c'est de lui montrer qu'il a le droit de faire des bêtises, mais que je vais pas le rouster comme son daron. Il va se racheter, mais d'une autre manière. Une manière utile, une manière qui va le faire chier, mais qui va pas lui faire peur. C'est pour ça que je le réveille tôt, déposant des fringues à moi dans sa chambre pour pas qu'il abime les siennes, avant de le laisser se préparer.

Quand il redescend le petit déjeuner est déjà servi et je feuillette rapidement le journal. Je lève le nez vers lui quand je l'entends et souris en le voyant flotter dans mes fringues bien trop grandes. Il est mignon comme ça... il fait tellement fragile... Et ses premiers mots m'arrachent un léger rire.

T'en fais pas pour ça. Y'a pas plus compliqué que de vider un box. C'est chiant et pénible, ça sent pas la rose mais c'est pas compliqué. Et ne dis pas que tu sais rien faire, je suis sûr que t'as plein de talents et que t'es doué pour plein de trucs!"

Je souris et termine de manger en lisant mon quotidien, sentant bien que James n'est pas d'humeur bavarde. Et quand il a terminé, on débarrasse rapidement avant que je l'emmène dans les écuries. Une trentaine de boxes sont alignés en deux rangées de quinze.

Bon on va d'abord faire sortir tout ce beau monde, et ensuite tu pourras virer ce qu'il y a dedans.

J'ouvre la porte du pré tout proche, puis reviens ouvrir les boxes les uns après les autres. Les canassons, habitués, trottent sagement jusqu'au pré et quand le dernier s'y trouve, je referme la pâture, ramenant ensuite une brouette, une fourche et des gants de travail à James. On entre dans le premier box et je lui montre comment planter la fourche dans le fumier, foutre le tout dans la brouette, et ou vider tout ça quand cette dernière est pleine. Je lui tends ensuite l'engin de torture, recule d'un pas et désigne le reste du box d'un geste du menton avant de croiser les bras.

A ton tour maintenant! Tu vas bien te débrouiller.


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