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Passager clandestin

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Messages : 745
Date d'inscription : 03/04/2014
Dim 6 Avr - 10:00

Passager clandestin

Raphaël et Arlanne

La nuit est glaciale, et heureusement pour moi, les quais sont déserts. Mes légers souliers de satin ne font heureusement aucun bruit sur les pavés humides. Je m’approche des immenses bateaux paisiblement amarrés, qui tanguent faiblement dans la nuit noire. Je distingue quelques silhouettes au loin, mais les gardes de la ville sont sûrement à la taverne à cette heure, le seul endroit de tout Brest où il règne encore de la vie à cinq heures du matin. Rien ne bouge, pas un chat, à part la légère brise qui fait tanguer les coques et grincer les cordages. Je repère une cargaison qui doit être chargée sur un des navires au lever du jour. J’inspecte rapidement les tonneaux. La plupart sont pleins de viande, d’eau ou d’autres types de vivres. Heureusement, l’un d’entre eux est à moitié vide. En regardant de plus près, je vois que c’est un baril de pommes. Voilà ma chance. Je laisse tomber mon sac de toile contenant mes maigres effets, resserre ma cape autour de mes épaules, et me glisse à l’intérieur du tonneau avant de remettre tant bien que mal le couvercle de bois. Mon cœur se calme peu à peu en pensant qu’ils ne me trouveront jamais ici. Je me pelotonne contre le bois, et j’attends. Je sens que plus les minutes passent, plus le froid commence à me mordre, et mes épaules se mettent à trembler.

Heureusement, le jour se lève petit à petit. On y voit de plus en plus clair, et le port commence à se réveiller. Des charrettes commencent à rouler sur les pavés inégaux, des hommes forts envahissent les lieux, des sifflets résonnent comme des imprécations violentes. La ville revient à la vie. Je sursaute en entendant des pas rapides s’approcher. Des gardes. Ils aboient des ordres et se séparent. Ca y est, mon absence a été remarquée… Je retiens mon souffle alors qu’ils s’approchent de plus en plus. L’un d’entre eux est à peine quelques centimètres, alors qu’il jette un regard rapide à la cargaison et qu’il jette un œil sous la charrette et derrière les grosses caisses de bois. Je soupire doucement de soulagement quand je le vois s’éloigner, mais j’ai juste le temps de me retenir de crier quand deux marins soulèvent mon tonneau, le posent au sol et commencent à le faire rouler sur la planche pour le hisser à bord. Je roule sur moi, encore et encore, sonnée par les pommes qui me retombent dessus.  Enfin le monde s’arrête de tourner, et le tonneau est rangé dans la cale. J’essaie de m’installer confortablement, rassemblant mes affaires comme mes esprits, tout en contemplant par les interstices du tonneau les hommes d’équipage qui remplissent la cale de fond en comble. Des vivres, des animaux vivants, du matériel… on dirait une armée de fourmis. Et en milieu de matinée, un coup de sifflet retentit et je sens que le navire commence à bouger plus fortement. Mon dieu ça y est, on est en mer. Mon cœur s’affole à l’idée qu’on me trouve, mais d’un côté je n’ai pas le choix. Je ne pouvais pas rester là-bas. Encore moins après la vision de cet affreux barbon, me fouettant jusqu’au sang et me réduisant à une vie malheureuse.

Les heures passent, et le mouvement du bateau me berce. Quand j’ouvre les yeux, je vois que la lumière est plus vive. Il doit être aux alentours de midi, peut-être un peu plus. La cale est calme, mais j’entends de nombreux pas au-dessus de ma tête. J’étouffe un gémissement quand j’essaie de changer de position. Mes membres et mon dos sont endoloris, et je me mets à genoux, attrapant une pomme au passage que je commence à croquer. Son jus me désaltère, il fait moins froid que le matin, et le bateau me berce doucement. Je devrais être terrorisée, à l’idée que des hommes puissent me trouver, mais curieusement, je n’ai pas peur. Est-ce que c’est un pressentiment ? Je n’en sais rien, mais rien du tout.

Les heures, les minutes passent, tranquilles, je m’occupe comme je peux en repensant à ma vie d’avant, au couvent dont on m’a sorti quelques jours à peine avant de m’annoncer qu’on allait me marier, ma mère, qui a vécu cachée à cause du scandale en m’ayant eue à seize ans, avec un aventurier de passage qui ne lui a laissé de lui qu’un médaillon que je porte autour du cou.

Un peu plus tard dans l’après-midi, je me fige dans mon tonneau en entendant quelqu’un venir, mais ce ne sont que deux marins qui viennent prendre un rouleau de cordages, et qui remontent tout de suite après. Ce climat apaisant me rassure, même si j’entends une agitation qui ne s’arrête jamais sur le pont, juste au-dessus. Je me demande quel type de vaisseau est celui-ci : un navire marchand ? le vaisseau d’un explorateur ? Un bateau pirate ? Rien ne me permet de répondre, surtout que je n’y connais rien en navigation. Ne voyant toujours personne revenir, je décide de sortir, et après mille précautions, je me dégourdis les jambes sur le bois vieilli de la cale. A peine quelques mètres, pour être capable de bondir dans ma cachette sitôt que j’entendrai du bruit. Je dois me cacher une nouvelle fois, alors que le jour tombe, quand on descend une nouvelle fois, mais je me retrouve à nouveau seule quelques minutes plus tard. Quand la nuit est noire, et que je ne vois plus rien, je regagne mon tonneau à tâtons, alors que des chants de marins résonnent au-dessus de moi. J’entends des rires, des plaisanteries. On dirait que les marins se détendent après une longue journée de travail. Je m’enroule dans ma cape et je ferme les yeux.

Quand je les ouvre le lendemain, il me faut quelques secondes pour me rappeler où je suis, et pourquoi je suis là. Le mariage, ma fuite précipitée, la robe de mariée que je porte encore, ayant fui juste avant de prendre le chemin de l’église… Je croque une nouvelle pomme en guise de petit déjeuner, et je me tiens tranquille, mais le temps est long quand on n’a rien à faire. Je fais une ou deux nouvelles sorties, toujours sans me faire repérer, et je m’installe même contre une caisse, à la lumière du hublot, pour lire le seul livre que j’ai pu prendre avec moi. La soirée s’écoule à nouveau rythmée par les chansons et les rires, avant que tout ne devienne calme, le silence n’étant rompu que par quelques informations criées entre les marins de temps à autres sur le pont. Dans mon tonneau, mon ventre crie famine : les pommes ne font pas de vrai repas, et ne suffisent pas non plus à apaiser ma soif. Il faut que j’aille chercher quelque chose d’autre à me mettre sous la dent, où je vais défaillir bientôt. J’inspecte les caisses et les tonneaux, mais je n’ai pas les outils pour les ouvrir, et j’ai abandonné la lutte après y avoir laissé deux ongles et m’être éraflée le bout des doigts. A pas de souris je m’approche de l’escalier qui ramène sur le pont, l’oreille aux aguets. Il faut que j’arrive à trouver la cuisine.  Ou un autre endroit où je pourrais trouver de l’eau potable. Je monte les marches petit à petit.

Maudite robe de mariée qui est tout sauf pratique ! Si seulement j’avais eu le temps de me changer avant… J’en remonte les pans, et passe la tête au niveau du pont. La nuit est magnifique, le ciel brille de mille étoiles, et une douce brise souffle dans les voiles. Au loin, je distingue la silhouette d’un homme qui tient la barre, mais il me tourne le dos. A l’autre bout du bateau, deux hommes jouent aux cartes sur un tonneau, éclairés par la faible lueur d’une lanterne. Eux aussi semblent bien occupés, et tout sauf attentifs. Je longe la paroi de bois, jette un œil par le hublot d’une des portes, et reconnaît une cuisine, enfin, minuscule et encombrée. Après m’être assurée qu’elle était vide, je m’y glisse, refermant la porte derrière moi. Mon regard se promène sur les étagères, les placards et autres, et je trouve finalement un baril d’eau, dont je bois de longues gorgées, prends un quignon de pain et une tranche de viande séchée. Après avoir rapidement dévoré mon maigre repas, tout en jetant des regards inquiets à la porte, je prends une nouvelle gorgée d’eau et me glisse à nouveau dehors. Personne ne me remarque, et je commence à descendre les marches pour regagner ma tanière. Peut-être que j’arriverais à faire toute la traversée de cette manière, sans me faire voir ! Mais au moment où mes pieds se posent sur le bois poli par le temps de la cale, je sens une main qui me saisit le bras et qui m’attire violemment à lui. On me plaque contre une paroi de bois, et remonte la lanterne qu’il tenait pour m’éclairer. Son odeur est absolument épouvantable, au point de me donner la nausée, et je vois enfin son visage. Il a l’air mauvais, une profonde balafre entaille sa joue droite. Et ses cheveux longs et gras dépassent de dessous un bonnet crasseux. Il commence à sourire en me voyant, et c’est avec horreur que je constate… qu’il lui manque la plupart des dents, ne laissant à la place qu’un trou caverneux aux relents pestilentiels. Son regard se promène sur moi, me détaille d’une façon qui me déplaît fort.

"Eh bien, eh bien, eh bien… qu’avons-nous là ? Mais c’est un bien joli oiseau qui est venu nicher sur notre bâtiment…
-Je… je suis désolée monsieur je… je me suis enfuie. Mais je peux payer ma traversée !
-Eh bien, cher ange, je pense que ta présence ici serait une aubaine pour tous les hommes esseulés qui sont sur ce rafiot !"

Je balbutie, trop abasourdie, commençant à peine à comprendre l’horreur de ce qui m’attend.

- M…monsieur. Laissez-moi rester ici, ne le dites à personne et… et vous aurez tous les bijoux que j’aurai sur moi… Je vous le promets ! Je…

Il rit, commence à poser ses mains sur moi mais je me débats tant que je peux. Ce petit jeu l’amuse une seconde, avant que son sourire ne s’efface, qu’il ne serre les dents, et ne me décroche une gifle magistrale. Je suis sonnée pendant une seconde, mais le porc ne compte pas en rester là, et reprend ses assauts.

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Dim 6 Avr - 13:02

La nuit était tombée. J'étais revenu de la cabine de la voyante, Hell. Elle avait élu domicile sur la Plume Rouge, persécutée par les gens ne croyant pas en ses pouvoirs. En paria également, je recueillais la sorcière. Personne ne pouvait prétendre pouvoir mieux valoir qu'une autre personne. Aucun homme ne m'aurait fait mettre à genoux devant lui. J'étais bien trop fier de moi, bien trop orgueilleux. Mais aussi, j'étais pour l'égalité des peuples. Depuis que je navigue sur les mers, je ne peux me résoudre à laisser qui que ce soit dans la détresse. Prônant l'égalité et la liberté des peuples, j'étais vu comme ceux n'ayant ni foi, ni loi, ni maître. Ceux qui voyagent toute leur vie et semant le chaos autour d'eux dans l'unique but de profiter de nombre richesses... Pour être un homme libre, il fallait être traqué par les esclaves d'une politique quelconque. Pour être un homme libre, il fallait être un hors la loi, du moins, la loi en vigueur pour les pays différents... Pour être un homme libre, il fallait être un Pirate. Hell me faisait bien comprendre que j'étais un homme bon. Mais un homme libre et bon est-il un pirate ? Aux yeux du monde, oui... Mais peu m'importait. J'étais depuis bien des années capitaine d'un bateau que j'avais certes obtenu par héritage, mais toujours j'ai partagé. Mes possessions, mon bateau, mes richesses, mon foyer. Un homme avec du coeur disait la voyante de mon bâtiment qui vivait cachée dans une cabine, de peur d'effrayer mes gars. Notre entretien de ce soir s'était bien passé. Elle voyait dans les cartes, dans les étoiles, dans les yeux des dieux, décidant de mon destin. Ce à quoi je n'avais qu'une chose à dire : "Bêtise". Aucun dieu ne régnait sur mon navire. Le seul maître de mon destin était ma personne. Mes marins pouvaient croire en tel ou tel dieu. Jamais je ne les avais brimés. J'aimais cependant l'avis de ma voyante attitrée qui ne s'était jamais trompée.

- Je vois un homme vil sur le bateau... Il veut plus de pouvoirs qu'il n'en a déjà... Il veut tenter ce soir de renverser le capitaine...
- Mouss..?
- Je le crains, Capitaine... Soyez prudent, ce soir, il pourrait frapper...
- J'vous remercie, Hell...

Cet entretien ne s'était pas échappé de ma mémoire. Mouss, mon capitaine en second avait décidé de monter une mutinerie ? Quelle folie ! J'étais le Roi des Mers, après tout... Je m'allongeais sur ma couche aux oreillers durs et aux maigres couvertures. Je ne comptais plus les jours où mon âme n'a pu se reposer. Elle jouissait de sa liberté, mais au fond, j'étais sans cesse hanté par les murmures des morts que les précédents capitaines de la Plume Rouge avait semé derrière eux... Pour apaiser mon âme, je devais accomplir différentes bonnes actions bonnes pour le monde tel qu'il fut avant que la bêtise ne finisse par corrompre les esprits, que le pouvoir ne les aveugle et que la peur dans leur coeur ne germe pour donner finalement de la haine contre tout ce qui leur était étranger... Mouss voulait-il vraiment être condamné à l'insomnie éternelle ? A un apaisement qu'il ne trouvera jamais ? Il ignorait le côté obscur d'être le capitaine de la Plume Rouge... Quel chanceux. C'est alors que dans le bruit des vagues que le silence de la nuit amplifiait le son de ces dernières, un murmure se fit entendre. Semblable à celui du vent, à la voix d'une jeune femme, aussi pure que l'eau d'une cascade...

- Il se passe quelque chose, Raphaël... Rends-toi à la cale...

Cette voix. Celle de la figure de la proue représentant une femme ailée, bras en croix, comme s'il s'agissait d'un oiseau prêt à s'envoler, m'interpella. Elle était l'une des voix les plus fiables que je pus espérer trouver sur mon navire... Je crus alors la seconde : celle d'Hell... Derechef, je serrais mieux mon sabre à ma ceinture ainsi que mes nombreux couteaux. Je bus une gorgée de rhum avant de sortir de ma cabines dans le but de me rendre à la cale...

La nuit était belle. Rien n'est plus beau qu'un ciel étoilé quand on est en pleine mer. Les gens vivant sur la terre ferme ne peuvent savoir de quoi je parle, leur ciel à eux est saturé par leurs lumières salissant le ciel nocturne d'innombrables taches lumineuses. Le bois du pont encaissait bravement mes coups de bottes, résonnant comme des coups de feu dans le hurlement du silence de la nuit. Le vent frais était muet, bien qu'on put l'entendre légèrement dans les voiles écarlates de la Plume Rouge... Je descendis les escaliers de bois me menant à la cale. C'est dans la cale qu'on met les rats, douda, douda... Sa chanson préférée, celle de celui qui allait mourir aujourd'hui... Plus je m'enfonçais dans l'obscurité de la cale, plus j'entendais des bruits... Sa voix, ses gestes bruyants. Il se tourna vers moi quand il m'entendit. J'avais le regard dur. Mes yeux d'eau lui glacèrent le sang. Je le sentis...

- C... Capitaine ! J'ai surpris une femme dans la cale, avec les gars on pourra...
- Ferme la, Mouss.

Puis sans réfléchir, je pointais mon pistolet vers lui. Il comprit.

- Je... Je peux tout vous...
- On ne touche pas à une femme sans qu'elle le veuille.
- Ca... Capitaine !
- Ferme la, j't'ai dis.

Je lui fis sauter sans état d'âme sa boite crânienne d'une balle dans la bouche. La détonation était peu bruyante. Il était mort sur le coup. Il n'avait pas souffert. Quel dommage... En donnant un coup de mon bras sur le cadavre de feu mon second, je m'approchais de la jeune femme. Je rangeais mon arme à feu avant de lui parler calmement, comme pour la rassurer.

- C'est fini, ma bonne dame. Venez, vaut mieux pas qu'on vous trouve là...

Je la pris doucement par la main avant devenir transparent, une image fantasmatique, puis avant de passer à un état gazeux. Epais, blanc, frais, humide. De la brume. J'avais emporté avec moi la jeune femme avant de me déplacer lentement. Invisible aux yeux de mes confrères, passant pour le brouillard de la nuit, j'arrivais dans ma cabine, là où elle serait pour quelques temps, en sécurité. J'avais toujours accepté de transporter une femme, mais les superstitions des marins sont ce qu'elles sont et même moi, celui qui s'autoproclame Roi des Mers, ne peux rien y changer. Je repris ma forme humaine, l'inconnue au bout de ma main. Je la lâchais avant de chercher à en savoir plus sur ma passagère clandestine...

- Vous êtes en sécurité ici, ma bonne dame. Comment avez-vous fait pour vous retrouver là ?
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Dim 6 Avr - 15:42

Passager clandestin

Raphaël et Arlanne

Mon cœur s’emballe, tel un cheval au galop, alors que le monstre se presse de plus en plus contre moi, bloquant mes mouvements, m’empêchant de fuir. De toutes mes forces je tente de le repousser, d’ôter ses mains qui glissent sur ma taille et palpent mes seins. Je réprime un hoquet de dégoût quand je sens même sa virilité contre mes cuisses. Des larmes roulent sur mes joues, et je prie de toutes mes forces pour qu’un miracle se produise. J’ai été totalement folle de me lancer dans une telle aventure, un tel projet ! Et maintenant je vais subir une humiliation qui ne sera que la première d’une longue série. Je prie au moins pour que je meure sur l’instant, pour que personne ne puisse profiter de moi. Je n’ose même pas crier à l’aide, de peur que d’autres se joignent à lui pour m’infliger cet horrible sort.

Mais la providence semble avoir entendu mes prières, car j’entends des pas descendre les marches de bois, et mon agresseur suspend ses mouvements pour voir qui est le nouvel arrivant. Un homme grand, aux longs cheveux sombres, mais je ne peux rien distinguer d’autre. Sans qu’il ait rien besoin de dire, mon agresseur s’explique en bredouillant, visiblement impressionné. L’homme qui vient d’arriver semble être son supérieur, mais je n’en suis pas sûre. Il lui ordonne de se taire, pointant un pistolet vers lui. Les deux hommes échangent encore quelques paroles, et en effet, l’homme qui est intervenu est le capitaine du navire. Une vague d’espoir me submerge lorsque ce dernier ordonne qu’on ne touche pas une dame sans sa permission, au point que mes larmes redoublent, de soulagement cette fois. Par contre, une seconde plus tard une détonation se fait entendre tout près de moi, et j’étouffe un cri de frayeur alors que je détourne la tête. Puis mon agresseur s’effondre et retombe sur le bois de la cale. Il est… il est mort. Son visage est à moitié détruit, et une masse rouge sanguinolente se répand petit à petit sur le sol. D’un mouvement de recul, je fais un pas de côté, et détourne les yeux de cet horrible spectacle. Mon dieu, c’est la première fois que je vois un mort, et cet homme a été tué à cause de moi.

Le capitaine fait un pas vers moi, et me parle d’une voix étonnamment douce et calme, tout en rangeant le pistolet qui lui a servi à mettre fin à mes tourments. Tout se bouscule dans mon esprit, et je ne peux qu’hocher lentement la tête en guise de réponse. Il prend ma main avec délicatesse, et brusquement tout devient blanc autour de moi. C’est une sensation très curieuse, et je ne comprends pas vraiment ce qui se passe. L’espace d’une seconde je vois le pont, le ciel étoilé, puis je me retrouve à l’intérieur. Je sens à nouveau le sol sous mes pieds, et je remarque que nous sommes dans ce qui semble être la cabine du capitaine, vu son luxe.

Mais le contact de la main du capitaine dans la mienne provoque une vision, et je chancelle légèrement, effleurant mon front du bout de mes doigts. La scène se passe ici, dans cette même cabine, mais je vois deux personnes sur l’imposant lit de bois sombre. La pièce est plongée dans l'obscurité, et je distingue seulement leurs silhouettes. Mais ils font… ce que font mari et femme. La seule fois où j’ai été témoin d’un tel spectacle, c’était quand Margaret et moi avions surpris le cocher en train de trousser la fille du laitier dans les écuries. Là l’homme est allongé, et la femme est sur lui. De longs cheveux lui battent le creux des reins alors qu’elle bouge, guidée par les mains larges de l’homme qui lui tiennent les hanches avant de caresser son corps et ses seins. Une des nombreuses conquêtes du capitaine, qui ne semble pas faillir à la réputation du proverbe « une femme dans chaque port ». Et dans leurs ébats il appelle celle-ci du nom de « Mon rossignol ». Cela semble plaire aux deux, car à chaque gémissement qui s’échappe des lèvres de la femme, l’homme redouble d’ardeur. Je sens mes joues s’empourprer à la vue de ce spectacle, qui dure encore quelques secondes, avant qu’un cri étouffé n’indique que les deux aient obtenu satisfaction. L’homme attire la femme à lui, passe son bras autour de ses épaules, et murmure en lui caressant les cheveux « Je t’aime Arlanne, mon rossignol… ». Mon cœur s’arrête de battre en réalisant que ce que je viens de voir c’est… moi. Moi et l’homme qui vient de me sauver. Comment cela est-il possible ? Jamais je ne me donnerai à un pirate ! Je ne suis pas ce type de femme ! Et pourtant j’étais tout sauf forcée. Dans ma vision, je me donnais corps et âme…

Le pirate lâche ma main et la vision s’arrête, puis il me parle, encore une fois d’une voix douce. Je me tourne vers lui, et je peux enfin le contempler à loisir. En effet il est grand, plus grand que moi d’une bonne tête. De longs cheveux noirs et épais retombent librement sur ses épaules, et ses yeux sont d’un bleu si pur ! La seule personne de ma connaissance ayant des yeux si clairs était une petite paysanne du village qui s’appelait Millie… Autre détail qui me frappe : sa jeunesse. C’est un homme, mais il ne semble pas avoir quitté l’adolescence depuis bien longtemps. On ne lui donnerait pas trente ans. Si jeune et déjà capitaine ? Il a dû s’illustrer de façon héroïque pour occuper se grade si tôt. Mais je mets un terme à mes réflexions et porte la main à la fermeture de ma cape. Je l’ouvre, et le tissu noir et épais retombe sur le sol. Je suis là, en face de lui, dans la robe de mariée que je n’ai pas quittée depuis mon arrivée sur le bateau. Mes cheveux sont encore noués en un chignon compliqué dans lequel sont piqués quelques perles et des rubans, même si quelques mèches éparses s’en sont échappées, et j’ai encore aux pieds mes légers souliers de satin blanc. Je vois la surprise dans son regard alors que je me dévoile à lui, et je plonge mon regard dans le sien avant de répondre d’une voix à peine plus  forte qu’un murmure.

La robe:
 

Je me suis enfuie. Ma famille voulait me marier avec un homme horrible… vieux et méchant. La veille du mariage, j’ai eu… une vision de moi… plus tard. Malheureuse et maltraitée. Alors j’ai encore préféré renoncer à ma condition plutôt que de vivre une telle vie, auprès d’un tel homme. Monsieur je… je vous en prie, ne me ramenez pas là-bas. Je peux payer ma traversée. Tenez… tenez prenez.

J’ôte de mes oreilles les pendants en perles en diamants, que je dépose dans sa main. Et je détache de mon cou le pendentif en or assorti aux boucles d’oreille, qui finit aussi dans sa paume.

Ce… ce sont des bijoux de valeur monseigneur. Laissez… laissez-moi me cacher quelque part, je vous en conjure. Je ne demande rien à part un peu d’eau et la même ration que vos hommes. Monsieur… s’il vous plait…

Sous la panique, des larmes se sont mises à rouler le long de mes joues, mais je reste face à lui, sans bouger, car de lui seul dépend mon destin. J’attends sa réaction, suspendue à ses lèvres.

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Dim 18 Mai - 0:26

Pas besoin d'être sorti des grandes universités du monde pour deviner, à la tenue qu'elle me montrait qu'elle avait été contrainte à l'exil, à la fuite de son foyer. Une robe de mariée, à vue de nez. Si elle s'était enfuie, c'est qu'elle était forcée. A être prise sur le fait, elle semblait paniquer, elle avait même quelques larmes qui perlaient aux coins de ses yeux. Elle retira ses bijoux, les mettant dans ma main. Elle voulait payer sa traversée, que je la nourrisse, lui donne de l'eau... Je baissais les yeux puis tournais les talons, ses bijoux dans mon poing fermé. Donnant un coup de pied dans une de mes malles qui s'ouvrit, je pris un petit coffret vide pour mettre les petites richesses qu'elle avait sur elle. Je brisais le silence qui semblait la déchirer.

- Je refuse.

Je posais le coffret de bois sur mon bureau, à portée de sa main. Elle ne semblait pas tout à fait comprendre ce que je voulais lui dire. Je développais mon propos...

- Je refuse de tirer profit de votre malheur. Vous voulez la liberté, vous avez fui l'oppression. On partage le même idéal. Mon navire est aussi le votre. Mais je n'me suis pas présenté.

J'avais voulu taire un monologue sur les revendications de mes hommes et sur les miennes, sur tous les hommes de la Plume Rouge, cherchant à ne pas l'assommer. Je lui tendis la main, comme un homme courtois, cherchant au mieux à soigner mes manières devant une femme.

- Capitaine Raphaël Vander Decken, Septième capitaine de ce navire qui après plusieurs titres, porte aujourd'hui le nom de Plume Rouge, celle qui écrit au nom de la liberté des peuples. Enchanté d'vous connaître.

Après une légère poignée de main que je ponctuais d'un baise main prompt, je la lâchais. J'occupais l'espace de ma cabine en marchant, lui indiquant alors la suite des opérations.

- Ici, vous êtes en sécurité. Personne n'a le droit d'entrer ici et pour l'instant, vous pourrez pieuter dans mon lit autant que vous l'désirerez. Je ne dors pas. V'la bien des lunes que j'ai pas profité d'une nuit complète. Il est tard. J'vous suggère de vous installer dans ma cabine. Hors de question que j'vous range avec mes hommes, qui sait c'qu'ils penseraient faire d'une petite gueule d'amour comme la votre... Dans la malle près du hublot vous trouv'rez de quoi manger et boire si vous avez besoin. Je veux pas vous voir dans le garde manger, qu'on soit clairs. Y a une ou deux aut' malles aussi ici qui sont vides et qu'vous pourrez utiliser pour ranger vos p'tites affaires comme cette... Robe. Y a des vêtements et des armes pour vous changer qui vous f'ront passer au mieux pour une des nôtres aux yeux d'l'équipage.

Je recevais la passagère clandestine comme une hôte de marque. Mais tout le monde était logé à la même enseigne. Qui partage l'idéal de liberté et d'égalité des peuples a droit à tout mon respect et mon attention.

" Tu as fait le bon choix, Raphaël. " me dit alors la voix du bateau. Peut être qu'un jour, j'allais enfin réussir à trouver le sommeil, ce repos qui était un luxe que pouvaient se payer chacun de mes hommes. Sauf moi, hanté par la nuit... Elle s'assit sur mon lit. Je m'approchais d'elle alors que j'allais poursuivre.

- Encore une chose...

Sans lui demander son avis, ma main tira sa tête vers moi. Je posais mes lèvres sur son front quelques secondes avant de lui rendre son visage.

- Voilà. Maintenant, vous avez plus le droit de m'appeler "Monsieur" ou "Monseigneur". J'ai un prénom, une fonction, appelez moi par l'un des deux, mais plus jamais par un titre de la société. Je n'mange pas de ce pain là.

J'attrape ma bouteille de rhum avant d'en boire une lampée et de la poser avec bruit sur mon bureau.
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Dim 25 Mai - 7:14

Passager clandestin

Raphaël et Arlanne

Mon coeur se glace alors qu’un verdict abrupt tombe. Un refus. Pendant une seconde, je m’attends au pire, imaginant déjà une suite terrible à mes bien tristes aventures. Est-ce qu’il va tout simplement me laisser sur le quai ? Est-ce qu’il va me donner en pâture à ses hommes ? Il me tournait le dos, mais revient me faire face. Et heureusement pour moi il s’explique. Je soupire de soulagement, fermant les yeux une seconde quand il me dit que je suis la bienvenue sur son navire. Pour un peu j’en pleurerais, même si cela ne sied guère à une jeune fille convenable.

Merci… merci monsieur. Je vous en serai éternellement reconnaissante.

Il tend sa main, et j’y glisse la mienne. Pendant une seconde, je m’étonne de la différence entre elles. Ma main est toute petite, avec des doigts longs, fins et blancs, alors que les siennes sont grandes, rêches et brunies par le grand air. Il commence par une poignée de main, ce qui me surprend, avant d’effleurer ses lèvres des miennes. Il a certaines manières, mais ce n’est pas un gentilhomme. Qu’importe, pour l’instant il est mon sauveur, et mon protecteur, alors au diable les convenances.

Il s’écarte de moi, commençant à m’expliquer diverses choses tout en arpentant sa cabine comme un lion en cage. Je hoche doucement la tête à ses explications, terminant par un doux sourire reconnaissant. A la manière dont il présente les choses, je n’ai plus peur. Je ne peux l’expliquer, mais j’ai le sentiment, tout au fond de moi, qu’à partir de maintenant je suis en sécurité, que rien ne pourra m’arriver. Même si l’expression « gueule d’amour » me laisse pantoise. Est-ce un compliment dit de façon fort peu élégante ? Il me propose même des vêtements pour pouvoir me fondre avec l’équipage, et être ainsi plus à l’aise qu’avec cette robe associée à trop de souvenirs tristes.

Merci monsieur. Je ne saurais dire à quel point vous me sauvez. Littéralement. Je…

A cet instant je ne réalise pas vraiment ce qui est en train de se passer. Il m’attire vers lui avant de déposer un baiser sur mon front, et de se reculer tout aussi rapidement. Je reste interdite une seconde, avant qu’il ait la gentillesse de m’expliquer ce comportement pour le moins étrange. Cela a du sens, même si je ne saisis pas l’intérêt de ce geste.

Bien m… capitaine.

Alors qu’il est retourné à son bureau, je me glisse derrière son grand lit à baldaquin, profitant des tentures en guise de paravent improvisé. Mes doigts luttent pour défaire les attaches de ma robe, qui retombe sur le sol en un doux bruissement de tissu précieux. Le corset suit ensuite le même chemin, et je respire enfin plus librement. Je suis simplement en chemise, et je m’attelle à présent à mes cheveux. Petit à petit, épingle par épingle, j’ôte tout ce qui retenait mes cheveux, qui tombent en cascade sur mes épaules.

Je tremble tout de même, de mes frayeurs récentes, mais aussi du fait que je suis quasiment nue devant un homme qui a quasiment tout pouvoir sur moi. Il est le capitaine, et a droit de vie de mort sur son équipage, et j’espère sincèrement que ses promesses ne seront pas vaines, et qu’il ne va pas faillir à sa parole. Je me dirige vers un des coffres qu’il m’a désignés comme étant à ma disposition, et j’y fourre ma robe, ses jupons, et toute la panoplie dont on m’a affublée, avant de le refermer, y glissant au passage toutes mes épingles et mes souliers de satin.

Je retourne ensuite vers le lit. Je ne sais quelle heure il est, mais sans doute tard. Le capitaine est toujours à son bureau, en train d’étudier des cartes et de tracer des lignes et des annotations avec sa plume.

Je… je vous souhaite la bonne nuit capitaine…

Un peu gênée qu’il me voie ainsi, j’esquisse une légère révérence et m’approche du lit massif et imposant. Il est si haut que j’ai un peu de mal à y grimper, mais finalement je me glisse sous les couvertures. Etrangement, je m’y sens bien. Comme à l’abri. D’une oreille distraite j’écoute le clapotis de l’eau sur la coque, du vent et des voiles qui claquent, du grincement des cordages… Et je sombre petit à petit dans le sommeil.


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Mar 10 Juin - 10:33

J'étais retourné à mon bureau. Je marquais de ma plume chaque lieu que j'avais déjà traversé de fond en comble sur ma carte marine. Elle se déshabillait avant de finir en chemise large. Je travaillais sur mon itinéraire quand elle souhaita la bonne nuit. Si elle savait... Je me levais et me tournais vers elle quand elle s'était ensevelie sous la couverture. Ma voix un peu sèche mit fin au règne du silence dans ma cabine.

- Dormez bien, mademoiselle. Reposez-vous autant qu'vous l'voudrez. Ici, jamais personne ne vient.

Je constatais qu'elle était bien plus jolie avec ses cheveux lâchés. Elle avait ce côté juvénile attendrissant qui me donnait envie malgré moi de la protéger. Je pris une profonde gorgée de rhum pour me remettre les idées en place quand elle s'endormit. Mais à quoi est-ce que tu penses, Raph' ? Je sortis de ma cabine. La pluie commençait à tomber, le vent suivait les larmes du ciel, m'accompagnant jusqu'au gouvernail et prenant le relais à un de mes matelots.

- J'vais conduire le bateau, tu peux aller boire un peu d'rhum, prendre une pause.
- Z'êtes trop bon, cap'tain

Je dirigeais la Plume Rouge sur sa route d'eau salée et avec le ciel nocturne pour unique spectateur. Je me sentais bien sur mon navire, quand l'âme de ce dernier est contente de moi. Je me voyais comme le roi des mers et de la liberté... La nuit passait lentement au dessus de nous et les vagues tranquilles berçaient le fier bâtiment aux voiles écarlates et aux idéaux de liberté sur la mer profonde et infinie. Mes yeux bleu azur regardaient droit devant eux, comme si le vide absorbait leur attention comme dans un puits sans fond...

Les premiers rayons du matin transperçaient le ciel. L'heure était au changement de pilote au gouvernail. Je fis mine d'aller me reposer dans ma cabine pour y retrouver mon invitée mystère clandestine. Je m'installais sur la chaise après l'avoir posée près de mon lit où elle dormait paisiblement. A la voir ainsi, j'aurais tout donné pour pouvoir jouir d'un pareil repos. J'attrapais une corbeille près de ma table de nuit, et allais chercher dans ma réserve de vivres personnelles un morceau de pain, un fromage, une pomme et une bouteille d'eau que je posais sur la table à côté du lit. Elle finit au bout d'un long moment par se réveiller. Je lui offrais un sourire avant de la saluer.

- 'Jour, mademoiselle. J'vous ai sorti de quoi manger et boire pour ce matin... Comme vous l'savez maint'nant, vous s'rez reçue comme une hôte de marque et j'tiens que vous vous sentiez bien... Vous voulez p't'être vous faire un brin d'toilette ? Le seul qui s'lave ici c'est moi alors j'vous propose, si vous voulez prendre un bain...
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Mar 1 Juil - 10:37

Passager clandestin

Raphaël et Arlanne
La situation est quelque peu surréaliste. J’ai embarqué clandestinement sur un bateau pirate, j’ai passé plusieurs jours dans la cale, à l’abri de tous, et voilà qu’en quelques minutes à peine on m’a trouvée, agressée, sauvée, et que j’ai dès à présent trouvé refuge dans la cabine du capitaine lui-même. Et il m’a signifié que j’étais sous sa protection. Grands dieux, si quelques jours auparavant on m’avait dit dans quelle situation je me trouverais aujourd’hui, je crois que j’aurais trouvé ça fort drôle.

Après une seconde d’hésitation, j’ôte la robe qui me fait horreur, me défait de tout ce qui caractérisait ma vie d’avant, pour finir en simple chemise. Pendant tout le temps de ce long processus, il est resté immobile, penché sur son bureau à travailler, et j’entendais le léger crissement de sa plume sur les parchemins étendus devant lui. Il ne lève la tête que quand je lui adresse la parole. En en parfait gentilhomme, il me souhaite civilement la bonne nuit avant de retourner à son ouvrage. Cette certaine forme d’indifférence me rassure, en quelque sorte, et peu après je m’endors profondément, dans ce grand lit qu’il dit ne jamais utiliser.

Au matin, lorsque j’ouvre les yeux, il est près de moi, à nouveau à sa table de travail, et me sourit. Il me faut une seconde pour que toutes les pièces de ce qui m’est arrivé, et je sens mes joues s’empourprer légèrement. C’est vrai qu’il est très beau. Mais c’est un pirate ! Allons Arlanne, trêve d’enfantillages ! Il se met alors à m’expliquer tout ce qu’il a préparé pour moi, et un sourire ravi naît sur mes lèvres au fur et à mesure. Je relève enfin les yeux vers lui, et le remercie avec chaleur.

Je… merci monsieur. Je n’en espérais pas tant vous savez ? De l’eau fraîche et un bout de pain m’auraient largement convenu. Vous… êtes un vrai gentilhomme, et je vous suis très reconnaissante de votre bienveillance à mon égard. Pourtant je ne suis rien qu’une bâtarde qu’on a caché au couvent jusqu’au moment de la marier… Je suis très loin d’être un hôte de marque vous savez…

Je sors du lit, et fais quelques pas sur le parquet poli par les ans, mes pieds nus faisant à peine plus de bruit que les cordages qui grinçaient au-dessus de nos têtes. Et je hoche rapidement la tête quand il me propose de me laver quelque peu.

J’avoue que je vous suis grée de me le proposer. Je n’ai pu me laver depuis mon départ et je meurs d’envie de m’arranger quelque peu. Néanmoins, je sais que vos réserves d’eau douce sont limitées, aussi je ne voudrais pas abuser en prenant un bain. Un simple baquet d’eau propre me conviendra parfaitement.

Je m’assieds en face de lui, après avoir pris la corbeille de vivres qu’il m’avait laissée, et commence à grignoter un peu de pain tout en le regardant de temps à autres. Puis je tente de briser la glace, et d’en savoir plus sur mon hôte.

Capitaine… Comment se fait-il que vous ayez soyez devenu maître de ce vaisseau alors que vous semblez si jeune ? Et pourquoi la piraterie ?


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Dim 6 Juil - 20:34
Elle révéla alors d'où elle venait. Une enfant illégitime éduquée dans un convent froid dont elle n'est sortie que pour être mariée. Comment pouvait-on être aussi cruel envers un être humain ? Pourquoi ? Quel intérêt ? Une nouvelle fois, la nature humaine me désespérait à vouloir prendre la liberté de chaque individu, l'empêcher de vivre, de penser comme il l'entend. Cette femme était l'exemple type. C'est contre ce qu'on lui a fait que je combattais. C'est pour elle que je menais des combats, livrais des batailles, détruisais des gouvernements oppresseurs et prononçais des discours aux peuples sur la liberté à laquelle ils ont droit mais dont on les prive impunément. Elle sortit du lit et réagit à ma proposition de se laver. Comme je l'avais supposé, elle accepta. Elle ne voulait pas trop puiser dans les réserves de la Plume Rouge. Ah, si elle savait ! Ce monde peuplé de magie nous est bien utile et rien que pour ça, le navire n'a pas besoin de s'arrêter pour s'approvisioner en eau douce, pas plus qu'en source de chaleur pour chauffer ladite eau... Et mangeait lentement les quelques bricoles que je lui avais grâcieusement offertes pour son réveil avant de me poser des question sur moi... Je m'adossais à la chaise et la basculais légèrement en arrière pour poser mes pieds sur le bureau pour lui répondre, la bouteille de rhum à la main.

- C'est une bonne question, ma p'tite dame. J'vous remercie de me la poser, bien peu s'y intéressent... J'tiens la Plume Rouge en héritage. Il appartenait à mon père qui s'en est servi pour faire les mauvaises choses. Il ne défendait pas un idéal louable. Je vous passe les détails de la succession mais je suis l'héritier de ce navire, voilà pourquoi j'en suis le capitaine. Quant à la piraterie...

Je pris une longue gorgée du feu liquide avant de me lever et de marcher. Les yeux rivés sur les fenêtres de ma cabine, regardant les flots bleus bercer la Plume.

- Vous en avez une approche surfaite, éronnée, fausse, caricaturale. Beaucoup de pirates comme vous les imaginez existent, c'est vrai, mais ils ne sont pas tous comme ça. Être un pirate, c'est n'avoir aucune allégeance, ne pas être soumis à un gouvernement, vivre par soi même, cultiver notre propre Idéal avec un grand I. En d'autres termes, dans le monde d'aujourd'hui, pour être libre, il faut être aux yeux du monde un hors la loi. Car qui fait les lois ? Un homme, peut être deux ou trois. Mais c'est le gouvernement de ces gens là, et non pas du peuple. Jamais on aurait dû vous envoyer au couvent contre votre volonté, encore moins vous forcer à épouser quelqu'un. Ces actions abjectes me répugnent ! Alors pourquoi la piraterie, ma bonne dame ? Pour protéger et sauver les gens tels que vous. Tant que l'homme sera idiot au point de vouloir prendre la liberté dûe à ses semblables, à leurs yeux, nous serons les bras de la Liberté.

Je pris une nouvelle gorgée de rhum après ces paroles enflammées de mon Idéal, de mes envies, de mon combat. J'étais je l'espérais assez clair avec elle au sujet de mes revendications, qu'elle comprenne pourquoi aux yeux du monde je suis l'homme mauvais sans foi ni loi qui détruit les gouvernements un à un alors que je les libère...

- Bien entendu, je ne peux pas vraiment vous en vouloir de croire que les pirates sont tous des moins que rien cruels et sans coeur, c'est ce que les gens disent de nous, sur la terre ferme... J'espère que j'ai été assez clair auprès d'vous... Sur ce, je vous propose maintenant que vous avez mangé d'aller prendre un bain chaud. Aucune crainte à avoir, j'm'occupe de tout. Attendez un instant...

Je me dirige vers la porte de ma cabine et l'entrouvre légèrement avant de hurler sur le pont.

- Barry ! Ben ! Vous faites couler un bain bien chaud dans la salle d'eau, dans vingt minutes j'suis dans l'eau chaude et seul, compris ?!

Au loin, les voix des deux pirates hurler leur réponse : Un "Oui, Cap'tain ! Yaar Haar !" Je referme la porte avant de me tourner vers mon invitée clandestine.

- Dans vingt minutes, vous prendrez un bain chaud sans la crainte d'être dérangée ou découverte. Vous avez ma parole, ma bonne dame. Ici, tout invité, quelle que soit son origine, est un hôte de marque, je pense que vous l'avez compris... Dans vingt minutes je vous emmènerai.
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Ven 11 Juil - 16:13

Passager clandestin

Raphaël et Arlanne
Je suis assise à la table du capitaine, en train de manger le léger déjeuner qu’il a préparé pour moi, et je l’écoute me parler de ses idéaux. C’est étrange. Depuis que j’étais enfant, on me racontait des histoires de pirates au même titre que des histoires de fantômes ou de monstres. « Ne t’aventure pas tard dehors ou des pirates pourraient t’enlever », « Ne chemine jamais seule le long des côtes ou les pirates pourraient t’enlever ». Et pourtant, j’étais en face de l’un d’eux, qui me traitait comme une reine, et n’avait pas eu le moindre geste déplacé à mon égard. Au contraire, il semble vouloir tout faire pour que j’aie ce qu’il me faut, et que je sois à mon aise. Je lui souris avec douceur alors qu’il m’explique comment il est arrivé à commander ce vaisseau. Tout en l’écoutant, je ne peux que m’interroger. Son parler est celui d’un rustre, mais ses manières sont celles d’un gentilhomme.

Comment expliquer un tel écart ? Je bois une gorgée d’eau avant de relancer la conversation.
Et… si je suis me permettre, qu’est-ce qui a fait que c’est ce chemin que vous avez décidé de prendre ? De faire l’exact opposé de ce que faisait votre père ? Faire le bien est une intention louable, mais elle n’est pas facile à mettre en pratique. Je me demandais si quelque chose, ou quelqu’un, vous avait poussé à emprunter cette voie…

Son regard se pose sur les fenêtres, et par elles, sur l’immensité bleue qui nous entoure depuis des jours. Je n’avais jamais compris quand certaines vieilles femmes du village parlaient de l’océan comme d’une femme, une maîtresse vers laquelle certains hommes étaient constamment ramenés, quoi qu’ils fassent. Je lis dans ces yeux l’amour de l’océan et des grands espaces. Il n’est pas du genre à vivre enfermé dans une échoppe obscure…  Ses idéaux sont fort nobles, et je le remercie d’un sourire, avant de le faire de vive voix.

Et il faut croire que la Providence m’a mis sur votre route, pour échapper au destin qu’on me réservait… Malheureusement, nous sommes peu, à avoir eu cette chance… Mais j’ai une autre question… Vous êtes bien le seul à poursuivre de tels idéaux car la majorité des pirates sont souvent des hors la loi, des criminels et des brigands… Jusqu’à présent, je n’ai entendu ouï dire que de mauvais pirates, jamais de gens poursuivant votre ligne de conduite… Comment expliquez-vous cela ? Comme dit le proverbe, il n’y a pas de fumée sans feu…

Notre échange est agréable et stimulant. Nous exposons nos opinions, avançant nos arguments, sans que le ton monte. Bien au contraire, je trouve cela stimulant, n’étant que peu habituée à ce genre de discussions avec mes camarades, car leurs préoccupations étaient autrement plus triviales… Un sourire surpris ne quitte pas mes lèvres alors qu’il se lève et qu’il ordonne à ses hommes de préparer mon bain. Ils obéissent sans ciller, et Raphaël revient auprès de moi, après avoir refermé la porte.

Je vous remercie m…capitaine. Vraiment. Le destin a bien fait les choses en me faisant grimper sur ce navire. Je n’aurais pu espérer meilleur accueil, et meilleur traitement. Vous avez même tué un homme qui me manquait de respect et cela me touche énormément… Je tenais à ce que vous le sachiez…

Mon regarde se pose sur la table, et je joue machinalement avec une pomme, que je fais tourner entre mes doigts.

Mais…si je… reste ici, je pense que la meilleure chose à faire serait de me mêler à l’équipage… Je… je n’aimerais pas vous mettre dans une situation inconfortable vis-à-vis de vos hommes, s’ils savaient que vous hébergez une femme qui ne voit jamais la lueur du jour. Enfin… je… je n’y connais rien à ce monde, à la marine alors… je souhaiterais avoir votre avis, et vos conseils. Que me suggéreriez de faire, maintenant que je suis ici ? Quelle serait la chose la plus avisée à faire ?

Je relève les yeux vers lui, me mordant légèrement la lèvre, et je glisse quelques mèches éparses derrière mon oreille, attendant sa réponse.
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Ven 25 Juil - 19:30
Notre conversation était intéressante. Elle posait quelques questions, j'y répondais, elle exposait le point de vue qu'on lui vait fait avoir à propos de nous, pirates. Elle avait au final en partie raison. Quel marin pouvait se vanter de n'avoir jamais eu à croiser le fer avec des bandits des mers qui désiraient les déposseder de leurs marchandises et de leurs biens ? Elle s'autorisa une question par rapport à mon père. C'était bien la première fois qu'on le mentionnait dans une conversation sur la Plume Rouge depuis que je suis aux commandes. Mais elle avait parfaitement le droit de trouver réponse à sa question.

- Comme j'vous l'ai indiqué, son Idéal n'était pas louable. Il était à sa façon un des pirates dont vous connaissez la réputation peu glorieuse. Vols, viols, meurtres et j'en passe... Il a été aveuglé par le pouvoir, l'argent... Tout ça l'a corrompu. C'est le même procédé pour tous les autres hommes de la mer. Toute cette liberté n'est pas toujours une bonne chose, il faut savoir ce qu'on veut en faire sans aller à l'encontre de celle des autres. Ce qu'ils ne comprennent pas. Pour en revenir à mes raisons de suivre mon propre chemin... J'voulais réparer ses erreurs, redorer le blason des pirates, changer la vision des gens sur ceux qui n'ont pas d'allegeance, qu'ils ne sont pas tous des barbares... Vous comprenez ?

Elle me remerciait à un point que j'en étais presque mal à l'aise. Je n'aimais pas vraiment que l'on me remercie de faire quelque chose que j'ai choisi de faire de ma propre initiative. Mais je n'eus pas le temps de répondre à ces remerciements qu'elle poursuivit. Elle allait rester sur le bâtiment au moins jusqu'à la prochaine escale. Soit à première vue dans au moins une bonne semaine. Il fallait qu'elle puisse se mélanger à mes compagnons. Sa question était simple. Elle voulait des conseils et autres techniques pour y parvenir. Je pris un instant pour réfléchir.

- J'vais pas vous mentir, ma p'tite dame. J'préfère vous savoir dans ma cabine le temps de vous transmettre mes conseils. Ici, personne ne vient sans mon autorisation, donc vous s'rez bien cachée ici. Mais j'vais d'abord vous d'mander d'enl'ver vos vêtements de femme de vos pensées. Il vaudrait mieux des pantalons et des chemises qui peuvent cacher votre poitrine, ça va de soi...

Je m'arrêtais. J'entendais toquer à la porte. J'allais devant avant d'entendre de la part des deux pirates que j'avais chargé pour le bain de mon invitée qu'il était prêt, bien chaud. Je les remerciais avant d'attendre qu'ils repartent faire leurs besognes. Je tendis la main vers la jeune femme avant de saisir la sienne, doucement, comme pour assister une femme à monter ou à descendre d'une calèche.

- Votre bain est prêt. J'vais vous y amener...

En quelques secondes, elle et moi n'étions plus qu'une seule forme : la brume. Une fois sortis de ma cabine, nous n'avions qu'à traverser un couloir ou deux avant d'arriver à la salle où trônaient une grande cuve d'eau chaude et quelques paravents. Je reprenais forme humaine, comme mon invitée que je laissais se mettre à l'aise avant de plonger son corps dans l'eau chaude. J'installais les quelques barrières de tissu pour qu'on ne puisse rien voir depuis la porte, au cas où un de mes hommes aurait eu l'idée sogrenue de me regarder nu pendant que je me lave. Je me glissais derrière un autre paravent pour laisser un peu d'intimité à la jeune femme.

- J'espère que l'bain est à votre goût. Mais j'vais continuer à vous donner mes conseils. Vous avez une voix de fillette... Il va falloir forcer sur votre gorge pour donner l'impression d'une voix rauque. Ensuite, vous oublierez jusqu'à la moindre façon d'vous tenir qu'on vous a fourrée dans la tête dans votre couvent. Ici, vous aurez l'air suspecte. Pour les premiers jours où vous s'rez aux yeux d'mes hommes, ils trouveront ça plus ou moins normal, eux venant aussi de la vie civile pourront certainement comprendre que les manières ne s'évanouissent pas en deux jours. Mais vous dev'rez faire un effort pour parler. Votre langage aussi s'ra important. Oubliez les "s'il vous plaît, monsieur", les "merci, monseigneur" et autres joyeusetés... Ici, on se respecte, certes, mais tous sont sur un pied d'égalité. En principe, tout l'monde se tutoie. Même moi. Ils ont encore un peu de mal eux aussi à passer au tutoiement...

Je réfléchissais une nouvelle fois quelques instants, de sorte à lui laisser un peu de temps pour assimiler toutes les informations et accessoirement lui laisser la possibilité de se détendre un peu dans l'eau chaude, ce dont elle n'a pas dû énormément profiter durant ses longues années de couvent... Je guettais la porte avant d'enchaîner, au bout de quelques minutes.

- Vous avez des questions à éclaircir ?

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Dim 3 Aoû - 14:28

Passager clandestin

Raphaël et Arlanne
Je l’écoute et je sens la passion qui l’anime quand il me dit qu’il a adopté cette philosophie, ces règles de conduite, par opposition à la direction qu’avait prise son père. C’est fort noble, mais peu habituel, par opposition à toutes les histoires horribles qui circulent sur ces bandits des mers. Encore une fois je me dis que la Providence m’a mis sur le seul bateau de pirate ayant cette philosophie, pour mon plus grand bonheur. Notre échange glisse ensuite sur les conseils que je lui demande de me donner à propos de ma place sur son bâtiment, et surtout, mon rôle à tenir face à ses hommes. Je l’écoute, et mon inquiétude augmente petit à petit quand il m’explique tout ce que je devrai faire, et toutes les précautions que je devrai prendre. Je sais qu’il est le capitaine, et qu’il ne laissera rien arriver sous son commandement, néanmoins… la perspective d’être coincée ici, au beau milieu de l’océan, avec tout un équipage dont je ne connais rien a le don de m’effrayer.

Il est interrompu par un de ses hommes d’équipage qui le prévient que mon bain est prêt. Je glisse ma main, si petite, dans la sienne, et il utilise à nouveau ses pouvoirs magiques pour nous transformer en brouillard, pour nous rendre discrètement dans la petite pièce qui sert aux ablutions. Je chancelle légèrement une fois arrivés, peu habituée à ce genre d’exercices, avant de porter mon regard sur ce qui nous entoure. Des tentures de tissu qui cachent la grande cuve fumante. Je l’entends qui s’assied sur un banc à quelques mètres. Pendant quelques secondes, j’hésite encore. J’ai peur que toute sa gentillesse ne soit qu’une ruse pour m’attirer ici, et se jeter sur moi, avant de me traiter moi-même de folle. Depuis la veille, depuis qu’il m’a trouvée, il aurait eu dix occasions d’abuser de moi, alors pourquoi le ferait-il maintenant ? Je saisis le lacet qui ferme ma chemise, le tire doucement, et le dernier rempart de tissu retombe en un léger soupir à mes pieds. Je plonge ensuite le pied dans l’eau chaude en soupirant de plaisir, avant de l’immerger entièrement. Qu’est-ce que ça fait du bien ! Je reste silencieuse une seconde, savourant la chaleur après des jours à me terrer, et ma tête bascule lentement en arrière, fermant les yeux.

Il continue à me parler, et j’écoute ses explications avec attention. Il semble penser à tout : il évoque ma voix, ma façon de me tenir, les mots que j’emploie. Il a un sens de l’observation bien aigu, car tout y passe. Néanmoins, cet inventaire des choses auxquelles je devrai faire attention m’inquiètent de plus en plus. Pendant qu’il me parle je m’observe, moi la toute jeune fille à la peau si blanche, aux mains petites et fragiles… Comment est-ce que je pourrais décemment me faire passer pour un homme ? Il y a tant de choses qu’il me dit de changer, et j’ai peur de ne pas arriver à penser à tout en même temps. Mon dieu que ce sera difficile… Après de longues minutes de silence, j’ose enfin parler.

Merci pour le bain et… je… Tout ce dont vous m’avez parlé. Toutes ces choses à changer. A vous entendre, j’ai le sentiment qu’en appliquant vos précieux conseils, je ne serai plus moi-même. Mais… Est-ce que… vous m’en croyez capable ? Est-ce que ce ne sont pas trop de choses à changer ? Je veux dire… Vous comme moi savons tous deux que je suis bien loin d’être le marin idéal alors… Pensez-vous que j’en serai capable ?

Tout en attendant sa réponse, je saisis le pain de savon qui est disposé sur un tabouret près de la cuve et me frotte les épaules et les bras.


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Lun 22 Sep - 9:25
Elle assimile la moindre de mes paroles. Je lui donne tous les conseils dont elle peut avoir besoin sur la Plume Rouge. Elle me touche. Enfin quelqu'un qui a brisé ses chaînes et qui veut la liberté qui vient de lui même ou presque sur mon bâtiment. De toute évidence, elle a de l'avenir dans sa quête. Elle se lave lentement pendant que je m'allonge sur le banc de bois. Elle fait très peu de bruit, comme si elle avait peur que je l'entende se laver. Ca me fait sourire... C'est au bout de plusieurs minutes qu'elle me répond. Elle me remercie pour tout. Le bain, les conseils, ce que j'offre avec plaisir... La voilà qui me pose une question pour le moins étrange... Je me redresse et réponds après avoir réfléchit.

- Vous avez pas à vous en faire. Vous pouvez renverser jusqu'à la dernière montagne de ce monde et soulever tous les océans qu'vous voulez. Il vous suffit de le vouloir. Ce s'ra peut être dur de vous imiscer dans la vie de pirate, j'vous le cache pas. Mais en le voulant, vous allez réussir à devenir une vraie pirate. Puisque comme j'vous l'ai dit, être pirate, c'est être libre, n'être soumis à personne. Vous savez certainement lire et écrire. C'est un avantage sur beaucoup d'mes hommes. D'ailleurs... Ca m'confirme bien l'idée d'vous laisser dormir dans ma cabine le temps qu'vous ayez bien compris tous mes conseils. Je m'permets aussi d'vous dire que vous sentez bon. C'qui n'est pas vraiment l'cas d'mes hommes. C'pas vraiment élégant de dire ça mais vous sentez la fille, et les hommes, quels qu'ils soient, au bout d'un temps, finissent par les sentir à des lieues...

Je ris. Je tente de détendre l'atmosphère, mais moi même, à ce que je dis, je ne le suis pas. Je préfère me rattraper ensuite, de peur de la vexer avec un humour qui ferait seulement rire certains de mes hommes...

- C'est pourquoi je préfère vous laisser rester dans ma cabine. J'tiens pas à faire un plombage jusqu'au dernier de mon équipage. Enfin, vous en faites pas, en ma présence, ils ne vous feront rien. Que vous soyez travestie ou pas. La peur des représailles est souvent plus forte que leurs pulsions... Ils savent que j'plaisante pas avec ça...

J'attends patiemment qu'elle finisse de se laver. Elle a bien besoin d'un peu de temps pour prendre soin d'elle, après tout... Une fois qu'elle est sortie de la cuve d'eau chaude, je lui tends un linge sec. Je vais au hublot pour y voir la mer infinie. Je réfléchis longuement à comment l'intégrer à l'équipage de façon officielle quand soudain, l'idée me vient.

- Après la prochaine escale, j'pourrai vous montrer à l'équipage, mais pas avant. Peu crédible si quelqu'un qu'on connaît pas apparait sur l'bateau comme ça. On va vous déguiser pendant ces quelques jours... Vous trouver une tenue confortable et ample qui cache vos... Formes. Eventuellement vous mettre un corset, ce que j'ai malheureusement pas dans ma garde robe... Mais pendant notre escale on ira vous procurer ça. J'pense qu'on a tout dit. Vous en faites pas, j'crois en vous... On devrait en avoir pour une ou deux semaines avant de gagner le prochain port, ça nous laisse largement assez de temps pour vous entraîner.

Une fois qu'elle s'est sechée, je prends les vêtements au sol et son bras pour me changer en brume et retourner dans ma cabine. Je constate que tout s'agite sur le bateau... Ils ont sûrement vu le cadavre de Mouss dans la cale... Je devrai faire un discours pour les rassurer d'ici peu. Je reprends forme humaine à côté de mon bureau et lâche son bras.

- J'vais faire croire que j'sors de mon bain et essayer de rassurer mes hommes sur la mort de mon second. Profitez du temps où vous êtes seule pour vous trouver dans ma malle vêtements et armes pour commencer votre déguisement. Soyez rassurée. Personne ne viendra vous déranger, vous avez ma parole.

Je m'approche de la porte de ma cabine et fais claquer les longs pans de mon manteau bleu de capitaine. Je me tourne alors vers elle...

- En revanche, j'ai une question... Par quel nom est ce que je dois vous appeler ? Je ne vous l'ai pas demandé...

Je lui souris avant de reprendre la forme de brume et de commencer ma comédie... Je sors de la salle d'eau comme à mon habitude, d'un grand coup de pied, la bouteille de rhum à la main et les vêtements secs sur mon corps mouillé, torse nu sous mon manteau. Je fais claquer mes bottes avec fracas sur le bois du pont et arrive au gouvernail. Je gueule un grand coup pour attirer l'attention de mon équipage tout entier...

- Bon, les gars, beaucoup d'entre vous commencent à être un poil paranoiaques depuis que Mouss a disparu. J'sais d'source sûre qu'c'était un traître qui cherchait à devenir capitaine. J'm'en vais vous rappeler un truc, les gars. J'suis pas capitaine par plaisir ! C'est mon héritage et c'est pas moi qui l'ai voulu. Vous, vous pouvez dormir la nuit. Moi pas ! Vous voulez être hantés par des visions d'horreur et des esprits qui vous tourmentent l'âme ?! Alors prenez ma place ! C'est pour racheter les fautes des précédents capitaines qu'on est là. On s'bat pour la liberté des peuples. Et j'préfère vous préserver d'un trop gros mal contre lequel vous pouvez pas forcément lutter ! N'importe qui à ma place deviendrait FOU ! Alors rappelez vous qu'j'vous ai offert à tous l'asile sur la Plume Rouge ! Parfois politique, parfois social, ou alors j'vous ai sauvés parce que vous étiez perdu en mer et qu'vous avez fait naufrage. J'vous respecte ! Alors me trahissez pas, c'est de la pure folie ! C'est pas une mise en garde, c'est un conseil d'ami ! Car oui, vous êtes tous mes amis, ma famille dans c'bas monde ! Sur ce, j'retourne dans ma cabine réfléchir sur le prochain qui va m'seconder. J'veux pas être dérangé, c'est clair ?! J'reviendrai vers vous quand j'aurai pris ma décision. En attendant, mettez le corps de Mouss à la mer !

Je m'éclipse pour prendre quelques provisions pour mon invitée. Un plateau simple avec des fruits, du pain, du fromage une bouteille d'eau et une autre de rhum. Une fois que j'ai tout ce qu'il me faut, je rentre dans ma cabine et pose le plateau sur le bureau.

- Me r'voilà. Ils vont se calmer pour un bon moment à mon avis... Tenez, je vous ai apporté de quoi manger et boire. J'vous ai amené du rhum au cas où vous voulez vous entraîner à boire... Me demandez pas pourquoi je fais tout ça pour vous... On va dire que votre histoire m'a touché. Et c'est pas rien.
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Date d'inscription : 03/04/2014
Mar 23 Déc - 10:03

Passager clandestin

Raphaël et Arlanne
Plus les minutes passent, plus les conseils s’accumulent, plus je me dis que je profite en cet instant des derniers moments de calme avant que je ne sois jetée dans la fosse aux lions, dès notre prochaine escale. Pendant les jours à venir, cachée dans la cabine du capitaine, je vais devoir apprendre à agir comme un homme, à cacher qui je suis, et surtout à m’initier à l’univers de la marine. Toutes ces choses qui sont à mille lieues de ma vie d’avant, qui consistait à broder, coudre, prier, et m’occuper de divers actes de charité avec les sœurs. Là je vais devoir travailler pour me protéger. Et courir mille dangers autrement plus graves que de me couper en aidant à l’office, me piquer ou me brûler… Ma vie est en jeu si je fais un faux pas, et je dois avouer que cela me terrifie profondément.

Heureusement, l’eau chaude et parfumée m’aide à me détendre, et j’en profite comme je n’ai jamais encore profité d’un bain. C’est quand les choses nous manquent qu’on se rend compte à quel point elles avaient de l’importance. Je frémis néanmoins quand il me dit de faire attention à mon odeur. Moi qui prenais un bain par jour avant mon départ, à quoi vais-je être réduite à présent ? Faudra-t-il que je reste…sale pour passer inaperçue ? Je crains que ce soit la chose la plus difficile… Enfin, nous verrons. Je me lève doucement, et attrape un linge dans lequel je m’enroule, terminant d’écouter ses recommandations.

Cela fait beaucoup de travail en effet…

Je sors de derrière le paravent et tend ma main blanche vers lui, qui nous transforme en brume. Encore une fois je chancelle un peu une fois arrivés dans sa cabine, avant de reprendre mes esprits. Je lui accorde un sourire timide et plein de reconnaissance. Il s’est montré un vrai gentilhomme avec moi, et je suis infiniment soulagée d’être montée sur son navire, commandé par un capitaine qui me traite avec autant d’égards. Sauf que mes yeux s’agrandissent de surprise quand il me rappelle que je ne lui ai pas encore donné mon nom.

Oh, vous m’en voyez confuse. Je… je m’appelle Arlanne. Arlanne de voûtefeuille… Et je suis enchantée de faire votre connaissance, Raphaël capitaine de la Plume Rouge…

Il disparaît ensuite, me laissant dans cette cabine qui m’est à présent familière. Je me penche vers la malle dans laquelle se trouvent les vêtements et enfile rapidement une longue robe simple, qui par chance est à peu près à ma taille, bien qu’un peu grande. Je me sens beaucoup mieux. Je m’approche ensuite de la porte de la cabine, et jette un œil discret par les carreaux épais pour entendre le discours qu’il tient à ses hommes. Par moments je frémis en entendant le triste sort auquel il est condamné, et observe ses hommes vaquer à leurs occupations tout en nouant mes longs cheveux en une natte que j’achève par un ruban que je saisis sur son bureau, en espérant qu’il n’en ait pas besoin.

Quelques minutes plus tard il revient avec des victuailles qu’il pose sur la table, et je m’assieds en face de lui.

Vous méritez quand même mes remerciements Raphaël… je suis sincère. Peu de gens auraient agi avec moi comme vous le faites… Et cela me touche plus que vous ne pourriez le penser…

Je reste ensuite seule quelques heures le temps qu’il vaque à ses occupations. Je lis, je dors un peu, et je commence même à faire un peu de rangement dans ses appartements, en espérant qu’il ne m’en tiendra pas rigueur. Je lui souris quand il revient enfin, contente d’avoir un peu de compagnie, et je désigne la pièce d’un geste de la main.

J’ai pris la liberté de… mettre un peu d’ordre. Si cela… ne vous dérange pas bien entendu…




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Messages : 14
Date d'inscription : 03/04/2014
Dim 28 Déc - 15:26
Je peux mettre un nom sur ma passagère clandestine. Arlanne. Arlanne de Voûtefeuille. A en juger par la consonnance du nom, je pense qu'il s'agit d'un nom noble. Une noble qui aurait été promise à un vieil homme ? Ca n'a pas de sens... Mais ce n'est pas son origine qui m'intéresse le plus. Maintenant, je dois m'occuper d'elle comme une femme de mon équipage. Elle me remercie. Le destin que je lui propose est bien moins cruel que celui qu'on lui a imposé. Elle a eu le courage de s'enfuir vers la liberté et par son action mérite tout mon respect... Je retourne finalement à mes occupations. Je navigue pendant quelques heures à sentir le vent salé du grand large, la tête un peu ailleurs. C'est pour cette raison que j'ai décidé de garder la Plume Rouge et de ne pas le mettre à couler dans l'océan infini. Je dois défendre les faibles, ceux qui ont besoin de moi. Ce sont ces motivations qui guident mon épée. Je ne peux pas faillir au serment que j'ai passé avec le bateau. On ne sort jamais vainqueur des contrats passés avec quelqu'un qui triche... C'est au bout de plusieurs heures que je passe le gouvernail à un de mes hommes et retourne dans ma cabine pour y retrouver mon invitée secrète. Au fond de moi résonne la voix de la Plume, me murmurant que j'ai fait le bon choix. J'espère seulement qu'il a raison et qu'il ne se joue pas de moi. Je suis surpris de voir ma cabine dans un état plus... rangé. En ordre. Arlanne m'annonce être la source de ce changement dans mon univers.

- Ca... M'dérange pas... J'suis juste surpris. Après tout, pour l'moment, le temps qu'on arrive à la prochaine escale, ma cabine est aussi la votre. Au moins. En parlant de ça, j'vais regarder la carte.

Je la déplie alors qu'elle se trouve sur mon lourd bureau. Je calcule notre emplacement et notre destination. Après un rapide regard par le hublot, je réfléchis un instant.

- C'est l'affaire de trois jours complets de mer.

Après un rapide repas partagé, je m'installe sur ma chaise, la regardant aller quant à elle sur le lit. Elle a bien compris le message : Elle peut utiliser mon lit la nuit, puisque je n'y dors jamais. Je tourne en rond dans ma cabine jusqu'à l'heure où l'équipe de nuit prend le relais sur celle du jour qui va se reposer. Je mords dans une pomme, devant mon hublot, voyant l'océan.

- Vous pouvez dormir tranquille, ma p'tite dame. On viendra pas vous perturber... Dormez bien.

Je tends le bras vers la bougie allumée dont la flammèche meurt petit à petit, sombrant la cabine dans l'obscurité, seulement éclairée par la lumière de la lune...
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