Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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There's no place like Home

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Jeu 7 Jan - 20:23
Ain't your fault, kid.
Ma vie se résume à deux sacs. Un sac de sport qui se trouve dans le coffre et l'autre, plus petit qui est dans à mes pieds. Dans l'un se trouve l'intégralité de mes vêtements, qui se résument en grande partie à des chemises à carreaux, des sweats, des vieux t-shirts et des jeans qui sont plus qu'usés, des livres, un vieil ordinateur qui rame joyeusement et quelques petites choses que j'ai pu conserver au fil de mes voyages. Ouais. Ma vie tout entière, mon existence, tient dans deux putain de sacs. Triste, hein ? Quand j'y pense, sérieusement je veux dire, je me dis que j'ai presque l'impression d'être déjà mort et que ce qui a dans ses sacs, c'est ce qui va terminer je ne sais trop où pendant que mon corps pourrit dans une boîte en bois sous terre. Parfois, je me dis que tout ça… C'est mon enfer à moi. Que tout ceci, je le vis parce que je le mérite. Parce que tout était de ma faute. Mon front se pose contre la vitre glacée de la voiture de Maria et je pousse un soupir. À seize ans à peine, mon existence se résume à deux sacs, là où les autres gamins de mon âge, ont le droit à une chambre, à des cartons de possessions qui résument et reflètent qui ils sont, moi je n'ai que ça. Deux sacs. Le coffre d'une voiture, un foyer… Qu'est-ce que c'est censé dire de moi ? Que je vagabonde ? Ouais, on peut dire ça ainsi. Que je n'ai qu'à rentrer à la maison ? J'aimerais bien. Je croise les bras sur ma poitrine, observant d'un oeil terne le paysage qui défile sous mes yeux alors que la voiture avale inlassablement les kilomètres. Je ferme les yeux et je me rassure en me disant qu'en fait, je rentre simplement à la maison. Dans ma maison. À l'endroit où je dois être et où l'on m'attend avec un sourire… Je ne demande pas grand chose… Juste un endroit où je pourrais poser mes deux sacs et enfin les déballer. Par moment… J'aimerais juste que ma vie ne se résume pas à ça, à deux sacs qu'on ne déballe jamais entièrement et qu'on garde toujours sous la main, au cas où… Non, j'aimerais pouvoir les foutre au placard en me disant… Je n'en aurais pas besoin avant un long, long moment. Parce que, je n'ai plus besoin de partir. Je suis au bon endroit. Une boule se forme dans ma gorge alors que Maria décide de briser le silence qui s'était installé entre nous.

"Tu verras James… Ça se passera sûrement très bien. Steve est un homme charmant et ce n'est pas la première fois qu'il accueille quelqu'un chez lui. Je suis sûr que tu vas adorer sa maison, enfin… Il dirige un ranch si tu veux tout savoir, tu auras donc toute la place dont tu as besoin et puis… Tu pourras sortir, je suis sûr que ça te feras du bien de ne pas te sentir enfermé ou quoi…"


Je ne cherche pas à croiser son regard ou même à confirmer ou infirmer ce qu'elle me dit. Je laisse le ronronnement du moteur répondre à ma place, rouvrant simplement les yeux pour fixer un paysage que je n'admire pas. C'est ma troisième famille d'accueil et avec le temps vient la déception. Avant j'avais peur d'aller habiter chez des inconnus mais en même temps j'étais heureux de quitter le foyer de la DAS, maintenant, je me contente de me laisser ballotter comme le paquet de linge que je suis devenu au fil des années. La seule chose qui me rassure au fond, c'est que dans deux ans… Je serais libre. Je pourrais aller et venir comme je l'entends, être indépendant. Le seul soucis… C'est que je ne sais pas ce que je serais dans deux ans. Encore un gamin paumé dont sa seule existence tient dans deux sacs ? Est-ce que je serais encore là ? Peut-être. Peut-être pas. Je ferme à nouveau les yeux, remontant mes genoux sur ma poitrine.

"Tu auras un nouveau lycée et pour ton psy' on s'est arrangés, y'en a un qui viendra te voir toutes les semaines pour discuter avec toi et continuer ton suivis… Et puis de toute façon, tu sais que si tu as le moindre problème… Tu peux compter sur moi, hein James ?"


Je sens son regard se poser sur ma personne. Lentement, je me tourne vers elle et croise ce regard que je connais bien trop. Ce n'est pas ma mère et pourtant… C'est peut-être elle qui se rapproche plus de ce qu'aurait dû être ma mère pour moi. Maria est celle qui m'a protégé, qui a fait attention à moi et qui essaye autant qu'elle le peut de prendre soin de moi. Sous mes yeux, je vois son visage rajeunir alors qu'un relent de désinfectant me revient. C'était elle qui était à mon chevet il y a cinq ans quand j'ai rouvert les yeux. Elle qui m'a adressé un sourire en me disant que maintenant, je devais être courageux une dernière fois. Elle qui m'avait prise dans ses bras quand je sanglotais… Et pourtant… Je n'arrive pas à l'apprécier. Je n'arrive pas à me dire qu'elle est sincère ou qu'elle fait ça parce qu'elle m'apprécie. Non, quand je croise son regard, je n'y vois pas l'éclat de quelqu'un qui veut mon bien, j'y vois juste quelqu'un qui veut bien faire son travail. Mon regard se perd dans le sien et j'en viens à me demander si elle se sent mieux le soir quand elle va se coucher, en se disant qu'elle aide des tas de gamins pour gagner sa vie… Est-ce qu'elle dort mal quand elle voit comment certains d'entre nous tournent ? Est-ce qu'elle s'en veut quand elle apprend que certains ce sont tués ? Est-ce qu'elle pleure pour nous ? Est-ce qu'elle pleura pour moi si il m'arrive quelque chose de grave ? Je ne pense pas. Je pense qu'elle n'aura pas une larme, rien. Juste cette affreuse sensation de ne pas avoir bien fait son boulot. Puis c'est tout. Elle refermera mon dossier et y'aura rien de plus que ça. Il sera archivé dans une boîte qui prendra la poussière je ne sais trop où. En fait… Si je meurs… Ce ne seront pas deux sacs qui définiront ce que j'étais… Mais un pauvre dossier dans lequel il est inscrit  que j'ai été battu par mon père pendant des années, le nombre de fois où il m'a fracturé le bras gauche et disloqué l'épaule, que je suis instable et enclin à une certaine autodestruction. Y'aura rien de plus, rien de moi. James Barnes ne sera rien de plus qu'un pauvre gosse qu'a pas su s'en remettre.

"Oui… Bien sûr. Si jamais… Je t'appelle."

Je force un sourire bien pale qu'elle n'achète pas du tout, comme en témoigne le léger soupir qu'elle peine à contenir. Elle détourne le regard, fixant à nouveau la route et alors que je fais de même, je peine à capter ses derniers mots.

"Je te demanderais bien de me le promettre, mais je te connais trop bien… T'es comme une foutue vague James."

Je détaille à nouveau son profil, étrangement blessé par la justesse de sa comparaison. Je ne sais plus où j'ai lu ça pour la première fois… Peut-être dans un bouquin je crois… Mais un des personnages disait à un autre qu'il était pareil à une vague, qu'à peine pensait-on l'avoir saisit, il glissait au loin, et peu importe l'envie de le retenir, il fuyait toujours plus loin, ne restant au final, qu'une chose que l'on doit regarder de loin, sans jamais être capable de l'attraper. Le reste du trajet se passe dans un silence plus que lourd et ce n'est qu'en fin de soirée que nous arrivons finalement chez ce fameux Steve. Maria s'engage sur une petite route de campagne avant de se garer face à baraque des plus typiques de la campagne américaine. J'entends des aboiements au loin et j'entends Maria me rassurer avec une pointe d'amusement dans la voix.

"Ah oui, j'ai oublié de te prévenir, il a un chien… Mais je suis sûr que tu vas l'adorer."

Elle me glisse un clin d'oeil et un sourire avant de sortir de la voiture, s'avançant déjà vers l'homme qui passe la porte. Je la vois se pencher vers un gros labrador qui se roule déjà à ses pieds, quémandant des gratouilles. Je regarde tout ça, ne voulant pas trop quitter cette voiture, je n'ai pas envie d'entendre ce qu'elle pourrait lui dire… Même si je pense que tout a déjà été dit, je ne veux pas capter quelque chose du genre "n'oubliez pas le psy ou faites à attention… Il a déjà tenté de se faire du mal ou quoi…" Je regarde le sac à mes pieds. Je ne veux pas quitter cette voiture. Je n'ai pas envie, de tenter avec lui, parce que j'ai déjà l'impression que c'est vain. Inutile même. Les deux se tournent vers moi et après un dernier soupir, je me décide à finalement quitter la voiture de Maria. Je récupère mon sac et sors, sentant l'air frais d'une nuit qui commence à peine me caresser le visage. Je passe mon sac sur mon épaule et j'ai à peine le temps de fermer la portière que le gros chien se jette sur moi, posant ses pattes sur mes cuisses. Je ris doucement, esquivant ses léchouilles en venant le caresser derrière les oreilles.

"Salut toi… C'est quoi ton petit nom grosse serpillère ?"


Mes doigts caresse encore un poil son pelage avant de venir chercher la médaille autour de son cou. Je tente de lire ce qui y est gravé alors que l'autre idiot tente de me lécher les doigts.

"Clint ? Enchanté alors…"


J'ai un demi sourire avant de me relever, lui caressant une dernière fois le sommet du crâne pour ensuite me diriger vers le coffre. Je l'ouvre et je suis presque surpris de le voir encore à mes côtés. Je fronce les sourcils et récupère mon deuxième sac, refermant presque sèchement le coffre. Il est collant… Et si ça ne m'agace pas, je dois avouer que ça m'arrache un autre sourire. C'est un chien, il est content de me voir… C'est con… Mais ça me fait plaisir, même si il doit être ainsi avec tout le monde. Je soulève mon autre sac et m'approche d'eux, veillant à ne pas croiser leur regards, préférant trouver un intérêt au sol.

"Ah James… Je te présente Steve."


Elle a un sourire que je ne capte pas alors que je relève à peine les yeux vers ce fameux Steve. Je croise son regard tout aussi bleu que le mien et la première remarque qui traverse mon esprit, c'est qu'il est grand. Affreusement grand. Presque autant que mon père mais lui est plus large. Je déglutis difficilement, regardant la main qu'il me tend sans pour autant la saisir. Je n'ai pas envie qu'il me touche, la simple idée de savoir qu'il puisse poser une de ses larges mains sur moi me file envie de vomir. Mon regard fait des allers-retours entre sa main et le sol, avant que je n'arrive à prononcer le moindre mot.

"Salut…. Steve."

C'est pas trop mal. Ça se passe presque mieux qu'avec ma première famille, où complètement paniqué, je n'avais pas été capable de prononcer le moindre mot avant de me mettre à pleurer à chaude larmes… Mais j'avais une excuse à l'époque. J'avais onze ans, j'étais plâtré jusqu'à l'épaule et on me présentait à un couple d'inconnus qui devait désormais remplacer mes parents. Là… Je n'en ai pas. À seize ans je devrais être plus bavard et pourtant… Je me contente de fixer le sol à mes pieds, regardant la poussière qui recouvre doucement le bout de mes converses.
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Ven 8 Jan - 10:18

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Je fais un dernier tour de la maison, histoire de vérifier que tout soit prêt pour mon nouveau pensionnaire. Maddie est partie depuis plus d'une semaine et la maison est vide sans elle. Heureusement pour elle, sa mère a terminé sa cure de désintox, s'est trouvé un vrai boulot, et le juge a été d'accord pour redonner sa garde à sa mère, au vu de sa nouvelle situation et de ses efforts pour prendre sa vie en main. De toute façon je lui ai donné mon numéro, et je lui ai promis qu'elle pouvait m'appeler à n'importe quelle heure du jour et de la nuit si jamais il se passait quoi que ce soit. Ma petite gymnaste. Elle adore les poneys mais elle est vraiment bonne en gym, et pendant six mois, tous les mercredi après midi, Clint et moi on a attendu sagement sur un banc minuscule que la petite apprenne à faire des roues ou le grand écart. Je faisais tellement tache au milieu de mères au foyer qui parlaient recette de cuisine, nez qui coulent ou qui tricotaient. Ca m'a fait bizarre d'avoir l'appel de Maria qui indiquait qu'elle viendrait la chercher dans quelques jours. Et Maddie aussi, était à la fois était contente de voir que sa mère allait mieux, et elle était effrayée à l'idée que ce qu'elle avait vécu recommence... Et je l'ai regardée partir avec la boule au ventre, comme à chaque fois. Clint aussi était triste, on a même noyé notre chagrin en s'engloutissant un monstrueux pot de glace à la vanille sur le canapé.

Là c'est un autre profil. C'est plus une petite poupette de dix ans, mais un grand de seize, et en parcourant son dossier, je vois que lui non plus n'a pas eu la vie facile. Rousté par son père, sa mère qui a baissé les bras... Un schéma tellement classique et en même temps que je vois trop souvent... J'ai changé les draps, vidé les placards et la commode pour qu'il puisse mettre ses affaires, décroché les posters de licornes et de gymnastes et autres, rangé le tout dans un carton avec son nom dessus que j'ai monté au grenier. Comme tous ceux qui sont passés ici, y'a un carton avec quelques trucs, juste pour qu'il reste toujours un petit bout d'eux ici. Ca et le mur dans mon bureau, où j'affiche les photos, les dessins et autres souvenirs avec chacun de mes protégés. Ca me rappelle pourquoi je fais ça, et ce qui m'a poussé à le faire.

Bon, pour la chambre c'est bon. Les draps de bains sont propres dans la salle de bains et j'ai mis un gel douche plus ''neutre" pour remplacer le Barbie princesse à la fraise avec des paillettes. Là aussi c'est bon. J'ai même acheté des rasoirs jetables et de la mousse à raser, s'il en est déjà à ce stade. Et je souris en me disant que j'ai toujours été le seul à me raser dans cette baraque. Enfin pour l'instant. Clint sur les talons je descends au rez-de-chaussée et commence à faire chauffer le gaufrier. Je mets la table, sors la pâte à gaufres du frigo, que j'ai préparée ce matin, et allume la radio avant de commencer les cuire, en même temps que les pâtes à la bolognaise attendent sagement dans une casserole, à petit feu. De temps en temps je jette un bout à Clint, qui sécurise le périmètre et qui me sert de goûteur, d'alarme et de sonnette. Alors que les gaufres cuisent doucement je relève le nez, distraitement, et tombe sur une photo de Sarah et moi, alors que je devais avoir douze ou treize ans. Je suis tout fier sur mon poney, Sherif, qui coule une retraite heureuse dans un pré derrière la maison après de nombreuses années de bons et loyaux services. Ca faisait un mois ou deux que j'étais là et je venais de gagner ma première médaille de concours hippique. Et dire qu'en venant ici j'étais jamais sorti de la ville et j'avais jamais vu de cheval ou de vache en dehors de la télé...  Bon soyons honnête, ils ont donné une médaille à tout le monde ce jour là, parce que la seule condition était qu'on fasse un tour de carrière et qu'on tienne en selle. Mais j'étais heureux comme jamais, c'était la première fois que je gagnais quelque chose et j'étais dingue.

Et quelques semaines avant, la voiture de Fury s'était arrêtée un jour de pluie devant la maison. Cette maison. Ma première famille d'accueil. J'étais en foyer pendant une ou deux semaines avant qu'on m'emmène ici. Des trombes d'eau cachaient le paysage et je savais à peine ou je me trouvais. On avait roulé pendant des heures et j'avais encore mon vieux Mickey en peluche contre moi, et j'avais dormi de temps en temps, sans dire un mot. Puis elle a ouvert la porte et je l'ai vue. Des cheveux blonds. Un grand sourire qui m'a donné l'impression qu'elle m'attendait, et qu'elle était contente de m'avoir ici. Un sourire que j'avais jamais vu chez ma mère... Un dalmatien était sur ses talons et m'a sauté au visage, me couvrant de léchouilles baveuses mais gentilles. On avait jamais eu de chien non plus et au début il m'a fait peur, avant de comprendre que lui aussi était content. Elle s'est accroupie devant moi, s'en fichant de la pluie, et m'a juste regardé en souriant.

Bonjour Steve, je m'appelle Sarah, et elle c'est Betty. A partir de maintenant tu vas vivre ici, avec moi, et je vais m'occuper de toi. Viens, on va se mettre à l'abri!

Elle m'a tendu la main, et j'ai hésité avant de la prendre. On s'est mis à courir, Betty qui aboyait joyeusement avec nous, et on est remontés sous le porche. Elle m'a aidé à enlever ma veste, mes chaussures, et j'ai fait mes premiers pas ici. Presque rien n'a changé depuis qu'elle est partie il y a huit ans. J'ai toujours l'impression que je suis chez elle et qu'il faut que tout soit en ordre au cas où elle reviendrait. C'est con, je sais... Mais la première fois que j'ai vu tout ça... les murs aux jolies couleurs avec des photos, des tableaux et des dessins, le parquet couleur miel, les meubles avec des bibelots, des vases avec des vraies fleurs... C'était beau et propre, tellement différent de là où je vivais avec ma mère. Un vieil appart miteux au-dessus d'un restau grec qui sentait la graisse rance, des murs lépreux, et du bruit. Toujours du bruit.

Je n'ai même pas remarqué que la voiture de Fury était repartie, je l'ai juste vue elle, en jean avec pull moelleux qui m'a amené à la cuisine. La table était mise, et elle m'a servi des pâtes à la bolognaise et des gaufres en dessert. Comme j'ai fait ce soir. Une sorte de tradition pour chaque nouvel arrivant que je continue de respecter. Ma mère était pas vraiment du genre cuisine. Enfin elle était pas du genre mère tout court, et rien que de sentir ça j'en avais l'eau à la bouche. Elle m'a fait m'installer à table, elle m'a servi, puis elle, et elle m'a dit que si mon Mickey avait faim, elle pouvait aussi le servir. A cette époque j'étais persuadé qu'il avait faim alors j'ai hoché la tête. Elle s'est levée, elle a sorti un couvert de plus et j'ai assis Mickey sur la chaise à côté de moi. Elle lui a même mis quelques pâtes et une boulette de viande dans l'assiette. C'est dingue comme tous les souvenirs de cette journée me sont restés en mémoire, sans que rien s'efface. Jamais. Là, ce soir, c'est encore une fois des bolognaises et des gaufres. Et comme à chaque fois je m'inquiète toujours un peu. Est-ce que je vais y arriver? Est-ce que je vais pouvoir l'aider? Est-ce que je ferai les choses bien? Je soupire en retournant ma gaufre et c'est là que Clint lève la tête, écoute et court vers la porte d'entrée. Il est là.

Je m'essuie les mains, vire mon tablier et sors la gaufre du feu avant de suivre le chien dehors. La voiture de Maria est garée devant la maison, et je m'approche, un peu nerveux, pendant que Clint est déjà en train de faire la fête au nouveau. Eh beh il est sacrément plus grand que Maddie. C'est déjà presque un homme.

Je le vois sourire alors que le chien lui lèche amoureusement le visage, avant de le suivre. Les animaux ont toujours eu cet effet magique sur les gens, surtout les plus cassés. Les aimer pour ce qu'ils sont, sans juger, juste parce qu'on leur donne à bouffer et quelques caresses. Je les laisse faire connaissance pendant que je serre la main de Maria, échangeant quelques mots avec elle. Mais dès qu'il se redresse et ne s'occupe plus de Clint, il baisse les yeux, et évite de regarder qui que ce soit. Ca aussi je connais. Je glisse la main que je lui ai tendue dans ma poche, vu qu'il a refusé de la prendre. C'est pas grave.

Bonjour James. Ton sac a l'air lourd, tu veux que je le prenne? Viens, suis-moi à l'intérieur, j'ai préparé le dîner et ta chambre t'attend. Tu pourras y déposer tes affaires.
C'est bon les garçons, je peux vous laisser?
Oui ne t'en fais pas. Je t'appelle demain d'accord?
Avec plaisir. Allez, passez une bonne soirée. James, si jamais tu as le moindre souci, tu as mon numéro ok?


Elle s'éloigne vers sa voiture et disparaît rapidement. Je prends le sac qu'il me tend et ouvre la porte d'entrée, le laissant passer en premier avant de le suivre.

Voilà, tu es ici chez toi. Ici c'est l'entrée. Tu peux enlever ta veste et tes baskets pour te mettre à l'aise. Et si tu veux voir ta chambre, c'est par là...

Je lui souris, lui faisant signe de me suivre d'un signe de tête avant de commencer à monter les marches de l'escalier. J'ouvre la première porte. Un lit double, un bureau avec une chaise, un placard dans le mur, une commode et un vieux canapé.

Je sais que c'est minimaliste tu pourras la décorer comme tu veux. Enfin évite des dessins rituels au sang de chèvre, ça attire les mouches. Je te laisse t'installer, la salle de bains est juste à côté si tu veux faire un brin de toilette, et il y a des serviettes propres. Je t'attends en bas dans la cuisine avec le dîner. Tu descendras quand tu seras prêt.... A tout de suite!

Je referme doucement la porte avant de descendre m'occuper de la bouffe.


© GROGGYSOUL
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Ven 8 Jan - 20:51
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Heureusement il n'a pas un mot, pas une réflexion sur le fait que je refuse de prendre la main qu'il me tend. Non, il se contente juste de la ranger dans sa poche, s'occupant simplement de remplir le silence que je m'efforce de maintenir. Lentement je lève les yeux vers lui, sentant quelque chose de l'ordre d'un frisson glisser le long de mon échine alors que je constate une fois de plus qu'il est… Immense. Et carré. Une gifle de sa part et je pense que je verrais des étoiles. Je sais que je ne devrais pas penser de telles choses… Mais c'est plus fort que moi… Je suis là, à regarder ses épaules, à tenter de déchiffrer les signes d'une colère qu'il ne ressent pas encore… Je n'ai pas encore mis le pied chez lui et pourtant je suis déjà là, prêt à fuir au cas où. À me dire qu'il pourrait me briser sans le moindre soucis. Mon regard croise le sien et une certaine angoisse vient déjà m'étreindre. Et si il le faisait ? Et si il en venait à vraiment me faire mal… ? Je tente de repousser cette idée au loin, me disant que Maria ne me confierait pas à lui si il avait déjà fait du mal à ses pensionnaires… Mes doigts se referment un peu plus sur le sac que je tiens, serrant jusqu'à en avoir les blanches. Non, je ne veux pas te donner mon sac ou même entrer… Je ne  veux même pas que tu m'approches. J'ai pas envie d'essayer ou de faire un effort… Je sais que ce n'est pas le bon endroit, ou la maison… Je sais que je vais encore être déçu. Fuir. Mon corps me le hurle au travers de mes battements de coeur, de mon souffle qui se fait plus lent et de mon sang qui semble couler plus furieusement dans mes veines. C'est tout ce qu'il me reste après tout… Pas vrai ? De fuir. Ce serait si simple… Je n'ai qu'a lâcher mon sac, tourner les talons et courir… Courir jusqu'à ne plus être capable de respirer, courir jusqu'à ce que la douleur me fasse tomber à genoux, courir jusqu'à ce que j'ai l'impression que mes os vont se briser. Et peu importe la destination… Je ne fuis pas pour rejoindre quelque chose… Je pourrais fuir juste pour le principe. Juste pour s'éloigner de tout et d'arriver un jour à l'horizon, ou au bout du monde. Je veux juste… Arrêter tout ça. Cesser de prétendre que j'ai envie de survivre ou d'essayer d'être humain et d'aller bien. Je ne veux plus me battre ou tenter de faire ma place dans ce monde, non, je veux creuser un trou dans le sol et juste laisser la terre de me recouvrir, je veux sentir mes ongles s'enfoncer dans l'humus et se briser sur des pierres, avec cette rage au ventre qui me hurlerait "ça ne peut pas être le seul monde, il ne peut pas y avoir que ça… ! À quoi bon être en vie, être conscient si c'est juste pour vivre une seule existence pathétique dans un monde qui n'a aucun sens et sur lequel nous n'avons aucun pouvoir ! Il doit y avoir autre chose après !" Mon souffle se bloque dans ma poitrine alors que je me ferme à ce qui m'entoure, écoutant à peine les mots de Maria. Certains jours j'ai juste envie de mourir, de mettre fin à mes jours pour ne plus avoir à penser à tout cela, pour ne plus avoir à me soucier de quoi que ce soit… Et d'autres, j'aimerais juste avoir le droit de recommencer. D'être à nouveau un enfant et d'avoir le droit à une autre existence. J'oscille entre cette envie d'y passer et celle de vouloir réessayer…  Je ne capte qu'un dernier mot de Maria avant qu'elle ne me laisse avec Steve, et j'entrouvre les lèvres, ce n'est que pour essayer de la retenir… Sauf que rien ne m'échappe, pas même un soupir… Elle remonte dans sa voiture et c'est là que je me rends compte que désormais c'est entre lui et moi. Je recommence à fixer le sol et ne voulant pas être le premier à parler, je me contente de lui tendre mon sac, essayant de lui faire comprendre via ce geste peu élégant que… Que je n'ai plus le choix. Il l'attrape et lentement, je me dirige vers la porte, le suivant alors que Clint reste à ma hauteur. Il ouvre la porte et c'est presque à reculons que je la passe, regardant à peine l'entrée. Chez moi. Non. Chez lui. Tout comme ce n'est pas ma chambre. C'est la sienne, qu'il prête aux pauvres chiots perdus qu'il récupère. Ce n'est pas chez moi et ça ne le sera jamais… C'est juste un autre point de chute qu'on m'accorde, rien de plus… Et cette chambre ne sera pas un refuge ou quoi… Juste un coin de lequel j'ai le droit d'être. Je ne retire ni mes baskets, ni ma veste, restant parfaitement silencieux avant de le suivre dans les escaliers. Les mots de Maria me reviennent alors que je monte les marches. "Une foutue vague." Peut-être que c'est ce que je suis réellement. Il finit par ouvrir la porte et mon regard se perd dans cette chambre qui se veut accueillante. Je passe le pas de celle-ci et laisse mon sac tomber aux pieds du vieux canapé, et si l'idée d'être libre de la décorer comme je l'entends me rassure un peu… Je peine à esquisser l'ombre d'un sourire quand il parle du sang de chèvre. Non… Mais je trouverais bien de quoi masquer les murs blancs, juste histoire de ne pas avoir l'impression d'être de nouveau à l'hôpital. Je me tourne vers lui pour regarder où se trouve la salle de bain avant de lui glisser un simple mot.

"D'accord…"


Je le regarde partir avant de soupirer, ne sachant pas trop quoi faire… Défaire mon sac ? Je ne sais pas, pour être franc… Je n'ai pas envie. Je ne veux pas tenter de poser mes livres sur la commode, ou ranger mes affaires dans le placard… Ce ne serait pas naturel… Presque fictif. Ce serait vain. Et puis… Si je dois vraiment fuir… Autant que le sac ne soit pas défait. Je me débarrasse enfin de ma veste et des mes baskets, allant jusqu'à mon sac de sport pour l'ouvrir, y tirant un autre t-shirt et mes quelques affaires de toilette. Le plus discrètement possible, je vais jusqu'à la salle de bain, verrouillant la porte derrière moi. Je regarde la baignoire avant de pousser un soupir, jetant mes affaires dans l'évier avant de me déshabiller, abandonnant mes fringues au sol. Puis j'ouvre en grand les deux robinets, laissant l'eau remplir progressivement la baignoire. Et c'est en attendant de pouvoir me glisser dans l'eau sûrement trop chaude que je croise mon regard dans le miroir. J'y vois mon air fatigué, puis les cicatrices sur ma peau, qui dessinent d'étranges motifs abstraits autant sur mon dos que sur mes bras et mes poignets. Le temps d'une bonne minute, je me regarde, me disant qu'au fond, je ressemble à de la porcelaine qu'on a brisé puis grossièrement recollé avant de la remettre avec le reste du service. Mes doigts viennent doucement effleurer l'une des boursouflures qui court le long de mon épaule. Les broches doivent être juste là-dessous. Si je pouvais glisser mes doigt sous ma peau, puis sous ma chair, jusqu'à être capable d'atteindre l'os… Elles seraient là. Je déglutis avant de me glisser dans l'eau chaude, m'enfonçant d'abord jusqu'au cou avant de fermer les robinets et cette fois-ci… De glisser sous l'eau. Je rouvre les yeux et contemple le monde ainsi pendant une seconde avant de refermer les yeux, écoutant simplement le chant de l'eau autour de moi. Mes mains se posent sur les rebords de la baignoire et lentement, je sens mes poumons commencer à réclamer l'air que je leur refuse pour l'instant. Là j'entends le monde se taire. Enfin. Je n'entends que l'eau qui chante pour moi et qui étouffe le monde extérieur. Et quand je sens que mes poumons commencent à me brûler, je remonte à la surface, reprenant une grande inspiration presque douloureuse. Je passe mes deux mains sur mon visage, reprenant lentement mon souffle. Qu'est-ce que tu fais ? Tu attends quoi ? Tu espères quoi ? Mon regard revient chercher celui de mon reflet, et le temps d'une seconde, je me dis que je pourrais en finir maintenant. Je me relève et vide la baignoire, ne regardant pas l'eau disparaitre dans le siphon. Je m'enroule dans une des serviettes, et me sèche avant de me rhabiller. Puis j'abandonne la serviette sur le bord de la baignoire, repassant par ma chambre simplement pour passer un pull, descendant enfin jusqu'à la cuisine. Les marches craquent doucement sous mes pas et je suis presque gêné à l'idée qu'il puisse m'entendre arriver. Et pourtant, je me présente sur le pas de la porte, presque timidement. J'entre seulement quand il me fait signe d'approcher, me demandant ce que je pourrais avoir envie de boire. Je m'installe à la table, le regardant cuisiner un truc qui sent vachement bon.

"Je veux bien un coca… Et… Ça sent bon, tu prépares quoi ?"
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Sam 16 Jan - 19:25

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Bon eh bien ça a pas trop mal commencé... J'en ai déjà eu certains qui ont poussé une gueulante à peine le pied posé à la maison, ou qui ont pas décroché un mot pendant des jours. Lui, même s'il est pas très bavard, est entré sans broncher, a échangé quelques mots et m'a suivi sans faire un scandale. C'est un bon début. Je prends son sac et grimpe l'escalier en bois qui mène à l'étage. Le fameux sac... pour les gamins qui arrivent là, ou pour tous ceux dans mon cas, presque toute notre vie tient dans notre sac. On apprend à vivre avec le minimum vital. A perdre des trucs, qu'on reverra plus jamais, surtout si notre départ s'est fait brusquement. Et à tenir au peu qu'on a emmené comme si notre vie en dépendait. Parce que ce sont les seuls morceaux de notre vie qui ne changent pas. Nos points de repère. Je sais que ce sac est d'une importance vitale pour lui, et c'est pour ça que j'y fais attention, et qu'à peine arrivé dans sa chambre je le dépose sur le canapé, l'air de dire ''C'est bon, je te laisse gérer tout ça, t'en fais pas''. Et je le laisse ensuite. Il va avoir besoin de temps pour s'installer, se sentir à sa place ici. Que c'est sa maison et pas juste un toit. Un endroit où il sait qu'il pourra trouver sécurité et chaleur... mais on en est pas encore là...

Je descends, Clint sur mes talons, et me remets aux fourneaux, vérifiant la cuisson des pâtes et de la sauce bolognaise. Je mets la table, et termine de tout préparer quand j'entends son pas dans l'escalier. Je relève le nez et lui souris, lui faisant signe de s'approcher.

Viens! Viens approche toi et installe-toi! Tu veux boire quelque chose?

Je ris doucement quand je l'entends dire que ça sent bon, et hoche la tête.

Merci! C'est pas très original, spaghetti bolo... c'est une sorte de tradition, quand j'accueille quelqu'un. Et des gaufres en dessert... J'ai eu le même repas que toi quand je suis arrivé ici y'a... pfiou... une quinzaine d'années...

Je lui sors une bouteille de coca en verre du frigo et la dépose devant lui après l'avoir décapsulée, avant de lui servir une bonne platrée de pâtes. Et j'arrose le tout d'une bonne louche de sauce. Je fais pareil pour lui et envoie Clint se coucher avant de m'asseoir en face de lui.

Mange, tu dois avoir faim après un aussi long trajet... Et y'a du reste si jamais tu en veux encore... En attendant, bon appétit!

Je plonge ma fourchette dans mes pâtes et commence à mélanger le tout, prenant une bonne poignée de fromage râpé que je glisse dans mon plat.

Si tu veux du fromage aussi, hésite pas!

J'attrape une premier bouchée, et je lui souris simplement alors que je continue de manger. Je vais pas le bombarder de questions. En général il faut plutôt les laisser venir... les laisser avoir l'impression que pour une fois, ce sont eux qui peuvent choisir, et contrôler une toute petite partie de leur vie. Bon, après tout, quand je suis arrivé ici, j'étais pas dans cette démarche. J'étais juste un gamin paumé qui avait besoin d'une maman. Une vraie. Et heureusement j'ai trouvé ça avec Sarah. Elle irradiait l'amour et la douceur comme un soleil, et on pouvait qu'être bien avec elle, à son contact. Elle a pris du temps pour moi, m'écouter, me faire jouer, admirer mes dessins même s'ils étaient nuls. Venir aux matchs de football quand j'étais au lycée et que je jouais quaterback. Elle me lisait des histoires et m'a appris à monter à cheval... Jusqu'au jour où à Noël j'ai eu une simple enveloppe en cadeau. Pourtant tous les Noël j'avais quelque chose, un jouet, je sais pas quoi mais là... j'étais un peu déçu alors que j'ai ouvert. Et j'ai mis quelques secondes à comprendre à quoi correspondait ce papier officiel plein de mots compliqués. Elle m'avait adopté. Elle. Elle avait laissé partir tous les autres au fil des ans, mais moi elle voulait me garder. Elle voulait devenir officiellement ma maman, et que je sois officiellement son fils. Je crois que j'ai pleuré pendant une bonne heure quand j'ai compris, agrippé à son pull, sans vouloir la lâcher. D'ailleurs, j'ai encore cette feuille dans un cadre, au-dessus du bureau...

Je termine mon assiette et souris en regardant la sienne, presque vide aussi.

C'était bon, ça t'a plu? Si tu veux on peut prendre le dessert devant un film ou une série... ou ici tous les deux et tu peux remonter après dans ta chambre, c'est comme tu veux...


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Lun 18 Jan - 11:16
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J'aurais pu garder pour moi le fait que ça sentait bon, j'aurais pu me contenter de rester dans ce mutisme que j'affectionne tant et simplement me contenter de ne répondre que lorsque c'est réellement nécessaire… Mais contrairement aux autres gamins pour qui ça peut être leur première fois dans une famille… Je sais qu'il va devoir faire un rapport, un rapport que ma psy aura en copie… Et si elle y lit que je ne fais aucun effort pour m'intégrer… J'aurais le droit ce discours qu'elle ne cesse de me répéter. "Si tu continues de repousser tout le monde James, de refuser qu'on t'aide… Personne ne pourra jamais t'offrir ce dont tu as besoin ou envie… Ça marche dans les sens…" Sauf que je n'ai pas envie. Je n'ai simplement pas envie de m'impliquer dans quelque chose qui va potentiellement foirer et simplement me laisser avec plus de plaies à vifs. Et j'en ai marre. Marre de me saigner et de sourire, de prétendre que tout va bien et que le monde est un endroit merveilleux quand j'ai simplement envie de recroqueviller dans un coin et d'attendre. Le silence de l'eau me manque et le temps d'un battement de cils, je rêve que je me retrouve à nouveau sous l'eau, les yeux clos à me laisser glisser, à sentir mes poumons hurler pour de l'oxygène que je refuse de leur donner. Du fond de la baignoire, le monde a l'air tellement plus simple. Sous la surface je peux m'en détacher et prétendre le temps d'une seconde que je ne suis plus là… Je peux fermer les yeux et murmurer à l'univers "oublie-moi. Laisse moi partir… Me retiens pas." Mais il le fait à chaque fois. À chaque fois j'ai ce réflexe de remonter à la surface et d'aspirer une grande goulée d'air, revenant de moi-même dans ce monde que je cherchais pourtant à fuir. L'odeur de la sauce bolognaise fait doucement gronder mon estomac alors que mon esprit vagabonde au milieu de l'océan dans lequel j'aimerais être. Une vague… Par moment, si je me vexe des mots de Maria, il y en a d'autres où j'accepte cette idée d'être une vague.  Où j'accepte d'être ce genre de personne que l'on n'effleure çà peine, qu'on ne comprend jamais et qui finit par un jour complètement disparaitre. Je lève les yeux vers Steve et me dit que toute façon, lui aussi finira par m'oublier, par me laisser gentiment quitter sa vie… Y'aura un autre protégé pour prendre ma place, et lui aura envie de se faire aimer, de se faire câliner ou de l'écouter parler de ses petites traditions maison. Un jour y'aura un autre gamin pour manger son plat de pâtes et ses gaufres… Y'aura un autre gamin qui gratouillera Clint avec un sourire… Un autre gamin qui aura tout ce qu'il est en train de me faire miroiter. C'est sûrement égoïste… Mais je voudrais être le seul. J'aurais aimé être le seul. J'aurais aimé avoir une famille normale, être un gamin normal… Steve rit, me parle de son arrivée ici il y a quinze ans, mais je n'essaye pas de faire la conversation. Il me sort une bouteille de coca et du bout des lèvres je le remercie, mais ne laisse pas mes doigts effleurer la bouteille en verre glacée. Ce n'est pas du poison… Mais j'hésite. J'hésite à boire. J'hésite à me laisser séduire par ses attentions. Parce que ça commence ainsi et ensuite… Ensuite on finit par s'attacher à eux, par vouloir plus que des sourires et des accolades amicales… Après on veut les voir comme nos parents… Et je refuse de faire cet erreur avec lui. Il ne sera jamais mon père. Juste quelqu'un qui m'a recueillis comme l'on ramène un chien errant sur le bord de la route. Il sera jamais fier de moi, jamais heureux de ce que je suis, il sera juste le mec qui m'offre un lit, un toit et de quoi manger. Il ne doit être rien d'autre que ça, juste ça.

Steve me sert une grande assiette de pâtes qu'il baigne généreusement dans une sauce tomate à l'odeur délicieuse. Il s'installe en face de moi et alors qu'il me souhaite un bon appétit, me disant que je peux même rajouter du fromage… Je reste hésitant face à cette assiette. J'ai envie de manger, j'ai faim… Mais quelque chose dans mon esprit me dit que je ferais mieux de ne pas y toucher. De ne pas y plonger ma fourchette et de ne pas goûter à ce plat qui à l'air délicieux. J'attrape ma fourchette et hésite avant de me lancer. Je dois manger. Sinon ça se saura et peut-être que je devrais recommencer à prendre des médicaments que je ne prenais pas. Timidement j'enfourne une première bouchée, mâchonnant lentement et…. Bordel c'est bon. J'ai un léger soupir alors que j'avale. C'est vraiment bon. Juste bon. J'enfourne une autre bouchée, oubliant mon envie de repousser le plat. En silence je mange tentant de ne pas passer pour un goinfre, faisant passer le tout avec du Coca. Et alors que j'ai presque terminé, je relève les yeux vers Steve qui me demande si ça me plait. Je termine de mâcher avant de m'essuyer les lèvres, hochant simplement de la tête. Je repose ma fourchette, détournant le regard avant de lui répondre.

"C'était bon, mais je n'ai plus faim… Je préférais simplement monter dans ma chambre et me reposer, défaire mes affaires… "


Y'a un léger silence qui me gêne et qui me donne envie de fuir la pièce. Je pousse un soupir et me rend compte que je vais devoir le combler. Il tente de me laisser venir, espérant que ça me poussera à m'ouvrir plus aisément à lui. Mon regard se pose sur Clint qui bat de la queue, rêvant certainement de venir me lécher le bout des doigts. Allez. Plus vite ce sera fait, plus vite je pourrais recommencer à fuir.

"Euh Steve… ? À propos du lycée… J'y retourne quand ? Parce que là… Je vais débarquer en plein milieu du semestre et j'aimerais pas prendre trop de retard…"


C'est ça. Jouons la carte du gamin studieux. La vérité c'est que tant que je suis au lycée, je ne suis pas chez lui. Au lycée je peux prétendre être n'importe qui, je peux rencontrer des potes et éventuellement ne pas avoir à être avec lui. Au lycée je peux le fuir et j'ai l'excuse parfaite.

"En fait… Je peux y retourner demain ou c'est pas possible ?"

Je ne demande même pas où il y est, à quoi il ressemble ou quoi… Parce que je m'en fous. Je veux juste… Être ailleurs. Loin. Je veux fuir. Je veux recommencer à courir. Je m'en fous de la destination, je veux juste m'essouffler pour ne plus avoir à penser. Je ne dois pas être crédible. Il doit sentir que je n'en ai rien à faire de mes études, et que je veux juste ne pas passer une journée entière avec lui. Il doit sentir que je veux fuir. Les week-end seront longs, mais je trouverais un moyen de m'éclipser. Son ranch est au beau milieu de nul part, mais ce n'est pas grave, au pire j'irais dans les champs et je m'allongerais simplement quelque part, et ce n'est pas de l'univers dont je me cacherais mais de lui.
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Ven 22 Jan - 16:51

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Je dirais pas que je suis pas mal à l'aise. Je suis même bien perdu. Il est tellement grand... Enfin en tant que tel il est dans la moyenne pour son âge, mais il est grand par rapport à la majorité des gamins que j'ai accueillis ici depuis que j'ai fini mes études. Dix. Dix poussins, de quatre à douze ans, pour des périodes de quelques semaines à plus d'un an. Et de tous, c'est lui le plus vieux. J'ai pas l'habitude de pas baisser les yeux pour le regarder, de pas me pencher un peu pour lui parler. Et j'ai peur d'être maladroit. De le prendre trop comme un adulte, ou trop comme un gamin. Le mélange est loin d'être facile... Et puis ça remonte à loin le moment où moi j'étais un ado. Dix ans depuis mon diplôme. Et encore quelques années avant ça... Maintenant je suis plus à mettre dans la catégorie ''vieux con'' et j'appréhende. Je sais raconter des histoires, aider à enfiler des pulls ou des robes compliquées, je sais jouer au foot dans le jardin et même fabriquer un tutu de princesse... sauf que... est-ce que je saurais l'aider à faire son algèbre? Est-ce que je saurais lui apprendre à se raser, s'il sait pas encore? Lui apprendre à conduire? Oh mon dieu, si ça se trouve je vais aussi devoir lui dire d'utiliser des capotes et tout le bordel. Seigneur. Enfin bref, avec de la chance il en a assez dans le crâne pour m'éviter tout ça... Avec de la chance...

Je pense à tout ça alors que je le regarde à la dérobée pendant qu'il mange, terminant à mon tour. Je hoche la tête quand il me dit qu'il préfère être seul en haut pour finir sa soirée.

Bien sûr, je comprends. Si tu veux je t'apporterai un thé ou quelque chose...

Il hésite quelques secondes, touillant nerveusement les trois nouilles qui restent dans le fond de son assiette, fuyant mon regard. Toi mon grand, tu veux me demander quelque chose... Mais j'attends de voir quoi. En général c'était pour pouvoir jouer à la console, avoir Clint dans leur chambre la nuit ou je ne sais pas quoi. Mais lui ça m'étonnerait qu'il me demande un épisode de Bob l'éponge. Je fais celui qui ne se doute de rien, empilant les assiettes et rassemblant les couverts quand sa voix résonne enfin. Je me tourne vers lui avec un sourire.

Oui?

Je fronce un peu les sourcils. Eh beh... aller en cours si tôt au lycée, je m'y attendais pas. On dirait que le gamin est salement studieux, ou alors il a juste hâte de se faire des potes. Ce que je peux comprendre. Tenter de se faire sa place le plus vite possible. Je hoche lentement la tête en ouvrant le lave vaisselle.

Tu es sûr? Rien ne presse tu sais. Il est déjà tard et tu peux rester à la maison encore un jour ou deux histoire que je te fasse visiter le ranch, la ville, les environs, qu'on passe un petit peu de temps ensemble. Mais bon si tu veux absolument y retourner demain j'appellerai le lycée à l'ouverture et je t'y déposerai moi-même. Le bus scolaire passe pas par ici, il faut que le bahut les prévienne pour qu'ils fassent un arrêt pour toi. Ca doit te changer de la grande ville pour ça...

Je finis de tout mettre dans le lave-vaisselle et pose le plateau de gaufres, le sirop d'érable et deux assiettes sur la table, me rasseyant face à lui.

En attendant je dois avoir un ou deux cahiers neufs et un bloc notes pour ton premier jour. J'ai aussi des stylos et autres, pour que tu viennes pas les mains vides... je te préparerai ça après, pour demain... Et sers-toi je t'en prie. Elles sont là pour être mangées!

J'arrose une gaufre de sirop d'érable et la mords en soupirant. Tout ça rappelle tellement de souvenirs. Les fois où elle nous en faisait en rentrant d'une balade qui avait terminé en averse, ou quand j'avais le bourdon le jour de mon anniversaire, quand les premières années j'attendais un coup de fil de ma mère qui venait jamais. C'était le truc vraiment réconfortant qu'elle dégainait comme une baguette magique. Et à chaque fois que j'en mange ça me fait sourire parce que je me rappelle d'elle, de sa douceur, de tout ce qu'elle a fait pour moi simplement pour me redonner le sourire. C'est elle ma vraie maman. L'autre... l'autre m'a juste porté et m'a ''entretenu'' jusqu'à douze ans, comme on arrose juste une plante pour pas qu'elle crève. C'est avec Sarah que j'ai découvert ce que c'était que d'avoir une maman... Je termine ma gaufre, les doigts pleins de sirop d'érable et je souris en voyant qu'il en a terminée une lui aussi. C'est bien. Mange. Ca peut pas te faire de mal... J'en mange une deuxième, en silence, avant de m'essuyer les doigts.

Je garde le reste pour le petit déjeuner mais si tu veux encore en prendre une, sers-toi! Et pour demain midi je te donne le reste des pâtes, ça te va?

Je me lève, dépose mon assiette dans le lave-vaisselle et range les gaufres après les avoir emballées. James me demande d'une petite voix s'il peut filer et je l'autorise. Une fois la cuisine rangée je monte à mon tour et prends une douche, avant d'aller vite me faire un thé. Et je me dis qu'il en aimerait peut-être un, lui aussi. Je fais chauffer deux tasses, prends la mienne dans une main, et pose l'autre sur une assiette, où je pose deux sachets différents et deux sucres avec une cuillère. Je sais pas encore comment il aime son thé le gamin donc... J'éteins tout au rez-de-chaussée et Clint me suit alors qu'on monte. En passant devant la porte de James je vois qu'elle est fermée. Je toque doucement mais sans ouvrir.

James? Je t'ai préparé un thé. Je le laisse sur le meuble près de ta porte. S'il y a un souci ma porte est au bout du couloir... Bonne nuit...

Je m'installe dans mon lit avec un bouquin, Clint près de moi, ronflant les quatre fers en l'air. La nuit se passe bien, je n'entends rien, pas de chuinement ou de pipi au lit. Pour ça c'est reposant d'avoir un grand... Je me lève au son du réveil et m'avance vers la porte de James. Je toque une première fois.

James, il est sept heures. Dans une demi-heure on décolle!

Et je descends ensuite préparer les fournitures et son déjeuner avant de réchauffer les gaufres.


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Ven 22 Jan - 21:09
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Étrangement, j'apprécie qu'il ne cherche pas à absolument me retenir ici… Certes il me dit que je peux profiter d'encore un ou deux jours de repos à la maison, le temps de me poser et de prendre mes marques mais… Il accepte de me laisser filer si vite. Il ne te tente pas de me retenir et j'apprécie ça… Qu'il n'envahisse pas mon espace personnel… Qu'il accepte de me laisser faire deux pas en arrière. Sûrement espère-t-il qu'à un moment, je me décide à venir vers lui, à attraper la main qu'il me tend sans se rendre compte que je n'ai pas l'intention de venir vers lui. Plus je serais loin de lui, mieux ce sera. Pour nous deux. Et surtout pour moi. S'attacher c'est accepter de prendre des coups, d'être blessé et je n'ai plus envie de ça. Je préfère la sécurité de la solitude et son confort. Je préfère le regarder de loin et de passer éventuellement à côté de bons moments plutôt que de me blesser à son contact et d'être déçu… Je préfère le fuir. La vérité c'est qu'il est plus simple de courir que de se battre. C'est plus simple de courir droit devant soit jusqu'à en avoir mal aux genoux plutôt que de lever les poings et d'être prêt à encaisser les coups. C'est plus simple de refuser d'apprendre à le connaître et n'être dans sa vie qu'une vague silhouette qu'il va héberger… Je préfère qu'il n'essaye pas de m'attraper, qu'il n'essaye pas de me comprendre… Parce qu'il perdrait son temps de toute façon… Je n'ai rien à lui avouer, rien à lui faire partager… Je suis une vague, une simple vague qu'il peut effleurer des doigts. Et je ne veux pas être plus. Je veux juste… Avoir le droit de survivre ici… Pendant combien de temps ? Aucune idée… Je ne sais pas combien de temps je serais encore là… Un an, six mois, deux mois, deux semaines… Je n'en ai aucune idée. Je n'arrive pas à penser à demain en me disant ce que je pourrais être… Je refuse de voir à long terme parce que je me dis que de toute façon, je ne serais peut-être plus là. Peut-être que dans une semaine… Je ne croiserais plus son regard. Peut-être que dans une semaine les cours ne seront plus importants, peut-être que plus rien ne sera important… Peut-être que j'aurais cette même sensation que lorsque je suis sous l'eau, dans la baignoire. Mon regard continue de fixer la table et j'enregistre ce qu'il me dit, le fait que je vais devoir prendre le bus le matin et que le soir, je ne pourrais pas simplement rentrer à pied, et donc que je vais devoir dépendre de ce bus ou de lui pour me déplacer…  Il referme le lave-vaisselle et quand il dépose les gaufres devant moi, je lève le nez vers lui.

"D'accord… Et pour le bus, je verrais avec le lycée demain… Je devrais de toute façon passer au secrétariat pour régler certains trucs…"

J'attrape une gaufre et du bout des doigts commencent à la manger, fuyant toujours son regard. Encore une fois c'est bon, mais ça ne me donne pas envie de lui faire la conversation. Ça ne me donne pas envie de grand chose en fait… Je peine à avaler mais je me force à manger. Juste pour qu'il n'ait pas à me parler. Juste pour qu'il ne se sente pas obligé de prendre la place de mon père et de me prouver qu'il en a quelque chose à faire de moi. Sans un mot de plus je mange et arrive à terminer mon dessert, attendant simplement qu'il termine pour m'éclipser. Je hoche simplement la tête quand il parle des restes que j'aurais le droit de prendre avec moi. Génial… Des pâtes, le plaisir d'être déposé devant le lycée tôt le matin… Je pourrais trouver ça attentionné de sa part mais à la place, je n'y vois qu'une façon de vouloir me dire "eh, t'as vu, je suis là pour toi. Viens, prends ma main maintenant." Un frisson glisse le long de mon échine et d'une petite voix, je tente de concrétiser ma fuite.

"C'est gentil mais j'ai vraiment plus faim… Je peux y aller maintenant ?"

Je m'attends à ce qu'il tente de me retenir pour me parler ou quoi mais non, il me laisse fuir. Je glisse hors de ma chaise et disparais simplement, remontant rapidement les escaliers pour m'enfermer dans la chambre qu'il me prête. Je ferme la porte derrière moi et m'y adosse, contemplant mes affaires qui n'ont pas leur place dans cet endroit bien trop impersonnel. Mon regard passe sur les murs blancs qui me donnent l'impression d'être de nouveaux à l'hôpital et l'odeur neutre qui emplit la pièce me donne envie d'y fumer jusqu'à ce que le tabac en imprègne les murs. Ça ne pourra jamais être chez moi, ou même être ma chambre… Parce que cette pièce n'est là que pour accueillir les pauvres choses fracassées que nous sommes… C'est juste… Un carton qu'il réutilise pour ramasser le chiot perdu suivant… C'est neutre… C'est blanc… C'est comme l'hôpital… Je ne suis que de passage, je ne suis pas bienvenue, ni même invité à rester. Je dois simplement accepter le fait que d'autres ont dormis dans son lit et que d'autres viendront après moi. Je ne suis qu'une ombre qui va passer dans sa vie et il m'oubliera dès qu'un autre enfant aura besoin de lui… Et moi… Moi je n'aurais été rien. Juste un nom. Juste une vague qu'il aura vu au loin. Ma gorge se serre et du revers de la main j'essuie le coin de mes yeux avant d'aller jusqu'à la fenêtre, l'ouvrant en grand. Je lève les yeux vers le ciel étoilé et attrape mon paquet de cigarette dans mon sac, et en glisse une entre mes lèvres tandis que je m'installe sur le rebord de la fenêtre, laissant mes jambes pendre dans le vide. Je galère à faire cracher une flamme à mon briquet et finalement, j'allume ma cigarette, écoutant le tabac et la brisa chantonner en choeur au bout de mes lèvres. C'est ma première nuit ici et pourtant, j'ai déjà envie de partir. Je regarde les étoiles et je me dis que je comprends mieux pourquoi gamin, on rêve tous de devenir astronaute… Parce qu'on sait que ce monde est perdu et que notre seule chance d'être heureux.. C'est de se tirer dans les étoiles. Je souffle une première volute de tabac et alors que mes pieds se balancent dans le vide, j'en viens à me demander ce que ce serait de chuter de cette hauteur. Est-ce que je me ferais mal ? Sûrement… Mais à quel point ? Mon regard quitte le ciel et se perd sur le sol. L'idée est tentante. A trois. Un. Deux… Je retiens mon souffle, ma cigarette au coin des lèvres et je sursaute en entendant Steve toquer à ma porte. Je me raidis et regarde la porte, m'attendant à ce qu'elle s'ouvre mais non, il me dit juste qu'il a laissé du thé pour moi… Le coeur au bord de l'explosion je l'écoute, attendant qu'il s'éloigne pour comprendre ce qui se passe. Du thé. Il vient m'apporter du thé. Je tire une dernière fois sur ma cigarette avant de la déposer sur le rebord de la fenêtre, pour aller voir ce qu'il m'a apporté. J'entrouvre à peine la porte et regarde le plateau avant de me décider. J'attrape un sachet, le glisse dans la tasse et laisse le reste sur le plateau, puis je referme la porte derrière moi, allant boire mon thé avec mon reste de clope. Steve n'est pas méchant… Mais il ne semble pas comprendre que je ne suis pas comme les autres…. Que je ne voudrais pas me jeter dans ses bras et m'ouvrir à lui… Il ne comprend pas que je ne suis pas le genre qu'on sauve, je n'ai plus l'âge pour ça… J'ai déjà été bien trop fracassé pour être réparé. J'ai déjà mes fêlures et je sais que rien ne pourra les estomper… La tasse chaude réchauffe le bout de mes doigts et au fil des gorgées et du chant de ma cigarette qui grésille au bout de mes lèvres, je me dis que finalement, je ne mérite pas tout ça. Je ne mérite pas qu'on perde du temps pour moi. Je mérite qu'on me laisse retourner à l'océan.

Je pousse un grognement, et remonte les draps sur ma tête, trouvant la nuit bien trop courte à mon goût. Je n'ai plus le rythme. Je n'ai plus l'habitude de devoir me lever et me préparer pour aller au lycée. Je pousse un soupir et me frotte les yeux. Je n'ai pas le choix, j'ai voulu ça. Je quitte mon lit et m'étire longuement, simplement vêtu de mon caleçon et d'un t-shirt, avant de fouiller dans mon sac, attrapant de quoi m'habiller et de quoi me laver. Presque sur la pointe des pieds je vais jusqu'à la salle de bain et prends une rapide douche avant de descendre jusqu'à la cuisine, un goût de dentifrice sur la langue. L'odeur des gaufres me saisit et une légère nausée me vient.

"Bonjour…"

C'est tout ce que je glisse à Steve alors que Clint se jette sur moi, réclamant des caresses et des gratouilles en me léchant le bout des doigts. Lui je lui souris et m'accroupis pour commencer à le gratouiller en rigolant doucement.

"Salut toi… T'as la forme tôt le matin… Eh non.. Pas le visage… Eh…!"

Je ris et le repousse gentiment, sentant sa langue se perdre sur mon pull. Je me relève et lui caresse le sommet du crâne avant de m'installer à table, considérant mon verre déjà plein de jus de fruit. Je passe ma langue sur mes lèvres et d'une petite voix, sans vraiment le regarder je lui lâche simplement.

"J'ai pas très faim ce matin Steve… Est-ce que je peux emmener une gaufre de plus avec moi et la manger à dix heures… ?"
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La réaction des gamins est toujours marrante. Les plus petits cèdent en général super vite. Non pas qu'ils soient stupides, mais ils sont à un âge où on a juste besoin d'amour, d'affection et qu'on s'occupe d'eux. Il suffit qu'on les fasse rire, qu'on se prenne juste un peu de temps pour leur parler, s'intéresser à eux, proposer une gaufre ou un jeu et c'est gagné. Ils se raccrochent comme des naufragés, tout contents qu'on leur donne ce dont ils ont tellement manqué. Et puis il y a les rebelles. Ceux qui font tout pour te tester. Pour t'énerver, te pousser à bout. Ceux qui font des conneries. Eux aussi ils ont désespérément besoin d'affection, d'attention, mais ils sont trop fracassés, et pour eux, au début, me provoquer était tout simplement une façon de me tester. De voir si je pouvais être fiable. S'ils allaient pouvoir compter sur moi ou non. En général, après une période de test, eux aussi me laissaient entrer. Par contre, quasiment aucun ne m'a fui comme lui. La résistance passive. Il est poli et agréable, ne hurle pas, ne casse rien... mais on dirait que c'est dur de simplement rester dans la même pièce que moi. Enfin,c'est l'impression qu'il donne, peut-être que je me trompe.

Il file se réfugier dans sa chambre et je le laisse, me notant déjà d'appeler le lycée histoire de les prévenir que mon protégé va venir plus tôt que prévu. D'ailleurs, c'est le premier qui va au lycée... du coup le faire passer pour mon neveu aux yeux des gamins devrait pas poser trop de problème. Ils m'ont pas connu avec un autre protégé et ça leur semblerait pas bizarre que je récupère encore un membre de ma famille qui aurait l'air juste immense. Comme celle de je sais plus quel pharaon qui avait assez d'enfants pour faire une équipe de foot ou deux. Enfin bon, je prépare tout pour le lendemain et monte me coucher après lui avoir laissé une tasse de thé. Je tends l'oreille alors que je bouquine, juste au cas où mais rien. Même pas de musique. Avant d'éteindre la lumière je passe une dernière fois devant sa porte et je soupire en l'entendant simplement bouger, tousser un coup en feuilletant un bouquin. Bien. Parfait. Le lendemain tout est prêt quand il descend, après que je l'aie réveillé en toquant à sa porte. Je le regarde s'accroupir en voyant Clint l'approcher et lui faire la fête comme s'il avait toujours habité ici. Pour ça Clint m'a beaucoup aidé ces dernières années et je ne sais pas ce que je ferais sans lui. C'est lui le seul a avoir réussi à faire sourire James alors qu'en ai été incapable jusqu'à présent... mais il n'est là que depuis hier donc ne nous alarmons pas.

Je le sers, souriant en le voyant repousser gentiment les léchouilles matinales du golden retriever avant de s'installer face à moi à table. Et encore, il me fuit. Il ose même pas me regarder. Allez... il faut lui laisser le temps, comme à tous les autres. Il en a besoin après ce qui lui est arrivé.

Bien sûr. Mais bois au moins quelque chose d'accord? Du jus de fruit? Un café? Un thé? Hésite pas à me dire ce que tu veux pour que je l'ajoute à la liste des courses d'accord? J'ai envie que tu te sentes bien ici, et que tu aies des trucs que t'aimes...

Je passe ma langue sur mes lèvres alors que je termine ma gaufre et mon café et je me lève pour lui mettre deux gaufres dans une boite et sors son déjeuner du frigo, que je mets dans un sachet en papier brun. Je me retiens de mettre un petit message, comme aux autres, et lui dépose le tout devant lui.

Voilà. Tu as tout ce qu'il te faut? Ca va aller? Ah tiens, prends aussi ça.

Je soulève le pot où je garde toujours un peu de monnaie et lui donne l'équivalent de cinq dollars en billets froissés.

Bon ben si tu as terminé, on peut y aller non? Les blocs et les stylos sont dans l'entrée. Je savais pas si tu voulais prendre ton sac à dos à toi, sinon j'en ai un ou deux que je pourrais te prêter aussi. Hésite pas.

Je me lève ensuite, attrape mes clefs et mon blouson avant d'ouvrir la porte et aller jusqu'au pick-up garé devant la maison. Clint me suit et se glisse à l'intérieur, s'asseyant sagement sur la banquette, avant que James ne nous rejoigne, son sac sur les genoux. Je mets le contact et démarre alors que la radio crachote quelques vieux tubes. On s'éloigne de la maison et on retrouve la grande route qui traverse les champs et les bois. Je laisse un silence s'installer dans la voiture, observant simplement James qui sourit à Clint et qui le caresse distraitement alors qu'il regarde le paysage. C'est seulement au bout de vingt minutes qu'on arrive à la ville, et je lui commente un peu les endroits qu'on croise. Là le meilleur café, là une librairie sympa, ici un ciné... et on arrive enfin au lycée. Je m'arrête devant et le laisse descendre de voiture.

Tu verras, le lycée est sympa. S'il y a le moindre souci j'ai mon portable sur moi en permanence. Allez, passe une bonne journée, je viens te chercher ce soir!

Je lui fais un petit geste de la main alors qu'il s'éloigne et je repars une fois qu'il est rentré dans la grande bâtisse. Sur le chemin du retour je pense à lui. Est-ce qu'il va se faire des copains? Est-ce que ça va bien se passer? Que ça sera pas trop dur? Finalement la journée passe rapidement, et à quinze heures je me gare sur le parking. Clint est déjà la truffe collée contre la vitre, et le guette avec impatience. Il aboie quand il le voit sortir et je le suis du regard alors qu'il s'approche de la voiture. Clint le couvre de léchouilles baveuses en lui faisant la fête. Je le laisse s'installer sur le siège et lui souris.

Salut toi! Alors cette première journée, ça s'est bien passé? Les profs, les autres, ça allait?

Je démarre et commence à m'éloigner du lycée et à retrouver le centre ville.

Au fait ça te dirait qu'on s'arrête pour prendre un milkshake? Ils en font des excellents ici...si tu veux.


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Jeu 11 Fév - 21:02
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Fuir. C'est tellement plus simple. De reculer de deux pas quand il en tente un, plutôt que d'accepter la main qu'il me tend, au risque de la saisir et de sentir ses doigts glisser bien loin des miens. C'est plus simple de supporter la solitude quand on fuit les autres que de la subir parce que les autres nous l'imposent. Et c'est bien plus simple de se couvrir les yeux plutôt que d'accepter d'affronter cet univers. C'est plus simple de se laisser couler que de nager et de lutter contre le courant. Je continue de fixer la table, fuyant encore Steve, qui déjà, tente de me faire me sentir chez moi, en vain. Il finira par comprendre que je ne veux pas essayer, que je ne veux pas tenter de m'attacher à quelqu'un… Parce que c'est vain, sans intérêt même… Je ne compte pas rester, ni même faire grande impression dans son existence. Au final, je ne serais qu'une silhouette qui le temps d'un instant a habité sous son toit. Deux mois après mon départ il ne saura plus à quoi je ressemble… Et au final… Il n'aura même plus mon prénom sur le bout de la langue. Je ne serais jamais plus qu'une chose éphémère qui passe dans sa vie et qui n'aura aucun impact sur celle-ci. Et c'est peut-être mieux ainsi. Je ne mérite pas qu'on me regarde, qu'on tente de s'attacher ou quoi… Je ne fais que survivre et fuir. Je me ramasse un peu plus sur moi-même, presque mal à l'aise quand il me répond. Parce qu'il tente de faire attention à moi, ou tout du moins, de me faire croire qu'il en a quelque chose à faire. Je croise le regard de Clint et n'arrive pas sourire. Je n'ai pas faim, ni soif. Je veux juste quitter la cuisine, avoir le droit de me tirer et me réfugier au lycée. Mes mains se crispent sur les manches de mon pull et au prix d'un grand effort, j'arrive à lui murmurer quelques mots.

"D'accord."

Je n'ajoute rien de plus, n'ayant rien qui me vienne à l'esprit. De toute façon, je ne suis pas vraiment sûr d'avoir envie qu'il m'achète quoi que ce soit juste pour se faire bien voir. Je n'ai pas envie qu'il m'achète ma marque préférée de céréales ou de soda juste pour m'arracher un sourire… Je le laisse manger sans rien ajouter de plus, caressant simplement Clint qui continue de battre de la queue pour moi. Toi au moins… Tu ne me demandes rien, tu n'attends rien de ma part et c'est agréable. T'es juste content de me voir et quand je ne serais plus là, y'aura un autre gamin pour te rendre heureux. Je lui glisse un simple sourire avant de lever les yeux vers Steve qui commence à me préparer un sac pour le repas de ce midi. Je le vois y glisser deux gaufres et une vague envie de vomir me saisit. Je ne sais pas si j'aurais envie de manger ça. Mais je ne l'arrête pas pour autant, non j'ai même l'audace d'attraper le sac et d'accepter l'argent qu'il glisse dans ma main. Je contemple longuement les pièces avant de murmurer un simple remerciement.

"C'est gentil. Merci, Steve."

Je glisse l'argent dans la poche de mon jean et alors qu'il se lève, j'en profiter pour quitter la cuisine, remontant rapidement dans ma chambre pour y attraper mon sac noir avant de redescendre, chargeant dans mon sac de quoi écrire pour la journée et le repas de Steve. Je le passe sur mon épaule et claque la porte derrière-moi avant de le rejoindre dans la voiture. Je m'installe et souris à Clint que je commence à gratouiller alors que Steve démarre et laisse la radio crachoter un vieux morceau qui comble le silence que je ne veux pas remplir. Mon regard se perd par la fenêtre et sans prononcer un mot, je ne fais qu'observer le paysage qui défile devant mes yeux, écoutant à peine les chansons qui s'enchaînent, ne souriant que quand je sens la langue de Clint sur le bout de mes doigts. C'est si étrange de se dire que j'habite ici désormais… Que c'est ma maison… Et pourtant, tout ce que je vois ce n'est qu'une ville dans laquelle je n'ai pas ma place, un endroit qui n'est pas fait pour moi… Le seul soucis, c'est qu'à force, j'ai l'impression de n'avoir ma place nulle part. Les maisons et autres magasins du petit centre-ville défilent sous mes yeux et c'est presque soulagé que j'aperçois enfin le lycée du coin. Steve se gare et déjà j'ouvre la porte alors qu'il me retient de quelques mots sympa. Je hoche de la tête, le regardant sans rien dire pendant une bonne seconde avant d'arriver à lui décrocher quelques mots.

"Bien sûr… J'hésiterais pas. Bonne journée et à ce soir…"

Je pourrais forcer un sourire pour le rassurer mais je n'y arrive pas. Tout ce dont je suis capable c'est de refermer la portière et m'éloigner, espérant me fondre dans la masses du reste des élèves. Sans chercher à traîner ou quoi, je me présente directement au secrétariat et après quelques minutes, j'ai le droit de rencontrer le principal. Je m'installe dans le fauteuil face à lui et avec un sourire, il referme mon dossier, commençant gentiment à me dire qu'il est heureux de voir que je suis arrivé en avance. Je me contente d'hausser une épaule, fixant le sol à mes pieds.

"Je ne voulais pas rater trop de cours.
- C'est tout à ton honneur James. Par contre tu comprends que nous n'avons pas encore tout les éléments de ton dossier. Il nous manque une décharge de ton nouveau tuteur et tes diverses dispenses…
- Je peux vous amener ça demain.
- Tu nous amènes ça quand tu peux. Il faudra aussi que tu ailles voir le médecin scolaire et tu sais que si jamais, tu peux aller le voir si quelque chose ne va pas ici ou même chez toi.
- Oui, Monsieur.
- Bien… Je ne te retiens pas plus longtemps, une des secrétaires va te donner ton emploi du temps et tu pourras tranquillement rejoindre ta classe.
- Merci, Monsieur…"

Il me glisse un dernier sourire alors que je quitte son bureau, récupérant rapidement mon emploi du temps avant de filer vers mon premier cours de la journée, qui sont deux belles heures d'histoire. Je pousse un soupir et remonte les couloirs vides jusqu'à finalement trouver la salle en question. Je prends une grande inspiration et toque à la porte, ne l'ouvrant que lorsque le professeur interrompt son cours pour me demander ce qu'il y a.

Et au final… La journée se passe bien. Si au début tout le monde me regarde comme l'élément étrange qui tente de s'installer dans leur éco-système, je finis par me lier d'amitié avec l'un des joueurs de l'équipe de foot, un certain Dave qui est d'ailleurs hyper heureux de m'avoir comme partenaire pour les TP de bio. Et qui en plus semble aimer les gaufres de Steve car après en avoir mangé une, je me suis senti obligé de lui offrir la seconde. Et après un repas partagé, il m'introduit au reste de sa bande qui m'accueille plutôt bien, à tel point qu'alors que nous sortons de cours, ils me proposent de venir traîner avec eux, dans un des abri-bus. Le temps d'une seconde, je suis tenté de les suivre, mais en voyant la voiture de Steve qui m'attend au loin, je me décline, échangeant simplement mon numéro avec eux, avant de rejoindre la voiture, mon sourire disparaissant au fil de mes pas. J'entends Clint aboyer et peine à rire quand il commence à me lécher le visage, visiblement super heureux de me revoir. Je me glisse sur la banquette et referme la portière, gratouillant doucement Clint alors que Steve tente d'amorcer une approche, un sourire aux lèvres.

"Salut… Ça allait. Ils sont sympa ici."

Il démarre et je continue de flatter Clint, croisant son regard de chien tout heureux avec un certain amusement. Lentement, on s'approche du centre-ville et me raidis quand il me propose d'aller boire un milk-shake. Je sens mes épaules se crisper alors que je cesse de caresser Clint, fixant simplement le tableau de bord. C'est un piège. Il veut m'attirer, m'offrir ce genre de trucs en espérant que j'accepte de le laisser approcher. Il essaye… Il essaye vraiment. Je retire mes doigts de la fourrure de Clint et me contente de poser mon front contre la vitre, me refermant complètement.

"Je n'aime pas les milk-shakes. Je préférais rentrer."

Ceci est un mensonge mais tant pis. Si ça m'évite de devoir passer un moment gênant avec lui au milieu d'un diner parce qu'il voudra m'arracher quelques mots… Mieux vaut simplement fuir à nouveau. Là je veux simplement retrouver la chambre, ma solitude et mon paquet de cigarette. Je ferme les yeux et laisse un lourd silence s'installer entre nous, quittant la voiture dès qu'il coupe le moteur avant de couper court à toute tentative de sa part.

"Je vais monter… Rattraper mes cours et tout…"

Je détourne le regard et fuis, allant me réfugier dans la chambre dont je ferme bien rapidement la porte. Mon sac termine au sol et mon premier réflexe est d'ouvrir en grand la fenêtre pour m'en griller une. Je m'installe sur le rebord de celle-ci, poussant un lourd soupir. Je pense que je pourrais sauter sans me faire mal. Je pourrais me réceptionner et partir. Je pourrais… Et l'envie de le faire me démange salement. Je tire sur ma cigarette et au bout de quelques volutes, je finis par le faire. Je me laisse glisser sur le toit, puis le long de la gouttière et si mes genoux hurlent un peu quand je me réceptionne… Je trouve que je m'en tire pas trop mal. Je regarde ma fenêtre et suis surpris de voir Clint débarquer, tout heureux. Je lui souris et tape doucement ma cuisse pour qu'il approche un peu plus. Sa langue vient chercher mes doigts et je ris quelque peu.

"Ça te dit on va se faire une promenade tout les deux ? Ouais ? Mais faudra rien dire à Steve d'accord ?"

Autre coup de langue de sa part et je prends ça pour un oui. Je lui caresse le sommet du crâne et doucement, commence à couper à travers champs avec lui, terminant ma cigarette en chemin alors que j'envoie un message à Dave, lui disant que finalement, j'ai réussis à me libérer. Je descends jusqu'à l'arrêt de bus avec Clint et souris en y trouvant tout le monde. Ils m'accueille avec quelques bières et des cigarettes tandis que les filles font le bonheur de Clint qui se laisse caresser, les quatre pattes en l'air. J'attrape une cigarette et commence à fumer avec eux, sirotant une bière alors que doucement, je m'intègre à ce groupe en faisant des ronds de fumée et en écoutant des morceaux de rock bien vieillots. Et c'est au milieu de ça que je me sens presque comme dans l'océan. Une vague parmi d'autres.
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Sam 12 Mar - 16:23

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Je déteste avoir cette impression de ne pas le cerner. De ne pas arriver à savoir par quel bout le prendre, comment l'approcher. Les autres c'était facile, au moins pour ça, parce que je préférais même qu'on se hurle dessus plutôt que ce silence pesant, et la désagréable sensation qu'il se barre loin de moi dès qu'il le peut. Au moins, même quand on hurle, on communique. Au moins quand on se hurle dessus on est au moins dans la même pièce. Surtout, je me demande ce qu'il cherche en fuyant à ce point. Est-ce qu'au fond de lui il n'a pas envie d'avoir un endroit où tout se passera bien? Où on s'occupera de lui? Enfin, en faisant du mieux que je peux, mais la seule chose que je souhaite, c'est tout simplement lui faire plaisir. Le rendre heureux, lui faire un peu oublier tout ce qu'il a vécu. Lui donner de l'affection et du temps... Il n'a pas envie de se dire qu'ici il pourrait être bien? Que s'il me laissait une chance, je pourrai lui prouver que je ne veux que l'aider? Je ne comprends pas ce qui a l'air de le bloquer à ce point... moi j'ai été tellement heureux d'avoir quelqu'un comme Sarah qui veillait sur moi que j'étais dans ses jupes tout le temps. Et là encore ça ne va pas mieux, parce qu'à peine je lui ai proposé qu'on fasse une halte pour prendre un milk-shake avant de rentrer à la maison, je le vois qui se crispe, et qui murmure à peine qu'il aimerait qu'on rentre. Bien, au moins c'est clair... Je soupire, avant de me forcer à sourire, pour tenter de cacher le fait que ça me touche.

Pas de problème. Une autre fois peut-être. En tout cas je suis content que tu te sois fait des potes. C'est important. D'ailleurs, si tu as envie d'en inviter un ou deux un soir, pour manger avec nous, regarder des films ou autres, y'a aucun souci. Faudra juste me prévenir avant mais c'est possible. J'en serais même content...

Et puis fin de la discussion. Il ne dit plus rien jusqu'à ce qu'on soit arrivés, et je n'ai pas trop envie de me faire claquer la porte froidement, alors la radio meuble le silence, comme les halètements de Clint qui est tout content de nous avoir tous les deux, et en plus en voiture. Une fois la voiture garée devant la maison, j'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche qu'il m'a déjà dit qu'il allait monter. Bien... c'est franchement désagréable de se voir traité comme ça... Encore une fois, je ne montre rien.

Bien sûr. Je t'appellerai quand ça sera l'heure du dîner.

Je le regarde rentrer, alors que de mon côté je file aux écuries pour surveiller les chevaux, vérifier que tout va bien. Je travaille des poulains qui sont en débourrage, répare vite fait une clôture un peu bancale, et divers autres trucs jusqu'à l'heure de se mettre au fourneaux. Je commence à sortir le dîner, et au bout d'une dizaine de minutes, je sens qu'il y a quelque chose qui va pas. Mais quoi? Clint. Il manque Clint. D'habitude il est toujours dans mes pattes, et là c'est pas normal de pas l'entendre. De pas sentir ses griffes sur mes jambes parce que cet idiot me donne des coups de patte. Je le siffle, mais rien. Et là, brusquement, j'ai un mauvais pressentiment. Je laisse tout en plan et grimpe les escaliers jusqu'à la chambre de James. Vide. Le petit con s'est barré. Je soupire en levant les yeux au ciel et me rends compte que j'ai pas encore eu le temps de prendre son numéro. Heureusement pour moi, j'ai une bonne idée de l'endroit où le chercher... Je sors de la maison et grimpe dans le pick-up, commençant à rouler en direction de l'arrêt de bus. Et comme prévu, je vois ce cher James avec une dizaine de gamins. Ils fument et boivent de la bière, pendant que Clint est aux anges, grattouillé et caressé par trois ou quatre filles. Sale traitre. Je me gare et ouvre la portière, avant de descendre et m'approcher d'eux. Même si je suis furieux, je tente d'être le plus calme possible.

Salut tout le monde. James, il est l'heure de rentrer. Monte dans la voiture, on s'en va.

Clint m'a vu et se précipite vers moi, tout heureux, et je le regarde à peine, lui ordonnant d'aller dans la voiture. Il baisse la tête et grimpe sur la banquette par la portière que j'avais laissée ouverte. Mon regard se reporte sur James qui a toujours pas bougé. Tu veux jouer à ça garçon? On va jouer, mais je te préviens, ça va être comme un jeu de Uno. Tu as des cartes normales et peut-être un "passe ton tour'' mais moi j'ai une main pleine de ''+4". J'en sortirai toujours gagnant. Ma voix est toujours aussi calme.

James, je vais pas le répéter. Tu montes en voiture tout de suite. On discutera de ça à la maison.


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Dim 13 Mar - 20:12
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Il est bien plus simple d'être avec eux qu'avec lui. Parce qu'eux ne cherchent pas à comprendre qui je suis ou ce qui peut se cacher sous mes sweats, mes manches longues ou mes sourires un peu fades…. Eux ne cherchent pas à gratter la surface, à vouloir mon bien ou même tenter de me sauver de je ne sais trop quoi. Non eux m'acceptent comme je suis, me laissant me mêler à leur groupe comme si j'en avais toujours été un membre. Du coin de l'oeil je regarde Clint se rouler par terre, laissant les filles le caresser alors que je porte à mes lèvres le goulot de la bouteille de bière, puis le filtre de ma cigarette. Je jongle entre une gorgée de bière et une volute de tabac, le tout était rythmé par les battements de mon coeur. L'auto-radio du pick-up crachote difficilement un morceau d'hard-rock alors que je ris avec mon partenaire de bio, tissant doucement des liens avec lui et avec les autres. Des liens éphémères qui ne causeront aucune blessures quand je devrais les rompre. Ils ne seront que des personnes avec qui j'ai passé un bon moment, des silhouettes qui ont réussis à me faire oublier le reste, des personnes que je remercie sans pourtant me remémorer qui ils sont. Non pas parce que je suis ingrat, mais simplement parce que c'est plus simple. C'est plus simple de ne pas s'attacher, de refuser de laisser les autres s'approcher. Fuir c'est se protéger. Éviter c'est être en sécurité. Ma bouteille de bière se vide au fil de nos éclats de rire, des halètements heureux de Clint et des morceaux d'AC/DC qui résonnent en fond. Et pendant quelques minutes, deux cigarettes et une bière… Tout va bien. Là j'ai presque l'impression d'être à ma place, d'être souhaité et surtout… Normal. Avec eux je ne suis pas une petite chose brisée qu'il faut manipuler avec soin et qu'on doit regarder de loin, de peur de transformer les fêlures en blessures. Ici on me touche, on m'approche, on m'effleure. Je ne suis pas une tasse qu'on regarde au loin mais une qu'on prend entre ses doigts et dans laquelle on boit, on ignore les fêlures et l'allure. Une vague dans l'océan. J'entends les roulements, le grondement de la mer et quelque chose commence à réchauffer mon être. Ouais, la maison devrait avoir ce goût-là. Celui de l'unité et de la simplicité. Une bulle où je devrais être bien. Seulement ce n'est pas possible avec Steve… Parce que lui veut tenter de faire ce qu'ils ne font pas. Lui veut me comprendre, prendre la place de mon père qui labourait mon dos de sa ceinture, qui fracassait ses phalanges sur mes os fins… Steve veut me prouver que je mérite d'être aimé, sans comprendre que j'ai peut-être mérité tout ça. Il veut tenter de remplacer mes parents, sans comprendre que je en veux pas que ce soit lui qui prenne soin de moi mais que j'aurais aimé que eux n'en viennent pas là. Que ma mère ne laisse pas mon père me cogner, simplement parce qu'elle avait peur de ce qu'il pouvait lui faire. Pas que lui arrive après et me dise qu'il peut encore m'offrir quelque chose qu'on m'a retiré. Non il ne pourra pas me rendre l'enfance que j'aurais dû avoir et non, il ne m'aidera pas à me reconstruire et à faire de moi quelqu'un qui pourra affronter le monde. Parce que je ne veux pas. Je ne veux pas continuer à me battre, je ne veux pas avancer… Je veux simplement qu'on m'oublie, qu'on me laisse sombrer. J'ai peur de mourir et pourtant je ne désire que ça, me disant que de toute façon, c'est trop tard pour moi.

Seulement le moment de paix et de repos ne dure pas longtemps. Les voitures passent mais une seule s'arrête, celle de Steve. Clint lève une oreille, tout le monde se retourne pour le regarder, même moi qui suspends mon geste, ne laissant pas ma cigarette trouver mes lèvres. Je pensais qu'il prendrait plus de temps à me trouver, qu'il ferait le tour de la ville avant de venir me chercher ici, mais visiblement, ce n'est pas rare que des gens de mon âge traînent dans le coin. La portière s'ouvre et mon coeur s'affole quand je le vois approcher. Il tente d'être calme mais je vois, je sens qu'il est furieux et qu'il tente de ne pas le montrer. Mon père se déplaçait de la même façon par moment, avait la même expression. Les deux silhouettes se mêlent pour ne former plus qu'une et comme un enfant, je commence à frissonner, m'apprêtant à recevoir une punition que je mérite. Tu vois ? Tout est de ma faute. Je mérite d'être battu, engueulé, fracassé. Je suis le problème. Au fil de ses pas je sens mon coeur s'affoler et la tête me tourner. Plus personne ne parle et la seule chose qui empêche un silence de passer, c'est l'auto-radio du pick-up de Dave. Sa voix me parvient enfin et je sursaute presque. Il tente de me faire croire que ce n'est pas si grave que ça, que tout va bien, qu'il ne m'en veut pas… Mais moi je vois… Moi je sais, je le sens. Face à moi j'ai l'impression de voir mon père et je redeviens un enfant. Clint retourne vers Steve, tout joyeux de retrouver son maître, grimpant en voiture. Le regard de Steve se pose à nouveau sur ma personne et la première chose qui traverse mon esprit c'est "fuis." Si je monte dans cette voiture… Je sais ce qui va se passer. Nous allons rentrer, il va hurler, je vais avoir le malheur de faire quelque chose qui ne lui plait pas… Et là sa ceinture sifflera dans les passants de son pantalon, le revers de sa main me mettra au tapis… Et je n'aurais qu'à fermer les yeux, à compter le nombre de fois où le cuir lacère ma chair. Ce sera comme avant. Ce sera qu'un retour en arrière, comme si l'histoire se répétait et ça sera en soit la preuve que oui, je mérite et j'ai mérité tout ça. Je suis la fautif et la victime. Nos regards se croisent, se soutiennent et sur mes épaules, je sens le regard des autres. Tous attendent de voir ce que je vais faire ou ce que je vais dire. Ma cigarette se consume sans moi et menace de me brûler les doigts tandis qu'il me lance un autre avertissement, faisant de ce fait courir un autre frisson sur mon échine. Fuis, fuis… C'est tout ce qui traverse mon esprit. J'ai juste envie de courir et d'éviter la punition. Mais non, mon corps semble réagir sans moi. Mon mégot termine dans mon reste de bière que je dépose sur le banc de l'abri-bus, faisant déjà un pas vers Steve. Les autres me disent que c'était sympa de me voir et que de toute façon, on se voit demain au lycée. Je n'ai qu'un sourire, n'arrivant pas à dire quoique ce soit. Je détourne le regard, refusant de croiser le regard de Steve, me contentant simplement de grimper en voiture. Je ferme la portière et recommence à trembler. Une fois qu'il sera avec moi, il commencera à hurler, et il aura raison. La seule chose qui me fait vraiment peur, c'est la violence du premier coup qu'il me portera. Alors comme l'enfant effrayé que je suis, je me recroqueville sur son siège, lui offrant déjà mon dos dans un signe de soumission instinctive. De toute façon, il n'y a plus rien à marquer, à lacérer ou à scarifier. C'est déjà trop tard… Tout ce qui il y avait à tuer en moi est déjà mort.
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Lun 14 Mar - 11:15

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Et voilà. Il arrivé hier, et il fait déjà sa première connerie. Enfin, connerie... Il a pas piqué ma voiture ou pioché dans mon portefeuille, mais il s'est quand même barré en douce, sans me prévenir alors qu'il a dit qu'il allait bosser ses cours. En gros ouais, il m'a menti. Et j'aime pas ça. Alors oui, bien sûr que je peux pas demander à des gamins fracassés comme lui d'être dociles et d'obéir sagement à tout ce que je dis. Je sais que je vais devoir gagner sa confiance, et qu'il accepte de m'obéir, de respecter les règles de la maison. Pas parce que ça sera naturel pour lui parce qu'il l'aura fait toute sa vie, mais parce qu'il aura accepté de s'y plier, et, en quelque sorte, de bosser avec moi. Alors je vais le chercher, et je suis soulagé de voir que ma première intuition est la bonne. Pas mal de gamins du patelin sont là, je les vois souvent quand je prends la route pour faire des courses en ville. Je connais la plupart de leurs parents, et j'en vois certains me sourire, et être en même temps surpris en me voyant là. Après un rapide salut je dis à Buck de monter en voiture. Sauf qu'il bloque. Et je ne sais pas si c'est parce qu'il veut me faire chier, ou parce qu'il a peur. Je déteste l'idée qu'il puisse avoir peur de moi. On dirait un lapin pris dans les phares d'une voiture, sa bouteille de bière dans une main, et sa cigarette dans l'autre. Eh ben quitte à faire la totale, autant se lâcher hein. Donc il fume, et il a déjà l'habitude de boire. En voilà un qu'il va falloir que je surveille de près, pour pas qu'il parte en vrille...

Steve, vous connaissez Bucky?
Ouais Caroline, c'est mon neveu. Il habite avec moi maintenant.
Oh, ok! On savait pas!
C'est rien ma grande, t'en fais pas. Par contre il est pas un peu tôt pour descendre des bières, surtout un soir de semaine?


Ils échangent des regards un peu coupables, et pendant ce temps, j'observe James du coin de l'oeil. Je cède pas, je reste toujours aussi calme, sans m'énerver, mais lui montrant que je bougerai pas d'un pouce tant qu'il viendra pas avec moi. Alors j'attends, et les secondes passent, longues et lourdes, jusqu'au moment où il se met à bouger. Sa clope atterrit dans le fond de sa bière qu'il dépose, et il tourne les talons, sans un mot ni pour ses potes ni pour moi, marchant comme un automate jusqu'à la voiture. Sauf que...d'un coup son regard s'est éteint. Je connais ce regard. Le sentiment de savoir que ça va tomber. Qu'on va s'en prendre bientôt. Et qu'on est tellement habitué qu'on se prépare juste à assumer cette tempête, avant de pouvoir passer à autre chose. L'orage qui va crever sur ses épaules avant qu'on nous laisse tranquille, cassé et douloureux. Je me mords les lèvres en le suivant du regard, et je vois que Clint lui fait déjà la fête alors qu'il s'assied dans la voiture.

Bon faites pas trop de connerie les autres. Et Tom, dis à ton père que je viendrai l'aider pour charger son bois demain après-midi ok? T'y penseras?
Ouais m'sieur Rogers.
Super. Je file. Tardez pas trop, vos parents vont sûrement s'inquiéter.


On échange quelques sourires alors que je grimpe sur le siège conducteur, et que je referme la portière. Rien qu'au bruit, je le vois qui sursaute et se recroqueville. Il pense vraiment que je vais lui faire du mal... Je soupire, avant de commencer à rouler. Au bout de quelques secondes je lui jette un regard.

James... Je vais rien te faire. T'en fais pas. Par contre, tu t'es barré en douce sans me demander la permission. Et en plus tu m'as menti en me disant que tu voulais bosser. Ca fait deux choses pas vraiment sympa que tu as faites.

Je le regarde, mais il a pas l'air de se détendre. Alors je continue, toujours calmement, rassuré de le savoir au moins avec moi dans la voiture.

Je suis pas contre le fait que tu te sois fait des amis, au contraire, je trouve ça génial. Vraiment. Par contre, tu peux pas te barrer comme ça quand ça te chante. C'est pas un hôtel. Je me suis inquiété comme un dingue quand j'ai vu que ta chambre était vide. S'il était arrivé quelque chose, j'aurais même pas su où te chercher. Est-ce que tu comprends?

Je lui jette de petits coups d'oeil, et je vois qu'il se calme toujours pas, et qu'il évite de croiser mon regard. Il essaie même pas de râler ou quoi que ce soit. Il attend juste que ça lui tombe dessus. Je passe ma langue sur mes lèvres.

Buck... J'ai jamais frappé quelqu'un et c'est pas aujourd'hui que ça commencera. Je sais ce que c'est et jamais je pourrais penser que rouster un gamin c'est la bonne solution, crois moi. Donc tu peux te calmer. T'as fait une connerie, soit, mais je vais pas te faire mal. Je t'ai expliqué pourquoi j'étais pas content, et maintenant, jusqu'à la semaine prochaine, tu vas rentrer directement du lycée à la maison. Le week end tu resteras aussi avec moi. Si tout se passe bien d'ici là, et si tu me demandes avant, y'a aucun souci, je vais pas te couper de tout contact avec tes potes d'accord? Il faut juste que tu comprennes qu'il y a des règles, et qu'ici on ne fait pas ce qu'on veut quand on veut. Ok?

On arrive bientôt devant la maison et je me gare, ôtant pour une fois les clefs du contact alors que d'habitude je les laisse. Je le suis à l'intérieur, précédés de Clint qui va s'installer dans son panier.

Allez, viens m'aider à préparer le dîner. J'ai une faim de loup, et la mission de recherche m'a empêché de continuer... On ira plus vite à deux. Tu peux couper les carottes?

Je m'approche de l'évier et me lave les mains avant de prendre un couteau pour m'occuper de la viande.


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Jeu 17 Mar - 21:23
Ain't your fault, kid.
Je sens la truffe de Clint sur le bout de mes doigts et si je comprends qu'il tente de me rassurer, je ne fais que me renfermer un peu plus, me préparant à essuyer un premier coup. Je cligne des yeux une première fois et vide lentement mes poumons, commençant à imaginer de quelle façon il va s'y prendre. Est-ce que le revers de sa main va d'abord venir chercher ma joue ou est-ce que directement, d'un coup sec, il va faire sauter les broches en métal qui sont censées maintenir mes os en une articulation fonctionnelle ? L'attente rend mon incertitude presque angoissante mais je ne bouge pas ou n'essaye de me justifier. De toute façon, à quoi bon ? Il est déjà furieux. Il a sûrement déjà pris sa décision et si ce n'est pas le cas, la colère le fera pour lui. Tout ce que j'ai à faire, c'est attendre et serrer les dents. La seule chose que je peux faire, c'est de fermer les yeux et lui retirer la satisfaction de m'entendre hurler, pleurer ou supplier. Je le laisserais briser mon corps et mes os, prétendant que ça ne m'affecte plus, m'accrochant simplement à l'idée que ça ne sera pas permanent et que tout ceci prendra un jour fin. Clint lèche doucement le bout de mes doigts alors que Steve commence à rouler, ne m'adressant même pas un regard. Un frisson dévale mon échine et finalement, il se décide à desserrer les lèvres, essayant d'une certaine façon, d'adoucir les coups qui finiront par arriver. Je m'autorise un soupir, m'interdisant tout de même de croire ce qu'il me dit, refusant d'aviver la lueur d'espoir qui commence à faire son chemin en moi. Bien sûr qu'il va me faire quelque chose. Parce que comme il le dit si bien, j'ai commis deux erreurs et je n'ai pas été assez intelligent pour ne pas me faire attraper. Rien ne glisse d'entre mes lèvres et je me contente de serrer un peu plus les poings, ne rendant pas ses attentions à Clint qui à sa façon, tente de me rassurer. Que dire de toute façon ? Que je suis désolé ? Ça ne changerait rien. Que ce n'est pas contre lui ? Ce serait mentir. Que je voulais juste… M'évader ? Ce serait lui parler. Discuter ne sert à rien, m'excuser serait vain et me justifier serait idiot. Qu'il frappe. Je préfère qu'il reste silencieux, qu'il arrête de tenter de préparer le terrain et qu'il se contente de lever la main sur moi. C'est plus supportable d'encaisser les coups que d'attendre qu'il porte le premier. Clint finit par arrêter, sentant que je ne réagis pas. Un ange passe et à nouveau il tente sa chance, ne levant toujours pas la main sur moi. Et à nouveau, tout semble glisser sur ma personne. Il est heureux que je me fasse des amis mais me demande de comprendre qu'il a eu peur pour moi. Je continue de fixer mes converses, me fermant à tout ça. J'ai déjà entendu ça vont-fois. Que je dois comprendre. Que je dois faire des efforts. Que je ne peux pas faire ce que je veux, que je dois me plier à des exigences et faire ce qu'on veut que je fasse. "Courbe l'échine. Tais-toi. Cesse de pleurer. Tu l'as cherché. Tu le mérite. C'est de ta faute…." Tout semble bourdonner à mes oreilles se mélangeant aux ronronnements du moteur et à la respiration rapide de Clint. Je ne sais pas si il s'inquiète vraiment et pour être franc, je ne veux pas le savoir. Je ne veux pas savoir si il est sincère ou si il dit ça à tout les gamins qu'il a pu récupérer avant moi et qu'il récupéra après moi. Au fond… Je ne suis qu'un dossier de plus, une silhouette qui passe dans son existence. Il oubliera mon prénom aussi rapidement qu'on oublie l'air d'une chanson qui passe à la radio et toute trace de mon passage disparaitra, effacé en un battement de coeur. Je ne serais jamais personne, jamais important ou même précieux. Juste quelque dont on doit s'occuper et qu'on oublie. Un paquet, un poids, presque rien. Une ombre qui n'est pas voué à rester. Quelque chose que le temps efface. Je ne serais jamais que ça, que ce soit pour lui ou pour les autres. Une tasse brisée qu'on oublie dans un placard… Une vague qui s'est retirée au loin. Je ferme à nouveau les yeux, vidant une fois de plus mes poumons. Si je le pouvais, je demanderais en cet instant à mourir. Peu importe la façon. Je veux juste échapper à tout ça, fatigué de devoir porter ma carcasse creuse en ce monde.

Steve brise à nouveau le silence, osant me dire que jamais il ne pourra me faire de mal, avant de me donner ma punition. Soit. Je resterais avec lui, pas dans la même pièce, mais dans la même maison. Pour une semaine, j'accepterais. J'apprendrais à apprécier les quatre murs de ma chambre ou le rebord de ma fenêtre. Je regarderais les étoiles en fumant, en me disant qu'il est parfois juste bon de laisser le temps filer et l'univers tourner sans nous, me préparant de ce fait à ce qui arrivera le jour où je mourrais. Une chanson me revient… Je crois que c'est les Stones…. "You can't always get what you want." Ce n'est pas ce qu'il veut dire et pourtant c'est ce que je comprends. Je dois me plier à lui… Accepter ses règles et faire avec. Le rapport ? C'est que j'aurais aimé ne jamais en arriver là. J'aurais aimé être normal, ne pas être brisé ou privé de quoi que ce soit. Mais maintenant il est bien trop tard pour se lamenter ou pour pleurer. Je n'ai plus la force pour ça. J'en ai juste marre. J'ai simplement envie de m'allonger quelque part et de me laisser partir. Je veux juste que tout ça se termine le plus rapidement possible. Je déglutis et je comprends qu'il a besoin d'une réponse que je peine à lui murmurer.

"Ok."

Il veut peut-être plus, peut-être une phrase complète mais je ne peux pas. C'est trop dur, trop compliqué, ça me demande trop d'effort et surtout, j'ai peur qu'il prenne ça pour une porte que je lui ouvrirais. J'ai peur que plus de syllabes lui donnerait envie de parler à nouveau et de tenter de m'arracher quelque chose. Seulement je n'ai rien à lui offrir. Ni conversation, ni confession. Je ne suis rien. Je ne veux pas qu'il tente de me comprendre ou de m'approcher. Je veux rester sauvage à ses yeux, et pas devenir sa prochaine croisade. La voiture finit par s'immobiliser et soulagé, je descends, claquant la portière derrière moi. L'envie d'une cigarette me brûle subitement les doigts alors qu'on passe la porte de la maison tout les deux et qu'il m'empêche de fuir, essayant une fois de plus de tisser des liens au travers d'un moment de fausse convivialité. J'hoche doucement de la tête, gardant mon pull alors que je me lave rapidement les mains, attrapant un couteau pour m'occuper des carottes. Je regarde l'éclat de la lame entre mes doigts et le temps d'une seconde, je pense à la facilité avec laquelle la lame s'enfoncerait dans ma chair ou la façon dont mon sang sombre roulerait sur le métal. J'imagine déjà le tracé sanglant que ça laisserait et les gouttes qui s'écraseraient avec lourdeur au sol. Mes doigts se crispent sur le manche du couteau. Je n'aurais qu'un geste à faire. Ce serait si simple, si rapide. Je pourrais juste voir, essayer sur le bout d'un de mes doigts, puis m'excuser auprès de Steve en disant que j'ai été maladroit. La lame s'approche du bout de mes doigts alors que le monde semble s'occulter autour de moi. Juste le bout d'un doigt. J'entaille la peau, je vois ce que ça fait et je fuis pour aller me soigner. Steve ne verrait rien. Je commence à couper le bout d'une première carotte, frémissant en sentant le couteau effleurer ma peau. Ce ne serait qu'une petite entaille. Trois fois rien. Ça pourrait être plus. Une longue entaille dans le bras, ou sur la gorge. Un autre frisson dévale mon échine alors que mécaniquement, je continue de couper les carottes. La lame finit par déraper et entailler ma peau, faisant de ce fait siffler l'air entre mes dents. Une première goutte de sang commence à perler au bout de mon index gauche, roulant le long de celui-ci avant de s'écraser au sol. Une autre vient perler à sa place et rapidement, un long filet de sang commence à glisser le long de mon doigt, sous mon regard vide. C'était plus simple que je ne le pensais, moins douloureux aussi. Steve semble se tourner vers moi, et quand il me demande ce qu'il y a, je me contente de plier les doigts, épongeant le sang avec la manche de mon sweat.

"Rien. J'en ai finis avec les carottes."
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J'en ai passé, des heures à parlementer depuis que je m'occupe de gamins, et surtout de gamins mal en point. De gamins à moitié sauvages, abandonnés où dont on se servait comme un punching ball, un défouloir ou pire. Expliquer ce que c'étaient que des règles. Expliquer ce que c'était qu'une punition qui impliquait pas d'aller leur coller une trempe ou leur mettre une fessée. Des heures à expliquer de pourquoi on ne fait pas ceci ou cela, parce que c'était dangereux, parce que c'était l'heure de dormir, parce que c'était mauvais ou bon pour la santé. Rattraper en quelques semaines des bases qu'ils ont pas eues, les règles qu'on leur a jamais apprises. Des gamins sur qui on a fait que hurler ou frapper, sans prendre le temps de leur parler. Et c'est à moi de m'y coller. Au début ça les surprend. Au début le premier réflexe c'est soit de se barrer pour éviter les coups, soit de montrer les dents. Je me rappelle encore de Lexie qui avait cassé une assiette et qui était allée se réfugier dans un coin, les bras relevés contre son visage, et tremblant déjà à l'idée des coups qu'elle allait recevoir. Sauf que je me suis mis à genoux devant elle, je lui ai répété doucement que c'était pas grave, et que j'en rachèterai une autre au magasin la prochaine fois que je passerai en ville, et que le plus important, c'est qu'elle se soit pas fait mal. Elle a regardé sans comprendre, et elle a bien mis dix minutes à me croire, à comprendre que non, il y aurait pas de coups. Qu'il y aurait pas de cris. D'autres étaient juste surpris que je ne hurle pas, et m'ont regardé avec de gros yeux quand je leur ai simplement demandé de m'expliquer pourquoi ils ont fait leur connerie. Et qu'ils allaient réparer en nettoyant la maison/les box, ou autres. Ils avaient jamais connu ça et pour eux c'était clairement différent. Même si ça a marché. Pour tous, à un moment donné ou à un autre, ça a marché... sauf que lui... lui je sais pas. Lui ne m'offre qu'un mur, un miroir sans tain et je ne sais pas ce qu'il a dans le crâne. A force, j'arrive un peu à décrypter sa gestuelle, mais je le connais à peine et avec ça je vais pas loin...

Déjà, même si je prends le temps de lui expliquer clairement ce que j'attends de lui et quelles conséquences ces actions vont avoir, il a pas l'air convaincu. En gamin qui s'est trop pris de coups il est habitué à une routine, et on est encore loin de la casser. On est encore loin du moment où il va vraiment me faire confiance. Au moins me parler et arrêter de me fuir... Il me parle à peine de tout le trajet, et réponds par un "ok" un peu aride. Enfin c'est mieux que rien. Et j'arrive même à ce qu'il reste avec moi pour finir de préparer le dîner. J'allume la radio et m'occupe de la viande pendant qu'il se met aux carottes. Une fois terminé je vide ma planche dans la casserole et lui dis de faire de même. Sauf qu'au moment où je le vois faire, je remarque que la manche de son pull est rouge de sang.

Merde James tu t'es coupé! Viens-là!

Je prends sa main et retrousse sa manche, avant de glisser ses doigts sous l'eau froide.

Laisse-là sous l'eau le temps que je cherche de quoi te soigner.

J'ouvre un placard juste à côté et sors une petite boite avec du désinfectant et des sparadraps. Je pose le tout près de lui et lui demande de me tendre ses doigts. Je sèche la plaie, qui par chance, est pas profonde. Juste une estafilade, pas besoin de points. J'attrape ensuite un sparadrap que j'applique sur sa plaie.

Dis-moi si j'ai trop serré surtout... d'accord?

Ca a l'air d'aller, et je commence à tout ranger, lui lançant par dessus mon épaule.

Monte changer de pull et mets celui-là au linge pendant que je termine. C'est pas agréable de mettre un truc plein de sang. Allez, je bouge pas.

Je le vois filer sans un mot et termine de préparer le repas. Pendant que ça cuit je remballe tout le matériel de secourisme et je mets la table. Il revient et m'aide sans broncher. Puis je sers et on commence à manger. Lui ne dit rien, regarde son assiette et ne croise même pas mon regard.

Au fait James, ce week end si tu as besoin d'affaires tu n'as qu'à me le dire et on pourra aller au centre commercial. Que ce soient des affaires de cours, des vêtements ou tout simplement des trucs pour ta chambre, n'hésite pas. On pourra te trouver des posters ou un peu de décoration... Et on pourrait déjeuner en ville. Un bon burger, t'en dis quoi?

Je bois une gorgée de bière, et me retiens de soupirer quand il me dit qu'il a besoin de rien et qu'il veut juste bosser ses cours. Je repose ma bouteille et la fais tourner entre mes doigts, ma peau faisant des trainées dans la condensation.

Bucky... J'essaie simplement de t'aider. J'aimerais bien que tu te sentes chez toi ici, mais j'ai besoin que tu me parles. Si tu me fuis sans cesse... comment tu veux qu'on apprenne à se connaître? J'ai pas envie qu'on fasse que se croiser, pour se dire bonjour ou bonsoir... Je te l'ai dit, je ne suis pas gérant d'un hôtel. Dans famille d'accueil y'a famille... Et je veux que tu sois bien ici. Je veux que tu te sentes chez toi. Pour ça, il faudrait qu'on passe du temps ensemble. Que tu me laisses apprendre à te connaître... Je demande rien de plus... ok?

Encore une fois, quelques phrases à peine, bredouillées le regard baissé, et comme un automate il range son assiette vide dans le lave vaisselle, comme ses couverts et son verre, avant de remonter dans sa chambre pour aller bosser. D'après lui. Je le laisse filer et finis de tout ranger, lui préparant les restes comme déjeuner du lendemain. Avec sa serviette en papier et un petit mot dessus comme chaque jour "Passe une bonne journée James" griffonné dessus. Je vais prendre ma douche et monte me coucher, laissant un thé sur le meuble du couloir, le lui disant et m'enterre sous les couvertures avec un bouquin, Clint à côté de moi qui ronfle comme un sonneur.

Quelques jours passent. Dès le lendemain je mets des charnières aux fenêtres pour l'empêcher de se barrer par là, mais qu'il puisse quand même les basculer pour avoir de l'air. Il ne dit rien là dessus, et reste toujours aussi distant. Bonjour, merci, au revoir, une ou deux phrases en guise de réponse et c'est tout... Je désespère... Je ne sais vraiment pas comment l'attirer à moi, comment lui faire me parler... et après un nouveau dîner où il a décroché trois mots il monte se coucher et moi aussi. Les heures passent, et tout d'un coup je suis réveillé par des hurlements. Je bondis hors du lit et Clint me suit, tout aussi inquiet. Il tourne devant la porte de James comme un dingue et j'ouvre. Il dort, mais se tord dans tous les sens dans son lit, et ses joues sont baignées de larmes. Je m'assieds près de lui et pose ma main sur son épaule, commençant doucement à le secouer.

James. James je suis là. Réveille toi... Réveille-toi ce n'est qu'un cauchemar... C'est qu'un cauchemar... Réveille toi... Je suis là... tout va bien...


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Sam 9 Avr - 20:28
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La viande termine dans la casserole et commence doucement à chantonner, libérant une odeur qui me file plus envie de vomir qu'elle ne m'ouvre l'appétit. Si Clint à nos pieds commence à doucement battre de la queue, la langue pendante, je plisse le nez, serrant un peu plus ma main dans ma manche ensanglantée. La faim qui ne fait pas gronder mon estomac laisse place à une nausée qui me donnerait presque envie de m'excuser pour prendre l'air, m'offrant de cette façon une manière de lui échapper à nouveau. Et si cette fois-ci je n'essayerais pas de retrouver les autres, je pourrais au moins me glisser dans ma chambre, fermer les yeux et prétendre que tout s'arrête enfin. Que le monde cesse de tourner, que je cesse de respirer, que toute vie sur Terre s'arrête d'un coup… Ou simplement que l'univers cesse de s'occuper de moi, me laissant ainsi sombrer dans un mutisme sans fin. Sans me regarder et d'une voix douce, Steve me demande d'ajouter les carottes à la viande dans la casserole, chose je fais du mieux que je peux contenu de ma main emmitouflé dans ma manche… Seulement les légumes ont à peine le temps de toucher le fond de la casserole qu'il comprend. Honteux je baisse les yeux, essayant de me soustraire de l'étau de ses doigts, en vain. Ce n'est qu'une coupure, ai-je envie de murmurer, une simple estafilade. Trois fois rien. Juste une plaie. Une fêlure de plus. Mes doigts terminent sous l'eau glacée et sans oser lever les yeux vers lui, je me contente d'observer le sang se mêler à l'eau, glissant avec aisance dans le siphon de l'évier, qui avale tout ça comme une bête de l'enfer qui s'en délecterait. Les mots de Steve glissent sur moi comme l'eau le fait sur mes doigts, et perdu dans une contemplation aussi profonde que malsaine, je redeviens un automate qui suit ses ordres sans vraiment les entendre. Le désinfectant me fait à peine plisser le nez et si le bandage entoure mon doigt d'une manière qui me dérange, je n'en dis rien, continuant de fixer un point au sol, fuyant simplement son regard. Non pas que j'ai peur du moindre jugement de sa part, mais simplement d'une fausse inquiétude qui me donnerait une fois de plus envie de le fuir. J'ai voulu ça. Je l'ai fait exprès. Je voulais voir si la lame pouvait trancher ma chair, je voulais savoir si j'étais encore capable de souffrir et saigner… Je voulais vérifier que j'étais bien encore en vie. Le bandage est enfin posé, et mon regard s'y attarde. Je m'attends à ce que le sang revienne tacher celui-ci, le souillant aussi rapidement qu'il a pu le faire avec la manche de mon pull… Mais il n'en est rien. Le pansement absorbe tout comme si c'était naturel et simple. Comme si de rien n'était. Comme si l'estafilade n'était pas là. Chose qui me donne presque envie de recommencer, juste pour m'entailler plus profondément, prouvant alors qu'il ne suffit pas d'un simple pansement pour me soigner. Que tout est plus grave que ça. Tout ceci n'est qu'une façon de masquer une autre blessure, pensant que le temps la fera guérir… Mais peut-être que comme toute les autres, elle laissera une cicatrice ou pire…  Et c'est sans relever la tête que je quitte la cuisine, allant enfiler un autre pull, faisant tourner en boucle ses dernières paroles. "Je ne bouge pas." Bien sûr qu'il ne bouge pas. Il aimerait tant que je vienne vers lui… Espérant sûrement que comme les autres, je vienne me jeter dans ses bras pour y chercher de l'amour et un père. Je referme la porte de ma chambre derrière-moi le temps de me changer et une fois mes cicatrices de nouveau couvertes par des manches épaisses, une idée traverse mon esprit. Pourquoi redescendre ? Je pourrais prétexter ne pas avoir faim ou ne pas me sentir bien… Et je pourrais rester ici, entre mes deux sacs non défaits et cette chambre vide, à fixer le plafond ou les murs en me demandant si ce seront les derniers que je verrais. Un soupir glisse d'entre mes lèvres et finalement, j'accepte de descendre. Il vaut mieux… Sinon il va encore vouloir me parler. Si je descends au moins, je pourrais rester silencieux et peut-être éviter un long discours. Sur la pointe de pieds, je reviens jusqu'à la cuisine, m'installant face à lui pour manger. Et comme les jours précédents, je ne croise ni son regard, ni n'essaye de faire la conversation. Parce que ce n'est pas la peine, parce que je ne veux pas. Je ne veux pas souffrir une fois de plus en donnant ma confiance à quelqu'un qui en aura peut-être marre de moi dans deux semaines et qui baissera les bras pour accueillir un gamin plus jeune et plus simple à gérer… Au fond, je suis comme un vieux chien dont personne ne veut. Tout le monde veut un petit chiot tout mignon et pas le chien déjà plus grand et qui montre un peu les dents. L'image de la tasse me revient. Celle qui est brisée. Celle qu'on laisse pourrir dans un coin. Celle dont la poussière la recouvre. Je peine à manger, grignotant plus qu'autre chose. C'est bon, mais j'ai l'impression de manger du verre et d'avaler des clous. Tout me donne la nausée. Je voudrais repousser l'assiette et fuir mais je fais bonne figure. J'attends, espérant simplement qu'il ne va pas manger lentement simplement pour me retenir… Chose qu'il ne fait pas. À la place, il préfère tenter une fois de plus de m'attirer à lui. Il me parle de choses dont je pourrais avoir besoin ou envie, d'un burger que l'on pourrait partager tout les deux et de premiers souvenirs agréables que nous pourrions avoir. Je repose doucement ma fourchette avant d'hausser les épaules, observant les carottes dans mon assiette.

"Je n'ai besoin de rien… Et puis, j'ai encore des cours à rattraper."

Je ne veux rien. Pas de cadeaux, pas de tentatives de m'acheter. Ce n'est pas ma chambre. C'est celle qu'il offre à tout les gamins. Et je ne veux pas qu'elle le devienne. D'autres ont dormis dans ce lit et d'autres le feront aussi. Ce n'est qu'un lieu de passage. Ce n'est pas à moi et ça ne le sera jamais. Alors pourquoi s'embêter à essayer d'y laisser ma marque ? Je suis personne… Un numéro sur un dossier, un anonyme dans son existence. Une silhouette qu'il effacera du revers de la main de sa mémoire avant de passer à autre chose. Deux sacs. C'est tout ce qu'il restera de moi. Deux sacs qui ne diront même pas la personne que j'étais. Deux sacs… Peut-être d'ailleurs qu'eux seuls seront témoins de ce que j'étais. Car à mon enterrement, je veux qu'on reproduise le même vide que de mon vivant. Je ne veux personne pour pleurer sur une carcasse vide et sans intérêt, je ne veux pas qu'on tente de prétendre m'avoir connu ou aimé. Je veux disparaître, cesser d'exister… Ne devenir que poussière et le rester. Sa bouteille tinte contre la table et je reviens à moi, baissant un peu plus les yeux quand il recommence à parler. Steve voudrait que je cesse de le fuir, disant que ça me ferait du bien, ça m'aiderait de passer du temps avec lui. Tout recommence à glisser sur ma peau, me donnant l'impression de me tenir sous une averse chaude. Il ne me veut pas de mal, simplement m'aider. Ses mots deviennent des gouttes d'eau qui roulent sur ma peau mais ne réchauffent que celle-ci. C'est agréable à entendre mais ça n'arrive pas à me faire sourire. Ainsi, pour lui faire plaisir, je bredouille ce qu'il veut entendre.

"Je ferais un effort alors… C'est juste que c'est encore nouveau pour moi."

Mensonge, mais il n'est pas obligé de le savoir. Peut-être le temps d'une seconde, je croise son regard, mais c'est bien tout. Je n'ai pas de sourire pour lui, pas de mots gentils… Rien. Juste un autre silence, puis une autre esquive une fois que j'ai terminé de mettre ma vaisselle au sale. Je remonte dans ma chambre et m'y enferme pour la nuit, la passant essentiellement, assise au bord de ma fenêtre, à observer le vide en me disant qu'il est dommage que ce ne soit pas plus haut. Un vieux proverbe me revient : "C'est en sautant que l'on sait si l'on peut voler." Marrant que cette phrase soit sortie de la bouche d'un dragon pourvu d'ailes.

Les jours passent et rien ne change. Je n'essaye pas de me rapprocher et sous ses yeux, j'illustre parfaitement ce que Maria disait de moi. Je reste une vague qu'il ne peut saisir et seulement observer de loin. Distant, je n'échange que quelques mots avec lui, ne lui parlant pas des mots que je trouve dans mes repas du midi ou du nouveau système d'ouverture de la fenêtre. Il veut juste que je reste avec lui. Il tente de me retenir, en vain. Les cours se passent bien et si je ne tente plus de fuir le soir pour le retrouver, je ne travaille pas plus, passant mes soirées à observer les étoiles ou mes sacs. Et si toutes les nuits finissent par passer, celle-ci est différente. Après m'être enroulé dans un t-shirt un peu long et enfouis sous les couvertures, j'ai mon premier cauchemar depuis mon arrivée. Enfin, "cauchemar", les médecins que j'ai vu plus jeune disaient que c'était des terreurs nocturnes… Mais dans le fond, ça n'a jamais eu la moindre importance. Ça n'en avait que lorsque je hurlais comme un possédé la nuit et que gamin, j'avais si peur que j'en mouillais régulièrement mon pyjama… Et c'est le cas ce soir. Les yeux clos, dans ce lit qui n'est pas le mien, je revois mon père, immense colosse tenant en ses mains démesurément grande une ceinture qui fait claquer dans ma chair, lacérant mon être en hurlant. "Tu mérites ça James ! Tu le mérites ! Tu es un terrible être humain ! Nous n'aurions jamais dû te garder avec ta mère… !" Il sermonne cela en boucle alors que le cuir lacère ma chair. Et j'ai beau hurler, supplier, rien ne l'arrête. Personne ne peut m'aider. Tout est de ma faute. Les coups pleuvent, la ceinture siffle et je hurle. Je demande pitié. Je cri que je suis innocent mais ne se passe. Mes gémissements se mêlent à mes hurlements, je me tords dans tout les sens mais rien. Personne. Peut-être que je le mérite. Et d'un coup, je sens une main sur mon épaule, une voix au loin et je reviens subitement à moi, poussant un dernier hurlement déchirant… Steve. Il est là… Et… Il me touche. Violemment je le repousse, sentant encore la douleur irradier de mon épaule qu'il a osé touché.

"Ne me touche pas ! NE ME TOUCHE PAS !"

Comme un possédé je me recule, mettant le plus de distance entre nous en me collant au mur de ma chambre, tremblant comme si je venais réellement de prendre une correction de mon père. Mon souffle est court, mon coeur bat bien trop vite et pourtant, je continue de lui hurler dessus, tentant de cacher de mes mains mes cicatrices déjà dissimulés par mon pyjama.

"Ne me touche pas ! Ne pose jamais plus la main sur moi ! Jamais ! Je… ! Dégage… ! Laisse-moi ! LAISSE-MOI !"

Au milieu de mes hurlements il y a des larmes, de la peur et un gamin qui a peur de se faire battre à nouveau.
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Sam 16 Avr - 11:43

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C'est une anguille. Une foutue anguille. Tout glisse sur lui, rien ne semble l'atteindre, le toucher, le heurter. Non. Il est là sans être là. Il est comme un rocher qui se laisse entraîner par le courant et c'est tout. Il ne décide de rien, il se laisse juste emmener là où on décide de le mettre, sans qu'on lui laisse le choix. Il a l'air d'attendre. De se laisser faire et d'attendre. Mais d'attendre quoi? C'est ça la grande question. Qu'est-ce qu'il espère? Qu'est-ce qu'il veut? Qu'est-ce qu'il souhaite? Qu'est-ce qu'il espère? Et surtout, est-ce qu'il espère, au moins? Est-ce qu'il y a encore quelque chose qui le fait tenir debout, ou alors il est simplement passé en mode survie, où il va juste tenter de survivre à la prochaine journée, et recommencer le lendemain. Les jours passent et j'ai cette impression. Parce que tout ce que je peux dire ou faire, les mots dans son déjeuner, les propositions de faire des trucs ensemble, de lui acheter des trucs pour sa chambre, pour l'aménager et qu'il s'y sente mieux, même de la repeindre, tout ça est poliment repoussé. Il se terre dans sa piaule dès qu'il rentre du bahut, ne redescend que pour manger, et une fois face à moi, il ne décroche pas trois mots, ne parlant que quand je lui pose une question, et encore là, c'est le minimum syndical. Et toutes ses affaires sont sagement rangées dans ses sacs. Rien dehors. Prêt à partir à tout instant. Il est un mur lisse et uni où je cherche désespérément une porte et où il ne semble pas y en avoir. Ce qui me rend dingue.

J'ai appelé Maria plusieurs fois, mais elle m'a expliqué un peu plus son cas. Je suis sa troisième famille d'accueil. Les choses s'éclairent un peu, pour moi. J'ai eu de la chance d'atterrir tout de suite ici après que ma mère m'ait laissée aux services sociaux, et j'ai pu me reconstruire ici. James, lui, a déjà dû couper les ponts deux fois avec les gens qui s'occupaient de lui. Alors... c'est peut-être sa façon de plus se faire avoir. J'imagine à quel point ça a dû être terrible pour lui de voir les gens avec qui il avait tissé des liens lui annoncer qu'à partir de maintenant il allait vivre ailleurs. Surtout que, d'après Maria, il avait jamais posé problème dans aucune famille. Au contraire, c'était un gamin sympa... Maintenant, comment faire? Comment faire pour lui prouver qu'il est ici chez lui, pour aussi longtemps qu'il le voudra. Que sa chambre est la sienne, comme pour tous les autres. Qu'il est ici chez lui et que personne ne le forcera à partir. Sauf que je sais pas comment le lui faire comprendre. Je sais pas comment l'atteindre. Et ça me rend dingue. Ca me rend dingue de voir que quoi que je puisse faire, rien ne marche. Rien l'atteint.

Pendant les jours qui suivent sa première connerie c'est le même manège. Bonjour, merci, bonne journée Steve. C'est tout. Oui. Non. Ca va. Rien de plus. Et après un énième diner silencieux je monte me coucher aussi, après lui avoir préparé son déjeuner du lendemain, avec encore une fois un petit mot dedans. Et ce sont ses cris qui me tirent du sommeil. Clint est super inquiet, comme à chaque fois qu'un des gamins allait pas bien, et on se précipite dans sa chambre. Je le réveille doucement, histoire de le sortir de son cauchemar, mais sa première réaction me surprend. Il bondit loin de moi comme si ma main l'avait brûlé et commence à me hurler dessus, collé contre le mur. Il y a une telle panique dans son regard, une vraie crainte d'animal blessé que je me relève, levant les mains pour lui montrer que je ne le touche plus, et je recule d'un pas. Puis deux.

Doucement. Doucement. Tu faisais un cauchemar et on est venus voir si tu allais bien. C'est tout. D'accord? Je ne t'ai pas fait de mal et je ne t'en ferai jamais.

Mais il hurle, encore et encore, sans avoir l'air de se calmer, même si je ne bouge pas, et ne fais aucun geste vers lui.

Je te laisse pas seul tant que tu es dans cet état d'accord? Je reste là, je ne te touche plus, je ne m'approcherai plus de ton lit mais j'attends que tu te calmes avant de te laisser ok? J'attends que tu ailles mieux.

Clint tourne autour du lit en couinant et en battant de la queue, alors je claque juste des doigts pour lui dire que c'est bon. Il a le droit. Le gros se hisse sur le lit de Buck et commence à lui lécher le visage, venant tout contre lui. Bien. Je le vois garder le chien tout contre lui, et l'autre se fait pas prier pour se coller entre ses bras. Au moins il sera pas seul. Il se calme un peu et je reprends enfin la parole.

Le chien va rester avec toi pour que tu sois pas tout seul. Je vais retourner me coucher. Si tu as besoin de moi je suis au bout du couloir d'accord? Et James... encore une fois... Je te ferai jamais de mal. Jamais. D'accord? Tu es ici chez toi. Il t'arrivera jamais rien.... Essaie de te rendormir et si demain matin c'est trop dur j'appellerai le lycée pour que tu restes ici et que tu te reposes.

Je referme la porte et retourne me coucher, mettant un bout de temps avant de trouver le sommeil, sursautant au moindre bruit. Finalement, quand le réveil sonne, je me traine hors du lit en grognant, et je suis pas vraiment surpris de le voir descendre peu après. Il préfère se trainer au lycée plutôt que de devoir rester seul avec moi dans la maison... Je lui prépare ses céréales et lui sers du jus d'orange et laisse seulement la musique de la radio remplir la pièce, à défaut d'une conversation. J'évite soigneusement de parler de ce qui s'est passé pendant la nuit, et fais comme si de rien n'était. On mange sans dire un mot, avant de le voir se lever pour débarrasser.

Merci. Passe une bonne journée et s'il y a le moindre souci n'hésite pas à m'appeler d'accord? A ce soir...

Il part, après avoir tout juste murmuré bonne journée, et file monter dans le car de ramassage. Clint, qui l'a regardé partir en couinant, revient vers moi et je lui gratte le crâne.

Il est pas facile celui-là hein... Heureusement que tu m'aides mon gros... sans toi je sais pas ce que je ferai...

Il pousse ma main de la truffe, ce qui me fait sourire, et je termine de débarrasser avant de me tourner vers lui.

Allez, si tu m'aidais à faire le tour des clôtures? Hein?

Il bondit en aboyant, tout content, et après avoir enfilé mes chaussures et ma veste on va s'occuper des chevaux et du bétail. Je me fais rapidement à déjeuner et me change pour aller faire quelques courses en ville. Un passage au magasin de bricolage pour de nouvelles clôtures électriques et des clous. Puis supermarché pour remplir le frigo. Une fois là-bas, en slalomant dans les rayons, je me retrouve devant les jouets. Et j'avoue que quand j'ai des petits, je leur ramène de temps en temps des bricoles, depuis que j'ai Bucky je traverse le rayon sans même regarder. Sauf que là, un gros dinosaure en peluche me fait de l'oeil. Un tricératops à la bonne bouille. Et je le mets dans le chariot avant de continuer. Une fois de retour, je range le tout, et monte déposer la peluche sur son lit avec un noeud autour du cou et une petite carte "Pour t'aider pendant les nuits difficiles. Comme ça tu seras pas seul''.

Il rentre des cours sans me regarder, et je le laisse se terrer encore une fois dans sa chambre. Je ne le vois pas jusqu'au dîner et quand il s'installe je lui sers du poulet aux légumes avant de m'asseoir face à lui.

Au fait, demain je viendrai te chercher après les cours. On passera prendre de la peinture pour ta chambre, et on va la repeindre ce week end. Je te demande pas ton avis, on le fera. Par contre, c'est toi qui choisira la couleur. Ok? Tu pourras prendre celle que tu veux. Même rose avec des fées ou vert avec des perroquets si ça te fait plaisir... Il est temps que tu t'installes vraiment non?

Je lui souris tout en portant un bout de poulet à mes lèvres.


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Dim 17 Avr - 16:53
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Tout n'est que chaos autour de moi. Entre mes hurlements, les battements effrénés de mon coeur, ma respiration bien trop courte, Steve qui tente de me rassurer et Clint qui ne cesse de couiner, j'ai l'impression d'être au coeur d'une tempête. Tout fait rage autour de moi et le dos contre le mur, recroquevillé sur moi-même j'ai envie d'hurler encore plus fort, simplement pour faire taire le reste. Pour couvrir le chaos. Je veux que tout s'arrête, que tout cesse. Je veux sortir de ce cauchemar. Je veux que ça se termine, qu'on me laisse me réveiller et qu'on cesse de vouloir me toucher. Je veux être seul. Je veux hurler. Je veux que tout se taise et que le silence revienne. Alors je me recroqueville un peu plus sur moi-même, mes ongles s'enfonçant dans ma nuque alors que je tente de me réveiller. Steve continue de parler mais je n'écoute pas, je veux juste qu'il parte. Les larmes continuent de rouler sur mes joues et sans vraiment le réaliser, je continue de sangloter, gémissant comme un gamin apeuré. Je dois être pathétique mais c'est à peine si je le réalise. Tout ce qui compte c'est cette douleur presque fantôme qui irradie et paralyse mon bras gauche. Cette douleur puissante qui me fait hurler, et qui me rappelle qu'un jour toutes mes cicatrices ont été des plaies béantes… Que mes os ne tiennent que par des broches métalliques que des médecins ont dû me poser… Cette douleur me rappelle que je ne suis qu'une carcasse brisé qu'on a rafistolé… Un pantin… Rien de plus. Quelque chose qui aurait dû mourir sous les coups de son père. Même pour ça il n'a pas été bon… Il aurait pu déchaîner sur moi sa colère et son ivresse, et mettre fin à mon existence plutôt que de me laisser vivre ainsi. J'aurais préféré mourir que de devoir vivre l'existence creuse et pathétique que je mène actuellement. Je veux que tout ça s'arrête… Je veux mourir. Ne plus l'entendre lui, ne plus faire de cauchemars… Ne plus avoir à prétendre que tout va bien, ne plus fuir Steve.

Je sens le lit s'affaisser sous le poids de quelqu'un et un gémissement m'échappe quand je pense que c'est Steve. J'ai envie de recommencer à hurler mais à part un sanglot… Rien ne vient. Et c'est quand je sens la truffe de Clint sur ma joue que je comprends que ce n'est pas Steve. Là je rouvre les yeux et laisse le chien m'approcher, le prenant ensuite dans mes bras, glissant autant mes doigts que mon visage dans sa fourrure. Avec lui ce n'est pas grave. Lui ne comprends pas et n'essaye pas de comprendre. C'est un chien. Il veut simplement bien faire sans vraiment trop saisir ce qui se passe. Et c'est peut-être mieux ainsi… Progressivement, je me calme, cessant d'abord de sangloter, puis de trembler, sentant ensuite mon coeur et ma respiration se calmer… Et au fil de ses secondes le chaos qui semblait m'engloutir disparait lui aussi, s'étiolant pour ne plus être qu'un mauvais souvenir que je pourrais chasser de la main. Un mauvais moment que je viens de passer… Rien de plus. Du revers de la main j'essuie mes yeux alors que Steve reprend, me disant que Clint va rester pour la nuit et que lui n'est pas loin. Je baisse les yeux et serre simplement le chien contre mon coeur. Non je n'irais pas vers lui si ça ne va pas… Ce serait lui donner ce qu'il veut… Lui donner une prise sur ma personne, lui offrir un moyen de m'approcher et de commencer à me cerner. Si je lui entrouvre la porte, il voudra s'y engouffrer. Alors si j'hoche de la tête pour lui faire plaisir, pas une seule seconde je n'imagine d'aller le voir. Je resterais dans cet chambre, avec Clint et je ferais comme à chaque fois : je me débrouillerais. Sans un mot ni un sourire, je le laisse partir, ne m'allongeant avec Clint que lorsque la porte se referme. Le chien pousse un soupir, sa tête non loin de la mienne, alors que je laisse mes doigts glisser dans sa fourrure.

"Je te fais confiance pour cette nuit… Pas de léchouilles…"


Je souris à peine quand il me donne un coup de langue sur le bout du nez et je ferme les yeux, murmurant doucement que c'est un bon chien, finissant par sombrer, les doigts dans sa fourrure. Et quand je me réveille, je ne peux retenir un sourire en croisant les yeux chocolats de cette grosse boule de poil. Maladroitement je viens le gratter derrière les oreilles, le saluant d'une voix encore rauque.

"Salut toi…"

Clint commence à battre de la queue, me léchant le visage jusqu'à ce que je le repousse, quittant enfin mon lit dans lequel j'aimerais rester pour la journée. Je ne suis clairement pas en état d'aller en cours mais si je reste ici… Steve va vouloir discuter avec moi ou simplement vouloir qu'on fasse des trucs tout les deux… Chose que je ne veux pas. Je n'ai pas envie de me rapprocher de lui… Je n'ai pas besoin d'un nouveau père… Je n'ai besoin de rien. Un autre soupir m'échappe alors que je quitte mon lit, filant dans la salle de bain pour prendre une longue douche, et une fois habillé, mon sac posé sur mon autre épaule, je descends jusqu'à la cuisine en compagnie de Clint. Steve est déjà en train de préparer le petit-déjeuner tandis que je dépose mon sac dans l'entrée, me raclant doucement la gorge.

"Du coup… Je vais aller au lycée… J'ai… Pas trop envie de me mettre en retard…"

Mensonges… Et il le sait sûrement, mais tant pis. C'est mieux ainsi, il le comprendra le jour où je ne serais plus là. Ce sera moins douloureux, plus simple… Il n'aura pas une page à tourner mais un simple souvenir à oublier… Je ne serais qu'une silhouette qui s'estompera… Je ne laisserais aucune marque, ni dans son esprit, ni dans sa vie. James Barnes ne sera qu'un nom sur un dossier. Un numéro qu'on archivera… Deux sacs qui n'auront aucune importance. C'est dans le plus grand des silences que je mange mes céréales, écoutant à peine ce qui passe à la radio alors que je sens la tête de Clint sur ma cuisse. Du bout des doigts je caresse le sommet de son crâne et quand j'ai terminé, je débarrasse mes affaires, sursautant presque quand j'entends sa voix. J'attrape mon sac et lui offre l'ombre d'un sourire.

"D'accord Steve… À ce soir."

Puis plus rien. Je passe la porte de la maison, m'éloigne de celle-ci sans un regard, rêvant déjà que cette journée ce termine. Je grimpe dans le bus et réalise en fait, que je n'ai même pas envie que demain arrive. Je ne veux pas que cette journée se termine… J'ai envie que ce soit la dernière. J'ai envie que ce soir, alors que je ferme les yeux, j'ai la certitude que demain, je ne les rouvrirais pas. Toute la journée passe ainsi. Face aux autres je tente de sourire mais en cours, j'ai l'esprit ailleurs, je note à peine ce que l'on me dit, je fais les exercices le plus rapidement possible, m'en débarrassant simplement pour qu'on me laisse en paix… Alors le soir, quand Dave et les autres me proposent me de rester un peu avec eux pour traîner à l'abri-bus, je m'excuse en leur rappelant que je suis toujours punis. Ils me saluent et après un trajet en bus durant lequel je somnole à moitié, j'arrive enfin chez Steve. Je pousse la porte et si je souris à Clint, le laissant me lécher le bout des doigts, je ne dis rien à Steve, me réfugiant à l'étage et dans la chambre avant qu'il ne puisse me retenir. Je pousse un soupir quand je referme la porte de ma chambre, fronçant ensuite les sourcils face à l'intrus qui trône sur mon lit. J'observe le tricératops bleu avec son petit noeud rose autour du cou, ne sachant pas quoi faire. Il cherche à m'amadouer, à me faire plaisir… Comme si j'étais un gamin, il m'offre une peluche, espérant sûrement que je ne la quitte plus ou que je lui en parle… Peut-être espère-t-il juste que je me mette en colère, juste histoire de pouvoir entamer un début de dialogue avec moi… Mais je ne me ferais pas avoir. Je prends une grande inspiration, observant toujours la peluche.

"J'ai pas besoin de toi…"

Silence. Rien ne bouge dans la pièce et pendant presque une bonne minute, je me sens con à observer cette simple peluche. C'est simple pourtant, je n'ai qu'à la prendre, la poser ailleurs… Mais je ne peux pas. J'ai peur de poser les doigts dessus et d'être incapable de lâcher cette putain de peluche. Je murmure à nouveau "J'ai pas besoin de toi…", me contentant d'aller jusqu'à ma fenêtre pour fumer, fixant toujours ce putain de dinosaure du regard, ne sachant pas quoi en faire jusqu'à l'heure du dîner. Là je descends dans la cuisine, jetant un dernier coup d'oeil à la peluche qui est toujours sur mon lit, rejoignant Steve qui me sert une pleine assiette de poulet aux légumes. Je m'installe face à lui, n'osant lui parler de son petit cadeau alors que je commence à manger. Et alors que je pense passer ce repas en silence, voilà que Steve prend la parole, m'apprenant que demain je serais coincé avec lui, à choisir de la peinture ma chambre. Mon coeur s'affole et je croise son regard, paniqué à l'idée qu'il insiste pour que je m'installe. Sa voix retombe et ma fourchette termine à côté de mon assiette. D'abord la peluche, maintenant ça…. Il me force la main. Puis que je refuse de lui ouvrir la moindre porte, il va l'enfoncer. Il va me forcer à être avec lui. Me forcer à m'installer. Me forcer déballer mes affaires. Me forcer à lui parler, à passer du temps avec lui… Ma mâchoire se verrouille et je ne sais pas quoi dire. Si je me mets en colère et lui hurle tout ce que j'ai sur le coeur, je lui offrirais une discussion, un moyen qu'on discute et qu'on se comprenne… Mais si je le suis… Je vais devoir défaire mes affaires et admettre que j'habite chez lui et que je suis bien avec lui. Je ne veux pas… Je ne veux pas… C'était plus simple quand il restait à distance. Maintenant… Je ne sais pas quoi faire. Hurler. Ne rien dire. Crier. Laisser couler. Je déglutis difficilement, sentant un frisson secouer mes épaules. Il ne devrait pas faire ça, il ne devrait pas vouloir de moi.

"Le blanc me convient. Pas besoin de repeindre la chambre."

Je fixe le pansement sur mon doigt avant de prendre une grande inspiration, ajoutant faiblement.

"Je n'ai pas faim… Est-ce que je peux y aller ?"
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Lun 16 Mai - 22:40

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L'anguille. Vraiment, ce surnom lui va bien. A peine la nuit finie tant bien que mal, grâce à Clint qui nous a évités la catastrophe, il file encore. Sans rien à manger, sans m'avoir rien dit à part "J'ai pas faim". Je crois que là, vu l'état dans lequel il est, il pourrait être au seuil de la mort qu'il préfèrerait encore aller au lycée et se noyer dans la masse plutôt que de rester à la maison avec moi et risquer de passer du temps avec moi. Parce que c'est vraiment ce dont j'ai l'impression. Qu'il risque quelque chose à rester avec moi. Que s'il passe du temps en ma compagnie, seul à seul, quelque chose de terrible va arriver, comme accomplir une vieille prophétie maya et déclencher la fin du monde. Par exemple. Et pour l'instant je ne veux pas le retenir. Non, ça sera pour plus tard. Ce soir même. Mais là il a eu sa crise pendant la nuit, et je veux pas en rajouter. Je me contente juste de le retenir une minute avant qu'il file.

Attends. Je te laisse pas partir le ventre vide. A moins que tu préfères que je t'emmène? On pourra partir dix minutes plus tard si c'est moi qui te déposes tu sais? Et qui sait, dans pas longtemps tu pourrais même avoir ta propre bagnole et aller au lycée toi-même. Bon. Prends au moins ça.

J'ouvre le frigo et lui tends une petite brique de lait et je prends quelques cookies du pot en céramique que je glisse dans un sac en papier, l'ajoutant à son déjeuner. Dedans un sandwich, une pomme, de l'eau et aussi le mot que je lui laisse tous les jours sur la serviette en papier que j'ajoute.

A ce soir James...

La journée s'étire ensuite, comme d'habitude, même si je repense sans arrêt à ce qui s'est passé cette nuit, en plus de tout le reste. Le gamin qui a l'air de glisser, vraiment, de truc en truc et de jour en jour.Rien a l'air de l'atteindre ou de le toucher. Enfin ça c'était l'impression qu'il avait donnée, jusqu'à cette nuit, jusqu'à ce que je le voie enfin éprouver quelque chose. Il était terrifié mais ça m'a rassuré, dans le sens où il avait quand même l'air de pouvoir éprouver quelque chose. Donc ça voulait dire qu'il était très bon, ou qu'il était devenu très bon pour cacher vraiment ce qui lui passait par la tête. Ce qu'il éprouvait. Il s'est construit un masque, et pour l'instant, j'ai vu qu'une seconde ce qu'il y avait derrière. Mais comment faire en sorte qu'il me fasse confiance? Et même avant ça, qu'il me parle? Qu'il accepte de rester dans la même pièce que moi sans qu'on l'y force. Qu'il me voie plus comme une menace ou pas comme un ennemi... Je réfléchis à tout ça pendant que j'accomplis mes tâches, et en passant au supermarché je me dis que le dinosaure pourrait lui faire plaisir, même si je suis sûr de rien. C'est ça qui est le plus destabilisant avec lui. Le fait d'être sûr de rien. De marcher à l'aveuglette, sans savoir ce que je vais dire ou faire va provoquer. Je rentre donc des courses avec ce nouveau membre de la famille, et le pose dans sa chambre. Il rentre plus tard, et j'attends encore. Je l'entends monter les marches, ouvrir sa porte. Puis rien. Théoriquement il ne peut plus ouvrir les fenêtres donc le jeter par la fenêtre, ça devient impossible. Hmmm si ça l'avait mis en colère soit il aurait valsé du haut des marches, soit je vais le retrouver dans la poubelle, entier dans le meilleur des cas, ou déchiqueté dans le pire. Au moins il hurle pas, même si, dans un sens, ça m'aurait rassuré. J'aurais préféré qu'il hurle. Au moins on aurait parlé...

Aucune nouvelle jusqu'au dîner, et il redescend comme un fantôme. Comme s'il voulait même pas qu'on le remarque, et qu'il marchait le plus silencieusement possible. Je le sers, attendant un peu, mais il n'ouvre pas la bouche. Rien pour me dire qu'elle lui a plu ou au contraire qu'il a trouvé ça ridicule. Il l'a pas redescendue non plus. Bon alors c'est un signe. Il a l'air de l'avoir gardée, cette peluche. Mais peut-être que c'était juste pour me faire plaisir, qui sait? Bref. On verra. Je poursuis sur ma lancée et lui annonce qu'on va repeindre sa chambre dès demain. C'est con mais je me dis qu'il aura peut-être plus l'impression d'être chez lui s'il peut un peu décider de l'agencement de sa chambre. Sauf qu'au lieu de voir que ça lui plait, ou au moins que ça l'intéresse, il pâlit et arrête de manger, reposant sa fourchette sur la table. Je hausse un sourcil, ne comprenant pas tout ce qui se passe dans sa tête à ce moment précis. Pendant quelques secondes, j'ai presque l'impression qu'il va tourner de l'oeil ou me faire une syncope. Putain mais gamin c'est que de la peinture, alors en quoi ça te fait te mettre dans des états pareils? Hein?

Hors de question, le blanc c'est pour les hôpitaux. Le blanc c'est juste la base, et là-dessus tu en fais ce que tu veux. Hmmm pour un garçon de ton âge tu penserais quoi d'un gris foncé? Ou indigo? Ou alors bordeaux? Enfin c'est toi qui décideras sur place. On décollera demain matin et on ira choisir au magasin la couleur qui te plaira. On pourra prendre aussi de nouveaux rideaux pour aller avec. Plus une ou deux bricoles si tu en as envie.

Je lui souris, j'essaie de lui montrer que ça me fait plaisir, que je suis même content à l'idée qu'on fasse ça. Que ça nous donnera une occasion de passer un peu de temps ensemble, et lui, de se faire une chambre comme il le souhaite. Mais non. Il a l'air de paniquer encore plus, et après quelques secondes, il me demande s'il peut filer. Je fronce les sourcils et secoue la tête.

Non James. Tu as à peine touché ton assiette et ce matin tu es parti sans rien manger. Maintenant reste là et mange un peu s'il te plait. T'as besoin de manger. Mais si ça te plait pas, c'est autre chose.Tu peux me le dire tu sais. Il doit y avoir un reste d'hier et je peux te le réchauffer...


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Mer 18 Mai - 10:03
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Il n'y a rien entre nous, juste du néant, une inexistence de début de relation. Pourtant lui tente de créer de ce vide, de ce rien, une relation dont je ne veux pas. Buté, il continue de tenter de m'approcher, cherchant une faille dans mon armure. Il est un idiot qui tente d'attraper une vague du bout des doigts. Il ne comprend pas que c'est vain, il ne veut pas voir que je ne veux pas qu'il me retienne. Il ne veut pas entendre qu'il ne pourra jamais rien obtenir de bon de ma personne… Parce que les objets brisés n'apportent pas le bonheur. C'est un mythe. Ce n'est pas en réparant quelque chose qu'on l'aimera plus. Ce n'est pas en recollant des morceaux de porcelaine qu'on voudra boire dans la tasse. Il ne voit pas que c'est vain et inutile. Il ne veut pas comprendre que je ne suis plus rien depuis bien longtemps. Je ne suis plus qu'une vague, un être qui va-et-vient sans but, se laissant porter par le temps et le courant, les yeux clos, en priant que tout ceci prendra un jour fin. Je ne veux pas d'une chambre, je ne veux pas de travaux, ni de sa présence… Je ne veux pas choisir une couleur à la con tout comme je ne veux pas de ce dinosaure débile… Je ne veux rien parce que je mérite rien de ça. Les choses brisées ne peuvent être entourées de beaux objets… Les belles tasses ne côtoient pas celles qui ont été fracassées. La mâchoire verrouillée, à fixer mon assiette, les poings serrés, je sens mon coeur rater des battements alors qu'il ose me forcer la main. Non, ai-je envie d'hurler, non je ne veux pas d'une couleur dans ma chambre ! Non je veux pas de quoi la décorer ! Non je ne veux pas défaire mes sacs et prétendre que tout va bien avec lui ! Je ne veux rien de ça… Je ne veux rien. Je veux qu'on me laisse tranquille. Je veux qu'on m'oublie, qu'on cesse de tenter de me rattraper. C'est trop tard pour moi. C'est foutu. J'aurais pas de seconde chance, pas de chance d'aller mieux… Je veux juste en finir, je veux que ça se finisse. Je veux fermer les yeux et tout arrêter. J'en ai assez. Je veux fuir.

Mais Steve m'en empêche. D'un froncement de sourcils il m'interdit de quitter la table. Pire il me dit que je dois manger. Je serre un peu plus les dents mais je refuse de reprendre ma fourchette et d'être docile. Je n'ai plus envie de nourrir la coquille vide que je suis. Tout comme je ne veux pas de sa sympathie et d'un autre repas qu'il pourrait vouloir me réchauffer. Je ne veux rien. L'idée d'attraper l'assiette et l'envoyer se briser à terre m'effleure l'esprit mais ce serait trop violent, ce serait lui montrer que je suis en colère, et que donc j'éprouve quelque chose. Alors à la place, je me contente de repousser l'assiette et de me lever sans même prononcer le moindre mot. Je n'ai rien à dire, rien à hurler pour lui. En silence je tourne les talons et si il tente de retenir, je ne fais que presser le pas, allant me barricader dans la chambre. Je m'y glisse et ferme la porte derrière-moi, le souffle court. D'un coup j'ai l'impression d'avoir à nouveau huit ans. D'être ce pauvre gosse qui se cache de son père dans le placard et qui craint déjà que celui-ci défonce la porte. J'attrape la chaise et coince la porte grâce à elle, alors qu'un tremblement secoue mes épaules. Il va finir par monter. Il va hurler. Défoncer la porte puis m'attraper. Il va broyer l'un de mes poignets et ensuite… Ensuite il brisera mon être de ses phalanges. Il n'aura jamais de baiser pour moi, juste la dureté de ses poings sur ma mâchoire encore jeune. Il fera couler mon sang et comme preuve d'amour il m'offrira la morsure du cuir de sa ceinture dans le dos. Je n'aurais le droit qu'à ça. Steve est comme lui. Steve va vouloir me forcer à faire ce que je ne veux pas faire et je terminerais à l'hôpital. On me mettra peut-être une autre broche dans le bras et je deviendrais un peu plus une pauvre chose brisée. Les fêlures deviendront de plus en plus nombreuses et un jour, y'aura même plus assez de morceaux pour me recoller. Un jour je ne serais même plus ça, je ne serais plus que poussière dans le vent. Rien. Je déglutis et l'envie de fuir me revient. Je ne veux pas rester ici… Je ne veux pas l'entendre me dire qu'il peut m'aider, que je dois être raisonnable ou quoi… Je regarde ma fenêtre et je maudis ce nouveau système d'ouverture qui m'empêche de fumer ma cigarette assis sur le rebord de celle-ci. Je regarde la vitre et je me dis que si on peut me casser… Elle peut se briser. Je fourre mon portable dans ma poche et en moins d'une seconde, j'ai pris ma décision. Si je ne veux pas qu'il m'attrape, il faut que je me remette à courir. J'attrape mon sac que je n'ai pas encore défait et je le bourre de tout les manuels scolaires que j'ai sous la chambre… Puis je prends une grande inspiration, écoute le silence et d'un geste vif, en y mettant toute ma force, je brise la vitre. Le bruit est assourdissant. Mon coeur rate un battement ou deux tandis que je vois les millions d'éclats tranchant devenir des étoiles dans l'obscurité. Je lâche mon sac qui tombe sur le toit et sans hésiter, je m'engouffre dans la brèche que j'ai crée. Le verre brisé coupe ma peau mais je ne m'arrête pas. Rapidement je me retrouve sur le toit et alors que j'entends Steve grimper les escaliers, je me laisse glisser à terre. Mes genoux hurlent un peu mais ce n'est pas grave, tout ce qui compte c'est que je me mette à courir. Le souffle court je m'élance et sans me retourner une seule seconde, je fuis. Je fuis pour me cacher dans les champs, j'ai peur au point de cesser de respirer comme si ça risquait de me ralentir. Paniqué je retiens mon souffle, courant aussi vite que je le peux alors que j'ai l'impression qu'il est sur mes talons, à hurler mon prénom. Non ! Non !, hurle mon esprit. Tu ne m'auras pas. Je ne retournerais pas dans cette chambre, je ne la peindrais pas. Je ne m'installerais nulle part. Je quitte les champs et bientôt c'est dans la forêt que je m'enfonce. Je ne serais pas raisonnable, je ne serais pas vivant. Je ne veux pas vivre, je survis jusqu'au jour où je pourrais enfin baisser les armes. Les branches fouettent mes bras, mes pieds se prennent dans une racine et je tombe. Un gémissement m'échappe, puis un sanglot. Je dois courir.Je dois fuir pour qu'il ne me rattrape pas… Mais il n'y a rien. C'est une fois à terre que je me rends compte que je suis seul… Qu'il n'est pas là. Je recommence à respirer et je m'assois simplement par terre, frissonnant doucement dans mon sweat alors que je remarque mon jean troué et mon genou écorché. Au milieu de la terre il y a un peu de sang mais je m'en fous. Je renifle et sors mon téléphone, appelant Dave pour savoir si je peux passer la nuit chez lui.

C'est presque une heure plus tard que je suis dans sa chambre, allongé sur un matelas de fortune, à discuter avec lui de ce qui s'est passé. Là où lui veut savoir pourquoi j'ai fuis mon oncle qui est pourtant selon lui le mec le plus sympa du coin, je ne fais que dire que j'avais envie de sortir et de voir du monde. Dave dit qu'il comprend et que je peux rester là pour la nuit. Je le remercie mais je ne dors pas. Non, je pense à ce que je vais devoir faire demain. Je ne peux pas vivre chez les autres éternellement, je vais forcément devoir rentrer voir Steve et là, je ne sais pas ce que je vais faire ou dire. Il va être furieux. Il va sûrement me gifler, me punir et me dire que je ne mérite pas d'être chez lui. Il va sûrement me dire que je ne suis qu'un sale ingrat. Je me mangerais peut-être une gifle ou deux. Un hurlement ou deux. Clint ne voudra peut-être lus rester avec moi… ll va sûrement me renvoyer au foyer où j'y pourrirais jusqu'à mes dix-huit ans. Pourrir. C'est marrant. Les tasses prennent la poussière mais ne pourrissent pas… Et pourtant, je ferais comme tout le monde une fois que je serais en terre… Je pourrirais et ma carcasse servira à nourrir les vers et les fleurs qu'on laissera peut-être sur ma tombe. Et sur la plaque, il n'y aura pas de nom… Juste un putain de numéro de dossier. James Barnes n'existera plus et je mourrais une fois de plus.

Je ne dors peut-être qu'une heure ou deux et le lendemain, je peine à rester concentré en cours. Tout mes professeurs m'engueulent parce que je viens les mains dans les poches et plusieurs menacent de contacter mon oncle pour lui dire que je ne prends rien au sérieux, que je ne travaille pas. Pour ceux-là, je n'ai qu'un regard vide et un haussement d'épaules. Qu'ils le fassent, au pire Steve me privera de quelque chose d'autre. Mais que pourrait-il me retirer ? La télé ? Je ne la regarde pas. L'ordinateur ? Je n'y vais pas. Mon portable ? Je ferais sans. Tout recommence à glisser sur ma personne et le soir, quand Dave me dépose à l'abri-bus, je lui souris doucement, le remerciant alors qu'il me dit qu'il est toujours là pour moi. Nos regards se croisent un peu plus longtemps que prévu et finalement je lui dis à demain, lui volant une dernière cigarette avant de quitter sa vieille bagnole. C'est donc en fumant que je remonte le chemin jusqu'à la maison de Steve, le regard vide alors que je me prépare déjà à l'entendre hurler et me dire que je ne suis qu'un crétin. Seulement, à ma grande surprise c'est le shérif que je trouve sur le pas de la porte avec Steve alors que Clint galope déjà vers moi, cherchant à sauter dans mes bras. Mais comme un robot, je n'ai qu'une légère caresse sur le sommet de son crâne alors que je sens le regard des deux hommes sur ma personne. L'envie de fuir revient mais à les voir ainsi… Je ne sais pas… Quelque chose se brise en moi. J'ai envie de tomber à genoux dans la poussière et hurler que je voulais juste qu'il me laisse pourrir dans un coin. Dans les yeux du Shérif je lis une certaine déception, comme si il me disait que j'avais inquiété beaucoup de monde pour pas grand chose et dans le regard de Steve, je lis quelque chose que je n'avais pas vu dans les yeux de qui que ce soit depuis bien longtemps. De l'inquiétude.
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Il veut pas me parler? Il reste bloqué? Tant pis. Ca peut pas continuer. Je peux pas encore le laisser rester mutique, terré dans sa chambre comme s'il attendait juste que les jours passent, les uns après les autres, vers quelque chose. Mais quoi? C'est surtout ça la question. Je ne sais pas. Je sais pas ce qui se passe dans sa tête. Je ne sais pas ce qu'il veut. Je ne sais pas ce qu'il pense. Ce qu'il espère. Ce qu'il attend de la vie, et de moi. Rien. J'ai une jolie surface d'un garçon propre sur lui et un peu effacé, qui se cache derrière une muraille épaisse. Je comprends pourquoi, et c'est un réflexe naturel, mais... j'avais peut-être pensé qu'ici, avec moi, dans un endroit calme, sans bruit, sans cris, avec Clint qui est là pour le réconforter, et moi qui suis disponible... ça aurait pu suffire. Il faut croire que non. Mais je sais pas quoi faire de plus. Alors... alors je vais devoir le forcer. Forcer la communication, enfoncer la porte, pour trouver un moyen de communiquer avec lui autrement que par des monosyllabes. Il m'évite? Je vais pas lui laisser la possibilité de se cacher en permanence. Je vais le forcer à passer du temps avec moi. Je me dis que quand il verra que ça peut être bien, qu'on peut passer du bon temps tous les deux, il s'ouvrira, s'apaisera un peu, et acceptera de défaire ces foutus sacs. Ces sacs qui sont en gros un beau "fuck" qu'il m'adresse à chaque fois que je passe devant. L'air de dire "Ce que tu me proposes, je m'en fous. Ce que tu dis, je m'en fous aussi. Je suis juste là en transit".

Pourtant, à peine je lui ai dit qu'à partir de demain on irait aménager sa chambre qu'il repose sa fourchette. Je sens tout son corps qui se tend, qui se contracte, et je le regarde sans comprendre. Dans ce que j'ai dit, quelque chose lui a pas plu, mais quoi? Aucune idée. Le fait est que ça lui a coupé l'appétit. Il demande s'il peut sortir de table, et je lui réponds juste qu'il doit encore manger un peu pour avoir des forces. Et là... J'ai à peine le temps de réaliser qu'il s'est juste levé et qu'il part. Pas un cri, pas la chaise qui retombe ou de la vaisselle qui vole. Non. Il se lève juste et s'en va, sans lâcher un mot de plus ou un regard. Il fuit. Je soupire, et termine ma bouchée avant de reposer mes couverts et m'essuyer les mains sur ma serviette à carreaux, que je repose sur la table. Sauf qu'au moment de me mettre debout, j'entends un bruit de verre brisé. Oh putain. Mon coeur rate un battement et Clint lève la tête, avant de commencer à courir vers l'escalier. Je le suis et grimpe les marches quatre à quatre. Putain. Putain qu'est-ce qui s'est passé? Pendant les deux ou trois secondes où je monte, un million de scénario catastrophe se télescopent dans ma tête et j'imagine déjà le pire. Il est tombé. Il s'est fait mal. Je sais pas quoi encore. Clint est sur mes talons et commence déjà à couiner et gratter devant la porte. J'attrape la poignée et quand je veux ouvrir la porte, ça coince. Putain mais qu'est-ce qu'il a fait.

James? James! James ouvre!

Mais ça bloque. Tant pis. Je dis à Clint de se pousser et je recule de quelques mètres avant de me jeter contre la porte. Rien. Mon épaule me fait mal mais j'ai pas le choix. Même chose deux, puis trois fois et enfin la porte s'ouvre. J'entre dans sa chambre et je vois qu'elle est vide. Pire que ça... son sac est plus là. Putain. Alors c'était pas un accident, mais il a vraiment voulu se barrer. Je fais demi tour et hurle à Clint de descendre, pour ne pas qu'il se coupe un coussinet. Je dévale les marches, manquant de tomber, et sors pieds nus sur le perron. Je descends et fais le tour de la maison, sauf qu'il fait nuit noire et qu'il a quelques minutes d'avance. Putain! Putain de merde! Je passe mes mains sur mon visage en soupirant avant de dire à Clint d'attendre près de la voiture. Je rentre, glisse mes pieds dans mes boots et enfile un blouson à la hâte avant de sauter dans le pickup.

En route j'appelle le sheriff et je passe toute la nuit à sillonner les environs. Je fais tous les coins où squattent les jeunes, j'appelle les parents des gamins qui ont l'âge de Buck et que je connais. Rien. Je fouille partout, et roule toute la nuit jusqu'au matin. Comment... comment il en est arrivé là? Comment, parce que je lui ai juste dit de manger encore un peu et qu'on allait repeindre sa chambre? Mais putain qu'est-ce que ce sera un jour où quelque chose ira vraiment pas bien pour lui? Où je devrais vraiment hausser le ton? Merde mais où il est? Et s'il s'était fait mal en tombant? Et s'il s'était fait enlever par un taré ou un pervers? S'il s'était fait attaquer? Et si... la vache s'il lui arrive quoi que ce soit, je me le pardonnerai pas. Vraiment pas. S'il lui arrivait quelque chose alors que je devais le surveiller, veiller sur lui... je préfère pas y penser. Non. J'en deviendrais dingue.

Quand le soleil se lève, le sheriff me dit de rentrer à la maison, au cas où il se pointerait, pendant qu'il allait continuer les recherches avec son équipe. Alors je rentre et je me laisse retomber sur la chaise de la cuisine. Le silence, que j'apprécie en temps normal, devient juste horrible et j'ai l'impression de tourner en rond. Alors je glisse le portable dans ma poche et je commence à m'activer. Je remplis la cafetière entière et monte pour ramasser les morceaux de verre et détacher la fenêtre dont le carreau a besoin d'être remplacé. Je cloue ensuite un panneau de bois pour boucher le vide. Avant ça, je suis même allé sur le toit pour ôter les débris qui étaient à l'extérieur, et qu'un oiseau, ou un chat se blesse pas en passant. J'en profite pour vider la gouttière et fixer une des attaches. Les allers-retours entre la maison et la grange ont au moins le mérite de m'occuper les mains et le corps, même si mon esprit est encore en train de tourner et retourner autour de ce qui pourrait lui arriver. De là où il pourrait être à ce moment précis. Putain.

Les heures passent, je m'occupe des chevaux, de l'étable, jetant des coups d'oeil toutes les cinq minutes en direction de la maison, pour voir si je ne l'apercevrais pas à travers une fenêtre. Mais rien. Vers 14h le shériff apparaît et on discute un petit peu. Je nous sers deux tasses de la nouvelle cafetière pleine et on s'assied à table.

Ecoute Steve, aucune nouvelle de lui pour l'instant. Tu es sûr qu'il aurait pas eu envie de rentrer chez son ancienne famille d'accueil? Un endroit où il aurait voulu aller?
Non j'ai pas l'impression. Il m'a à peine parlé depuis qu'il est là. Mais ce que je comprends pas c'est qu'il aurait eu dix occasions avant celle-là de se barrer, s'il avait déjà ça en tête dès le début. Au lieu de ça non il a gentiment passé une semaine ici sans rien dire, et sans rien faire. Il s'est déjà barré une fois mais il est allé trainer avec les autres à l'arrêt de bus. Il a pas le profil d'un fugueur mais je peux pas en être sûr.
Sacré cas hein?
Ouais, il est pas facile. Mais pas dans le sens méchant, insolent ou dangereux. Au contraire. Il est discret, une vraie souris. Il parle à peine. Alors justement, je sais rien de lui. Il parle pas. Il répond à peine. C'est pas évident... Vraiment pas...
On va tout faire pour le retrouver. Allez, merci pour le café, j'y retourne. Je te tiens au courant.
Merci Art. Je bouge pas du téléphone.


On se lève et je le raccompagne devant la maison. Sauf qu'au moment où Art a posé sa main sur mon épaule, je sursaute en voyant une silhouette se dessiner au bout du chemin. Non. Non... Putain. Il me faut quelques secondes avant d'être sûr, et ensuite je soupire de soulagement. Putain il est là. Il est rentré. Il est revenu. Il a une sale gueule mais il a l'air entier. Art l'a vu aussi et se tient derrière moi sans rien dire. Quand il est plus qu'à quelques mètres, je viens à sa rencontre et je l'attire contre moi, l'entourant de mes bras.

Merde tu m'as foutu une peur bleue! J'ai passé la nuit à te chercher! J'ai eu tellement peur!


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Mar 21 Juin - 19:32
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La poussière se soulève doucement sous mes pas alors que du regard, je fais l'aller-retour entre les yeux emplis d'inquiétude de Steve et ceux pleins de déception du Shérif. Je sais ce que j'ai fais. J'ai conscience de ma fuite, de la fenêtre que j'ai brisé et de mes genoux écorchés. Je sais ce que je suis. Le temps d'une seconde je ferme les yeux et glisse simplement mes doigts dans la fourrure de Clint, le coeur lourd et la gorge nouée. Je sais ce qui va suivre… J'entends déjà les réprimandes venir et les hurlements résonner. Déjà, je sens et encaisse le revers de la main que je vais devoir encaisser. Alors que je marche vers eux, je sais ce qui va se passer et j'ai peur. Mon coeur cogne dans ma poitrine et finalement je me présente à eux, toujours vêtu de mes vêtements de la veille, la mine sombre et les lèvres entrouvertes. Je suis à deux doigts pleurer en croisant le regard de Steve et alors que je m'attends à un accueil froid, voilà qu'il vient me prendre dans ses bras, me serrant tout contre son coeur alors qu'il me fait part de son inquiétude. Un gémissement m'échappe et mes deux mains se crispent sur son torse tandis qu'une violente douleur irradie de mon épaule gauche et de mon dos. Je pousse un hurlement déchirant et commence à le repousser violemment, griffant ses épaules au travers de sa chemise immonde.

"Ne me touche pas ! Ne me touche pas ! Laisse-moi ! LAISSE-MOI !"

Ma voix se brise dans un sanglot et sans que je n'arrive vraiment à le contrôler, je me mets à pleurer à chaude larmes tandis que la douleur manque de me foutre à genoux. Arrête ! Arrête !, ai-je envie d'hurler, mais tout ce qui m'échappe ce sont des hurlements de bête blessée. Je veux faire taire tout ça. Je veux qu'il arrête tout. Je veux qu'il cesse de tenter de m'aider ou de me sauver. Je veux qu'il me laisse fuir. En vérité, j'aurais aimé qu'il ne soit pas là à mon retour. J'aurais aimé trouver la maison vide… Sans lui ni Clint… J'aurais aimé être capable de déambuler dans les pièces et contempler ainsi l'inutilité de ma présence sur cette Terre… J'aurais aimé pouvoir m'assoir dans un coin et me laisser crever. Mais non, il a fallu qu'il soit là, une fois de plus. Lui et sa putain de chemise. Les larmes semblent brûlantes sur mes joues. Fallait qu'il reste pour moi, qu'il tente de me retrouver. Au loin, quelque part derrière ma crise d'hystérie, j'entends quelqu'un parler. Je crois percevoir des mots mais je les ignore, me contentant de griffer Steve, lui ordonnant toujours de me lâcher. Clint aboie et d'un coup, je ne sens plus ses bras autour de mes épaules. D'un coup je suis libre et je peux recommencer à respirer. D'un coup le monde existe de nouveau et je contemple au travers de mes larmes Steve qui semble peiné de me voir dans un tel état et le Shérif qui se demande ce qui ne tourne pas rond chez moi. Lentement je reprends mon souffle avant de détourner le regard, ignorant simplement mon tuteur pour m'engouffrer à l'intérieur, grimpant directement à la salle de bain. Je verrouille la porte derrière moi et vire rapidement mes vêtements pour me glisser ensuite sous une douche brûlante. Lentement je me laisse glisser à terre et une fois que je me retrouve recroquevillé sur moi-même, je me permets de recommencer à pleurer comme un gosse jusqu'à en être fatigué. L'eau se mêle à mes larmes et pendant de longues minutes, je reste ainsi, ignorant Steve et Clint qui doivent s'inquiéter. Puis quand je commence à me calmer, je contemple ce que je suis avec un certain détachement. Un cadavre sur pattes. Voilà ce que je suis. Je regarde mes paumes et je me dis que mes mains ne servent à rien. Je regarde mes poignets couverts de cicatrices plus ou moins régulières et je me désole de voir qu'elles n'ont jamais été assez profondes pour être définitives. Mon regard glisse ensuite entre mes cuisses où j'y vois les mêmes marques… Plus légères mais présentes. Je me recroqueville un peu plus et tente de m'enlacer, cherchant un réconfort que je ne peux pas aller réclamer à Steve. Mes jours sont comptés. Les secondes s'écoulent et lentement, je commence à me dire que c'est le début de la fin… Que je ne veux vraiment plus aller plus loin. Je suis fatigué d'exister. De me battre tout les matins pour ouvrir les yeux et sortir de mon lit. Je suis las de laver ma carcasse et de la nourrir d'aliments qui ont perdus toutes leurs saveurs… Je suis exténué de prétendre être humain et en vie. Je ferme les yeux et rêve d'être le mort. Je rêve de sentir mon coeur s'arrêter, de ne plus sentir les plaies sur mes genoux tirailler et de ne plus respirer. Je veux mourir.

L'eau commence à devenir tiède sur mes épaules et lentement, je lève une main vers les robinets pour couper l'écoulement, restant tout de même quelques instants à frissonner dans le bac, contemplant les carreaux de faïences sur le mur. Je n'ai pas envie de sortir. Je ne veux pas l'affronter et encore moins le revoir. Je ne veux pas quitter cet endroit. Je veux que tout s'arrête. Je veux que tout se termine. Maintenant. J'entends Steve en bas et je reviens à moi. Comme un automate je quitte la douche et m'enroule dans une grande serviette, abandonnant mes vêtements sur le sol de la salle de bain alors que je rejoins la chambre, m'habillant rapidement avant de me laisser retomber sur le lit, fixant un des murs blanc. Je sais qu'il va venir me voir…Qu'il va me demander de lui expliquer ce qui m'a pris…. Je m'enroule un peu plus dans mon pull trop large, entendant alors des pas dans l'escalier. Je me redresse et cesse de respirer quand je sens que deux personnes montent. Rapidement j'attrape un jogging pour cacher les marques sur mes cuisses et regarde les deux hommes qui apparaissent dans l'encadrement ma porte. Et si je reconnais Steve, l'autre reste un parfait inconnu que je ne veux pas voir. Steve m'apprend alors que c'est le médecin et d'instinct, j'ai un mouvement de recul.

"Je vais bien."

Les deux hommes se regardent et Steve insiste. Il dit s'inquiéter. Je remonte mes genoux sur ma poitrine et colle mon dos contre le mur, leur faisant bien comprendre que je suis pas ouvert à la moindre discussion ou auscultation. Je ne veux pas qu'on me touche ou qu'on tente de savoir ce qui se passe dans ma tête. Je veux être seul. Je veux qu'on me laisse périr. Mais l'homme s'avance. L'homme m'explique qu'il est médecin et qu'il vient simplement vérifier que je ne suis pas blessé. Je commence à trembler alors que je me recroqueville un peu plus, portant mes mains à mes épaules comme pour les couvrir.

"Je vais bien… Laissez-moi.
- J'en suis sûr James.. Je veux juste vérifier que c'est le cas."

Sa voix est trop douce. Bien trop douce. Le médecin me sourit alors qu'il s'installe au bord du lit.

"Je ne mens pas.. Je vais bien.
- Ce n'est pas ce que je dis. Je veux simplement vérifier que tu n'es pas blessé… Steve m'a confié que tu étais plutôt secoué en revenant… Il s'inquiète simplement."

Je lève les yeux vers Steve justement alors que je fuis le contact du médecin, refusant de laisser l'inconnu me toucher. Le médecin tend sa main vers moi et cherche à trouver la mienne, m'arrachant de ce fait un léger cri.

"Non !"

Mon souffle redevient court et une fois de plus, je tente de fuir comme je le peux, murmurant doucement, les yeux rouges.

"Je vais bien… Laissez-moi…. Laissez-moi…."

Je ne veux pas qu'on puisse voir ce que je suis. Je ne veux pas qu'on contemple mes scarifications ou l'état de mon être. Je ne veux pas qu'on tente de panser mes blessures et de préserver mon corps d'autres cicatrices. Je ne veux pas qu'on me sauve. Je veux qu'on me laisse glisser, comme une tasse qu'on laisserait se fracasser au sol sans le moindre regret.
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Sam 16 Juil - 19:26

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Enfin, enfin il est là. C'est rare que des gamins aient fugué, et en général, ils avaient pas passé la clôture du champ qu'ils commençaient à flipper, perdus en pleine nature, avec aucune lumière aux alentours à part celle de la maison, et les bruits de la nuit... ça a eu l'avantage d'en décourager plus d'un, et moi ça m'a permis d'avoir mes protégés à portée de main, et m'assurer qu'ils ne filaient pas trop loin. Sauf que lui... lui a pas peur du noir, et s'en fout de galoper à travers un champ la nuit... mais au moins il est revenu. Pourquoi? J'avoue que j'en sais rien. Peut-être qu'il commence à voir cet endroit comme un chez lui? Que finalement cette maison est rassurante? Qu'il s'est rendu compte qu'il faisait une connerie? Ou alors, et c'est la variante que j'aime le moins, qu'il a nulle part où aller...

Mais pour l'instant je m'en fous. Pour l'instant tout ce qui compte c'est qu'il soit revenu, et qu'il soit à peu près en bon état. Je le serre contre moi, soulagé, sauf qu'à la minute où mes bras se referment sur lui il me repousse, et commence à gémir, comme s'il avait mal, avant de me hurler dessus. Je recule d'un pas, levant les mains, et complètement perdu.

Qu'est-ce qui se passe? Tu as mal quelque part? Si tu es blessé je t'emmène directement à l'hôpital!

Sauf qu'au lieu d'avoir droit à des explications il se met juste à sangloter. De grosses larmes commencent à rouler sur ses joues alors que ses épaules se secouent sans qu'il puisse les contrôler. Je fronce les sourcils, de plus en plus inquiet. Et dans ma tête j'ai déjà mille scénarios glauques qui défilent. Est-ce qu'on aurait abusé de lui? Est-ce que quelqu'un l'aurait trouvé alors qu'il était perdu au milieu de nulle part et lui aurait fait du mal? Non...pitié non. Il tourne les talons et entre. J'entends la voix du shérif qui s'élève, calme et toujours égale, alors qu'il désigne son portable.

On a appelé le lycée, il y était. Il est arrivé en cours normalement. C'est tant mieux s'il est revenu. Je te laisse t'occuper de lui. Il a l'air d'en avoir sacrément besoin.
Merci... je te tiens au courant.
Ca marche. Bonne chance avec le gamin...


Je le regarde partir et rentre, avant de le chercher. J'entends de l'eau à l'étage et imagine qu'il doit déjà être en train de prendre une bonne douche. Et encore une fois je repense aux indices ADN si jamais on lui a fait du mal, aux preuves qui disparaissent. Enfin, j'essaierai de récupérer ses fringues, juste au cas où... vu que c'est moi qui m'occupe des machines. Je profite qu'il soit sous l'eau pour attraper mon portable et appeler Jack, le médecin du coin. Je lui explique la situation, et il me confirme qu'il va passer bientôt. Il fera un crochet en allant voir ses patients. J'attends qu'il sorte de la douche et planté derrière la porte de la salle de bains je pose ma main sur le bois, vraiment inquiet. J'hésite une fois ou deux avant de me lancer. Tant pis si j'ai l'air con. C'est mon rôle aussi. Je prends une profonde inspiration.

James... tu as vraiment pas l'air bien. Si jamais quelqu'un a osé te faire du mal, surtout, tu me le dis. D'accord? Je t'en prie c'est super important. Si quelqu'un t'a fait du mal, on file voir le médecin, et celui qui t'aura fait ça sera puni. Je te le jure. James s'il te plait parle-moi...

Il ne répond pas et je redescends accueillir Jack, dont j'entends la voiture s'arrêter dans la cour. Je lui serre la main et le guide en haut, jusqu'à James qui est retourné dans sa chambre.

Je te présente Jack Bauer, c'est le médecin de la ville, mais aussi un ami. Il est venu voir si tout allait bien après ta nuit dehors. Il vient juste vérifier d'accord?

J'avoue qu'il s'est occupé de moi quand j'étais qu'un gamin et que je suis arrivé chez Sarah en sale état, avec un asthme mal soigné, un problème au coeur pas diagnostiqué et autres. C'est lui qui m'a remis sur pied, et qui m'a suivi toutes ces années. Il sait s'y prendre avec les fracassés, que ce soit moi, ou les protégés que j'ai eus par la suite. Et j'espère qu'il saura aider James, au moins un peu. Je reste près de la porte, m'adossant au mur et l'observe s'approcher de lui, alors que le gosse est sur son lit, collé contre le mur, et les jambes remontées contre son torse. En gros la vraie posture de la peur panique. Et bon sang je déteste voir un gamin terrorisé à ce point, surtout que je n'ai rien fait pour ça...

Nos regards se croisent après quelques réponses de Buck, remarquant qu'il ne fait rien que se braquer version passive. Jack est doux, prends son temps, mais dès qu'il commence à approcher James d'un peu trop près, et vouloir le toucher, il crie et se recroqueville encore plus. Putain il est en pleine crise de terreur, et ce qui me rend fou c'est que je ne sais pas du tout ce qui la provoque. Vraiment pas. Je fais signe au médecin de revenir vers moi et on s'éloigne de quelques pas dans le couloir.

Il est en pleine crise d'angoisse ton gamin.
J'en sais rien... je vois juste qu'il va sacrément mal et que... putain je sais pas comment l'aider. Je... il est comme un mur tu vois. Un mur lisse et plat. J'ai rien à quoi m'accrocher. Il est poli, répond à mes questions mais avec un seul mot, et file dès qu'il peut, comme si ma présence était dure à supporter pour lui.
Je vois... et il s'est rien passé entre vous? Vous vous êtes pas disputés?
Non. Il s'est barré en douce hier ou avant hier je sais plus, et j'ai tout de suite su où le chercher. Je l'ai ramené et c'était terminé. Il a pas crié, il a pas tenter de se trouver une excuse ou quoi que ce soit. Ce soir je lui disais qu'on irait profiter du week end pour peindre sa chambre et lui acheter de quoi la décorer, il s'est levé de table. Cinq minutes après il faisait exploser la fenêtre. Je... je sais pas. Je sais pas comment l'aborder. Vraiment pas. Et je m'en veux parce que... j'ai l'impression d'être tellement inutile. Idiot.
Je sais Steve. Et je sais que t'es pas le premier chiot blessé que tu récupères.
Ouais bien sûr. Mais lui... c'est comme si j'avais rien à lui apporter. Enfin non, c'est comme s'il me laissait pas lui apporter quelque chose. Il me fuit alors que j'ai rien fait. Tu me connais, tu sais que je ferai pas de mal à un gosse.
Bien sûr, je sais bien. A mon avis il a surtout besoin de temps et que tu le laisses pas tomber. J'ai l'impression qu'il teste s'il peut te faire confiance.
Je crois aussi, mais j'ai foutrement peur qu'il finisse par se faire vraiment du mal. Et j'ai aussi la trouille qu'il lui soit arrivé quelque chose cette nuit. Et si quelqu'un avait abusé de lui? Le fait qu'il veuille pas qu'on le touche etc...
Je vais voir. Mais te décourage pas Steve. Une chose est sûre, ce gamin a besoin de quelqu'un qui veille sur lui. Et si c'est pas toi je vois pas qui d'autre.
Merci... je vais aller le voir et je reviens. Attends une seconde.


Je pose ma main sur l'épaule de Jack, qui sourit dans sa barbe broussailleuse, et retourne dans la chambre de James. Je m'accroupis face au lit.

James... Jack aimerait juste regarder ton genou, et voir si on ne t'a pas fait du mal ailleurs. Et s'il te plait, pas besoin de me dire que tu vas bien... je vois très bien que c'est pas le cas. On est là pour t'aider tous les deux. On veut juste que tu ailles mieux. Donc j'aimerais beaucoup que tu laisses mon ami t'examiner. Quelques minutes à peine, et ensuite il te laissera tranquille. Après, quand il sera parti, je te monterai ton repas et tu pourras manger tranquille ici, avant de te reposer. Ok? On fait comme ça? Il ne va pas te faire de mal. Et si tu es plus à l'aise, je reste dans la même pièce. Je veux juste être sûr que tout aille bien. Quand ça sera le cas, je te laisse tranquille un petit moment. Mais à un moment on devra parler James...

Je fais signe à Jack de revenir, et il s'approche précautionneusement du lit.

Alors... tu veux bien me laisser t'examiner? Quelques minutes et tout sera terminé... Promis.


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Mer 20 Juil - 11:58
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Il insiste, encore et encore. Le médecin veut m'examiner, il veut tenir la tasse fêlée entre ses doigts et compter les fêlures de celle-ci, sans vouloir comprendre que si elle termine dans le creux de sa main, celle-ci va éclater et devenir poussière. Il ne comprends pas qu'à insister, je ne fais qu'hurler et pleurer, repoussant ses mains des miennes qui tremblent. Je vais bien. Bien sûr que je vais bien. Je n'ai besoin de l'aide de personne et surtout pas d'un médecin qui pourrait voir mes cicatrices et comprendre ce que je me fais le soir avant d'aller me coucher. Je n'ai pas besoin de l'aide de quelqu'un qui pourrait en parler à Steve et lui dire de faire attention à moi, quelqu'un qui pourrait lui dire que je me fais du mal pour une raison ou d'une autre. Je n'ai pas besoin de ça. À vrai dire, je n'ai besoin de rien. Absolument rien. Et pourtant, d'une voix douce, il insiste, il use de mots doux comme du miel pour m'appâter, me répétant sans cesse que je ne crains rien, qu'il est simplement là pour m'aider, pour vérifier que personne ne m'a fait du mal ou n'a abusé de moi. Il me dit de ne pas avoir peur, ni même honte. Il pense comprendre mais ne voit rien. Je hurle à nouveau et le repousse une dernière fois, ne me taisant que lorsque je le vois être entraîné hors de la chambre par Steve. Ils disparaissent dans le couloir et j'en profite pour sécher mes larmes de mes manches, gardant mes genoux écorchés remontés contre ma poitrine, toujours dos au mur. Le temps d'une seconde, j'observe la fenêtre brisée et l'idée de fuir une fois de plus est tentante mais je n'arrive pas à bouger. Les lèvres entrouvertes, je ne suis bon qu'à sangloter, écoutant au loin les murmures des deux hommes qui tentent de comprendre ce qui se passe dans ma tête. Des mots me parviennent mais je n'essaye même pas de les comprendre. J'observe alors la peluche à mes côtés et ferme ensuite les yeux, tentant de calmer les tremblements qui secouent mon être. Pourquoi ne veulent-ils pas abandonner ? Pourquoi s'accrocher et insister ? Je n'en vaux pas la peine. Deux familles ont déjà décidés que je n'en valais pas la peine, alors pourquoi veut-il tant me sauver ? Que voit-il en moi qui lui donne tant envie de s'accrocher et de perdre son temps avec moi ? Je lui rappelle peut-être quelqu'un… Peut-être lui, à la même époque. Je renifle et le silence se fait. Ils ont pris une décision. Une décision qui ne va certainement pas me plaire. Steve approche et je comprends qu'il va tenter de me sauver une fois de plus, qu'il va me tendre la main et me dire qu'il est là pour moi. Je me recroqueville un peu plus et refuse de croiser son regard. Je n'ai pas besoin d'aide. Je vais bien. Tout va bien. Ça prendra fin, un jour ou l'autre, mais en attendant je veux qu'on m'oublie. Je veux qu'on me laisse prendre la poussière et qu'on m'oublie, je veux qu'on accepte qu'il est trop tard pour me sauver, que je suis trop vieux pour être heureux. Le sang continue de poisser mon bas de jogging et écoute Steve tenter de me rassurer. Il veut juste s'assurer qu'on ne m'a pas fait mal. Ce ne serait l'affaire que de quelques minutes, rien de plus. Et ensuite… Ensuite il dit qu'il me laisserait en paix, que j'aurais le droit à un repas et à une bonne nuit de sommeil. Mensonges ai-je envie d'hurler. Je sais que ça ne saura pas aussi simple que ça. Il voudra parler. Surtout quand le médecin verra les scarifications sur mes cuisses ou mes poignets. Là il ne voudra plus me lâcher et je n'aurais pas d'autre choix que de fuir à nouveau… Ou mettre fin à cette existence. Nos prunelles ne se quittent pas et un murmure m'échappe.

"Tout va bien, Steve…"

Je sais qu'il n'y croit pas, mais c'est tout ce que j'ai. Je ne peux rien lui dire de plus. Je vais bien. On ne m'a rien fait cette nuit. Les plaies sur mes genoux ne sont que le résultat de ma chute. Le médecin revient à la charge et si Steve s'efface, lui vient prendre sa place, insistant une fois de plus. Un autre sanglot traverse mes lèvres tandis que mes mains tremblantes viennent recouvrir mon visage. Une plainte m'échappe et le souffle court, je gémis.

"Je jure que je vais bien… Personne ne m'a rien fait… Laissez-moi… S'il-vous-plait…
- James… Je suis juste là pour t'aider… Et honnêtement, à te voir ainsi, on dirait que quelque chose de grave est arrivé cette nuit… Tu comprends qu'on ne peut pas te laisser seul vu ton état ? Il ne faut pas avoir honte… Tu peux nous dire ce que tu as sur le coeur, personne ne t'en voudra ou ne te punira….
- Vous ne comprenez rien…."

Un autre sanglot m'échappe et enfin j'accepte de croiser son regard, d'observer ce visage qui est mangé par une épaisse barbe broussailleuse. Je soutien ces prunelles peinées et inquiètes alors que dans un sanglot, la voix tremblante de peur et de colère, je reprends.

"Vous ne comprenez rien ! Je vais bien, il ne m'est rien arrivé ! Je me suis fait mal en courant dans les champs ! Et ensuite, je suis allé chez Dave pour dormir la nuit et ensuite… Ensuite je suis allé au lycée et je suis revenu… Personne n'a abusé de moi ! Personne ne m'a fait du mal ! Je vais bien, putain ! Je vais bien !"

J'ai beau hurler mais personne ne recule, personne n'accepte de me lâcher et de me laisser me fracasser au sol. Sur mes épaules je sens leur regard et je sais qu'ils ne vont rien lâcher. Le médecin voudra examiner mon genou, il voudra le panser, laver le sang sur ma peau et ensuite vérifier qu'il n'y a pas plus. Il va vouloir observer les cicatrices sur ma peau ainsi que les fêlures de mon être. Il va les constater, en parler à Steve qui le dira à Maria… Et ainsi tout le monde saura. Tout le monde voudra mettre la pauvre tasse sous une cloche pour la protéger. Ils voudront m'enrouler dans du coton pour mon propre bien. Ils voudront me choyer sans comprendre que je ne suis plus un enfant qu'on peu cajoler et consoler d'une caresse sur la joue. Je ne suis plus un gamin qui peut se satisfaire d'une peluche pour étouffer ses angoisses. Mais personne ne veut le voir. Personne ne veut comprendre que j'ai déjà fait mon choix. Je veux mourir. Je veux en finir.

"James nous voulons simplement nous en assurer et plus tu résistes, plus tu nous donnes l'impression que quelque chose de grave s'est passé. Tu comprends ? Je ne voulais qu'examiner ton genou et plus je te vois résister, plus je commence à penser que tu me mens à propos de cette nuit chez ton ami…
- Non ! Je ne mens pas !
- Alors laisse-moi t'examiner."

Nouveau silence alors que je sèche mes larmes, sentant peu à peu mes résolutions s'effriter. À quoi bon lutter ? J'essuie une dernière fois ma joue d'un revers de la manche, remontant ensuite d'un geste tremblant mon jogging pour dévoiler au médecin la plaie de mon genou.

"Tu sais, James… Ce serait plus si…
- Non. Je ne retire pas mon jogging.  Vous voulez examiner mon genou. C'est tout. J'ai pas besoin de me mettre à poil pour ça et vous ne pouvez pas m'y forcer. Car si vous le faites… Là je pourrais dire qu'on m'a forcé à faire quelque chose sans mon consentement."

J'ai honte de devoir en arriver là mais c'est tout ce que je peux faire pour les empêcher de voir dans quel état je suis réellement. C'est ma seule chance de me protéger et de continuer à cacher mes blessures. Honteux, je détourne le regard et refuse de voir ce qu'ils en pensent, ne voulant pas voir la déception ou l'indignation dans leurs prunelles.
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Jeu 11 Aoû - 11:11

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No place Like Home
 

J'ai envie de hurler. J'ai envie de défoncer la putain de porte qu'il maintient fermée entre lui et moi d'un grand coup de pied, et de le ramener vers moi de force. L'obliger à me parler, à se révéler. J'aimerais faire ça parce que je me sens horriblement impuissant et ça me tue. J'ai envie de m'asseoir sur le canapé, devant le feu, l'installer sur mes genoux, enroulé dans une couverture, et faire comme avec les petits quand ils ont un gros chagrin : le garder contre moi et le bercer jusqu'à ce qu'il se calme. Le bercer jusqu'à ce qu'il comprenne qu'ici il ne craint rien, qu'ici personne ne viendra lui faire du mal. J'aimerais que ce soit aussi facile qu'avec les petits, qui demandent juste à être bien, qui demandent juste à être aimés, et qui une fois qu'ils se sentent en sécurité, s'ouvrent totalement et te font pleinement confiance. Lui... lui c'est plus dur. Lui est plus vieux, et est à un stade où il se demande sûrement s'il compte vraiment. S'il a de l'importance pour quelqu'un. S'il aura sa place, un jour, quelque part et auprès de quelqu'un. S'il retrouvera une maison. J'ai envie de lui hurler qu'il a juste à me laisser l'aider, mais il est loin, trop loin de moi. Il a l'air d'avoir été tellement fracassé et trimballé qu'il ne croit plus en rien ni en personne. Même pas en lui, c'est dire. Si seulement il me laissait essayer... Si seulement il me donnait une chance de lui prouver que ça peut être bien, ici, avec moi. Mais je sais pas comment faire et ça me rend dingue.

Je retiens un soupir quand je reviens vers lui et qu'il me répond encore une fois que tout va bien. Bien sûr que non. Bien sûr que ça ne va pas. Je le vois très bien. Tu es là, le souffle court, à me regarder comme un lapin pris dans les phares d'une voiture, recroquevillé sur ton lit, les yeux encore rouges d'avoir pleuré et les joues humides de larmes. Bien sûr que ça va pas. Tu préfèrerais t'arracher le bras que de rester une minute de plus dans cette pièce avec Jack et moi. Je le vois bien. Je le sens. Alors ne me dis pas que tu vas bien et qu'il ne s'est rien passé. C'est presque comme si j'entendais d'ici ton cœur qui tambourine dans ta poitrine trop maigre... En voyant ses sanglots qui reprennent, j'ai juste envie de le prendre dans mes bras, mais j'ai bien vu, juste avant, la réaction qu'il a eue quand mes bras se sont refermés autour de lui. Des hurlements de panique. Alors autant ne pas recommencer, même si au fond de moi je sais qu'il en a tellement besoin. D'amour, d'affection. Je reste derrière Jack, les observant tous les deux, sourcils froncés, pendant qu'il utilise toute sa douceur et sa patience pour tenter de le convaincre de se laisser au moins soigner.

Bizarrement, je suis partagé en l'entendant. Si une partie de moi est rassurée en l'entendant dire qu'il lui était rien arrivé, et à ce moment, je le crois, je me sens mal quand j'apprends qu'il est allé au lycée comme si de rien n'était après sa nuit chez Dave. Il n'a pas trainé les pieds à l'idée d'aller en cours. Mais il a préféré me fuir moi. Il a préféré fuir la maison. Je ne dis rien, gardant les mâchoires serrées, et hausse un sourcil quand il en vient carrément aux menaces. Jack se tourne et je hoche la tête.

Ok. Tu remontes juste ton bas de jogging et rien de plus. Mais il faut soigner ça, on peut pas laisser ta blessure s'infecter, et tu saignes encore... Dire que tu t'es baladé toute la journée comme ça... Pourquoi t'es pas allé à l'infirmerie du bahut?

Je vois mon ami qui ouvre sa sacoche et sort de quoi faire pendant que James accepte enfin de retrousser son pantalon. Avec des gestes doux et précis il nettoie et referme la plaie, puis la bande soigneusement. Personne ne dit rien pendant de longues minutes, jusqu'à ce que Jack referme sa sacoche et se relève lentement.

Steve, je te laisse quelques bandes en plus pour lui changer son pansement. Tu jettes un œil pour voir si ça cicatrise bien et au moindre souci vous passez me voir.
Très bien. Merci encore. Je te raccompagne.


Je le regarde sortir de la chambre de Buck et le suis, avant de m'arrêter juste avant de sortir, la main sur la poignée.

James? Enlève ton jogging plein de sang, prends-en un autre. Si t'en as plus de propres, je te passerai un des miens. Maintenant repose toi un peu pendant que je raccompagne Jack. Je te préparerai quelque chose à manger et je te l'apporterai ici... Je reviens.

Content ou pas, c'est comme ça que ça va se passer. Il faut qu'il sache que je veille, et que même si ça lui plait pas, je laisserai rien tomber. Je me désintéresserai pas de lui, que je baisserai pas les bras, quitte à l'emmerder prodigieusement pendant encore un temps. Je referme la porte et descends retrouver mon ami. On échange quelques mots et je le remercie encore avant de le serrer rapidement dans mes bras. Clint sur les talons, je vais ensuite à la cuisine et craque rapidement trois oeufs dans la casserole, y jette une poignée de fromage râpé et du bacon, faisant cuire tout ça rapidement. Je lui prépare aussi une tasse de thé et quelques toasts, plaçant tout ça sur le plateau avant de poser l'assiette d'oeufs brouillés et des couverts. J'ajoute son sachet de thé préféré avant de monter, Clint me précédant, et c'est lui qui ouvre la porte de Bucky d'un coup de patte, avant de sauter sur le lit avec lui. Il a changé de pantalon, c'est bien. J'aime pas l'idée qu'il barbote dans son sang... mais pour le reste... il a l'air de s'être un peu calmé, c'est déjà ça. Je m'approche lentement, jetant un oeil à la fenêtre recouverte d'une planche de bois en attendant que Benny vienne réparer ça demain.

Je t'ai préparé quelque chose à manger. Tu dois avoir faim. Je vais te poser ça là. Ok?

Je dépose le plateau près de lui et recule pour m'asseoir sur son canapé, à distance respectable. D'un geste du menton je désigne la fenêtre.

Tu me devras quelques heures de boulot pour remplacer tout ça. Tu travailleras un peu aux écuries et tu me donneras un coup de main. Tu commenceras ce week end, ou même avant, si ton genou est bien cicatrisé et ne te fait pas mal. D'ailleurs, vu que j'ai bloqué la fenêtre comme j'ai pu...si jamais tu as trop froid, je te ferai dormir dans la chambre d'à côté, le temps que ce soit réparé.

Je laisse passer une seconde, observant s'il mange ou pas. Puis d'une voix fatiguée, et peut-être un peu plus nouée que je l'aurais voulu, je reprends.

Et... j'aimerais bien savoir ce que j'ai pu dire qui t'ai fait fuir la maison. En général on sèche les cours pour rester chez soi. Là tu sèches la maison et tu préfères aller en cours.

Je soupire doucement.

Est-ce que c'est si terrible ici? Je ne m'occupe pas assez bien de toi? Qu'est-ce qu'il faudrait que je fasse pour que tu te sentes bien ici? J'ai besoin que tu m'aides parce que là... je suis perdu. Je veux vraiment t'aider mais si tu me dis rien... je pourrais rien faire tu sais?


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Lun 19 Sep - 14:58
Ain't your fault, kid.
Ils acceptent et j'ai l'impression d'avoir remporté plus qu'une bataille. Je baisse les yeux et m'autorise un léger soupir tandis que le médecin se penche vers mon genou, commençant à désinfecter la plaie avec une douceur qui me serre la gorge. Je dois lutter pour ne pas éclater en sanglot alors que viennent me heurter de plein fouet les souvenirs de mon passé. Impuissant, je me retrouve plongé dans ma propre enfance, me revoyant au service des urgences, à sangloter pour les infirmières qui sans cessent, et avec la plus grande douceur tentaient de panser les blessures de mon être. Je me souviens de la douceur de leurs gestes et de la bienveillance dans leurs prunelles… En un battement de cils, j'entends à nouveau les questions qu'elles me posaient, la façon dont elles recoiffaient mes cheveux et l'odeur qu'elles avaient toutes. Alors que l'ami de Steve s'occupe de désinfecter l'entaille dans ma chair, je reprenne à ses anges en blouse, dont le parfum, ressemblant plus à un cocktail de médicaments et de désinfectant, étaient celui qui me semblait être le plus rassurant… Celui qui me faisait dire, qu'enfin, j'étais en sécurité quelque part et que rien n'allait m'arriver… Le temps d'un instant, je me perds dans les affres de cet étrange souvenir, ne revenant à moi que lorsque Steve desserre les lèvres pour m'asséner ce qui me semble être un chapelet de reproches. Je pince les lèvres et laisse quelques secondes filer, préférant observer les gestes du médecins que croiser le regard de Steve, de peur de lire dans ses yeux la même colère qu'il y avait chez mon père. Mes doigts se crispent autour du tissu de mon jogging et enfin, après de longues secondes à simplement rassembler mon courage, j'arrive à murmurer un mensonge aux accents de vérité, quelques mots que j'espère être les derniers que j'échangerais avec lui en cette soirée.

"Ça saignait pas assez pour que j'y aille… Et puis je pensais que ça irait."

Un silence tombe à la fin de ma phrase et reste, alourdissant l'ambiance déjà suffocante qui règne ici. En un étrange trio, nous nous observons sans nous regarder, le médecin me soignant tandis que Steve et moi semblons nous éviter, moi parce que je n'ai pas envie de le laisser m'approcher et lui parce qu'il m'en veut sûrement d'avoir brisé une fenêtre et fuit sans la moindre raison. Une boule se forme dans la gorge et j'ai beau déglutir, elle reste, alors qu'enfin les soins prennent fin et annoncent le départ des deux hommes. Lentement je lève le nez vers eux et les regarde quitter la pièce, n'hochant que rapidement la tête lorsque Steve exige des choses que je n'ai pas envie de faire. La porte se referme et enfin, je lâche le bas de mon jogging, m'autorisant un long sanglot. Je renifle un bon coup et essuie de mes mains mon visage, n'arrivant pas tout à fait à réaliser ce qui va se passer et ce que j'aurais pu faire. J'aurais pu ne jamais revenir mais j'ai été lâche. Je n'ai pas eu le courage d'en finir, de fuir jusqu'à ne plus être capable de courir, de me laisser tomber à genoux dans la terre et d'attendre la fin… Comme un enfant, un gamin apeuré, je suis rentré chez lui, acceptant ainsi de remettre les pieds dans ce foyer accueillant fait pour des enfants qui méritent d'être aimés. Un tremblement secoue mes épaules et après de longues à admettre que j'ai été idiot de revenir, je me décide enfin à me changer, abandonnant en un tas mon pantalon tâché de sang pour enfiler un autre, plus chaud et surtout bien plus propre. Je me réinstalle sur le lit et désormais, n'ayant plus l'ouverture de la fenêtre pour m'échapper et me perdre dans mes pensées, je fixe le dinosaure qu'il m'a ramené, fixant plus particulièrement le ruban qu'il a toujours au cou. Je renifle à nouveau et imagine ce que ça pourrait être de simplement me laisser aller, à pleurer, recroquevillé dans mon lit, la peluche entre mes bras… J'imagine ce que Steve pourrait faire ou dire et après un soupir, je pense à cet autre moi qui pourrait se reconstruire, cet adolescent qui pourrait oublier son passé et devenir quelqu'un… Je pense à cette personne que je ne deviendrais jamais et m'apprête à m'allonger pour être arrêté dans ce geste par Clint qui d'un bond souple me rejoint sur le lit. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres et du bout des doigts, je commence à le caresser, appréciant de lire dans son regard une affection qui ne demande rien en retour. Le genre d'amour que je peux supporter et apprécier. Il vient amoureusement lécher ma main et perds mon sourire quand Steve s'approche, déposant non loin de moi un plateau d'oeufs brouillés et de bacon. Des deux personnes sur le lit, seul Clint semble avoir envie de toucher la nourriture tandis que je fixe Steve, écoutant ce qu'il dit sans ciller. Qu'il me fasse travailler pour rembourser la fenêtre que j'ai brisé, je peux l'entendre et je l'accepte… Mais qu'il tente de savoir ce qui se passe dans ma tête ? Non. Je pince les lèvres au fil de ses mots, de plus en plus décidé à ne pas en décrocher un seul. Je baisse un peu plus les yeux et laisse ma main reposer dans la fourrure de Clint, ne sachant pas quoi dire pour mettre fin à cette discussion. Il semble fatigué et plus les secondes passent, plus je me dis qu'il va lui aussi se débarrasser de moi… Qu'il va appeler Maria et lui demander de me récupérer pour me ramener au foyer où je terminerais mes jours. Mon regard se perd sur le plateau de nourriture et le coeur lourd, je peine à prononcer les mots qui glissent pourtant d'entre mes lèvres en un murmure presque délicat.

"On ne peut pas tout réparer. Même si on y met toute la volonté du monde. Certaines choses restent brisés."

J'attrape un petit morceau de bacon et le donne à Clint, m'attirant de grands coups de langue de sa part, ne pouvant retenir un très léger sanglot qui se mêle à mes propos.

"Je… Je ne sais pas si tu peux faire quelque chose pour moi… C'est déjà trop tard… Tout ce que je  peux faire, c'est travailler pour rembourser la fenêtre et te promettre que ça n'arrivera plus."


L'air de rien Clint engloutit tout un morceau de bacon, sous mon regard vide. Un frisson secoue mes épaules et me tourne enfin vers lui, regardant par-dessus son épaule pour ne pas avoir à croiser ses prunelles, de peur de lire dans celles-ci quelque chose que je ne pourrais supporter.

"La maison et la chambre sont cool… Y'a pleins de gamins au foyer qui seraient heureux d'être ici… À se faire choyer par quelqu'un de bien qui a un super chien…"

La phrase reste en suspens car je n'arrive pas à articuler la fin. "Mais pas moi, parce que je ne le mérite pas." Les gens qui survivent et qui ne font plus que prétendre d'être en vie ne méritent pas qu'on les aime et qu'on s'occupe d'eux… Je l'un d'entre eux et rien que pour ça… Steve devrait me faire remplacer par un gamin qui a envie de vivre et de sourire pour lui.. Plutôt que de continuer à porter le poids que je suis.

"Eux auraient envie de choisir la peinture pour repeindre les murs…"
est le dernier murmure que je souffle avant de remonter à nouveau mes genoux contre ma poitrine, mon dos toujours collé contre le mur, dans une position qui semble indiquer que je n'ai pas envie de poursuivre cette conversation.
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