Toi qui entre ici, abandonne tout espoir
 
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This is How an Angel Die

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Messages : 687
Date d'inscription : 26/11/2014
Mer 2 Déc - 22:38
This is how an angel die
“Docteur j'rigole pas, faut que vous fassiez quelque chose pour moi, n'importe quoi, prenez un marteau et pétez-moi les doigts, je sais pas, parce que là je peux vraiment plus.”
"J
e veux qu'on change de médecin. J'en veux un qui arrêtera de m'attacher pour une injection qui me laisse comateux pendant presque une heure. Il faut que tu en trouves un autre." Je pousse un soupir en lisant l'écriture peu soignée de Buck, qui comme d'habitude exige, réclame sans vouloir comprendre ou admettre que si il est dans cette situation, c'est de sa faute. Il n'y a que lui qui a des soucis avec le médecin, il n'y a que lui qui doit se battre avec. Quand il passe pour moi, tout se passe bien, il remonte ma manche, me fait mon injection et m'aide à m'allonger. Il n'y a pas de cris, pas de sangles rien. Mais ça, Buck ne veut pas l'admettre. Il n'a jamais été le genre à admettre que c'était lui le problème. De nous deux… J'ai toujours été sage. Le bon garçon qui ne fait aucune vagues, qui a toujours un sourire de gamin heureux, qui rend ses parents fiers… Lui, c'était l'enfant sauvage. Il s'enfuyait sans cesse, allait gambader dans les champs, et quand il était punis, il se vengeait en brisant des vases ou qui se mettait à hurler. Il était celui qu'on giflait, qu'on enfermait dans sa chambre en disant qu'on ne voulait plus le voir jusqu'à ce qu'il soit calme. Et si au début, je tentais de le raisonner, de lui chercher des excuses… J'ai finis par me rendre compte que… Qu'il ne méritait pas qu'on tente de le consoler. Parce qu'il ne comprenait pas. Il semblait mû par un besoin de prouver qu'il existait en détruisant tout ce qui pouvait se mettre en travers de sa route. Et on ne peut vouloir aider quelqu'un qui pense bien faire en brisant tout ce qui lui passe sous la main. "Demande à notre oncle de nous en trouver un autre… Il peut bien nous accorder ça." Je n'en sais rien. J'ai essayé Buck. J'ai essaye de te trouver des excuses. Mais là, je n'y arrive plus. Je pouvais comprendre au début qu'il était blessé d'être aussi mal traité par nos parents, qui ne cessaient de lui hurler qu'il n'était pas leur fils, qu'ils voulaient voir leur fils James… Et pas cette chose qui habitait son esprit. Mais à force, j'ai moi-même finis par lui tourner le dos, pas parce que j'étais d'accord avec eux… Mais simplement parce qu'il a commencé à m'effrayer. Et pourtant… Je me souviens d'une époque où tout ce passait bien entre nous, où il voulait simplement qu'on lui laisse un peu de place, qu'on lui donne un peu de ce qu'on m'offrait. Le soucis c'est qu'il n'était pas prêt pour affronter le refus. Ni préparé pour la réaction de nos parents.

"Monsieur ? Votre oncle souhaite s'entretenir avec vous. Je me suis permise de le faire attendre dans le salon."

Mes yeux quittent le carnet qui était sagement posé devant moi alors que je lève les yeux vers la servante qui me fait face. Un léger sourire m'échappe alors que je me racle quelque peu la gorge.

"Merci, vous avez bien fait… Dites-lui que j'arrive sous peu…"


Elle est presque soulagée de me voir aussi agréable, chose qui me laisse un goût amer dans la bouche. Parce qu'elle est soulagée qu'à ses yeux, je sois simplement "dans un bon jour". Dans un de ces moments où je ne hurle pas, où je ne tente pas de lui faire de mal à elle, ou à un autre membre de mon personnel. Comme tout les autres… Je ne suis qu'à ses yeux un estropié à l'humeur changeante, parfois calme et charmant, parfois violent et agressif. Personne ne pense que Buck existe. Tout le monde pense que seul moi, James, existe. Pour le reste du monde, Buck n'est rien. Parce que si ils pensaient le contraire… Tous n'hésiteraient pas à répandre la nouvelle dans tout Londres et bien rapidement, je terminerais à l'asile. Je referme le carnet et quitte le fauteuil dans lequel j'étais, quittant le jardin d'hiver pour me diriger lentement dans le salon où mon oncle, Alexander, m'attend sûrement pour me faire signer encore quelques documents à propos de l'entreprise. À la mort de mes parents, c'est lui qui m'a recueillit. Lui qui s'est occupé d'une partie de mon héritage et qui a repris les rênes de l'entreprise qu'il avait fondé avec mon père. Et si lui aurait pu me jeter à l'asile et ainsi tout récupérer… Il a eu la bonté de m'offrir une chance de vivre… Tout ce que j'avais à faire, c'était de lui faire confiance et d'accepter toute ses conditions. L'une étant d'habiter ici, complètement isolé du reste du monde. L'autre d'accepter de se faire injecter je ne sais pas trop quoi dans le sang, histoire d'être "calme." Tant que j'accepte ça… J'ai le droit de rester ici… Et de faire relativement ce que je veux. Relativement. "Nous sommes prisonniers. Il faut qu'on parte. Voyageons. Comme tu me l'avais promis, James." Ces mots de Buck tournent encore et encore dans mon esprit… Parce que je les ai lus un bon millier de fois… C'est comme une vieille rengaine qu'il écrit encore et encore. Comme un gamin qui s'accroche désespérément à une peluche dont il a besoin de dormir. Parce qu'il n'a plus que ça. Maintenant que nous sommes ici, coincés dans cet immense Manoir, il ne sait plus quoi faire, il s'ennuie. Casser des vases lui allait la première semaine, terroriser le personnel l'amusait la seconde… Et maintenant… Maintenant il est comme une bête qui tourne en cage. Il voudrait sortir sans pour autant savoir où aller. Il est comme un feu follet. Il veut simplement filer sans se rendre compte de ce qu'il pourrait semer derrière lui. Et si moi aussi j'ai envie de parcourir le monde et de voir autre chose que ce Manoir, je m'interdis de lui offrir la possibilité de tout foutre en l'air une fois de plus. On ne peut pas lui faire confiance. Il dit qu'il irait mieux si il pouvait sortir, voir le monde… Mais je ne le crois pas. Je ne le crois pas capable de changer ou de se calmer. Bucky est un de ses esprits sauvages, un de ceux qui n'existe que si il peut détruire et faire souffrir. Parce qu'il est incapable de justifier son existence autrement. Il n'existe qu'ainsi. En prouvant qu'il peut faire souffrir, qu'il peut faire hurler. C'est sa manière à lui de prouver au monde qu'il est un être tangible. "Je suis réel. Je suis réel." Il en a noircit des pages et des pages, comme si l'isolement l'avait forcé à en venir à s'en convaincre. Je pousse doucement la porte du salon, baissant presque instinctivement les yeux alors que ceux de mon oncle se pose sur moi.

"James. Quel plaisir de te voir… Ça faisait un moment…"


Ça aurait été Buck… Lui n'aurait pas baissé les yeux. Lui l'aurait insulté, allant même jusqu'à essayer de lui jeter je ne sais trop quoi au visage. Parce qu'il considère que tout est de la faute d'Alexander, sans penser une seconde qu'il a aussi sa part de responsabilité dans notre situation. Mais non. Buck pense aller bien. Buck pense être humain. Enfin, dans le fond, je ne sais pas ce que Buck peut penser. J'ai arrêté de le comprendre il y a des années. À une époque il était comme un frère pour moi et aujourd'hui… Je ne sais même plus ce qu'il est. Mon oncle se lève et vient me prendre dans ses bras pour étreinte que je lui rends à peine.

"Je le suis aussi… Tu… Tu viens me faire signer des papiers ?"


Il pourrait les faire signer à Buck… Mais Buck n'a pas ma signature… Et quand bien même il pourrait, je pense qu'il se contenterait de lui cracher au visage, en disant qu'il n'est pas un chien. Qu'il n'a pas à obéir à celui qui tient la laisse. Je m'installe dans le fauteuil face à lui, écoutant d'une oreille distraite le feu qui crépite dans l'âtre. Alexander semble hésiter et c'est là que je remarque qu'il n'est pas là avec son porte-document et qu'il est étrangement extrêmement soigné. Non pas qu'il ne le soit pas en temps ordinaire… Mais là, ce sont ces plus beaux boutons de manchettes qui ornent ses poignets et son costume le plus élégant. Je fronce les sourcils, sentant mon coeur s'affoler alors qu'un frisson d'angoisse glisse le long de ma nuque. Non… Jamais il ne s'habillerait de la sorte pour m'annoncer une mauvaise nouvelle ou pour tenter de me faire comprendre que je vais finalement terminer à l'asile. Non. Il ne s'habillerait pas de la sorte… Si ? Mon souffle peine à glisser d'entre mes lèvres entrouvertes alors que je croise finalement son regard.

"Non James… Disons que j'ai plutôt… Une nouvelle à t'annoncer."


Au moins… Il n'a pas dit si elle était bonne ou mauvaise. Juste qu'il avait quelque chose à m'annoncer. Mes dents vient chercher ma lèvre inférieure alors que le coeur sur le point d'exploser, j'attends nerveusement qu'il reprenne la parole.

"Tu sais que j'ai à coeur ton bien-être James… Tu sais que je veux juste que tu sois heureux et que tu ailles bien…
- Qu'est-ce qui se passe ? Il y' a un problème avec l'entreprise ?
- Un problème ? Non, non au contraire…
- Alors quoi ?"

Il pousse un soupir et quand il reprend la parole, je n'en reviens pas.

"Je t'ai trouvé une épouse."

Une épouse. Moi. Il m'a trouvé une épouse. Une femme que je vais devoir épouser et avec qui je devrais passer le restant de mes jours, dans ce Manoir et surtout… Avec Buck. Non. Il ne peut pas. Ce serait idiot. Ce serait dangereux… Et ce serait tout aussi censé que de filer un paquet d'allumette à un gamin qui meurt d'envie de voir un beau feu de joie. Comme Néron, il serait capable de mettre le feu à une ville juste pour le plaisir de sentir la caresse des flammes sur sa peau. Alors lui donner une femme… Lui laisser un autre être humain qu'il pourrait briser à son envie…. Ce serait… Ce serait de l'inconscience.

"Non…
- James, écoute-moi… C'est pour sceller une alliance avec une famille princière russe… Ça nous permettrait de récupérer une partie du marché russe… Et toi…
- Et moi quoi ?! Tu offriras à Bucky un nouveau jouet à torturer ?! Hein ?
- James, calme-toi…"

Son ton se fait plus désagréable alors que je me lève, recommençant à hurler, plus paniqué que vraiment furieux. Paniqué parce qu'on ne peut pas faire ça à une jeune femme… On ne peut pas la forcer à se retrouver avec… Lui.

"Non ! Déjà on ne me demande même pas ce que j'en pense et ensuite… Non ! Je ne veux pas d'une femme qu'il pourrait blesser… Et déjà comment vas-je lui expliquer mon état ?! Non… Trouve quelqu'un d'autre ! Je refuse d'épouser qui que ce soit."

Un léger silence se pose entre nous et le souffle court, je reste debout, face à lui, soutenant son regard qui se fait plus dur. Et c'est là que je comprends. La tenue, sa visite… Il veut que je la rencontre aujourd'hui. Il est simplement là pour m'annoncer que je n'ai pas le choix. Que c'est plié, foutu, déjà réglé d'avance. Il se relève, reboutonnant son veston avant de venir poser ses deux sur mes épaules.

"James… Je n'ai personne d'autre. Je suis déjà marié et tu es mon seul neveu. Si on veut que l'entreprise continue de prospérer, ce mariage est nécessaire… Et je crains malheureusement que ton avis n'entre pas en ligne de compte, tout comme celui de Bucky.
- Mais c'est injuste !
- Plus que de finir dans un asile ? Seul ? Et sans personne pour prendre soin de toi ?"

Je baisse les yeux. Il ose. Il ose me jouer cette carte. Me dire à moi que si je ne suis pas à la lettre, ses demandes, je finirais à l'asile. D'une main il vient gentiment tapoter ma joue, m'adressant un sourire qui me file envie de vomir. C'est injuste. Terriblement injuste.

"Mais rassures-toi, elle est belle comme coeur, tu sais que certains tueraient pour avoir ce genre de femme dans leur lit ?"

Je reste silencieux, préférant fixer le feu qui ronronne désormais dans l'âtre.

"Enfin, tu verras ça par toi-même. Elle et ses parents devraient arriver dans une bonne heure. Va donc en profiter pour te rendre présentable. Et par pitié… Rase-toi."

Tout ça sonne presque trop comme des ordres. Prends tes médicaments. Sois sage. Habille-toi. À vingt-sept ans j'ai l'impression d'être de nouveau un enfant. Au silence qu'il me renvoie, je comprends qu'il s'attend simplement à ce que je disparaisse, allant m'exécuter bien sagement. Chose que je fais. Comme une âme en peine, je vais jusqu'à la salle de bain, me faisant couler un bain alors que je demande à ce qu'on me prépare de quoi m'habiller. Mes vêtements chutent au sol et lentement, je me laisse glisser dans l'eau chaude, laissant celle-ci délasser mes muscles. Une femme. Mon oncle pense réellement qu'il va pouvoir me marier à une jeune fille et espérer que tout va bien se passer. C'est une mauvaise idée. La pire de toute même. Peut-être que ça ira tant qu'elle sera avec moi… Mais le jour où elle devra rencontrer Bucky pour la première fois… Ce sera le début de la fin. Et je ne comprends pas mon oncle, que ce soit pour une alliance ou non, c'est de l'inconscience pur de me marier à une jeune inconnue. Mon coeur se serre alors que je ne cesse de penser à ce que ça va être pour elle… De devoir vivre avec quelqu'un comme moi… Pensivement, je me lave, laissant l'eau refroidir avant de la quitter, me séchant ensuite. Après deux années à vivre ici seul, j'ai finis par prendre le pli en ce qui concerne ce genre de chose. Avant j'avais besoin de l'aide d'un domestique pour quitter la baignoire, pour me sécher ou me raser, maintenant je suis capable de le faire seul. Le rasoir court sur ma peau et une fois que j'ai terminé, j'observe le reflet que m'offre le miroir. Mère disait que j'étais le genre de jeune homme qu'on serait ravi d'épouser et d'avoir dans son lit… Et je dois avouer qu'à l'époque, je me contentais d'un sourire gêné lui disant qu'elle exagérait… Aujourd'hui, je me dis que oui… Je devais être beau à une époque. Je noue difficilement ma serviette autour de ma taille et rejoints ma chambre, où j'y trouve mon costume et un domestique qui comme chaque jour, m'attend pour m'aider à m'habiller. Je lui glisse un sourire avant de le laisser faire son travail, regardant d'un oeil las les couches de vêtements qui recouvrent petit à petit mon corps. Méticuleusement le valet boutonne chaque boutons de mon costume, terminant par les boutons de manchette qu'il place à mes poignets. Puis une fois avoir lissé les pans de ma veste m'annonce que je suis prêt. Je me regarde dans le miroir de ma chambre, laissant mon regard courir sur ma silhouette finement dessiné par le costume trois pièces sombre, dont le seul éclat de lumière vient des boutons de manchettes en or de mon père. Un léger soupir m'échappe alors que je remercie le valet, le laissant prendre congé. Je ne peux pas. Je ne peux juste pas y aller. C'est impossible. Ça ne marchera pas. Jamais même. Je ne peux pas imposer cela  à une pauvre jeune fille innocente que l'on force déjà à épouser un homme comme moi… Et si le côté estropié ne la dégoûterait pas assez… Il y aura Bucky. C'est inhumain de lui imposer ça. Une envie de vomir me retourne les tripes alors que je descends lentement les escaliers, mes cheveux longs sagement coiffés en arrière. Je retrouve mon oncle au salon et c'est avec un sourire qu'il m'accueille.

"Tu devrais te voir… Tu es magnifique, James. Elle va te manger dans la main en te voyant…"

Ses doigts viennent dans un geste presque mécanique réajuster ma lavallière pourtant parfaitement mise ainsi que mon col tandis qu'il me donne une légère tape sur l'épaule gauche. Je baisse les yeux, les lèvres pincées.

"J'en doute…
- Mais si. Offre-lui un sourire et tout se passera bien. Parce que tout doit bien se passer. Suis-je clair ?
- Limpide."

Un frisson secoue mes épaules alors que je sens le personnel mouvoir tout autour de moi, se préparant déjà à recevoir nos premiers invités depuis un long moment. Du thé, des biscuits terminent sur la table du salon alors que les rideaux sont ouverts en grand, et qu'on jette quelques bûches supplémentaires dans le feu. La porte s'ouvre et je serre les dents en entendant ses voix inconnues qui me parviennent. Mon coeur rate un battement quand j'entends mon oncle leur proposer de venir avec lui jusqu'au salon. L'envie de vomir me rattrape au fil de leurs pas et quand Alexander se racle la gorge, je lève péniblement les yeux vers le couple et la jeune qui les accompagne.

"Et voici mon neveu James."


C'est à mon tour de me présenter et je reste tout simplement muet, incapable de formuler le moindre mot. Chose qui agace franchement Alexander, qui se sent obligé de m'excuser.

"Pardonnez-le, depuis son plus jeune âge il est terriblement timide…"

Rire gêné de sa part alors que les trois autres se fendent d'un léger sourire. Je baisse à nouveau les yeux tandis que tout le monde s'installe autour de cette table, sentant le regard de mon oncle sur ma personne. Souris. Sois beau. Tant de mots qui tournent dans mon esprit, alors que je lève les yeux vers celle qui devra être ma femme. Et si je pensais que mon angoisse disparaitrait d'un claquement de doigts… Ça ne fait que la nourrir. Parce qu'elle est belle… Sacrément belle et… Jeune. Deux choses qui vont lui plaire. Sans compter qu'il n'y a aucune chance qu'elle… Qu'elle arrive un jour à m'apprécier. Je me force à lui glisser un sourire alors que je ne cesse de me dire qu'en plus de devoir me supporter et accepter d'être marié à un estropié… Elle va devoir vivre avec Bucky. Et honnêtement, je ne souhaite cela à personne. D'un léger coup de coude Alexander me sort de mes pensées et après un regard, je comprends qu'il est temps que je fasse ma part du travail. Je repose mon regard sur elle et peine à prendre la parole.

"Excusez-moi pour mon impolitesse… James Barnes… Je… Enchanté…"
© Starseed
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Jeu 3 Déc - 17:01
This Is How An Angel Die
She's got eyes of the bluest skies
As if they thought of rain
I'd hate to look into those eyes
And see an ounce of pain
Ma fourchette retombe avec un bruit sonore sur l'assiette de porcelaine, et le morceau du délicieux medovik préparé par notre chère Macha vient tacher la nappe, m'attirant un regard courroucé de ma mère.

Natasha, ce n'est pas ainsi que se comporte une jeune fille bien élevée.
Mère, je crois que j'ai mal entendu ce que vous venez de me dire.


Mère porte la tasse à fleurs à ses lèvres, buvant une lente gorgée avant de la reposer sur sa coupelle, en haussant légèrement les épaules, comme si ce qu'elle venait de m'annoncer n'était rien d'important.

- Eh bien quoi, nous t'avons trouvé un mari. Ce n'est pas un monde tout de même.
- Mais... mais quand est-ce que vous avez décidé cela? Vous ne comptiez pas m'en parler avant? Me demander ton avis?
- Tu es une princesse mais tu n'es pas impératrice du monde. Notre famille a besoin de cette alliance pour retrouver sa splendeur de jadis.
- Et pourquoi ça serait à moi de devoir m'acquitter de cette tâche?Pourquoi ce n'est pas vous qui l'épousez?


La gifle arrive avant même que je m'y attende et ma tête bascule sur le côté avant que je ne reporte lentement le regard sur mon père qui se rassied lentement, comme s'il venait de prendre un morceau de sucre.

Ne nous parle plus jamais sur ce ton. Tu devrais être reconnaissance de la vie que tu mènes. Tu es bien contente d'avoir de belles robes, des bijoux précieux sur ta coiffeuse, d'avoir pu étudier auprès des meilleurs maîtres de Saint Petersbourg, que ce soit la danse, l'équitation ou autres. Tu es une privilégiée parmi les privilégiées et tu as un devoir à accomplir.

Je serre les dents. Je ne vois pas pourquoi c'est moi qui vais devoir épouser un illustre inconnu alors que c'est mon père qui a dilapidé la fortune familiale en courses de chevaux, en maîtresses et en mauvais placements. Avant nous étions une des plus grandes fortunes de la Russie, après mon grand-oncle Nicolas et l'un ou l'autre prince du Caucase. Maintenant je n'ai d'attrait que mon joli visage et le nom que je porte. Les seules choses qui cachent la montagne effroyable de dettes. Parce que bien sûr, les Romanoff ont un train de vie qu'il est impossible de limiter. Et quand on ne peut pas payer, on signe des billets de créance et on emprunte aux usuriers. On ne prête qu'aux riches, ou qu'aux princes. Et maintenant c'est à moi d'arranger tout cela. On me vend. Je suis un marché. Mon nom et ma renommée, enfin celle de mes ancêtres contre de l'argent. Bien évidemment, je savais que ce jour arriverait, parce qu'une princesse Romanoff ne peut pas prétendre à choisir l'homme de ses rêves, à part grâce à un incroyable coup du sort. Que celui qui attire mon regard et affole mon coeur soit d'une assez bonne famille pour que les miens concèdent. Et cela n'arrivera pas. Parce qu'on va me marier à quelqu'un que je connais pas.

J'espère au moins que la tractation permettra d'éponger toutes nos dettes.
- Oui mon oiseau. Et bien plus encore.
- Et pourrais-je connaître le nom de celui à qui on me destine?
- John. N'est-ce pas John très cher?
- Non Irina, il s'appelle James.
- Ah oui James, j'oubliais. Il est l'héritier d'une immense industrie de chemins de fer et de métaux. Sa fortune est colossale. La rumeur dit que c'est un beau jeune homme malgré son bras en moins.
- Parce que vous me vendez à un estropié?
- Surveille ta langue jeune fille. Il a perdu son bras très honorablement, en se battant pour son pays. C'est un héros.


Je baisse les yeux et inspire profondément avant de lever la tasse de thé à mes lèvres. Depuis un an que nous sommes arrivés en ville, je craignais d'apprendre cette nouvelle. Sitôt mes études terminées, on m'a tiré du pensionnat et nous sommes partis à Londres. Pourquoi? Pour me  trouver un bon parti. En Russie, tous connaissaient l'infortune paternelle, et il était évident que mes parents ne voulaient pas me ''brader'' à je ne sais quel nobliau avide de titre, qui serait prêt à acheter le mien au prix fort, en même temps que ma personne. L'Angleterre, cependant, offrait de plus sonnantes promesses. Je me rappelle encore des journées passées dans le train, des haltes à Vienne, Strasbourg, puis Paris, avant de traverser la Manche en bateau. Et bien évidemment nous étions suivis d'une cohorte de malles et de coffres transportant les vestiges de notre gloire passée, ou le masque de richesse qu'ils s'efforçaient de porter pour sauver les apparences et retarder l'échéance.

Nous nous sommes installés dans un grand appartement dans un quartier en vue, avec une armée de domestiques en livrée, et tout le beau monde a défilé chez nous. On m'a présentée à des bals donnés par la reine, et je me suis fait tant bien que mal à la vie londonienne. Pourtant la Russie me manquait. L'anglais est une belle langue, mais pas autant que ma langue maternelle. Les hivers glacés et les montagnes de neige me manquaient. Les  balades en traineau sur la Néva gelée me manquaient. Mes amies. Tant de choses... Et même si je m'amusais, je ne pouvais cesser de penser que tôt ou tard ils trouveraient celui qui serait assez riche pour se ruiner en s'offrant un titre princier contre une fabuleuse somme. Et voilà que c'est fait. James. Un manchot. Seul point positif, il n'a que vingt-sept ans, et pas soixante ou soixante dix...

- Nous irons le rencontrer demain soir. Son manoir étant à une certaine distance du centre, nous devrons partir tôt. Termine de manger et monte te coucher. Il faut que tu aies l'air fraîche et reposée. Personne ne voudra de quelqu'un ridé comme un pruneau à même pas vingt ans.
- Oui mère...


Je termine ma tasse et repousse mon gâteau, la nouvelle m'ayant brusquement coupé l'appétit. Comme d'habitude je mets un genou à terre et leur embrasse la main à tous les deux avant de retrouver ma chambre. C'est seulement là que je laisse éclater mon chagrin, racontant tout à ma femme de chambre. Elle est devenue très vite ma confidente après mon arrivée ici, et ça m'attriste de devoir la quitter...

Tasha... Peut-être qu'il sera bon et doux avec toi. Pris pour que le seigneur t'accorde ce cadeau.
- Et s'il ne l'était pas? S'il était mauvais? S'il ne pensait qu'à jouer et à courir dans le lit d'autres femmes comme mon père?
- Alors tu prieras pour que Dieu le rappelle au plus vite à lui...


Le lendemain, dès mon réveil c'est le branle-bas de combat. Ma mère surveille le petit déjeuner et m'empêche de me resservir une seconde fois. Pour elle je pourrai toujours m'empiffrer une fois que je serai mariée, mais tant que je n'avais pas un anneau d'or au doigt, je ne devais pas lui donner de raison de me repousser. Au moins j'ai droit au thé... C'est donc l'estomac à moitié vide que j'entame la longue succession d'étapes qui vont mener à la soirée. D'abord un bain de lait, pour, selon ma mère, préserver la blancheur de ma peau. Puis deux servantes passent les heures suivantes à me laver, brosser puis coiffer mes longs cheveux roux, pendant qu'une autre taille soigneusement mes ongles. Suivent ensuite la chemise, le corset, les bas de soie, puis les jupons. C'est seulement à cet instant que ma mère fait sortir toutes mes robes de réception, qui sont rapidement étalées dans ma chambre comme un arc en ciel de taffetas, de soie et de satin. Et après de longs moments d'hésitation où je commence à avoir froid dans mon deshabillé de soie, elle porte son choix sur une robe de velours bleu nuit qui dégage mes épaules. Soit, mettons cela. Je me laisse faire, retenant mon souffle quand les lacets mordent ma taille, puis je lève docilement les bras quand on passe ma robe au-dessus de ma tête et qu'on la referme.

Mère m'inspecte avec attention, avant de décréter que tout est bon. Elle va ensuite prendre des pendants de saphir dans son écrin qu'elle glisse à mes oreilles, tout comme une manchette en diamants. Et enfin l'équipage se met en route. Enroulée dans mes fourrures je regarde distraitement la ville s'éloigner, et tente d'éviter d'entendre la discussion de mes parents qui s'entretiennent de ce qu'ils allaient faire avec l'argent de ma vente. A savoir refaire l'aile ouest du palais de Saint Petersbourg ou payer les dettes et quitter Londres. Il fait bientôt nuit noire et nous roulons en pleine forêt depuis un moment quand on passe enfin un portail. Puis un nouveau long moment avant d'apercevoir au loin les premières lueurs d'une habitation. Plus nous nous approchons et plus la demeure m'évoque notre palais d'été à Tsarskoïe Selo. Mais je ne m'en rendrai compte qu'à la lumière du jour. Et je réalise aussi que bientôt cette demeure sera la mienne. Que ce sera ici que je vivrai...

La berline s'arrête enfin devant le perron majestueux et le majordome nous attend sur le pas de la porte. Notre cocher nous ouvre, et l'homme aide mère, puis moi à descendre. Il nous accueille avec déférence et nous introduit à l'intérieur. Pendant quelques secondes je suis surprise. J'étais habituée aux parquets clairs, aux sols en marbre, aux murs recouverts de tapisseries, ou de fresques aux couleurs tendres, et là les murs sont en bois sombre rutilants. Ce n'est pas moins joli, mais c'est plus... différent. Une voix chaleureuse retentit et un homme d'un certain âge, blond aux yeux bleus et avec un certain charisme s'approche de nous et accueille mes parents avec chaleur. Il fait la révérence à ma mère, avant d'effleurer ma main gantée de ses lèvres. Il a ses deux  bras et est beaucoup trop vieux... Ce doit être le fameux oncle dont on m'a parlé, et qui doit gérer cette...tractation...

Il nous entraîne dans un salon luxueux, plus moderne que les palais russes, et c'est là que je vois un jeune homme. Il lui manque un bras, mais quand il se retourne pour nous accueillir, je remarque surtout qu'il est beau. Très beau. Sa mâchoire carrée est bordée par de longs cheveux bruns soigneusement coiffés, et deux yeux bleus me fixent avec inquiétude. Néanmoins, la beauté ne fait pas tout, et cela ne me suffira évidemment pas. Il s'approche, un peu gauche, sans vraiment quoi savoir faire de lui-même, et hésite une seconde avant de prendre enfin la parole. J'ai un léger rire quand je le vois reprendre ses esprits, et s'approcher de mes parents pour les saluer, avant d'en faire de même pour moi. En voilà un qui ne semble pas si méchant que ça, on dirait... La première fois que je ris depuis hier, depuis la nouvelle. Je lui tends ma main gantée qu'il élève à ses lèvres pour un baisemain timide, avant de se redresser.

Natasha Romanoff, et je suis enchantée de faire votre connaissance. Je dois dire que je ne sais pas encore grand chose sur vous mais j'ai hâte d'en savoir un peu plus. Après tout, nous allons être mariés sous peu donc...

Sans avoir besoin de tourner la tête je sens le regard furieux de ma mère mais je m'en fiche. Bientôt elle n'aura plus rien à dire de toute façon. J'hésite une seconde, le temps qu'on s'asseye, avant de reprendre la parole, laissant mes parents et ledit Pierce faire leur tractations.

Alors, à part un héros de guerre que pouvez-vous me dire sur vous?

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Dim 27 Déc - 13:07
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“Docteur j'rigole pas, faut que vous fassiez quelque chose pour moi, n'importe quoi, prenez un marteau et pétez-moi les doigts, je sais pas, parce que là je peux vraiment plus.”
J
'ai l'impression d'être devenu idiot, d'avoir l'esprit englué dans la mélasse de mes angoisses et de mon anxiété. Je ne sais plus quoi faire, plus quoi dire… J'en oublie mes manières et la seule chose qui traverse mon esprit c'est qu'elle est magnifique. Bien trop belle pour que je puisse prétendre à saisir sa main entre mes doigts, comme si je risquais de la salir… Elle qui semble si… Parfaite. Jamais je ne pourrais prétendre à me tenir à ses côtés, à la toucher, l'embrasser et encore moins… En faire ma femme. J'ai l'impression que le simple fait d'être dans la même pièce qu'elle est une offense que je fais au ciel. Le temps d'une seconde, je me dis que je préférais que Buck soit là, pour lui faire peur, pour lui insuffler cette envie de fuir. Je retiens un soupir et en viens à regretter le calme de mon jardin d'hiver. Buck n'est pas le seul à se plaindre de la solitude mais là, étrangement, je donnerais tout pour être seul. Je ferme les yeux le temps d'une seconde et prie pour qu'en les rouvrant, je serais dans mon lit, à me réveiller d'un mauvais cauchemar que les médicaments auraient causés. Sauf que ce n'est pas le cas. Je rouvre les yeux et c'est elle qui est face avec moi, avec ses parents et Pierce qui me fait comprendre que j'ai intérêt à être parfait. Je prends une légère inspiration et force un sourire à peine chaleureux tant j'ai peur alors que je salue le père de ma futur épouse. Et quand je fais un timide baisemain à sa femme, je peine à lui murmurer mes hommages. Toute mon éducation semble mourir sur le bout de mes lèvres alors que je me tourne enfin vers elle. Je m'excuse d'une façon presque pathétique, lui glissant difficilement mon prénom. Un léger rire lui échappe et je baisse les yeux, me disant que ça y est… J'ai brûlé mes chances avec elle. Qu'en plus d'être un estropié avec qui elle va devoir passer le restant de ses jours, je suis un idiot et un crétin avec lequel elle va devoir composé. Si elle savait que de nous deux, je suis le tendre, l'humain, celui qui ressent et qui ne voudra que son bien… Peut-être essayera-t-elle de profiter de ma fortune en la dilapidant dans bien des choses… Mais Buck viendra et lui apprendra qu'on ne joue pas avec lui. Mais qu'on courbe l'échine. Lui n'accepte pas qu'on se dresse sur son chemin. Non, il ne considère pas les autres comme des êtres humains, mais comme de beaux objets avec lequel il peut s'amuser. "Je suis réel, je suis réel." Je revois les pages qu'il écrivait presque fiévreusement se mêler au regard de la jeune femme qui va être mon épouse et je me dis qu'elle ne devrait pas être là. Qu'elle devrait être face à un Lord ou hériter d'une grande famille, qui aurait ses deux bras, peut-être une ou deux amantes déjà, mais qui lui offrirait une vie tout ce qu'il y a de plus simple… Avec moi ce ne sera ni beau, ni charmant, ni même quoi que ce soit. Je peine à soutenir son regard alors qu'elle se présente à moi, me glissant même qu'elle est impatiente d'en savoir plus sur ma personne. J'ai du mal à avoir un sourire, parce qu'il n'y a rien à savoir sur ma personne. La solitude a effacé le peu d'intérêt que j'avais, le peu de personnalité qui m'était propre. Buck me semble par moment plus profond, plus développé que moi… Bien sûr j'ai toujours des envies, des rêves, des goûts… Mais c'est bien tout. Je ne sors plus, je ne découvre plus rien… Ici je me contente de survivre au jour le jour, n'ayant pour compagnie que mes domestiques et les pages que noircit Buck le soir. Dans un mouvement collectif nous nous installons autour de la table et alors que je suis aux côtés de mon oncle, je fais face à Natasha. Mon regard n'arrivant pas à rester dans le sien, je le laisse parcourir sa robe bleu nuit qui ceint si bien sa silhouette fine, puis je me perds sur les diamants et les saphirs qui ne sont là que pour faire ressortir ses yeux et ses traits fins. Pierce et ses parents parlent de leurs côtés et je ne peux m'empêcher de détailler ses lèvres délicieuses, puis son regard dont l'éclat me rappelle à quel point la compagnie d'autres personnes me manque. Et me rendant compte que je la détaille peut-être avec un peu trop d'insistance, je détourne le regard, m'apprêtant à souffler une excuse quand elle reprend la parole. Mon regard revient chercher le sien et un sourire plus triste se dessine sur mes lèvres. Un héros de guerre. Ça ressemble à mon oncle de m'avoir vendu de la sorte. D'avoir dit à ses parents que j'étais un héros de guerre, dont il a du prendre soin depuis la mort de ses parents dans un terrible accident… Mes doigts se crispent et je peine à déglutir.

"Héros de guerre… Je n'irais pas jusque là…
- Allons James… Cesse te rabaisser… Tu es un héros de guerre. Tu as été médaillé pour tes actions au front…"

Je pince les lèvres, poussant un soupir. Une médaille pour service rendu à la nation. Oui j'ai bien été décoré à mon retour… Mais cette médaille et ce titre n'ont aucune valeur à mes yeux. Car elles m'ont été donnés par une action que Buck a mené. Je ne suis pas un héros guerre, tout comme lui. J'ai un autre soupir, haussant une épaule avant de reprendre.

"Mais cela mis à part… Depuis mon retour du front, je passe beaucoup de temps ici, à m'occuper de l'entreprise avec mon oncle et à m'adonner à l'un de mes rares talents, l'écriture…
- Avant James était un excellent joueur de piano, mais avec la perte de son bras… Il est vrai que c'est plus compliqué pour lui désormais… Mais pour avoir lu certaines de ses nouvelles… Je pense que vous saurez les apprécier autant que moi…"

Je glisse un regard à mon oncle, les sourcils légèrement froncés. Qu'essaye-t-il de faire ? De me vendre ? Je croyais que je devais le faire moi-même… Ou a-t-il si peur que cela que je fasse échouer ce mariage arrangé ? Peut-être. Il m'adresse un sourire et je me tourne à nouveau vers ma futur épouse.

"Sinon, je me repose aussi… Ma blessure est parfois une mauvaise compagne. Mais vous verrez, je suis sûr que… Le Manoir vous plaira… D'ailleurs… Seriez-vous… Intéressé de le visiter ? Nous pourrions ainsi… Faire plus ample connaissance…"

Je tente un sourire, sentant le regard courroucé de mon oncle, je me tourne vers lui et lui glisse un léger sourire.

"Ainsi, vous pourriez parler des termes de ce mariage entre adultes…"

Il soutien mon regard une bonne seconde avant de nous faire signe de filer. Je me lève et offre ma main à ma future épouse.

"Si vous me permettez de vous servir de guide…"

Je laisse ses doigts se refermer sur ma main et alors que nous quittons le salon tout les deux, je ne cesse de me dire à chaque pas que je ne devrais pas. Je ne devrais pas jouer cette carte avec elle, parce que ce n'est qu'un écran de fumée qui va tenter de dissimuler Buck. Nous changeons de pièce et après un soupir, je lui demande d'une voix douce.

"Et vous Natasha, qu'êtes-vous, à part ma future épouse ?"
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J'essaie de ne pas voir le pire alors que l'on s'enfonce de plus profondément dans la forêt, et qu'on s'éloigne de Londres. Je tente de faire taire mes angoisses, à l'idée que si cela ne se passe bien avec celui à qui on me vend, je serai loin, loin de tout, a plus d'une heure de route quand je voudrais m'échapper un petit peu. Et là, maintenant que mes souliers de satin se posent sur le marchepied grinçant et que je lève les yeux vers la façade sombre aux fenêtres brillamment éclairées, je me dis que cet endroit pourrait tout aussi bien devenir une prison. Ma prison. Je respire profondément et me force à sourire, en princesse bien éduquée que je suis, alors que nous entrons dans la riche demeure, et qu'on me débarrasse de mes fourrures. Tout ce que je vois est beau, raffiné, luxueux. Une belle prison dorée. Je savais que mon futur mari était fabuleusement riche, et j'en ai la preuve étalée sous les yeux.

Puis les présentations sont faites et nous nous retrouvons face à l'oncle de mon promis, un certain Pierce, qui tiendrait les rênes d'une grande société anglaise. Et cette société souhaiterait s'implanter en Russie. Voilà pourquoi l'accord a été conclu... Mais lui ne m'interesse pas. Celui que je veux voir, et qu'en même temps je crains d'apercevoir est mon futur mari. James. C'est seulement quand nous entrons dans un salon que je l'aperçois, et je soupire en me rendant compte qu'il est jeune. Au moins je ne me retrouve pas unie avec un vieux barbon qui souffrira de la goutte et que j'entendrai pester et cracher. Sans même penser à plus. Il s'approche de nous, visiblement aussi nerveux que moi, si ce n'est plus. Il en est presque touchant, à se retrouver perdu face à moi, qui ne suis pourtant pas la plus à craindre dans la pièce, loin de là. J'ai presque envie de le rassurer, de poser ma main sur son bras et de lui dire "Ca va aller''. On dirait que lui n'a pas eu son mot à dire, et cela me rassure aussi. De me dire que finalement, on pourra, d'une certaine manière, s'entraider. Tirer le meilleur parti de cette alliance que ni lui ni moi n'avons demandée. "Faire contre mauvaise fortune bon coeur'' comme on dit en anglais... Je dois presque l'encourager à ouvrir la bouche et à en dévoiler un peu plus sur lui, et sa personne mais c'est à peine s'il répond. Il hésite, visiblement gêné, alors que je ne comprends pas pourquoi. C'est le genre de question qu'on est en droit de poser à son futur mari non? Alors qu'est-ce qui a l'air de lui poser tant de problème? Ou tout du moins le gêner de la sorte? Si ça se trouve je vais épouser un bloc de marbre qui n'ouvrira la bouche qu'en cas d'absolue nécessité. Est-ce un mal ou un bien? Je ne sais...

Enfin il relève les yeux et me regarde. J'ai presque envie d'agiter ma main devant ses yeux avec un sourire, ajoutant un ''Eh, je suis là, ta future femme, tu te rappelles?'' mais je me retiens. Il m'observe longuement, et je lui rends la pareille. Il est vraiment beau, même s'il y a beaucoup de tristesse dans son regard. Il a l'air de porter un tel fardeau sur ses épaules... Est-ce à cause de la perte de son bras? j'imagine bien que cela doit être terrible, mais il a de la chance de ne pas avoir besoin de travailler, et il est entouré de gens qui peuvent l'aider pour les moindres tâches... Puis il se rend compte qu'il m'a observé avec peut-être un peu trop d'insistance et baisse les yeux. Je ne cache pas mon sourire. Décidément, ce jeune homme est bien curieux. Bien loin de ce qu'on pourrait attendre de quelqu'un ayant son physique et sa fortune. Mais est-ce que tout ceci cache quelque chose? Je ne pourrais malheureusement pas le savoir avant nos noces, et ma vie avec lui... Je pense à tout cela alors que tout le monde s'installe à la table magnifiquement dressée et je tente de lui délier la langue encore une fois. Sauf qu'à ma grande surprise c'est son oncle qui renchérit. Je souris lorsqu'il me dit qu'il se passionne pour l'écriture et me penche un peu plus vers lui.

Vraiment? Je serais ravie de vous lire, si vous me le permettrez bien évidemment.

Sauf qu'il est à nouveau interrompu par ce fameux Pierce, à qui j'ai bien envie de dire que c'est à James que je parle, et qu'il est bien assez grand pour me répondre tout seul. Il a la même réaction que moi, fronçant les sourcils avant de reporter à nouveau son attention sur moi.

Vous savez, j'ai étudié le piano pendant de longues années alors... peut-être pourrions nous jouer ensemble. Ainsi vous pourrez retrouver le plaisir de jouer des choses un peu plus complexes que votre situation ne le permet actuellement, non?

Je hoche la tête, écoutant la suite de son récit. Cela doit être tout sauf facile de se réhabituer à vivre avec une infirmité... mais il semblerait qu'il s'en sorte plutôt bien. Et je souris, soulagée, quand il me propose de visiter sa demeure qui sera bientôt la mienne.

Oh oui avec grand plaisir. Je suis impatiente de découvrir tout cela avec vous...

Je repousse doucement la chaise et je ris en entendant la petite pique qu'il lance à son oncle, à propos de les laisser entre adultes. Quoi qu'ils en disent c'est la vérité, et nous n'avons pas eu notre mot à dire dans toute cette affaire... Je glisse ma main dans la sienne, qu'il serre doucement, et je le suis alors qu'il m'emmène hors de ce salon devenu bien étouffant. Une fois la porte fermée nous nous retrouvons dans le silence d'un couloir feutré, où les seuls bruits sont mes talons sur le tapis épais et le froufrou de la soie de ma robe à chaque mouvement. Au bout de quelques pas je l'entends oser une parole et j'ai un léger rire en entendant sa question.

Que suis-je? Eh bien un être humain. Une femme pour être précise. Veuillez m'excuser, je plaisantais. Je... eh bien je suis née en Russie dans une famille princière, liée à celle du Tzar Nicolas. Mais ma famille n'a plus que le titre, vu que mon père nous a ruinés. D'après mon père, c'est donc mon devoir que d'offrir à ma famille de quoi payer ses dettes et redorer leur image, au prix de... de notre mariage. Et je vous mentirai en vous disant que je ne suis pas terrifiée à cette idée...

Mon sourire s'étiole petit à petit avant de détourner la tête pour faire semblant d'admirer une marine suspendue au mur.

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“Docteur j'rigole pas, faut que vous fassiez quelque chose pour moi, n'importe quoi, prenez un marteau et pétez-moi les doigts, je sais pas, parce que là je peux vraiment plus.”
E
lle est trop douce, trop parfaite et trop lisse pour ma personne. Elle est comme du papier paraffiné que j'aurais peur de toucher ou même d'effleurer. Même si elle serait capable d'absorber mes bavures et mes défauts, elle ne pourrait jamais supporter sa violence à lui. Elle ne survivrait pas au feu noir qui luit dans son regard et qui éclaire si désagréablement son sourire. Elle ne pourra jamais éponger le goudron qui remplace le sang dans ses veines et jamais elle ne pourra aimer. Et il en deviendra fou. Comme avec tous ceux qu'il a pu croiser et rencontrer, il deviendra fou de lire dans son regard de la crainte ou un profond dégoût. Si il s'amuse tant à briser les gens qui ont le malheur de s'approcher de lui, c'est simplement parce qu'il sait qu'il ne pourra rien avoir d'autre. Au font de lui, Buck sait qu'il n'est qu'une ombre, une chose que l'on craint et qu'on espère ne jamais croiser. "Je leur montrerais… Je leur montrerais si je ne suis pas réel. Si je n'existe pas."  Mon coeur se serre douloureusement alors que je la laisse découvrir la pièce et qu'elle rit à ma question. Je suis désolé… Je suis vraiment désolé, ai-je envie de murmurer. Il va la briser. Au moment-même où il va poser son regard sur sa personne… Il va avoir envie de détruire autant son visage que son coeur. Il va vouloir tourner un chef-d'oeuvre en une vanité, lui rappeler que tout peut se perdre et qu'il est la seule chose tangible et réel ici. "Je suis réel. Tout autant que toi. Nous sommes frères. Hein ? Hein James ? Tu leur diras ?" Toujours aux côtés de ma future-épouse, je déambule dans la pièce tandis que nos pas sont étouffés par l'épais tapis. Je peine à avoir un sourire quand elle commence par une légère plaisanterie. Un être humain… Oui… Une personne avec qui Bucky va s'amuser. Pour elle je baisse les yeux et déjà mes lèvres esquissent un semblant d'excuse. Je ne devrais pas, je ne devrais même pas avoir le droit de poser les yeux sur elle, ni même d'être dans la même pièce qu'elle… Je devrais dire quelque chose… Lui faire peur ou la faire fuir… N'importe quoi… Mais je ne peux pas la retenir ici. Je ne peux pas la garder prisonnière de cette maison et de ma personne… Si elle m'épouse… Je m'en voudrais jusqu'à la fin de mes jours. Son regard fuit le mien et se perd dans la contemplation d'un des rares tableaux que Bucky n'a pas éventré de colère. Je dois la laisser partir, je ne peux la retenir. Je n'en ai pas le droit… Nous n'avons le droit à rien. "Je suis réel, je suis réel, je suis réel. Je veux ce que tu as. Je veux tout. Je veux être humain. Je veux qu'on me regarde, qu'on m'aime, qu'on me sourit. Je veux des vêtements que j'ai choisi, je veux manger ce que j'aime et je veux que les domestiques s'en souviennent. Je ne veux pas être une mauvaise période que tu aurais. Je veux ta place. Je veux être humain." Il va la briser. Plus je fixe mon dos et sa silhouette fine, plus j'hésite à fuir. Je ne peux pas… Je ne peux pas lui faire ça. Déjà je fais un pas en arrière, le coeur au bord des lèvres. Je ne peux pas… Je ne peux pas… Il va la briser. Il va la tuer. Il va la réclamer. J'entrouvre les lèvres mais je ne dis rien, pas pendant une bonne seconde et finalement… J'ai un sourire de lâche et des paroles qui me donnent envie de vomir.

"Je vous en prie… C'est ma question qui était idiote. Je suis désolé de savoir que l'on vous force à m'épouser simplement pour éponger des dettes que vous n'avez pas contractés. J'en suis vraiment navré et si je pouvais… Si je le pouvais, je vous aiderais mais, je crains que nous n'ayons pas le choix… Et si vous voulez tout savoir… Je suis terrifié à l'idée de me marier."

Je relève les yeux vers elle mais peine à soutenir son regard. J'ai envie d'hurler, de lui dire de fuir ou lui avouer que je suis fou et qu'elle ne devrait pas se marier à un homme qui devrait être à l'asile depuis des années… J'ai envie de faire demi-tour et d'avouer à ses parents ce que mon oncle ne veut pas leur dire. Leur avouer que nous sommes deux dans ce corps et qu'à tout moment, mon autre personnalité peut reprendre le dessus. Le temps de quelques battements de coeur j'envisage tout cela, finissant une fois de plus par être lâche.

"J'ai peur de vous épouser Natasha… Je… Je ne mérite pas une femme comme vous à mes côtés. Regardez-moi, je ne suis pas un mari convenable pour une personne telle que vous. Je suis un vétéran estropié qui vit reclus dans cet immense Manoir…. Vous… Vous mériteriez quelqu'un qui voudrait vous offrir les plus belles choses que ce monde à offrir, un homme qui toujours arriverait à vous surprendre et à vous faire sourire en toute occasion… Je… J'ai peur de ne pas être capable de faire tout ça… J'ai peur que de vivre avec un écorché soit top dur pour vous et… Et je ne supporterais pas de vous rendre malheureuse."


Je ne le ferais pas, mais lui si. J'aurais beau lui offrir toutes ses belles choses que j'évoque, lui sera là pour arracher les colliers de perles que je pourrais passer autour de sa gorge splendide, lui déchira les robes que je lui offrirais, lui réduirait en cendres tout ce que je construirais pour ses yeux. Je pourrais bâtir un empire pour son sourire que lui démolirais tout. Bucky n'est que destruction et si il la voyait un matin… Je ne sais pas ce qu'il ferait. Dirait-il qu'elle lui plait ? Essayerait-il de lui faire du mal ? Je ne sais pas. Tout ce dont je suis sûr c'est qu'il parlerait d'elle comme il parle des autres dans le carnet. "Elle était belle. Tu aurais dû la voir. Des cheveux sombres comme des lanières de cuir… Et des lèvres si rouges… J'ai aimé faire des bleus sur sa peau de porcelaine. Je suis sûr qu'elle t'aurait plu… Elle gémissait si bien. Tu l'aurais aimé. Tu aurais aimé qu'elle te garde entre ses seins et qu'elle glisse ses doigts dans nos cheveux." Un frisson d'angoisse dévale mon échine et le souffle court, j'imagine tout ce qu'il pourrait lui faire. Peut-être voudra-t-il la prendre de force dans son lit, marquer sa peau de ses dents et de ses phalanges. Peut-être voudra-t-il teinter ses lèvres de son sang… ? D'un raclement de gorge, je chasse tout ça au loin, revenant lui offrir un sourire tandis que je reprends.

"Pardonnez-moi, je fais un bien mauvais hôte… Et un bien mauvais futur-époux… Que diriez-vous de profiter des jardins ? Il fait beau aujourd'hui et les rosiers sont sublimes… Je me ferais un plaisir de vous y conduire si vous le désirez…"

À nouveau je lui offre mon bras, espérant que ses parents et mon oncle ne trouvent pas le moindre terrain d'entente et qu'ainsi, ce mariage n'ait jamais lieu. Alors que je croise son regard, j'en viens à prier pour qu'elle sorte de ma vie à la manière d'une étoile filante qui traverse un ciel d'été.
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Plus les secondes passent et plus je suis rassurée. Alors bien sûr je le connais à peine, et nous venons de nous parler pour la première fois il y a littéralement une poignée de minutes, et cela ne suffit évidemment pas à pouvoir prétendre avoir une idée de qui il est, de ce qu'il pense, et toutes ces choses, mais pourtant... pourtant... il y a quelque chose qui m'apaise en étant près de lui. Que chaque seconde passée en sa compagnie me fait me détendre, et surtout, me fait envisager que les choses auraient pu être pires. Il est séduisant, ce qui est loin d'être désagréable, mais il a l'air doux et calme. Il n'a pas cette attitude arrogante et suffisante que j'ai vue chez bien trop de jeunes gens de la bonne société, moins aisés et moins gâtés du point de vue de leur physique. Oh oui il aurait pu être un crétin fini, imbu de lui-même, comme je le craignais, mais c'est tout le contraire. Il a cette inquiétude dans le regard, cette gêne et en même temps cette peur de mal faire... Nous échangeons quelques paroles banales avant de nous révéler le but de notre... alliance et j'avoue que je suis surprise en l'entendant être désolé pour ce qu'on m'oblige à faire. Désolé qu'on me vende comme un cheval de prix, au plus offrant. Il se propose de m'aider, ce qui me touche profondément, mais ce qui me fait me figer sont ces derniers mots. Un aveu timide, prononcé à demi-mots, avant qu'il ne lève les yeux vers moi. Il a peur, lui aussi. Je crois que c'est le premier homme à m'avoir jamais dit qu'il avait peur. Une femme peut dire qu'elle a peur, parce qu'aux yeux du monde c'est une pauvre créature, mais un homme se doit d'être fier, brave, et ne montrer aucune faille. Alors...l'entendre me parler aussi sincèrement sans rien avoir demandé, et surtout, sans avoir peur de mon jugement est quelque chose qui me le rend encore plus sympathique. J'ai un timide sourire alors que je prends doucement sa main et je m'apprête à répondre quand il continue et je le laisse continuer, achevant finalement par un rire avant d'ouvrir enfin la bouche.

Vraiment? Est-ce seulement la question de votre bras qui vous préoccupe? Mon cher... je préfère un homme qui vit à l'écart plutôt que quelqu'un qui est trop à l'aise en ville, qui courra les filles, dilapidera notre fortune, et me laissera sans le sou. Pire encore, je préfère quelqu'un qui aura perdu son bras mais qui sera bon pour moi plutôt que quelqu'un de ''complet'' mais qui sera méchant, cruel, ou qui m'ignorera, qui ne me regardera pas à part pour se glisser dans ma chambre et avoir de moi ce qu'il veut sans que je puisse le lui refuser. J'ai peur de ça. J'ai vu trop de mariages qui derrière une façade cachaient des malheurs et de la tristesse. Alors oui... je préfère de loin quelqu'un comme vous plutôt que quelqu'un à deux bras mais avec un coeur de pierre. Après nous venons simplement de nous rencontrer, ce que vous me dites pourrait être pur mensonge, et vous rirez bien de m'avoir fait croire ça si tel était le cas mais... si... si vous dites vrai... je préfère que ce soit vous plutôt que la plupart des autres jeunes gens de bonne famille que j'ai eu le déplaisir de croiser...

A nouveau son regard se fait lointain, et il semble se perdre dans ses pensées, le temps de quelques secondes. A quoi pense-t-il? A ce que je viens de dire? Me trouve-t-il ridicule? Est-il en train de me comparer à une héroïne de roman à l'eau de rose, bien trop romantique et idéaliste pour son propre bien? Pourtant, ce n'est pas trop demander qu'un mari qui me traite bien. Qui ne me batte pas, qui me respecte, et avec qui je pourrais sereinement, voire heureusement passer le reste de ma vie. Je pense bien que non, ce n'est pas trop demander. C'est quelque chose que je peux demander, même si la loi elle-même ne me l'accorde pas. C'est triste mais c'est ainsi. Nos gouvernements et l'Eglise cautionnent qu'encore et toujours, la femme n'ait rien à dire, peu importe si elle est malheureuse en ménage, qu'on la malmène ou la brutalise. C'est ainsi. Et pour toute consolation elle ne peut que prier et espérer que son mari meure vite ou que son sort soit meilleur dans l'au-delà... oui... les femmes ne sont réduites qu'à ça... et ce n'est pas ce que je veux. Alors, si épouser James, avec son bras en moins mais qui a l'air bien différent des autres est une façon de ne pas subit le même destin que tant d'autres, c'est une résolution que je peux aisément prendre. Je préfère vivre avec un estropié qu'avec un homme mauvais... Il se racle la gorge et me sourit à nouveau, m'offrant son bras sous lequel je glisse le mien et je le suis alors qu'on quitte la pièce.

Avec plaisir... Je suis curieux de découvrir cette maison dont on m'a tant parlé. Une des plus grandes de ce côté-ci du pays... et dont les jardins m'ont été vantés à de nombreuses reprises...

Il m'entraîne à pas lents, me laissant découvrir les pièces, les tableaux, et toutes les richesses raffinées qui l'entourent, et qui vont bientôt être les miennes, avant qu'il n'ouvre une porte-fenêtre menant à l'extérieur, et d'emblée une bouffée de fragrance poudrée m'enveloppe alors que je ferme les yeux pour l'apprécier.

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Dim 29 Jan - 15:13
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“Docteur j'rigole pas, faut que vous fassiez quelque chose pour moi, n'importe quoi, prenez un marteau et pétez-moi les doigts, je sais pas, parce que là je peux vraiment plus.”
A
vec elle à mon unique bras, je quitte la pièce pour me diriger vers les jardins, le coeur encore lourd de l'angoisse qui épaissit mon sang et rend mes lèvres balbutiantes et l'esprit encore tourmenté par les mots doux qui se sont glissés hors de sa bouche comme aurait pu le faire des perles. Le souffle encore un peu court et toujours profondément apeuré à l'idée de faire d'elle ma femme, je l'entraîne pourtant entre les différentes pièces du Manoir dans un silence qui n'est jamais estompé par un semblant de conversation que je devrais entretenir avec elle sur les tableaux et les meubles qui composent les pièces qui sous peu seront autant d'endroits où elle et moi devrons cohabiter et éventuellement prétendre nous aimer. Un soupir cherche à glisser d'entre mes lèvres, mais poussé par l'envie de me faire le plus discret possible, je le retiens, me contentant d'offrir à la belle étrangère, un sourire délicat et empreint d'une timidité que je ne peux totalement effacer. Car si je n'ai plus rien de l'enfant que j'ai un jour été, je ne peux face à elle n'être autre chose que l'estropié presque désolé d'exister, le vétéran solitaire avec qui elle va devoir se marier et passer le restant de ses jours simplement pour éponger les dettes d'un père incapable de ne pas dépenser l'argent qui lui brûle les doigts. En réalité, j'ai presque honte de me retrouver ainsi à la promener dans le domaine, me répétant sans cesse qu'elle mérite bien mieux avant de me souvenir que Buck va un jour s'éveiller et que celui-ci marquera sûrement la fin du petit jeu innocent auquel nous nous adonnons à l'heure actuelle… Car même si il est amusant, en cet instant, de contempler le sourire délicat d'une jeune femme douce et aimante, il va être dur de la voir s'effrayer et hurler quand elle comprendra que l'homme qu'elle trouve pour l'instant sûrement gauche et réservé, est en réalité un désaxé mental qui depuis sa plus tendre enfance doit prétendre avoir des crises de colères subites pour ne pas terminer à l'asile. L'instant viendra, un jour ou l'autre, elle verra Buck et cette danse timide que nous amorçons en cet instant, ce moment de grâce où elle me donne l'impression d'être humain et de mérité d'être regardé volera en éclats pour ne laisser que les fragments d'une dure vérité que je me répète pourtant tout les jours. Il vaut mieux que nous soyons isolés. Si je suis capable de m'intégrer et de jouer selon les règles de cette société, Buck est lui trop dangereux pour ça… Il est le lion qui a trop longtemps été en cage, le monstre qui ne demande qu'à s'échapper et à se venger… Il est ce prédateur qui rêve de faire souffrir les autres pour se donner un but et une raison de vivre… Il est celui qui hurle encore et encore "Je suis réel ! J'existe ! J'existe !" et pour qu'on l'entende, qu'on le regarde et qu'on lui accorde l'once d'attention qu'il estime mériter, il n'hésiterait pas une seule seconde à briser la vie de celui qui voudrait la lui refuser, juste pour prouver au reste du monde qu'il n'est pas une pure création de mon esprit que j'ai conçu un jour d'ennui mais bien un être complet qui ne demande qu'à vivre. Mais c'est là que se pose la question dérangeante qui parfois m'empêche de trouver le sommeil.

"A-t-il le droit de vivre ?"

Je ne sais pas. Plus jeune j'aurais dis sans hésiter une seule seconde que oui, que lui aussi devait être écouté et aimé… Qu'il méritait qu'on le laisse s'exprimer sur ses préférences et que lui aussi à le droit de mener sa propre vie mais maintenant que les années ont passés et que j'ai vu ce dont il était capable… Je n'en suis plus sûr. Si avant je pouvais sans ciller lui promettre qu'un jour nous quitterons la maison pour voyager… Je dois avouer désormais un peu mieux comprendre pourquoi mon oncle nous garde ici, non pas pour nous protéger du monde extérieur mais plus pour préserver celui-ci de l'éventuelle pulsion destructrice de mon autre moi. De ce frère que j'ai appris à accepter, puis aimer afin de le détester. Lui que j'ai défendu et qui contre toute attente c'est à son tourné contre moi pour me mordre et qui maintenant pense que nous sommes encore plus proches… Ce frère que j'aurais aimé sauvé et qui désormais est à mes yeux un handicap aussi lourd à supporter au quotidien que ce bras qu'il me manque.

Ramené à la réalité par la porte vitré que je dois ouvrir, je cesse de ruminer les sombres pensées et douteuses angoisses qui m'arrachent à la compagnie délicate de Natasha, qui au moment même où j'ouvre la voie vers les jardins immenses qui entourent le domaine, semble retrouver des couleurs et se détendre, dégagent ainsi une impression de sérénité qui en plus de capter mon regard émerveillé, me fait un sourire d'un candeur presque enfantine. Les joues légèrement roses, je n'ose la déranger tandis qu'elle semble apprécier les fragrances délicates des fleurs qui nous entourent déjà, laissant la brise de ce printemps commençant venir doucement déranger les plis de sa robe. Le temps de quelques secondes, je reste ainsi à la contempler, d'abord ébloui par sa beauté puis peiné de me savoir être celui qui pourra la voir se déliter au fil des journées passés à mes côtés. Mon sourire se fane et pudiquement, je m'éloigne un peu d'elle, prenant la distance nécessaire pour être mieux à même de retrouver l'usage de la parole malgré le pincement au coeur qu'il me faut supporter à l'idée de fuir une personne aussi douce qu'elle.

"Je ne pourrais vous vanter la beauté de ce lieu… J'y ai passé bien trop de temps pour être objectif mais…" J'ai un léger sourire. "Même si je préfère vous laisser vous faire votre propre opinion… Permettez-moi d'être votre guide..." J'attrape sa main et l'entraîne avec moi au milieu des rosiers qui, presque fièrement, dévoilent déjà de magnifiques fleurs aux teintes allant du rouge le plus éclatant au jaune le plus pâle en passant par des nuances de roses que pourraient envier les nymphes qui ont pourtant donnés leurs noms à ces fleurs… Mais celles vers lesquelles je l'entraîne ne sont pas celles dont les couleurs chatoyantes attirent le regard mais plutôt celles qui surprennent et qui semblent au premier abord presque fades… C'est vers celles à la blancheur hivernale que l'emmène, ayant face aux timides bourgeons blanc, un sourire, puis un geste pour venir caresser la seule rose réellement éclose.

"Ce sont mes préférées… Certes elles n'ont pas la richesse des autres et elles se fanent bien plus vite… Mais elles ont un quelque chose qui me fascine…" Un léger rire m'échappe. "Mère ne les aimait pas… Elle a tenté de faire arracher plusieurs fois le rosier mais elle n'y ait jamais parvenue… Il a toujours repoussé et à toujours fait des fleurs… Comme si il la narguait et lui disant "Tu vois, certaines choses ne veulent pas mourir."…" Du bout des doigts, je viens attraper l'unique rose, la cueillant avec précaution avant de la tendre timidement à Natasha. "Mais ce que j'apprécie le plus chez elles… C'est qu'elles ne font pas d'épines. Ce qui… Enfin si vous permettez…" Je lève un peu la main, hésite avant de glisser délicatement la rose dans sa chevelure si élégamment coiffée. "Ce qui m'autorise à faire ça…" Je viens croiser son regard et rougis un peu, à la manière d'un enfant amoureux, oubliant un instant que tout ceci n'est qu'un songe éphémère, un mensonge que je me joue pour retarder l'instant où il reviendra et écrasera de ses mains la fleur délicate qui se tient devant moi.
© Starseed
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